‹ La Descendance des AlcooliquesChapitre 34 sur 39 · oncles ! Cousins bien · texte numérisé non relu

oncles ! Cousins bien

sobres.

Tant 4 cousins ante. morts en bas âge.

Tante bien.

De à Virginie Aicoliquet ven eme manie, paralysie générale. 3 Jumelle, P- raison indécise.

Mère SE 2 sœurs morte phthisique. bien portantes.

2 oncles à morts phthisiques.

Tante bien portante.

2 oncles

bien portants.

Si nous condensons les résultats auxquels aboutit le décénéré de par ses excès ou son intoxication propre, nous voyons

que, suivant l'intensité et la durée de ces excès, suivant aussi lmtensité de la dégénérescence, la maladie mentale à laquelle il aboutira sera fonctionnelle ou organique: fonctionnelle, la folie aura pour caractères une gravité pronostique et une symptomatologie à long développement; organique, elle sera incurable et aboutira à la paralysie générale; cette paralysie générale pourra même être précoce et naître presque sans causes importantes.

f) INFLUENCE DES MALADIES GÉNÉRALES AIGUES OU CHRO- NIQUES. — L'influence des maladies générales aiguës, d’après tout ce que nous avons dit sur l’état mental des dégénérés par alcoolisme et sur la production chez eux de l’aliénation mentale, est à priori certaine; si nous avons établi que les descendants alcooliques sont plus facilement atteints que les autres gens par les épidémies, on doit nous accorder que l'esprit, de par sa faiblesse native et ses réactions exagérées, doit être facilement atteint par la variole, la fièvre typhoïde et les autres exanthèmes, et que ces maladies générales aiguës doivent être une occasion pour la manifestation du délire, tout comme chez les alcooliques le moindre rhume, le moindre traumatisme, réveille le délire. Récemment, du reste, M. Gabriel (1) a prouvé incidemment que les descendants d’alcooliques réalisaient aussi souvent que leurs géniteurs les troubles délirants dus à l’alcoolisme, que ce délire avait la même forme, que la cause de son apparition était même plus fréquente chez les descendants. Il ne nous déplait donc pas de supposer que c’est chez les dégénérés en général, et les descendants des alcooliques comptent parmi eux on sait pour quelle large part, que se manifestent ces aliénations mentales du cours ou de la convalescence des maladies générales aiguës; malheureusement nous ne pouvons appuyer d'aucune observation notre dire.

(1) Gabriel, Causes du délire chez les alcooliques. (Thèse Paris, 1884.)

1Sf —

Quant aux maladies chroniques, leur influence sur l’apparition de troubles intellectuels a déjà été démontrée en partie lorsque nous nous sommes occupé des folies sympathiques. Cependant nous désirons revenir sur ce sujet à l’accasion des diathèses qui dans l’ascendance se combinent si souvent avec l'alcoolisme.

On a pu voir, en effet, que la plupart de nos dégénérés ne reconnaissent pas une hérédité alcoolique simple: l'un ou l’autre des géniteurs apporte souvent dans la création de l’être auquel ils donnent naissance un autre élément morbide, diathèse ou dégénérescence déjà acquise, qui retentira suivant les modes habituels de l'hérédité sur le produit. Quelle part prend cette diathèse ou cette dégénérescence dans la réalisation de l’état mental du dégénéré par alcoolisme? La question est vaste, ardue, encore inexplorée. Nous ne pouvons que donner des impressions, mais il nous à semblé, en lisant et en pesant nos observations personnelles, que l’alcoolisme agissait sur la descendance autant que certaines diathèses, et nous avons dû reconnaître que certaines diathèses, la tuberculose par exemple, et surtout que certaines hérédités nerveuses antérieures, se traduisant par les états hystériques, l’aliénation mentale, les maladies organiques du cerveau, l’emportaient sur l’alcoolisme pour faire dégénérer psychiquement un individu.

Le rhumatisme, la goutte, l’herpétisme, le cancer, on a pu les voir agissant sur la descendance beaucoup moïns que l’alcoolisme; on peut s’en rendre compte en lisant quelques-unes de nos observations. Mais la tuberculose, mais la scrofule, signes pour nous d’un défaut de résistance vitale déjà marqué, au même titre que la multitude des états nerveux innommés, prêtent au contraire, elles, un appui considérable à l’alcoolisme. Nous appuyons d’une observation notre opinion sur la valeur de la tuberculose comme dégénérescence physique;

dans cette observalion, à rapprocher d’autres éparses dans notre travail, on ne constate la présence de la diathèse que chez les frères du malade, car les renseignements incomplets que nous possédons ne nous ont pas permis de préciser davantage. Dans un autre cas, l'alcoolisme ancestral cède le pas, comme cause dégénérative intellectuelle, à la tuberculose : c’est celui d’un pêcheur dont le père, alcoolisé, mourut dans une rixe et la mère succomba à la phthisie; à quinze ans, survint un arrêt de l'intelligence ; à vingt-cinq ans, son vagabondage d’imbécile le faisait interner ; à cinquante ans, ses sommets commencent à être envahis par la tuberculose.

Observation XXX.— M.P.,. (Martin), trente sept ans, homme de peine, né à Granier(Savoie), domicilié à Montpellier, entre à l'asile le 23 décembre 1883. D'une famille de Savoyards qui vivaient nomades, de mendicité et d’expédients, cet homme a beaucoup souffert dans son enfance, a eu la variole, une pneumonie à vingt-cinq ans, et a contracté de bonne heure des habitudes alcooliques des plus prononcées. À vingt-trois ans, lors de son mariage, il buvait dans tous les débits et avait déjà la pituite matutinale. Vers l’âge de trente et un ans, il devint annuellement sujet à l'automne à des faiblesses, des sifflements d'oreilles, des sueurs nocturnes. À trente-six ans, manquant de travail, il redouble ses excès de boisson et ne tarde pas à délirer : il parle seul, se lève la nuit, voyant des gendarmes, entendant des grossièretés à son adresse, se croyant condamné à mort ou empoisonné, il veut se mettre en règle avec Dieu avant de mourir; il s’agite, menace, fait du tapage.

Il est amené à l’asile, atteint de manie avec hallucinations multiples. L’agitation est très-marquée, on le persécute toute la journée et particulièrement la nuit; il a dans les membres des douleurs et des secousses que lui procure l'électricité; on se livre sur lui à toute espèce d'actes honteux; les gens de service lui crient des obscénités, le brûlent, lui font enfler son visage. La plupart de ces perversions sensorielles se rattachent à une tuberculose à marche rapide et à localisations multiples. Puis apparaissent des idées de grandeurs du reste

fort peu importantes, quelques troubles paralytiformes ; l'irritabilité devient plus marquée.

La tuberculose pulmonaire fait de rapides progrès, l’émaciation et les symptômes locaux deviennent inquiétants, et c'est dans cet état qu'on le livre à sa femme, qui le réclame ; il ne tarde pas du reste à succomber.

Normalement développé, la région occipitale du crâne seule considérablement aplatie, cet homme ne présente pas d’altérations de développement bien saillantes.

Le père, peu connu, mourut d’un accident.

La mère, profondément alcoolique. mourut à soixante-six ans d'une diarrhée aiguë; en quelques jours. Un cousin germain mourut aliéné.

Huit frères ou sœurs sont morts poitrinaires ; un seul survit, qui ne vaut guère mieux.

Pas d'enfants.

L’évidence d’une influence des états nerveux plus considérable que l'alcoolisme, sur la dégénérescence intellectuelle, nous paraît aussi établie par les deux observations que nous allons reproduire ; cette prépondérance des états nerveux antérieurs, défectuosités psychiques ou nervosisme somatique, comme cause dégénérative, réside pour nous dans l’ageravation de l’état morbide nerveux dans l'échelle des manifestations anormales de ce système nerveux; il sera facile de se convaincre de la véracité de notre dire en remarquant que, de l’hystérie ou de l’épilepsie chez les ascendants, on arrive à des épilepsies graves, à accès fréquents chez les descendants. L’alcoolise ancestral apporte cependant toujours sa pierre à l'édifice.

Observation XXXI.— M. A...(Alphonse), vinstet un ans, cordonnier, né et domicilié à Béziers, entre à l’asile le 10 octobre 1888. Pendant sa vie intra-utérine, ce malade a certainement eu à souffrir des mauvais traitements que subissait la mère de la part de son mari alors délirant, et sujet à des accès de délirium tremens. Né cependant bien conformé, à deux ans eut lieu la première attaque d'épilepsie

caractérisée; depuis lors, les attaques sont survenues de plus en plus intenses et fréquentes : tout enfant, quand il sentait l'aura, qui consistait en une mauvaise odeur, il courait se réfugier dans les bras de sa mère; plus tard, il marchait droit devant lui jusqu’à ce qu’il tombât. A l'école, à cause du désordre que provoquaient ses fréquentes attaques, on le renvoya, et par cela même il n’a pas ou n'a que peu d'instruction ; il fit très-tard sa première communion. A l'âge de treize ans, surpris par le propriétaire d’un jardin dans lequel il maraudait, les attaques redoublèrent de violence et s’accompagnèrent d’agitation ; les séries se rapprochèrent; on compte les attaques jusqu’à onze et douze dans une journée, les dernières étant de simples vertiges. L’irritabilité etles violences augmentant, on dut le faire admettre à l'asile à vingt et un ans. Dans l'asile, on remarque une démence considérable, telle qu’il ne peut indiquer une date même approximative, de grandes attaques à peu près quotidiennes isolées ou en série, dont l’aura consiste en un sentiment de peur, l’idée qu’il est perdu et qu'il fait nuit autour de lui; il demande aussitôt qu'on le secoure et iltombe sur le dos ou sur le côté, en roulant la face contre terre ; il existe aussi une irritabilité excessive, qui le fait se battre avec les autres malades pour des motifs enfantins. L’habitus, les gestes, la parole, le moindre de ses actes et de ses raisonnements, portent le cachet de l’ancien épileptique; il se plaint souvent de fatigue se rattachant à la multiplicité de ses attaques. De taille élevée, de bonnes proportions, fortement charpenté et bien musclé, la peau couverte de poils, le front mar. qué de nombreuses cicatrices ; il existe une diminution de volume de la jambe et de la cuisse gauche consécutive à une fracture de jambe qu'il se fit en tentant de s'évader; l'hémithorax gauche mesure aussi 4 centimètres de moins que le droit, au niveau du mamelon. Le crâne est petit, la moitié droite plus développée, le front fuyant; la face, large, l'emporte sur le crâne; les oreilles sont comme celles de la chauve-souris, le nez fort, le teint pâle, la physionomie hébétée, les lèvres épaisses, la voûte palatine fort incurvée, la pupille droite habituellement plus dilatée que la gauche. Rien d’anormal dans les viscèpes:

Le père, fils naturel, eut à l’âge de neuf ans une terreur nocturne injustifiée; de seize à trente-six ans, ces terreurs nocturnes se sont re-

D — 188 — produites, et alors il criait, frappait, égaré; soldat pendant sept ans, il fit des excès de boisson qu'il a continués avec intensité depuis, et qui . lui ont procuré des accès de délirium tremens s’enchevêtrant du reste avec les terreurs nocturnes précédentes. Pendant la vie intra-utérine du malade, il fut particulièrement sujet à ces excès et frappait souvent sa femme en la traînant par les cheveux. La grand’'mère, fille-mère, de mauvaise conduite notoire, mourut à cinquante-deux ans, d'excès de toutes sortes; dix grands-oncles, frères de la grand'mère, braves gens, sont arrivés à un âge fort avancé.

La mère, âgée de quarante-huit ans, souffre de chloro-anémie, peutêtre de tuberculose commençante, depuis une douzaine d'années, consécutivement aux chagrins et au-travail excessif de toute sa vie. Les grands parents sont morts entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix ans. Un oncle et une tante sont bien portants, eux et leurs enfants ; un oncle est mort jeune, de méningite ; une tante mourut phthisique à quatorze ans.

Cinq frères et une sœur: l'aîné, mort du carreau à dix-huit ans; le troisième est bien portant, intelligent, mécanicien dans la marine; le quatrième hémophilique ; la sœur a pissé tard au lit, elle est actuellement bien portante ; un autre frère, maigre, âgé de onze ans; le dernier frère mourut à vingt et un jours, la mère avait recu du malade un coup de pied dans le bas-ventre pendant la grossesse,

Grands parents

Grand'mère, S fille-mère, bien portants.

excès de toute sorte. | s . | Père ép. Mère Oncle Tante Oncle et Tante torreurs noc- saine. ménin- phthisique bien portants. turnes, buveur. | gite. à 14 ans.

Frère Alphonse Frère Frère Sœur Frère Frère mort du épileptique, bien hémophi- pissetard maigre. mort carreau. aliéné. portant. lique. au lit. accident.

Observation XXXII. — M'°G... (Jeanne), dix-sept ans, sans profession, née à Marseille, domiciliée à Béziers, entre à l'asile le 9 juillet 1887. Cette malade, née difficilement, mais sans application de forceps, simple d'esprit, n’a jamais pu apprendre à lire et à écrire. Toujours bien portante, à quatorze ans elle s’effraya d'un chien pré-

tendu enragé et eut une attaque qu’on qualifia de crise de nerfs. Devenue peureuse, tressautant au moindre bruit, elle eut dorénavant à peu près tous les quarante jours des attaques analogues, nettement épileptiques, dont elle ne revenait qu’une demi-heure environ après. A dix-sept ans, elle n’est pas encore menstruée; à la suite de trois attaques survenues coup sur coup, elle eut des vomissements abondants, fut égarée et entra dans une période d’agitation considérable. Pendant sept mois elle reste ensuite au lit, refusant de se lever, accusant sur la tête des douleurs très-vives, entrecoupées de vertiges fréquents. Au mois de juin 1887 elle a de nouvelles attaques; dans sa fureur, elle pousse jour et nuit des cris continuels, veut mordre ou se précipiter la tête première contre les murs; elle voit les saints et la Vierge, entend des bruits, la musique, se croit empoisonnée, veut sauter la croisée, désire mourir, demande qu’on lui enlève la boule qui l’étouffe au gosier.

Dans l'asile, les premiers jours elle souffre de la tête continuellement et par paroxysmes, les oreilles lui bourdonnent, tout tourne devant elle. Elle pleure, crie, ne peut rester en place, veut retourner chez elle, a peur, se cache ou se sauve. C’est un état de manie entée sur une idiotie marquée. L'apaisement se fait vite, elle redevient raisonnable, s'occupe, se prête au traitement, mais l’idiotie apparaît considérable alors. Elle quitte l'asile le 29 décembre 1887, ayant eu le 26 décembre une attaque nettement épileptique, sans réapparition de l’état maniaque.

D'une taille petite pour son âge, les membres graciles, la poitrine étroite, la peau blanche et sèche, cette malade, qui n’a encore aucun des attributs physiques de la puberté, à dans son langage quelque chose d’enfantin ; le crâne petit, mais en rapport avec le volume du corps, porte des points douloureux au sommet; la face est pâle, allongée, les yeux battus, enfoncés, le regard sans expression, il existe un strabisme double convergent; le cou est long, la glande thyroïde saine, la langue déviée à droite. Rien aux viscères, l’excitabilité tendineuse est seule notable.

Le père est mort à cinquante-cinq ans, d’un dernier accès de délirium tremens alcoolique; à chacun d'eux, pendant quinze jours il était

aliéné, volant, gâtant, égaré, un vrai enfant; en dehors de ces accès, il ne paraissait jamais ivre chez lui. Les grands parents moururent du choléra; pas d’autres renseignements. Sur trois tantes, l’une mourut à soixante-huit ans, idiote et bossue, les deux autres sont mariées et ont de beaux enfants comme elles. Un oncle, qui a épousé la mère de la malade, soixante-six ans, a été déporté à Cayenne pour les affaires de 1852; est atteint de cataracte double depuis douze ans.

- La mère, cinquante-six ans, maigre, hystérique, impressionnable toute sa vie, souffre de la tête, a des hémoptysies fréquentes depuis la ménopause ; elle eut cette enfant à quarante ans, et sa grossesse fut traversée par une « folie », à l'occasion d’une scène dans laquelle elle vit une folle faire tapage dans une église. Le grand-père, alcoolique, absinthé, qui avait dévoré toute sa fortune, mourut à quarante-cinq ans, d’une incontinence d'urine. La grand'mère, mourut à cinquantetrois ans, épuisée, hystérique; elle avait des attaques rares. Une tante est morte de la poitrine à trente ans; un oncle, ancien soldat, est mort bronchitique à quarante-cinq ans.

Un frère mort-né.

De ce qui précède il résulte que souvent il est nécessaire, pour un dégénéré par alcoolisme, d’avoir parmi ses ancêtres des tuberculeux, des hystériques, des nerveux, pour aboutir lui-même à l’aliénation mentale. Il est remarquable que ce sont les défectuosités psychiques qui donnent le plus grand appoint; la tuberculose vient ensuite, la goutte et les autres diathèses en troisième ligne. Nous laissons de côté à dessein la syphilis, dont les manifestations intellectuelles sur l’indi: vidu ou sur sa descendance ne peuvent se renfermer dans les états fonctionnels qui constituent le fonds des aliénations mentales des dégénérés.

$ B bis. Etats fonctionnels ; délire et syndrômes. — Nous venons d'étudier tout au long l'influence de l’hérédité alcoolique sur l’état mental originel ou fonctionnel des dégéné-

2 2 Dis D à

rés. Aliénés, ces dégénérés le deviennent en grand nombre.

Existe-t-il dans ces aliénations mentales une caractéristique ? Une école qui compte de nombreux adhérents, qui soutient Son opinion par de nombreux écrits et par la puissance d’observation vraiment étonnante de l’un de ses chefs actuels, M. Magnan, veut qu'il existe un délire particulier aux dégénérés en général. Nous sommes loin de croire que cet état n'existe pas; au contraire, en principe, nous sommes persuadé que, cliniquement, lhéréditaire dégénéré présente les trois aspects que lui attribue M. Magnan: l’état mental, l’état syndromique, l’état délirant. Pour l'alcoolisme, cause de dégénérescence particulière que nous avons étudiée, nous nous sommes attaché, en le présentant sous une autre forme, à démontrer la réalité, la valeur de l’état mental. Nous avons réservé la question du délire, du syndrôme.

Sur la question du délire, nous sommes encore d'accord avec le judicieux médecin de Sainte-Anne. On retrouverait facilement dans nos observations la trace de ce délire particulier aux dégénérés : délire brusque, se développant d'emblée et très-vite, ou délire chronique, affectant une marche irrégulière, présentant des formes multiples (polymorphisme) dans le même temps ou successivement, interrompu parfois par des bouffées subites d’idées délirantes s’évanouissant presque aussitôt; délire survenant dès le jeune âge, aboutissant à une démence précoce; délire intermittent. L’alcoolisme des ascendants, ce facteur puissant de la dégénérescence, donne lieu à cet état délirant, dont la marche progressive se fait à travers les délires ambitieux, religieux, de persécution. Nous voulons, pour entraîner la conviction, relater l'observation suivante, dans laquelle ce n’est plus successivement, mais en même temps, qu'apparaissent les trois formes caractéristiques de cedélire de dégénéré. Avec notre maître M. le professeur agrégé Mairet, nous pensons en effet que, lorsqu'il y a délire chez un dégénéré, c’est simultanément que se présentent les

idées ambitieuses ou de persécution qui en formeront le fond, que le germe de ce délire lève à la fois sous ses diverses formes, l’une ne précédant l'autre dans son intensité et sa prépondérance que par le fait de l’adjonction de troubles sensoriels. LE

Observation XXXI{I. — Me B... (Marie-Joséphine), épouse M....., quarante-cinq ans, couturière, née à Paimbœuf (Loire-Inférieure), domiciliée à Montpellier, entre à l'asile le 2 août 1884. Intelligente et laborieuse, cette malade reçut une bonne éducation et une solide instruction; elle tenait les comptes et faisait marcher'les affaires de sa mère, marchande foraine ; à elles deux leur petit commerce prospérait.

Mariée à vingt-trois ans, elle vécut pendant seize ans en bonne intelligence avec son mari; habile couturière, elle occupait en outre de petites places de concierge, et parson ordre, son travail, sa sobriété, l'intelligence avec laquelle elle s’occupait de petits travaux de comptabilité et d'écriture, gagnait l'estime et la confiance de ses maîtres ; ces qualités faisaient qu'on passait sur son entêtement et son humeur variable.

De bonne santé habituelle, elle avait des céphalalgies très-tenaces ; en outre elle saignait du nez à chaque période menstruelle, quoique régulièrement et bien réglée; à noter une crise d'asthme peu après son mariage; la leucorrhée était continuelle.

Vers trente-sept ans, elle montra peu à peu dans son langage et sa conduite une certaine bizarrerie : dans son insomnie, elle parlait seule, se levait, croyait entendre parler derrière sa porte; des revenants la nuit, des bêtes le jour, couraient sur les murs de ses appartements; la physique lui faisait éprouver des sensations intenses bizarres. Elle se mit sous la protection du Christ, fréquenta assidûment les églises, consulta en même temps les somnambules et les tireuses de cartes; elle finit par reconnaître son mari comme chefde la conspiration ourdie contre elle, et, la vie devenant impossible dans ces conditions, l’abandonna. Mais elle connut la misère; il y eut tentative de rapproche-

ment, puis nouvelle rupture.

Un an après, sur la plainte des voisins, à la suite de scandales, du bruit continuel et des accusations perpétuelles qu'elle portait à la police, elle fut internée à l’asile.

Dans l’asile, elle offre dès les premiers jours le tableau d’une folie des persécutions se rattachant à des perversions sensorielles de l’ouïe, de la vue, du sens génital, avec une excitabilité notable. Pincée, parlant avec volubilité, accentuant ses paroles, elle étale,en baissant les Jeux, mais complaisamment, tous les détails de son délire et de ses perversions sensorielles, surtout celles relatives à l'appareil génital : « son cœur blêmit, son impudique époux, l’indigne B..., la trompait, etc. », et elle marche en sautillant, les mains à la hauteur des seins. Elle accable le médecin en chef de ses lettres, accusant les internes de la « miroiter », de lui faire monter au front le rouge de la honte; l'érotisme est considérable. Mais derrière cette folie des persécutions, de même date, plus importantes au fond, se cachent des idées de grandeurs ; elle est d'une grande famille, dit s'appeler Marie B...de Bretagne, élevée chez Olivier B...; donnée en confiance à son père adoptif, elle est une grande dame, mariée à un homme très-inférieur à elle. Elle ne s’est aperçue de sa noble origine qu’en voyant son mari sournois, jaloux, prévenant parfois pour elle, interceptant les lettres qui lui apportaient la solution de l'énigme de sa vie; de peur de punition pour ses brutalités, son mari, ces jours-là, l’insultait dans son honneur de femme, ne respectait pas sa beauté, sa supériorité physique ; «très-gracieuse, le cœur digne, me voyant les cheveux frisotants, la figure jolie, bon cœur et belle personne, on me recherchait comme maîtresse, mais je suis restée sage.» L'intelligence reste complète, conservée; les idées de grandeurs contemporaines des idées de persécutions s’enchevêtrent actuellement et donnent peu de consis tance, de systématisation au délire.

De taille moyenne, élancée, les doigts effilés, les membres un peu grêles et longs, la peau brune, elle est peu musclée. Le visage est allongé, le crâne allongé en barrillet (dolichocéphalie) ; il y a prognathisme de la mâchoire supérieure, les traits sont un peu ridés, la peau un peu huileuse. Dilatation des cavités cardiaques, souffle anémique dans les vaisseaux du cou; rien de pathologique dans les viscères ; la sensibilité et la motilité sont intactes ; la nutrition est mauvaise: ac-

cidents scorbutiformes fréquents, anémie persistante. La ménopause s'est établie dans le courant de l’année 1885.

Le pére, employé des douanes enretraite, est mort à soixante-douze ans, d'une attaque de rhumatisme, auquel il était sujet; c'était un alcoolique, buvant depuis longtemps.

La mère buvait de compagnie avec son mari; marchande foraine, intelligente, elle mourut à soixante ans d’un accès d'asthme, qui se répétait fréquemment chez elle. Une tante maternelle s'adonnait aussi

à la boisson.

Douze frères ou sœurs consanguins, dont six utérins.

Un frère mort pendant la guerre de 1870, un autre noyé par accident. Une sœur aînée, religieuse, épileptique à quarante ans, ressemblant physiquement beaucoup à la malade ; une autre sœur, âgée de trente ans, bonne santé, mère d'enfants bien portants ; les sept autres

sont morts jeunes de convulsions.

Un fils mort à vingt ans, de la fièvre jaune, au retour du Sénégal, intelligent et robuste, mais violent et mal équilibré. Une fille morte à dix-huit mois, après de nombreuses convulsions.

Quant aux syndrômes épisodiques des héréditaires (folie du doute, aichmophobie, agoraphobie, claustrophobie, topophobie, dipsomanie, sitiomanie, pyromanie, pyrophobie, kleptomanie, oinomanie, manie du jeu, impulsions homicides et suicides, onomatomanie, arithmomanie, écholalie, amour exagéré des animaux, coprolalie, aboulie, anomalies, perversions et aberrations sexuelles), nous les considérons comme des stigmates psychiques de la dégénérescence mentale, dont le rapport avec le délire est simplement contingent; survienne le délire, et l’aliénation mentale est constituée ; mais ce n’est qu'à titre de renseignements ou de complications de l’aliénation mentale que nous acceptons cette introduction du syndrôme du dégénéré dans la folie. Ces syndrômes sont l’équivalent de la susceptibilité du candidat à la phthisie pour la bronchite, la congestion des sommets; le microbe tuberculeux

seul la déterminera; l’occasion morale, le traumatisme, la fonction physiologique fera seule éclore l’aliénation mentale.

Si nous résumons cette seconde partie de notre travail, nous voyons que les descendants des alcooliques offrent tous, sans exception, des phénomènes de dégénérescence, dégénérescence qui Se caractérise par des atrophies partielles portant uniquement ou à la fois sur le corps et sur l’esprit : anomalies de développement dans la vie intra-utérine, état général faible, intelligence au-dessous de la normale, peuvent être groupés ensemble; plus restreintes encore sont ces atrophies dont la perte de la volonté, la diminution du libre arbitre, l’absence ou la perversité de tel ou tel sentiment, de telle ou telle faculté de l'intelligence, sont des signes si fréquents. Mais là ne s’épuise pas l’action nocive de l'alcoolisme ancestral; dans le cours de la vie peuvent se montrer des altérations durables ou passagères de la raison, des lésions psychiques et somatiques particulières, surtout aux époques critiques; enfin des maladies générales ne reconnaissent pas d'autre cause que cet état d'infériorité physique; et, si Phérédité est homologue, on retrouve toujours l’agoravation de l’atrophie première. Atrophie originelle ou atrophie acquise de par le cours naturel de la vie, telle est l'expression de la dégénérescence causée par l'alcoolisme des ascendants.

En un mot, s’il voit le jour, le dégénéré par alcoolisme vit : dans un état perpétuel d'équilibre physique et mental éminemment instable, qu’il ne doit qu’à ses ascendants.

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