CONCLUSION FINALE
Donc, et c'est ici notre conclusion finale. Allons à Dieu, encore à Dieu, toujours à Dieu. Oui, voyageurs que nous sommes tous, en route pour conquérir notre Destinée suprême, allons à Dieu, de toutes nos forces et de toutes les manières. Allons à Dieu par toutes nos pensées. Allons à Dieu par tous nos mouvements et par toutes nos aspirations ; allons à Dieu par tous nos amours et toutes nos affections. Allons à Dieu par toutes nos facultés et par toutes nos actions. Allons à Dieu dans nos malheurs et dans nos prospérités. Allons à Dieu dans nos tristesses, et dans nos l'oies. Allons à Dieu dans nos défaites et dans nos triomphes. Allons à Dieu, enfin, par notre vie tout entière.
Que doit faire, en effet, cette vie, avec toutes les fibres qui vibrent et toutes les voix qui chantent en elle, si ce n'est, ô mon Dieu, de vous glorifier au chemin que nous parcourons, pour jouir au terme final, où vous nous attendez, de votre gloire et de votre félicité ? Eh ! que pouvonsnous faire et vouloir sur la terre, ô mon Dieu,
si ce n'est de tendre vers ce ciel, qui est en vous et que vous êtes vous-même?
Au ciel, qu'y aura-t-il pour moi, si ce n'est vous? Quid mihi est in cœlo (Psal. lxii. 25). Mon ciel, c'est là où vous êtes, ubi tu, ibi cœlum. Et, sans vous, loin de vous, qu'y-a-t-il pour moi, et que puis-je vouloir sur cette terre? Et a te, quid volui super terram? sur cette terre qui, de tous côtés, fuit et se dérobe; sur cette terre, où tout m'agite aujourd'hui et m'agitera encore demain, agitatione agitabitur terra; sur cette terre, où tout plus ou moins me blesse, me tourmente et m'affiig-e; sur cette terre, où pour moi la souffrance ne finit jamais que pour recommencer toujours ; sur cette terre, où tout, au dehors et au dedans, me crie en me secouant de sa surface, comme on secoue la poussière d'un vêtement. « Surgite et ite, non habetis hic requiem. « Levez-vous, et allez ; cherchez autre chose que « moi-même, votre repos n'est pas ici; non ha- « betis hic requiem.
Que puis-je faire, enfin, sur cette terre où rien ne me fixe, rien ne me remplit, rien ne me repose , si ce n'est de m'élancer vers vous, ô Dieu, en qui je sais que je trouverai tout ce que cette terre me refuse?
Oh ! qui me donnera des ailes, des ailes ardentes comme le feu, rapides comme celles de l'aigle ? Alors je m'envolerai, et je me reposerai, Volabo et reqioiescam. Oui, sur votre cœur et dans vos bras je me reposerai, sans craindre ni trouble, ni agitation, ni souffrance quelconque ; et, dans la béatifique extase de tout mon être en possession de vous, je dirai, ou plutôt je chanterai, comme l'hymne triomphal de ma Destinée conquise , c'est-à-dire de ma vie achevée et de ma félicité consommée, ces paroles de votre grand serviteur Augustin :
« 0 mon Dieu, c'est pour vous que vous « nous avez faits, « fecisti nos ad te, Domine » : et « notre cœur est inquiet, jusqu'à ce qu'il se « repose en vous, donec requiscat in te, en « vous, ma fin dernière; en vous ma Destinée « suprême, en vous, mon unique et suprême « félicité (1). s
Amen.
(1) Paraîtra prochainement : I/Éternitc dans la Des-
tiuce, pour faire suite au présent volume.
(Note de l'Éditeur.)
L\ Destinée devant la. vie humaine.
La pensée et la recherche de la Destinée finale c'est dans une vie humaine : la vérité, la. sagesse, l'ordre, Yélécation, la force, la liberté et la vraie félicité; tandis que l'oubli ou l'éloignement volontaire de la Destinée c'est, dans la vie humaine, le faux, le désordre, la folie, l'abaissemenf, la faiblesse, l'esclavage et le malheur. Donc, importance souveraine de méditer et de chercher la Destinée ou la fin dernière „ . . . , 11
Existence et certitude de la Destinée.
L'existence de la Destinée finale se démontre par le témoignage divin et par le témoignage humain, c'està-dire par tout ce qui est dans Dieu et par tout ce qui est dans Y homme.
I. Tout ce qui est en Dieu, démontre une Destinée dans l'homme : Dieu-Sagesse, Dieu- Prooide ace , Dieuatnour', Dieu-justice, Dieu-Législateur, Dieu-créateur se doit à lui-môme de donner une Destinée à l'homme.
II. Tout ce qui est de l'homme démontre qu'il a reçu une Destinée de Dieu.
Tous les instincts et toutes les aspirations naturelles
de la vie humaine exigent pour l'homme une Destinée finale. Et la situation faite à l'homme par son créateur devant les autres créatures, ne l'exigent pas moins.
Donc, Dieu et l'homme disent ensemble : 11 y a une Destinée. . , , . . 59
La Destinée est hors la terre et le temps.
La Destinée doit être un terme suprême et sans au
f/à/epossible.
Or dans cette vie, nous tendons toujours vers l'au delà. La Destinée implique l'immuable. Or, ici-bas, en dehors
et au dedans de nous, partout, et en tout, c'est le
changement, et toujours le changement.
La Destinée exige la plénitude : Or, tout sur la terre
et dans le temps nous laisse vides.
La Destinée exige l'absolu dans le repos. Or, notre vie
terrestre, c'est l'agitation, et encore l'agitation. La Destinée, enfin exige la consommation dans la vie;
nous voulons vivre, et vivre toujours davantage. Or, le théâtre de ce monde terrestre ne nous montre
partout que le spectacle de la mort. . . Donc, la Destinée est hors delà terre et du temps. 113
La vie pour nous dans le temps n'est qu'un voyage vers la destinée
Cette vérité : ]a vie est un voyage, est attestée par le
témoignage universel de l'humanité, et par le témoignage de notre propre vie.
I. L'humanité universelle se sent voyageuse sur la terre, et elle l'atteste de toutes les manières; par son indomptable foi à une vie d'outre-tombe ; par les invincibles aspirations de son cœur, par sa parole, fidèle expression de sa foi et de ses aspirations; par son action en général, et par son action religieuse en particulier; la Religion bornée à la terre et au temps n'ayant plus de sens et n'étant plus la Religion.
II. Chaque homme, en particulier, par l'expérience môme de sa propre vie, et par le rapprochement de ses réalités avec les incidents du voyage, se sent et se proclame voyageur.
Sa vie, en effet, comme celle du voyageur, c'est la perpétuité du déplacement, la perpétuité delâsàparation, la perpétuité de Y exil, la perpétuité de l'agitation, et la perpétuité de la mort.
Donc, l'homme est bien sur la terre ce que l'Eglise le nomme : honw viator, l'homme voyageur, l'homme en route pour arriver à sa Destinée ... 177