COUPS AGISSANT A I.’ÉTAT SOLIDE
L’or, ltirgent, à l’état de métal, le mercure, le cuivre, le nickel, le zinc, ont des propriétés bactéricides. Celles de l’or sont très frappantes, et le professeur Miller a pensé qu’il pouvait y avoir là une indication spéciale pour l’obturation des dents creuses à l’aide de feuilles métalliques . Les bacilles du charbon, le baci/lus pyocyaneus, sont fortement entravés dans leur développement par l’or métallique, tandis que l’argent entrave davantage les bacilles typhiques. Behring suggère que ces dilférences dépendent de la façon dont les produits de la nutrition des bactéries attaquent ces divers métaux.
Nous n’avons admis cet article dans nos développements que pour enregistrer ces faits curieux et laisser ouverte la perspective d’applications à l'hygiène publique, que nous ne soupçonnons pas, mais que l’avenir pourra préciser.
DÉSINFECTANTS A [.'ÉTAT GAZEUX
Les désinfectants gazeux ont eu, dans leur temps, une grande vogue. Ou croyait que les gaz purificateurs pénétraient dans l’épaisseur des paquets d’étoffes ou de linges, des matelas, et peut-être des murailles. Les dispositions adoptées en 1873, à l’égard des fumigations sulfureuses, par la Commission Allemande du choléra , sont la dernière grande manifestation officielle
DUS DÉSINFECTANTS
de ces opinions. Depuis lors, il n’y a plus que des protestations en sens contraire ou des tentatives isolées de réhabilitation, d’ailleurs infructueuses.
A priori , il ne faut pas maintenir sur la liste des désinfectants publics un agent contesté et contestable. C’est pourquoi nous pensons qu’il convient de rayer définitivement de celte liste l 'acide sulfureux.
Je renvoie à la thèse de l’un de mes élèves, le docteur Fischer ', pour les controverses dont ce désinfectant (à l'état gazeux) a été l'objet. Vallin, Dujardin- Beaumetz et beaucoup de médecins militaires l’ont soutenu de leur mieux; tandis que Scholte et Gartner, R. Koch et WolITIiügel, Heusner, Richard, Dubief, Brühl et Gaillard, Tlioinot, Cassedebat, accumulent les preuves de son incapacité ou tout au moins de son infidélité. On remarquera que les insuccès de cet agent ne se limitent pas aux matières infectieuses avec spores, mais que des bacilles aussi peu résistants que ceux de la diphtérie, du typhus abdominal et même du choléra résistent à des fumigations sulfureuses de 60 grammes de soufre au mètre cube d’espace, pour peu que ces bacilles ne soient pas exactement à la surface mais aient pénétré dans la trame des tissus.
D'ailleurs, on se trompe quand on croit s’être assuré de bons résultats par cela qu’on a brûlé une grande quantité de soufre pour un espace donné. Cela prouve surtout que les parois du local n’étaient pas imperméables, comme il arrive régulièrement de nos demeures, et tout d’abord des murs et plafonds des casernes et des logements d’ouvriers, où le besoin de désinfection se fait le plus souvent et le plus vivement sentir.
Il est recommandé d’humecter les surfaces, dans les locaux qui doivent être soumis aux fumigations sulfureuses. Cette précaution élève, sans conteste, le pou-
). üe la désinfection publique. Thèse de Lille, 1892.
voir désinfectant de l’agent ; mais en en convertissant une partie en acide sulfurique, qui est désinfectant, mais ramène les chances de détérioration des tissus et objets métalliques et de décoloration des étoilés, signalées plus haut.
L’acide sulfureux a complètement disparu des rangs des désinfectants chimiques usités en Allemagne. En France, les règlements militaires l’ont conservé, et Thoinot, qui l’abandonne quand il s’agitdeslocaux, recommande encore « d’établir, dans un endroit fixe, une soufrière », où les gens du village porteront à désinfecter « les objets non altérables par l'acide sulfureux », lesquels sont vraiment rares.
Je ne repousse pas l’adage : « melim anceps quam nullum (remedium). » Mais il existe, même pour les villages qui n'ont pas d’étuve, des agents beaucoup plus simples et autrement efficaces que l’acide sulfureux. On ne voit pas pourquoi l'on continuerait à s’embarrasser de celui-ci, qui n’est pas déjà d’un maniement si commode, ni bon marché. Tout au plus peut-on s’expliquer, pour les stations quarantenaires de la Louisiane, concurremment avec les pulvérisations de sublimé, ces injections « de torrents d’acide sulfureux », que l’on envoie dans les soutes aux marchandises, où celles-ci sont souvent du café ou du sucre, mal faits pour les pulvérisations de sublimé. Encore fera-t-on bien de chercher autre chose.
Le chlore, le brome, l’iode. — Ces corps partagent le sort de l’acide sulfureux, en tant que gaz secs appliqués à la désinfection.
Fischer et Proskauer 1 ont ruiné le chlore et le brème dans la confiance des hygiénistes, comme Wolfïhügel l’avait fait du soufre. De leurs expériences il est résulté que faction des gaz chlore ou brème est
I. Ueber die Desinfection mit Chlor und Brom (Uittheilungen wis d. Kaiserl. Gesundheitsamte , II, p. 228, 1884).
DES DÉSINFECTANTS
très superficielle , incertaine, diffcile à mettre en pratique, dangereuse pour le personnel, inapplicable à une foule d’objets, coûteuse. Pour avoir des résultats positifs, la désinfection au chlore dans un local doit être aidée d’une saturation hygrométrique complète de l’atmosphère intérieure ; les objets à désinfecter doivent eux-mêmes être humides. D'où des détériorations bien faites pour faire renoncer au procédé. Les microorganismes, dans ces conditions et avec celle d’une étanchéité parfaite des parois, sont détruits lorsqu’une proportion de chlore de 0,3 0/0 (en volume) agit pendant 3 heures, ou une de 0,04 0/0 pendant 24 heures.
Ce qui a été dit du chlore peut s'appliquer aux vapeurs de brome et d'iode. Les gaz ne sont, décidément, pas de bons désinfectants. L’insuccès des tentatives faites avec les vapeurs de sublimé (Kœnig) et d’acide phénique confirme la règle.
Autre chose est du chlore dissous dans l’eau. Geppert (de Bonn), après avoir montré les faiblesses qui peuvent affecter les désinfectants les plus éprouvés, le sublimé, l’acide phénique, l’eau bouillante, essaie de revenir au plus vieux des désinfectants, le chlore, mais propose tout d’abord l’emploi de « l' eau chlorée ». L’eau chlore à 0,2 0/0, en quinze secondes, enlève aux spores charbonneuses tout pouvoir d’infection sur les cochons d’Inde; à 1 sur 700, elle produit la stérilisation complète. Selon le même, une pâte de chlorure de chaux , sur laquelle on fait agir une solution d'acide chlorhydrique à 2 ou 3 0/0, serait un excellent désinfectant, parce que cette réaction donne du chlore à l’état naissant.
Behring reconnaît que les organismes lesplus résistants sont anéantis par moins de 1 0/0 de chlore dans l’eau. Mais si, dans un liquide infecté, il y a des sels ou des matières organiques, l’effet du chlore est diminué d’autant ; de telle sorte que l’action du désinfectant reste toujours superficielle. On peut se con-
vaincre qu'il en est ainsi rien qu’aux précautions que Gepperl conseille pour l’usage de sa pâte au chlorure de chaux et aux opérations compliquées auxquelles il faudrait se livrer dans le simple but de se désinfecter les mains par des couches de cette pâte alternant avec l’immersion dans la solution chlorhydrique
Dans les liquides albumineux, le chlore commence par s’user en partie à l’oxydation de la matière organique. On ne sait ce qu’il en reste pour tuer les microbes et les spores.
L’acide chlorhydrique dégage du chlore de Vhypochlorite de soude aussi bien que du chlorure de chaux. Geppert recommande la première de ces réactions, pourvu que l’hypochlorite de soude soit en solution concentrée.
Le chlorure de chaux, qui joint à l’action de la chaux caustique celle de l’acide hypochloreux, a été l’objet des recherches de Sternberg*, de Jager s et de Nissen s. Tous ces auteurs en ont mis en relief la grande valeur désinfectante, qui n’est pas douteuse, mais, en général, ils ne se sont pas placés dans des conditions telles que les matières organiques du milieu infectieux neutralisent une partie de l’acide hypochloreux.
Jâger constate que des fils imbibés d’une culture pure de tuberculose ne montrent qu’une infectiosité retardée quand on les enduit d’une couche de bouillie de chaux à 1 sur 5. Ils perdent tout pouvoir infectieux par le traitement au chlorure de chaux à 1 sur 3. En général, les bacilles tuberculeux sont facilement tués par la solution de chlorure de chaux à 1 sur 2. Cependant il s’est présenté, dans les expé-
1. Voy. Geppert, Zur Lehre von den Antisepticis ( Berlin . klin. Wochenschrift, 1 889, n° 36).
2. Desinfection and Desinfectants ( Preliminary report made by the Comittee of désinfectants. 1Sü7).