C. Pratique de la désinfection. — Les employés se ren
dront directement et sans retard au domicile qui leur a été indiqué par le directeur de rétablissement.
Dès leur arrivée au domicile, ils transporteront leur matériel auprès du logement à désinfecter et se revêtiront du costume de toile avant d’y pénétrer.
Ils laveront tout d’abord à la brosse les linges tachés de sang à l’aide de la solution de permanganate de potasse.
Ils mettront ensuite dans leurs enveloppes tous les objets destinés à être portés à l’étuve (matelas, rideaux, couvertures, literie, vêlements, tissus et étoffes).
Puis, après avoir versé Je contenu de l'un des flacons dans la pompe à pulvériser et avoir rempli d’eau celle-ci, ils projetteront un jet de liquide désinfectant pulvérisé sur les murs, le plafond, les boiseries, le parquet ou carrelage, les grands tapis conservés à domicile, les meubles et notamment les lits, l’intérieur de la table de nuit et tous autres objets laissés dans les pièces.
Aucune partie des pièces à désinfecter ni aucun des objets qu’elles renferment ne doivent être négligés. Les glaces et leur cadre, les tableaux et objets d'art seront frottés avec des chiffons légèremenl imbibés de la solution désinfectante. Les grands tapis et étoffes laissés à domicile en raison de leurs grandes dimensions seront décloués et recevront sur les deux faces un jet prolongé de liquide désinfectant pulvérisé; le parquet ou les murs qu’ils recouvraient seront également désinfectés.
Les vases et ustensiles ayant servi au malade, ainsi que les water-closets, les cabinets d’aisance et les tables de toilette seront lavés avec soin à l’aide de la solution désinfectante.
Lorsque ces diverses opérations seront terminées, les désinfecteurs devront enlever leur costume de travail et le meltre dans les sacs destinés à le porter à l’étuve de désinfection; puis ils descendront les sacs renfermant les objets également destinés à l’étuve et chargeront le tout avec leur matériel dans la voiture.
Dès que la voiture chargée des objets à désinfecter arrivera à 1’élablissement, elle sera aussitôt débarrassée de ces objets ainsi que du matériel, et le tout devra être, dans le plus bref délai, désinfecté par le procédé indiqué ci-dessus. La voilure sera également lavée à grande eau avec la solution désinfectante.
Après désinfection' des objets susdits, ils seront reportés le plus tôt possible, au domicile de leur propriétaire, par la voiture spécialement affectée à cet usage.
3° Précautions générales. — Tous ceux qui seront chargés de la désinfection dans l’établissement porteront le costume de travail spécifié ci-dessus. Ils devront se débarrasser de leurs vêtements dans la pièce qui leur sert de vestiaire et y revêtir ce costume avant d’entrer dans les parties de l’établissement où se trouvent les objets à désinfecter.
Tous les agents, sans exception, doivent laisser leur costume de travail lorsqu’ils ont terminé leur service; ils sont tenus de se laver soigneusement la figure et les mains à l’eau chaude additionnée de la solution antiseptique indiquée plus haut, avant de retourner dans leurs logements ou dans l’établissement, pour n’importe quel motif.
L’entrée des locaux affectés à la désinfection est formellement interdite à toute personne de l’établissement ou autre qui n’y est pas appelée par son service.
Les agents préposés au maniement des objets infectés ne doivent, sous aucun prétexte, avoir des rapports avec le chauffeur de l’étuve et ses aides pendant les diverses opérations de leur service.
Les personnes qui désirent utiliser le service de désinfection publique seront prévenues qu’il y a intérêt pour elles à en avertir le directeur de l’établissement, afin que les désinfecteurs spéciaux puissent être mis à leur disposition pour pratiquer la désinfection à leur domicile et faire désinfecter les objets qui doivent être portés à l’étuve.
Autrement, les personnes qui feraient porter par des étrangers à ce service ou qui porteraient elles-mêmes des objets à l’établissement, doivent prendre des précautions spéciales pour éviter toute contamination par ces objets, notamment pour la désinfection de leurs propres vêtements et le nettoyage de leurs mains et de leur figure.
B. Organisation de la désinfection publique. — Au point de vue administratif, la désinfection est facultative ou obligatoire.
Suivant le premier mode, on cherche à l’introduire et à la répandre par l’enseignement oral ou écrit, par
l’éducation (lu peuple, par l’exemple. Il s’agi L de prévenir des calamités publiques en intéressant l’égoïsme individuel à la sécurité commune. Malheureusement, c’est un chemin un peu long. En fait, là où l’on se borne à engager les citoyens à user de la désinfection, les étuves chôment la plupart du temps. A notre avis, la désinfection, telle que nous l’avons entendue au cours de ce travail, doit être obligatoire. La santé et la vie des groupes sont sous la dépendance des mesures de prophylaxie, qu’il appartient aux administrations d’imposer. La désinfection publique ne peut qu’être l’une des plus importantes attributions de la police sanitaire.
Dans notre pays, la loi du 3 avril 188 i (article 97, 6°) confie au Maire (au Préfet de police, à Paris): « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux, tels que les incendies, les inondations, les maladies épidémiques ou contagieuses... '» Bien que ce texte prête à contestation chez les avocats et devant les tribunaux, c’est en vertu des termes de cette loi que le Préfet de police à Paris, les Maires en province, prennent des arrêtés relatifs à l’organisation de la police sanitaire, comprenant la désinfection lorsqu’il y a lieu. L’article 99 de la même loi confère, d’ailleurs, aux Préfets des pouvoirs dans le même sens et encore plus étendus.
En fait, la désinfection est à peu près obligatoire dans toutes les villes qui ont un Bureau d'hygiène , comme Lyon, Reims, le Havre, Nice, etc., et à Paris, au moins en temps d’épidémie. On évite, toutefois, et l’on a bien raison, de trop montrer la police et de présenter d’abord la désinfection comme une mesure tracassière, un prétexte à perquisition dans le domicile. Il n est pas très malaisé, quand on s’y prend par la persuasion, de la faire accepter même des plus ombrageux.
Une circonstance a, jusqu’ici, rendu cette obligation illusoire dans un cerLain nombre de cas ; c’est que la déclaration des maladies contagieuses n'était pas ellemême obligatoire. La loi du 30 novembre 1892 sur l'exercice de la médecine vient de combler en partie cette lacune :
« Art. 15. — Tout docteur, officier de santé ou sagefemrne est tenu de faire à l’autorité publique, son diagnostic établi, la déclaration des maladies épidémiques tombées sous son observation et visées dans le paragraphe suivant:
» La liste des maladies épidémiques dont la divulgation n'engage pas le secret professionnel sera dressée par arrêté du Ministre de l’Intérieur. .. »
De cette façon, il n’y aura que les gens qui ne se font soigner par personne qui pourront échapper aux mesures de protection. Le nombre en devient de jour en jour plus restreint. Encore est-il souvent possible d’éventer leur secret. Du reste, une autre loi prochaine étendra la déclaration obligatoire aux chefs de famille, gérants d'hôtels, logeurs, chefs d’établissements.
La jurisprudence particulière qui régit la ville de Paris a apporté jusqu’aujourd’hui de sérieuses entraves à la généralisation de la désinfection et, par suite, à son exécution obligatoire. Alors que l’arrêté des consuls du 12 messidor au VIII avait mis la salubrité publique tout entière entre les mains du Préfet de police, le décret du 15 octobre 1859 fit repasser au Préfet de la Seine certaines de ces attributions. C'est, paraît-il, cette raison, avec une part de routine des bureaux, qui fait que le service de la désinfection, à Paris, existe en double ; la préfecture de la Seine a un personnel de désinfecteurs, munis du matériel nécessaire pour la désinfection à domicile, et des étuves; la préfecture de police a des escouades de désinfecteurs outillés pour pratiquer la désinfection au soufre
dans les habitations, mais pas d’étuves (A. -J. Martin). Quand la préfecture de police veut faire pour son compte une opération complète, elle est obligée d’emprunter l’outillage de l’autre. On conçoit que ces deux services parallèles ne sont pas précisément pour s’entre-aider, les deux administrations se regardant comme égales, indépendantes l'une de l’autre, et chacune d’elles craignant toujours que la voisine n’empiète sur son domaine on ne contrôle ses actes. Il est à noter que les deux préfets, personnellement, déplorent cette situation et ne demandent qu’à s'entendre.
Quoi qu’il en soit, la préfecture de la Seine opère, à elle seule, avec une activité déjà remarquable et qui s’élève visiblement. Nous en résumons les résultats pour 1891, d’après la statistique d’A.-J. Martin :
Désinfections opérées par le service de la préfecture de la Seine
(mi).
Station de la rue desRécôllels 2.209
— — du Château-des-Rentiers. . . t.027
— de Chaligny 903
Total 4.139
Du 1er janvier au 15 octobre 1892, il y a eu 13.301 désinfections opérées dans Paris pour maladies diverses, dont 2.944 pour choléra , à partir du 12 mai.
Le personnel a compté G9 agents, dont 1 chef de service, 3 mécaniciens, 28 désinfecteurs,24 auxiliaires 11 hommes de corvée, 21 cochers (A. -J. Martin).
Il convient de relever ce fait qu’à Menton, le syndicat des maitres-d’hûtel a décidé pour lui-même la désinfection obligatoire. On ne peut douter que ce ne soit là une dépense bien entendue.
L’obligation de la désinfection emporte le droit à un asile provisoire et à des vêtements de rechange Pour ceux qui, pendant l’opération, n’ont pas deux
chambres ni un vêtement en double. A vrai dire, la désinfection marche assez vite aujourd’hui pour que ce droit ne constitue pas une lourde charge pour les administrations.
Il nous semble que l’obligation devrait aussi entraîner la gratuité. Celle-ci s'appuierait sur le même principe que celle-là, à savoir que la mesure de la désinfection est prise dans l’intérêt de la communauté plus encore que dans celui des habitants de tel ou tel immeuble. La conséquence logique de ce principe est que ce soit la caisse municipale qui paie. La désinfection est, en effet, gratuite à Paris, à Lyon, au Havre. En revanche, Iteims, Lille, Nice, font payer, sauf les indigents. Nice y gagne même quelque 1500 fr. par an ! Je comprends mieux que le syndicat des maîtres-d’hôtel de Menton s’y fasse un bénéfice de six à sept cents francs.
La désinfection à l’étranger. — L’organisation administrative de la désinfection semble avoir marché plus vite dans les villes allemandes que dans les nôtres; pour quelques-unes, au moins, car Hambourg vient d’être surpris dans un grand dénûment de moyens de défense.
Nous reproduisons ci-dessous l’ordonnance du 7 février 1887, qui consacre la désinfection obligatoire à Berlin et suppose, d’ailleurs, la déclaration obligatoire des maladies contagieuses.
Ordonnance de police relative à la désinfection dans les maladies contagieuses (Berlin).
Vu les paragraphes 143 et 144 de la loi du 30 juillet 1883 sur l'administration générale de I Liai et les §§ 3 et suiv. de la loi du 11 mars 1830 sur l'administration de ta police, avec l’assentiment du Conseil municipal, il est ordonné ce qui suit pour le cercle île ta ville de Berlin :
Art. 1er. Les chefs de maisonoo leur représentant (les directeurs dans les établissements, les administrateurs, les
pères de famille, etc.) sont tenus, dans tous les cas de maladie ou de mort par choléra asiatique, variole, typhus exanthématique ou à rechutes, diphtérie, sans exception ; de fièvre typhoïde, de scarlatine maligne et de dysenlerie maligne, selon ce qu’en aura décidé la préfecture de police, de désinfecter les ell'ets et les locaux à l’usage des malades, aussi bien que tous les objets qui setrouventdansceslocaux et conformément aux prescriptions rendues à cet égard.
Art. 2. — Les prescriptions publiées le 7 février 1887 pour l’exécution de la désinfection, de concert avec le Magistrat, entrent en vigueur.
Quiconque ne se conformera pas à ces prescriptions ou à celles que pourra édicter la police locale pour compléter ou modifier les premières, supportera les frais d'exécution des mesures ordonnées par la police et, en outre, sera passible d’une ameude pouvant aller jusqu’à 30 marcs (l’article 327 du code pénal ne comportant pas de peine plus grave).
Berlin, le 7 février 1887.
Le Préfet de police : V. Richthoffen .
Nous croyons devoir appeler l’attention sur la sanction pénale qui est prévue dans cet arrêté. La peine est assez faible, mais le principe est posé. Au fond, le délinquant n’a rien à gagner à enfreindre le règlement et la désinfection se fera tout de même.
L’ordonnance du 7 février 1887 fut suivie d’une Instruction , en date du même jour, pour la pratique de la désinfection dans les maladies populaires ; puis, d’un A ris concernant l’emploi de ilrsin/ecteurs autorisés, généralement pris parmi les infirmiers des hôpitaux, en date du 8 février 1887; enfin de l’avis de l’ouverture de la station de Reichenbergerstrasse, 66, le 1er novembre de la même année.
Le 1er août 1890, parut un arrêté réglant le mode suivant lequel il doit être fait notification de la désinfection à exécuter, dans les cas prévus par l’ordonnance de police, à l’établissement n° 1, Reichenbergerslrasse, 66, par une carte postale ou par une communication au bureau de police de la section, ii
moins que la notification ne soit portée par une personne intéressée ou par un exprès. Les prévisions de * ce document nous paraissent renfermer certaines dispositions qu’il serait possible d'imiter.
La notification doit comprendre :
1. Le nom et la profession du chef de ménage ou de son représentant, à qui incombe le devoir de l'établir.
2. L’indication exacte de la situation du local à désinfecter (en façade, aile droite, aile gauche, 1°, 2e, 3° cour, ou porte, escalier 1,2, 3, 4, rez-de-chaussée, sous-sol, etc.).