SELS MÉTALLIQUES
Le sublimé. — Signalé depuis longtemps comme un désinfectant des plus sûrs, le bichlorure hydrargyrique n'était employé qu'avec réserve lorsque pa-
I. l'e/jer Crenlin itnd seine wirksame Bestandlheile (Archiu für llygicn ?, IX, p. IsS, 1889).
DES DÉSINFECTANTS
rurent (1881) les Communications de R. Koch sur la « Désinfection ». Presque tout ce que l’on peut dire de cet agent se trouvait dans ce travail. Dès lors, la solution de sublimé prit, en antisepsie chirurgicale et en désinfection publique, une place qu’elle ne perdra, sans doute, pas de sitôt. On sait les témoignages apportés, depuis, en sa faveur par Merke, Vinay (Lyon), Gartner et Plagge, Krupin (Saint-Pétersbourg^, etc.
Le sublimé n’est pas le plus énergique des désinfectants ; mais l’on peut dire que c’en est le premier.
Pour ne parler d’abord que de ses qualités secondaires, rappelons la facilité avec laquelle on prépare les solutions de biclilorure, à doses diverses, et avec laquelle on les lient toutes prêtes, en quantité suffisante pour les besoins les plus étendus. Ces solutions ne sont point très altérables, surtout si l’on a soin de les tenir à l’abri de la lumière. L’addition d’un chlorure alcalin en assure davantage encore la conservation.
La solution de sublimé a -sur beaucoup d’autres désinfectants la supériorité de ne posséder aucune propriété physique désagréable et, spécialement, de ne pas avoir mauvaise odeur.
En raison de l’activité du sel mercuriel et des faibles proportions dans lesquelles il entre dans les solutions employées à la désinfection, c’est un désinfectant peu coûteux, bien moins coûteux que l’acide phénique, par exemple. Koch avait déjà estimé le prix de revient de la désinfection par le dernier à une somme dix fois plus élevée que celui de la désinfection au biclilorure ou au sulfate de mercure. Le sublimé coûte, en France, 8 fr. le kilogramme (Vallin), Ü,0U8 pour 1 litre de solution usuelle.
Sans doute, c’est un poison, comme la plupart des autres désinfectants. Mais sa toxicité est réellement faible relativement à son efficacité désinfectante. 11 en reste, évidemment, sur les objets et dans les locaux désinfectés par ce moyen. Mais la quantité qui en
existe sur chaque point est si infinitésimale qu'elle est inofTensive pour les humains qui réoccuperont ces locaux ou useront de ces objets. Après vingt-sept jours, selon Guttmann et Merke, il ne reste plus trace de sublimé sur un papier de tenture traité par la pulvérisation. On peut faire suivre le spray de sublimé d’un autre spray avec une solution de carbonate de soude au 100% qui transforme le bichlorure en un chlorure insoluble; celui-ci, comme le fait remarquer Esmarch, a des chances d’être de nouveau ramené à l’état soluble s’il pénètre dans les voies digestives de l’homme ; mais il est difficile d’imaginer par quel mécanisme, dans ces conditions, se reproduirait l’administration du calomel à doses réfractées. En fait, Koch, Gaffky, Merke, déclarent qu’on n’observe jamais d’empoisonnement de cette provenance. Nous-même, à la première désinfection un peu large que nous avions prescrite dans une caserne, n’étant qu’à demi convaincu, nous avions invité le médecin-major du régiment à surveiller avec un soin particulier la santé des hommes et l’état de leurs gencives après l’opération. La surveillance se fit, et l’on ne releva pas un soupçon d’intoxication mercurielle.
Nous avons déjà dit que, dans les stations quarantenaires de la Louisiane, on injecte de G à 15 kilogrammes de sublimé dans un seul navire. Personne n’en souffre ultérieurement. Cet exemple est fait pour rassurer les plus craintifs. — Selon Behring, la toxicité du bichlorure est de 1 sur 100.000; c’est-à-dire qu’il en faut 0 gr. 00 pour empoisonner un homme adulte. Laborde dit 0 gr. 0002 par kilogr. d’animal.
Quant à son action désinfectante, elle a été vérifiée sur divers micro-organismes, particulièrement sur les bacilles du charbon, sans spores et avec spores. Ce fut, dès l’origine, le procédé de R. Koch. Geppert ', de
1. Zur Lehre von iltn Antise/iticis. — U cher desitificirende Aliltel und Methoden (Berliner medic. Wochenschrift , 1889, n° 36,
DES DÉSINFECTANTS
Bonn, l’a critiqué, non sans raison. Quand on porte sur un terrain nourricier nouveau un échantillon de culture — ou des fils de soie imprégnés d’une culture de charbon — qui ont subi le traitement mercuriel, il est inévitable que l’on n’introduise, avec cet échantillon, dans le nouveau milieu, un peu de l’antiseptique lui-même. Or, il suffit de 1 sur -iOO. 000 de sublimé dans la gélatine nourricière pour empêcher le développement des bactéries charbonneuses sans, néanmoins, qu’elles soient définitivement incapables de reprendre vie dans un milieu favorable. Si, donc, de cet arrêt de développement, on conclut à la mort des bacilles, on est dans l’erreur. Behring signale cet écueil et recommande de l’éviter, soit en transportant l’échantillon désinfecté, à vérifier, dans un grand volume de matière nourricière, du bouillon de préférence, que l'on porte l’étuve à 36°, soit en transformant le sublimé en un sulfure de mercure inerte par le lavage de l’échantillon avec le sulfure d’ammonium, comme l’a conseillé Geppert, ou avec le sulfure de potassium, employé en dernier lieu par cet auteur et par Ad. Heider ’.
Du reste, Geppert, MaxGruber (de Vienne) et lleider rejettent la méthode des fils de soie et pensent obtenir un contrôle plus exact en faisant agir le désinfectant sur une dilution de la culture du microbe étudié. On prend, de cette dilution, à des intervalles de temps déterminés, des échantillons que l’on porte dans du bouillon, où la vitalité des bactéries se montrera, si elle persiste.
Koch avait signalé le fait que, quand on s’adresse à des liquides riches en albumine, si l'on emploie des solutions de sublimé un peu fortes (plus de 0,25 de
et 1890, n° 11). — Voy. aussi : D. medicinische Wochenschrift. 1891, n» 37.
1. Ueber clie Wirksamkeit der Desin fectionsmillel bei erhôhter Temperalur {Archie far Hyyiene, XV, p. 311, 1892).
DESINFECTION PUBLIQUE
sublimé p. l.OOO, dit Behring), une partie de l’albumine est précipitée et empêche la pénétration de l’antiseptique dans les couches profondes du liquide. Il peut donc arriver assez fréquemment que, dans le traitement de matières organiques supposées infectieuses, le sublimé n’accomplisse qu’une désinfection de surface. On pourvoit aisément à cet inconvénient par l’addition de sel mai-in à la solution de sublimé. La proportion convenable est de 5 grammes de chlorure de sodium par litre de la solution de sublimé au 10001'. Les chlorures de potassium, d’ammonium, lesiodures de potassium et de sodium, le cyanure de potassium et quelques autres sels produisent le même effet. Cette addition permet de faire les solutions de sublimé avec de l’eau non distillée, pourvu qu’elleait été préalablement soumise à. la coction.
D’ailleurs, Laplace ', en 1887, avait déjà recherché un moyen de prévenir la précipitation de l’albumine et la formation d’albuminats superficiels qui, dans les plaies, protègent contre l’antiseptique la matière organique sous-jacente. Il avait trouvé ce moyen dans l’addition d 'acide chlorhi/drir/ue ou d 'acirle larlrir/ue. Le premier présentait divers inconvénients, entre autres celui de s’évaporer. L’auteur se décida pour le second, qui est, en effet, passé dans la pratique. La formule adoptée par l’Académie de médecine *, pour les solutions à délivrer aux sages-femmes, comporte :
Sublimé corrosif. 0 g. 23
Acide tartrique I 00
liouge de Bordeaux (pour colorer) 0 001
Dans l’armée, la solution de sublimé est préparée au chlorure de sodium, 1 gramme de sel marin pour 1 gr. de sublimé.
1. Saurc Sublimât LOsung als desinfinirendes Millel und ihre Verwendung in Verbandstoffen (D. medic. Wochenschrift, 1887, n° 40).