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Larmou^et voulut înire ::ia il ir;;vait pins
aii'-un espoir. Ft, en effot, Un ; lOii. Dix Ufinutes
après ils étaient à la gare, do ÇifcinicuL, et -là iliî appre?. naient que le» deux Sarnbtjt nvaient pris à quatre heures du matin le train omnibus allant sûr i'Joims. Ce train correspond avec un rapide de Paris. Avaicat-ila poussé jusqu'à Paris ? S'étaient-iîs arrêtés à Reims ou dans une clea stations intermé liaires ? Même, avaient-ils pris la direction des Ardennes et de la Belgique ?
Le juge lança des dépêches partout et retourna à Verdun attendre les premiers renseignements qui pourraient lui être transmis.
Quant à Mirador, sous l'empire de je ne sais quelle crainte et quel pressentiment, il accourait à la Viergette...
Et là, il demandait à parier sur-le-champ à Renaud et à Simon,.,
II était huli heures du matin. Le ciel était ^ris et bas. Lo temps pétait ado\ici pendant la nuit. Bientôt, ce fut la pluie, une pluie fine, dont le brouillard, très dense, noya les abord:< de la Viergette, la forêt, le ciel, l'horizon.
Malgré l'heure, la Viergette semblait mériter, plus que jBiîiais, son surnom de « Château du Sommeil )).
Pvlirador voulut attendre, sa,ns réveiller personne.
II passa par les cuisine'» où il avait vu remuer des. gens et s'y installa.
— M. Renaud et M. Simon ne sont pas levés?
— Non... Du moins, nous ne les avons pas encore vus... Ils n'ont pas déjeuné. Ça ne peut pas tai'der, du reste, parce que, vous savez, monsieur Jean, ils ont des habitudes réifuliôres... Faut-il aller frapper à leur porte ? Ça ne les dérancjera point.
— Oui, allez... dit-ll au valet de chambre. • L'hornme partit, revint cinq minutes après, Tinquiétudo
dans les yeux.
.— Ah I bien, voilà du nouveau, monsieur i^m-
— Quoi donc ? fît Mirador, dont l'anxiété — sans raison — augmenta soudainement.
— J'ai eu beau frapper chez eux... ils n'ont pas répondu...
— Il fallait ouvrir... doucement.
— C'est ce que j'ai fait... Personne dans leurs chambres.
— Ils ont découché ?... fit Toîncier, en se levant brusquement.
— Ma foi, je crois que oui, et c'est bien singulier... Hier, comme d'habitude, ils sont rentrés chez eux, après la partie d'échecs de monsieur... Personne n'a parlé de voyage... n'a fait de préparatifs... Maintenant, il faut vous dire, monsieur Mirador... Depuis quelques semaines les jeunes gens ont l'air d'avoir des idées drôles, car je les ai vus et entendus à plusieurs reprises, la nuit, pendant qu'ils se promenaient dans le jardin, par des temps qui n'invitaient guère, pourtant, à rêver au clair de lune.
— PJsn d'extraordinaire. Ils ont leurs préoccupations, comme tout le monde.
— Faut croire, monsieur Jean, faut croire ! dit l'homme en hochant la tête.
Mirador continua d'attendre. Il était très perplexe. Que signifiait pareille absence ? Avaient-ils surpris l'arrivée de Larmouset à la Chalade ? Craignaient-ils pour euxmêmes ? Avaient-ils obéi à quelque coup de folie ? Malgré lui revenaient à son esprit tous les soupçons d'autrefois.. > de même que les soupçons de Larmousôt..
Jadis, le juge avait dit :
— Je les crois coupables !
Avait-il dit Juste ? Avait-il dit vrai ? Et du même coup tombaient tous les raisonnements de l'officier, basés sur la raison... de même que tous les soupçons lentement étayés contre les frères Sambut !... Quel eflondrement !
Une heure s'écoula, dans cette attente, dans un découragement désespéré.
Tout à coup, il eut un cri joyeux et s'élança dehors sous la pluie droite et drue...
Dans le brouillard, il venait de voir apparaître deux ombres... qui se dirigeaient vers le perron de la Viergette... et ces deux ombres, il croyait les avoir reconnues...
C'était Simon ! C'était Renaud !
Et il ne se trompait pas !
— Vous ! vous 1 dit-il d'une voix que rémotioH et la joie étouffaient.
— Qu'y a-t-il, Jean ? Pourquoi paraissez-vous si troublé ? * — Je vous croyais en fuite !... murmura-t-il... Pardonnez-moi !
— 'Venez, Jean... Montez chez nous... Il faut que noui causions...
Ils étaient pâles et défaits, trempés jusqu'aux os. Tout Indiquait en eux qu'ils avaient passé la nuit dehors, à l'aventure, dans la neige, sous la pluie... Et leurs visages hâvos et jaiines de fatigue, leurs yeux, plombés et creusés, trahissaient leur fièvre, la ruine de leur vie, la mortelle angoisse du secret qui leur tenaillait le cœur...
Chez eux, quand ils furent seuls, portes closes :
— Jean, nous avons perdu le sommeil.. Pu-fois, nous ne prenons môme pas la peine de nous coucher... Mai3 afin de ne pas attirer l'attentioLi^et pour ne point ef« frayer notre mère, le matin, nous avons soin que notre lit soit défait... Voyez !
Renaud tira sur le couvre-pied», les couvertures et les draps, remua les oreillers.
— C'est ainsi que nous noua reposons, depuis le crime... Et cette nuit, de même que les nuits précédentes, nous étions en éveil... l'un près de l'autre ; depuis le 18 octobre, nous avons peur de rester ?euls... Les heures se passent, silencieuses... que pourrions-nous dire, que nous ne nous sommes dit cent fois ?... Nous nous regardons..., cela nous suffit... Simon, qui n'est coupable de rien, souffre autant que moi qui suis le criminel et nous avons, l'un pour l'autre, une immense et vaine pitié... Or, vers deux heures, ce matin, le temps était encore assez calme... la pluie ne tombait pas... il n'y avait même pas le moindre souffle dans les arbres... J'ouvris une fenêtre, parce que la fièvre me brûlait., et nous nous y accoudâmes, tous les deux... La nuit était obscure, avec seulement le reflet de la neige... Vers la grille, je vis passer rapidem.ent deux hommes... il me parut, du moins, que c'étaient deux hommes... Et tout de suite nous vint le souvenir de l'attentat de Modeste et de Valentine... Simon avait vu, comme moi... Donc, l'erreur était Impossible... Sans nous consulter, et du même mouvement, nous sommes descendus... Le jardin était désert, la grille était refermée... Nous écoutâmes... Un bruit de course, dans la forêt, perceptible malgré l'épaisseur do la neige... Sans réfléchir, toujours poussés par le même instinct, nous nous élançâmes... Alors, ce fut une poursuite qui dura longtemps, qui dura des heures... Nous les entendions devant nous... Mais toujours distants de nous, sans les voir... jusqu'au moment où nous les avons perdus...
— Et lorsque vous les avez perdus, où vous trouviez- ^ous ?
— Dans les parages de Clermont... Nous perçûmes dis^ tinctement le passage des trains venant de Verdun ou de Sainte-Menehould, et le sifflet enroué des locomotives...
— Quelle heure était-il ? . ; *— Quatre heures environ...
LA DLTaCSSE D UNE M£Pf.
— iLt v;u3 n'avez pas eu la pePxSôe ds ^'-'— .--. -
course jusqu'à îa station de Clermont ?
— Pourquoi faire ?
— Vous y auriez surpris ceux que vous cherchie" ,
— Ceus-îà ?
— Les deux frères Denis et Pierre Samhut que Sôt se proposait d'arrêter ce matin... Ce sont eip ment, qui sont venus rôder autour de la grill quelle intention ? ïi est facile do ]? corrnr^Tîdre. ils ont pris la fuite, ils ont \ovAr
dernier avis, une supràme men:, dont ils redoutent, sans que nous ur.c.: .jiu ;jcl;. révélations... Allez oijvrir la boîte aux lettres et vl la certitui1e.de es que j'avance...
Un quart d'heure après, Renaud, revenu, présentai: une lettre adressée à Modeste, de la même façon que k précédentes... et Mirador, sans hésiter, l'ouvrait :
<( Déjà vous avez trop parié !... vous serez punies 1...
Rien de plus. Les trois jeunes gens se regardèrent, per slîs.
Le raystère de la mort de Richard se rétrécissait, pour ainsi dire... puisqu'il ne s'éparpillait plus en vpiu sur des personnar<es imaginaires... Mais il n'en éta" : i
incompréhensible pour eux...
Seules, décidément, Modeste et Valentine pouvaient, .«^inon donner la clef de l'énigme, du moins ouvrir la vol 3 à tous les soupçons fondés, à toutes les conjectures ^ ^ : isembîables.
— Elles parleront ! fit IMirador avec énergie...
— Oui, il le faut ! A tout prix, il faut qu'elles parlent., sans plus tarder !.,.
— Je vais prier Giselle de les prévenir et de les amener Renaud sortit. Quand il reparut, ce fut pour défailli >
presque entre les bras' de Simon.
— Mon Dieu ! Quoi donc ? Que se passe-t-il encore ?
— Mortes ? interrogeait l'officier dans un cri d'horreur.
Rcnajid était allé trouver Giseîle.
— Jean et nous, lui avait-il dit, i . causer t^ui de suite avec Modeste et YaientinQ...
— C'est bien, dit Giselle... ^e ne les ai pas en C2 TTîntin... J'y va^'^...
Elis s'étnit dirigée vers rappartemcnt des ' martyres
Elle avait frappé... Personr.n n'nvit r4porj-' ouvert... 1^3 deux chambres étai?
pas défaits...
Modeste et Valentine n'avaient p^s
Elles avaient disparu I
LA 1>ÉTRESSE D'I'N : < )
Sur un guéridon, bien visible, ur;'e lettre attira l'attention de Gisolie,
< Cette lettre était à son adresse. Elle la décacheta, les mains agitéed de frissons.
La lettre ne contenait qu'un seul mot :
« Pardon ! »
Elles avaient fui, sans explication, elles que Gisi^lle aiiiiait tant... Elle avait eu beau Us entourer de tendresses, leur faire la vie très douce, leur montrer un avenir qui, grâce à elle, re.sterait souriant... elles avaient fui, lâchement, la nuit, comme des voleuses.
Son premier mot hit nn reproche cruel :
— Ah ! les malheureuses 1 les ingrates !
Mais elle se reprit.^. Non, elles n'étaient pas ingrates... La fatcilité les poursuivait... Elles ne pouvaient être qv.G victim'"'S... et si ellccj s'étaient enfuies, n'était-ce pas pour échopper à quelque crime ? à quelque danger mortel ?...
Elle courut t^jut dire à Renaud... Pvenaud remonta avertir Mirador.
C'était une complication nouvelle, inattendue.
Et, tous trois, ils eurent le môme jBflreux soupçon, dont ils ne firent point part à Giselle... qu'ils échangèrent à voix basse, presque avec honte...
— Elles ont fui la même nuit que les deux Sambut..,
— Peut-être à la méuie heure î...
— Etaient-elles donc complices ?..,
— Ou bien sont-elles tombées dans ua piège ?... Mirador se leva.
Il était, lui a^:s5i — comme les deux frères — très pâîe, mais ses yeux brillaient d'une énergie insurmontable, avec je ne sais quel rayon de froide colère :
— Dans tous les cas, mon devoir est tout tracé... et il est bien simple... Les Sambut ont disparu l Disparues, Modeste et Vaîentine !.,. Soit !... Ils ne se cacheront pas si bien tous les quatre que te ne réu.^'sisse à les retrouver... Et je saurai la vérité, je ie jure... à moins que... à moias que...
Il poi-ta la main sur son cœur. Sa pâleur s'accentua. Il souffrait visiblement.
— A moins que le morceau de la batterie de cuisina que je sens là ne m'en laisse pas le temps I dit-il avec ua sourire ironique
^6 LA DETRESbE D'UNE MÈR&
A quels sentiments avaiant-eîles obéi en quittant ainsi furtivement, ce château, où elles venaient de vivre quelques semaines au milieu de toutes les tendresses ?
hLâîi.cà du cœur ei drames de répouvante.
L'épouvante d'abord.
Ces lettres successives, tombant de l'inconnu, les affolaient, leur enlevaient toute pxésence d'esprit et toute ré-
fiG?riori.
Lu mort de Jarrioles avait été pour elles le dernier coup. L'apparition des hommes noirs à la fenêtre leur montrait que les bandits veillaient toujours et n'abandonnaient pas contre les pauvres filles, leurs projets sinistres.
Trop faibles pour lutter, aans protection, et du reste n'osant se confier à personac, elles se voyaient marquées pour être victimes.
C'est alors, dans ce désordre de leur esprit, que naquit en elles la première pensée de se soustraire, par la fuite, à de pareils cauchemars.
Elles ne pouvaient vivre indéfiniment au château ; leur fierté s'y opposait
Elles devaient reprendre la chaîne de leur existence du jour où cette chaîne s'était trouvée brisée par leur arrivée.
Les heures vécues à la Viergette auraient pu être ensoleillées... rayonner plus tard dans leurs souvenirs... et elles étaient lugubres, emplies de terreurs.
Elles étaient trop près de ceux qui les tenaient par Teffroi.
Il faUait fuir.
Nous avons dit également : drames du cœur.
Elles ne fuyaient pas seulement les bandits mystérieux, aux menaces de mort !...
Elles fuyaient l'amour 1...
Valentine aimait Renaud... et parfois, lorsqu'elle se rappelait les longs regards tristes et profonds que laissait tomber sur elle le jeune homme, elle se deutandait dans un alanguissement.
— On dirait qu'il m'aime l
Et elle avait peur de cela aussi. Parce qu'elle savait bien que cet amour ne pouvait amener, pour elle, que de ^la souffrance, même et surtout s'il était partagé... et parcs Qu'elle savait aussi que le jour où Renaud l'interrogerait sur îa nuit du 18 octobre passée en forêt, elle n'aurait plus la force de résister et dirait tout... Or, les homjnes noirs veillaient.. C'était la mort !
Mai9 la plus malheureuse des deux, c'était Mxjdeste.^
• ilSSSE D'i.:vE MLiiE • t
\ Elle séiait Ci:-i^a pour Mirador d'une passùjn ^irdL-iUj, \ai)solue... et elle v^n sonfirait doublement, car elle n'iguo- Wit pas qvie rolficier était aitué de Giselle. Los jeurics ftiiea se l'ont aisémexit des cûiiiKlences. Elle avnit re';u celles de sOîi amie. Ccrtc;?, Giselle n'avait pu lui di'.e qu'elle était aimée. Nous avons expliqué pourquoi l\iirador était oblijcé de se tenir avec ç^We sur une réserve de fifideur et dindifiérence. Mais Modeste la voyait si belle, si grarieuîe, si aimante et séduisante, qu'elle se disait :
— 11 l'aime ! Comment pourrait-il en être autrement !l Et lentement la jalousie était entrée dans cette âme.
Oh ! elle avait bien combattu, car elle adorait Giselle.
Eiie ladorait maintenant et la haïssait tout ensemble. . Eiie avait beau se répéter, sa long des jours d'angoisse et des nuits sans sommeil, que si cet amour n'avait pag existé, cela n'eût point augmenté ses propres chances d'être aimée... que, de Jean Mirador à la pauvre vagabonde, la distance était trop grande pour qu'il pût songer à ùViQ... et bien d'autres réflexions encore... rien n'y faisait.
Ella se comparait à Giselle :
— Je suis aussi jolie ! plus jolie peut-être 1 Pourquoi ne m'aimerait-il pas ?
Elle vécut vraiment des heures de folie et d'exaltation. Et ce fut dans un de ces moments-là qu'elle laissa deviner au jeune homme le trouble de son cœur.
Poum avait parlé !... Poum avait révélé à Modeste la mystérieuse maladie qui rongeait la vie de Mirador... i'etïroyable dajnger suspendu sur catte tête...
Et l'on comprendra qu'une pareille révélation n'était pas faite pour diminuer la passion de la jeune fille... Cette passion, qui n'était plus de l'amour, se fortifia de pitié tendre pour ce condamné à mort et qui pouvait compter les jours qui lui restaient à vivre...
Embellir ce peu 4e vie !... L'enivrer !... jusqu'à son dernier souffle 1
Et ne point lui survivre I Mourir avec lui I
Tel était son rêve, telle était sa folie plutôt I et, on le voit^ telle était sa torture.
Puis, un soir, la raison prit le dessus, ou plutôt la résolution leur vint, à toutes deux, de s'enfuir — brusquement, autant parce qu'elles voulaient échapper à l'ob&esslon des menaces mystérieuses que parce qu'elles espéraient retrouver du calri;e, la paix du cœur, hélas 1 en s'éloignaût du château, de Renaud et de Mirador.
Aux premières allusions faites, elles furent d'accord : C
— Oui 1 oui, fuyons I fuyons bien vite I Nous somm^ trop malheureuses 1
Sans retard, elles arrêtèrent leurs dispositions, pour lé lendemain, ^ilts ne j^i-é viendraient personne. On 8*cpp<^
LA DÉTRESSE d'uNE MÈRE
sùïidi à leur départ. Ce seraient des reprûoh.es. On leâ accuserait d'ingratitude. Ensuite, dans rintérêt même de leur tranquillité, et pour éch-apper à ceux qui les poursuivaient, il était indispensable que le lieu de leur, refuge ne fût point connu. Elles étaient arrivées soudainement' à la Viergette, jetées là par le hasard. Elles disparaîtraient de même. On finirait par oublier qu'elles étaient venues !
Elles avaient emporté peu de choses, lorsqu'elles avaient nuit té leurs familles, l'une venant de Metz, l'autie de N'erdun : quelques effets de rechange, simplement.
Leurs préparatifs furent bientôt terminés.
Et tout en les terminant, Vaîentine munnurait :
— Vois-tu, ma chère Pirouette, il n'y a pas seulement les raisons que nous avons dites, pour nous faire partir d'ici... Il y en a une autre... Je fai exprimé plus d'une fois la crainte que Ion ne réussisse à savoir ce que nous sommes devenues... Metz n'est pas bien loin de toi... Verdun, pour moi, est encore plus près. Certes, nos parents ne tiennent guère à nous... mais l'envie peut leur reprendre de nous faire souffrir encore... Ils auraient sur nous, encore pendant quelque temps, l'autorité que leur donne la loi... Il vant mieux nous éloigner, quitter complètement le pays...
Modeste dit, résignée, et avec un triste sourire :
— Puisque c'est notre idée de partir, Vaîentine, toutes îes raisons seront bonnes.
11 n'était pas difficile de sortir du château sans attirer l'attention. D'abord, jamais la grille n'était fermée et la maison du jardinier en était assez distante pour qu'avec î^uelques précautions l'on pût l'ouvrir sans être entendu.
Elles connaissaient l'heure du train de nuit. Puis, elles sét aient familiarisées pendant leur séjour, avec les routes et les sentiers de la forêt, du château jusqu'à l«i station yoisine. Elles ne craignaient plus de se perdre. .
En cette dernière soirée qù'ellesi passeïeni ati saîonj au milieu de ces êtres si chers, dans ce {paisible intôriêar, elles furent bic-n près de ne plus rèi^ihtsr à des crises de iarmeîj et Modeste, plus n^r\euse, ei qui avait pîuij de motifs de souffrances, fut obligée de sortir, m.onta chez ele, et ne redescendit que longtemps après, lorsqu'elle se .sentit plus cahne et que toutes traces de pleurs se furent effacées.
GiccUe, tcndro et craintive, lui dit pourtant à voix basse k
*— . Tu n'ai rien ?
Elles ne se couchèrent pas, résolues à partir après minuit, afin d'avoir le temps de gagner la gare. Après minuit, elles ouvrirent leurs fenêtres, s'assurèrent que le château j iétaft silencieux, les environs déserts. De leiîr oavillon les .'fea^li^sdôRçnraiàetdç SiûioD n'étai^yt pas visibles et elles
tA I«?rR«îSE D*UNE MÈRE 79
r.:v..i. .,. .. lU de faire un détour pour revenir à I;i grille,
"^pf.n Of) pn-ser inaperçues dans l'obscurité de la nuit. Co
tait o::piiqu3 que les dc.vx jeunes gens ne les entendirent
at ne loi remarquèrent point. Les ombres aperçues ne
fnrent point celles des jeunes filles.
Rien ne vint entraver leur projet. Seulement, dans le ' :\'A, un peu avant d'atteindre la route proche de la gare,
les crurent percevoir un bruit de pas dfms les brous-
iJles.
Est-ce qu'on s'était aperçu do leur absence ? Est-ce qu'on " ^ poursuiv.'tit ?
mies se blottirent, peureuses, derrière le tronc' d'un
■jno énorme qui les n,brità toutes deux. Elles ne se trompaient pas. Sur la blanciieur immaculée de la neige, h travers bois, elles vireiit glisser deu.x fantômes noirs. Ils étaient loin. Ils ne les virent pas. Elles-mêmes ne purent les reconnaître. Les heures sonnèrent dans le calme absolu de la.forùt. Exiles étaient en avance, n'avaient plus besoin de se presser. Et comiue leurs cœurs battaient très fort, à grands coups redoublés, et que cela leur faisait mal, elles écartèrev't la neige qui recouvrait un arbre abattu et ébranché par la hache des bûcherons ; elles y prirent :ace côte à côte, serrées Tune contre l'autre.
Elles n'étaient pas lu depuis un quart d'heure et elles songeaient à se lever et à reprendre leur route, lorsque, pour la seconde fois, le môme bruit de pas vint frapper îoiirs oreilles. Elles ne bougèrent pas. Par bonheur, les ténèbres continuèrent d'être épaisses. Il suffisait de rester •iimobiles pour se confondre avec la nuit.
Cette fois, les noirs fantômes passèrent si près qu'elles entendirent le murmure des rares paroles essoufflées qu'ils échangeaient...
— Nous avons perdu leurs traces...
— Pourtant c'est bien do ce côté qu'ils se dirigeaient... Ps sont deux...
Ils s'évanouirent dans l'ombre. Les jeunes filles s*étrel- 'lirent les bras.
— La voix de Renaud !
— La voix de Simon !
— Ils nous cherchent...
— Tu te trompes... C'est vrai qu'ils poursuivent quel- '.^'un... mais ce n'est pas nous... ce sont des hommes... ni bien entendu que Sim.on dirait : « Ils sont deux 1 » OU3 pouvons être tranquilles... Mais qui, ceux-là? Et -'urquoi ?
Une heure après, elles montèrent en troisième classe, dans le train de Paris.
Au moment où le train s'ébranlait elles virent, sur le qusû d« la Qff)^?, deux y^r^^^jrr^a^ -jvi se hâtaient *»î?. ■B.if.'SJ^ -i*i
80 1\ DÉTRESSli: D'UNE M£R£
Signes pour qu'on Jes attendît... L'un des deux traînait" l'autre, qui paraissait malade ou blessé... et qui, chaque foi? que son pied touchait terre, poussait des gémissements... "^ La porte du compartiment s'ouvrit.
Les jeunes filles se reculèrent chacune dans un coin.. Le train siffia...
Les deux hommes, l'un portant l'autre, s'abattirent sur ia banquette.
C'étaient Pierre et Denis Sambut
Pendant les six semaines de leur séjour à la Viergette, Vaîentine et Modeste étaient sorties en forêt, autour du château, sans jamais pousser jusqu'à la Chalade, de telle sorte qu'elles n'avaient rencontré que peu de gens, bûeherons, sabotiers et cheniineaux. Les frères Sambut leur étaient donc inconnus. Ce n'était pas, pourtant, la première fois qu'elles se trouvaient en leur présence. Le matin, après leur nuit de terreur passée dans l'Argonne, on les avait conduites dans une auberge. Et parmi les buveurs étaient les deux Sambut
Ils avaient été frappés par la beauté des jeunes filles et attirés peut-être, aussi, par leur misère apparente, par les affres des épouvantes nocturnes qu'on voyait encore sur leurs trait-s et dont elles avaient peine à se remettre.
De ces beaux visages, les Sambut n'avaient pu détacher leurs regards.
Et saiis dout^-que leur émotion ét^it bien forte, puisque, eux, si sobres, coup sur coup avaient avalé des verres d'eau-de-vie.'
Elles étaient trop troublées, ce matin-là, pour avoir fait attention à eux comme aux autres... et de tous les clients de passage aux Trois Pinsons, un seul, du reste, avait paru les remarquer et leur avait adressé la parole : L'aveugle !
Qui sait si ce n'est pas cette inten^ention qui lui avait porté malheur ?
Le train était parti... filait sans trop se presser par les ravins de la forêt... très lent aux paliers, très lent aux montées, très lent aux descentes... honnête convoi omnibus, moitié m.archandisea et moitié voyageurs, qui sait qu'il n'est point taillé pour battre des records de vitesse.
L'apparition des deux hom.mes n'évoqua aucun souvenir cnez les jeunes filles :. un coup d'œil indifférent et ce fut tout... Après quoi elles se retournèrent vers les vasistas et parurent concentrer leur attention sur les détails du paysage. Or la nuit était complète. On devinait des arbres et encore des arbres, et toujours des arbres qui défilaient le long de la voie. C'était tout. Ce n'était donc point le paysage qu'elles essayaient de voir. Elles regardaient, ■ffisïe. iiètes de l'avenir, au fond d'elles-mêmes.
' Elles se sentaient lancées dans l'inconnu, tremblantes à l'idée d8 ce Paris redoutable où elles seralentpepduesparmi la foule, bien plus complètement qu'au milieu du désert. Pierre et Denis, sons doute parce qu'ils étaient émus par leur présence, i-estaient silencieux. Denis paraissait souffrir, car de temps à autre, ses traits se contractaient avec violence et sa main se portiiit vers son genou dont l'enflure s'accusait visiblemer.t sous le pantalon.
Puis, dans les momeièts de calme, la douleur un instant apaisée, les deux frères se considéraient longuement, les yeux dans les yeux. Chacun des deux, par le regard, voulait faire passer ce qu'il rêvait, peut-être ce qu'il voulait, dans l'âme de l'autre. Et celui qui les eût examiné, tour à tour, eût été effrayé de toutes les sensations qui se dévoilaient ainsi. Ils avaient l'habitude de se comprendre, sans paroles. Et il était évident que c'était des jeunes filles qu'ils se parlaient ainsi dans la communauté de leurs Ames.
De Valentine, la blonde... de Modeste, la brune... Toutes deux séduisantes...
Ce qu'ils avaient exprimé, ces yeux sombres ? D^abord, la sui-prise de rencontrer là, en cette nuit, les jeunes filles devant lesquelles ils s'étaient trouvés, six semaines auparavant... Oui, c'étaient bien elles... Ils ne pouvaient s'y tromper, bien qu'ils ne les eussent plus revues depuis lors...
Ensuite l'inquiétude... Pourquoi ce départ, seules, en pleine nuit? Qui avait pu les y décider?... Ce départ qui ressemblait à une fuite ?...
La curiosité... Où se rendaient-elles ?... A quelque station voisine, ou à Paris ?
Puis l'expression des regards changea soudain... Une sorte de colère traversait donc ces deux cerveaux pour que les yeux devinssent si durs, si cruels ?... Une résolution implacable s'y lisait... C'est ainsi qu'on doit entrevoir le crime, dans l'œil du meurtrier, une seconde avant que la main s'abatte sur la victime...
Ils redeviennent indifférents....
Mais en même temps, l'un des deux, l'aîné, opère une série de mouvements qui paraissent préparer une résolution étrange.
Il a baissé le vasistas de la portière, malgré le froid vif. Il se penche au dehors, comme s'il avait à rechercher un détail quelconque, au long de la voie sur laquelle haletait et s'époumonait la locomotive... Il se penche un peu plus...
Les jeunes filles distraittes n'y prennent pas garde... L'aîné de^ Samlînt a duYert la portière. Une simplo poussée suffira.;; >