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aigu accompagnant chacune de ces poussées, le délire chronique étant si peu important que souvent on a besoin de le rechercher pour le connaître. Les excès de boisson, sous quelque forme que soit ingéré l'alcool, entrent pour une grande part dans la réalisation de l’organicité de leur aliénation mentale; absinthe, vin, rhum, nous pourrions citer un exemple de ces trois boissons aboutissant au même résultat dans des délais à peu près égaux, mais chez des individus à des degrés divers de la prédisposition. La symptomatologie différant peu, même dans les détails, nous ne rapporterons qu’un cas.
Observation XXVI. — M. D... (Baptiste), trente-trois ans, boucher, né à Bordez-le-Lez (Ariége), domicilié à Cette, entre à l’asile le 14 février 1887. Le quatrième de cinq enfants, ce malade est venu normalement au monde ; intelligent, bon ouvrier boucher, il fut réformé du service militaire pour varices aux membres inférieurs.
Vers l’âge de vingt ans, D... commença à faire des excès de boisson, prenant l’absinthe dans les débits, buvant du vin dans les cabarets. À vingt-huit ans, au moment de son mariage, il avait déjà la pituite matutinale et la toux chronique des buveurs ; il était en outre très-peu porté vis-à-vis des femmes. Dans ses ivresses fréquentes, il a fait de nombreuses chutes ; comme maladies vénériennes, cet homme n’a eu qu'une chancrelle. À trente-deux ans, attaque apoplectique, avec perte de connaissance et stertor, dissipée au bout de quelques heures ; il venait de perdre un enfant, il devint moins assidu dans son travail, se reposant un jour sur deux. À trente-six ans, nouvelle attaque apoplectiforme, vite dissipée. En 1885, il tomba dans une stupidité marquée, parlant peu, oubliant facilement ; « il semblait idiot, » Quelques mois avant son entrée, au retour d'un voyage dans son pays natal, où son médecin l'avait envoyé se distraire, il délire, mange avidement, alors qu’il était resté précédemment dix-sept jours sans prendre; est égaré, a peur, voyant des personnes étranges et voulant leur couper la tête. Les bruits de guerre du début de l’année 1887 font réapparaître l'agitation et les idées de peur, qui se calmaient; il menace, il se précipite dans la rue une hache à la main, poursuivaut les Prussiens ; il abîme sa famille de coups.
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A l'asile, l'incohérence intellectuelle est notable, il n’y a pas d'idées délirantes prédominantes ; les perversions sensorielles deviennent de plus en plus vagues, les troubles musculaires se précisent au contraire rapidement: il bredouille en parlant, sa langue est animée de tremblements fibrillaires, les mains tremblent ; se tenir sur une jambe sans osciller lui est impossible ; la commissure labiale droite est abaissée. Au bout de quelques jours, le diagnostic de paralysie générale d’origine alcoolique était certain: idées de grandeur peu marquées, idées de persécution aussi peu précises (sa femme le trompe), irritabilité, démence et troubles paralytiques.
De taille moyenne, les membres grêles, les épaules larges au contrairé, les creux sus-claviculaires tendant à disparaître, cet homme est porteur de varices aux jambes, d’un varicocèle gauche, de stases sanguines aux pommettes et aux ailes du nez. La tête petite, le front bien développé, sans saillies des bosses frontales ; le crâne a son diamètre antéro-postérieur faible, l'occiput est aplati, Les traits sont fatigués, vieillis, les pupilles égales. Aux sommets des poumons, l'expiration est rude, soufflante même. L’excitabilité tendineuse et musculaire est fort augmentée.
Le père, tailleur, a toujours fait des excès de vin; il est mort bronchitique vers cinquante ans. Deux oncles paternels, l’un fort âgé, peu connu, l’autre douanier gros buveur de vin, mort âgé, dont tous les enfants toussaillent et dont l’un, par ses excès alcooliques, s’est fait renvoyer de la douane, où il était entré.
La mère fut trouvée morte au bas de son escalier, le crâne fracassé, à soixante ans; la question du suicide n’a jamais été élucidée. Quatre oncles maternels: un seul est sain d'esprit, bien portant, douanier en retraite, père de deux enfants intelligents et bien portants. Les trois autres ont été ou sont mort aliénés : l’un, aliéné à l’occasion d’une contrariété, guérit en perdant la fille qui l'avait causée ; l’autre se noya volontairement à la suite de discussions avec des neveux à qui il avait donné sa fortune; le troisième, après plusieurs tentatives de suicide, a fini par se pendre du chagrin de voir sa fille mère ante nuptias ; il laissait un garçon médiocrementintelligent.
Deux frères : l’un, mort jeune du croup; l’autre, sacristain, intelligent et sobre, a un garcon bien portant. Deux sœurs : l’une, peu intel-
ligente, sensible à l'excès, veuve sans enfants, est sacristine ; l’autre, bornée, obtuse, a eu quatre enfants forts, vigoureux ,! assez intelligents, dont l’un s’est noyé.
Un enfant, mort à trois ans de la rougeole, avec angine intense; il avait déjà échappé à la variole et à une bronchite capillaire.
Les excès de travail doivent être incriminés autant que les excès alcooliques ; mais l’union fréquente de ces deux causes est d’une importance capitale dans la production d’une paralysie générale, que, même sous ces influences, ne réalise pas un homme non prédisposé. Les excès sous toutes leurs formes, nous tentons de l’établir, usent beaucoup plus vite les cellules cérébrales des dégénérés ; nous pourrions le démontrer encore pôur les excès vénériens : chez un malade fils d’alcoolique, dont l'enfance a tous les caractères originels du dégénéré par alcoolisme, ces défauts et ces excès aboutissant, à quarante-quatre ans, à une paralysie générale rapidement mortelle.
Enfin il est évident que, si l’on rencontre réunies chez un prédisposé toutes les causes de fatigue cérébrale et médullaire, excès vénériens, vie excessivement active, insomnie et contention prolongée d’esprit, comme chez les joueurs, lorganisme ne résistera pas longtemps à toutes ces causes de dénutrition, la cellule cérébrale encore moins, et rapidement on devra constater une maladie organique ; de même si ces causes, au lieu de se présenter en même temps, s’échelonnent dans la vie de l'individu de façon à donner une continuité absolue à leur influence malsaine, l'effet produit sera le même chez le dégénéré. Le second cas s’est présenté dans l’observation suivante :
Observation XXVII. — M. A... (Adolphe), quarante ans, coiffeur, né à Saint-Ambroix (Gard), domicilié à Cette (Hérault), entre à l'asile le 24 septembre 1883. D'une assez bonne intelligence, laborieux, bon ouvrier, ce malade avait en toutes choses, surtout en politique, des idées fort avancées. Sans grand sens moral, il épousa, à
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trente ans, une femme monstrueusé de laideur et de mœurs légères, et avec laquelle il avait déjà vécu sur le pied marital pendant quelques mois. Son commerce prospérait, grâce aux clients qu'attirait sa femme, et malgré les excès de boisson qu'il faisait de son côté depuis son tour de France, et qu'il supportait mal.
Profondément scrofuleux, avec manifestations pendant son enfance et à l'âge adulte, il avait servi en 1870, et souffert énormément dans sa captivité en Allemagne.
A l’âge de trente-six ans, une première congestion cérébrale l’atteignit légèrement; mais, à trente-neuf ans, s’en manifesta une nouvelle, qui fut suivie de céphalées fort violentes, faisant naître même des idées de suicide. Triste, il avait quelques idées de persécution et se croyait perdu. Pendant dix mois, A... dépérit : une rémission de deux mois se produit, et il se remet à boire; mais alors éclate de l’agitation, des perversions sensorielles multiples, des idées de grandeurs, des tremblements considérables.
Conduit à l'asile, l'existence d’une lésion organique du cerveau est dès l’abord constatée, Les idées de grandeürs dominent ; il fait et défait le conseil municipal de Cette, va se présenter à la députation, brasse des affaires pour 200 millions par an; l’agitation reste intense et les perversions sensorielles perdent rapidement de l'importance, ainsi que les troubles somatiques. Quelques mois après, iln’existait plus que de vagues idées de persécution; quelques mois après encore, c'était de la démence : apathie, lourdeur physique et intellectuelle, perte de la mémoire. Des troubles gastro-intestinaux se déclarent, qui amènent une détérioration profonde; plus tard, c'est une abondante ascite avec un œdème généralisé ; il succombe le 29 septembre à une congestion pulmonaire.
A l’autopsie, le diagnostic de la mort est vérifié : cœur dégénéré, aorte dilatée etathéromateuse, 6 litres d’épanchement abdominal, rate hypertrophiée, pesant 730 gr.; foie petit et contracté, lobulé ; calculs dans la vésicule biliaire. À l’encéphale, œdème et épaississement généralisé de la pie-mère; adhérences.limitées aux première et troisième frontales et à l’insula gauches, à la pointe du lobe frontal droit ; athérome des vaisseaux de la base ,ramollissement généralisé des tractus blancs.
De taille moyenne, gros et fortement charpenté, le cou court, cet homme a la tête bien développée, des traits et un teint qui ressortissent à la paralysie générale dont il est atteint.
Le père, gros buveur, alcoolique, et cela bien avant la naissance du malade, mourut à la suite d’un excès d'alcool. Un oncle stérile.
La mère bien portante, quatre-vingts ans; le grand-père était un viveur qui dévora sa fortune.
Un frère mourut à deux ans; un autre frère, bilieux, a perdu une fille de coxalgie ; le second de ses enfants est strabique, un troisième est bien portant. Un autre frère, atteint de déviation buccale originelle, a trois enfants bien portants.
Une fille, huit ans, intelligente, coxalgie à cinq ans et claudication consécutive. ©
b) Paralysies générales anticipées. — On à vu jusqu'ici que les paralysies générales chez les dégénérés s’observaient entre trente et quarante ans, et supposaient une cause, le plus souvent toxique, provenant de l'individu lui-même. Mais ilest d’autres paralysies générales dont les malheureux possesseurs n’ont rien fait pour les avoir. Outre cette absence de cause venant de l'individu lui-même, ces paralysies générales ont pour autre caractère de se produire à un âge beaucoup moins avancé, entre vingtet trente ans. Ce sont les paralysies générales anticipées, peu connues et d’une étiologie fort obscure. Nous n'avons ni l'intention, ni le caractère scientifique suffisant pour traiter à fond ce sujet, qui mérite l'attention des aliénistes ; nous désirons seulement présenter, avec l'agrément de notre maître M. Mairet, deux observations dans lesquelles le critique le plus intolérant ne pourra trouver d'autre cause que l'alcoolisme des parents pour expliquer l'apparition hâtive d’une paralysie générale: même dégénérescence, même entrée dans l’aliénation mentale par la manie, même rapidité dans la marche vers la paralysie générale, même mode de terminaison par le marasme paralytique, tous ces caractères réunis-
sentintimement les deux cas que nous donnons etpermettent d’entrevoir laune forme spéciale, organique celle-là, de la dégénérescence, analogue à ces démences précoces sine mateo riâ que nous avons précédemment signalées.
Observation XXVIII. — M. V... (Auguste), vingt-cinq ans, cordonnier, né à Perdoux (Lot), domicilié à Béziers (Hérault), entre successivement à l'asile le 10 mai 1880 etle 4 octobre 1881. Fils unique, un peu niais et bêta toute sa vie, ce malade était le jouet de ses camarades, qui lui faisaient croire qu’il était aimé; cependant il apprit à lire et à écrire et était adroit ouvrier. Dans son enfance, il ne fut jamais malade, mais eut au cou des ganglions suppurés.
À l'adolescence, ce garcon prit des habitudes d’onanisme. En outre, il faisait parfois des excès de boisson. À vingt-cinq ans, sous l’influence de ces deux causes, surtout par le fait d’un abus passager d'alcool, il présente subitement une grande incohérence dans lesidées, il néglige ou il fait mal son travail, rit et plaisante tout le long du jour, ne peut tenir en place. Il entre à l'asile en état de manie avec surexcitation, se rendant compte de tout, et en sort au bout de six mois, en état de convalescence très-avancée.
Neuf mois après, il rentrait dans l'établissement dans la même exaltation maniaque, mais avec des idées de grandeurs prédominantes et des troubles de la motilité assez vagues. Il avait donné un coup de tranchet à son père.
A l'asile, il réussit à s'évader, se bat, brise, ne dort pas, se masturbe avec frénésie; les idées de grandeurs et lestroubles paralytiques s’amendent mais existent toujours; au bout de cinq mois, il tombe dans la stupeur, puis redevient agité et alternativement. Un an et demi après son entrée, la paralysie, soupconnée seulement, était évidente ; elle avait fait de grands progrès : l’abaissement de l'épaule, la lourdeur de la marche, les tremblements des bras et des mains analogues à ceux de la sclérose en plaques, les troubles de l'articulation des mots, la déviation de la langue et des traits, sonttrès-nets, le côté gauche étant plus particulièrement affecté ; la démence avait marché de pair, et lesidées délirantes n'avaient plus rien de particulier. Cet
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état alla en s'aggravant, et, le 16 octobre 1884, V... mourait emporté par une pneumonie hypostatique.
Onne notait comme malformation originelle que delamicrocéphalie.
Le père, quarante-huit ans, cordonnier, était franchement alcoolique, amaigri, mais bien portant; les grands parents étaient morts assez jeunes, de maladies aiguës. Un oncle mourut à dix ans en deux jours, dans le délire; une tante mourut jeune aussi, un autre oncle se porte bien, une tante nerveuse avait eu plusieurs attaques d’hystérie dans sa jeunesse.
La mère, tailleuse, trente-huit ans, très-nerveuse, est souvent malade. La grand'mère mourut en couches; une tante a de fréquentes attaques de nerfs, un oncle est mort phthisique. À
Observation XXIX. — M'° A.. Virginie, vingt-quatre ans, domestique, née à Garbette (Ariége), domiciliée à Montpellier, entre à l'asile le 13 avril 1888. D'une intelligence moyenne, d'un caractère très-doux, réservée, fidèle à ses maîtres, économe et laborieuse, elle apprit à lire et à écrire, mais à quatorze ans abandonna les travaux des champs pour servir; elle fit beaucoup de places et souffrit parfois du manque de travail.
Peu robuste, mais jamais sérieusement malade, elle paraissait faible de la poitrine, et, vers vingt-deux ans, un état de chloro-anémie intense se déclara, qui la fit traiter comme tuberculeuse.
Un jour, un individu s’introduit dans sa chambre et veut abuser d'elle, elle en ressent une violente émotion, plus tard elle se dit fatiguée physiquement et intellectuellement, étourdie, oublieuse ; elle est mal menstruée.S$es idées religieuses tournaient au mysticisme : elle ne savait comment rendre à Dieu sa bonté. Elle a des idées ambitieuses ; allait se marier richement, aurait des châteaux, se disait belle, puissante, et manifestait une agitation extraordinairement intense, criant la journée et la nuit entière, se frappant la tête.
À l'asile, la manie paraît d’abord simple : constamment en mouvement, elle est incohérente et le délire est généralisé ; mais les actes n'ont pas l'originalité et l’imprévu du maniaque ; elle frappe les gardiennes, secoue les portes, bat des mains, crie des obcénités. Au bout de sept mois, elle était calme, mais son raisonnement restait bête, son
sourire niais; en outre les mains lui tremblaient, la marche était peu assurée. Deux ans après son entrée, la démence était déjà notable : elle ne travaillait plus, ignorait l'époque de l’année. Les tremblements dans les doigts au repos ou dans l'effort étaient continus, la physionomie exprimait l’hébétude, certains muscles se contractaient involontairement, la commissure labiale était abaissée à droite, la langue déviée à gauche, la pupille gauche dilatée, l'ouie diminuée à droite ; elle hésitait à parler, ânonnait, nasonnaïit son langage; les réflexes tendineux étaient exagérés, et on provoquait le tremblement épileptoïde des jambes. Pleurnichant, se disant toujours belle, elle gâtait et ramassait de nombreuses, saletés. Cette paralysie généralisée, surajoutée à un développement intellectuel faible, fait cependant de grands progrès ; quatre ans après son entrée, elle ne peut quitter sa chaise, manger seule ; les tremblements à l’occasion d'un mouvement même léger deviennent très-fréquents, constants, de petite envergure; ils ne troublent pas la direction du membre. La tête s’agite sans cesse, les cuisses sont en permanence dans la demi-flexion, animées de mouvements épileptoïdes, que la volonté paraît pouvoir arrêter. Virginie s'éteint le 13 avril 1887, dans le marasme paralytique. L’autopsie ne peut être faite.
De taille moyenne, peu musclée, le teint pâle, anémique, la peau blanche, infiltrée; le volume du crâne est faible et les bosses frontales non développées quoique le front soit haut; les dents, sont crénelées sur les bords, les lèvres grosses, les extrémités fines, la colonne vertébrale légèrement incurvée à droite. Cette malade ne présente pas d’autres particularités pathologiques.
Le père, soixante-cinq ans, peu intelligent, cultivateur et marchand de bestiaux, était souvent roulé dans ses marchés; il a fait dans les foires de nombreux excès de boisson. Le grand-père est peu connu. La grand'mère, robuste, mourut à quatre-vingt-quinze ans, après avoir eu plusieurs vertiges. Un oncle est mort à soixante ans environ, cardiaque par alcoolismes ; ses deux garcons sont morts vers douze ou quatorze ans d'une mauvaise fièvre,et la fille, trente-cinqans, débile,est mariée et mère d’une robuste enfant. Deux autres oncles, sobres, sont bien portants et ont des enfants bien portants. Une tante a perdu ses quatre enfants en bas âge. Une autre tante a des enfants bien portants.
La mère, morte à quarante-sept ans phthisique, avait longtemps traîné. Deux oncles sont morts phthisiques au même âge que la mère et ont eu des enfants bien portants. Une tante et un oncle se portent bien, eux et leurs enfants.
Trois sœurs: l’une, la jumelle de Virginie, lui ressemblant au physique et au moral, médiocrement intelligente aussi, craint encore de devenir aliénée, comme sa sœur; il lui faudrait une simple occasion pour perdre la raison. Les deux autres sœurs cultivent la terre, sont bien portantes et récemment mariées.
CE Cousine débile ;
alcoolique, cardiaque. 2 cousins morts jeunes.