SECONDE PARTIE
Le mot dégénérescence est le terme sous lequel on range la plupart des anomalies de la vie de lespèce. Autrefois intimement liée à l'existence supposée d’un type primitif parfait et d’une déchéance consécutive, graduelle, cette conception de la dégénérescence reconnait maintenant comme processus intime une substitution d’atrophies partielles, aboutissant à l’'amoindrissement et finalement à la stérilité. Il y a entre ces deux opinions, émises à vingt-cinq ans de distance, toute la différence qui sépare Morel (1) de Dally (2), la doctrine de la préformation de celle du transformisme, le théologien de l’anthropologiste. La dernière opinion contient la distinction entre la dégénération, c’est-à-dire le retour de l’animal ou du végétal à l’état de nature, par la perte de ce que lui avait donné la culture ou la sélection, et la dégénérescence humaine, qui, à cause de l’état pathologique, s'entend d’un status præternaturalis aboutissant à l’avortement. En résumé, on doit entendre par dégénérescence des altérations organiques et fonctionnelles, transmissibles par l’hérédité et aboutissant à la stérilité.
Dans la suite de notre travail, nous nous tiendrons constam-
(1) Morel, Traité des dégénérescences de l'espèce humaine et des causes qui produisent ces variétés maladives. Paris, 1857, p. 5. (2) Dally, art. DÉGÉNÉRESCENCE, 2n Dict. Dechambre, tome XX VI,
LCR
ment dans les limites de cette conception de la dégénérescence. Il est facile, du reste, de voir combien est vaste le sujet que nous embrassons: tératologie, caractères extérieurs de l'individu, état physique et intellectuel, rapport de l’homme vis-à-vis des agents morbides : tout cela, nous devons l’envisager succinctement, le montrer se modifiant sous l'influence des causes dégénératives, de l'alcoolisme en particulier.
Les causes des dégénérescences sont pathologiques, toxiques, géographiques ou climatériques, sociologiques. Avec les idées modernes sur l’étiologie de la plupart des maladies, la conception de la diathèse, état morbide essentiellement transmissible en fait ou en tendance, perd de sa précision ; sa valeur comme cause de dégénérescence devient aussi moindre, et, devenue une maladie générale au moment de son épanouissement, elle n’arrive qu'à produire dans la descendance une diminution de la résistance vitale, élément important mais non capital de la dégénérescence, si elle n’aboutit pas à la stérilité. Les causes géographiques ou climatériques, quelque idée qu’on se fasse du cosmopolitisme de la race humaine, se résument dans la difficulté d’accoutumance aux climats: le noir s’est adapté à la longue à la vie dans les pays chauds; le blanc ou le jaune, dans les pays tempérés; les produits des croisements s’éteignent au bout de quelque temps, à moins d’un retour à l’un ou l’autre type. De la même importance que les causes climatériques sont les causes sociologiques : la sélection militaire laisse-aux infirmes plus de chances de se reproduire ; la division du travail, en restreignant les limites et le mode d'activité, fait régresser la descendance, dont le développement organique est moins intégral; l’atrophie partielle de tel ou tel élément est la règle; du reste, le génie et la folie in radice conveniunt. Restent comme causes de dégénérescences les causes toxiques: poisons ethniques, toxiques, alimentaires et professionnels.
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