‹ La Descendance des AlcooliquesChapitre 6 sur 39 · NES · texte numérisé non relu

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- Si nous tentions l'historique de l’hérédité, nous entrepren-

drions un sujet trop vaste pour le cadre de ce travail. Depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, bien des opinions, bien des théo-

ries, bien des faits, ont été produits sur la question de l’hérédité; P. Lucas (1) raconte, eneffet, qu'au XVILesiècle le nombre des théories s'élevait à près de trois cents. Outre qu’il nous serait impossible de tirer parti de tous les faits, nous risquerions de nous noyer dans les détails. Il est cependant quelquesunes de ces théories qui doivent trouver place, même dans ce résumé succinct, parce que multa renascuntur quæ jam cecidére, et aussi parce que le nom de leurs auteurs se rattache à ces grands systèmes philosophiques que le moyen âge et la Renaissance ont vus briller avec tant d'éclat, pour s’écrouler ensuite avec tant de fracas.

Pour l'antiquité, il y avait assimilation absolue de la génération et de l’hérédité; en l'absence de toutes notions sur la génération, les théories de l’hérédité étaient nécessairement caduques ; pour Hippocrate, l'embryon était l'extrait, l’abrégé de toutes les parties du corps. Le moyen âge fut le temps des sels minéraux de Paracelse, de l’archée séminale de van Helmont, que suivirent le spiritualisme de Stahl et le matérialisme d'Hoffmann (?).

À l’observation et à l'induction déduite des hypothèses admises sur la génération les modernes ont joint l’expérimentation directe sur les espèces et les individus. C'est toujours l'assimilation de la génération à l’hérédité; mais la physiologie de la génération et l’embryogénie apportent un point d’appui sérieux, que la hâte des théoriciens faillit parfois renverser. Grâce aux notions d'anatomie descriptive et d’anatomie

(1) P. Lucas, loco citato, t. 1, page xIx.

(2) Lereboullet, de l'Hérédité dans les maladies. (Thèse agrégation,

Strasbourg, 1834.)

des tissus que Vesale, Fallope, Harvey, Malpighi, Ruysch, Leuwenhæck, etc., conquéraient sur la tradition galénique par la dissection ou le microscope, l’embryologie naissait vers le dix-septième siècle; Fabrice d’Aquapendente décrivait la vésicule ovigène, la formation des membranes; de Graaf, plus heureux, lui donnait son nom. Avec ces faibles connaissances on théorisa; Aromatori, dès 1625, émet la théorie de la préexistence des germes ou de la préformation; Swammerdam, soutenu par Malebranche, aboutit à l’emboîtement infini des germes: théorie radicale, stérile, arrêtant le progrès scientifique, que Morgagni, Haller, Leïbnitz, Cuvier, soutinrent de leur nom et qui a régné presque jusqu’à nos jours.

Mais, ia côtoyant, prenait corps la théorie de l’épigenèse. Harvey, malheureux ami de Charles I“, encore plus malheureux inventeur, avait, dans ses vues géniales, conçu la doctrine tout entière, la création successive des organes par la différenciation d'une matière homogène ; Needham, puis Gaspard Wolf, Hunter, Autenrieth, Soœmmering, Oken, Meckel, vers la fin du XVITTesiècle, Pander, Dollinger, Purkinje, Prevost et Dumas, notre Delpech, Wagner, Breschet, Velpeau, Müller, Rusconi, Dugès, Serres, apportent des faits que Schwann enfin fertilise en édifiant la théorie cellulaire : l'or ganisme vivant n’est qu'un agrégat de cellules ; omnis cellula è cellulä, dirent plus tard Goodsir et Virchow (1859). Nous assistons actuellement au triomphe de la théorie de l’épigenèse avec MM. Hiss, Balfour, van Beneden, Kolliker, Mathias Duval (1).

(1) Voir, pour l’historique qui précède:

a) Gilis, l’£mbryologie, son histoire, son rôle dans la science anatomique. (Gaz. hebdomad. Montpellier, 1887, p. 571.)

b) Guillaud, la 'héorie de la descendance. (Lecon d'ouverture du cours d'histoiré naturelle. Bordeaux, 1879.)

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La conception de la génération d’un individu est donc établie; c’est le but de l’ontogénie. Mais la phylogénie, la science du développementde l’espèce, n’en est pas encore à son triomphe; elle est sur la voie du succès. Ici encore deux théories: Pimmutabilité des espèces, le transformisme. La:première ne peut s’accorder avec le progrès incessant des êtres, n’explique pas par conséquent cette tendance, ce caractère de la vie des êtres.

La seconde, créée par l’embryologie, avait été pressentie par Bacon, elle fut préparée par Buffon, de Maillet, Robinet; c’est Lamarck qui le formula nettement. Les organismes les plus simples sont nés spontanément du monde inorganique ; leur organisation s'élève par degrés et se perfectionne en se compliquant, le pouvoir de la vie, ou effort intérieur, et la cause modifiante, sont les deux principes d’action de ces transformations, qui ne se produisent qu'avec le temps infini dont dispose la nature. Et. Geoffroy-Saint-Hilaire devient plus précis; il établit l'unité de composition organique, même pour les monstres; détermine les analogies organiques en s'appuyant sur la connexion des organes, qui reste fixe; il découvre aussi la loi du balancement des organes. Dugès écrit alors son Traité sur la conformité organique dans l'échelle animale. Enfin Darwin vient avec son Origine des espèces, réfute les objections faites à la doctrine de Lamarck et « donne la forme la plus connue aujourd’hui des explications possibles du transformisme. » (M. Duval.) La concurrence vitale amène une sélection naturelle, que l’hérédité conserve et perpétue; ce progrès organique n'est point fatal et nécessaire. Entravé, il y a rétrogradation et décadence des formes, persistance des types inférieurs.

Mais Lamarck n’est pas complétement applaudi. En 1870, Heckel donne sa doctrine de l’évolution : tous les embryons se ressemblent; les stades de développement sont les mêmes,

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plus ou moins transitoires et rapides; donc « l’organogénie humaine est une anatomiecomparée transitoire, comme à son tour l'anatomie comparée est l’état fixe et permanent de Porganogénie de l’homme», disait Serres; donc «l’ontogénie est une courte récapitulation de la phylogénie », a répondu Heckel, plus précis et plus heureux. Le développement de lespèce se fait donc sur le même type que celui de l'individu, mais dans un temps plus long.

Ces longues considérations historiques et théoriques étaient nécessaires pour l'exposition de l’état actuel de la science sur l'hérédité. Trouvant que la génération n'offre aù chercheur qu'un amas confus d'accidents multiformes, bizarres, inextricables ; que la procréation utilise les deux influences sans cause et sans raison d’elles-mêmes, un auteur, P. Lucas, demandait en 1847 au système primordial de la création l’origine, l’essence, laraison de lhérédité dans le signe de la vie. Considérant l’homme comme un microcosme, le symbole de la pensée, le verbe incarné de la force, de la nature, il se propose, dans son Traité de l’hérédité naturelle, de saisir et déterminer les formes élémentaires de l’activité humaine; et, partant de ce principe théologique, Lucas (1) affirme que le fait biologique de la génération est régi par deux lois, l’une d’hérédité, l’autre d’innéité; puis il croit donner la preuve empirique et logique de la transition et de l’activité de lune et de l’autre loi dans la procréalion, en même temps que l'explication de leurs rapports avec le transport séminal de tous les caractères de la nature physique et morale des êtres. Il fait ensuite l’application de ces deux mêmes lois générales de la vie à la théorie des lois particulières de l'hérédité et à l'explication de ses rapports avec la détermination de la sexualité, les modifications acquises de la nature originelle des êtres et les diverses af-

(1) Lucas, loco citato, p. XXIIE, t. I.

: . ons a. sont le vecteur des phénomèr es.

d’hérédité. Fol et Hertwig ont, en effet, démontré c que la fécon-

dation consiste surtout en une > copulation des noyaux,et Strassburger prouve que le corps cellulaire n’y prend aucune part; pronucléus. mâle et pronucléus femelle, à à chaque segmentation, transmettent donc une nature double à chacun des noyaux nouvellement formés. Les figures karyokinétiques que l’on note dans toute prolifération de cellule ont en outre permis de distinguer dans la cellule un plasma nucléaire et un plasma embryonnaire, l'un contribuant à la forme de la cellule, l'autre à sa OURS dont les proportions dans leur com-

(1) His, Unsere Kürperform und das noie Problem ihrer Enistehung, 1874. &

(2) Weissmann, die Continuität des Keëmplasma als Grundlage einer Theorie der Verheerung. Xéna, 1885. |

-(3) Déjerine, l'Hérédité dans les maladies du système nerveux. (Thèse

d’agrégation, 1886.)

PRRCNEE binaison expliqueraient les dissemblances observées entre les parents et les enfants (1). Mais la non-hérédité des caractères acquis résulte de cette théorie, celle des caractères pathologiques surtout (2). Ici intervient l’adaptation, qui l'explique: La source des différences individuelles héréditaires siège dans la forme de lareproduction, laquelle est le matériel à l’aide duquel la sélection produit des formes nouvelles; la fusion

des cellules germinatives des sexes opposés tend, à cause

du nombre d'individus composant une espèce, à accentuer les différences, non à les faire disparaître; les caractères s’acquièrent ainsi : telle est l’adaptation. Le pourquoi, la raison de l’hérédité, sont tout entiers dans cette théorie de Weissmann, dont la faveur va toujours croissant.

L'observation, devançant l’expérimentation, avait du reste permis à Darwin de formuler les quatre lois auxquelles obéit l’hérédité physiologique :

1° Loi de l’hérédité directe et immédiate ; irréalisable dans . le sens absolue de la définition, à cause de lapport toujours inégal des deux procréateurs.

2 Loi de prépondérance dans la transmission des caractères ; toujours applicable pour expliquer les anomalies de transmission héréditaire.

3° Loi de l’hérédité en retour ou médiate (atavisme).

4° Loi d’hérédité avec périodes correspondantes de la vie (hérédité homochrone).

Après cet exposé succinct de la valeur des phénomènes de l'hérédité, de leur mode et de leur raison, des lois quiles régissent, nous allons les étudier sommairement à travers les

(1) Valdeyer, de la Karyokinèse et de ses applications à l'étude de la fécondation et de l'hérédité, in Sém. méd., p. 277, 1887.

(2) Ziegler, sur la Transmission héréditaire des caractères pathologiques acquis. (5° Congrèsallemand de médecine interne, 1886.

les agents ten de ire ne. ont | No 223 RS certains caractères mr. pes où

COR “races ; ne Fe ces rer ffcalions, par Rire se TA #2 perpétuées par l’hérédité : les Juifs de la Cène de Léonard de Vinci représentent, trait pour trait, les Juifs d’aujourd’hui (1);

les groupes ethnographiques (caucasique, mongolique, éthiopique) tiennent encore à ce fait. Nous assistons encore parfois à des ébauches semblables de la part de la nature, témoin tous ces faits dont fourmillent les Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris.

ee Combien de temps faut-il pour qu’ une ne on ac- % quise entre dans la constitution? Un fait de De Sémallé (2) montre qu'après vingt-quatre générations, soit sept cent quarante-quatre ans chez l’homme, un quart des poules de sa basse-cour nées d’une paire de po oules négresses étaient noires, Se basant sur cette observation, on pourrait approxima-

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