CHAPITRE II
De l’Alcoolisme
Sous le nom d’alcoolisme, on comprend depuis Magnus Huss la série des affections engendrées chez l’homme par l'abus des boissons alcooliques. Cette cause morbide produit des maladies multiples et très-variées dans leur phénoménalité, et il n’est pas un organe qui échappe à son influence nocive. L’étude complète des effets pathologiques de l'alcool est bien faite pour tenter le nosographe ; mais tel n’est pas notre but. Nous désirons simplement donner une vue d'ensemble de l’alcool agissant morbifiquement sur les divers organes et systèmes, pour préciser surtout quels sont les organes atteints sur lesquels peut s'exercer la loi d’hérédité morbide.
L’utilité de cette étude pour la démonstration de notre thèse est considérable. En effet, dès 1860, Moreau (de Tours) (1) avait démontré que la loi de transmission héréditaire par séries d'organes est vraie dans certaines limites pour l’homme comme pour les animaux; que la transmission des désordres cérébraux et la ressemblance s'effectuent indifféremment par l’un ou par l’autre des parents, le plus souvent isolément. En
(1) Moreau (de Tours), de la Prédisposition héréditaire aux affections cérébrales. (Ann. méd.-psych., 1860.)
< 2 4p 1864, Morel (1) corroborait, par de nouveaux faits d'hérédité morbide, sa théorie des dégénérescences dans l'espèce humaine et trouvait les lois de la filiation des caractères physiques et moraux de certains dégénérés avec les conditions pathologiques des parents : «Les enfants, conclut-il, nés sous l'influence de l’état d’alcoolisme des parents subissent les conséquences de l’état convulsif suivi de stupeur que détermine l'alcool chez ceux qui en font abus; l’hystérie, l’épilepsie, l'imbécillité et les infirmités qui sont la conséquence des affections convulsives du jeune âge, l’abaissement profond de lintelligence, les tendances instinctives les plus mauvaises, se voient chez les enfants des alcooliques comme ils existent momentanément chez leurs géniteurs. »
La portée de ces conclusions ne saurait échapper à personne: l'étude de Palcoolisme, avec ses déterminations principales et la loi de transmission héréditaire par série d'organes, donnerait le pourquoi, la raison de certaines localisations morbides chez les dégénérés. Entre autres choses, notre travail apporte un certain nombre de preuves à cette conception de la dégénérescence limitée, restreinte.
Cette étude s'impose donc : elle sera précédée de quelques notions sur les effets physiologiques de lPalcool, d'après les recherches les plus récentes et d’après celles que nous avons exécutées avec M. le professeur Mairet, au cours de nos expériences physiologiques tendant à établir les effets de l'alcool sur la descendance (?).
(1) Morel, de la Formation du type dans les variétés dégénérées. (Soc. méd.-psych., 1864.)
(2) Il est indispensable de dire que nous avons pris la question dans son sens le plus large : nous parlons de l’alcool et non des alcools, de l'alcoolisme et non des intoxications par les alcools autres que l’alcool éthylique. Au sujet du mélange aux boissons d’alcools supérieurs,
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$ À. Effets physiologiques de l'alcool. — L'alcool, liquide incolore, à odeur spiritueuse, de densité 0.80, bouillant à 78°, mobile, facilement inflammable, dissolvant d’un grand nombre de corps, se prépare dans les arts par la distillation des liqueurs fermentées telles que le vin, le jus de betterave, le moût obtenu par la saccharification de la fécule et du pain. Connu en Europe vers le XIIT* siècle, il passe rapidement des officines des alchimistes dans les boutiques des débitants, et l’eau de-vie fournit dès lors aux buveurs l’excitation qu'ils cherchaient auparavant dans le vin. Mais le vin, source de l'alcool par sa distillation, fit naître d’autres industries similaires : rhum, kirschwasser, gin ou wisky, rack, koumis, cawa, bière, hydromel, cidre, poirés, absinthe, bitter, etc., originaires de la pharmacie, se sont généralisés dans tous les pays avec une rapidité inconcevable.
a) IVRESSE. — Pour jouir de cette faveur universelle, l'alcool doit avoir des titres sérieux à l’admiration : il produit, en effet, l'ivresse (1).
« C’est d’abord une légère excitation des fonctions cérébrales, une sensation de douce chaleur envahit l'être tout entier, la face rougit, l’œil est plus brillant, le regard plus vif; la circulation s'accélère, les forces physiques semblent s’accroitre; les facultés intellectuelles ont une activité plus grande,
de la fabrication des alcools artificiels, tout comme sur le vinage des vins, il y aurait beaucoup d'opinions à citer, de questions à débattre. Tout ce côté de l'alcoolisme mérite certainement d’être traité; mais, comme il ne fait varier que peu l'expression générale de l’intoxication, nous nous contenterons de signaler en passant les mémorables discussions dont les tribunes de l’Académie de médecine et du Parlement ont récemment retenti et de renvoyer aux traités spéciaux pour les falsifications.
(1) Vetault, £tude médico-légale sur l'alcoolisme. (Thèse Paris, 1888, p. 36.)
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les idées surgissent plus rapides et sont souvent exprimées avec une intarissable loquacité. La mimique est plus expressive ; le langage animé, quelquefois brillant, spirituel et caustique ; les inquiétudes et les préoccupations s’oublient ; les malheurs, les peines, les ennuis s’effacent, et le buveur, disposé à voir toutes choses par le meilleur côté, traduit sa satisfaction par une sentimentalité exubérante, irréfléchie, indiscrète.
« Cette stimulation des fonctions intellectuelles et physiques donne naissance à un sentiment de bien-être général, qui imprime son cachet à toutes les manifestations de l'individu: celui-ci devient vaniteux, emphatique, entreprenant, téméraire ; il ne voit plus ni les difficultés, ni les dangers ; toute timidité a disparu pour faire place à une hardiesse inaccoutumée. »
« Mais (1) bientôt surviennent les confidences. Le buveur, ayant moins de retenue, devient expansif; il fait connaître les tendances de son esprit et révèle les particularités de son caractère ; il se montre gai, irritable, violent, triste ou tendre, suivant les conditions physiologiques dans lesquelles il se trouve au moment de l'ivresse , et, certainement aussi, suivant la nature des spiritueux qu’il a absorbés. Souvent l’individu sombre et mélancolique devient plus taciturne, plus déprimé; celui qui est irascible devient emporté et furieux; tel autre, au contraire, est bienveillant, gai, joyeux; mais souvent aussi le caractère ne subit pas une simple exagération: il peut être absolument modifié par l'ivresse et se montrer très-différent de ce qu’il est à l’état normal. Un individu triste, par exemple, peut avoir le vin gai, et réciproquement.
» Dans la sphère de la motilité et dans celle de la sensibi-
(1) Vétault, É'tude médico-légale sur l'alcoolisme. (Thèse Paris, 1887, pp. 36-39
lité on retrouve la même excitation, qui se traduit par un impérieux besoin de mouvements : un va-et-vient continuel, des gestes animés et étendus, des chants bruyants, des vociférations, des éclats de rire, une joie extravagante avec saillies parfois heureuses, et quelquefois par des taquineries insipides, qui souvent dégénèrent en querelle.
» À ce degré, l'homme ivre a encore une conscience parfaite en ses actes, et il se possède assez pour faire les efforts nécessaires afin de maintenir et réprimer, en partie du moins, les affections et l'expression de ses sentiments.
» Mais, avec une dose un peu plus forte d'alcool, à la simple exaltation succède bientôt une véritable perturbation de l’état mental.
» Un trouble nouveau fait son apparition: c’est un état vertigineux qui va s’accroître; l'intelligence s’obscurcit et semble se couvrir d’un nuage. Les idées manquent d'ensemble, maloré leur vivacité; elles se succèdent rapidement, s’entremêlent, se heurtent, deviennent confuses et incohérentes ; limagination, d’abord moins vive, finit par s’éteimdre. Les sens perdent leur délicatesse ordinaire; les perceptions sont moins justes, s’affaiblissent et donnent lieu à des illusions nombreuses ; l'œil voit double et ne distingue plus les objets qu'à travers un brouillard; du côté de l’ouïe, ce sont des tintements, des bourdonnements, l’odorat et le goût peuvent également être pervertis, et la sensibilité générale, toujours atteinte, peut être anesthésiée, de telle façon que les mutilations les plus graves provoquent à peine de la douleur.
» À mesure que les idées se dissocient, le langage devient incohérent, la mémoire diminue, la volonté se paralyse, la raison disparait; les passions, d'abord mises en jeu et excitées à un haut degré, deviennent impérieuses, et le délire absolument complet, entretenu par les illusions, enlève toute conscience au sujet, qui est entrainé irrésistiblement par les im-
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pulsions les plus dangereuses. A cette période, l'homme ivre est un maniaque n'ayant plus aucune retenue, pouvant commettre les actes les plus désordonnés et les plus compromettants. Ses violences peuvent aller jusqu'au crime et au suicide. |
» C’est alors que lincoordination motrice devient progressivement croissante ; la parole est embarrassée, mal articulée ; le sujet, malgré tous ses efforts, ne peut se maintenir en équilibre ; il flageole et titube. il va de travers. Les mouvements des membres supérieurs sont saccadés, incertains et maladroits, ils n’ont plus aucune précision. La station, d’abord difficile, devient impossible, et les chutes sont fréquentes. Les fonctions générales, qui au début s’étaient ressenties de l’exaltation générale, ne tardent pas à faiblir, et il est habituel de constater une Impuissance absolue. Tout témoigne d’un affaiblissement général ; le facies est coloré, les veines de la région cervicale sont gonflées, l’œil est hagard, sans expression; les pupilles sont contractées, les paupières s’abaissent, et un état invincible de somnolence est bientôt suivi d’un sommeil profond, qui, suivant le degré d'intoxication, sera, ou bien la phase terminale de l'ivresse, ou, devenant comateux, apoplectique, sera suivi d'accidents cérébro-spinaux graves.
» À l'accélération de la respiration succède un ralentissement marqué, il survient du stertor, et une transpiration abondante couvre tout le corps. Les fonctions de la vie animale sont abolies, les muscles sont dans la résolution, et la sensibilité générale est presque complétement éteinte. Le sujet est alors absolument inconscient et ne peut se rendre aucun compte de ce qui se passe autour de lui.
» Il a perdu le sentiment de sa liberté d'action et par conséquent le sentiment de sa responsabilité, il est déchu et tombé au rang de la brute.
» Le sommeil, considéré comme phénomène critique de l’é-
nee briété, peut se prolonger plus ou moins. Quand l'ivresse a été légère, il a une durée de quelques heures ; au contraire, dans les cas graves, il peut persister bien davantage. I] laisse toujours après lui un état de malaise en rapport avec le degré de l'ivresse. T'antôt c’est de la simple courbature avec céphalalgiie et légère accélération du pouls (crapularis fabricula); tantôt les phénomènes sont plus nombreux et plus accentués ; on peut observer de l’état saburral des voies digestives avec douleur épigastrique et inappétence, du pyrosis et des vomituritions.
» Parfois la mort survient. Elle peut être due à lingestion d’une quantité exagérée d'alcool; elle arrive alors presque subitement. D'autres fois on l’observe dans la période apoplectique, lorsqu'un coma profond termine la scène de l'ivresse. »
Chez l’homme, cette gamme d’états divers débutant par l’excitation, aboutissant à une dépression plus ou moins intense, est parcourue plus ou moins rapidement; la qualité et la quantité des boissons alcooliques ingérées, les conditions multiples d'âge, de sexe, de tempérament, d'habitude, ont une importance considérable quand il s’agit d'atteindre tel ou tel degré de l'ivresse; l’état de vacuité ou de réplétion de l'estomac, de liberté ou de contention de l'esprit, l’usage simultané d’autres excitants physiques ou chimiques, influent sur sa date d'apparition, son intensité, sa durée. « Le vin est la plus aimable des boissons », dit-on; Pébriété des vins blancs mousseux est légère, fugace ; celle des boissons riches en alcool est prompte à venir, intense, turbulente, durable; celle des eaux-de-vie de pomme de terre abrutissante (Lancereaux). Les liqueurs riches en alcool et substances aromatiques (absinthe) produisent d'emblée des troubles sensoriels ; la bière est
lourde, accablante.
L’expérimentation a permis de reproduire le côté physique
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de l'ivresse chez les animaux, et l’on a obtenu les résultats suivants : les voies d'entrée ont été l'estomac, le tissu cellulaire sous-cutané, le poumon, les veines ; à part des prédominances dues à la plus rapide et complète absorption, en rapport avec la nature du tissu en contact avec l’alcool, les effets ont approximativement été les mêmes dans leur expression phénoménale générale. La mort n’arrive guère, d’après Dujardin-Beaumetz, que lorsqu’on à administré 7 gram. 50’par kilogr. du poids de l’animal. Nous avons hâte d'ajouter que, d’après nos expériences personnelles, les chiens intoxiqués lentement peuvent prendre par jour jusqu’à 10 gram. d’alcool absolu par kilogr. du poids de leur corps, en deux fois, à huit heures de distance, pendant plusieurs semaines consécutives.
b) ACTION INTIME ET MODE D'ACTION DE L’ALCOOL.— Une action irritante locale se produit d’abord sur le tissu touché par l'alcool ; douleur, puis réaction inflammatoire, enfin nécrose des tissus touchés ; selon la concentration, dans l'estomac cette action va d’une douce stimulation à la destruction de la muqueuse ; sous la peau, depuis la douleur de la piqûre jusqu’à la syncope, depuis la réaction nulle jusqu’à l’eschare ; dans les veines, jusqu'à la phlébite; dans les poumons, jusqu’à la pneu-
-monie. La propriété de l’alcool de coaguler l’albumine explique tous ces faits de nature nécrobiotique (1).
L'alcool mis ainsi en contact avec les tissus pénètre dans l’économie à la condition d’être dilué, affaibli; il est absorbé sans élaboration préalable (2); les capillaires sanguins, les lymphatiques, par un détour, se chargent, au prix quelquefois de leur destruction ultérieure, de le transporter dans le courant sanguin ; là, l'alcool communique au sang une couleur noire
(4) Magendie, Précis élémentaire de physiologie, t. IT, p. 142. (2) Petit, £{ude sur Palcol. (Thèse Montpellier, 1878.)
(Schultz ({) a vu que la présence de l'alcool dans le sérum dissolvait la matière colorante des globules) et empêche la coa- gulation (Monneret et Fleury). Charrié en nature par le sang, l'alcool détermine alors l'ivresse par son action élective sur le système nerveux, mais imprègne aussi tous les tissus, et est la cause de tous les phénomènes concomitants de l’ivresse. La localisation de l’alcoo! sur le foie et sur le cerveau a été démontrée chimiquement (?) par la distillation; il a été retiré du sang, des centres nerveaux, du foie, des produits de l’expiration pulmonaire et de l’urine, mais en quantité très-petite, qui n’a pu être décelée que par la liqueur de bichromate de potasse en solution dans lacide sulfurique (3); la transformation en acide acétique est partielle, et la fermentation de Leuret et Lassaigne (4)se passe dans l'estomac et n’explique que l’'acescence des éructations et des vomissements.
Orfila et Brodie avaient faussement fait intervenir, pour expliquer l’ivresse, l’action de l'alcool sur les extrémités nerveuses, réagissant à leur tour sur les centres. L'absorption, l’action, l'élimination de l'alcool se font en nature. Flourens avait comparé l’action de l'alcool à celle de l’ablation du cervelet; on le compare volontiers maintenant à celle des anesthésiques, et l’on sait que Bouisson a cité le cas d’une femme qui avait accouché sans douleur dans l'ivresse et se promettait de recommencer dans semblable conjoncture. Cette explication a
(1) Schultz, Wirkung des Branntwein, der Trunksucht, in Hufeland's Journal, avril 1841.
(2) Chatenier et Magnan, Localisation de l'alcool dans l’économie. (Mouvement médical, 1870.)
(3) Marcaïlhou d'Aymeric, des Alcooliques et de leur abus. (Thèse Montpellier, 1865.)
(4) Leuret et Lassaigne, Recherches physiologiques et chimiques. pour servir à l'histoire de la digestion, p. 200.
trouvé confirmation dans les récentes recherches de Svedlin (1).
c) EFFETS DE L'ALCOOL. — Les effets de l'alcool, tout le temps qu'il se trouve dans la circulation, sont immédiats ou éloignés. Les effets instantanés ont été observés: on a vu tom: ber morts des individus qui avalaient d’un trait un demi-litre d'eau-de-vie, de kirsch. Les effets immédiats, c’est l'ivresse telle que nous l’avons signalée chez l’homme, avec les deux phases d’excitation et de dépression. À dose physiologique, il stimule le cœur, régularise le cours du sang, dilate les petits vaisseaux et diminue la tension périphérique; il accélère la respiration, en augmentant la quantité d’acide carbonique dans le sang et peut-être en excitant les nerfs pneumogastriques; ilélève momentanémentla température (2), pour l’abaisser ensuite d’une quantité très-appréciable; il diminue la quantité d’acide carbonique (3) dans l'air expiré et la proportion des matériaux solides de lurine, surtout de lurée ; il provoque et augmente les sécrétions urinaire et cutanée. Le maximum d'action se produit trois heures après l’ingestion; après cinq heures, pour Perrin, l'influence de l'alcool est épuisée; Zacchias n’admettait le retour à l’état normal que trois jours après.
À dose toxique, mortelle ou non, après la fug'ace excitation intellectuelle, ce sont des désordres dans les mouvements : Paction musculaire échappe à la volonté, la démarche devient incertaine, titubante ; les membres postérieurs se dérobent sous l'animal, pendant que les antérieurs conservent encore quel-
(1) Svedlin, Comparaïson des effets du chloroforme avec l'alcool. (Revue médicale, Vienne, 1882.)
(2) Bevan-Lewis, Action physiologique de Palcool dans ses rapports avec la chaleur animale et son influence sur le système vaso-moteur. (Mental Sciences, 1880.) :
(3) Bodlaender, de l'Action de l'alcool sur les échanges gazeux, in Ga-
zette hebd. méd. et chir., 1886, p. 204.
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que activité. À un degré plus avancé, la sensibilité générale, l'exercice des sens, sont successivement abolis, puis bientôt la respiration cesse; puis enfin la circulation s'arrête et la vie disparaît avec le dernier battement du cœur. En mettant à nu la moelle épinière et les nerfs chez un animal (1) en état d'ivresse, on a pu s'assurer en piquant, irritant, broyant le tissu nerveux, que la sensibilité et la motricité des nerfs sont progressivement abolies comme les propriétés excito-motrices de la moelle, en commençant par la queue de cheval pour aboutir, au moment de la mort, à la moelle allongée.
Les effets éloignés sont ceux qui se produisent quelques heures après l'absorption : sécheresse de la bouche, salivation rare et visqueuse, brûlure à l’épigastre, pyrosis, nausées, soif vive, diarrhée bilieuse, digestions pénibles (2); l’hépatalgie (3), l’ictère, l’albuminurie passagère, la pneumonie, les hémorrhagies méningées ou encéphaliques, les apoplexies pulmonaires, sont le fait d'excès alcooliques plus intenses, qui peuvent même aboutir à la mort (des statistiques fort instructives ont été publiées à ce sujet). Nous ne parlons pas des coups ou blessures que se font les ivrognes, malgré le dieu qui passe pour les protéser. Le sommeil profond et la transpiration plus ou moins abondante sont les symptômes critiques de l’intoxication par Palcool.
d) LÉSIONS DE L'ALCOOLISME AIGU. — Quelles lésions anatomiques rencontre-t-on à l’autopsie? Dans l’estomac, ecchymoses, sugillations, muqueuse rouge, injectée. Le foie, les reins et la rate ont été peu étudiés. « Le cerveau, les poumons et le cœur, sans offrir d'altération locale limitée, circonscrite, pré-
(1) M. Perrin, ALcoot, #n Dictionnaire Dechambre, 1° 65, t. II, p. 589.
(2) Glüzinki, l’/nfluence de l’alcool sur les fonctions digestives de Phomme, in Bull. thérapeutique, 1887, p. 393.
(3) Beau, Arch. gén. médecine, 1861, p. 406.