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l'être, sont soumis à l’hérédité, elles aussi, en ce qu'elles ont d'essentiel et de fondamental; quant à la transmission des caractères secondaires propres aux individus, il y a en thèse générale probabilité, mais non certitude. Le toucher se transmet en héritage: « Tantôt il faut écorcher l’homme pour le faire sentir (Montesquieu) », tantôt le simple contact, l'approche même de certains objets, provoque des sensations horribles ; c'est l'opposition connue des gens du Nord à ceux du Midi. Les familles de gauchers sont nombreuses. La vue, le plus intellectuel de tous les sens, jouit du même avantage: le strabisme incomplet des Montmorency est classique depuis Portal, la myopie et la preshytie ont aussi leurs familles privilégiées; l’amaurose, la cécité par atrophie optique (1), se transmettent ; l’atrophie oculaire de certains poissons vivant dans les grottes (2), la disparition du troisième œil (3) de nos ancêtres, dont la glande pinéale est l'unique vestige, sont des preuves de l'hérédité de certaines anomalies sensorielles; l'exophthalmie, la cataracte, l’héméralopie, le daltonisme (4), sont autant de déviations de l’activité sensorielle de l’œil quotidiennement constatées comme transmissibles. L’ouïe, qui rend possible le langage articulé et la pensée réfléchie, a des perversions multiples de sa sensibilité, qui, sous la forme de surdi-mutité, de dureté d'oreille, sont rarement transmissibles et se métamorphosent au contraire facilement; mais l’incontestable hérédité de l’aptitude pour la musique (exécutants et compositeurs) implique celle de certaines qualités de l’ouïe :
(1) Habershon, Atrophie optique héréditaire. (Soc. d'ophthalmologie, Londres, in Sem. méd.,1887, p. 451.)
(2) Guillemot, de l’Hérédité de quelques lésions acquises, 1873, p. ©.
(3) Peytoureau, du Troisième El. (Thèse Bordeaux, 1887.)
(4) Delbœuf et Spring. (Revue scientifique, 1878.)
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les trois Mozart, les deux Beethoven, les cent vingt Bach, en sont une preuve suffisante. L’odorat et le goût ont leur singularité transmissibles : les nègres ont un odorat d’une pénétration inconcevable pour certaines odeurs; les chevaux, dans les ménageries, refusent de se coucher sur la paille sortie de la cage des lions (1); l'odeur du fromage cause des syncopes à certaines familles (2); certains végétariens n’adoptent le régime végétal que par aversion héréditaire pour le régime animal ; Lucas (3) rapporte que la répugnance contre les liquides était telle chez une grand’mère, une mère et une fille, qu’elle résistait à la fièvre même.
Pour l’hérédité de la mémoire et des habitudes, les faits sont peu nombreux, mais, même passés au crible de la plus sévère critique, ils existent entiers; du reste, l'hérédité étant une mémoire spécifique, on conçoit aisément que la disposition à conserver et reproduire certains mouvements puisse se transmettre dans certains cas. Il existe des multitudes de familles de gauchers, nous l'avons dit; chez les Esquimaux, le talent et la dextérité à la pêche du phoque passe de père en fils; les jeunes Anglais apprenant à écrire en France conservent la manière anglaise (4). Quant à la mémoire elle-même, sa faiblesse excessive chez les idiots est éminemment héréditaire ; mais on sait aussi que les deux Sénèque étaient renommés, comme la famille des Porson, en Angleterre, pour leur mémoire prodigieuse. « J'ai les yeux gris et la mémoire loca:e de mon grand-père, disait lady Esther Stanhope : quand il avait vu une pierre sur une route, il S'en souvenait; moi
(1) Laycock, À Chapter on some organic laws of personal and ancestral memory, p. 21.
(2) Lucas, loco citato, t. I, p. 889.
(3) Lucas, 1bid.
(4) Darwin, Variation des espèces, t. IT, p. 6.
og aussi (1). » Les mémoires partielles sont plus souvent héréditaires: les familles de peintres et de musiciens sont nombreuses. |
Les facultés de l'intelligence, telles que comparer, juger, “abstraire, généraliser, induire et déduire, la vie psychologique sous sa forme la plus haute, sont aussi héréditaires, parce que la pensée n’est qu’une propriété de la matière vivante. L’imagination créatrice se retrouve chez les familles de poëtes, de musiciens, de peintres, Fétis (2) compte 57 musiciens dans la famille de Bach; il y eut 10 Benda violonistes au XVIII siècle, 4 Dussek compositeurs. Dans les musées, on trouve plusieurs Téniers, plusieurs Carrache, les Bonheur, les Ruysdael, les Van der Velde, les Node. Parmiles classiques, on trouve les Corneille, les Racine, les Chénier, les Byron, les de Musset, et, parmi les lettrés, les Étienne, les Scaliger, les Sénèque, les Grotius. Dans l’ordre des sciences, ce sont les Ampère, les Bernouilli, les de Jussieu, les Cassini, les Geoffroy- Saint-Hilaire, les de Candolle, les de Saussure, les Say, et d'autres que nous pourrions aisément trouver dans notre milieu scientifique de province et que nous préférons laisser à leur modestie traditionnelle comme leur savoir (3).
« Les principaux actes de l'expression, chez l’homme et les animaux, ne sont pas un produit de l'éducation de l'individu (4) »; nos sentiments et nos passions sont donc héréditaitaires. En effet, les aveugles-nés, les enfants âgés de deux à trois ans, rougissent de confusion; tous les hommes haussent les épaules en signe d’impuissance, inclinent ou hochent la tête pour affirmer ou nier. Comme bizarreries, Girou de Bu-
) Ribot, loco citato, p. 63.
Fétis, Biographie universelle des musiciens.
3) Galton, Hereditary Genius, p. 241 et suiv. (4) Darwin, de l’Expression des émotions, p.381.
zareingues (1) cite une lignée de chiens qui craignaient, au point de n’en plus chasser, explosion de la poudre. La sensibilité organique donne lieu à de bien curieuses hérédités : tantôt le café fait dormir toute une famille, tantôt l’opium permet à une autre de s’écrier comme Brown: «Opium,me Hercle! non sedat. » Montaigñe avait horreur de la seule vue des drogues, comme son père et son oncle (2). La dypsomanie parait héréditaire: les exemples de Trelat, Morel, ceux que nous rapporterons, sont convaincants. Les Bourbons sont d’une voracité légendaire : Louis XIV mangeait jusqu'à trois poulets pour son repas, il en était de même de Monsieur, à en croire Saint- Simon. L’anthropophagie est aussi héréditaire que certains goûts pour les épices, pour la terre, au dire de Humboldt. L’appétit sexuel se retrouve exagéré ou inverti chez Auguste et les deux Julie, Agrippine et Néron, les Borgia, et de nombreux exemples viennent confirmer ces faits tirés de l’histoire. La passion du jeu, de l’argent, du vol, l’assassinat, isolés ou combinés, ont donné lieu à de nombreuses remarques. M. Despine (3) cite, dans la famille Chrétien, 13 frères ou sœurs, oncles ou cousins, voleurs ou assassins, tous condamnés à la prison, quelques-uns décapités. Le vagabondage est une caractéristique des bohémiens, des gitanos ; certaines familles se déplacent constamment du Nord au Midi, l'instabilité est chez elles l’état normal.
Mais l’ensemble des diverses facultés de l’âme que nous venons d'étudier une à une peut aussi se transmettre. Le jeu simultané des diverses facultés s’observe dans les actes, et le travail de chacune ne vaut qu’autant qu’elle concourt au résultat commun. L'histoire des grands hommes est assez riche
(1) Girou de Buzareingues, de la Généralion, p. 120-125. (2) Montaigne, Lssais, t, IT, p. 39.
(3) Despine, Psychologie naturelle, t. IT, p. 410.
ee Sûr en faits pour nous démontrer la transmissibilité tantôt intégrale, tantôt fragmentée, des facultés qui font une personnelité, une célébrité : les Ptolémée, les Annibal, les César, les Médicis, la généalogie de Charles-Quint, les Nassau, les Coligny, les Condé, les Lamoignon, les Mirabeau, en offrent des exemples en tous genres. Certaines qualités subsistaient, d'autres s’amoindrissaient ou se pervertissaient dans la descendance ; la dominante géniale persistait.
Le caractère national enfin, cette expression des passions, des instincts, de l'intelligence d’un peuple, se transmet et ne change qu’à longue échéance : déjà César disait que les Gaulois ont le goût des révolutions; l'esprit léger, la vanité incurable, que nous octroyait Strabon, sont encore la caractéristique des Français de nos jours. Les Arcadiens sont encore pasteurs, les Grecs ont toujours plus de finesse que de force; le Hongrois, descendant du Hun, aime le cheval et les vastes steppes ; les Juifs, blancs ou noirs, ont toujours la prédominance du sentiment et de l'imagination, restent intelligents et avares; les Bohémiens ont de tout temps volé, dansé, dit la bonne aventure; révoltés, vagabonds, paresseux, ils sont incivilisables.
$ C. L'Hérédité dans les maladies.— Nous croyons avoir suffisamment démontré la puissance de l’hérédité dans la sphère physiologique; nous avons vu se transmettre des parents aux descendants toutes les variétés possibles, somatiques ou intellectuelles. Les grandes lignes comme tous les petits détails d’un état physique ou psychique se plient à cette grande loi. Mais là seulement ne s'étend pas son domaine : les faits pathologiques sont aussi dominés par elle; leur transmission est du ressort de l’hérédité, et là aussi nous trouvons des faits multiples à glaner dans les auteurs, à extraire de la mémoire des peuples.
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Ranchin, Fernel, Baillou, Boerhaave, van Swieten, mais qu’avaient baitue en brèche les Arabes et Louis. Actuellement et avec juste raison, même avec les théories microbiennes, l’ hérédité des maladies aigués est écartée, et l’on ne fait rentrer dans le cadre des maladies héréditaires que celles que j'ai signalées plus haut.
Par diathèses nous entendons, comme M. le Lorie. Castan (3), ces affections morbides constitutionnelles, par conséquent chroniques et persistantes, dont les manifestations, généralement multiples et diverses, ne sont capables de résoudre Yaffection primitive ni en fait ni en tendance. Ces états morbides constitutionnels sont-ils transmisibles ? La scrofule,
(1) Piorry, de l'Hérédité dans les maladies. (Thèse concours, 1840.) (2) Luys, des Maladies héréditaires. (Thèse agrégation, 1863). (3) Castan, Leçons sur les dinthèses, 1882-1883.
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avec sa complexion et son facies scrofuleux, son avortement de la puberté (1), sa mortalité excessive; la tuberculose, avec ses caractères le plus souvent si communs à la scrofule que Sydenham l’appelait la scrofule des poumons ; le cancer, dont l'hérédité a été constatée par Velpeau dans plus du tiers des cas qu’il a observés ; la syphilis, dont les manifestations héréditaires sont des plus connues et ont suscité tant de remarquables travaux; la goutte, dont Scudamore et van Helmont avaient reconnu la transmission ; l’herpétisme, le rhumatisme, seraient tous transmissibles sous la même forme ou sous celle de prédisposition. Or quelle est celle de ces diathèses dans laquelle les recherches de la microbiologie moderne n’ont pas signalé un microorganisme cause de l'infection générale ? S'il en est, nous avons assez de confiance dans la science pour espérer que la découverte ne s’en fera pas attendre.
La transmissibilité des maladies diathésiques nous paraît donc se réduire à la création d’un état d’infériorité organique originel ou survenant par anticipation, sur lequel les germes de l'infection des parents, vivant à même les tissus ou portés de l'extérieur, exercent des ravages d'autant plus considérables qu’ils s'adressent à un ennemi moins résistant. Ce qui se transmet, c'est donc la faiblesse de résistance du corps entier ou de tel tissu à tel microorganisme. Le sujet est trop nouveau, se rattache du reste trop peu intimement au sujet de ce travail, pour que nous donnions toutes les raisons qui nous permettent d'exprimer en ces termes notre opinion. Il nous a suffi d'indiquer la conception que nous nous faisons, dans l’état actuel de la science, sur la transmissibilité des diathèses, pour désigner d’ores et déjà toute la similitude de caractères que présenteront les descendants d'individus en
(1) Lugot, sur les Scrofules.