LS
données comme les caractéristiques des états maniaques et lypémaniaques ; mais les raptus sanguins habituels vers l’encéphale reconnaissent pour cause un déséquilibre dans la circulation dont l’origine peut remonter à l’alcoolisme des parents. Nous ne voyons pas d’autre cause à la manie intermittente d’un malade à l’asile depuis vingt-cinq ans, petit-fils d’un alcoolique ayant abouti à l'épilepsie, et fils d'une mère égarée, maniaque à l’occasion de son premier accouchement, chez qui cette tendance se traduit depuis peû de temps par des attaques congestives, maintenant que son système nerveux et ses forces sont trop affaiblies pour réagir psychiquement, alors qu’autrefois il réagissait par des accès de manie d’une intensité incroyable.
En résumé, les maladies locales des appareils organiques peuvent être, chez le dégénéré, le point de départ d’une réaction intellectuelle morbide ; c’est un fait que nous croyons suffisamment établi par nos deux observations:lafolie sympathique nous parait devoir tirer de cette intervention de l’hérédité alcoolique dans quelques cas des indications précieuses.
d) INFLUENCE DES MALADIES LOCALES DU SYSTÈME NERvEUx.— 1° Névroses.— À part les altérations de l'intelligence, dépendant intimement de l’alcoolisme ancestral et amenant des effets contingents sous l'influence de causes diverses, il existe des maladies du système nerveux en particulier, qui sont l'expression de la tare héréditaire. Les convulsions de l'enfance sont fréquentes chez les descendants des alcooliques ; la plupart de nos malades en ont eu, leurs collatéraux en ont, leurs descendants en auront. MM. Baumès (1), Vernay (2), Déjerine (3), en ont cité des exemples ; pour ce dernier même,
(1) Baumès, Traité des convulsions de l'enfance, 1805.
(2) Vernay, Convulsions par alcoolisme chez un nouveau-né. (Lyon médical, 1872, p. 440.)
(3) Déjerine, loco cutato. 20
la plupart des névroses peuvent, chez les dégénérés, reconnaître l'alcoolisme des parents.
L'hystéro-épilepsie est citée par MM. Bourneville et Leflaive (1) comme reconnaissant parfois pour cause l’alcoolisme des ascendants. Quant à l'épilepsie, souvent associée à l’idiotie, la microcéphalie, les témoignages ne manquent pas. M. H. Martin (2) annonce qu’un tiers des enfants issus de parents alcooliques sont des épileptiques, que la moitié meurt dans l’enfance, que le reste a des convulsions. M. Echeverria donne un résultat un peu différent : c’est 17,3 /, d’épleptiques qu'engendrent les alcooliques (3); mais il ajoute cette statistique intéressante : 115 alcooliques procréent 476 enfants, 79 seuls vivent sains; parmi les autres, on compte 23 mortnés, 107 atteints de convulsions, 3 suicidés, 96 épileptiques, 13 idiots, 19 maniaques, 7 paralysés généraux, 5 ataxiques, 26 hystériques, 23 paralytiques, 9 choréiques, 7 strabiques, 19 scrofuleux, 3 sourds, 87 atteints d’affections diverses. Les névroses et les maladies du système nerveux relèvent donc de l'alcoolisme héréditaire.
Mais à ces manifestations somatiques des névroses se lie bien souvent un état psychique originellement anormal, ou devenant morbide par le seul fait de la répétition de ces manifestations somatiques. Dans les asiles d’aliénés, on ne peut ouère rencontrer que cette union des deux éléments. La fureur épileptique, la folie hystérique, sont les épisodes de cet état psychique ; leur aboutissant, c’est la démence précoce, profonde et incurable, quelquefois dès le jeune âge. Mais le ca-
(1) Bourneville et Leflaive, Hystéro-épilepsie, instabilité mentale, perversions des instincts, in Recherches clin. et th. sur l’épilepsie, 1885.
(2) H. Martin, de l’Alcoolisme des parents comme cause d’épilepsre chez leurs descendants. (Ann. méd.-psych., 1879, p. 48.)
(3) Echeverria, Epilepsie alcoolique. (Ann. méd.-psych., 1881.)
ractère psychique particulier à chacun de ces étais originels (épilepsie, hystérie, etc.) persiste jusqu’à la mort ; les lésions surajoutées ne modifient que peu ou difficilement le type primitif de l'intelligence.
Les observations d’épilepsie dues à l'alcoolisme des parents sont tellement nombreuses et les relations de cause à effet sont si solidement établies, que nous nous dispenserons d’en fournir des exemples spéciaux. Nous croyons également inutile d’insister sur la transformation si fréquente des convulsions infantiles ou attaques d’épilepsie vraie sous la seule influence de l'âge : nous croyons même qu’il ny a pas le plus souvent transformation et que les convulsions ne sont que de l’épilepsie infantile.
Mais l'épilepsie ne reconnaît pas toujours une succession de convulsions antérieures ; comme pour l’hébéphrénie, les causes les plus vulgaires, un accident, une congestion passagère, font apparaître les manifestations convulsives, et le système nerveux est tellement disposé à réagir suivant cette forme convulsive, que la répétition des attaques, favorisée par une intoxication ou un mauvais état général, survient ensuite spontanément ou sous les plus faibles influences. Nous pourrions ajouter quelques exemples d’épilepsie survenant pour la première fois sous l'influence de la vue d’un incendie, d’une chute dans l’eau, de la peur des rats, aux huit cas d'attaques causés par la vue d’un cadavre que rapporte Legrand du Saulle (1).
Comme se rattachant à ce sujet, nous reconnaïtrons que la théorie de Gowers est vraie en certain cas, qui estime que les causes psychiques sont des plus puissantes comme causes immédiates de l’épilepsie, mais que Lasègue puise avec raison dans la clinique pour sa théorie le substralum organique, sans
(1) Legrand du Saulle, £pilepsie causée par la vue d’un cadavre. (Soc. méd.-psych., 1887.)
ire
lequel souvent l’épilepsie ne peut pas se manifester. Le dégénéré est donc susceptible de devenir épileptique à toute occasion, comme il peut devenir aliéné; bien heureux sera-t-il si l’épilepsie n’entraîne pas l’aliénation mentale comme le prouvent les nombreux épileptiques qui arrivent à former le quinzième de la population des asiles!
2 Maladies organiques.— Il n’y a pas que les névroses qui reconnaissent pour cause l'alcoolisme des parents : la dégénérescence portant sur l’état intellectuel peut se traduire par des lésions organiques, après avoir été d’abord fonctionnelle. En parcourant le beau travail de M. Déjerine, on rencontre à tous pas l'alcoolisme dans les antécédents de ses malades atteints de maladies du système nerveux, et l’hérédité est le plus souvent directe : la paralysie infantile avec ses conséquences, l'atrophie hémilatérale ou partielle, l’atrophie musculaire progressive, l’ataxie héréditaire (1), l’ataxie locomotrice, ne sont parfois, chez les dégénérés, que les signes de l’alcoolisme paternel. Nous pouvons joindre à la liste des observations publiées sur ce sujet les deux cas suivants, montrant, l’un une atrophie consécutive à la paralysie infantile ; l’autre, une série de troubles nerveux qui se sont succédé chez le sujet, depuis l’épilepsie jusqu'à des manifestations multiples d’irritation cérébro-médullaire, dont lacause ultime réside dans ce fait que leur. père avait bu, et bu avec excès.
Observation XXII. — M.B... (Jean-Baptiste), vingt-neuf ans, décrotteur, né et domicilié à Montpellier, entre à l'asile le 19 avril 1872. Né normalement, le dernier de quatre enfants, B... eut des convulsions dans son enfance et resta peu intelligent, quoique se développant bien physiquement. Naïf et crédule, excessivement volontaire et méchant, arrachant à sa famille ce qu’il voulait en menacant de se congestionner et d’avoir une attaque, il lui fut impossible d'apprendre à
(1) Brousse, de l'Ataxie héréditaire. (Thèse Montpellier, 1883.)
lire et à écrire. À dix ans, il eut de nouvelles convulsions, symptôme d’une paralysie infantile. En effet, le côté droit du corps se développa depuis lors beaucoup moins que le gauche.
Employé à toutes sortes de travaux, mais n’y apportant aucune intelligence, il dut, après avoir tâté de nombreux métiers, se faire portefaix. Mais il apprit à boire, et, dès dix-huit ans, faisait des excès considérables de boissons de débit. Habitué du violon, couchant et mangeant où et comme il pouvait, vivant ignoré de sa famille, vagabond et nomade, il était souventivre, excessivement irritable ; il se battait fréquemment et eut même, dans une bagarre, l'oreille emportée d'un coup de dent. Au bout de dix ans de cette vie, B... eut des idées de peur: il se crut poursuivi, traqué ; il se cachait chez ses parents, prêt à tuer quiconque approcherait tant que duraient ses hallucinations, ou bien se précipitait dans un puits pour se soustraire à ces persécutions. Arrêté par la police pour cris séditieux et révolte contre les agents, en pleine ivresse, il fut conduit à l’asile peu de jours après.
A l'asile, dans les premiers temps, c’est de la démence avec délire ambitieux prépondérant, se rattachant à l'alcoolisme chronique. Il ne se montre jamais agité, excepté lorqu’il manque de tabac; alors il récrimine et se dit possesseur de banques, de maisons, de bureaux ; mais ces idées de grandeurs et de possession sont peu précises. Il se plaint aussitôt qu'on le laisse mourir de faim, qu’on lui fait cracher la nuit des peaux de grenouille et de crapaud; que les sœurs et le propriétaire d'un restaurant de nuit bien connu à Montpellier viennent dans son lit, illuminent autour d'eux, lui font passer des brouillards devant les yeux. Ce délire restreint, peu systématisé, est en rapport avec son état d’infériorité intellectuelle et de démence incomplète. Presque toujours tranquille, il à pu apprendre à rempailler les chaises et s’occupe quotidiennement ; mais il est irritable, vorace, sans soins pour sa personne.
De taille moyenne,les membres grêles, il existe dans toute la moitié droite du corps une atrophie fort apparente de la charpente osseuse et des masses musculaires; boiteux et marchant péniblement, il se sert assez bien de son membre supérieur ; la colonne vertébrale a une ensellure et une concavité gauche lombaire due à la claudication. Le crâne est petit par rapport au volume du corps, petit aussi par rapport
à la face; les deuts sont irrégulièrement implantées, mal usées ; la langue asa pointe déviée"à gauche, un peu tremblotante ; hypertrophie cardiaque.
Le père, ivrogne fieffé (vin), ivre-mort tous les dimanches, souvent gai dans la semaine, coureur de femmes en plus, mourut à quarantehuit ans, d'une cirrhose du foie ; irritable, il devenait menaçant et terrible dans sa famille lorsqu'il avait bu. Le grand-père était mort à quatre-vingt-quatre ans d’une attaque ; c'était un ouvrier honnête et bien portant. La grand'mère mourut assez jeune.
{ Frère mort à 9 mois de convulsions. Ÿ Grands-parents : rte Père Frè buveur, débauché. nene
mort à 29 ans, phthisique, stérile.
2 neveux ép. morts, Star bien convulsions , bie . 4 neveux bien portants.
| Mère nerveuse 3 morte à 47 NS Jean-Baptiste convulsions, paralysie infantile, alcoolisme, aliéné.
. Oncle ( Cousins bien portant, ; bien portants.
pas d'excès. ( Kes... Tantes
bien portantes.
Cousin è Tante voleur.
détraquée vers 60 ans. Cousin déserteur.
Cousins
alcoolique,
Oncle | mort à 55 ans.
bien portants-
La mère, maigre, brune, nerveuse, employée aux fabriques de vert-
= lo
de-gris, eut des tournioles multiples et succomba à quarante-sept ans, victime des brutalités quotidiennes de son mari. Les grands parents moururent entre soixante et soixante-dix ans. Deux oncles: l’un mort à cinquante-cinq ans, alcoolique, a laissé cinq enfants bien portants ; l’autre, bien portant, a aussi une famille saine. Trois tantes, dont deux bien portantes, l'esprit rassis ; une autre détraquée depuis peu, soixante ans, à eu deux enfants, l’un voleur et l’autre déserteur.
Deux frères: l'aîné mort à neuf mois de convulsions; l’autre, mort phthisique à vingt-neuf ans, au retour des guerres de Crimée, sobre, intelligent, stérile. Une sœur bien portante, intelligente, à perdu deux enfants de convulsions, en à quatre bien portants.
Observation XXIII.— M'°H... (Marie), seize ans, sans profession, née et domiciliée à Montpellier, entre à l'asile le 13 octobre 1883. Née d'une union illégale, sans troubles pendant sa vie intra-utérine et l'accouchement, M!° H .. eut dans sa première enfance des convulsions qui paraissaient liées à la présence de vers intestinaux ; d’une intelligence fort vive, alerte mais mauvaise tête, taquine, elle apprit facilement à lire: et à écrire.
A douze ans, placée dans un couvent, elle mérita un jour d'être mise au cachot. Effrayée par les rats, dont c'était la retraite habituelle, elle eut une première attaque d’épilepsie ; au bout de six mois, elle revenait dans sa famille, sujette à des vertiges épileptiques et à des secousses musculaires continuelles. L'apparition de la menstruation à quatorze ans et demi augmenta notablement la fréquence et l'intensité des attaques, qui revenaient alors presque quotidiennement et s’accompagnaient parfois d’emportements injustifiés et d'égarement. Au bout de quinze mois passés à l'Hôpital général, le délire apparut à l'occasion d’une série d'attaques: elle dut être internée.
À l'asile, l’état habituel est constitué par des secousses convulsives de la face, à raison de quatre à cinq par minutes, à peine perceptibles ou faisant tressauter le corps entier, augmentées par la station debout; la démarche est lente éthésitante, la force musculaire bien diminuée, le déséquilibré fréquent; il existe aussi une parésie généralisée, sans prédominance marquée des sens et de la motilité. En outre, on remarque des vertiges et de grandes attaques épileptiformes : les premiers con-
se
stitués par des mouvements très-rapides des muscles de la face et de l'iris même, avec perte de connaissance; les secondes moins intenses que chez les vrais épileptiques, à période de stertor survenant rapidement. L'intelligence est du reste fort affaiblie : les choses les plus simples sont à peine comprises. Le
Au bout de quelques mois, cet état nerveux se précisa: penchée à droite, n'agissant que spasmodiquement, contracturée dans la plupart de ses muscles fléchisseurs, la malade se présente toujours comme une masse recroquevillée, le tronc en arc de cercle, la tête en avant; la vie est absolument végétative ; de nombreux furoncles percent le long de la colonne vertébrale. Elle succombe dans le marasme à une série d'attaques épileptiformes, le 18 septembre 1885. à
A l’autopsie, le poumon droit porte un noyau calcaire volumineux ; les os du crâne sont épaissis à droite de la suture sagittale, les corpuscules de Pacchioni nombreux; le long des vaisseaux commence à se montrer l'aspect laiteux des méninges; la pie-mère est fine, mais elle a contracté des adhérences sur divers points de la substance grise, dans la moitié antérieure de chaque hémisphère cérébral, et l’épendyme ventriculaire estrugueux ; la substance de l’encéphale, le bulbe et la moelle, sont profondément ramollis. L’examen microscopique de la moelle reste à faire ; le poids des organes est un peu au-dessous de la moyenne, les circon-
volutions peu multipliées.
D'une taille et d’un développement corporel en rapport avec son âge,
d’une bonne musculature, le cou court, la face plate, mais symétrique, cette malade a une légère microcéphalie, le diamètre antéro-postérieur du crâne un peu faible ; front élevé, mais aplati. Les troubles que présente M'° H... sont du ressort de ‘la maladie cérébro-médullaire que nous avons signalée ; les viscères sont intacts.
Le père réel de la malade était un homme fortement alcoolisé, robuste, qui mourut à quarante-cinq ans, d’une congestion cérébrale.
La mère, fortement constituée, après une vie fort accidentée et des excès de boissons certains, a fait une fin en épousant un brave homme, dont elle à eu deux filles bien portantes et intelligentes.
Il est rare de rencontrer isolées la névrose et la folie dans la famille ; on à pu en trouver dans nos observations de nom-
breux cas; le mélange de ces maladies nerveuses est très-fréquent au contraire. Nous avons la bonne fortune de citer en exemple les trois malades dont l'observation suit, et qui, tirant leur dégénérescence du même ascendant, ont tous abouti à l’aliénation mentale, mais après avoir passé par des intermédiaires divers : hystérie, idiotie, épilepsie.
Observation XXIV.— M'* G... (Apollonie), domestique, vingthuit ans, née et domiciliée à St-Gervais, entre par deux fois à l’asile, le 26 février 1860 et le 11 juillet 1864. D'un caractère doux, tranquille, un peu concentrée, peu communicative, cette malade avait reçu une petite instruction et se montrait éducable dans son service. A vingteinq ans, sous l'influence d’une vive frayeur, occasionnée par unescène de jalousie que lui fit une femme mariée l’accusant d'attirer son mari etla menaçant de la précipiter dans un puits, elle eut une attaque néyrosique peu caractérisée, et peu après se développa un accès de manie aiguë franche, guérie en dix mois. Elle sortit de l’asile ; mais des chagrins survinrent, son père fit de mauvaises affaires, et la céphalalgie ne la quittait pas. Trois ans et demi après, nouvel accès de manie, nouvelle entrée.
Pendant treize ans de séjour à l'asile , ellese montre alternativement agitée et calme ; dans son agitation, elle ést fort dangereuse pour ellemême : par deux fois elle essaie de mettre le feu à l’établissement ; une fois, elle se sectionne presque en entier la langue avec un cordon de soulier; elle veut tuer sa sœur pour qu’elle ne souffre pas sur la terre. Dans les périodes de calme, elle se montre docile, assez intelligente, mais triste et fort préoccupée de son état mental.
De petite taille, ressemblant beaucoup à sa sœur par le visage, assez mal charpentée, elle avait parfois des attaques épileptiformes mal caractérisées. Elle succomba en 1878 à une diarrhée chronique; l’autopsie fut refusée.
Mie G... (Cécile), sœur de la précédente, domestique, vingt-cinq ans, née à St-Gervais, domiciliée à Rosis, entre à l'asile le 16 novembre 1865. Simple d'esprit dès son enfance, elle ne fréquenta pas l’école, et à peine put-on lui apprendre à coudre; inhabile à tout travail, paresseuse et capricieuse, on ne pouvait guère l'occuper qu'à
de gros travaux, et encore les faisait-elle mal. Le jouet des enfants et de ses compagnes, elle n'avait de semblant de raison que pour des besoins de manger. Dans son enfance, elle eut des convulsions; réglée à seize ans seulement, elle éprouvait depuis longtemps, chaque mois, de vives douleurs dans les lombes. À vingt-cinq ans, après un bain froid pris en pleine période menstruelle, elle vitse suspendre l'écoulement cataménial ; en même temps survenaient de l'agitation, de l’énervement; parlant plus que de coutume, incohérente, elle ne se laissait plus gouverner, se rebiffait, frappait et mordait à la moindre contrariété.
À l'asile, elle présente des alternatives d’agitation et de calme. A peu près tous les mois, elle a actuellement un petit accès durant quatre ou cinq jours: lié à des troubles gastriques: elle chante nuit et jour, déchire ses effets, les effiloche, marche pieds nus, parlote sans discontinuer, mais aussi sans idée dominante: c’est de l'agitation de démente, dont un purgatif salin a bien vite raison. Dans les périodes de calme, on nepeutrien attendre d'elle: elle salit, gâte, mangeant lorsqu'on la fait manger, vivant en un mot d’une vie toute végétative.
De taille au-dessous de la moyenne, mais de bonnes proportions, elle a les mains fines et effilées, les orteils longs, le pied bifide, se fléchissant au moindre effort pour faire le pied de chèvre. Les membres inférieurs sont d'ordinaire enflés. La tête est volumineuse, mais le crâne petit: il existe une légère asymétrie faciale en faveur du côté gauche et un peu d’exophthalmie; blépharite chronique. Au cœur, le premier bruit est soufflant à la pointe, et dans l'abdomen existe une tumeur dépendant bien probablement de l'utérus. Le réflexe rotulien droit est exagéré: la malade se tient arquée en arrière, comme s’il existait une lordose. La ménopause est survenue vers quarante-sept ans, sans amener de modifications dans l’état mental.
La cousine germaine des deux précédentes, M'° G... (Constance), couturière, vingt-deux ans, née et domiciliée à Saint-Gervais, entre à l'asile le 20 février 1885. Cette malade eut à l’âge de cinq ans des convulsions ; de six ans à dix-huit ans, elle à vécu dans des couvents, où elle a appris à lire et à écrire, à coudre convenablement. A l'âge de treize ans, peu avant l'instauration des règles, elle fit une maladie assez grave, à forme typhique; à peu près en même temps appa-
rurent des attaques à caractère épileptique (aura partant del’estomac, montant au cou, produisant une sensation d'étouffement, puis un sentiment de peur, enfin perte de connaissance avec mouvements toniques et cloniques). À dix-huit ans elle retourne chez elle et y exerce la profession de couturière; mais elle recherchait les petits garcons et s’attirait par son inconduite apparente les reproches de la population. Vers vingt-deux ans, les attaques se rapprochent, son peu d'affection pour la famiile augmente; l’érotisme, surtout psychique, devint plus considérable ; l'agitation se montra: délire religieux et délire des persécutions se mêlèrent. Des hallucinations de la vue survinrent: elle voyait le bon Dieu, lui parlait; ses actes semblaientautomatiques; on dut l’interner.
A l'asile, elle refuse d’abord de manger, elle se pique le doigt avec une épingle pour paraître plus blanche, elle se bat avec les autres malades, égarée, cherchant des objets religieux dont elle se couvre la poitrine, se frappant le corps par esprit de pénitence. Elle a enfin des vertiges et des attaques d'épilepsie dûment constatés. On dégage alors pour le diagnostic ce qui appartient à l’hystérie et ce qui est le fait le l’épilepsie : le caractère est celui de l'hystérique, l’épilepsie répétée a entrainé la démence, l'irritabilité et l'habitus de l’épileptique. Depuis, la maladie à toujours offert ce masque compliqué de l’épilepsie entée sur un fond hystérique.
Des attaques se sont produites devant nous: c’est subitement un cri, une vision terrifiante que la malade écarte de ses mains, pendant que son visage devient rouge; quelques secondes après, survient une phase tonique, courte et intense ; puis la pâleur du visage annonce la phase clonique, qui consiste en de grands mouvements du bras droit, comme si la malade tirait l'aiguille; du nystagmus, des mouvements érotiques du bassin, une respiration précipitée amenant un peu d'écume à la bouche,le côté gauche restant toujours moins atteint ; puis elle s’arrange pour dormir sans ronflement. La pression des ovaires, douloureuse cependant, n’a jamais amené pareilles attaques; pas de points hystérogènes, une seule plaque d’insensibilité sur la face interne du bras droit, disparaissant après l'attaque du reste. Les tentatives d'hypnotisation par la compression des globes oculaires ou la
fixation d’un objet à courte distance ont toujours échoué.
De petite taille, les membres grêles, la poitrine rétrécie, la face couturée de cicatrices, cette malade a la tête et le crâne petits; le front est assez large, mais sans bosses ; le diamètre antéro-postérieur est faible ; dépression nasale marquée au niveau de l'extrémité des os propres du nez; dents vicieusement implantées, rayées de lignes parallèles comme certaines dents d'Hutchinson; les lobes latéraux de la glande thyroïde sont volumineux ; les réflexes sont exagérés.
Sœur rachitique, craint Neveux de devenir folle (su- bien portants.
rexcitée, céphalées).
4 frères ou sœurs, morts en bas âge.
e Apollonie pie aliénée.
Graud-père, S:
maître d'hôtel, Cécile buveur. aliénée.
Sœur ; bien portante.
ép.
Frère ; sentiments affec- bi Neveux Grand-mère, tifs pervertis. ien portants.
morte de chagrins domestiques. 4 oncles alcooliques.
3 Tante x 3 cousins simple d'esprit. bien portants.
4 oncles morts jeunes.
: Sœur et frère don sentiments 5 affectifs pervertis.
ép.
Constance Mère épilepsie phthisique. chez une hystérique, Grand'mère \ aliénée.
mauvais caractère, Oncle
bien portant.
Le grand-père paternel de ces trois malades était un maître d'hôtel assez bien achalandé, qui mourut à un âge assez avancé, d’une maladie de cœur de nature alcoolique probablement; il avait eu de la grand'mère, profondément névrosique, onze enfants, dont quatre moururent entre quatre et dix-sept ans, de maladies inconnues ; sept sont arrivés à l’âge mûr, à la vieillesse même, mais tous ont été des dissipés, des joueurs et des buveurs, dont les facultés mentales ont reçu de ces faits une atteinte plus ou moins sérieuse à leur intégrité. Une tante, originellement simple d'esprit, a eu trois enfants bien portants. :
Deux de ces fils du maître d'hôtel sont les pères de nos trois malades. L'un, buveur, a eu neuf enfants, dont quatre morts en bas âge, Apollonie, Cécile, une autre‘fille rachitique, surexcitée, sujette à des céphalées, craignant de devenir folle, dont quatre enfants sont bien portants ; une autre fille bien portante, et un garçon à sentiments affectifs pervertis, dont les enfants sont bien portants.
L'autre, joueur, détraqué, dément avant l’âge, épousa une femme morte phthisique et en eut trois enfants: Constance, hystérique psychiquement, que des attaques d’épilepsie ont conduite à l’aliénation mentale et à la démence à vingt-deux ans; une autre fille et un garçon, qui de bonne heure ont abandonné leur père dans la misère.
Pour résumer ce paragraphe, nous dirons avec la plupart des auteurs que l’alcoolisme des ascendants est cause de névroses et de maladies organiques du système nerveux; nous ajouterons que l'existence de ces maladies de l'axe cérébrospinal est, par elle-même, une probabilité de l'apparition ultérieure des troubles intellectuels; que la répétition ou la généralisation des manifestations de ces états morbides, parfois combinées à d’autres causes, provoque et le plus souvent fixe des perturbations psychiques graves.
e) INFLUENCE DES INTOXICATIONS ET DES EXCES. — Parmi les tendances morbides, intellectuelles ou sensitives, qui résultent de la décénérescence alcoolique, nous avons noté la dypsomanie, née à la clinique avec Trélat. Lasègue à aussi de
son côté insisté surles degrés d'aptitude des dégénérés à l’alcoolisation :« N'est pas alcoolique qui veut », a-t-il dit avec cet humour qu’on lui connaissait; les impuissants à l'alcoolisme sont en effet le plus souvent ceux sur lesquels ne pèse aucune tare héréditaire ; les alcoolistes, au contraire, s’ignorent ou dissimulent, mais ils offrent chacun une prédisposition organique différente, présidant à la localisation des troubles fonctionnels: dans le système nerveux, ce sont les troubles périphériques, les paralysies, les anesthésies, les troubles de coordination, les troubles psychiques. M. Féré (1) cite à ce sujet un homme paraplégique par alcoolisme, qui, enfant, dans ses colères fléchissait déjà sur ses jambes. La rapidité avec laquelle se produit la saturation alcoolique chez certains sujets fait reconnaitre en eux des alcoolisables, des dégénérés, pour parler notre langage.
1° Folies fonctionnelles. — Chez ces alcoolisables, l’aliénation mentale est au bout des excès qu’ils commettent, et cela sans que ces excès se prolongent beaucoup. Les aliénations mentales ainsi réalisées sont le plus souvent fonctionnelles, leur forme est variable ; mais, de par la dégénérescence qui pèse sur ces intelligences, la rechute est très-fréquente et le passage à la chronicité n’est pas loin d’être la règle. C’est ce que contribue à démontrer l'observation ci-après, à laquelle nous n’en ajouterons pas d'autres, bien que ces cas soient fréquents.
Observation XXV. — M. F.... (François), vingt-sept ans, tonnelier, né et domicilié à Cette, entre à l’asile le 24 novembre 1880. Intelligent, bien portant dans son enfance, ce malade commence à faire des excès alcooliques à l’âge de seize ans (boissons fortes, absinthe surtout); ces excès lui procurent de l’essoufflement, qui dis-
paraît du reste à vingt ans, sous l'influence de la continuation de ces
excès.
(1) Féré, Note sur les alcoolisables. (Soc. méd. hôpitaux, 1885.)
Lahéiu i 1:74
SR elle
L'évolution de l’aliénation mentale nous est à peu près inconnue ; elle revêt toutefois la forme de la folie des persécutions, se rattachant intimement à des perversions sensorielles diverses, dans lesquelles le malade voit les effets de l'électricité. Il est amené à l'asile pour une tentative de suicide: « Il a sauté, dit-il, par la fenêtre du haut d’un troisième étage, parce qu'il fallait qu'il suivit l'attraction du fil électrique pour faire un voyage aérien, de même qu'on fait des voyages aériens en ballons. » Sa mère à failli être tuée par lui.
Dans les premiers temps de son séjour à l'asile, M. F... est tantôt agité, tantôt déprimé,; les hallucinations de tous sens sont multiples, il se plaint d’être souvent violé, d'entendre des voix qui commandent chacun de ses actes; on lui crache au visage, on veut l'empoisonner. L’agitation apparente tombe vite, et ne se traduit plus alors que par des impulsions subites. Immobile, bavant ou gâtant sous lui, muet, sans cause ou bien sur une observation ou sur un mot des voisins, il se rue sur les autres malades ou sur les gardiens, frappe ou lance ce qu'il a à sa portée. Dans les périodes de calme relatif, il reste toujours dangereux et impulsif; il s'occupe alors un peu et mange régulièrement.
L'affaiblissement intellectuel a fait son apparition, est même actuellement assez marqué ; isolé, n’ouvrant jamais la bouche sinon pour lancer un juron monosyllabique, avant-coureur d’une violence, il reste toujours l’aliéné dangereux et impulsif d'il y a huit ans ; mal vêtu, il déchire souvent ses effets.
Grand, bien musclé, doué d’une force peu commune, brun de peau et de poils, chez lui la circulation périphérique se fait mal, ses mains et ses pieds sont violacés, un peu œdémateux, et il se forme facilement sur les membres inférieurs des desquamations à forme ichthyotique, arrivant parfois jusqu'à l’ulcération. Le crâne bien conformé, les traits symétriques, agréables, il a toujours un air farouche, en dessous, et par instants un rictus méchant; le nez culotté, les pommettes congestionnées ; il existe un commencement d'arc sénile, mais les artères ont leur élasticité normale; le front est chaud, les bruits du cœur profonds, peu énergiques; le foie ne mesure que deux travers de doigt au niveau du mamelon ; les réflexes tendineux et musculaires sont exagérés.
Le père, qui avait fait excès de boissons alcooliques fortes bien avant son mariage et la naissance de ses enfants, et les avait continués, mourut à trente-deux ans, d’une affection typhique. Le grandpère, buveur aussi, mais moins que ses enfants, mourut àgé, de complications de plaie. La grand’mère mourut âgée, d’une pleurésie; l’aieul était mort à quatre-vingt-dix ans. De trois oncles paternels, l’un est mort dans un asile, était un grand viveur et a laissé un enfant de trente-sept ans, bien portant; les deux autres, buveurs comme leur père, n’offrent rien de particulier dans leur vie; le fils de l'un d'eux est mort cardiaque. Deux tantes sont saines de corps et d'esprit, leurs enfants également. Il n'existe pas de maladies diathésiques dans la famille. $
La mère,de tempérament nerveux, est intelligente, bien portante. Une tante maternelle se noya volontairement à dix-neuf ans, pour ne pas épouser le mari que lui destinait son père (il ne semble pas qu'il faille ineriminer l’aliénation mentale de cette détermination), et fut, par contre-coup, la cause de la mort de la grand’mère, survenue à quarante-cinq ans. Le grand-père mourut à quatre-vingt-deux ans.
Six frères ou sœurs, dont quatre morts à trois ans et au-dessus, de la rougeole; deux frères survivent, d’une intelligence médiocre.
Aïeul mort à 96 ans.
Grand-père Grands parents buveur, mort âgé. normaux, | | | | | 2 Tantes Oncle Oncle Oncle Père ép. Mère Tante saines buveur. buveur. viveur, buveur nerveuse, suicidée de corps | | aliéné. de intel- à:49 ans et Cousin Cousins | liqueurs ligente. | ; d'esprit. mort (rien à Cousin fortes, cardia- si- bien mort à Cousins que. gnaler). portant. 37 ans.
sains. | ÉD RUE RSS mign 4 frères 2 frères Fils ou sœurs, peu buveur d'abmorts vers intelligents. sinthe, 3 ans, rou- aliéné, geole. impulsions.
2° Maladies organiques.— a) Paralysie générale. Mais l'al-
Vie
coolisme ancestral ne limite pas là ses tendances dépravantes.
Pour les descendants d’alcooliques, même s’ils ont franchi sans encombre l’écueil des périodes critiques de la vie, leurs excès propres, les excès de boisson surtout, trouvant un terrain préparé, aboutissent aussi plus ou moins rapidement à des lésions organiques, à la démence anticipée, à la paralysie générale. M. Doutrebente (1) a signalé il y la quelques années la marche de la paralysie générale chez les héréditaires. M. Sauton, plus récemment (2), étudie les manifestations vésaniques qu'on rencontre dans la paralysie générale: « Devançant l'invasion de la paralysie générale, dit-il, conservant sa physionomie, s’il en marque le début, s’accentuant dans le sens démentiel avec les progrès de la lésion cérébrale, le délire de satisfaction ou de dépression ne se rencontre dans la paralysie générale que chez les héréditaires. » Nous répondrons d’abord, d’une façon générale, que toute paralysie générale ou généralisée s'accompagne, à certains moments de son évolution, d’un délire ; nous croyons ensuite que M. Sauton n’a pas euen vue les dégénérés par alcoolisme ancestral, qui cependant fournissent à la paralysie générale un sérieux appoint,car on ne constate au contraire chez eux pas davantage de troubles délirants précis. La paralysie générale, qu'ils réalisent par leurs excès, portant sur un terrain prédisposé, revêt dès l’abord un caractère fonctionnel ; c’est le plus souvent à coups de congestions cérébrales, par séries d'attaques épileptiformes ou apoplectiformes, qu’elle procède, chacun de ces accidents marquant une étape vers la démence paralytique, qui est la caractéristique précoce de leur état mental, le délire
(1) Doutrebente, Note sur la marche de la paralysie générale chez les héréditaires. (Ann. méd.-psych., 1879, p. 200.)
(2) Sauton, de lPHérédité morbide ef de ses manifestations vésaniques dans la paralysie générale. (Thèse Paris, 1883.)
Le] CS]