LUS
science particulière, l'anthropologie, fait porter sur leur per-
manence le principal de ses fondements. L’organe central de la vie que loge ce crâne, par le développement de ses parties constituantes, ne donne-t-il pas lieu à des études particulières du plus haut intérêt? Le système circulatoire n’a-t-il pas sa texture Spéciale suivant les espèces et les individus? Le système digestif et le système respiratoire suivent également les lois de transmission des caractères internes, de même que le système nerveux.
La résistance de ces divers éléments internes enfin a aussi son hérédité propre: tel a le tempérament apoplectique, tel autre est anémique, tel fait du pus à la moindre piqûre, tel autre succombe à l’hémophilie, tel autre enfin aux peines morales accumulées, dont les parents ont eu le même tempérament, la même constitution, la même sensiblité morale.
Les caractères particuliers au mode d’existence se transmettent aussi : la durée de la vie, tenant à la puissance héréditaire de la vitalité des organes, est telle dans certaines familles, qu'en Angleterre les sociétés d'assurances demandent des renseignements sur la longévité des ascendants de la persoñne à assurer (1); par contre, le fait du ministre Turgot mettant, quelques jours avant sa mort, ordre à ses aflaires parce que l’époque fatale à sa famille approchaït, se répète souvent dans certaines familles. Est-il quelqu'un qui n’ait remarqué des vieillesses anticipées chez certaines familles, des cheveux blanchissant héréditairement avant l’âge, qui n’ait vu mourir jeunes tous les membres d'une famille ? A part cette résistance à l’âge seul, on cite par centaines les observations de familles réfractaires aux maladies contagieuses, extraordinairement sensibles au contraire aux agents cosmiques, tels que le froid. Et la fécondité, est-il rien de plus remarqué que cette apti-
(1) Ribot, loco citato, p. 7.
roue
tude à procréer de nombreux descendants ? Nous connaissons personnellement une famille dont l’ancêtre eut 22 enfants mâles, et dont chacun à eu à son tour une nombreuse lignée d'enfants mâies. Anne de Montmorency était père de 12 enfants, et trois de ses aïeux en avaient 18, dont 15 garçons; les quatre premiers Guises avaient ensemble 43 enfants, dont 30 garçons (1). La perpétuité de cette puissance prolifique dure parfois cinq et six générations. Les Allemands passent pour offrir de nombreux cas de ce genre.
Les diverses formes de l’activité motrice sont aussi transmises: Galton (2) nous montre chez les Anglais les prix de boxe, de luttes et de rames, revenir presque toujours à certaines familles, comme dans l'antiquité à certaines familles d’athlètes.
La famille des Vestris est célèbre dans la danse; les bons tireurs d'escrime sont de souche, telle famille bégaye en chœur, telle autre grasseye; les familles de chanteurs sont nombreuses.
$ B. L’Hérédité psychique.— Au point de vue intellectuel, la transmission héréditaire des facultés mentales est intimement liée à Phérédité physique; puisque celle-ci régit toutes les formes de l’activité vitale, celle-là doit obéir aux mêmes lois. C’est ce qu'a démontré M. Th. Ribot, avec le talent qu'on lui connaît, dans son beau livre de l'Hérédité psychologique. « Les manifestations de la vie psychique, dit-il, n'étant qu'un cas, le plus élevé et le plus complexe, de l’activité vitale, l'évolution cérébrale réglant l’évolution mentale, Phérédité psychologique dépend de l’hérédité physiologique. » Il le démontre, il l’étudie, il l'analyse.
L'hérédité des instincts existe: chaque instinct complexe
(1) Benoiston de Chateauneuf, Mémoire sur la durée des familles no bles en France, 1846.
(2) Galton, Hereditary Genius, 1869, p. 335.
M, ce
se ramène à une coordination d’instincts simples, chaque instinct simple à une habitude héréditaire : c’est une action réflexe composée, « un acte conforme à son but (Hartmann) .» Antérieur à toute expérience individuelle, peu variable, linstinct ainsi entendu est transmissible : les faits sont innombrables. Darwin (1) en cite de multiples et explique à ses adversaires etses critiques les cas embarrassants qu’ils ontrecueillis, car à cette question se lie celle de l’origine des espèces. Tout le monde connaît les faits du castor architecte et constructeur ; de l'abeille cueillant le pollen des fleurs, construisant ses cellules, y déposant son miel; de l'âne et du chameau hésitant à franchir un ruisseau et se roulant avec plaisir dans la poussière en souvenir du désert, leur patrie originelle; du chien sur un tapis tournant sur lui-même, comme pour fouler l'herbe à la place où il veut se coucher. L'homme, pour exprimer le dédain, découvre ses dents canines (2); la colère, le râtelier complet. Cette survivance d’une habitude héréditaire conduit à la transmissibilité des instincts acquis. Malgré Cuvier et Flourens, on sait qu'il en est ainsi. Je tiens de médecins de la marine qu’à Gorée et d’autres pays les hirondelles restent toute l’année. Les chasseurs savent que le nombre des cailles hivernant dans nos pays croit chaque année. Les canards nés d'œufs de canes sauvages prennent leur volée dès qu'ils le peuvent; il en est de même pour les jeunes cygnes de nos promenades, nés de parents plus ou moins domestiqués. Les levriers d'Amérique attaquent le cerf par le ventre à la façon de leurs ancêtres dressés par les Indiens, au lieu de leur sauter à la gorge (3). Le chien n'aboie que depuis qu'il vit à côté de l’homme.
Les facultés perceptives, les modes d'activité sensorielle de
(1) Darwin, Variation des espèces, t.T, p. 192. (2) Schneider, der thierische Wille, 1880, t. T, p. 411. (3) Roulin, Annales des sciences naturelles, t. XVI, p. 27.