‹ La désinfection publiqueChapitre 15 sur 74 · Vaillard (/oc. cil · texte numérisé non relu

Vaillard (/oc. cil

Nous-même, dans notre pratique de directeur du service de santé de corps d'armée, nous avons toujours fait désinfecter à l’occasion de la lièvre typhoïde, même à l'état sporadique, parce que l’on ne sait jamais si un cas isolé ne surgit pas dans un groupe réceptif. Pour ce qui est des épidémies, nous n’avons qu’à rappeler ce qui a trait à la désinfection antityphique dans notre communication à l’Académie de médecine sur la fièvre typhoïde de Landrecies, Maubeuge et Avesnes, en 1891 *.

Nous avions, à Landrecies et Avesnes, déterminé le commandement à faire exécuter l’abandon momentané des casernements que l’on était autorisé à croire transformés en foyers typhiques. Pendant l’absence des troupes, des pulvérisations de solution de sublimé à 10/00 furent faites sur les parois de tous les locaux d’habitation ou de séjour; tous les planchers furent lavés à la solution de potasse, puis revêtus d’une couche de goudron chaud; le renouvellement du badigeonnage eut lieu sur tous les murs, au lait de chaux récent. La paille des paillasses fut incinérée. Toutes les fournitures de literie, tous les effets, y compris ceux qui étaient en magasin, passèrent par l’étuve à vapeur sous pression. Les pièces qui ne supportent pas l’action de cet appareil furent lavées au bichlorure. On traita par le lait de chaux les latrines, les ruisseaux, les égouts.

Lorsque l’épidémie fut jugée éteinte, c’est-à-dire de b a 10 semaines après 1 évacuation du casernement, les troupes vinrent réoccuper celui-ci, compagnie par compagnie. En arrivant, chaque compagnie se rendait directement^ aux bains-douches. Les hommes laissaient, à l’entrée, leurs vêtements et leur limm qui allaient à l’étuve. Ils recevaient, en sortant]

1. Arnould (J.), Épidémie de fièvre typhoïde en 1891 troupes de. Landrecies, Maubeuge et Avesnes ( Acad Méd vier 1892.) ' ’

sur les 12 jan-

du linge propre et des effets neufs ou désinfectés.

Pareilles opérations furent accomplies dans les forts de Maubeuge, qui avaient recueilli les soldats de Landrecies et d’Avesnes à leur exode, et aussi dans les hôpitaux.

Nous avons pensé que ces opérations avaient été efficaces. En effet, tandis que l’épidémie avait fourni son dernier cas le 5 mars, sur le groupe militaire passé de Landrecies dans les forts de Maubeuge, il y eut encore un malade à Landrecies môme, le 16 mars. Ce malade n’était autre que le garde-magasin du bataillon, que ses fonctions mêmes avaient retenu dans la place. Un autre soldat, envoyé d’Avesnes à Landrecies pour aider à la désinfection des locaux, et qui y participa du 15 mars au 2 avril, dut être hospitalisé le 6, quatre jours après sa rentrée ; l'infection semble bien remonter aux premiers jours de son séjour à Landrecies. D’ailleurs, il fut remarquable que, sur la garnison de cette dernière ville, où l'on recourut de bonne heure aux moyens radicaux, l’épidémie cessa tout net et absolument, alors qu’à Maubeuge et Avesnes, où le petit nombre des malades ne semblait d'abord réclamer que des désinfections partielles, les cas ne discontinuèrent pas de se produire, assez épars pendant quatre mois, jusqu’à ce que, pour Avesnes au moins, une épidémie formidable se constituât. Au mois de juillet, lorsque le bataillon de Landrecies rejoignit les troupes d'Avesnes pour les manœuvres de garnison, il fut démontré par l’éclosion de cas nouveaux chez lui, que le premier n'avait point épuisé sa réceptivité typhoïde. Pour ce qui est des troupes d’Avesnes, qui réintégrèrent leur casernement normal le 30 octobre, elles restèrent désormais indemnes. De plus, les recrues de l’incorporation de novembre de cette année ne parurent en aucune façon influencées par les souillures dont ce casernement avait été l’objet quelques mois auparavant.

Malgré l’incontestable recul de la fièvre typhoïde, dans tous les pays d’Europe, devant les réalisations modernes de l’assainissement des villes et des habitations, c’est encore une maladie très répandue et grave, dont les coups sont d’autant plus sensibles qu’elle frappe de préférence la jeunesse, c’est-à-dire l’àge auquel l’homme n’a encore fait que coûter à la société, mais où il atteint à la pleine vigueur et à l’aptitude du travail.

Dans la période quinquennale 1880-1890, la ville de Paris a perdu moyennement 42 habitants pour 100.000 de fièvre typhoïde; l’ensemble des villes de France de plus de 10.000 habitants, 50 p. 100.000. Dans notre armée, la fièvre typhoïde a donné les chiffres suivants, dans les trois dernières années 1 :

Nombre des cas. . . 4.412 3.491 3.225

— des décès. 641 572 534

La létlialité, dans l’armée, paraît être de 1 décès sur G à 7 malades, un peu plus forte à mesure que le chiffre des cas diminue. Gela peut tenir à quelque vice dans la nomenclature des maladies qui sert de base à la statistique. En supposant qu’il en soit de même dans la population civile, les 24.403 décès des villes de France au-dessus de 10.000 habitants, pendant les cinq années 1880-1890, correspondent à un minimum de 150.000 malades, dont plus de 125.000 sont restés en moyenne trois mois, non seulement sans travailler, mais en coûtant des soins, des médicaments à leur famille, et en immobilisant quelqu’un de leurs proches à leur administrer les uns et les autres.

Les armées étrangères du continent sont plus favorisées que la nôtre. L’armée allemande a compté 2.577 lièvres typhoïdes en 1883 et 2.094 en 1884; la mortalité typhoïde y a été de 0,55 et 0,40 p. 1.000, alors

1. Journal officiel de la République française du 24 février 1592.

qu’elle estencore dans lanôtre (en 1889)del,56p. 1.000 à l’intérieur. Dans l’armée autrichienne, de 1878 à 1887, la fièvre typhoïde, en dehors de l’expédition de Bosnie et d’Herzégovine, n'a guère causé plus de 1 décès pour 1.000 hommes. L’armée italienne, en 1887, aeu 1.077 cas et 209 décès pour 212.898 hommes. La même année, (nous avions 763 décès à l’intérieur pour 457.677 hommes. C’est encore le voisin qui a l’avantage, puisque samortalité typhoïde correspond à 1,26 p. 1.000. Néanmoins, on peut admettre que chacune de ces armées a encore de 3 à 10 hommes pour 1.000, chaque année, soignés de cette maladie qui ne demande jamais guère moins de 6 semaines pour son évolution et 2 mois pour la convalescence.

Les villes des nations voisines sont généralement moins éprouvées que les villes françaises. Berlin, Munich, Dresde, Leipzig, n'ont que de 13 à 18 décès typhoïdes p. 100.000 habitants. Vienne en a moins encore ; les villes Scandinaves partagent ce privilège. La plupart des villes anglaises, y compris Londres, ont des chiffres entre 16 et 18 p. 100.000 habitants. Mais déjà Glasgow, Sheffield, Liverpool, Edimbourg, Cardiff, Belfast, avaient, en 1885 1 , de 25 à 35 décès typhoïdes p. 100.000 habitants. Dublin en avait même 55 et Portsmouth 70. La même année, Saint-Pétersbourg perdait 00 habitants p. 100.000 de la même cause; les villes italiennes et espagnoles, décidément aussi mal partagées que les nôtres, en perdaient : Home 44, Turin 08, Barcelone 157, Grenade 159, Saragosse 180 2.

1. Bertillon (J.), Etat sanitaire comparé des principales villes d'Europe en 1885 (Rev. d’ll;/g., VIII, p. 829, 1886).

2. La statistique de Raths (Arbeiten aus dem k. Gesundheitsamte, XI, p. 234) pour les trois années 1885-1887 donne les proportions suivantes de décès typhiques :

Villes italiennes «7 p. 100.000 habitants.

— françaises go —

— hongroises 51 —

Ce n’est là qu’une année particulière ; mais dans les grandes villes, les années qui se suivent se ressemblent beaucoup sous ce rapport. En outre, ces grandes villes, comme les corps d’armée, n’échappent guère aux recrudescences épidémiques intermittentes de la lièvre typhoïde, qu’elles entretiennent à peu près en permanence à l’état endémique.

La diminution actuelle de la fréquence de la fièvre typhoïde à Londres, Vienne, Munich, Berlin, Paris, l'abaissement considérable de la mortalité par cette maladie dans l’armée française, prouvent apparemment la puissance préservatrice, vis-à-vis de ce lléau, de l’assainissement des localités, du drainage urbain, et surtout de l’approvisionnement d’eau pure. Cependant, et tout en tenant compte des lacunes qui peuvent se produire à l’improviste dans le fonctionnement de ces œuvres d’hygiène, comme dans tout ce qui vient de l’homme, l’assainissement urbain et la fourniture d’eau irréprochable aux groupes ne parviennent qu’à réduire les chiffres et non à supprimer la fièvre typhoïde. Les germes gisent donc ailleurs encore quedans les récipients d’excrétions et peuvent être véhiculés par autre chose que par l’eau. Je n'hésite pas à formuler l’opinion qu’une bonne part des germes qui persistent malgré les grandes créations publiques d’assainissement sont dans les locaux occupés par les malades, dans leur literie, les effets qu’ils ont portés; par suite, que la désinfection est appelée à compléter l’œuvre des ingénieurs municipaux et que sa part, dans la prophylaxie typhoïde, est encore assez belle.

Villes autrichiennes

— belges

— suédoises

— allemandes...

■— suisses

— anglaises

30 p. 100.000 habitants

-c Classe. — Maladies n entraînant la désinfection que dans des circonstances particulières.

La tuberculose — Il est, malheureusement, bien connu que la tuberculose est une maladie commune et meurtrière, la plus meurtrière de toutes. C’est à elle que revient le sixième ou même le cinquième de tous les décès dans les grandes villes, représentant une mortalité tuberculeuse de A à 5 p. 1.000 habitants. Dans les armées, malgré la sélection attentive du Conseil do révision, malgré les réformes fréquentes au cours des années de service (5 p. 1.000 dans l’armée française; 3,5 p. 1.000 dans l’armée allemande), on meurt encore de phtisie pulmonaire : 1,05 p. 1.000 en France (1889); 0,69 p. 1.000 en Allemagne (1882-1884). Ce qui semble être un argument important en faveur de la contagion.

La tuberculose est une maladie virulente, comme l'a montré Villemin. Sans cesser d’être virulente, elle est peut-être multiple (Charrin, Kouskow, Hayem, Lesage, etc.). Par rapportau microbe dont nous allons parler, il y aurait des pseudo-tuberculoses, les tuberculoses zoogléiques de Malassez et Vignal et de Grancher et Ledoux. Mais ces distinctions intéressantes, que la bactériologie définira mieux, n’ont pas encore sensiblement intluencé la clinique et ne sauraient, jusqu’à présent, influencer davantage la prophylaxie. Nous pouvons toujours raisonner comme si la tuberculose ne relevait que d’un seul micro-organisme, le bacille tuberculeux de Koch.

Ce microbe est très résistant. Koch pensait en avoir reconnu la sporulation. Le fait ne semble pas avoir été suffisamment vérifié. Mais, à défaut de spores durables, le bacille lui-même conserve sa virulence pendant longtemps, dans les conditions les plus variées et les plus défavorables, ainsi qu’il ressort des expé-

MALADIES DANS LESQUELLES IL FAUT DÉSINFECTER 8t>

riences de Seliill et Fischer de Galtier -, de Matasses et Yignal3 4, etc. Les premiers l’ont encore trouvé pleinement actif dans des crachats de phtisiques soumis à la putréfaction pendant six semaines, ou à la dessiccation pendant cent quatre-vingt-six jours : Ston 2e1 porte même à trois ans la persistance de la virulence des bacilles tuberculeux dans les crachats desséchés.

C’est, évidemment, cette dernière circonstance qui nous intéresse le plus, au point de vue de la nécessité de la désinfection à la suite d’une phtisie dans une famille, terminée d’ordinaire, hélas, par la mort du malade.

L’expectoration des tuberculeux chroniques est la source la plus abondante des bacilles tuberculigènes pour l’extérieur. Quand on pense que le phtisique crache jour et nuit, à de courts intervalles, pendant des mois et des années, et que ces crachats sont pénétrés de bacilles spécifiques, on peut se faire une idée de l’effroyable quantité de matière virulente qu'un seul malade répand autour de lui par ce procédé. Les selles des phtisiques qui ont des tubercules intestinaux peuvent aussi renfermer le microbe spécifique et il est utile de ne pas le perdre de vue; mais tous les phtisiques n’ont pas des ulcérations intestinales; la diarrhée qui trahit ces ulcérations ne se présente d’ordinaire qu’aux dernières périodes de lamaladieetn’aguèreles

1. Schill (E.) und Fischer (B.), Ueber Désinfection des dnswurfes der Phtlusiker (Mittheilungen aies d. k. Gesundheitsamte, II, 1884).

2. Galtier, Danger des matières tuberculeuses qui ont subi le chauffage, la dessiccation, le contact de l’eau, la salaison, la congélation et la putréfaction (Comptes-rend. Acad. Scienc. juillet 1887).

3. Malassez et Yignal, Persistance de la puissance pathogénique des bacilles dans les crachats desséchés des phtisiques (Soc. Biologie, 15 décembre 1883).

4. Stone (A. K.), Why the Sputa of tuberculous patients should be destroyed ( The Americ. Journal of the niedic. Sciences. Mardi 1891).

caractères de diarrhée profuse avec selles involontaires, familiers au choléra ou à la fièvre typhoïde. En d'antres termes, les phtisiques sont infiniment moins dangereux pour les locaux qu’ils habitent par leurs évacuations intestinales que par leur expectoration.

Les surfaces ou les récipients qui reçoivent les crachats varient selon la condition et les habitudes de propreté des malades et de leur famille. Les gens malpropres crachent partout, an hasard, sur les planchers, contre les murs ; les gens bien élevés crachent dans leur mouchoir île poche. Dans les habitations collectives, et même dans quelques habitations privées, on dispose volontiers, dans les coins, des crachoirs en bois remplis de sciure de bois ou de sable, que l’on renouvelle de temps à autre. Ces procédés sont tous mauvais, et il est probable que c'est encore celui du mouchoir qui l’est le plus. Les crachats ne sont pas dangereux tant qu’ils sont humides; l’évaporation ne met pas de bacilles dans l’air. Desséchés sur les surfaces, mur ou plancher, ils retiennent encore leurs bacilles dans la croiïte de mucus concret. Et même, pulvérisés plus ou moins complètement sous les pieds des hôtes ou des visiteurs de la pièce, ils ne sont pas immédiatement soulevés dans l’air intérieur à l’état dépoussiéré; cette poussière est lourde, et un simple courant d’air ne suffit pas à la faire flotter. Sans cela, la propagation de la tuberculose serait encore bien plus énergique qu’elle ne l’est déjà. Il faut un choc, une trépidation de quelque violence pour mettre dans l’air ceLte poussière virulente ; les coups de balai et les époussetoirs, comme Villemin l’a signalé, il y a longtemps, sont probablement, à cet égard, coupables de bon nombre d’infections tuberculeuses.

Quant aux mouchoirs de poche, ils sont extrêmement dangereux, comme l’a fait ressortir G. Cornet1,

1. Cornet (Georg), Die Verbreilung der Tuberkelbacillen ausserhatb des Kôrpers ( Zeitschr . f. Ilggiene, V, p. 191, 1889).

parce que les crachats s’y dessèchent plus rapidement que partout ailleurs, que l'usage même de l’appareil fragmente la concrétion muqueuse et, surtout, que les parcelles de celle-ci, détachées du mouchoir, sont accompagnées des villosités de la toile, lesquelles aident la poussière virulente à llotter. Rob. Koch1, en efl'et, a fait remarquer que ces villosités sont plus légères que les bacilles et peuvent servir à les soutenir en l’air ou à les relever, quand ils se sont précipités par leur propre poids ; de la même manière que les aigrettes, dont la nature a muni les graines de certaines plantes, permettent à ces graines de se confier aux vents et d’aller faire des semailles à distance.

11 va sans dire que tout autre tissu, qui serait atteint par les crachats tuberculeux, présenterait les mêmes dangers. Dans les derniers jours de leur existence, les phtisiques très affaiblis ne recourent plus au crachoir, si on ne le leur présente. Ils essuient les crachais sur leurs lèvres à l’aide de linges quelconques, voire de leurs draps ; la literie elle-même en reçoit une part. Ce sont là des souillures redoutables, pour le moment où le maniementdecette literie par des mains étrangères provoquera la fragmentation des croûtes muqueuses et la dispersion des poussières.

Selon G. Cornet, la pulvérisation dans l’air, par les secousses de la toux, d’une certaine part du liquide buccal des phtisiques, plus salivaire que muqueux, ne met probablement pas de bacilles au dehors. Les bacilles seraient arrêtés par les dents. Nous nous rangeons volontiers à cet avis. Cependant, la garantie ne nous parait pas des plus sûres, et la toux des phtisiques se répète si souvent que nous craignons qu’il n’v ait des exceptions à son innocuité. C’est comme poulies crachats desséchés sur les planchers, qui sont lourds même en poudre et n’ont pas de tendance à se

I. Koch (Robert), Die Aetiologie der Tuberculose (Mittheilungen aus dem k. Gesuudheitsamte , II, p. 79, 1 884).

relever dans l’air humide, ce qui est presque toujours le cas de celui des locaux habités. Ils sont inoffensifs un million de fois contre une. Mais, comme la poussière virulente, en délinitive, est abondante, il faut toujours craindre devoir se produire les conditions accidentelles qui en mettront une part dans l’atmosphère du local.

En fait, le même savant a, le premier, démontré de la manière la plus nette que les surfaces de parois, de bois de lit, de meubles, même non exposées aux atteintes directes de l’expectoration ou de la pulvérisation salivaire par la toux, dans les pièces habitées d’une façon prolongée par des phtisiques, se recouvrent d’une poussière dans laquelle les bacilles tuberculeux, ou tout au moins leurs spores, se conservent longtemps, en possession de leur virulence. Cette démonstration a été obtenue, non en recherchant directement ou par des cultures les bacilles dans les poussières, mais en injectant cette poussière dans le péritoine d’animaux. La matière d’injection était recueillie sur les surfaces indiquées plus haut, soit dans des salles d’hôpital, soit dans des cellules de prison, dans des chambres d’hôtel ou même en des maisons particulières. Sur .‘192 cobayes soumis à l’expérience, L9ü succombèrent à d’autres accidents que la tuberculose, comme on le comprend aisément ; des 190 autres, 59 furent rendus tuberculeux.

Aussi, dans son travail, G. Cornet s’élève-t-il contre a dispersion des crachats au hasard, contre les crachoirs à la sciure de bois, mais surtout contre l'habitude de cracher dans le mouchoir de poche, et réclamet-il avec une énergie, à laquelle nous nous associons pleinement pour ce qui concerne la désinfection privée, l’usage exclusif du crachoir en verre ou en porcelaine, portatif, à couvercle, et renfermant une mince couche de liquide, antiseptique ou non. Les Sanatoria de Gerbersdorf, de Falkenstein, etc., appliquent la prescription à la lettre.

Ces poussières tuberculeuses recueillies sur les murs, dans un endroit où n’est arrivé directement aucun crachat, ne peuvent être autre chose que de la poudre de crachats desséchés sur un autre point et qui a été transportée par l’air. L’air peut donc charrier des microbes tuberculeux infectants. Ces microbes peuvent, par conséquent, être inspirés par les individus présents dans la pièce. Est-ce un procédé suivant lequel s’accomplit l’infection tuberculeuse ?

Il est vraisemblable que c’est le mode le plus fréquent, ainsi qu’on pouvait déjà le soupçonner, rien qu’à l’énorme prédominance de la localisation pulmonaire de la tuberculose.

Pour la pénétration des germes jusqu’aux alvéoles pulmonaires, il n'y a pas de difficultés et tout le monde sait que c’est possible. Une fois là, les microbes traversent-ils sans peine la mince cloison qui les sépare du tissu connectif? Il estprobable que diverses circonstances peuvent y aider, et spécialement l'inflammation simple des voies respiratoires, ainsi que l’a fait ressortir Debove ' ; il y a une « disposition », disaient Koch et Cornet. Dans tous les cas, le fait est certain. Les bacilles sont pris, à la surface de la paroi alvéolaire, par les « cellules migratrices » (Koch) et transportés d'abord jusqu’au ganglion voisin. Dans de rares cas, ils pénètrent dans le sang ; mais d’ordinaire, ils ne suivent que les voies lymphatiques 1 2 et, après avoir fait un foyer local sur quelque point, ils vont infecter à distance les organes, à commencer par le poumon lui-même.

Les expériences faites sur les animaux par Tappeiner et Koch, par Cadéac et Mallet, en enveloppant ces

1. Debove, Leçons cliniques et thérapeutiques sur la tuberculose parasitaire. Paris, 1884.

2. Buchner (Hans), Untersuchungen üher dm Durchtritt von Infei tionserregern durch c lie intacte Lungenoberfliiche (Archiv fur Uygiene, VIH, p. 143, 1888).

animaux d'un nuage dépoussiéré obtenue de crachats tuberculeux \ prouvent que la contamination est possible par les voies aériennes. « La poussière de bacilles tuberculeux, finement divisée et restée virulente, dit G. Cornet, remplit la première condition nécessaire pour réaliser une infection par inhalation. » Mais, en dehors de ces tuberculoses de laboratoire, la haute mortalité phtisique des infirmiers dans les hôpitaux ou asiles (Debove) où sont traités des tuberculeux, celle des membres des ordres religieux hospitaliers, particulièrement relevée, pour la Prusse, par le même auteur à qui nous devons la démonstration de la virulence des poussières déposées sur les parois des chambres de phtisiques s, prouvent d'abord la contagiosité de la tuberculose, puis, apparemment, le danger du séjour dans l’atmosphère des malades et du maniement des objets qui leur ont servi.

Puisque la virulence des crachats secs peut se conserver six mois, il est évident que le local habité par un phtisique est encore dangereux pendant un temps notable après que celui-ci en est parti ou qu'il est mort. On cite, d'ailleurs, des faits qui le démontrent. Il en est de même de la literie, des vêtements, des linges, qui ont été il l’usage du malade.

Cependant, nous ne sachions point que les bureaux d'hygiène recherchent les décès tuberculeux avec le même soin que les décès diphtéritiques, par exemple, pour faire exécuter à leur propos la désinfection générale telle que nous l'entendons ici. Les médecins, à Paris, ne réclament pas, en pareil cas, cette mesure, des administrations. A Berlin, la tuberculose n’était même pas nommée dans l’ordonnance du 7 février

1. Cadéac et Mallet, Elude expérimentale de la transmission de la tuberculose par l’air expiré et par l’atmosphère ( Revue de médecine, n° 7, 1887).

2. Cornet (G.), Die Sterblichkeilsverhültnisse in den Krankenpflegeorden ( Zeitschrift f. Hygienè, VI, p. 63, 1889).

1887 ; elle n’était pas dans la liste des maladies à désinfection obligatoire, de l’instruction de la même date « pour la pratique de la désinfection dans les maladies populaires ». Elle venait seulement tout à la fin de la liste des maladies dans lesquelles la désinfection, vivement recommandée, ne devenait obligatoire que sur une décision spéciale de la Préfecture de police.

Le danger n’est-il donc pas aussi sérieux qu’on le dit et, de ce que la tuberculose ne procède guère par bourrasques épidémiques, à la façon du choléra, s'ensuit-il qu’elle ne soit pas la plus meurtrière des endémo-pandémies ?

Sans doute, le phtisique a été bien plus dangereux pour son entourage etbien plus longtemps pendant sa vie qu’il ne peut l’être après sa mort. La famille a dû être prévenue ; tout le monde commence à savoir aujourd’hui que la tuberculose est contagieuse et qu'il faut se garer de l’excrétion pulmonaire des phtisiques. On a entouré le malade de quelque propreté ; on l’a habitué à cracher dans un crachoir bien construit ; on a désinfecté énergiquement ses crachats, soit dans cetappareil,soilpartoulailleurs. Cependant, il est difficile que le résultat cherché ait été toujours rigoureusement obtenu ; il y a toujours quelque intermittence dans une surveillance et des soins qui doivent durer si longtemps. D’ailleurs, comme nous l’avons dit plus haut, les soins de propreté sont aisément débordés, précisément aux derniers jours du moribond. 11 y a là, semble-t-il, de bonnes raisons pour qu’une dernière et large désinfection soit opérée quand le patient est mort. C’est le moyen de combler les lacunes inévitables des désinfections antérieures au jour le jour, et d’ètre convenablement en sûreté.

Je n’admets pas qu’on dise: « Bah ! ceux qui ont dû être infectés, dans l’entourage du phtisique, le sont au moment où il succombe, et la désinfection iinale n’y fera rien. » D'abord, c’est une erreur. Un certain

•'b DÉSINFECTION PUBLIQUE

nombre de membres de la famille ont pu n’être pas assez en rapport avec le malade pour être contaminés pendant sa vie ; quelqu’un d’eux a pu absorber des bacilles, qui n ont point produit d'infection, parce que la « disposition » n’existait pas. Rien ne dit «pie ces mêmes personnes supporteront impunément, après la mort de leur parent, l’atmosphère infectieuse et le logement contaminé qu’il laisse après lui. Mais il y a un autre côté à la situation. Des étrangers viendront dans cette demeure, qu’ils évitaient peut-être lorsqu il y avait un phtisique. La famille du mortelle-même quittera peut-être ce logement, qui lui rappelle dedouloureux souvenirs; — il y a quelquefois plusieurs phtisiques qui succombent successivement; — et de nouveaux locataires, sans s’en douter, prendront possession de l'appartement et des poussières tuberculeuses restées dans les fissures du plancher et les joints des boiseries. Cette perspective n’est pas à envisager d’un cœur léger.

Aussi, la Préfecture de police de Berlin, par arrêté en date du 8 décembre 1890, a-t-elle modifié ses dispositions premières et ajouté à la liste des maladies à la suite desquelles la désinfection est toujours obligatoire la tuberculose pulmonaire, laryngée ou intestinale, toutes les fois qu’elle se sera présentée dans des établissements de séjour ouverts au public , tels que maisons de santé privées, hôtels de voyageurs, auberges, maisons de logeurs, pensions, chambres garnies, logements à la nuit, etc. Les médecins furent astreints à notifier dans les 2 i heures, à la Commission sanitaire, les malades qu’ils connaissaient ou soignaient dans ces établissements.

Là, en effet, la situation est caractérisée et le besoin flagrant. Mais, en vérité, entre les conditions réalisées par les logements ouverts au public et celles qui se présentent dans les habitations privées, y a-t-il d’autre différence que celle du plus au moins ?

Nous pensons qu’il faut, poursuivre la désinfection des locaux et des objets, même chez les particuliers, dans le cas d’un décès par tuberculose, à peu d’exceplions près. Un jour viendra, sans nul doute, où cette opération sera régulière partout, et obligatoire dans les pays où l'on ne craint pas d'imposer l’hygiène toutes les fois qu’il y va de la sécurité des citoyens. Il n’y a pas à tergiverser vis-à-vis de la qualification de la tuberculose; c’est une infectieuse et la plus meurtrière des infectieuses ; on ne saurait assez se défendre contre elle. On n’y regarde plus autant à ne pas effrayer les phtisiques, en les traitant comme des contagieux qu’ils sont. A mesure que la lumière se fait, on reconnaît que la tuberculose guérit, aussi bien que d’autres infectieuses, qu’elle guérit souvent et guérira davantage à mesure que la science avancera dans sa voie actuelle de recherches sur l’immunité acquise et la neutralisation des poisons bactériens. On a déjà des hôpitaux spéciaux de tuberculeux, qui n’effrayent plus personne ; c’est le contraire ; et les hygiénistes 1 2 demandent à bon droit la multiplication de ces établissements, aussi salutaires aux individus sains qu’aux phtisiques. On ne craint plus de publier officiellement les mesures de prophylaxie de la tuberculose, comme celles que l’on fait connaître en temps utile contre le choléra. A la suite du rapport du Dr lleller au XV0 Congrès des hygiénistes allemands (1889), lequel concluait d’ailleurs à la désinfection publique obligataire après tout décès de tuberculeux -, le ministère prussien de l’instruction publique et des affaires médicales provoqua, de la part de la Délégation scientifique, une étude de la question et, sur l’avis conforme de ce comité en date du 5 novembre 1890, le ministre

1. Voy. Moritz, Sanatorien für Lungenleranke (D. Vierleljahrsschri/t /ür o/fentl. Gesundheitspflege, XXIV, p. 25, 1892).

2. Heller, Verfuitung (ter Tuberculose (O. Vierleljahrsschrift für O/fentl. Gesundheilsp/lege, XXII, p. 82, 1890).

du commerce et de l’industrie rendit le décret du 20 janvier 1891, « pour la prophylaxie de la tuberculose » dans les établissements industriels '.

Le rapport du comité avait également mentionné les mesures à prendre dans les écoles. Nous ne connaissons pas encore de décision à cet égard. Mais il en viendra certainement une.

11 est h remarquer que la vulgarisation de ces mesures rend d’abord service aux phtisiques eux-mêmes, qui peuvent parfaitement, dans leur propre atmosphère, si elle n’est assainie, puiser des bacilles qui feront de nouveaux foyers pulmonaires et aggraveront l’état du patient.

Il n’y a donc, de ce côté, aucun motif de ne pas traiter la tuberculose comme les infectieuses les plus redoutées, avec le même appareil qu’on emploie poulie choléra, le typhus, la diphtérie.

Je sais qu’à l’époque où la police de Berlin prit l’arrêté par lequel la désinfection devenait obligatoire pour les hôtelleries de tous étages qui avaient reçu des tuberculeux, il se trouvait que la ville était envahie parles malades qu’attirait le bruit de la récente découverte de la tuberculine de Koch. D’une part, le danger se multipliait et, de l'autre, il s’agissait de tuberculeux qui savaient à quoi s’en tenir, puisque c’est en qualité de tuberculeux qu’ils venaient demander, à Berlin, les injections mystérieuses et le salut. Mais, à cela près, il s’agissait de protéger les hôtes à venir de l’habitation banale ; or les hôtes futurs d’un logement privé, que le phtisique quitte par la mort ou autrement, sont intéressants aussi et ont également le droit d’être protégés.

Sans contester que 1 obligation de la désinfection tombe à merveille sur ces logements d’hôtel où les voyageurs se succèdent cl où chacun peut, sans s’en

1. Voy. D. Vicrteljahvischrifl für G/fentl. Gesundheits/jflege, XXIV, page 324, 1892.

douter, recueillir des germes infectieux laissés par l’un de ses prédécesseurs, comme il recueille l’odeur du tabac ou les parfums de toilette. Il ne manque pas, en France, de villes maritimes, de stations climatiques ou thermales, ou les tuberculeux convergent. Les chambres d’hôtel, dans ces villes, en deviennent fort dangereuses pour des visiteurs non phtisiques, et capables de rendre plus phtisiques encore ceux qui le sont déjà. La désinfection, au départ de chacun deces hôtes suspects, est la sauvegarde de ceux qui viendront après et, heureusement, la sauvegarde aussi des intérêts des hôteliers, dont les immeubles ne tarderaient pas, sans cela, à inspirer une juste horreur et perdraient toute clientèle.

Finalement, nous pensons que la désinfection est, dès maintenant, de rigueur, à la suite delà tuberculose, dans toutes les habitations où les hôtes se succèdent naturellement à de courts intervalles, comme les hôtels de voyageurs, les hôtels meublés, les auberges et établissements analogues. Nous croyons, en outre, qu’il devrait en être de même dans les habitations privées qui ne doivent pas cesser d’être occupées par la famille du phtisique parti ou mort, et nous espérons que la tuberculose sera inscrite sur la liste des maladies dans lesquelles la déclaration et la désinfection seront également obligatoires.

La Dysenterie. — La dysenterie est une maladie infectieuse et transmissible. Le microbe moteur n’en est pas encore exactement déterminé. Chantemesse et Widal 1 ont annoncé la .découverte d’un bacille qui leui paraissait spécifique ] mais leurs recherches ne portèrent que sur cinq malades, et l’on objecle que ces observations ont été trop peu répétées et contrôlées pour pouvoir prétendre à la dignité de loi. Ccpen-

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