Sur le lysol ( Province médicale, 1892, n
2. Maisel,’ Solutol J und Lysol in dér Gross-Desinfektion (Berlin. Thierârztliche Wochenschrift, 1892, n° 32).
DES DÉSINFECTANTS
donc à 125 francs par mètre cube. N’employàt-on que la solution à 1 0/0 ou, ce qui revient à peu près au même, ne fit-on agir qu’un demi-volume de solution à 2 et 1 /2, c’est encore de 50 à 02 fr. 50, et c'est beaucoup. Nous croyons qu’il faudra réserver ce corps pour la désinfection des selles déposées dans les bassins et chaises percées, aux linges des malades et aux effets qui peuvent se laver sans inconvénient, sans préjudice des surfaces sur lesquelles on pourra le faire agir.
Notons, d’ailleurs, avec Behring et comme' on peut le pressentir à la suite des développements dans lesquels nous sommes entré, qu’en dehors des savons, les lessives de soude ou de potasse conviennent très bien pour donner à l’acide phénique impur, aux crésols, au goudron de houille, la solubilité dans l’eau, nécessaire à tous les désinfectants. La valeur parasiticide de ces solutions alcalines est identique, aussi bien que celles des solutions savonneuses correspondantes d'acide phénique et de crésol. Le commerce en fournit déjà.
Elles ne sont pas encore très vulgaires en désinfection publique, non plus que les solvéols, le solutol, le lysol et même la créoline. Mais, quand on s’occupera sérieusement de l’éducation desdésinfecteurs, on aura peut-être le moment d’examiner si des situations particulières ne se trouveraient pas mieux de tel désinfectant que de tel autre et s'il n’y a pas avantage à sortir quelquefois du sublimé et de l’étuve, encore que leur puissance soit incontestable. C’est, sans doute, celle désinfection de l’avenir qui justifie ce longexposé des corps de la série aromatique.
Nous croyons inutile de nous arrêter à des agents <pii n'ont aucune chance d’entrer dans la désinfection publique, tel que le thymol et Veuca/yplol, un peu passés de mode, le sozoiodol qui a été une erreur, ['acide salicylique, très actif mais presque insoluble (1 sur 400).
Le travail de Behring mentionne encore les matières colorantes organiques, le violet de mèthyl (. Pyoktanine de Stilling), le vert de malachite, dont le pouvoir bactéricide est extrêmement variable d'une espèce microbienne à l'autre, mais assez grand pour que le premier, à 1 sur 5.000, tue les bacilles du charbon et ceux de la diphtérie, le second les bacilles du choléra h 1 sur 25.000, tandis que les bacilles du typhus réclament 1 : i50 de pyoktanine et I : 300 de vert de malachite. Je ne sache pas que l’usage de ces agents soit encore très répandu : mais, comme il n’existe pas de « désinfectant universel, » ceux-ci peuvent s’adapter très bien à des situations particulières. C’est pourquoi nous les ajoutons à la liste.
DÉSINFECTANTS LIQUIDES I’EU SOLUHLES DANS L’EAU.
L c chloroforme est un bon désinfectant, comme l’ont montré Salkowski (cité par Behring) et Kirchner h Des cultures massives de bacilles du choléra ont été rendues pures de germes en moins d’une minute par le chloroforme à 1 0/0, en une heure à 0,23 0/0. Les bacilles typhiques ont été détruits en une heure par 0.30 0/0 de cet agent. Le chloroforme peut être aisément, à la faveur de sa volatilité, chassé des liquides sur lesquels il a agi. Kirchner parle d’additionner de chloroforme l’eau de boisson suspecte de véhiculer le typhus ou le choléra. Je ne sache pas que le conseil ait encore été suivi. Il faudrait, sans doute, après traitement, chasser le chloroforme par la chaleur. Autant vaut faire bouillir l’eau tout de suite, sans chloroforme.
Les « huiles éthérées » que nous appelons essences jouaient un grand rôle dans l’antisepsie inconsciente d’autrefois. Les Egyptiens s’en servaient pour conser-
1. Untersuchungen über die Einwirkung des Chloroformes nuf die bactei'ien ( Zeitschrift fur Hygiene, \ III, p 465. 18sü).
DES DÉSINFECTANTS
ver les cadavres princiers. L’huile que le bon Samaritain versa sur les blessures du voyageur appartenait peut-être à la catégorie des essences. Il n'y a pas encore longtemps que la désinfection des personnes et des navires, dans les lazarets, se pratiquait à l'aide de parfums. Les huiles éthérées entrent vulgairement dans la composition des eaux de toilette.
Ce sont, en effet, de réels antiseptiques, au témoignage de Rob. Koch, de Chamberland, de Cadéac et Meunier '. Ces deux derniers ont cherché à déterminer l’activité bactéricide des essences par comparaison. Ils plongeaient une aiguille de platine, chargée d’une culture sur agar des bactéries à examiner (typhus, morve) dans l'essence liquide ; puis, ils inoculaient par stries, sur agar, l’échantillon ainsi traité. Si aucune végétation bactérienne n’apparaissait, ils concluaient à la stérilisation. La différence d’activité des diverses essences se reconnaissait au temps plus ou moins long que les échantillons de cultures devaient passer dans le liquide antiseptique pour entraîner la mort des bactéries.
En opérant de la même manière à l’égard du sublimé, de l’éther iodoformé, du sulfate de cuivre, de l’acide phénique, ils ont pu se convaincre que certaines essences ne le cèdent pas, sous le rapport de l’activité, aux désinfectants les plus en renom. Ainsi, pour détruire les bacilles typhiques, il a fallu :
Désinfectants.
Sublimé (t : louu) . . . . 10 minutes
Ether iodoformé 36 heures
Suif, de c. (2 : tOO). . . 9 jours Acide phén. (1 : 100. . 12 jours
Essences.
Cannelle de Ceylan.
Giroflée
Serpolet
Thym
Patchouly
12 minutes
Un grand nombre d’autres essences arrivent au même résultat en moins de 24 heures ou de 48 heures. Nous ne pensons pas, néanmoins, que ces prépara-
1. Recherches expérimentales sur l'action antiseptique des essences (Annales de l'Institut Pasteur, 1889, p. 317).
lions, qui ne sont solubles que dans l’alcool, entrent jamais clans la désinfection courante, comme l’acide phénique ou le sublimé.
Ce sont, d’ailleurs, aussi des poisons, bien qu’on les emploie largement à la toilette de la bouche.
On ne les emploie même pas à d’autres désinfections.