‹ La déserteuse; pièce en quatre actes [par] Brieux & Jean SigauxChapitre 34 sur 42 · SCÈNE IV GABRIELLE, MAIUON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV GABRIELLE, MAIUON

MARION

Ah ! madame I

GABRIELLE

Il est arrivé un malheur à Pascaline?

MAniON .

Non, madame, c'est à moi !

GABRIELLE

Ah ! tant mieux ! Vous m'avez fait peur. {Riant.) Je veux dire tant mieux que Pascaline n'ait pas été en danger... Quant à vous, Marion, votre malheur n'est pas bien grand puisque vous voilà, et nous allons arranger cela !... Qu'est-ce qu'il y a?

MARION . '

Je le savais. . je l'avais dit à Pascaline.

GABRIELLE

Mais moi, je ne le sais pas...

MAIUON

C'était certain d'avance.

GABRIELLE

Quoi?

iMAUION

Qu'il apprendrait tout !

GABUIELLE

Qui?

MARION

Monsieur.

GABKIELI.E

Quoi, tout?

MARION

Et qu'il me flanquerait mon paquet! Et ça n'a pas été long... Jamais, jamais, je n'ai vu un homme dans cet état-là. On aurait dit un tigre, madamCi un tigre déchaîné... « Ah! qu'il m'a dit, vous laissez enlrer ici, pendant que je n'y suis pas, des gens qui ne doivent pas y venir... vous êtes une misérable ! » Et je sais pas tous les noms dont il m'a traitée, que je n'en comprenais pas la moitié, heureusement. « Je vous ...ef à la porte, vous enten-

dez !.., » J'y dis : « On ne renvoie pas le monde comme des chiens. — Je vous ...ef à la porte. » Et il n'avait que ce mot-là à la bouche. Et il est venu avec moi dans ma chambre, et il m'a donné mon argent — que je n'ai pas seulement eu le temps de compter, et il a envoyé chercher un commissionnaire, et il m'a fourré toutes mes affaires dans ma malle... Et puis il n'y avait rien à dire, parce que dès que j'ouvrais la bouche, il repartait en hurlant à faire accourir les voisins... Un tigre déchaîné, je vous dis, madame, un vrai tigre.,. Alors, me voilà...

GABRIELLE

Vous avez bien fait de venir ici, Marion.

MARION

Et qu'est-ce qui va se passer ! Qu'est-ce qu'il va faire à cette pauvre Pascaline !... Pour moi, madame, il va y avoir du vilain.

GADRIELLE

Parce que?...

MARION

Parce qu'ils sont tous les deux dans un état à ne pas dire. Pascaline est comme une lionne et.

lorsque je suis partie, je les entendais de Tescalier, qui se disputaient comme deux chiffonniers, sauf votre respect. Parce qu'il faut vous dire que monsieur lui a défendu de vous revoir. Il a même été jusqu'à parler de la justice !

Une veut pas que je revoie Pascaline?

MARION

Ni chez lui, ni chez vous, ni nulle part !

GAUIUELLE

Quel monstre I...

MAUION

Mais je suis bien sûre que Pascaline aura trouvé le moyen de vous voir tout de même... Ah ! quelle scène!... Après dix-sept ans de service ! Voilà le remerciement qu'on a avec les patrons ! « Je vous ...ef à la porte ! » Ça fait comprendre les révolutions !

GABRIELLE

Il n'aurait jamais fait ça de mon temps... Mais alors, il faut que je te prenne avec moi ?

MAHioN, désolée.

Qu'est-ce que je deviendrais, si vous ne me preniez pas?

GABiuELLE, la rassiivanl.

Mais oui, mais oui, ma bonne Marion, c'est entendu. Je ne vais pas te laisser sur le pavé. Allons!... Seulement, jusqu'à ce que je me sois débarrassée de mon entreprise, je ne vois guère comment t'uliliser... Sais-tu chanter?

MAUION

Oh ! non, madame...

GABIUELLE

Tu ne peux rien dire si tu n'as pas essayé. En attendant, va donc nettoyer la cuisine, elle doit en avoir besoin.

MARION

Oui, madame. C'est par là?

GABIilELLE

Oui... Ta malle est en bas? Tu la feras monter. Tu diras qu'on la mette dans le magasin des accessoires...

Le...

LA DBSERTEUSE MAIUON

GABRIELLE

C'est bon, c'est bon. Va ! {Elle sort. Rametty est entré depuis quelques instants.)

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