‹ La Descendance des AlcooliquesChapitre 16 sur 39 · DS · texte numérisé non relu

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rant sanguin, tout ou partie de l’alcool circule ; «il est même possible qu’à une certaine époque de l’intoxication alcoolique tout l'individu vive alcooliquement(1). » Les vaisseaux, le cœur, les organes de la respiration, puis les artères, sont immédiatement en contact avec lui. Ce ne sont pas les organes les moins atteints, la veine porte et l'artère pulmonaire sont soumises à la pyléphlébite, à la phlébartérite membraneuses, inflammations adhésives dont la symptomatologie obscure se résume dans l'ascite et la dyspnée progressives suivant la veine enflammée, veine cave ou artère pulmonaire. Le cœur droit ressent ensuite les atteintes du sang chargé d'alcool; c’est sur les parois du cœur droit que s'accumule la surcharge craissense, qui, après avoir débuté par la base, pénètre entre les fibres musculaires et finit par altérer, atrophier ces éléments; enfin, fait que nos recherches ont mis en lumière, les valvules auriculo-ventriculaires, chez nos chiens, sont fréquemment le siége d’une endocardite végétante, début de la sténose consécutive; la tricuspide est aussi, mais moins gravement atteinte. L'étude des lésions valvulaires du cœur droit esttrop peu avancée pour que nous indiquions même les lésions capitales; nous notons seulement comme possible la dilatation aiguë du cœur (2).

L'appareil de la respiration est ensuite visité par le sang: organe d'élimination de l'alcool, le poumon est le siége d'altérations sérieuses et manifestes. La congestion sanguine des poumons, la pneumonie aiguë avec suppuration abondante et délire, telle que la concevait Royer-Collard chez les ivrognes et telle qu'on l’observe encore; la sclérose, les granulations tuberculeuses, sont des maladies auxquelles donne lieu l’abus habituel

(1) Racle, de l'Alcoolisme. (Thèse Paris, 1860.) (2) Maguire, Délatation aiguë du cœur produite par l'alcoolisme. (Soc. clin. Londres, Sem. méd., 1887, p. 237).

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des alcooliques, la tuberculose pulmonaire n’entrant dans ce cadre que comme le produit d’une infection surajoutée à un état général mauvais produit par l’intoxication (1) alcoolique. La pleurésie sèche rappelle le caractère d’inflammation adhésive que revêtent chez le buveur les maladies des séreuses. La laryngo-bronchite, la voix de rogomme, l'emphysème, la dilatation des bronches, sont aussi le fait de l'alcoolisme ; il est inutile d’insister sur la symptomatologie de ces affections pulmonaires. La localisation de la pneumonie au sommet et celle de la dilatation sur le trajet des bronches moyennes sont les seuls faits qui puissent aider dans le diagnostic de la nature de ces maladies si communes.

Le cœur gauche, lui, reçoit un sang déjà débarrassé de partie d'alcool ; les lésions n’en sont pas moins importantes : augmenté de volume, atteint de myocardite partielle chronique, tel est le cœur de l’ivrogne, avec ses valvules épaissies, sinon athéromasiées, que Budd (2) avait décrit depuis longtemps. Ces lésions ont les symptômes ordinaires aux rétrécissements, insuffisances, dilatations, dégénérescences de cet organe. Une nouvelle maladie du cœur est attribuée jusqu'ici à l'alcoolisme seul : c’est la trémulence du cœur (3), comparable aux trémulations des muscles de la vie organique.

Les artères portent des plaques d’athérome à tous les degrès, avec prédominance dans les cérébrales et l'aorte thoracique, charrient un sang graisseux, peu coagulable, à corpus-

(1) Bell, On the effects of the use of alcoholies liquors on tubercular diseases in constitution predisposed to such diseases. (American Journal of the medical sciences, 1859, p. 407.)

(2) Budd, Clinical Lecture of delirium tremens. (London, Med. Gazelte, 1842.) |

(3) Peter, Parésie trémulente du cœur chez un alcoolique. (Gaz. Hôp., 1886, p. 541.)

a cules rouges, comme exprimés de leur hémoglobine ; à leucocytes nombreux, multipliés. Les anévrysmes, les hémorrhagies, le purpura, la coloration bronzée de la peau (1), sont les effets de ces altérations vasculaires et sanguines ; les troubles de l’hémopoièse ajoutent du reste leurs effets à ceux de la constitution du liquide sanguin et des vaisseaux.

Dans la symptomatologie de l’alcoolisme chonique, le pouls est ordinairement dur, lent, et donne cette sensation particulière qui caractérise le pouls athéromateux ; avec le sphygmographe, on a un tracé particulier: on y lit le plateau du pouls alcoolique, avec le coup d’ongle du rétrécissement aortique, le plus souvent concomitant.

3° Systèmes musculaire, osseux, tégumentaire. — Lancé dans l’organisme, le sang se rend aux muscles, aux os, à la peau, aux divers organes de l’innervation, de la génération, s'élimine enfin par le rein. Dans les muscles, il provoque les dépôts graisseux entre les faisceaux musculaires et la dégénérescence granulo-graisseuse des fibrilles: d’où, indépendamment des troubles nerveux, faiblesse des mouvements. Dans les os, même adiposité, agrandissement du canal médullaire, parois amincies, cassantes, et douleurs profondes, à différencier des douleurs ostéocopes. Dans les articulations, peu de manifestations. Sur la peau, altérations diverses : enluminée ou couperosée, la trogne des ivrognes fait parfois place à une pâleur spéciale ; la sécheresse écailleuse ou l’aspect onctueux, luisant, tiennent à l’atrophie ou à la prolifération graisseuse des glandes sébacées et sudoripares ; l’eczêma, les « ulcères du gin », le purpura, les ecchymoses, les sigillations du cadavre alcoolique, ont été aussi notés. Dans le tissu cellulaire sous-cutané, c'est Pœdème ou d’abondants pelotons graisseux que l’on rencontre.

(1) Addison, On the constitution and local effects of the diseases of the suprarenal capsules. Londres, 1855.

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4 Système nerveux. — Les organes de l'innervation sont le point de départ de troublés qui caractérisent l'alcoolisme aigu, livresse ,ils portent aussi le poids des altérations chroniques, et bien des troubles de l'alcoolisme chronique doivent leur être rattachés.

Dans le crâne, la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère, le cerveau, le cervelet, sont atteints. La dure-mère est souvent tapissée de néoplasmes auxquels on à donné le nom de pachyméningite hémorrhagique;l’hémorrhagie intra-arachnoïdienne enkystée siége sur les régions pariétales et donne lieu, par la compression, à des manifestations phénoménales très-variées. Quant à la pie-mère, la face supérieure des hémisphères et la grande circonférence du cervelet portent souvent aussi des traces d'inflammations adhésives, sous formes d’épaississements opalins, de taches ecchymotiques, de plaques laiteuses, de corpuscules de Pacchioni accumulés en gâteaux, de traînées blanchâtres et d’adhérences en ces divers points, entre la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère. Le liquide céphalo-rachidien, suppléant au retrait de la masse encéphalique, est le plus souvent augmenté; l’œdème de la pie-mère est très-fréquent.

L’encéphale, d'autant plus altéré qu'il est plus irrigué, est le plus souvent atteint de périencéphalite chronique diffuse ; la dégénération granulo-graisseuse des capillaires et des éléments cellulaires domine dans les circonvolutions et les noyaux gris, à tous les degrés de l’intoxication. De consistance ferme, comme lavées, les circonvolutions logent souvent des kystes remplaçant des pertes de substance; les ventricules sont dilatés, dépolis, leurs parois granuleuses. Les noyaux gris participent à cette dégénération, comme la substance blanche. Adhérente ou non, la pie-mère entraîne comme un emporte-pièce de petits disques de substance grise. Mais des ramollissements circonscrits, des encéphalites partielles, se rencontrent aussi;

Bo de sorte que les lésions procèdent dans l’encéphale du même type que dans les autres organes: dégénérescence graisseuse où inflammations adhésives. |

Correspondant à ces désordres anatomiques, des troubles fonctionnels intéressant l'intelligence (1), la motilité et la sensibilité, ont été depuis longtemps constatés. Les troubles sensoriels et sensitifs se produisent sous forme d’hallucinations diverses(?), le plus souvent unilatérales, portant particulièrement sur l’ouie et la sensibilité générale; d’hyperesthésie (3) et d'anesthésie; mouches volantes, formication, bourdonnements d'oreilles, céphalalgie, vertiges, insomnie, sont choses habituelles aux buveurs. La motilité, sous forme de tremblements, soubresauts, crampes, contracture, convulsions, paralysie, a aussi des désordres passagers ou permanents, le plus souvent associés aux troubles sensoriels et sensitifs, fournissant même matière à leur production.

Quant à l'intelligence, les désordres qui en dépendent sont nombreux et variés ; les formes les plus ordinaires (4) de trouble mental aigu sont la mélancolie, la stupidité, les idées de persécution, de suicide; les terreurs, les craintes imaginaires, et quelquefois au contraire un délire de satisfaction, de contentement et d’orgueil. Les troubles chroniques des facultés intellectuelles et morales sont: lamnésie pure ou compliquée d’aphémie, de la gêne dans le langage articulé, la diminution de

(1) Brierre de Boismont, de Quelques nouvelles Observations sur la folie des ivrognes. (Ann. méd.-psych., 1852, p. 375.)

(2) Geddes, Clinical Illustrations of the diseases of the India, 1846, p. 241.

(3) Leudet, Étude clinique de la forme hyperesthésique de l'alcoolisme chronique. (Arch. gén. méd., janvier 1867.)

(4) Voisin, de l'État mental dans l'alcoolisme aigu et chronique. (Ann. méd.-psy., 1864, p. 65.)

TN Ces la conscience, de la singularité et de l'originalité de caractère, de la tristesse, du découragement, de la diminution dans la liberté morale, de la faiblesse de caractère, un manque d'’initiative et d'énergie, de la lypémanie, de l’obtusion intellectuelle, de l’hébétude, un état d’abrutissement, d’imbécillité, et enfin un délire d’ambition, de satisfaction et d’orgueil. Les facultés intellectuelles, la mémoire exceptée, sont moins souvent et moins profondément troublées que les facultés morales.

Le délirium tremens, accident de l’alcoolisme chronique au même titre qu'un accès fébrile d’impaludisme, est un épisode de cette intoxication : agitation désordonnée et égarement, perversions sensorielles multiples, terrifiantes, délire à expression professionnelle, tels sont ses caractères. L’épilepsie alcoolique coïncidant avec le délirium tremens, se localisant ou prédominant dans une partie du corps, moins rapidement suivie de démence radicale(1) que l’épilepsie névrose, en rapport par la fréquence des attaques avec la qualité supérieure de l'alcool ingéré (2), est encore un épisode de l'alcoolisme. La lypémanie alcoolique (3) en est une manifestation dépressive, à tendances suicidique ou homicide suivant les cas. La manie est fréquente (4), devient facilement chronique ou reste transitoire ; les idées de grandeur ne sont pas rares. La folie des persécutions en est un autre type, non des moins fréquents. Le délire des alcooliques n’est pas un délire, mais un rêve, suivant l’expression de Lasègue (5); enfin son analogie avec le radotage

() Magnan, Recherches sur l’épilepsie alcoolique, 1875.

(2) Moëli, Une remarque à propos de l’épilepsie chez les alcooliques.

(3) Falret, Mélancolie alcoolique. (Soc. méd.-psych., 1876.)

(4) Petoukhow, Mante transitoire chez les ivrognes. (Ann. méd.-psye., 1869, p. 471.)

(5) Lasègue, le Délire alcoolique est un rêve. (Archives générales de méd.,nov. 1881.)

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