‹ La désinfection publiqueChapitre 16 sur 74 · Bull. Acad, méd., 17 avril 188S · texte numérisé non relu

Bull. Acad, méd., 17 avril 188S

dant, A. Laveran 1 a récemment fait connaître à la Société médicale des Hôpitaux , qu’ayant eu l'occasion d’observer dans son service plusieurs cas de dysenterie chronique des pays chauds, il a trouvé, en grand nombre, dans les selles de ses malades, des bacilles semblables à ceux de Chantemesse et Widal. Une opinion étiologique différente est soutenue, depuis 1887, par Kartulis, médecin de l'hôpital grec d’Alexandrie ; c’est celle d’après laquelle la dysenterie serait due à la présence, dans l’intestin, d’amibes qu’on trouve dans les selles et dans des coupes de la paroi intestinale de cadavres de dysentériques8. Uplavici obtint, à Prague, les mêmes constatations que Karlulis en Egypte, et il semble que Rob. Koch lui-même ail donné son appui à Yamæbacoli , comme cause de la dysenterie.

D'autre part, Babès, en 1887, avait signalé la présence constante, dans les intestins de dysentériques examinés par lui, d’un lin bacille courbe, qu’il ne donne pas, d'ailleurs, comme ayant une spécificité étiologique; et, tandis que Lambl, Cunningham, Losch, Sousino, Grassi, Councilmann, Osler de Baltimore, Dock à Galveston, etc., confirmaient l’importance du rôle des amibes dans les affections dysentériformes, d’autres auteurs, trouvant ou ne trouvant pas ce parasite, déclaraient qu'il est, dans tous les cas, l’effet et non la cause de la dysenterie, c’est-àdire que cette maladie crée des conditions favorables au développement de l'amibe.

Le docteur A. Maggiora, de Turin 3, à l’occasion

t. Mercredi médical Au il mai 1892.

2. Kartulis, Uetier Iliesen-Amôben bei chronischer Darrnrrtzündwiyen de'- Argypter (Virch'iW’s Archiv. vol. XCIX. p. 145. — Zur Aetiotogie der Dysenterie in Aegypten [Ibid. vol. CV, p. 521). Etc.

3. Maggiora (A), Quelques obsécrations microscopiques et bactériologiques faites durant une épidémie d’entéro-coiite dysentérique. Turin, 1891 .

d’une « épidémie d’entéro-colite avec tous les symptômes principaux de la dysenterie », observée dans la commune de Grazzano, province d Alexandrie, reprit cette question et reconnut, dans les selles des malades, une fois le paramæcium coli, mais le plus souvent des microbes divers dont le bacille de beaucoup prédominant fut le /Jaclerium coli commune. 11 rappelle à ce propos, que le baclerium coli commune acquiert, dans des conditions spéciales, une virulence supérieure à la normale et peut, se trouvant en très grande quantité, devenir chez l’homme une cause de phénomènes morbides dans le genre de ceux qu’il produit facilement chez les cobayes.

Nous sommes très disposé, en présence de ces faits et de ces doctrines, à nous rapprocher de l’opinion de Maggiora, récemment confirmée par A. Lutz, à Honolulu ', d’après laquelle il existerait différentes formes de la dysenterie, « cliniquement très semblables, au moins dans les lignes principales, étiologiquement différentes » ; de telle sorte que si l’on peut rencontrer des entéro-colites dues aux amibes, il y a, d’autres fois, des dysenteries épidémiques qui dépendent d’une autre cause. John Rhein trouve régulièrement l’amibe du côlon ; Ogata, au Japon, jamais. Ce dernier cultive, au contraire, des bacilles courts et fins. Peut-être que la dysenterie d’Afrique n’est pas exactement de même origine que celle d’Europe, bien que les deux maladies présentent des symptômes fort voisins et des lésions anatomiques identiques, de même que Kelsch et Kiener ont pu produire les lésions de la dysenterie sur un animal par une injection intestinale d’ammoniaque.

Est-ce en raison de ces incertitudes sur le rôle du parasite de la dysenterie que les autorités de police

1. Lutz (A.), Zur Kenntniss dev AmSben-Enteritis und Ilepatitis (Centr. bliitt [ür Bakteriotugie und Parasitenkunde , X n° 8 18)1).

sanitaire ne la rangent encore que parmi les maladies dans lesquelles la désinfection est recommandée, sans être obligatoire dans tous les cas, ni régulièrement, poursuivie ? Il se peut aussi qu'on ait tenu compte de la rareté relative des épidémies de dysenterie dans les grandes villes d’Europe, et du défaut de tendance à l’épidémicité des cas sporadiques observés çà et là.

En effet, quelle qu'en soit l’origine, au point de vue parasitaire, la dysenterie est contagieuse. C’est ce qui ressort des faits les plus récents et, en particulier, de l’épidémie même de Gra/.zano, qui a été étudiée par Maggiora. « Relativement à la diffusion, dit l’auteur, je pus observer qu’elle se produisait d’une manière identique à celle du choléra, les cas de contagion étant les plus nombreux et très évidents, et que l’épidémie diminua sensiblement, puis cessa, quand on appliqua des règles sévères pour la désinfection des déjections, du linge, des habitations, et pour l’approvisionnement de l’eau à boire. »

La même conclusion découle de la relation de l'épidémie de Rambervillers *, due à Lardier et Pernet, et (pii, tout en obscurcissant à plaisir 1 étiologie poulies besoins de la théorie hydrique, met remarquablement en lumière la propagation par contact direct ou par l’intermédiaire d’objets souillés.

Le docteur Lemoine a relevé cinq cas oii la contagion parait ne pouvoir être imputée qu’à la communauté de chaises percées ayant servi à des dysentériques 1 2. Il rappelle, à cette occasion, l'opinion, dans le sens de la contagiosité de la dysenterie, de Kelscli et Kiener, conforme, d’ailleurs, à l’enseignement classique de Pringle et des épidémiologistes des siècles précédents.

Dans l’armée, où la dysenterie est encore fré-

1. Lardier et Pernet, Epidémie de dysenterie à Rambervillers (Bull. méd. des Vosges, janvier 18 '2, p. 37).

2. Lemoine, Contribution à l’étude de la contagion de la dysenterie (Lyon médical, 1889).

quente, il est manifeste qu’elle se transmet cl une localité à une autre, d’un régiment à un second, par les relations humaines. Ainsi, en 1889, des troupes venant de Vincennes la transportent au camp de Chàlons. Mais il a toujours'été frappant que l’importation réussit mieux sur certains terrains et que l’intensité de l'évolution épidémique est soumise à des influences saisonnières. C’est régulièrement à la fin de l’été cpie se présentent le maximum des cas et celui des décès. Le minimum, en 1889, est au maximum dans le rapport de 100 à 850. Il est assez rare que l’on puisse incriminer l’eau à litre de véhicule spécifique du contage. Quand l’eau de boisson a pu être suspectée, ç’aété d’ordinaire au point de vue banal '. Parmi les microbes que l’analyse bactériologique y a reconnus quelquefois, le bacillus cuti commuais mérite seul d’être mentionné.

Quel que soit le parasite de la dysenterie, c’est l’intestin qui est le siège de la maladie et, par conséquent, il est vraisemblable que l’agent pathogène est dans les selles. C’est donc du côté des souillures fécales et des poussières qui peuvent provenir de leur dessiccation dans les locaux et sur les effets que les efforts de la désinfection doivent être dirigés.

Pour la pratique, nous pensons que, dans nos pays, on peut ne pas formuler la nécessité de la désinfection dans tous les cas de dysenterie. Mais, dès qu’une épidémie de cette affection se déclare dans un groupe, ville, village, régiment, pensionnai, cette opération nous parait devoir être imposée à bref délai.

Elle est encore assez grave pour mériter cette prophylaxie énergique. La dysenterie cause environ 30 p. 1.000 de tous les décès dans l’armée française. En 1889, le chiffre absolu a été de 78 décès pour

1. Voy. Aciiintre, Relation d'une épidémie de dysenterie observée sur le 11* régiment de cuirassiers ù Lunéville en 1889 (Archives de méd. milit. XVI, p. 24, 1890).

3.870 cas, sans compter l’Algérie, la Tunisie, ni le Tonkin. L’épidémie de Rambervillers a donné 230 malades et 18 morts. Celle de Grazzano (Maggiora), 200 malades et seulement 3 décès.

La Coqueluche. — La coqueluche n'est inscrite, à Berlin, que parmi les infectieuses il désinfection éventuelle. En France, on n’en parle guère à ce point de vue ; non que l'on conteste la contagiosité de la maladie, mais, sans doute, parce que, la contagion de la coqueluche ne menaçant que les enfants, il suffit d’isoler le malade pour préserver les individus susceptibles. Au Conseil d'Ilyyx'-m de la Seine, en 1890, M. Ollivier ne propose pas d’autre mesure prophylactique, tout en constatant que,, dans l’année précédente, la maladie a fait 320 victimes à Paris.

On ne connaît pas, d’ailleurs, le parasite de la coqueluche. Hagenbach, au Congrès de Wiesbaden (1887), présenta des arguments qui démontrent, ce que l'on sait généralement, que l’agent infectieux de la maladie est dans le mucus des voies respiratoires; par suite, dans l’expuition des malades. Afanasiefi’, dans ces produits d’expuition, reconnut de petits bacilles qu’il put cultiver sur agar et sur pomme de terre, et dont l’inoculation sous la muqueuse trachéale de chiens et de lapins déterminait des accidentsanalogues à ceux de la coqueluche. Par contre, Deichler signale, dans le mucusde la coqueluche, des protozoaires qui lui paraissent jouer le réle étiologique principal.

Sans aller plus avant dans une question si peu élaborée, nous admettons que, dans les circonstances habituelles, on borne la défense vis-à-vis de la diffusion de la coqueluche aux mesures d 'isolement acceptées de tout le monde, sans recourir à d’autre désinfection que celle des vêtements des enfants, des linges qui ont pu servir à leur essuyer la bouche dans les crises, des mains et de la face des malades eux-

mêmes. .-miit, pour cette dernière, de lotions savonneuses tièdes ; ce sont les linges qui auront ser\i à la Loilette qui seront traités par les agents désinfectants proprement dits.

Cela ne veut pas dire que l’on ne reconnaîtra pas, plus tard, la nécessité de ladésinfection générale dans la coqueluche, nique, dès aujourd’hui, il ne puisse se présenter, dans les allures des épidémies de cette affection, des caractères qui légitimant l’application de ses procédés.

5’ classe. — Maladies qui n’exigent pas la désinfection

générale.

La rougeole. — Les raisons pour lesquelles on ne désinfecte pas dans la rougeole sont exposées dans la communication de M. Sevestre à la Société médicale des hôpitaux , résumée comme il suit, par la Semaine médicale : « La rougeole est très contagieuse pendant la période d’invasion, et cela dès le début de cette période, alors qu’elle ne l’était pas dans la période d’incubation ; elle est encore contagieuse pendant l’éruption, mais cesse de l'être des que celle-ci est terminée. La transmission se fait, dans l’immense majorité des cas, par l’air atmosphérique, d’un enfant à un autre enfant, la zone contagieuse ne dépassant guère quelques mètres de rayon. La contagion par une personne étrangère ou par les objets qui ont touché les malades est exceptionnelle et ne peut guère avoir lieu que s’il y a eu transport en très peu de temps à très faible distance ; car le contage de la rougeole perd très rapidement ses propriétés nocives. De ce qui précède, il résulte que, pour empêcher la propagation de la rougeole, il faut isoler les malades aussitôt que possible, et même isoler tous ceux qui peuvent être suspecLs d’avoir pris la rougeole avant qu’ils en aient les premiers symptômes. La désinfection des objets qui ont été

en contact avec les malades est aussi une bonne précaution, mais n’est pas indispensable »

L’auteur pensait alors que le contage de la rougeole peut se trouver dans l'air expiré desmalades. Bien que l’on ne connaisse pas la nature de ce contage, Grancher, estimant dès lorsque le moteur de cette infectieuse ne peut être qu’une bactérie *, émit l’avis que sa présence dans l’air ne saurait être que la conséquence de la dessiccation et de la pulvérisation du mucus rubéoleux, déposé sur les linges, la literie, les objets divers ; en d’autres termes, ce virus se propagerait par l’air atmosphérique, quand il prend cette voie, de la même façonque le virus tuberculeux. Aussi Grancher recommande-t-il la désinfection par l’étuve ù vapeur de ces linges, des vêtements et de tous les objets qui sont susceptibles de recevoir le mucus rubéoleux.

Qu’est-ce à dire, sinon qu’il faut désinfecter ■pendant la maladie , traiter les linges, vêtements, literie, ustensiles par les moyens connus, au fur à mesure ( désinfection immédiate de Grancher) que la contamination de ces objets se produit, grâce au larmoiement, au

1. Sur le mode de transmission de la rougeole et de la diphtérie (Soc. rnédic. des hôp. et Semaine médicale du 27 février 1889).

2. On ne connaît pas encore le microbe de la rougeole. Canon et Piclicke (U ber einen Bncillus im Blute von Musernkranken. In Berliner /clin. Wochenschrift, 1892, n° 16, p. 377) annoncent que le sang, le mucus nasal et conjonctival des rubéoleux leur ont fourni le germe pathogène de cette maladie. C’est un bacille d'une longueur égale au rayon d’un globule sanguin, quelquefois plus petit et présentant l’aspect d’un diplocoque, parfois plus grand, incurvé et laissant voir des parties incolores à côté des parties colorées par les réactifs (bleu de méthyl et éosine). Les bacilles de ce caractère ont été trouvés dans le sang des malades pendant toute la duree d'une atteinte de rougeole, une fois môme pendant les trois jours qui ont suivi la defervescence. (E. Ricklin,in Gazette médicale, 1892, 23 avril, p. 197).

coryza rubéoleux, à la bronchite ? Ces phénomènes de catarrhe, comme on sait, se manifestent surtout au début, avant même que l’éruption soit visible à la peau. Aussi le rubéoleux est-il déjà contagionnant 3 à 4 jours avant l’éruption, contagionnant d’une extrême énergie et qu’il faut séparer au plus tôt des individus réceptifs, s’il y en a dans l’entourage.

Mais quand la maladie est finie, tout est fini. C'est, du moins, ce que tendent à établir les observations les plus récentes.

Il se fait de plus en plus certain que la rougeole n’est plus contagieuse à la période de desquamation, si redoutée autrefois. Tous les hygiénistes, y compris l’Académie de médecine, abrègent la durée de l’interdiction de l’école en cas de rougeole ; le délai de 25 jours paraît aujourd’hui plus que suffisant. Fôrster, cité par Bard, n’a jamais vu un cas de contagion au delà du 5" jour après l’éruption ; Sevestre, non plus ; Darolles, de Provins, exceptionnellement, en aurait encore observé au 7° et au 11° jour *.

Quant à la durée de survie des germes morbilleux, Sevestre ne croit pas qu’elle dépasse les limites de deux ou trois heures, et Bard partage celte opinion ; au point que ce dernier auteur reviendrait volontiers a la contamination par l’air expulsé des malades, au moins celui des secousses de toux, dans le sens de Sevestre, plutôt que d’accepter la transmission indirecte par des produits de sécrétion desséchés sur les objets, comme l’entend Grancher. « A chaque contamination, dit-il, correspond la présence réelle d’un contagionnant, sans que pas une seule lois on ait eu besoin d’invoquer la persistance des germes dans le local ou sur les objets. » Grancher lui-même ne conteste pas que la virulence delà rougeole ne soit courte, quoique, selon lui, ellepuisse persister pendant quelques jours.

1. UutD (L.), Contribution à Vétud- de l’épidémiologie de la rougeole [llevue a’ hygiène, WW, p. 393, 1891).

Dès lors, à quoi bon désinfecter après la maladie ? Au lieu d’envoyer la literie et les vêtements à l’étuve et d'introduire les désinfectcurs dans la maison, il suffît d'ouvrir largement lachambre du malade et de mettre à l’air les objets qui lui ont servi. Celle opération, dûtelle durer quelques jours, pour faire tous les sacrifices à la prudence, est en somme plus simple qu’une désinfection complète.

En fait, bien que la rougeole soit comprise, à Lyon, parmi les maladies pour lesquelles la municipalité fait exécuter des désinfections il domicile, de même qu’elle est inscrite sur la liste de celles pour lesquelles le Comité consultatif d’hygiène publique de France prescrit une désinfection ultérieure du local et des objets contaminés, Bard n’impose plus cette désinfection dans les locaux ou écoles atteints de rougeole, non plus que dans son service d’hôpital.

Elle n'est nommée, à aucun titre, dans les ordonnances de police de Berlin, relatives A la désinfection.

Quelques hygiénistes vont plus loin, et j’avoue qu’il m’est arrivé, il y a longtemps déjà, de faire des applications partielles de cette doctrine; ils inclinent il rayer la rougeole du cadre des maladies évitables (Bard). On n’échappe guère à la rougeole ; le point important est, sinon de choisir le moment où elle peut être permise, comme dit Bard, au moins de tenir les enfants dans un état de résistance générale tel qu’ils en subissent les atteintes sans péril. Car elle n’est pas maligne par elle-même ; mais les dispositions du terrain, dans de certaines couches sociales, la rendent assez grave pour qu’elle fasse, en France, annuellement, de 3.UU0 à G. 000 victimes dans les 193 villes au-dessus de 10.000 habitants dont on possède la statistique; plus (jue la variole, presque autant que la fièvre typhoïde.

La Hollande, paraît-il, vient de faire disparaître la rougeole de la liste des maladies contre lesquelles les services d'hygiène ont à combattre (Bard).

Lorsque j’étais médecin à l’Ecole de Sainl-Cyr el que je Faisais, du même coup, bon gré mal gré, la clientèle de celle petite ville, je ne prescrivais même pas l’isolement des petits morbilleux, pour peu que la famille fût aisée, eût de bonûes habitudes d’hygiène, et que les frères et sœurs du malade eussent des apparences de vigueur. J’avais, du reste, remarqué (pie la prescription de l’isolement, dans les familles, arrive régulièrement trop tard. Les contacts sont dangereux dès avant l’éruption \

Malgré la valeur des médecins de Paris et de Lyon qui ont fourni les bases de la doctrine moderne, nous ne saurions passer sous silence quelques protestations autorisées en faveur des opinions anciennes. J. Ulffelmann 1 2 3, en analysant un des premiers travaux de Sevestre, en date de juillet 1880, émet le doute que la négation, par cet auteur, du transport indirect de la rougeole rencontre l’assentiment général. Le médecinmajor Sudour \ dans un travail récent, admet que les germes morbilleux puissent se réveiller après plusieurs mois de sommeil, comme Czernicki pense l’avoir observé, après plusieurs années peut-être et, dans tous les cas, après 10 jours au moins. Üe son côté, le médecin-major Louis attribue l’éclosion de la rougeole chez l’un de ses infirmiers au fait que cet homme avait été employé au grattage du plancher d’une chambre, occupée antérieurement par un rubéolique. C’est la transmission par le local. Enfin, Lardier 4 pense avoir prévenu l’extension de la rougeole dans une fa-

1. Voy. Grancher, Essai d’antisepsie médicale ( Revue d’Hug., XII, p. 493, juin 1890).

2. Fünfter Jahresbericht über die Fortschritte und Leistungen auf dem Gebiete des llygiene. Jalirgang 1887. Uraunschweiji,

3. Sudour (E.), Noies sur la contagion de la rougeole {Archives de méd. milit., XIX, p. 24, janvier 1892).

4. Lardier (de Uambervitlers), l)e l'isolement et de la désinfection dans la rougeole. Rambervillers, 1 889.

mille, en désinfectant à la convalescence, c’est-à-dire après la desquamation.

Ces appréciations ne sont pas à négliger. Mais nous pensons qu'il y aurait de sérieuses objections à leur opposer ; ne fût-ce que l’existence de la rougeole dans la ville de garnison, antérieurement à l’apparition de la maladie dans le groupe militaire.

Pour la pratique, nous croyons que la rougeole peut se passer de la désinfection publique. Mais cela ne dispensera point de poursuivre incessamment, pendant son décours, la stérilisation des sécrétions virulentes sur les objets qu’elles peuvent atteindre, non plus que d’assurer, en fin de maladie, l’aération la plus large des locaux, de la literie, des vêtements suspects. C’est encore la désinfection, si l’on veut; mais c’en est une forme très simple, une façon d’aider le contage morbilleux à périr de mort naturelle. Elle est tellement élémentaire que l’on serait coupable de ne pasen user.

La pneumonie. — On trouve, dans le poumon des malades atteints de pneumonie fibrineuse (croupale, comme disentles Allemands), des micro-organismes divers. Le plus commun, qui est, d’ailleurs, essentiellement virulent, est le diplococcus lanceolalus capsulalus, dit de Fraenkel, qui a été reconnu par Pasteur en 1881, puis par Sternberg, et décrit par Talamon en 1883. Les remarquables travaux d’A. Fraenkel, de Weicliselbaum, de Netter, de Foa et Bordoni-Uffreduzzi, etc., en ont fait ressortir l’importance dans la pneumonie en môme temps qu’ils en fixaient les caractères bactériologiques.

Mais il ne parait pas être le moteur exclusif de la pneumonie. Le pneumocoque, dit de Friedlànder, se trouve dans les exsudats pneumoniques 9 fois sur 100, selon Weichselbaum, à l’exclusion du précédent. Arustamow, dans une pneumonie typhoïde, a rencontré dans le poumon à la fois le diplocoque de Fræn-

kel et le bacille d’Eberth *. Le diplocoquc lancéolé luimèrne serait au moins d’une assez grande malléabilité et naturellement sujet à des variations assez considérables, tant au point de vue morphologique que sous le rapport de la virulence, ainsi qu’il ressort du mémoire de Walther Kruse et Sergio Pansini1 2. De telle sorte que ce sont les conditions du milieu qui décident de la plus ou moins grande activité végétative du microbe et peut-être même du degré de virulence auquel il atteint. Ces mêmes conditions favoriseraient tantôt l’un tantôt l’autre des microbes pneumonigènes.

Cette manière de voir se trouve confirmée par un fait très considérable, et qui est décisif au point de vue qui nous occupe, à savoir que le diplocoque lancéolé existe normalement sur la muqueuse aérienne et se rencontre, par suite, dans la salive de la moitié peutêtre des hommes sains et à peu près toujours dans la salive des individus qui souffrent d’un catarrhe respiratoire quelconque 3. Les épidémies de pneumonie ne naissent donc pas nécessairement d’un apport de l’agent virulent par un milieu extérieur, où, du reste, on ne l’a jamais vu, mais probablement d’une généralisation des dispositions favorables dans le milieu humain, à la faveur de circonstances météoriques ou autres. Ces épidémies, à la vérité, ne sont pas communes. Mais encore faut-il faire quelques réserves vis-àvis du rapport étiologique que It. Emmerich a voulu établir entre les épidémies de pneumonie de la prison d’Amberg (Palatinat) et la présence, dans les

1. Arustamow (M. J.), U cher Aetiologie und klinüche Bactériologie der croupôsen Lungenentzüudung { Baumgarten’s Jahresberichl , 1889 .

2. Krise (NV.) und Pansini (S.), Untersmhungen über den Diplonoccus pneumoniae und verwandte Streptokokken ( Zeitschrift /tir Ih/g.ene and Infeclionskrankheiten, XI, p. 279, 1892;.

3. Voy. Netter, Le Pneumocogue [Archives de médecine expérimentale, II, p. 677, 1890).

matériaux d'entrevous, d’un pneumocoque, qui était justement celui de Friedlànder.

Ajoutons que, frappés du nombre des variétés du diplocoque pneumonique et de ses affinités avec les streptocoques, Kruse et Pansini émettent l’idée que toutes ces bactéries pourraient bien dériver d’un type unique de streptocoque, lequel serait vraisemblablement de nature saprophytique à l’origine. C’est l’homme qui ferait la virulence.

Dans les crachats pneumoniques desséchés, le diplocoque se conserve virulent pendant plusieurs jours et même jusqu'à deux mois (Bordoni-Ufïreduzzi), pourvu qu'il soit abrité contre l’action de l’air, de la lumière et des choses extérieures. Il semble que la gangue même de mucus concret le protège et le fasse durer plus longtemps. On comprend, dès lors, que la pneumonie soit contagieuse par les crachats desséchés (Netter). Mais, si l’on pulvérise finement ce mucus desséché, le microbe succombe en peu de jours. Kruse et Pansini font remarquer que, pour cette raison, le diplocoque une fois hors de l’homme, n'est plus dangereux ; s’il l’était, ce serait par l’inhalation de la poussière des crachats desséchés ; or, le microbe ne résiste pas sous cette forme.

D’après les observations de ces auteurs, c’est la lumière, même diffuse, qui compromet le plus l’existence du diplocoque. L’oxygène de Pair et la privation d’humidité font le reste.

Dans ces conditions, la désinfection générale des objets et des locaux, de la façon que nous Pavons entendu, ne rendrait pas de services positifs. Elle n’arriverait guère avant la disparition spontanée du diplocoque, je veux dire de celui qui est extérieur à l’homme. Sanscompter qu’en livrant le local à l'action de Pair et de la lumière, on met en œuvre des parasiticides très efficaces pour le cas supposé. On doit certainement recourir à ces désinfectants natu-

rels pendant le décours de la maladie, et, calfeutrer un pneumonique, c’est faire courir des risques à l’entourage, autant que mal soigner le patient.

Quant à la désinfection de la bouche, il est utile de la pratiquer chez le malade et chez toutes les personnes vivant dans l’atmosphère infectieuse. Mais, jusqu’à quel point doit-elle aller ; quelles garanties donnera-t-elle contre un microbe qui peut se trouver dans la profondeur des voies aériennes ? C'est ce qu’il est encore difficile de préciser, dans l’état actuel de nos connaissances.

L’Érysipèle. — Il est classique que l’érysipèle est dû à la présence, dans l’épaisseur de la peau de l’homme, du slnptocoque de Fehleisen Mais il existe un assez grand nombre de streptocoques, qui ont été rencontrés dans des maladies différentes de l’érysipèle et, d’ailleurs, différentes eutre elles ; ces microbes présentent de fortes analogies de propriétés bactériologiques les uns par rapport aux autres. Depuis Fehleisen, on a appris à connaître le streptocoque de la fièvre puerpérale (Doléris), ceux de la suppuration (Rosenbach, Passet, Carré), des furoncles et même de la scarlatine et de la diphtérie. Le retour pandémique de la grippe, dans ces dernières années, a permis à Ribbert, Finkler, Duponehel, Vaillardet Vincent, de mettre en vue de nouveaux streptocoques, que ces derniers auteurs identifient, toutefois, avec le microbe de l’érysipèle. Nicolaier et Guarneri ont cultivé, d’une terre de jardin souillée, un stre/itococcus septicus, très virulent pour les souris. Netter et Biondi en ont démontré un autre dans la salive humaine.

11 est difficile de démêler la spécificité de chacun dans ce vaste groupe de streptocoques ; il est probable que plusieurs types, qu’on a cru différents, se confondent en réalité. Ernst a pensé qu’il n’y a qu’une bactérie pyogène ; elle prend des aspects divers selon la porte

d’entrée par laquelle elle a pénétré dans l’économie. Des recherches de von Lingelsheim *, il résulte qu’on peut faire deux groupes de streptocoques présentant chacun au moins deux caractères distinctifs de grande importance. Le premier groupe se distingue par la brièveté de ses chaînettes dans les cultures et n’est point pathogène; l’auteur le caractérise par la désignation générique de streptococcus brevis. Le second a la végétation luxuriante et forme de longues chaînettes; les microbes de ce groupe, streptococcus iongus, sont pathogènes; parmi eux s’inscrivent le streptocoque de l’érysipèle, le streptococcus miaisepticus, le streptococcus pyogenes. Mais les différences entre ces derniers, spécialement le streptocoque de l’érysipèle et le streptocoque pyogène, ne sont pas encore bien nettement établies. Cette indécision est, évidemment gênante, lorsqu’il s'agit d’instituer la lutte contre le moteur de l’érysipèle.

On trouve des streptocoques dans les milieux extérieurs. Eiselsberg, Emmerich, Babès, en ontdémontré dans l’air des salles d’hôpital. Peut-être en existe-t-il ailleurs encore, dans des atmosphères moins exposées.

Mais le streptocoque ne pénètre pas par les voies respiratoires ni par les voies digestives, ou, du moins, reste inoffensif quand il prend cette route. Il faut une solution de continuité au tégument, au moins une éraillure de l’épiderme, qui lui serve de porte d’entrée. Aussi, faut-il pratiquer l’antisepsie de la peau dans toutes les occasions, mais surtout quand le tégument est le siège d’ulcérations, d’éruptions vésiculeuses ou bulleuses, qui peuvent provoquer la fissure par laquelle s’introduira le streptocoque, de même qu’il faut intervenir antiseptiquement contre les

1. Experimentelte Untersuchungen über mcrphologische, culturelle unit ptithi'gene Eigenschaften vei schie dater Streptokokken (Zeitschri/t fur Hygiène, X, p. 330, 1391).

MALADIES DANS LESQUELLES IL FAUT DÉSINFECTER H a

caillots que renferme l’utérus de l'accouchée, dont la putréfaction excite la virulence des microbes de la cavité utéro-vaginale.

On sait, d’autre part, que les mains du chirurgien, que les instruments divers, que le doigt de l’accoucheur sont des moyens de transport, plus redoutables encore que l’air, des streptocoques les plus meurtriers. Et, depuis qu’on le sait, ce serait un crime de manquer à la désinfection des mains et des instruments. Tout le monde le comprend ainsi.

En ajoutant que l’érysipèle, d’ordinaire, ne fait que des cas isolés ou des séries de cas plutôt que des épidémies, on s’explique que cette maladie ne soit pas comprise parmi les affections qui doivent, régulièrement ou même exceptionnellement, entraîner la désinfection à domicile. Je ne fais pas de difficultés pomme ranger à cette pratique, jusqu’à nouvel ordre et pour ce qui concerne les particuliers. Mais il reste entendu que l’antisepsie continuera de s’exercer dans les salles d’hôpital, dans les salles d’opérations, les maternités, et d’ailleurs partout, de la part des médecins et des chirurgiens. Je pense même que, dans le cas d’une série d’érysipèles dans la même salle, il conviendra de désinfecter à fond ce local, de le livrer à une large aération pendant quelque temps, et d’envoyer à l’étuve la literie qu’elle renfermait.

la Grippe. — Au point de vue du nombre des cas et de la généralisation, la grippe est le type des épidémies et même des pandémies. Bien que le chiffre des décès qu’elle entraîne soit peu considérable relativement à celui des malades, elle est en réalité d’une gravité absolue, considérable. D’après la statistique officielle, la moyenne des décès pendant les huit mois de novembre à juin, dans les villes de France de 30.000 habitants et au-dessus, y compris Paris, ayant été de 107.185, dans les trois années an-

térieures à 1 S90, le chiffre des décès, pour les mêmes villes el pour la période correspondante de IHHt)- 1 800, s’éleva à 119.735; soit une différence en plus de 12.550 décès, apparemment imputables à la grippe, soit directement, soit par influence indirecte de cette infectieuse sur l’évolution de diverses maladies chroniques.

Néanmoins, on fait peu pour la prophylaxie de la grippe. Dans l'armée, ou nous avons personnellement montré la contagiosité .de la grippe ', la direction sanitaire centrale a fini par prescrire, en 1892, l'isolement des malades. Il n'a pas paru que cette mesure, rigoureusement appliquée dans le lc,‘ Corps d’armée, dès l'apparition des premiers cas dans un régiment, ait jamais empêché l’extension de la maladie à tout le groupe. Le contage de la grippe est vraisemblablement très énergique et susceptible d’être transporté par l'air. Son action se fait sentir de bonne heure et le malade est déjà contagionnant avant que l’on se soit aperçu qu’il a la grippe. Par ailleurs, Vallin el Laborde ont recommandé la prophylaxie personnelle par la désinfection de la bouche, à titre de porte d’entrée du microbe. Celui-ci est encore mal connu. Babès l’a peut-être découvert avant Pfeiffer a. Canon et Pfuhl 3 ont aidé à en édifier l’histoire.

Mais personne, que nous sachions, n'a conseillé ni pratiqué la désinfection générale en fin de maladie, telle que nous l’entendons dans ce travail. Je crois bien, eu égard aux allures de cette épidémie, qui se

I. Arnould (J.ï, La grippe dans le /er Corps d'année (Archives de méd. milit., XV, p. 409, 1890).

?. Voy. CoitNiL el Ou istemesse, Sur le microbe de P in fluctua (Bull. Acad. méd. 1892, n» 6, 9 février). — Pfeiffer (R.), und Beck M.), Weitere Mittheilungen liber den Erreger der Irifluenza (D. rnedic. Wochenschrift, rr 21, 1892).

3. Pfuhl (A.-), Beitrag zur Aetiologie der Influenza ( Centr . blatt f. Bakteriol.,Xi, n1 * 13).

répand si aisément par les relations entre individus, qu’il n’y aurait guère de succès à attendre d’une opération tardive, comme cette désinfection générale. Cependant, il est possible qu’un jour, les mœurs mieux connues du moteur de la grippe portent à modifier cette formule. Il y aurait lieu, sans doute, de combiner la désinfection avec l’isolement.

Dès maintenant, nous pouvons dire, d’après la pratique de l’un des médecins-majors du corps d'armée, M. le docteur F. Darde, que l’action de l’air parait très défavorable au microbe en question. M. Darde a formellement institué, dans son régiment, le 1er d’infanterie, la prophylaxie par la mise en plein air des hommes et l’ouverture des fenêtres des chambres, la plus large et la plus prolongée possible. Ce régiment a été à peine touché par l’épidémie grippale de 1891-1892.

Aussi bien la grippe prospère au mieux dans la saison froide, pendant laquelle chacun se calfeutre dans les habitations et où l’on vit dans des atmosphères plus ou moins confinées. En 1889-1890, nous avions conseillé la restriction des exercices au dehors et le chauffage des chambres ; la grippe n’en fut que plus intense, et notre méthode a eu l’air d’une erreur.

Nous n’irons pas plus loin dans celte revue, bien qu’il puisse rester encore des situations intéressantes à examiner. Les formules qu’elle nous a permis d’établir semblent correspondre à l’état actuel de nos connaissances étiologiques et devoir suffire jusqu’à nouvel ordre à la pratique la plus scrupuleuse.

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