‹ La désinfection publiqueChapitre 30 sur 74 · I GO · texte numérisé non relu

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Il est clair que les deux créolines ne se ressemblent pas. Les auteurs allemands sont, d’ailleurs, sévères pour celle d’Artmann, leur compatriote. Mais, chose plus grave, Weyl craint qne ni l’une ni l’autre ne se ressemble à elle-même d’un jour à l’autre, attendu qu’elles sont fabriquées avec des huiles de goudron de constitution très compliquée, variable selon la nature des charbons et le procédé industriel. Ce qui explique aussi la divergence des expérimentateurs. En somme, ce sont des remèdes secrets.

Des recherches de Biel, Fischer, Lutfce (cités par Ilenle), il ressort que la créoline anglaise renferme (10 0/0 d’hydrogènes carbonés aromatiques indifférents, dont IN 0/0 (Fischer) consistent en naphtaline ; 27,4 0 0 en phénols supérieurs qui, par distillation fractionnée, sont à peu près débarrassés de l’acide phénique; 2,20 0/0 sont des bases organiques analogues à la pvridine ; 4,4 0/0 des cendres (carbonate de potasse, un peu de chlore et des traces de sulfate de potasse). Le carbonate de potasse provient d’un savon résineux au moyen duquel les éléments insolubles sont émulsionnés.

Ilenle a trouvé la créoline qu’il a examinée moins riche en phénols et davantage en bases pyridiques. La créoline d’Artmann lui a paru moins une émulsion savonneuse qu’une préparation dans laquelle une substance analogue à la gomme arabique tient une grande place. Quant ù, la créoline de Pearson, il 1 a non seulement analysée, mais reconstituée. Finalement, il a montré que, dans le plein eflet de ce désinfectant, quatre groupes de corps agissent simultanément, savoir :

1° Un savon (résineux);

2° L’huile de créoline;

.‘1° La pyridine ;

4° Des phénols (crésols).

Dans la créoline, les crésols sont, non pas dissous,

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mais èt l’état d’émulsion. « L’émulgent » est le savon résineux. Ces crésols sont l’élément capital ; mais il faut tenir compte aussi de l’action antiseptique des carbures d’hydrogène que Henle a pu extraire sous forme d'huile de créoline. Selon Engler, ce sont les huiles hydrocarbonées qui, dans la créoline, dissolvent le savon. Les pyridines ne servent à rien.

Il s’agit toujours de la créoline de Pearson — Jeyes. Behring et llenle s’accordent à déclarer que celle d’Artmann n’a aucune valeur en désinfection. L'inventeur a voulu obtenirun produit qui ne fût pas toxique, et a surtout réussi à créer une préparation inerte.

La créoline de Pearson à 0,5 0/0, à la température de 21°, a tué les bacilles typhiques en 15 minutes. L’acide phénique à la même dose n’y arrive pas en une heure à 22° et ne tue ces bacilles qu’à 30 à 32° en une heure, 40 à 42° en 5 à 15 minutes. — Jàger fait connaître que les crachats tuberculeux sont neutralisés après une minute d’immersion dans la créoline de Pearson à 10 0/0 ou même à 5 0/0.

Aucun des éléments composants de la créoline, crésols, huile de créoline, savon, ne possède à beaucoup près le pouvoir désinfectant qui se trouve acquis au mélange.

Exprimé en chiffres, le rapport entre l’activité, visà-vis de bactéries sans spores en bouillon de culture, de l’acide phénique et celle des crésols et de la créoline serait = 1:3 — 4 : 10 (Behring). La créoline a donc droit à un rang supérieur parmi les désinfectants.

A de certains égards, elle peut passer avant l’acide phénique et même avant l’acide impur traité par l’acide sulfurique, par exemple pour des désinfections de surfaces. Quand on s’adresse au corps humain, elle remplace avantageusement le sublimé. C’est, d’ailleurs, un des meilleurs désodorisants connus.

Mais, comme celui du sublimé, le pouvoir désinfectant de la créoline s’amoindrit quand on l’applique à

des milieux riches en albumine. Elle suspend le développement des bacilles du charbon, dans le bouillon, à la dose de 1 p. ÎO.ÜÜO; mais, dans le sérum du sang de bœuf, la proportion nécessaire devient 1 : 200. L’acide phénique reprend ici sa supériorité ; d’autant plus que les crésols rendus solubles, un peu moins neutralisés que la créoline par lesliquides albumineux, restent encore, en cette occasion, au dessous de l’acide phénique.

Il est remarquable que les émulsions de créoline fraîchement préparées sont plus actives qu’après un certain temps de conservation.

La créoline coûte 1 fr. 10 le kilogramme.

Sous le nom de crésyl, la créoline de Jeyes a été introduite parmi les désinfectants règlementaires dans le service de santé de l’armée.

Il en a été fait une application en grand dans les halles du marché aux bestiaux de La Ville tte, à partir du 1er août 1888 Nocard en loue les qualités, mais parait être allé trop loin en avançant qu’elle n’est pas toxique.

Elle l’est certainement, par les phénols qu’elle renferme. Rosin et Cramer (in Henle) ont rapporté des accidents provoqués par son emploi. Selon Behring, la toxicité de la créoline peut compter pour 1 , celle de l’acide phénique et des crésols étant 3 et celle du sublimé 120. En général, elle est inoffensive à l’usage.

Son activité échoue devant les matières infectieuses à spores.

Les solutions de savon carbolique de Nocht procèdent de la môme idée que la créoline, celle d’éviter l’extrême acidité des mélanges phénylsulfuriques L’auteur fait une solution aqueuse et chaude de savon dans laquelle il verse, en agitant vivement, de l'acide phéni-

I. Note sur le service de désinfection du marché aux bestiaux de La Yitlette ( Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 4 novembre 1889).

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que à 100 0/0. Les solutions de 3 de savon pour 100 d’eau peuvent aisément dissoudre 6 0/0 d’acide phénique à la température de 60° ; les solutions à 6 de savon p. 100, 12 0/0 d’acide phénique. La liqueur qui en résulte est limpide, sauf que par le refroidissement elle devient opalescente quand la proportion d'acide est forte. Elle se prête à la désinfection de tous les tissus, laine ou toile, clairs ou foncés, et ne les compromet en rien, même dans le cas d’une immersion de 24 lieures de durée. La réussite de la désinfection est en raison de la proportion d’acide phénique dans la solution. A 3 0/0 d'acide, elle détruit les spores du charbon en 24 heures.

Le lysol , dont il va être parlé, n’est guère plus que la solution savonneuse de Nocht. Mais nous devons d'abord une mention aux solutions neu'res de crésol, qui ont fait l’objet de deux mémoires de Hans Hammer, de Prague '.

On reproche aux solutions savonneuses, y compris la créoline et le lysol, de s’oxyder il l’air et de perdre, par suite, une part de leur activité ; en outre, quand il s’agit d’une émulsion, de posséder une consistance qui en rend le maniement désagréable. En ajoutant du crésol à des solutions aqueuses concentrée de salicylnle de soude , on obtient des mélanges qui peuvent être dilués dans l’eau à volonté sans abandonner leurs crésols. Ce sont des crésols en solution aqueuse neutre.

On peut employer, pour ces préparations, des crésols de n’importe quelle provenance et remplacer le salicylate de soude par un autre salicylate et, d’ailleurs, par les sels de tous les acides orlhoxybenzènecarboniques. Le benzoate de soude et ses homologues, les benzènesulfonates do soude, agissent plus faiblement. Les dérivés de la naphtaline correspondant aux

1. IIammer (Hans), Ueber <lie desinficirenie Wirkung (1er Kresole unit die Herstellung heutra'.er wfissriger Kresollôsungen [Archiv /'. Hggiene, XII, p. 359, 1891, et XIV, p. U7, 1892).

corps qui déterminent la solubilité ducrésol possèdent le même pouvoir à un degré plus élevé. Le professeur Hueppe a donné le nom de solueols aux solutions neutres de crésol, obtenues d’après ces principes.

En dehors des sels organiques précités, les sels de phénol et de naphtol rendent aussi les crésols et phénols supérieurs solubles dans l’eau. Ainsi, avec .‘12 gr. de crésol, H gr. de soude caustique, .‘12 gr. d’eau, on obtient une solution renfermant 1 1 gr. de crésol libre, c’est-à-dire une solution de crésol dans le crésylate de soude ( Kresolnatrium ).

Ilammer a essayé le pouvoir désinfectant de cinq solutions de crésols (ortho-para-métacrésol, orthocrésol, métacrésol, paracrésol, méta — et paracrésol) dans le métacrésotinate de soude, renfermant : Eau 500 gr. ; métacrésotinate de soude 350 gr., et 250 gr. ducrésol en expérience; en d’autres termes, un solvéol. Les résultats ont été à peine inférieurs à ceux de Frànke lavée l'acide phénique brut traité par l’acide sulfurique. Des spores charbonneuses très résistantes ont été tuées par les solutionsau métacrésotinate de soude 5 0/0 : en 1 heure avec l’ortho-méta -paracrésol, et avec le métacrésol ; en 1 jour avec le méta-paracrésol et l’orthocrésol ; en 2 jours avec le paracrésol.

Les solutions de crésol dans le naphtalinesut f ouate de soude le cèdent peu aux précédentes en énergie désinfectante et coûtent moins cher, mais sont d'un usage moins agréable.

L'auteur conseille de remplacer les solutions de crésol brut dans l’acide sulfurique, de Frankel, dont la causticité est gênante, par la solution de crésol brut dans le crésylate de soude, laquelle est alcaline, n’attaque point les parois des locaux comme la précédente, tout en étant très active, surtout si l’on élève un peu la température. Ce produit nouveau s'appelle le solutol. Le commerce en fabrique en ajoutant à du crésol une quantité déterminée d'alcali ; il se

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forme une solution du crésol dans ses sels alcalins.

Le solvéol et le solutol ont l’apparence d’une activité plus grande que la créoline et le lysol, par ce fait qu’on obtient les mêmes résultats avec une proportion des premiers plus faible que celle des derniers. Mais si l’on réduit ces diverses préparations aux quantités réelles de crésol qu’elles représentent, on reconnaît aisément, à l’expérience, que le pouvoir désinfectant est le même de part et d'autre.

Pareille aussi est leur toxicité, rapportée à celle du crésol, qui est de 0 gr. 6 par kilogr. d’animal.

C’est encore le besoin de rendre soluble dans le savon alcalin les phénols supérieurs qui nous a valu le lysol , le plus récent des désinfectants.

Il est fabriqué à Hambourg, suivant brevet impérial du 8 mai 1889, par la maison Schülke et Meyer, avec une sorte de mise en scène scientifique qui dénote un esprit commercial fort avisé. Le professeur Engler et le Dr Schmidt en contrôlent officiellement la constitution chimique, et le professeur Scholtelius en surveille les propriétés bactéricides '.

L’essence du procédé de fabrication est que les subtances qui composent les huiles de goudron sont mêlées à du savon à l'état naissant. Ce n’est pas une émulsion, c’est bien une solution de l’huile de goudron dans le savon (Ëngel). Les substances choisies dans le cas particulier sont, naturellement, lescrésols, c’està-dire des antimycotiques, dit Gerlach, des plus énergiques.

La Société française du lysol, qui ne sait guère moins bien faire valoir son produit que sa voisine de Hambourg, fabrique de même un savonale alcalin de crésytol (crésol), dans lequel cet élément actif entre pour une proportion de 47 à 50 0/0.

Le lysol, n étant pas une émulsion comme la créo-

1 . Geülacu (\al.), Uelter LijsüI ( Zeitschr . f. Hyg.,X, p. 1 67, 1S9I).

line, est parfaitement soluble dans l'eau. C’est un liquide épais, brun-clair, du poids spécilique de 1,042. Sa réaction est alcaline. 11 mousse à la façon d’une lessive et présente, d'ailleurs, l’avantage de participer à la fois des propriétés d'un antiseptique et de celles du savon (Remouehamps et Sugg). Engler lui attribue la composition suivante :

Cendres 6,52

— calculées en potasse 5,30

Produit de distillation huileux brut 51,00

Phénols (crésols' 47,40

Carbures d’hydrogène neutres 3,60

Dès l’origine, le lysol a été présenté comme un désinfectant supérieur à l’acide phénique, au point de vue même du pouvoir bactéricide. Behring ne conteste pas l’assertion de Schottelius, que les choses sont telles vis-à-vis des bacilles du charbon et de la diphtérie dans leurs bouillons de culture. Pour ce qui concerne les bacilles du typhus et du choléra, Boer n’a pas trouvé de différences notables \

Remouehamps et Sugg, en usant des cultures sur gélatine comme moyen de contrôle après la désinfection, ont reconnu que « l’acide phénique tue (les spores) au bout de 10 à 11 jours; que la créoline diminue la vitalité des spores avant le 20° jour, mais ne lue pas; et qu’il en est de même pour le lysol. » Toutes les préparations essayées étaient ào 0/0. A 2 et 1/20/0, aucun des trois désinfectants ne tue les spores.

En expérimentant sur les bacilles du typhus et du choléra, les mêmes auteurs ont trouvé, en bouillons de culture, la créoline et le lysol supérieurs à l'acide phénique et à peu près égaux entre eux, excepté en ce qui regarde le choléra, où la créoline se montra plus

1. Voy. Schottelius, \ergleichende Untersuchungen ueber die desinficirende Wvkung einiger Theerproducte (Münchener med. Wochenschrift, 1890, n° 20).

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active que son congénère. Les solutions à 5 0/0 sont efficaces presque instantanément; à 2 et 1/2, toutes le sont en 10 minutes.

En bouillons albumineux , le lysol s'est montré l'égal de l'acide phénique, et plus actif que la créoline à l’égard du bacille typhique. Toutefois, Behring affirme que, dans le sérum, le l vsol estmoins actif que la créoline qui, elle-même, est 50 fois moins active que l’acide phénique.

Les matières fécales cholériques ou typhiques, mélangées à volumes égaux avec les solutions à 2 et 1/2 0/0, ont été débarrassées des germes du choléra et de la fièvre typhoïde en cinq minutes, aussi complètement par l’un que par l’autre des trois antiseptiques.

Dans les solutions à 1 0/0, les linges et couvertures souillés de selles typhiques ou cholériques sont totalement stérilisés par l’un et TauLre des trois désinfectants, après un séjour de 2 heures à froid, et de 30 minutes à chaud (50°). Un séjour de 30 minutes à 1 heure, à froid, suffit même à tuer les germes du choléra. L’action de la créoline est un peu inférieure à celle de ses congénères.

Dans les solutions à 2 et 1/2, un séjour de 30 minutes è chaud, et même à froid, tue complètement les germes de l'une et de l'autre espèce.

Au point de vue de la toxicité , les expérimentateurs de Gand concluent, d’injections hypodermiques des désinfectants à des animaux, que l'acide phénique est toxique à la dose de Ogr. 30 par kilogr. d’animal, la créoline à l gr. 10, le lysol à 2 gr. 30. Ce dernier est donc le moins toxique des trois et finalement « est une bonne acquisition pour la médecine et pour l’hygiène ».

Behring, qui oppose de sérieuses critiques aux allégations de Schottelius, toutes en faveur du lysol, fait remarquer que le professeur de Pribourg-en-B.

n’a pas contrôlé l’action du lysol en portant à l’étuve, où elles germent parfois encore après qu’on les croyait stérilisées, les matières infectieuses traitées par le désinfectant. Remouchamps etSugg se sont mis à l’abri de ce reproche quand il a été nécessaire.

Aussi leurs résultats, vis-à-vis des matières infectieuses à spores se rapprochent-ils de la formule de Behring, que nous reproduisons parce qu’elle s’applique à tous les désinfectants nouveaux qui viennent d’étre passés en revue : « En solution alcaline ou dans les solutions savonneuses, l’acide phénique pur ou impur, les divers crésols, la toluidine, la xylidine, ne tuent pas sûrement les spores charbonneuses, même en solution à 10 0/0 et avec une durée d’application de plusieurs jours. Le lysol, pas plus que la créoline, n’est mortel aux spores par une durée d’application de 24 heures ou de moins de 24 heures. »

Suivant Cadéac et Guinard *, le lysol est certainement un microbicide supérieur à l’acide phénique, à la créoline, au crésyl et aux autres produits analogues, mais il n’est, cependant, pas préférable aux antiseptiques classiques. Son activité n’est pas extraordinaire, car il n’est vraiment efficace qu’employé en solutions qui peuvent être caustiques et irritantes, bien que les prospectus annoncent le contraire (et que, selon Remouchamps et Sugg, il n’attaque pas l'épiderme, même en solution concentrée). On peut le conseiller dans la désinfection des locaux d’habitation, des fosses d’aisance, des étables, des écuries.

Il est, d’après Maisel !, préférable au solutol pour la désinfection et la désodorisation des abattoirs.

La Société française du lysol le vend 5 francs le litre. Le traitement des matières de fosses par la solution à 2 et 1/2 p. 0/0, à volumes égaux, reviendrait

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