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Traité i l'Hygiène

DESINFECTION PUBLIQUE

vite. Il est mort, de cette cause, 1 .419 personnes à la Vera-Cruz, dans les quatre années 1883 à 188(1. 11 parait (tue les décès de vomito n’ont été qu'au nombre de 3 ou 4 dans les trois années suivantes. Mais la sévérité du fléau a reparu en 1890. La seule ville de Memphis ( 1 enessee) perdit, en 1878,4.000 habitants par la fièvre jaune. De 1871 à 1884 inclusivement, Rio-de-Janeiro en perdit 15.338, soit près de 1. 100 par an. La mortalité est de I sur 3 à 7 malades.

Il y a donc lieu, pour tous les pays menacés, de se défendre par la désinfection et tout d'abord par celle des navires suspects. Nous ne pouvons mieux faire, à titre d'exemple de ce qui se fait et comme preuve de l’efficacité de la désinfection dans le cas dont il s'agit, que de citer la pratique en vigueur à la station quarantenaire de la Louisiane, dont Vallin, à deux reprises', a fait connaître les grands traits. Là, tout navire suspect de fièvre jaune, se disposant à remonter le Mississipi et à gagner la Nouvelle-Orléans, est soumis à une désinfection dont nos procédés d’Europe ne sont que la miniature. La literie et les effets passent dans des étuves à vapeur sous pression, qui sont des cylindres d'acier de quinze mètres de long sur 2 rn. 45 de diamètre. Pendant le même temps, à l’aide d’un appontement (wharf) qui réunit le navire à l’usine et supporte les tuyaux, un réservoir élevé, dont le fond est à 12 m. 50 au-dessus du niveau du fleuve et qui contient 31 mètres cubes de solution de sublimé au millième, projette celle-ci avec une forte pression dans le navire par des tuyaux fixes en plomb qui longent le wharf, terminés par des manches mobiles et des pommes d'arrosoir en caoutchouc durci, de 15 centimètres de diamètre. On emploie de 0 à 15 mètres cubes de la solution, c'est-à-dire de G à 15 kilogrammes de sublimé, pour désinfecter un navire. Les soutes aux

1. Vallin (E.), La désinfection à la quarantaine de la Louisiane Revue d'Hygiène, XIV, p. 245, 1892).

marchandises, dont la cargaison esl très souvent composée de sucre et de café, ne sauraient être désinfectées au sublimé; on y lance, à l'aide d’un injecteur a vapeur, des torrents d’acide sulfureux, qui pénètre jusqu’à une profondeur de près de deux centimètres dans les balles de sucre, sans en altérer la qualité.

La désinfection fut rendue obligatoire en 1874; mais elle se faisaiL alors simplement par la combustion du soufre en des appareils primitifs. Les décès de fièvre jaune à la Nouvelle-Orléans, qui avaient été au nombre de 4.212 dans les dix années antérieures (1864-1873), ne diminuèrent pas sensiblement dans les dix années suivantes (1874-1883), bien qu’en 1880, après l’elTroyable épidémie de 1878(4.030 décès), le docteur Joseph Jones ait imaginé les appareils qui lancent l'acide sulfureux sous pression; ces décès furent au nombre de 4.196. C’est en 1883 que le D1' Holt introduisit l’usage des lavages complets au sublimé, la désinfection par l’air chaud et la vapeur, etc. Dans les six années 1884-1889, il n’y a eu en tout que 2 décès. Il est juste de reconnaître que d’autres mesures encore ont été prises; mais la part d’une désinfection rationnelle et énergique ne saurait être mise en doute.

Les navires français embarquent encore, de temps à autre, la fièvre jaune à Rio-de-Janeiro pour la débarquer à Bordeaux ou à Marseille. C’est par la désinfection que l’on arrive à faire que les habitants de ces villes ne s’en doutent même pas. En 1891, le paquebot le Béarn , arrivé à Rio le 24 avril, y avait pris 08 passagers. La fièvre jaune régnait dans la ville. Le 1er mai suivant, cinq jours après avoir quitté Riode-Janeiro, le Béarn a un passager atteint de fièvre jaune, un second et un troisième le 2 et le 3 mai, un 4'' le 7, un 3° le 10. Mais il possédait à bord une étuve à désinfection par la vapeur sous pression. Parmi les mesures d’assainissement prises en route, la désinfection, que le médecin du navire fit exécuter avec dé-

cision et rigueur, tint la première place. Il en résulta que la fièvre jaune borna ses atteintes à des passagers embarqués à Rio-de-Janeiro, ou qui avaient voulu passer la nuit en ville pendant que le Béarn était mouillé dans le port. Le personnel du bord, l’état-major, les passagers embarqués dans les diverses escales, restèrent complètement indemnes. En d’autres termes, il n’y eut de fièvre jaune que celle qu’on avait apportée de Rio et la contagion ne s’exerça pas abord. Proust, en communiquant ces faits au Comité consultatif d' U ygiène publique, attribue ii la désinfection la nullité de l’extension de celte épidémie sur un navire chargé d’émigrants. Nous entrons pleinement dans cette manière de voir.

D’ailleurs, ce fut encore par la désinfection des effets et objets de literie dans l’étuve du Frioul, jointe à une courte période d’observation des passagers, que l'on protégea Marseille et le pays environnant contre la fièvre jaune.

La peste. — Nous ne l'inscrivons que pour mémoire. Depuis lapeste d’Astrakhan etde Vétlianka, qui, au commencement de 187!), remonta quelque temps le Volga, l’Europe n’a plus eu les visites de l'antique fléau, et nos savants n’ont pas de raisons ni d’occasions de soumettre à l'analyse les produits d’une maladie qui a, sans conteste, les allures d’une infectieuse. Mais il n’y a pas de doute que, dans le cas d’un retour offensif de la peste vers les pays où règne la science moderne, on ne commence par la recevoir avec le sublimé, l’acide phénique, les étuves à vapeur, quitte à en découvrir ensuite le microbe sur les victimes que le mal aurait pu atteindre, malgré la désinfection ; car, comme tous les moyens de défense humains, elle est susceptible de lacunes et garde malaisément toutes les issues.

La fièvre typhoïde. — h' ordonnance de police de Berlin, du 7 février 1887, rangeait la fièvre typhoïde dans les maladies pour lesquelles la désinfection, toujours recommandée, ne devenait obligatoire que sur une décision spéciale du préfet de police. Si nous acceptions une réserve de ce genre, cette maladie rentrerait dans la 2° classe que nous avons adoptée vis-à-vis de la désinfection. Mais, à Berlin même, la police sanitaire est revenue sur sa manière de faire primitive et, dans l 'arrêté du Magistrat en date du 1er aoiït 1890, le typhus abdominal est réuni « jusqu'à nouvel ordre » aux maladies pour lesquelles la désinfection est obligatoire sans restriction.

Nous pensons que telle est la solution rationnelle. Dans son rapport au Congrès des hygiénistes allemands à Brunswick, en 1890, le professeur Gaffky 1 faisait, avec raison, remarquer que toutes les maladies pouvaient ne pas comporter le même et unique mode de désinfection, et qu’il faudrait profiter de cette circonstance, quand il y a lieu, pour économiser du temps et de la dépense dans les opérations particulières. Ainsi, disait-il, on ne traitera pas le choléra, le typhus abdominal, la dysenterie, de la même manière que les affections exanthématiques. Pour lui, il renoncerait sans hésitation, à l’égard des premières, à la désinfection des parois du logement (très longue dans le procédé de Berlin).

Cela veut dire que l’auteur ne croit pas au danger des poussières cholériques, typhiques, dysentériques. Hanté, probablement, par la théorie de la véhiculation hydrique, qu’il a beaucoup contribué lui-même à répandre par son mémoire classique 2, Gaffky a pensé qu’il suffirait de poursuivre le microbe typhogène là

1. Désinfection von Wohnungen ( D . Vierleljahrsschr. für offentliche Gesundheitspflege, t. XXIII, p. 130. 1891).

2. Gaffky (J.), Zur Aetiologie des Abdominaltgphus (Miltheilungen ausd. k. Gesundheitsarnte, II, p. 372, 1 884).

seulement où il y a des excrétions et des souillures fécales récentes, à l'état humide, capables de passer dans l'eau de boisson, soit par infiltration, soit par quelque fissure inattendue dans le sol. Dans la doctrine moderne, le poison typhique ne pénètre pas par les voies aériennes.

Mais la désinfection des selles de typhoïsants doit se faire pendant et non après la maladie. Si, à ce moment, l’on déclare que les poussières des murailles peuvent être négligées, il n’y qu’un pas à faire pour s’apercevoir que les poussières déposées sur les objets de la chambre du malade ne sont pas plus dangereuses, fussent-elles dans le linge, les couvertures, les matelas. Alors que reste-t-il à désinfecter ? L’administration municipale de Berlin, sans doute, n’était pas fâchée d’avoir des raisons scientifiques de s’épargner un certain nombre de désinfections gratuites, la fièvre typhoïde ménageant encore moins les pauvres que les clients payants.

Je ne sais si elle a été frappée, plus tard, de la contradiction dans laquelle elle tombait en ne désinfectant pas pour la fièvre typhoïde, alors qu’elle le faitpour le choléra, dont le microbe a les mêmes mœurs que celui du typhus abdominal, ou si l’épidémie typhoïde de Berlin en 1 SStl-ilO lui inspira de salutaires réflexions. Peut-être aussi lui fut-il communiqué des exemples de propagation du typhus abdominal par les relations humaines, tels que les médecins de l'armée allemande en observaient encore, il y a quelques années f.

Pour ce qui me concerne, je n'ai jamais assisté à une épidémie, petite ou grande, de fièvre typhoïde dans laquelle la propagation par l'eau de boisson, — que je ne conteste pas, — m’ait paru certaine ou prépondérante. En revanche, je possède une foule d’observations dans lesquelles la propagation par l’homme

1. Voy. Sanitüts-Bericlit über die Kônigl. Preussische Armee elc., vom 1. April bis 31. Mttrz 1881.

est flagrante, et j’en ai publié un certain nombre'.

Il est souvent évident que la propagation a lieu par l'intermédiaire d'objets qui ont séjourné dans l’atmosphère du malade, comme lorsque la fièvre typhoïde est transportée par des tiers indemnes, mécanisme assez fréquent et dont l’épidémie d'Avesnes, en 1891, nous a fourni plusieurs exemples. Il ne l'est pas moins que la transmission se réalise à l’aide d’effets ayant appartenu aux typlioïsants et repris, plus tard, par des individus sains (Àlison, (ielau).

Mais il est surtout incontestable que l’atmosphère des locaux dans lesquels des typlioïsants ont été soignés s’infecte et devient la source de nouveaux cas, ainsi qu’il ressort particulièrement des faits relevés par A. Laveran, dans ses deux mémoires à ce sujet1 2. Or, l’atmosphère se dépouille naturellement, par précipitation, des poussières qui s’y trouvent suspendues à un moment donné, y compris les germes. Ces poussières s’abattent nécessairement sur les meubles et sur les parois, sauf à s’en détacher ensuite sous l’influence de quelque choc ou simplement d’un épousse- Lage malencontreux. 11 n'y a donc rien d'impossible à ce que le contage typhoïde soit véhiculé par l'atmosphère, soit pendant qu’il y a un malade, soit quelque temps après. La question serait de savoir si le microbe tvphogène résiste longtemps, hors de l’économie, soit à la dessiccation, soit auxautres conditions, en somme défavorables, que fui assure sa chute dans l’air ambiant et sur les objets qui occupent nos habitations. Mais, d’abord, qu'est-ce que le microbe typhogène ? Il serait nécessaire d avoir résolu cette première diffi-

1. Arnould (J.), Sur la contagion de la fièvre typhoïde (Bull, méd. du Nord. 1881, p. 343). — Epidémie de fièvre typhoïde en 1891 sur les troupes de Landrecies, Maubeuge et Avesnes (Bull. Acad, méd., 12 janvier 1892).

2. Laveras (A.), De la contagion de la fièvre typhoïde ( Archives de méd. militaire, t. III, p. lia, et IV p. 393, 1884).

culte, avant de rechercher s’il résiste à la dessiccation comme celui du choléra.

Il se peut que les germes, contenus dans les poussières typhiques , s’abattant sur le sol des pièces habitées, s’introduisent par les fissures habituelles des planchers jusque dans l'espace sous-jacent, l’entrevous, qui renferme d’ordinaire une couche plus ou moins épaisse des poussières antérieures, une sorte de terreau capable de devenir un milieu nourricier pour des bactéries diverses. De cet ensemencement naissent de nouvelles générations de bacilles typhogènes, de telle sorte que la seule trépidation du plancher sous les pas des habitants peut en faire sortir des tourbillons de germes, doués d’un pouvoir infectieux tout nouveau. Peut-être y avait-il eu une prolifération de ce genre sous le plancher de la caserne Hammermann, à Jitomir, sur laquelle s’acharnait la fièvre typhoïde, comme nous l’a appris Vaillard 1 2 , d’après le médecin militaire russe Chour.

Cela n’a pas une extrême importance, puisque la perspective d’une prolifération pareille ne serait qu’une raison de plus de tuer les germes sur le plancher. Mais les faits d’observation directe (Quinquauçl, Ollivier, Arnould, Laveran, Richard, etc.) démontrent que l’infection immédiate et durable des locaux, à la suite de la présence de typhoïsants, est la règle et se manifeste vulgairement par un grand nombre d’atteintes, qui ne peuvent être rapportées à aucun autre mécanisme. Bertillon, cité par Lutaud et Hogg, relève 567 cas intérieurs de fièvre typhoïde dans les hôpitaux de Paris, de 1884 à 1886. Un grand nombre d’auteurs, cité par G. Lemoine s, ont fait connaître des cas semblables. Nous-même, dans l’épidémie

1. Contribution à l’étiologie de la fièvre typhoïde ( Gazette hebdomad. de méd. et. de chir., 1889, p. 822).

2. Contribution à l’étude de la contagion de la fièvre typhoïde dans les hôpitaux ( Revue d’Hyg., XIV, p. 22, 1892).

d'Avesnes, avons relevé entre autres II cas de fièvre typhoïde sur un détachement de 55 infirmiers qui soignaient les typhoïsants à l’hôpital de Maubeuge. La garnison normale de la place, pendant ce temps, n’en avait pas un seul. Il est à noter que les infirmiers sont généralement atLeints à la fin des épidémies ; à celte époque, les poussières typhiques sont naturellement plus abondantes dans les hôpitaux ; mais cela pourrait prouver aussi que leur virulence se maintient pendant quelque temps dans le milieu atmosphérique.

Il n’est pas obligatoire que les poussières typhogènes pénètrent par les poumons, comme ont paru le croire les auteurs qui, de ce que le bacille typhique se multiplie dans la muqueuse intestinale, ont conclu qu’il ne peut être véhiculé que par des choses qui s’avalent. Les poussières passent par les lèvres, la bouche, le pharynx, et peuvent être dégluties aussi bien qu’inspirées. Mais il n’est pas encore démontré que l’inspiration de poussières typhogènes , chez l’homme, soit fatalement inofifensive. Buchner a dit pourquoi cette démonstration ne saurait être obtenue par des expériences sur les animaux, qui ne sont pas aptes à la fièvre typhoïde. Il semblerait, cependant, d’après les recherches de Lassime \ que les poussières renfermant le bacille typhique peuvent parvenir jusqu’à la muqueuse aérienne et déterminer dans les poumons des altérations qui donnent lieu aux symptômes précoces du typhus abdominal.

Dans son rapport célèbre au Congrès de Vienne (1887), Brouardel 2 insiste sur la propagation de la fièvre typhoïde par l'air, d’une façon d’autant plus digne de remarque que son discours avait pour but de consacrer la doctrine opposée. D’ailleurs, alors

1. Propagation de la fièvre typhoïde par Pair. Thèse. Paris, 1890.

2. V° Congrès internat. d’Hygiène à Vienne en 1887. Rapport sur les réunions plénières et publiques, Wien. 1888.

qu’il luttait contre l’application du tout-à-l’égoul a Paris, l’éminent hygiéniste s’était précisément 1 2 appuyé sur cette formule : la propagation de la fièvre typhoïde par l'air est maintenant incontestée , pour proposer une extraordinaire canalisation qui supprimerait toute communication entre les matières excrémentilielles, d’une part, et l’air et les terrains environnants d’autre part.

Un bactériologiste distingué nous a assuré que du lait stérilisé, déposé à découvert dans une salle de typhoïsants, s’v ensemence rapidement de bacilles typhiques, qui s'y multiplient en peu de jours. Nous croyons aussi qu’il est très dangereux de boire du lait, de la tisane, ou même de l’eau, qui ont séjourné dans la chambre d’un typhique, sans être hermétiquement couverts. En fait, bien que ce soit trop souvent l’eau qui empoisonne le lait, il est apparent que les auteurs qui accusent celui-ci de véhiculer la fièvre typhoïde le supposent quelquefois contaminé par véhiculation atmosphérique des germes.

D’après les recherches de Frédéric Bordas s, l'air ne serait apte à véhiculer le bacille typhique qu’autant qu’il est chargé de vapeur d'eau. Les microbes typhogènes perdraient assez rapidement leur vitalité dans l’air sec. L'auteur explique ainsi que les exacerbations typhiques, à Paris, aient toujours lieu aux mois d’octobre, novembre, décembre, janvier. Malheureusement, les exacerbations du typhus abdominal, en beaucoup d’endroits, arrivent aux mois de juillet et d’août, c’est-à-dire dans les mois secs de l’année. Je crois même qu’il n'en est pas autrement à Paris. Je remarque, en effet, que dans l'article du Traité de Médecine (tome I, p. 719), où Chanlemesse

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