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ALCALIS ET ACIDES

g 1er. Les alcalis. — La Chaux. — Les études modernes ont, non pas restitué à la chaux et aux lessives alcalines la valeur désinfectante que démontrait la pratique d’autrefois, mais mis en lumière et expliqué cette remarquable action.

Il existe une série de composés solubles de la chaux qui n’ont aucun droit au titre de désinfectants. Les

Yerbreilung der asiatischen Choiera (D. Vierteljahrsschr. /. Ôffentl. Gesunctheitspfle<j.,XXl'f,p. 560, 1892).

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phosp/iales de chaux, acides ou neutres, le nitrate de chaux, sont extraordinairement peu actifs, même en proportions élevées. Parmi les sels solubles, le chlorure de calcium possède seul, sur les bactéries, une action nocive qu’on puisse noter. Encore est-elle vingt fois moindre que celle delà chaux caustique (Behring). Ceci ne s’applique pas au chlorure de chaux, qui est très actif, mais par le chlore.

Les préparations de chaux insolubles, le carbonate, le sulfate et les sels organiques de chaux, sont inertes. Seules, les combinaisons dans lesquelles l’alcalinité persiste, comme le sucrate de chaux, peuvent entrer en ligne de compte. Aussi la chaux caustique n’estelle un désinfectant qu'en cette qualité et perd-elle son pouvoir dès qu’elle se transforme en l’un des sels qui viennent d’être nommés.

Par ailleurs, elle pourrait favoriser, au lieu de la gêner, la multiplication des bactéries, si on l’ajoutait à un milieu acide, antipathique aux microbes par cette acidité même, à des doses qui se borneraient à amener la réaction neutre ou faiblement alcaline.

Mais, si l’addition de chaux élève l’alcalinité du milieu au-dessus d’un certain degré, les bactéries sans spores sont, au contraire, rapidement tuées. Behring a déterminé le degré d’alcalinité nécessaire pour obtenir la destruction des bacilles du charbon, du typhus, du choléra, de la diphtérie, et qui est le même pour tous ces organismes. Ce degré, rapporté à la lessive normale (liqueur renfermant 40 grammes de soude caustique par litre), correspond à 30 centimètres cubes de celle-ci pour 1 litre et pour une durée d’application de plusieurs heures. Il est indifférent que les milieux nourriciers renferment ou non de l'albumine, pourvu que rien ne fasse repasser tout ou partie de la chaux à l’état inerte.

Les propriétés désinfectantes de la chaux, implicite-

ment connues des anciens, ont été remises en vue par Liborius *, Kitasato s, Pfulil 1 2 3. Il y avait eu un certain désaccord entre les deux premiers. Liborius affirmait que la proportion de 0,0074 de chaux 0/0 suffisait à tuer les bacilles typhiques. Kitasato trouvait 0,0923, c'est-à-dire une proportion treize fois plus élevée de chaux. On explique le dissentiment par le fait que les essais avaient porté sur des liqueurs diluées dans le premier cas, concentrées dans le second. Pour les bacilles du choléra, Liborius se contentait de 0,0246 de chaux 0/0; Kitasato exigeait 0,1.

Pfuhl a eu l'idée d’appliquer ces données à la désinfection, non de cultures en bouillon, mais de selles typhiques ou cholériques, en utilisant particulièrement le lait de chaux , dont Liborius avait déjà montré la valeur et qu'il fit voir lui-même supérieur à la chaux vive et à la chaux éteinte.

Pour préparer convenablement ce désinfectant, on ajoute environ 600 parties d’eau à 1000 (en volumes d’hydrate de chaux en poudre. Comme 1 kilogr. de chaux qui a absorbé 500 grammes d’eau pour se déliter a acquis un volume de 2 litres 200, il suffit d'ajouter à peu près 4 litres d’eau pour avoir un lait renfermant 1 litre de poudre de chaux dans 5 litres de liquide, ou, en poids, 1 partie de chaux contre 8 p. d'eau. Il faut employer ce lait tout de suite ou le conserver soigneusement à l’abri de l’air, pour éviter sa transformation en carbonate inerte.

De ce lait à 20 0/0 de chaux en volume (I I 0/0 en

1. Liborius (Paul), Einige Untersuchungen über die desinficirende Wirkung des Kalkes ( Zeitschrift f. Hygiene, II, p. 15, 1887;.

2. Kitasato (Shibasaburo), Ueber das Verhalten der Typhusund Cholera-bacitlen zu siiure-oder alkalihaltigen Niihrbbden ( Zeitschr . f. Hyg., III, p. 404 , 1889).

3. I’fuhl (E . ), Ueber die Desinfection der Typhus-und çholeraausleerungen mit Ka/k ( Zeitschr . f . Hygiene, VI, p. 95, 1889).

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poids), Pfuhl conseille de verser, dans les fosses d'aisance, assez pour que sur 100 de matières journalières il y ait 3 de lait de chaux. Dans les fosses mobiles, on ira à 7,5.

Le minimum nécessaire pour tuer les bactéries du typhus et du choléra est de 2 volumes de lait de chaux pour 100 volumes du contenudes fosses. En supposant ce contenu primitivement neutre, ce traitement lui donnera une alcalinité correspondant à 60 centimètres cubes de lessive normale par litre. Si la réaction du début était acide, l’addition de chaux devrait être plus élevée. D’autre part, en supposant que cette réaction ait été légèrement alcaline, il faudra ne compter pour rien cette alcalinité si elle est due à l’ammoniaque ou au carbonate d’ammoniaque, comme il arrive dans la saison chaude, où les bactéries banales sont cause de fermentation avec formation de composés ammoniacaux. Alors le degré d’alcalinité devra égaler 130 centimètres cubes de lessive normale, et même 300 centimètres cubes s’il s’agit des bacilles du choléra. Behring recommande avec raison de rechercher, après le mélange du lait de chaux aux matières, le bleuissement du papier de tournesol rouge par le contenu de la fosse. Si ce bleuissement ne se produit pas, on élèvera la dose de lait de chaux. S’il se produit, toutefois, il ne faudra pas encore conclure à la pleine réussite de la désinfection, en raison de la possibilité que l’alcalinité soit due à l’ammoniaque.

On associe parfois à la chaux caustique, désinfectant réel, le sulfate d’alumine, le chlorure de magnésium, le sulfate de magnésie, agents de clarification, ou le sulfate de fer, agent de désodorisation. Il se peut qu’on ait tort et qu’en poursuivant les qualités extérieures des milieux on néglige des propriétés beaucoup plus sérieuses. Les sulfates font passer une partie de la chaux à l’état de sulfate de chaux, c'est-àdire de plâtre, lequel est inerte.

Los résultats de Pfulil ont été contrôlés à Paris, par Richard et Chantemesse \ qui les ont reconnus exacts. La désinfection des matières de fosses au lait de chaux est, dès lors, devenue réglementaire dans l'armée.

ho lait dechauxaété particulièrement recommandé pour la désinfection des déjections cholériques, îles fosses fixes ou mobiles et même desparoisdes locaux contaminés, en temps de choléra, par l'Oflice sanitaire Allemand s. Il se trouve aussi désigné dans les « Instructions sur le choléra » que le gouvernement belge fit paraître en date du 18 août 1892 1 * 3.

Le badigeonnage des murs à la chaux, à l’intérieur surtout, est une pratique assez ancienne, dans les habitations collectives et dans celles des classes peu aisées, pour que l’on aitdû se demander, de nos jours, s’il n’y avait point là une pratique d’hygiène des plus eflicaces, à conserver et à régulariser. Il est clair, d’après ce qui vient d’être dit, que la réponse devait être affirmative. On trouve, dans les Rapports du Conseil d'hijf/iène du département du Nord antérieurs aux six ou huit dernières années, la recommandation fréquente de renouveler, en temps d’épidémie, le badigeonnage des maisons d’ouvriers et de paysans. Cet excellent conseil émanait essentiellement de Meurein, que servaient un instinct merveilleux et une sorte de prescience. Les expériences modernes et les procédés exacts du laboratoire n’ont pas trouvé mieux.

Behring résume, à cet égard, les intéressantes recherches de Jàger, à l’Office sanitaire Allemand. L’auteur employa, pour le badigeonnage des murs, des laits de chaux de force variable :

1. Désinfection des matières fécales au moyen du lait de chaux (Revue d'hygiène, XI, p. 641, 1889).

2 Bekanntrnachung des künigl. preussischen Ministeriums der geisllichen etc. Angelegenheilen vom 28 Juli 1892, betr. Cholera(D. Vierteljalirsschr. f. ôff. Gesdpfly:, XXIV, p. 594, 1892).

8. Le mouvement hygiénique (de Bruxelles), 1892, n° 8, p. 329.

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lü Un lail clair (1 p. de chaux dans 20 p. d'eau) ;

2° Un lait épais (1 p. de chaux dans 5 parties d’eau) ;

3° Une bouillie de chaux (1 p. de chaux dans 2 p. d’eau) ;

•4° Une bouillie plus épaisse (1 p. de chaux dans 1 p. d’eau).

De même, il varia le mode d’application, en donnant une, deux ou trois couches d’enduit de chaux, non pas à des parois d’habitations, mais à des fils de soie stérilisés, desséchés, ou même humides quand il s’agissait de microbes très sensibles à la dessiccation. Ces fils, longs de 3 à 4 centimètres, étaient imbibés de bactéries diverses, pathogènes ou non, empruntées à des cultures pures ou à des organes d’animaux morts de maladies infectieuses. On les fixait sur une planchette au moyen d’épingles etde réglettes de bois. Le lait calcaire était appliqué au pinceau. Après cette application, on coupait, à des intervalles de temps plus ou moins longs, des morceaux de ces fils que l'on portait sur un milieu nourricier ou, quand il s’agissait de bactéries pathogènes, que l'on inoculait à des animaux.

Il fut constaté qu’après 24 heures d'action, les bacilles tuberculeux, même avec trois couches de la bouillie de chaux, n’étaient pas Inès. Au contraire, les bacilles du choléra des poules, du typhus et du rouget des porcs, de la septicémie de la souris, de la morve, du charbon, staphylococcus aurcus , succombent sûrement à. une seule application de lait de chaux clair.

•léger, comme on peut le soupçonner à l’énoncé des microbes expérimentés, avait en vue la désinfection des écuries. Cronberg \ qui s’occupait de l’habitation humaine, constata que le lait de chaux à 20 0/0, sur un mur à la chaux infecté artificiellement, stérilise la paroi en plus de 6 heures et moins de 24.

I. Zur Desinfection von Wohnungen ( Archiv . für Hi/qiene , XIII p. 294, 1891). " ’

Les curieuses recherches de Lapasset 1 ont montré que le lait de chaux est le meilleur procédé de désinfection des murailles et qu’il en stérilise les surfaces aussi sûrement qu’une solution de sublimé à 3 0/00. Comme les badigeons à la chaux de date ancienne ne renferment presque pas de microbes, il vaut mieux ne pas les gratter avant l’application du lait de chaux ; la surface du mur reste plus égale et l’on n'est pas obligé, pour combler les creux, de recourir au blanc de Meudon, qui n’a aucune propriété désinfectante. La chaux, c’est-à-dire l'eau de chaux, étant ici le désinfectant réel, il vaudrait mieux ne pas employer un lait très épais et répéter plutôt un certain nombre de fois une couche d'un lait très clair. L’auteur propose le badigeon suivant :

Eau simple froide 5 litres.

Chaux fraîchement éteinte 2 kilogrammes.

« On délaye, on mêle, on agite, puis on laisse reposer pendant un quart d’heure. Toutes les parties lourdes, le sable qui recouvre le tas de chaux éteinte, les pierres calcaires contenues dans celle-ci, se déposent... On décante alors, en vidant dans un seau le liquide surnageant, le véritable lait de chaux. » Il peut y être ajouté de la colle préparée d’avance.

Nous devons, toutefois, mentionner en regard de cette théorie de la supériorité du lait clair les résultats de Giaxa qui semblent présenter l’efficacité du lait de chaux comme proportionnelle à la densité de celui-ci. Entre les mains de l’auteur, les bacilles du choléra étaient sûrement tués par un badigeon de lait de chaux à 20 0/0; ceux du typhus exigeaient un lait à 30 0/0 ; ceux du charbon ne cédaient qu’à plusieurs couches de badigeonnage; le charbon avec spores, les bacilles

I. La Désinfection des murailles et le badigeonnage à la chaux [Reçue d’hygiène, XIV, p. 481, 1892).

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de la tuberculose et du tétanos résistaient à un badigeonnage répété au lait de chaux à 30 0/0, dont deux couches suffisaient à tuer les staphylocoques.

Finalement, le badigeonnage à la chaux est un désinfectant des plus sûrs, pourvu que l’on n'y introduise pas de blanc de Meudon, de Troyes ou d’ailleurs, c’est-à-dire de craie. Il compense aisément l’absence de peinture à l’huile, pour les petites gens qui ne peuvent la payer. La vieille pratique de nos villages et de nos casernes, de badigeonner les murs à la chaux, une fois par an, est éminemment salutaire.

La chaux coûte, à Paris, Ofr. 05 le kilogramme.

Les lessives. — Ce sont encore des préparations avec lesquelles nos devanciers faisaient de la désinfection sans le savoir et dont l’enthousiasme d’antisepsie de notre temps a failli faire oublier l’efficacité.

Dans mon village, les ménagères « entassent » le linge sale de la famille dans une cuve, puis le recouvrent d'une forte couche de cendres de bois reposant sur un gros drap, dit « cendrier ». Le tout est trempé d’eau froide pendant 24 heures. Au bout de ce temps, on tire par le bas de la cuve, muni à cet effet d’un trou et d’un bouchon de bois, une certaine quantité d’eau que l’on fait chauffer dans une grande marmite. Cette eau chaude est versée de nouveau à la surface de la couche de cendres ; puis soutirée, quand elle a traversé le linge, reportée à la chaudière ; ainsi de suite, en s’arrangeant de façon à élever de plus en plus la température de l’eau, si bien qu’à la fin de l’opération, qui s’appelle « couler la lessive » et dure 12 heures, la liqueur est devenue une solution de carbonate de potasse très riche et est répandue bouillante sur le contenu de la cuve. Je pense qu’il n’est pas de microbe capable de résister à ce traitement qui n’a qu’un tort, celui de ne pas être appliqué assez souvent, dans le milieu rural dont il est question.

Il n est pas douteux que le passage du linge par les

<« lessiveuses » ordinaires, qui emploient le carbonate de soude au lieu de la potasse et y ajoutent également l’ébullition, n’ait une efficacité identique. On n’y songe pas assez. Ce qui va être dit renferme la théorie scientifique du fait.

Les bases alcalines, potasse, soude, ammoniaque, sont des désinfectants par changement, de réaction. Elles n’atteignent donc leur effet qu’à la condition de réaliser, dans les milieux où la désinfection doit se produire, un degré d’alcalinité déterminé. Il a été reconnu que la richesse de ces milieux en albumine est indifférente, mais que le genre des bactéries à détruire a une grande influence sur la réussite. Surtout, les études faites à l’Institut d’hygiène de Berlin ont démontré que, quand le degré d’alcalinité du milieu est déterminé par l’ammoniaque, il a besoin d’être de trois à cinq fois plus élevé que si l'alcalinité était due à la lessive de potasse ou de soude ou aux sels fixes de ces deux bases.

Les carbonates alcalins solubles, à l'exclusion des bicarbonates, ont un pouvoir analogue à celui de leurs bases, en raison directe de l’alcalinité qu'ils déterminent et, d’ailleurs, très élevé.

La quantité de solution alcaline à ajouter au milieu à désinfecter dépend de la neutralité ou de l’acidité primitives de ce milieu ; il est clair que les portions employées à neutraliser l'acide ne comptent pas.

Le degré d’alcalinité se mesure par le titrage , c’està-dire par la quantité d’une solution acide normale nécessaire pour neutraliser un volume déterminé de la liqueur alcaline. On emploie généralement, à cet effet, l'acide rosolique. Selon Behring, une liqueur alcaline qui exige, pour se saturer, 00 centimètres cubes d'acide normal par litre, tue, en 2 heures, les bacilles du charbon. Si l'alcalinité est due à l'ammoniaque ou au carbonate d’ammoniaque, il faut que la

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liqueur consomme ICO cenlimèlres cubes d'acide normal pour produire le même résultat.

Les solutions alcalines n’éprouvent pas plus de résistance de la part des bacilles de la diphtérie que de ceux du charbon. Les organismes du typhus et du choléra exigent une addition alcaline plus considérable.

Une bonne part de l’action des alcalis se retrouve dans les savons alcalins ordinaires, à laver le linge, et qui n’ont nul besoin, comme le fait remarquer Behring, de l’association maladroite avec le sublimé, le goudron, l’acide phénique, qu’ont imaginée des industriels amis de la réclame. Un savon solide, à laver le linge, employé à l’Institut d’hygiène de Berlin, tuait encore en 2 heures les bacilles du charbon à la dose de l de savon p. 70 du bouillon de culture.

Nous lisons dans le travail déjà cité de von Gerloczy :

« Lessives de cendres (2 volumes de cendres de bois lessivées par 1 volume d’eaù) : 100 de fèces diluées et 100 de lessive, à froid. — Mauvaise odeur : après 1 heure, colonies nombreuses; après 24 heures et après 4 jours, stérilisation. »

« 100 sur 300 (à froid); inoculation au bout d’une heure ; quelques colonies. Après 24 heures et 4 jours, stérile. »

« 100 sur 100 (à chaud): après 1 heure, colonies nombreuses ; après 24 heures et 4 jours, stérile. »

<( 100 sur 300 (a chaud) : après 1 heure, comme après 24 heures et quatre jours, stérile. »

« Je puis donc présenter comme réussie la désinfection par la lessive de cendres, du moment qu’en luisant agir, à froid, 300 centimètres cubes de lessive sur 100 d’excréments, une inoculation exécutée sur gélatine au bout d une heure ne donne qu’une à deux colonies. »

« En employant 300 centimètres cubes de la même lessive bouillante , l’inoculation au bout d’une heure

ni

resta absolument stérile. 100 centimètres cubes de lessive bouillante n’arrivaient pas à rendre stérile, au bout d’une heul-e, l’inoculation sur gélatine; mais ce résultat était obtenu en 124 et 48 heures. »

L’auteur en conclut que la lessive bouillante est plus eflicace que l’eau simple également bouillante. En effet, la première bout à un degré plus élevé que la seconde et jouit, en outre, de propriétés chimiques offensives pour les bactéries.

Cela n’est pas contestable. Mais il convient de remarquer que Gerlôczy vérifiait l'action parasiticide absolue de la lessive ; dans les « excréments frais » qu'il soumettait à celle action, il y a des bactéries banales extrêmement résistantes. Si, au contraire, il n’eût recherché la survie — ou la mort — que des bacilles du typhus ou du choléra, il fût arrivé à des résultats plus favorables: même en tenant compte que les inoculations à la gélatine ne sont pas le meilleur moyen de contrôle en pareil cas. L’eau bouillante, et même l'eau à un degré inférieur, est déjà un bon désinfectant pour les bacilles pathogènes sans spores.

Pour ce qui concerne les spores, Behring déclare que les lessives seules, et non les carbonates alcalins, tuent les spores à la température ordinaire. Encore doivent-elles être à l'état de solutions fortes. Une lessive de soude à. ‘10 U/0 semontra active en 10 minutes; la lessive normale, à 4 0/0, retarda jusqu'à 45 minutes. Dans de telles conditions, les fils de soie servant aux expériences sont à peu près dissous.

Mais les carbonates alcalins atteignent à un pouvoir désinfectant très énergique quand on y associe une haute température. Behringexpérimentaavec la lessive dont on se sert à Berlin pour le lavage des linges de toile et que l'on prend d'ordinaire chez le savonnier. Onia fait bouillir; le linge est plongé dans la liqueur chaude pendant quinze minutes, puis porté dans l'eau de savon chaude. La température, pendant l’immer-

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sion du linge, est de 80 à 85°. Cette lessive, qui renferme environ 1,4 0/0 de carbonate de soude, placée dans des éprouvettes maintenues au bain-marie à 83°, tua régulièrement toutes les spores des tils de soie en expérience en 8 à 10 minutes, souvent en 1 minutes, c’est-à-dire en moins de temps que l’on n’en met dans la pratique.

À 80u, il faut 10 minutes ; à 73°, 20 minutes ; à 70°, 30 à GO minutes. Behring est frappé de ce degré d’énergie vis-à-vis de spores dont il avait éprouvé la résistance à la chaleur humide et qui n’étaient tuées qu’en 10 à 12 minutes dans l’autoclave.

Les étoilés de laine ou de soie ne supportent pas, Sans être endommagées, le traitement par les lessives caustiques, bouillantes surtout. Cependant, les tissus de laine les plus communs, ceux dont sont faits nos vêtements journaliers et les plus intimes (gilets de flanelle, etc.), ne sont pas sérieusement compromis par le séjour dans les lessives ordinaires au carbonate de soude ou de potasse (à 1 ou 1,5 0/0, pourvu qu’on ne prolonge pas ce séjour au delà d’une heure ou deux et que la température reste en deçà du point d’ébullition, entre GO et 70° . Ce qui suffit encore à la plupart des besoins, au point de vue de la désinfection.

Mais le linge de corps ou de literie se prête à merveille au passage par la lessive bouillante, comme le prouve une observation séculaire. C’est la préparation naturelle et la meilleure au lavage. Désinfection et propreté se touchent, si elles ne se confondent.

Au début du choléra de 1892, les ingénieurs Geneste et Herscher, à qui nous avions autrefois demandé de construire, pour les groupes peu riches, comme les infirmeries régimentaires et la plupart des localités i orales, un appareil a désinfection moins cher que l’étuve à vapeur, présentèrent à l’administration sanitaire française un « trempeur », que le ministre de l’intérieur recommanda officiellement à tous les pré-

fels et, qui n’est autre qu’un moyen sûr et commode de régulariser la désinfection du linge par la lessive bouillante.

Les inventeurs appellent eux-mêmes cet appareil: « Cuve ii désinfection par trempage. » Il consiste en un bac superposé à une chaudière et réuni ii celle-ci par deux tubes plongeant dans la chaudière il des niveaux différents. On place le linge suspect dans le bac ; on remplit la chaudière (jusqu’à l’orifice d’un robinet de jauge) d'eau — ou mieux d’une solution alcaline. — Lorsque le foyer sur lequel s’enclave la chaudière a porté le contenu de celle-ci à l’ébullition, c’est-à-dire à 100 degrés, ou au-dessus quand c'est une solution alcaline, on ferme une valve d’échappement de la vapeur. Celle-ci, comprimée sous le couvercle de la chaudière, fait monter le liquide bouillant dans le bac au linge, par en bas, à l’aide de l’un des tubes, par en haut au moyen du second. Pour le faire redescendre, il suffit de rouvrir la valve à vapeur, ce qui peut se faire au bout de quinze minutes. — Ces « trempeurs » coûtent de 300 à 300 francs.

Schimmelbusch 1 a imaginé un appareil analogue pour stériliser, en 30 minutes, par la lessive et la vapeur chaudes, les instruments de chirurgie et les objets de pansement.

La solution de savon de potasse (savon noir ou savon vert) est réglementaire en Allemagne, pour la désinfection du linge en temps de choléra. On la prépare à chaud avec 3 de savon 0/0 d’eau.

On ne saurait trop, à notre avis, vulgariser cette notion que les lessives, à peu près comme on les fait dans tous les ménages, à la cendre de bois ou au carbonate de soude, dût-on un peu forcer la dose du sel alcalin, pourvu qu’on les fasse agir à des températures voisines de l’ébullition, sont un moyen de désin-

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