BRIE
contenterons de signaler, parmi les dégénérés par alcoolisme, la présence de ces désharmonies, dont l'observation suivante donne l’idée :
Observation XIII. — M. D... (Michel), treize ans, né et domicilié à Montpellier, entre à l’asile le 17 décembre 1887. Excessivement nerveux, ayant de la fièvre pour un rien, mais n'ayant jamais été sérieusement malade, cet enfant est intelligent, mais de: sentiments excessifs. En possession d’une mémoire vraiment considérable, il eut, jusqu'à l’âge de dix ans, des succès dans les écoles primaires ; le calcul et le raisonnement étaient ses points faibles. A cet âge, toujours désireux d’avoir la première place, il devint lent à faire ses devoirs et se fatiguait pour y parvenir. D'un extérieur timide, il était chez lui un démon : autoritaire, entier, faisant plier ses frères et sa mère à ses caprices ; d’une imagination maladive, il rêvait misanthropie, solitude, mais ne pouvait sortir sans sa mère.
À l’époque de sa première communion, les sentiments mystiques remplacèrent ces sentiments trop humanitaires et réformateurs ; il ne parlait que de Dieu, des mystères et d’autres choses au-dessus de sa portée.
A douze ans, il fut un jour poursuivi dans la rue par des va-nupieds à qui il avait sans doute essayé d'exposer ses théories, et se réfugia avec peine dans les bras de sa mère, apeuré, effrayé. Ce fut le début d'une agitation excessive : cris, gestes désordonnés, violences, se montraient comme sous l'influence d’impulsions ; la moindre réprimande suscita dorénavant des colères et des actes extravagants; dans son égarement, il frappait, détruisait, criait, enjambait le balcon, etc. En même temps le délire s'accentua et prit la forme du délire des grandeurs associé à celui des persécutions : il est fort, refuse les pantalons courts, voudrait être Peau - Rouge pour faire peur aux autres enfants; il désire le bien de tout le monde; il a horreur du mensonge; affiche des haïnes patriotiques qui ne sont pas de son âge; il ne reconnaît aucune autorité et reproche à Dieu de faire ronger par les vers nos cadavres. Pas la moindre perversion sensorielle ; seule, l’hyperesthésie des sens se traduit par des tressaillements involontaires au bruit du vent, au