S- D'UNE MÈRE
— Pas tout de suite... A moi, d'abord. /J Je drai ensuite...
Le jardinier parut hésiter, et, pour coup
— M. Renaud et M. Simon vealônt^il:^?
— N'ayez aucune crainte, mon brave... C'est pour notre bien à tous...
— En ce cas, monsieur Jean, je n'aurai plus qu'à suivre vos instructions.:.'
Mirador était certain qu'une lettre serait remise.
Dès lors, ne pouvait-il faire surveiller la boîte nuit et jour afin de surprendre les mystérieux correspondants des jeunes filles ?
îl y pensa, puis renonça à cette idée.
Il estimait ses advereaires trop rusés et trop forts pour les juger capables de commettre une imprudence pareille : ne pas s'assurer au préalable que tous les environs étaient déserts autour de la grille.
C'eût été, par des nuits extrêmement rigoureuses, une surveillance inutUe.
Deux jours seulement se passèrent.
L'officier ne manquait pas un seul matin d'accourir à la Viergette.
Le matin du troisième jour, le jardi. n. ..jt
guilleret :
— J'ai votre affaire, monsieur Jean.
— Une lettre ?
— Comme vous la désiriez. La voici... Et puisque j'ai ouvert la boîte, vide, hier au soir avant de me coucher, elle a été remise sûrement la nuit... Quant à distinguer les traces des pas au m.ilieu de toutes celles qui se croisent au même point sur la terre gelée... il ne faut pas y comipter... Lorsqu'on s'assied sur une fourmillière, vous savez, faut pas chercher celle qui vous pique...
L'enveloppe portait bien, ainsi que les deux précédentes, ^es noms et prénoms de Modeste et de Vaîentine.
Tracés en caractères d'imprimerie, découpés, collés. avec soin...
Mirador entra chez le jardinier, fit chauffer de l'eau et ^endit l'enveloppe gom.mée au-dessus de la vapeur.
Ensuite, iî glissa lentement un couteau dans la partie collée, la détacha avec délicatesse et retira du papier à lettre commun, pareil à celui qu'on vend très bon marché dans les bazars de campagne... Ih s'y trouvait quelques mots écrits de la même façon qii^ l'enveloppe...
V Quittez le château toutes les deux. Il le faut. C'est n l'ordre. Et donnez votre adresse à Paris en écrivant
poste restante, Z. A. 13-B. Bureau de la me d'Am-ster-
dam. îî Tie vous servirait h rien de vous échapper. Vous
seri"/ siîiv:-»; r-f ^'on ..^ retrouverait. Si vous refusez.
« soiivenf'/-\ui's fie .larrioles... Le même sort vona attenrl. » ^ Un détail atiica ratlention de Mirodor.
L'auteur de la lettre, — car il était impossible, de par la façon dont elle était rédigée, de savoir si cette lettre avait été écrite par une on plusieurs personnes, — avait pris la bizarre précaution d'insérer pour la réponse trois timbres d'un sou... au lieu dun timbre-poste de quinze centimes. Ils n'étaient pas collés sur un coin de la feuille de papier qui avait servi à cette lettre, mais s'y. trouvaient librement. Quand l'officier ouvrit l'enveloppe ils tombèrent. Il les ramassa et les remit à leur place, avant de recacheter.
C'est alors que son esprit en éveil — si étran^ment surexcité depuis longtemps par le mystère de ce drame — remarqua le détail suivant qui, certes, fût passé inaperçu aux yeux d'un indifférent.
L'envers des timbres — le côté de la colîe — était revêtu d'ime substance brillante, rugueuse, pareille à des sortes» de cristaux en prismes et en octaèdres. Le papier était si dur qu'il semblait qu'on aurait pu le casser comm e une mince feuille de verre et les trois timbres présentaient une rigidité telle qu'il était impossible qu'ils n'eussent point subi une ma.nipulalion, une préparation quelconque.
La première pensée qui vint à Mirador fut que ces timbres avaient dû sei^'ir déjà et qu'on avait pu tenter par un procédé chimique d'effacer le cachet gras de la poste.
Un examen attentif lui démontra le contraire.
Les trois timbres étaient bons.
Alors, pourquoi cette rigidité ? Quelle était cette substance ?
Il mouilla un angle avec son doigt, essaya de les coller sur la lettre, ainsi qu'on fait d'habitude. Ils glissèrent. Il était évident qu'on avait fait disparaître la colle. Pour la remplacer par quoi ?...
L'intention criminelle apparaissait comme probable.
Mirador porta à sa bouche le doigt qui avait effleuré les timbres, en s'assurant qu'aucun des cristaux n'y adhérait.
La substance" était incolore, inodore, mais avait une saveur très amère.
— S'il y a eu l'idée de crime, murmura l'officier, le procédé qu'on a employé est tout à la fois primitif, et d'une perfidie atroce...'
Etait-ce bien du poison ? »
Rien n'était plus facile que de s'en assurer Il garda les timbres -et recacheta la l^^ttre.
— Vous la remettrez telle quelle entre les mains des feunea filles, dit-il au ^ardini^r. qui avait suivi, non sans
ébahissement, les gestes de Mirador... Et, bien entendu, sans un mot de ce que vous venez de voir?...
— C'est compiiSj monsieur Jean.
— Où est M. Justin Chenavat, à cette heure ?
— Dans son laboratoire.. Il n'en sort guère que pour manger et dormir.
— Bien.
nueiques minutes après, Mirador rejoignait le vieillard.
Tui-ci était seul et Jean s'en félicita. Il préférait, en eîiet, que l'entretien qu'il allait avoir avec le savant, que Renaud fût absent. Pourquoi ? A quelle crainte, à quel sentiment de prudence obéissait-il encore ? Il n'eût, cènes, osé se l'expliquer, car, dans cette étrange affaire, les événem.ents tantôt le rapprochaient des deux frères, et tantôt l'en éloignaient, les accusant ou les innocentant. Ainsi, par exemple, si les timbres-poste qu'il venait de remettre à Chenavat avaient été empoisonnés, quel autre, dans le pays, que Renaud lui-même, avait pu leur faire subir la préparation chimique, les transformant en redoutables instruments de mort ?...
Il avait beau murmurer :
— Non, non, penser cela î c'est odieux I Malgré tout, il le pensait !
En quelques mots, il mit Chenavat au courant, lui faisant part de ses soupçons et de ses craintes, en ce qui concernait Valentine et Modeste... Ses soupçons?... Elles devaient connaître une partie du secret, sinon le secret tout entier qui se rattachait au meurtre de Richard... Ses craint-es ?... Elles avaient des ennemis implacables qui avaient juré leur perte...
Chenavat écouta en silence.
Et tout en écoutant, il examinait avec une scrupuleuse attention les trois timbres que Mirador venait de lui montrer.
— Il faut vous féliciter de votre perspicacité, mon cher enfant, dit-il, car il se peut que vous ayez évité un bien grand malheur... Nous allons le savoir dans quelques minutes... La science est devenue une arme à deux tranchants, l'un bienfaisant, l'autre terrible, selon qu'elle est maniée par un honnête hom.me ou par un criminel... Certains crimes d'aujourfl'hui sont commis avec une adresse, avec une science tellem.ent parfaite qu'il devient presque impossible de les découvrir... La preuve morale du crin^e existera, la vraie preuve ne sera jamais trouvée... Tenez, quelque chose de terrible... un forfait nouveau, existe, insaisissable : l'empoisonnement par les bacilles... Vous le savez... cette affaire a rententi tout récemment dap.s 1© monde entier... un homme a été soupçonné d'avoir tué — impunément — un autre homme en lui communiquant J^
LA DETKESSK )J L;,.: M£RE 57
microbes (Tune maladie foudroyante. Cela s'est passé, voua souvenez-vous, à Stettin, en Allemagne... Un médecin qui voulait se débarrasser d'un témoignage gênant avait supprimé le témoin en lui inoculant le choléra... Ce fut le hasard, mais le hasard seul, qui mit sur la voie de la vérité. La science y eût fait faillite... Mais supposez l'abr-pnce du hasard... Quel réactif de poison, quelle lentiiJe oe microscope pourrait révéler le fait luatcricl de l'assassinat ?... Ce que vous me remettez en ce moment, mon cher Jean, me prouve une fois de plus, que nos criminels sont devenus des savants et manient les poisons avec une habileté extraordhiaire...
— Ces poisons ?...
— Oh 1 ceux qui tuent à doses infinitésimales... comme Taconitine, la brucine, Tatropine, la codéine, la strychnine... La strychnine est ten'ible... Prise à une dose qui varie de deux à cinq centigrammes... elle est mortelle... Quelques-uns ne laissent aucune trace, comme la digitaline, par exemple, qui donne un arrêt définitif du cœur... Oui, la criminalité se développe à l'égal de la science... les savants doivent lutter avec les assassins... C'est — on l'a dit — un duel sur le terrain de l'analyse...
— Oh ! la science triomphe...
— Pas toujours ! Supposez le cas dont je vous pariais tout à l'heure... Un criminel, médecin ou non — car certains procédés médicaux sont à la portée de toutes les intelligences — prépare un de ces fameux bouillons de culture dans lequel on élève soit la bactéridie charbonneuse, soit le bacille tétanique, ou la tuberculose, ou le choléra, etc., et dont la moindre inoculation, le moindre contact suffit à donner la mort?... Quelques heures se passent... Vous êtes appelé à constater un décès par le choléra, le tétanos ou le charbon... Que soupçonner? Que faire? Vous êtes en présence d'une mort foudroyante, mais naturelle... en réalité d'un crime horrible qui va rester impuni et qui pourra se renouveler... La science, en se vulgarisant, a placé l'arme entre les mains de tous... Peptone, jus de viande, phosphate de soude, à des doses calculées, voilà, le bouillon de culture... Voilà le terrain... Placez-y les bacilles mortels ...Voilà la semence...
Chenavat parlait, mais ne perdait pas son temps.
Il avait fait dissoudre les cristaux de prismes et d'octaèdres remarqués à l'envers des timbres dans de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique. Il fit passer dans la dissolution un courant de chlore. Il se forma bientôt àla surface des pellicules blanches qui finirent par fonner un précipité blano. Le précipité fut dissous dans l'ammoniaque.
— Vous trouvez ? interrogeait Mirador anxieusement.
— je iSL stry, Jim», -l:^^ >ô sûr et je vais
procéder autrement...
Il employa l'acide suîfurique sur les dernières raclures retirées des timbres-poste. Il n'y eut d'abord aucune coloration. Mais il ajouta au mélange une trace d'oxyde pur de plomb et il se produisit une belle coloration bleue, que l'on vit très bien lorsqu'il eut étalé la matière en couche mince sur une soucoupe. La coloration devint violette, puis rouge, puis jaune.
— Il n'y a aucun doute, fit Chenavat... C'est un des poisons les plus terribles et les plus foudroyants qui existent. On a essayé un grand nombre de substances pour le combattre. On n'a trouvé jusqu'à présent aucun contrepoison. Il agit sur la moelle épinière, amène le tétanos, et c'est fini. Et il est d'autant plus redoutable qu'on se le procure sans difficultés grandes, car on l'emploie pour certains usages courants.
— Esîimez-vous donc que la quantité de strychnine contenue contre ces timbres était suffisante pour causer la mort des deux jeunes filles?...
— Des deux, si toutes deux avaient eu le malheur de s'en servir... L'absorption a lieu par toutes les voies — non seulement par l'estomac, si elle est ingérée à l'intérieur, par la méthode endei*mique, ou par injection souscutanées, mais encore par les diverses membranes - ■ queuses... Si vous doutez...
— Oh ! je ne doute pas...
— Qu'importe, je vais vous donner la preuve...
II appuya sur un timbre qui communiquait avec la maison du jardinier. Celui-ci accourut. Chenavat ordonna de lui apporter deux lapins.
Il fit sur-le-champ deux expériences.
Trois centigrammes de la substance recueillie par lui furent soufflés dans la gueule d'un lapin, le tuèrent dans l'espace de trois minutes et demie. Les convulsions commencèrent au bout de deux minutes. Cinq minutes après, la bête était morte.
Trois centigrammes de la mèm.e substance introduits dans une légère incision faite au dos d'un lapin, le tuèrent dans l'espace de trois minutes et demie. Les convulsions commencèrent au bout d'une m.inute.
— Etes-vous convaincu, maintenant, que vous leur avez sauvé la vie ?
— C'est horrible.
— Et maintenant, qui a commis, ou jmînettre ce crime ?
— Elles seules, je le croi^, pourraient le dire ?
— Et elles s'y refusent ?
•— Oui... ces enfants • i douces, si timides, rf affectueuses
LA DKT ^^9
retrouvent une énergie extraorcUnaite iorsnu'on vent les interroger... Une seule chose peut las retenir dan,s loà aveux ou les révélations gui arrivent parfois ju »v'à lenrs lèvres... ' ••
— Et cette chose ?
— L'épouvante !... Ce qu'il faut donc, nvant t
les rassurer, a'rriver jusqu'à leur confiance... lev.v lîior.iiei qu'elles sont en sûreté tant qu'elles seront sous notre protection... car je soupçonne quelque drame affreux dans leur vie... De quelle façon se sont-elles trouvées mêlées au meurtre de Richard... dans la nuit sinistre où le déraillement de leur train les jeta en pleine forêt ? VoiI\ ce qu'elles se refusent à dire.
— Du reste, ceci, mon cher enfant, est une simple conjecture.
— Conjecture, oui... car je me trompe peut-être sur elles, et voilà ce qui est irritant en cette affaire... c'est d'être lancé d'un point à un autre comme une balle rebondissante... C'est de ne pas sentir sous ses pieds un terrain ëolide...
— N'avez-vous donc rien découvert qui puisse guider vos soupçons ?
Mirador hocha la tête.
— Je n'ose pas répondre affirmativement... et pourtant... Mais il se tut.
Un éclair passa dans ses ye^ux. Il eut un regard de menace.
— Nous verrons bien...
Des soupçons, Mira.dor en avait, mais si vague^î. mais si imprécis, qu'il préférait les garder pour lui seul, tant que la certitude ne serait point entrée dans son âme.
Un terrain solide? Non! Mais déjà se formaient des agréga.ts, poussés vers lui de toutes part?, qui s'éparpillaient encore sans consistance. Us flottî^^' nt au hasard sans qu'un lien vînt les réunir et les souder, mais confusément il devinait que la lumière qui devait leur donner la vie, pour être toujours voilée, n'étaic plus bien loin... Serait-elle assez pure, serait-elle assez vive pour éclairer tout ce qu'il y avait de ténébreux et d'incompréhensible ?... ce mystère effarant et déconcertant qui se présentait ave'^ la donnée de ce problème : « Renaud avait tué Richard... il l'avouait... U fallait prouver que Renaud mentait, ou se trompait... que Richard était tombé victime d'un autre'.» R.v;ogne héri.ssée d'obstacles, assurément !...
— En résumé, quels Indices depuis le f'<^biît-^ mon
enquête personnelle ? Les assassins de Jarrioles sont les meurtriers de Richard... Ils étaient deux... Ceci me semble prouvé... Je les ai eniendus qui rôdaient autour de moi pendant Jfue je veillais sur le cadavre de l'aveugle et celui de Léopold... Ils étaient deux aussi, les malfaiteui-s qni ont tenté de pénétrer chez Valentine et Modeste... Ils avaient compté sur la neige pour efîacer leurs traces... En même temps, ils avaient compté sans la neige ! Et je sais que l'un des deux boite fortement... Jusque-là les signalements pouvaient se rapix)rter assez bien à Renaud et à Simon... Ici, avec ce dernier détail si particulier, nous nous éloignons de ce signalement... Renaud ne boite pas, Simon non plus... Donc voiià un point acquis... Mais cet-te tentative d'empoisonnement, de qui vient-elle?... Il est évident que l'adresse indiquée dans la lettre : (( Poste restante, Z. A. 13. B. Bureau de la rue d'Amsterdam » n'est qu'un trompe-l'œil, destiné à forcer les jeimes filles à répondre... Si elles répondaient, les ciiininels avaient la chance de voir utiliser les timbres... C'était tout ce qu'il? demandaient... L'absence de colle aurait obligé l'une des jeunes filles à humecter le timbre-poste à plusieurs reprisée avec sa salive... peut-être avec le doigt... et alors, le danger était moindre, peut-être directement avec la langue, et alors le danger était mortel... La lettre n'avait point d'autre but
ii s'abîma dans des réflexions toutes pleines de heurts, de contradictions et de fatigues, parmi lesquelles revenait sans cesse la même pensée ;
— L'un d'eux boite !!
Midi sonnait à la grosse horloge de la verrerie.
La vieille église de la Chalade répondait de loin en sonnant midi lentement.
Mirador se leva, regarda par l'une des fenêtres de son cabinet la sortie des ouvriers qui allaient déjeuner, gais, bruyants, bavards.
Il semblait vouloir les compter, mettait un nom sur ces honnêtes figures.
La verrerie se vida, sauf l'équipe de service.
L'un des derniers qui sortit fut Pierre Sambut, l'un des contremaîtres.
Il passa rapidement devant les fenêtres de l'officier, aperçut celui-ci et lui fit un salut fout à la fois respectueux et amicaL..
Mirador at-tendit toujours...
Il allait se retirer, voyant son attente vaine, lorsque sur le seuil apparut un' ouvrier qui s'appuyait sur un bâton.
L'homme traversa la cour avec difficulté.
ïl paraissait souffrir, surtout chaque fois que son r'^'l
LA di^:tresse d'une mère ôl
droit, mal assuré, glissait sur la neige diirnie, tassée, pareille à ô(', la cjlace...
Il boitait très fort...
Cet homme, c'était Denis Sambut...
Il aperçut Mirador, comme avy.it fait l'autre, et s'éloigna.
Alors, le jeune homme revînt :i son bureau, prit des oiseaux, des journaux épars, et se livra à une occupation i^ frange.
Il découpa un à un, lettre par lettre, les caractères imprimés.
Quand il en eut ainsi recueilli un certain nombre, il composa tout d'abo^'d une phrase courte, singulière, laquelle ne devait avoir un sens que pour des initiés, et il colla les lettres formant cette phrase sur une feuille de papier.
Pas de signature.
Il glissa la feuille sous enveloppe, cacheta, et écrivit Vadresse de la même façon.
Cette adresse était ainsi conçue :
« A MM. Pierre et Denis Sambut. Confiée pour la <( leur faire parvenir, aux bons soins de M. Jean (( Mirador. »
Le soir, sans être vu, il jeta la lettre dans la boîte de ia verrerie, qu'il avait l'habitude d'ouvrir tous les matins, lui-même, depuis que Richard n'était plus là peut* se charger de ce soin.
Et il attendit la journée du lendemain. Il se sentait une fièvre d'angoîsse.
Le lendemain, ostensiblement, et pendant l'entrée des ouvriers, il ouvrit la boîte, prit la correspondance, y jeta un coup d'œil, et comme, à la mêm.e minute, Denis et Pierre Sambut traversaient, l'un à vive allure, l'autre en se mouvant lentement, appuyé sur sa canne, il les appela..
— Les Sambut !
Ils s'arrêtèrent, rebroussant chemin, et revinrent jusqu'à Mirador.
Ils souriaient — même le blessé.
Rien en eux ne pouvait trahir le moindre trouble, la moindre inquiétude.
— Voici pour vous une lettre bizarre ! dit-il.
Et il leur tendit l'enveloppe que nous connaissons.
Cela fut fait brusquement. Ils n'étaient pas prévenus, ne pouvaient s'attendre à rien, et Mirador, justement, avait compté sur le premier coup de surprise.
Il les examinait l'un et l'autre, d'un regard ardent, avec une attention et ime curiosité tellement tendues qu'elles en étaient presque douloureuses.
Ce fut Pierre qui saiftit l'enveloppe.
Un coup u'œil &Ux' 1 adreàce.... Aucune émotion... Il Ht tout haut l'adresse :
n Aux bons soins de M. Jean Mirador... »
îl la montra à Denis, calme autapt mie Ivi, întéresp^ ^^eulement.
Et posément, la voix tranqî:1lle, bouge :
— Hé, Denis ! Vois donc ? Ça. ne peut être qu'une farce Il déchira Tenveloppe,. déplia la lettre, pendant que Denise penchait sur l'épaule de son frère pour lire en mêmv temps.
Et ils lurent tous les deux, tout haut, les mots énigmatiques qu'elle renfermait.
« — Tous les sangs sont rouges !...
« — Frappe dur, alors ; qu'il ne fasse pas seulement : ouS I »
Les deux frères se regardent.
Ils éclatent de rire, longuerr^ent... Ils n'en finiesent plur: de rire !...
Et Pierre, l'aîné, reprenant enfin son sérieux :
— Je vous le disais bien, monsieur Jean, c'est ur Tenez, lisez vous-même, et dites-nous si vous y conir rerii , quelque chose...
Mirador les laissa partir, déconcerté.
Il avait cru les surprendre.
Et voilà qu'il était bien obligé de s'avouer qii .. , :. échoué, complètement.
Il traversa la cour, rentra chez lui.
Par hasard, au moment d'entrer, il se retourna e garda du côté des bâtiments de la verrerie...
Et voici ce qu'il vit en une seconde fugitive qui paserapide comme l"éclair.
Pierre et Denis Sambut n'avaient pas fait un pas...
Et Denis paraissait, en cet instant, si faible que frère rétreigWit à. pleins bras, pour Tempêcher de rouit: dans la neige...
Quelques ouvriers, attardés, s'empressaient autour d'eux pour leur venir en aide.
ÎJais Denis «o redressa...
Il parut à Mirador — le vit-il vraiment ? ou s'imagina-t-lii avoir vu ? — que Pierre venait de lui glisser quelque" paroles à Torelile... Et ces paroles avaient suffi pour rendre à l'autre F énergie qui l'avait abandonné...
D'un pas lent, ils "se dirigèrent vers la verrerie.
Mirador ne distingua plus rien...
Perplexe, il se demanda :
— S'il3 ont pu di.s5imuler ainsi devant moi, c'-rst i:n prodige de force et de possession d'eux-mêmes... Alors r^ roïï*^ vratmenf d<*« e^versa^»"*»* redoutabl»^ M diffnes ''^