INTRODUCTION. XLVII
nieuses applications ; le commerce recule devant l'audace des entreprises ; le travail, devant la privation de l'épargne ; la pensée perd le goût des hautes spéculations où elle mettait sa gloire, et la philosophie désapprend ses brillants combats ; on voit enfin tous les ressorts se détendre, et la nation, ainsi frappée à mort, n'offre plus que le spectacle d'une langueur oisive, morne, impuissante, si elle ne s'éveille pas pour de honteux plaisirs ou de futiles querelles.
En sommes-nous là, et qui ne reconnaîtra combien ce tableau diffère de la réalité? Le régime précédent avait pu énerver les caractères et amollir les mœurs. Après la terrible secousse qui nous a ébranlés, les institutions essentiellement libérales que nous avons enfin adoptées, bien qu'elles soient imparfaites encore et ballottées comme dans une tourmente par l'impatience ou l'hésitation des esprits, achèveront de nous arracher à notre torpeur et de nous rendre à notre virile énergie. Il suffit que nous ne refusions pas d'en apprendre le difficile usage.
L'auteur du Développement de la Constitution anglaise, du commencement à la fin de son livre, célèbre la liberté. Il en fait le patrimoine et l'honneur de sa race. Je veux bien aller en étudier chez
XLVIÏI INTRODUCTION.
lui les applications et l'exercice ; quant à la vertu même qui en est la source, je la revendique à mon tour pour mon pays, parce que c'est celle des peuples forts qui peuvent être vaincus, mais se relèvent toujours de leurs défaites.
Au:xANhRK DEHAYE.
Paris, 1p 5 juin 1877.