CHAPITRE PREMIER
L'Hérédité en général .
« L’hérédité est une loi biologique en vertu de laquelle tous les êtres doués de vie tendent à se répéter dans leurs descendants ; elle est pour l'espèce ce que l'identité personnelle est pour l’individu(1). » « Les anciens en avaient fait remonter le principe jusqu’aux sources premières de la nature physique et de la nature morale, et de tous les états de santé et de maladie ; et tous, médecins, philosophes ou législateurs, avaient simplement, mais largement saisi son influence sur l’être (2).»
(1) Ch. Ribot, l'Hérédilé psychologique; 1882, p. 1. (2) Prosper Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle; 1847, t. 1, p. vu.
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Aussi le Lévitique, pour que les souillures ne se perpétuent pas, sépare les bêtes impures au moment de la fécondation, exclut du sacerdoce ceux qui ont des défauts corporels (1); Lycurgue met dans le lit d'un vieillard ayant contracté un mariage infructueux un jeune homme distingué par les qualités du corps et de l'esprit (2); Platon (3) réclame des juges décidant de l'opportunité des unions, et Aristote (4) fixe un âge légal pour les mariages, afin d'éviter le rapetissement de l'espèce. Les préoccupations que traduisent ces lois de Pantiquité démontrent suffisamment la valeur de l’hérédité en général. :
Mais l'application de ces principes n’a pas toujours été faite avec sagacité, et les mouvements sociaux nés d'opinions contraires et les passions humaines en ont souvent empêché la réalisation : c’est sur l’hérédité envisagée d’une manière irrationnelle et arbitraire qu'est fondée la séparation des races en victorieuses et conquises, des familles en suzerains et serfs, en nobles et vilains ; que dans la libre Amérique on voit encore les distances qui séparent les noirs des blancs. Du reste, de tout temps le préjugé résista à la loi, et la réprobation continua malgré l’affranchissement de droit. Quoi qu’il en soit, l’étude de l’hérédité reste de la plus haute importance dans les sciences naturelles : sans la notion d’hérédité des caractères, point de noûton d'espèce, point de théorie généalogique des êtres, et par suite ni taxinomie, ni philosophie naturelle (5).
(1) Le Lévitique, chapitre XX, v, 28-25, et XVIII, v. 7 et suiv.
(2) Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, t. IV, p. 117.
(3) Platon, Législation, liv. IT.
(4) Aristote, de la République, Liv. VIT, chap. XVI.
(5) De Lapouge, l’Hérédité dans les sciences naturelles et politiques. (Builetin de l'Association générale des étudiants de Montpellier, janvier 1888.)