‹ La détresse d'une m`ereChapitre 8 sur 13 · LA IVRESSE D'I · texte numérisé non relu

LA IVRESSE D'I

'être Ia propriété de cinq ou six, de dix personnes peut-être. On ne savait.

— Une petite visite dans la cabane s'impose ! pensa Boutort.

Et comme il paraissait ivre abojïîinablerDent, il vint s;e cogner contre les planches, essaya de garder son équilibre jura, se redressa, fit une immense embardée — une de ces embardées d'ivrogne qui, d'un coup, embrassent une largeur de chaussée — et alla s'écrouler sur le seuil de la masure — la tête à l'intérieur, les pieds dehors — en poussant un grognement qui pouvait passer pour une plainte ou pour un soupir de soulagement.

Là, il ne bougea plus... Et de longues minutes s'écoulèrent...

A l'autre bout des palissades, la chanson de Roland roalait st vibrait :

Mail toujours fidèle à rhonoeur, n éii ta moBtrant ea blessure...

Au bout d'un quart d'heure, il se hasarda à glisser un œil autour de lui

Il le referma aussitôt et sa respiration devint régulière comme s'il dormait. Il avait cru entendre un remue-ménage dans les tas de débris et. son oreille étant collée contre terre, il s'imagina que cela venait d'en dessous. Il resta dans une immobilité absolue. Afin de n'être pas vu du dehors, il avait ramené son corps et ses jambes dans l'intérieur de la caibane. Un long temps s'écoula.

Par malheur, lïmmobliité à laquelle il se condamnait eut un résultat fâcheux... Celui d'appeler invinciblement, et pour de bon, cette fois, le sommeil.

D'autre part, l'honnête Boutort, pour tenir tôte à Brûleur, s'était obligé à de nombreuses rasades ; il avait bu plus que de raison. Certes, 11 n'était pas gris. Bien des verres remplis par la mère Lucas avaient été prestement vidés sous la table. Mais il n'avait pas pu les \âder tous. Et cela prédisposait au repos, mollement étendu sur une épam« couche de sable fln..=

Ce qui devait arriver, hélas 1 arriva.

. Le pauvre Dingue-Dingue .s'endonuft vraiment...

Mais d'un sommeil étrange, d'un somm.eil fatigant, empli d'affreux caucheinars... Il essaya plus tard de se rappeler tout ce qu'il avait cru voir, tout ce qu'il avait cru sentir, les êtres fantastiques dont ses rêves s'étaient peuplés, mais il n'osa pas..,. Il avait- honte de lui-îr:ême et se disait :

/— Faut-iî tout de même que j'aie été gris...

Il lui sembla qu'à peine endormi, il avait vu pe soulever l«s débris de plâtre et de planches pourries parmi un flot ée poussière... Peux homme.*? avaient paru... s'étaient »p-

proches de Im... l'avaient examiné... avalent parlé ensuits à voix b'issc-... et ces iétails étaient si précis dans le souvenir do Boutort qiil croyait se rappeler que l'un des deux hommes avait de^nandé à l'autre : « Tu le connais ? » Et que l'autre avait répondu : « Non ! » Alors l'un des deux se pencha sur le corps et se tint longtemps dans cette position et Boutort eut la sensation de se débattre contre quoique chose dé surnaturel qui s'imposait malgré lui à 'sa volonté, s'emparait de ses forces, les réduisait à rien... On lui avait jeté certainement quelque chose sur les yeux, car il essaya de les ouvrir et il ne vit rien.. Il essaya d'appeler, voulut pousser des cris... Puis un engourdissement envahit tous sea membres... Que faisait-on de lui ? que lui voulait-on ? On le prenait par les pieds et par les épaules... Quel singulier rêve !... Et on le portait dehors, et v'ian I sans autre cérémonie on le jetait sur le pavé... ■ n secousse était rude et pourtant il ne se réveillait pas... "' il n'avait resisenti aucun mal... A partir de cet instant, . fut la torpeur, ce fut la mort...

Quand il se réveilla, il avait des nausées, un violent mal Je cœur.

Une lampe était allumée sur une table près de son lit, car il était couché dans un lit et deux hommes attendaient son retour à la vie...

Deux hommes qu'il reconnut : Mirador et Chevillât...

Il se souleva... Et son premier mot fut :

— Dieu, que j'ai mal au cœur !

Les autres se mirent à rire.

Fioutort tenta de rassembler ses idées. Mais c'était trop difficile.

— Qu'est-ce qui est arrivé ?... Je sais plus I... La cabane... le plâtras... j'ai dormi...

— Il y a huit heures que tu dors... vieux, dit Chevillât, et nou.^ avons cru que tu ne te réveillerais pas... Je t'ai trouvé sur la chaussée, inerte, pourtant sans blessure... Je t'ai tripoté, en veux-tu, en voilà, je t'ai collé sur mon dos jusqu'au premier fiacre rencontré... et je t'ai trimballé chez le capitaine...

Boutort, humblement, balbutia, navré :

— C'est pas croyable que j'?;ie été poivre de ce calibre-là.

— T'étais pas poivre, vieux, rassure-toi... C'est pas le vin <\\]9 tu sens...

— Alors, quoi donc ? Qu'est-ce qui me donne si mal au cœur ?

— Le chlopofonne I... dit Mirador... Le chloroforme qu'on o»is a fait respirer pendant votre sommeil... Pourquoi ?...

i'our V0U3 empocher de voir ce qui se passait dans la cabane où vou3 veniez d« vous endormir... et les ge»» qxti B'y trouvaient...

— Il n'y avait personne, sûrement personne, dit Boutort

a\Qc énergie.

Mirador sourit.

— Il y avait quelqu'un... et quelqu'un qui ne voulait p/iS que lût connue sa présence on cet endroit... Comment cet homme s'y cache-t-il ?... Patience, mon pauvre Boutort, il ne nous jouera pas toujours et nous finirons bien par le savoir...

Boutort se iourra les deux poings dans les cheveux.

— Mon rêve ! murmura-t-il... Mon rêve !... Ils étaierit deux !... Et avant de m'endormir, j'avais entendu distinctement iHi bruit sourd qui partait des dessous de la cabane... Et c'est là que Brûleur a disparu...

— Et Brûleur est' l'instrument de Coribasse...

— Et Coribasse est Pierre Sambut... comprenez-vous, Boutort ?

— Si je comprends, sang-dieu 1 mon capitaine... Ça va chauScr...

— Ça chauffe même peut-être en ce moment, car Marchenoir doit les suivre à la piste. . C'est lui qui vous a vu sur la chaussée avant les gardiens de la paix. Mais, en même t^mps, il voyait deux hommes sortir de la cabane... Dans l'un d'eux, il reconnaissait Brûleur... L'autre, il ne l'avait jamais vu... Un coup de sifflet avertit Chevillât... Chevillât vous releva !... Marchenoir filait les autres... Qu'est-il devenu ? J'espère que la nuit ne s'écoulera pas sans que nous recevions de ses nouvelles...

On entendit dans la rue de Lisbonne une voix mâle qui chantait :

Suivez son panache éclatant

Qui vous guide dans la carrière...

Cinq minutes après, Marchenoir était près des camarades. Il était barrasse, hors d'haleine, n'en pouvant plus. Et ses yeux brillaient d'une fureur concentrée.

— Eh bien ? interroge Mirador.

— Eh bien, les bandits se sont moqués de moi et je les ai perdus... Ah ! ce sont de rudes coquins... Du moins, je suis sûr qu'ils ne m'ont pas vu... Tous les tours et les détours faits ensemble depuis midi n'étaient que pour dépister les ^ens qui pouvaient les filer, car la présence de Boutort. dans la cabane avait dû éveiller leurs soupçons... Ils m'ont fait visiter tout Paris, jusqu'aux Buttes-Chaumont... après quoi, ils sont revenus sur leurs pas... ils se sont séparés boulevard de la Villette... Brûleur est entré à l'hôtel du Volga... vous savez ? Quant à l'autre... il m'a bousculé en passant et m'a traité, je vous le donne en jBiille, en cinquante mille, en cent mille.

— Dib tout de suite

— Il m'a traité de : « Mal pondu ! » En voilà un toupet. Après quoi il a sauté dans un liacre, moi dans un autre. Plûcp de la République, il descend de t^on fiacre, moi du mien. Il fait un bout de chemin à pied, je le suis, sur l'autre trottoir... Au terre-plein de l'Ambig-u, en face des Folies-Dramatiques, il prend ime auto... J'en prends une autre... Et le voilà qui dévale, qui dévale, moi derrière à distance convenable... J'avais la frousse d'avoir une panne! Non, tout a bien marché... Mais, le plus drôle, savez-vous 9Ù il me conduisait ? Je vous le donne à deviner... Je vous le donne en mille, en cinquante mille, je vous le...

— Vous auriez perdu, Marchenoir, dit Mirador avec j^aieté, car l'homme a dû vous reconduire rue des Peupliers...

Marchenoir sursauta.

— Comment le savez-vous, fûon capitaine ?

— Je le devine. Et je devine même ce qui vous est arrivé par la suite. Il a abandonné son auto, il a fait le reste du chemin à pied... et comme il se croyait en sûreté, il ne prenait plus aucune précaution.

— Juste !! Les mains dans les poches, en rigoleur...

— Il estentréchez le bistro à la devanture rouge et bleue...

— Non, mon capitaine, sauf respect, vous n'y êtes plus. Il y a encore du vrai, mais ça ne s'est pas passé tout à fait aussi simplement... Ce n'est point chez le bistro rouge et bleu que l'homme est entré... Il est rentré dans la cabane en planches d'où il était sorti, en traînant Boutort par ^s épaules... Alors, je me suis mis en vedette... J'ai poireauté une heure... Pour moi, la cabane, ça devenait leur quartier général et si Boutort ne s'était pas endormi, il aurait peut-être découvert le pot-aux-roses... J'avais soif, vj" avais faim... Je me dirige chez la mère Lucas, et au moment où je vais entrer dans le débit où vous avez si bien arrangé Brûleur et Boucher, je vous donne en cent mille millions de deviner quel était le particulier qui en sortait et qui me marcha sur les pieds en sortant...

-Brûleur?... Non?... Parle, tu nous fais languir...

— C'était mon homme, celui que j'avais si bien filé... que j'avais vu disparaître dans la cabane, pas loin de là, et que je retrouvais chez le bistro... Le même, vous entendez bien... et que je reconnaîtrais dans cent ans... avec un regard noir qui vous fouille... le même, disparu d'un côté, reparu d<» l'autre... comme s'il avait franchi l'eapace en ballon... ■

— Tu l'auras perdu de vue... ou bien, c'était un autre...

— Je jure I... Le même, qu'on vous dit... Et la preuve... L'A:nidon serra les poings. Et il eut, dans le vague, uu

gyîste de menace. ^

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