‹ La Descendance des AlcooliquesChapitre 17 sur 39 · RAR · texte numérisé non relu

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des vieillards est patente({). En outre, il est parfois fébrile (2) et se réveille sous la plus faible influence (3). Mais la démence, l’aboutissant presque inévitable de ces formes diverses ; labrutissement, comme dit le vulgaire, primitif ou secondaire, est fréquent; nullement curable, cette forme et la pseudoparalysie générale sont les plus sévères, peut-être aussi les plus communes. De remarquables travaux sur l’état mental des alcooliques et sur l'anatomie pathologique sont sortis de la plume de MM. Magnan (4), Voisin, Wright (5) et nombre d’auteurs dont incidemment je cite les noms : Bouchard et Proust (6), Jolly (7), Lancereaux, Magnus Huss, etc.; nous avons le regret de ne pouvoir y insister.

La moelle épinière et les nerfs participent aux altérations du système nerveux central: sclérose ou dégénération granulograisseuse sont les lésions anatomiques ;, douleurs, désordres fonctionnels et nutritifs divers résultent de ces altérations ; décubitus acutus, paralysies, troubles trophiques, ataxie (8), polynévrites, telles que MM. Gombault, Pitres et Vaillard, Dubreuilh, Déjerine, les ont décrites récemment. En outre des troubles nerveux spéciaux ressortissant à l'alcoolisme, des acci-

(1) Prévost, Etude clinique sur le délire alcoolique, 1875.

(2) Magnan, Signes diagnostiques du délire alcoolique fébrile. (Soc. biolog., 1873.)

(3) Gabriel, du Réveil du délire alcoolique. Thèse Paris, 1883.

(4) Magnan, de l’Alcoohisme, des diverses formes du délire alcoolique,

(5) Wright, Ætude sur l'alcool dans ses rapports avec l’entelligence et la conduite, 1886.

(6) Bouchard et Proust, Anatomie pathologique de l'alcoolisme. (Gaz. méd. Paris, 1868.) -

(7) Jolly, Etudes hygiéniques et morales sur l'alcool et ses composés. (Ac. méd. 1866.)

(8) Barbe, Ataxie alcoolique. (France médicale, 1885.)

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dents à forme rabique sont parfois signalés chez les buveurs ; lhynoptisation se réalise facilement chez eux (1); enfin la notion récente de l’hystérie toxique, créée par M. Charcot, rentre dans le même cadre, « à titre d'accident tertiaire de l’intoxication alcoolique (2). » « Les intoxications n’ont qu’une importance réduite sur la production des phénomènes hystériques, mais elles ont une influence énorme sur la forme des accidents »; avec cette notion ont disparu les hémiplégies, les hémianesthésies alcooliques.

& 5 Organes génilo= urinaires. — Les organes urinaires, qui débarrassent l'organisme de l'alcool, subissent à un haut degré sa funeste influence. Grégory dit que les ‘/, des cas de dégénérescence granuleuse des reins sont dus à Palcoolisme. L’albuminurie avec ses conséquences, l’urémie (3), la polyurie, le diabète, reconnaissent souvent cette cause : atrophiés ou volumineux, les reins portent le cachet des lésions anatomiques qu’engendre l'alcool dans tous les tissus. Dans les urines, on trouve une diminution des matériaux excrétés, de l’azote total (4) et de l’urée ; le rapport entre l'acide phosphorique produit et l'acide phosphorique total augmente; l'acide urique augmente, les tubuli sont fréquents, l’albumine aussi. Le catarrhe vésical, lhypertrophie de la prostate, sont précoces. Du côté des organes de la génération, c’est l’atrophie des testicules et l'impuissance ou l'absence de désirs ; c’est la petitesse du volume des ovaires, surtout de la partie sécré-

(1) Crothers d'Hartford, Hypnotisme chez un ivrogne. (Ann. méd.psych., 1886, p. 301.)

(2) Berbez, Hystérie toxique. (Gaz. hôp., 1888.)

(3) Fuertsner, de l’Albuminurie chez les alcooliques, in Ann. méd.psych., 1879, p. 321.

(4) Robin, Valeur séméiologique de l'examen des urines dans certains cas d’alcoolisme. (Soc. biologie, 1887.)

tante, avec la ménopause prématurée et la diminution de laptitude à la procréation. j

G Nutrition.— À côté de ces lésions constatables, portant, on le voit, sur la plupart des organes, il est des altérations fonctionnelles vitales qu’il convient de signaler, pour être complet, dans cette étude succincte. La fièvre alcoolique a été signalée avec certains caractères spéciaux : Gestin, Lecorre et Bouvet (1), en apportent des cas authentiques; nous avons du reste signalé l’adjonction de cet élément à certaines maladies de même nature. Mais cet élément peut se présenter isolés nous avons observé un cas de fièvre alcoolique dans lequel les symptômes typhoïdes étaient intenses, durèrent plusieurs jours et se jugèrent par quelques heures d’insomnie avec hallucinations nettement alcooliques. :

La moindre résistance des alcooliques aux traumatismes, aux maladies intercurrentes, aux épidémies, aux agents thérapeutiques, aux intoxications surajoutées, sont notions vulgaires actuellement : «L’ivrogne qui échappe à une épidémie en continuant ses excès est un homme qui tombe du quatrième étage sans se tuer, disait Max Simon; allez donc compter sur cette chance. » M. Pasteur à bien signalé la moindre résistance des ivrognes à la cure rabique ; M. Bouchard signale, dans les cas d’imperméabilité rénale, Paccumulation médicamenteuse, ce que l’on rencontre fréquemment chez les buveurs. Chomel avait dit que l’abus des boissons fermentées imprime aux maladies aiguës un caractère fâcheux, les rend souvent mortelles ; on a noté enfin la scarlatine récidivant jusqu’à quatre fois chez un alcoolique.

Les effets sur la nutrition en général sont évidents ; on ne peut plus dire avec Liebig que l'alcool occupe un rang distingué comme aliment respiratoire et que l’ingestion de l’al-

(1) Bouvet, Essai sur l’alcoolisme. (Thèse Montpellier, 1870, p. 29.)

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cool dispense de l'usage des aliments amylacés et sucrés. MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé ont repris expérimentalement cette question et ont conclu qu’en enlevant aux hématies une certaine quantité d'oxygène, l’alcool modérait la nutrition (1). Mais les travaux de MM. Lallemand, Perrin et Duroy (?), répondant à Duchek, à Bouchardat et Sandras, avaient depuis 1860 démontré que l'alcool n’est ni transformé mn détruit dans l'organisme, que ce n’est par conséquent pas un aliment. Servel (3) prouvait ensuite incidemment que Palcool exagère les dépenses, puisqu'il détermine la régression des tissus au profit d’une activité fonctionnelle générale. Les chevaux des contrebandiers, à qui l’on donne l'alcool outre la ration d'entretien, maigrissent vite ; lachienne de Servel maigrissait, ses grenouilles devenaient autophages. Dans nos recherches, nos animaux engraissaient ou maigrissaient, mais le réactif de la nutrition, le dosage de lhémoglobine, nous montrait une diminution progressive de cette hémoglobine en rapport avec la chronicité de l’intoxication. L'opinion que l'alcool est un aliment d'épargne à donc vécu.

b) MARCHE ET TERMINAISONS. — Combien dure un alcoolique ? Quelques mois, quelques années, suivant l'abondance des excès, le siége de la localisation morbide, la nature des boissons. La guérison est rare, parce que « qui à bu boira »; l'amélioration est possible, mais corrigée par des rechutes ; la mort est le terme ultime, survenant fréquemment par marche progressive des lésions organiques.

(1) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Recherches expérimentales sur Palcoolisme chronique, 1884. (Ac. méd.)

(2) Lallemand, Perrin et Duroy, du Rôle de l'alcool et des anesthésiques dans l'organisme, 1860.

(3) Servel, Æecherches expérimentales sur la physiologie de la rate. (Thèse Montpellier, 1876.)

ve La terminaison des alcooliques par mort subite, par embolies graissenses, se rencontre parfois. La cachexie, le marasme consécutif aux diverses maladies que nous avons indiquées, est de beaucoup le mode le plus fréquent de terminaison. Après leur mort on à prétendu que les alcooliques se putréfiaient moins vite: Alexandre le Grand aurait dû à ce fait la

longue durée que son cadavre mit à se décomposer. Lance-

reaux (1) prétend au contraire que la putréfaction survient plus rapide chez les gens adonnés aux spiritueux.

La combustion spontanée enfin, malgré les théories chimiques de Thénard, ne repose sur aucun fait scientifiquement observé (2).

€) ASPECT GÉNÉRAL DE L’ALCOOLISME. — Si maintenant nous voulions faire un tableau de alcoolique à ses diverses phases de développement, nous le peindrions tremblant, affaibli, ayant constamment besoin de sa stimulation artificielle ; vertiges cérébraux, affaiblissement de la vue, embarras de la parole, sommeil agité, fourmillement dans les membres, démarche de moins en moins précise, station de plus en plus difficile : tels seraient les faits qui marqueraient les progrès toujours croissants de la maladie. À cette forme prodromique, avec Magnus Huss, nous ferions succéder les formes paralytique, anesthésique, hyperesthésique, convulsive, épileptique, avec les attaques de délirium tremens, et nous aboutirions à ce marasme ou bien à ces accidents subits, ou bien encore à cette malignité des moindres accidents qui sont le propre de l’alcoolisme. Mais nous sortirions de notre cadre.

d) DIFFÉRENCES.— Dans ce tableau écourté des symptômes et des lésions dus à l’alcoolisme, nous n’avons voulu donner

(1) Lancereaux, art. ALCOOLISME, n Dictionnaire Dechambre, t. 1], p. 670.

(2) Bouvet, £'ssar sur l'alcoolisme. (Thèse Montpellier, 1870, p. 42.)

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que l’ensemble; il nous reste à signaler les variantes phénoménales tenant au liquide, aux temps, aux lieux, à l’âge, au sexe.

La nature du liquide à une influence capitale : les liqueurs fermentées sont moins nocives ; les liqueurs distillées, l’eaude-vie de sorgho par exemple, procurent le délire furieux et sont plus nuisibles ; les vins acides prédisposent à la goutte; la bière, aux calculs, à la glycosurie, à l'obésité ; le cidre et le vin mousseux portent leur action sur le système nerveux, et certains vins du département du Haut-Rhin produisent facilement des accidents paraplégiques. Les eaux-de-vie contenant des alcools supérieurs, plus abrutissants, mènent plus rapidement au marasme avec lésions viscérales. Quant aux liqueurs avec essences, elles abattent le buveur au lieu de l'exalter ; les effets dominants sont ceux de l'alcool, mais les effets des matières dissoutes s’ajoutent, et donnent certaines caractéristiques à la symptomatologie.

L'étude des diverses liqueurs dans leurs effets pathologiques est loin d’être faite; labsinthe, ce gentil poison aux reflets d'émeraude (1), a seule donné lieu à des travaux importants. Comparés entre eux, on voit que l'alcool agit d’abord sur la région dorso-lombaire, l’absinthe sur la région bulbocervicale ; que cette dernière produit d'emblée le délire, que l'alcool ne détermine que sur un terrain préparé; qu’elle fait fait naître dans l’intoxication aiguë des attaques épileptiques (2), tandis que l'alcool produit la paralysie et jamais de

(1) Motet, Considérations générales sur l'alcoolisme, et plus particulièrerement des effets toxiques produits sur l'homme par la liqueur d’absinthe. (Thèse Paris, 1860.)

(2) Magnan: a) Epilepsie alcoolique, action spéciale de l'absinthe (Soc. biol., nov. 1868); b) Recherches de physiologie pathologique avec l'alcool et l'essence d'absinthe (Arch. phys., 1873).

OS convulsions. L’ivresse absinthique se différencie en ce qu'elle est plus intense, plus profonde et laisse une stupeur remarquable; que lexcitation à son caractère particulier, s’accompagne d’hallucinations, d’accidents épileptiformes. L’absinthisme chronique amène des troubles psychiques plus précoces, plus intenses, dont les caractères sont l'exagération et la violence du délire, la stupeur consécutive à cette agitation, les hallucinations nettes et terrifiantes dès le début. Parmi les troubles physiques importants, il faut signaler la bouffissure de la face, le teint pâle, terreux, la saillie des globes oculaires, les secousses musculaires, les absences, les vertiges, les attaques épileptiformes. Telles sont les conclusions auxquelles arrive M. Maunier (1) et que M. Gourmet (2) avait déjà énoncées en partie, mais dans lesquelles M. Voisin (3) n'avait vu que des nuances insuffisantes pour créer une nouvelle intoxication.

Malheureusement pareille étude n’a pas été faite pour toutes les liqueurs, et l’on doit se contenter de la conclusion de MM. Dujardin-Beaumetz et Audigé: « Tous les alcools et eauxde-vie de commerce sont toxiques, et leur action nocive est en rapportavec leur origine et leur degré de pureté (4).»

Nous n’insisterons pas sur les autres conditions dans lesquelles se produit l'alcoolisme; toutes ont leur importance: tuer le ver le matin, c’est se soumettre, d’après Fonssagrives, à des effets plus directs, à une action plus prompte sur l’estomac; les paludéens, les saturnins, souffrent davantage de leur excès, les dégénérés par alcoolisme de même; le froid, le climat du Nord, procurent plus vite l'ivresse et l’intoxication

(1) Maunier, Alcoolisme et absinthisme. (Thèse Montpellier, 1880.) (2) Gourmet, Alcoolisme et absinthisme. (Thèse Montpellier. 1875.) (3) Voisin, loco citato, 1864, p. 66.

(4) Dujardin-Beaumetz et Audigé, Recherches expérimentales sur la puissance toxique des alcools, 1879, p. 299.

le = chronique, témoin les soldats de la campagne de Russie, les voyageurs du St-Bernard, les Suédois.

S C. L’alcoolisme dans la race et l’espèce.— Tel est l’alcoolisme avec ses symptômes, sa marche, sa terminaison, ses lésions chez l'individu. Il n’est pas moins intéressant de savoir ce qu'il devient dans la famille, dans la race, dans l'espèce; car les effets de l'alcool ne s’arrêtent pas à l'individu : il crée pour la famille des tendances psychiques, des prédispositions physiques, une allure générale de la vie, qui fera le sujet du prochain chapitre. Dans la race, il se traduit par des caractères spéciaux relatifs à la vie intellectuelle et la force physique vis-à-vis des autres races; dans l'espèce, enfin, il aspire à restreindre son développement numérique, à diminuer ses aspirations légitimes au progrès:Ces effets éloignés, mais capitaux, méritent bien qu'on consacre à leur étude quelques lignes.

« Refoulés dans les contrées qu’arrose le fleuve Orange, les Hottentots d’une faible constitution achèvent de dégénérer dans l’abus effréné de l'alcool et du brandy. L’alcoolisme fait chez eux des ravages au-dessus de toute expression, et, au dire de médecins observateurs, on peut calculer à un avenir peu éloigné l'extinction complète de la race hottentote (1).» De Quatrefages et Rufz pensent, avec le plus grand nombre des auteurs, que l’eau de feu a été le principal agent de destruction des Indiens de l'Amérique (2). Tahiti se dépeuple depuis Pintroduction des liqueurs alcooliques, par les maladies de peau que provoque l’abus du kawa (3). Les races germanique, anglaise, chinoise et nègre, sont réputées pour avoir au plus

(1) Bulletin de la Soc. d'anthropologie, 1862, p. 553. (2) Bulletin de la Soc. d'anthropologie, 1860, p. 276. (3) Cuzens, Tahiti, p. 85.

haut degré la passion des alcooliques; les Suédois, depuis Charles XII et Gustave III, sont incapables de coloniser, de s'étendre ; ils ont disparu du concert européen. Il est un fait qu'on ne peut cacher, du reste: c’est que la domination de la race conquérante chez les indigènes du Nouveau Monde s’est établie plus impitoyablement par la propagation de l’eau-devie que par la force des armes (1); et l'Angleterre se montre encore souvent, témoin les Indous, les Malabars, conquérant pacifiquement ses colonies la Bible d’une main, un flacon de wisky de l'autre.

Pour l’étudier dans l'espèce, c’est-à-dire dans le développement numérique et dans la perfectibilité physique et morale, les statistiques -sont nombreuses sur les conditions contraires à ce progrès du fait de l'alcoolisme. Les troubles intellectuels croissent de pair avec l’abus des alcooliques. Vers 1840-1850, Parchappe et Morel accusaient 25 à 28 c/, d’alcooliques parmi leurs aliénés. En 1859, Motet (2) signalait en France plus de 100,000 individus exposés à engendrer des fous, des épileptiques, des imbéciles ou des idiots, parce qu’ils peuvent, sur le premier comptoir de marchand de vin, au coïn dela première rue, boire jusqu'à Pabrutissement un poison dont les effets se produisent tôt ou tard et d’une manière fatale. En 1871, Magnan et Bouchereau trouvent la proportion des alcooliques entrés à Sainte-Anne de 31 °/.. Lunier, en 1877, montrait que, depuis quarante ans, la consommation d’alcool et les cas de folie ont doublé. En 1886, Planès trouvait, sur 32,000 cas d’aliénation mentale en quatorze ans, 6,000 cas alcooliques. Les actes de violence vis-à-vis des autres, le suicide, dérivent aussi de l'alcoolisme. Déjà Dumesnil citait ces mots, qu'avait prononcés un échevin de Rouen en 1349: « De

(1) Morel, Traité des dégénérescences, p. 388. (2) Motet. (Thèse Paris, loco citato.)

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vingt bandits ou routiers, messires, dix-neuf se sont formés au cabaret.» Schlegel signale l'alcoolisme comme la principale cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et en Russie. Brierre de Boïsmont (1) fixe au dizième des suicides ceux qui sont dus à l'abus des liqueurs fortes. En Hollande, c'est à 75 et 80°, ; en Belgique, à 25 et 30 °/, que se monte le chiffre des alcoolisés parmi les criminels (2). En France, le dernier Bulletin de la Société de tempérance fait osciller entre 53 et 88 le pourcentage d’intempérants, suivant la caté= gorie des délits; et M. Maze indique que, parmi les condamnés âgés de moins de vingt ans, il y a 63 °/, d’aleooliques, 78 °/, parmi les récidivistes. Chez 8? °/, des prostituées, d’après la doctoresse Tarnowskaia (3), les parents sont des ivrognes habituels.

Les résultats nocifs de l’ivrognerie sur la mortalité et la longévité sont aussi notables ; il est démontré depuis longtemps que son influence sur la production des affections cérébrales et gastriques se traduit par la production de 1 : 36 chez les ivrognes, 1 : 104 chez les gens sobres (4). Drysdale vient récemment (5) de confirmer ces résultats et d'apprendre que la durée moyenne de la vie, même chez les buveurs modérés, est moindre que chez les feetotallers. Du reste, les Anglais, qui dépensent dans une seule année pour plus de trois milliards de francs en boissons fortes, ont une mortalité générale de 15.5 °/, pour les mâles compris entre 25 et 65 ans; mais les professions de brasseur, aubergiste, cabaretier, domestiques

(1) Bierre de Boismont, loco citato. (Ann. méd.-psych., 1852, p.375.)

(2) Vétault, loco citato.

(3) Tarnowskaia, Prostitütion, examen anthropométrique. (Medic. Record, 1887.)

(4) Nelson, £'ffets de l’ivrognerie. (Union méd., 1869.)

(5) Drysdale. (Congrès de Zurich contre l'abus des alcooliques. Sem. méd., 1887, p. 399.)

SONT es de café et d'hôtel, ont une mortalité de 21, 23 et 34 p. °/, (1). Un médecin militaire distingué, doublé d’un savant hygiéniste, M. Arnould (2), se demande enfin si le rachitisme, si fréquent à Lille, dans le département du Nord, ne serait pas, sans préjudice d’autres influences, une forme de l’hérédité alcoolique. « L'alcool, ajoute-t-il, ne compromet pas tout d’abord la vitalité, la force numérique des races, la salacité aveugle de certains alcoolisés et la très-active natalité de la Suède et de la Prusse en sont des preuves; mais l'impuissance et la fécondité, pour être des conséquences reculées, n'en sont pas moins des conséquences certaines. » s Quelque optimiste que l'on soit en pareille matière, l'on ne peut s'empêcher de reconnaître l'influence de l'alcool sur la race et sur l'espèce, si sa généralisation progresse : influence malsaine, régressive, dégénérative au plus haut degré, contraire par conséquent aux progrès moraux et physiques de l’hu-

manité.

Nous avons passé à dessein, dans ce qui précède, les arguments qui viennent corroborer notre proposition de l’influence des boissons alcooliques dans la famille; c’est l'étude de ces effets désastreux de l’alcoo!l sur la santé physique, sur lintégrité intellectuelle des descendants directs de ceux qui en font abus, que nous désirons maintenant entreprendre.

Montrer qu'une action déprimante, régressive, sur la descendance, se produit du fait de l'alcoolisme des parents ; indiquer ensuite sur quels organes, quelles fonctions, cette action se porte de préférence; étudier sous quelle forme il est le plus facile pour le médecin de la reconnaître; enfin tirer de cette étude toutes les applications possibles à la médecine lé-

(1) Journal de pharm. et chimie, 1888, p. 46. (2) Arnould, Éléments d'hygiène, p. 981.

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