SUR
Mais il est des causes incontestées qui entravent l'hérédité: c’est le milieu, «l'adaptation » (1) de Heckel, sur la valeur de l'influence duquel il est inutile d’insister, au physique comme au moral. C’est sur l’hérédité, considérée dans l'espèce et dans la totalité des êtres, qu’agissent en effet ces influences extérieures avec toute leur intensité; ces influences de toute nature sont la source du progrès ou des dégénérescences. La loi de l’évolution exprime ce progrès ou cette dégradation dans la nature entière, l'habitude les fixant dans l'individu, l’hérédité dans la race. 4
Toute la différenciation des êtres est dans ces faits de l’influence agissant sur l’hérédité; les circonstances extérieures au sommet, les causes venant de l'individu lui-même et reproduites dans ses descendants ensuite, certaines monstruosités enfin : telles sont les causes de la diversité des êtres, telles sont les influences qui ont permis à la simple cellule d’arriver par progression successive au sommet de l’échelle des êtres organisés. C’est la doctrine du transformisme; c'est la nôtre. Les objections soulevées ont été en partie résolues par les auteurs de cette théorie essentiellement scientifique ; des théologiens soulèveront d’autres objections, mais les faits trouveront toujours des hommes disposés à les interpréter dans le sens de la raison pure.
S F. L'Hérédité dégénérative. — Mais, et ceci touche de très-près à notre sujet, l’évolution n'est pas nécessairement progressive, elle peut être retardataire. Les causes de l’hérédité ne modifient pas toujours le produit dans le même sens ; qu’elles soient liées à l’hérédité elle-même, à l'influence des procréateurs ou à ces causes extérieures si puissantes, il en est de dépressives, comme d’exaltatrices. Ces manifestations dépressives sont fort remarquables : tout ce qui vit décline et
(1) Heckel, Histoire de la création naturelle, IX.
s'éteint, individu, famille, peuple, genre, espèce, règne même. Les Carlovingiens naïssent avec Pépin d'Héristall, Charles Martel, atteignent leur apogée avec Pépin le Bref et Charlemagne, déclinent avec Louis le Débonnaire et ses descendants. Les Romains se sont fondus dans les Italiens de nos jours; les Wisigoths, dans les Espagnols; la Tasmanie n’a plus d’autochthones ; le Sénégal à vu successivement décliner les Yoloffs, les Peulhs, les Touaregs. Les causes de ces disparitions, de ces dégénérescences, appelons-les par leur nom, sont multiples.
Les harems font dégénérer la Turquie; la civilisation, avec ses institutions restrictives, efface nombre de peuples de la mappemonde; les invasions des Barbares produisirent le moyen âge, et le Bas Empire aboutit aux Paléologues. De nos jours, en plus de ces grandes influences, toujours persistantes, et comme pour donner raison à Malthus et à cette école d’économistes, lhomme s’est chargé de trouver de nouvelles causes de dégénérescence, il s'applique en quelque sorte, inconsciemment, à les expérimenter. L'alcool, pour ne citer que cette cause toxique de dégénérescence, coule à flots dans les débits, rectifié ou frelaté, semant partout la maladie et trainant à sa suite la dégénérescence. Ce poison, source de béatitudes aussi stupides que le haschisch et lopium, a élu droit de domicile dans nos cités populeuses et, malgré les lois, s'affiche en toute occasion, comme si nous n’avions pas en nous assez de causes de destruction, s’il n'existait pas assez d'entraves au progrès.
Il ne nous à pas paru mauvais d’étudier pour nous-même et d'offrir en sujet de méditation à l’homme ce qu’il advient de semblables goûts, ce qu’il en coûte pour sa descendance de s’adonner aux boissons alcooliques. Rayer de la liste de ces causes dégénératives de l'espèce humaine un élément important de leur réalisation est notre but; puissent les philanthro-
pes nous savoir gré d’avoir apporté une preuve de plus à leurs tendances philosophiques !