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CHAPITRE II

DES DÉSINFECTANTS

Los désinfectants sont des agents capables de tuer les microbes infectieux.

Nous ne connaissons pas encore tous les microbes infectieux ; peut-être en trouvera-t-on de plus résistants que ceux d’aujourd’hui. En outre, certaines bactéries très résistantes, inoffensives à l’ordinaire, peuvent devenir pathogènes à leur moment. Nous partageons, néanmoins, l’avis de Behring ', que ce n’est pas une raison pour exiger d'un réel désinfectant l'aptitude à détruire tous les microbes, infectieux ou non, y compris les espèces de haute résistance qu’on trouve dans le sol ou sur la pomme de terre. Le principe contraire pourrait conduire à des efforts et à des frais inutiles. A mesure que les notions scientifiques se développeront, la pratique de la désinfection se modifiera aussi ; et lorsqu’on aura découvert des moteurs pathogènes réfractaires à nos moyens actuels, il sera encore temps de s’arranger pour faire mieux.

Mais il ne suffit pas, à un désinfectant, de suspendre l’activité végétative, la prolifération des bactéries,

1 Ueber Désinfection, Desinfectionsmillel und Desin fectiunsmethodr-n [Zeitschrift tür Hygiène, IX, p. 393, 1S90).

DES DÉSINFECTANTS

bien que cet arrêt de développement puisse être déjà un service rendu. Il faut que les organismes soumis à à la désinfection soient anéantis sans retour, et que leurs spores, quand ils en ont, soient mises définitivement hors d’état de germer.

Cette double condition constitue deux cas bien distincts en regard des mesures de désinfection; sinon au point de vue des procédés, qui cherchent toujours à obtenir le maximum d’effet, au moins à l’égard des chances de succès des opérations accomplies. Il est bien connu qu’il est beaucoup plus difficile de stériliser une matière infectieuse renfermant des spores que de tuer des organismes qui en sont dépourvus. Un petit nombre seulement desagenls chimiques qui sont efficaces dans le second cas conservent le pouvoir désinfectant vis-à-vis du premier Encore faut-il élever les doses et allonger la durée d’application.

Heureusement, ainsi qu’on l’a vu dans le chapitre précédent, la plupart des bactéries qui représentent les grands fléaux de l’humanité manquent de spores. Ainsi, le bacille typhique, celui du choléra, de la diphtérie, probablement celui de la tuberculose, tous les microcoques, staphylocoques, ou streptocoques, qui président aux infections chirurgicales et à beaucoup d’autres. Le bacille du charbon lui-même n'a de spores que dans des circonstances déterminées, et l’on a pu en obtenir une variété qui n’en a jamais.

En pratique, il ne faut envisager que le cas particulier. Un désinfectant, qui ne détruit pas tous les microbes possibles mais qui tue certainement tous les microbes de l’infection spéciale contre laquelle on lutte pour le quart d’heure, ne laisse rien à désirer. Mais je pense qu’il faut exiger au moins cette condition, en principe; car, en fait, un agent qui ne tuerait que les neuf dixièmes des microbes infectieux restés

I. Kocii (R.), Veier Desinfection [Mittheilungen aus den kaisei l. Gesu'id/ieitsamtu, 1 88 1 ) .

dans un local après la mort du malade vaudrait encore beaucoup mieux que rien : seulement, quand on cherche à établir une règle, il ne convient pas d’admettre immédiatement une exception, dont la portée, au fond, a des limites inconnues.

Il est nécessaire que les désinfectants usuels soient capables d’accomplir leur œuvre de stérilisation dans un temps limité , assez court. Rob. Koch posait, en théorie, la règle que ce temps ne dépasse pas 21 heures. C’est trop large. Un local désinfecté dans la journée doit pouvoir être réoccupé le soir. La désinfection du linge et surtout des vêlements ne doit pas en priver leur propriétaire au delà de quelques heures.

Les agents de désinfection sont de deux ordres : chimiques ou physiques. Il n’y a pas, en réalité, de moyens mécaniques , car les frictions à la mie de pain, à l’éponge ou autres, ne désinfectent pas, mais permettent de porter dans un liquide désinfectant ou simplement au feu les germes enlevés d’une surface suspecte. D’ailleurs, les désinfectants physiques, l’air chaud, la vapeur chaude, l'incinération, pourraient se résumer en un seul : la chaleur.

A. Désinfectants chimiques. — Les désinfectants chimiques s’appliquent au mieux aux matières infectieuses sans spores. En prophylaxie épidémique, ils trouvent donc on ne peut plus fréquemment leur emploi.

Ils sont très variés, tant par leur nature que par leur mode d’action. En général, ils modifient le milieu dans un sens antipathique à la nutrition des bactéries; quelques-uns sont de véritables toxiques pour les micro-organismes. La plupart, malheureusement, sont aussi des toxiques pour l’homme; par suite, sont d’un maniement délicat.

Un certain nombre de ces corps décomposent ou absorbent les gaz et vapeurs de la putréfaction ; à la

propriété de désinfectants, ils ajoutent celle de désodorisants. D'autres substituent leur odeur spéciale à celle des matières putrides ou la masquent. Il est clair que l’idéal est le corps qui désinfecte et désodorise à la fois sans laisser aucun parfum après lui.

En général, les expériences d’après lesquelles on a pensé pouvoir établir le pouvoir désinfectant des diverses substances et fixer les limites dans lesquelles il s’exerce, ces expériences ont été faites à la température ordinaire et sur la substance isolée. Nous aurons, cependant, l’occasion de remarquer que l’action d’une température plus élevée peut favoriser celle du désinfectant et que certaines associations arrivent, sous ce rapport, à des effets qu’aucun des composants ne pouvait obtenir.

Behring a mis en relief, au sujet de l’emploi des désinfectants, une série de lois qu’il convient de ne pas perdre de vue.

a) Les conclusions relatives à l’efficacité d’un désinfectant ne valent que pour le milieu dans lequel ont été faites les expériences d’où ces conclusions sont tirées. 11 peut en être autrement dans un milieu de constitution physique ou chimique différente. Il est facile de tuer, par le sublimé, à la dose de 1 sur 500.000, en quelques minutes, lesbacilles en suspension dans l’eau ; il faut la proportion de 1 de sublimé sur

40.000 pour les bacilles dans le bouillon et au moins celle de 1 sur 2.000 dans le sérum du sang.

b) De la valeur d'un désinfectant vis-à-vis d’une espèce bacillaire il ne faut pas conclure à la même valeur sur une autre espèce. Un gramme de sublimé, dans

60.000 centimètres cubes de bouillon de culture, tue en deux heures les bacilles asporogènes du charbon ; une dose double est insuffisante sur lesbacilles typhiques; le stnphylococcus aureus en exige une trente fois plus élevée.

c) Plus courte est la durée d’application d’un dé-

sinfectant, plus grande doit être la quantité de cet agent pour obtenir le même effet de désinfection.

d) L’effet de désinfection est d’autant plus énergique que la température à laquelle on fait agir le désinfectant est plus élevée, ainsi que l'ont fait remarquer Ch. Richet, Arloing, llenle1, et comme l’ont confirmé Noclit et Htlnermann. 11 y a, toutefois, un degré optimum de température, variable selon les espèces bactériennes.

e ) Il faut tenir compte de la quantité de bactéries qu’il y a lieu de détruire dans les objets à désinfecter.

Somme toute, les propriétés chimiques ou physiques de l’objet à désinfecter, l’espèce etle nombre des bactéries, la durée de l’action du désinfectant et la température à laquelle elle s’exerce, sont des conditions décisives.

Nous avons adopté, dans la revue qui va suivre des désinfectants chimiques, l’ordre établi par Behring, qui nous a paru rationnel et commode :

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