‹ La dévotion à la Vierge dans la littérature catholique au commencement du xviie siècleChapitre 10 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les expériences du mysticisme mariai.

Olier.

La solidité théologiqne du fondement donné à la dévotion mariale par l'Oratoire et par Port-Royal allait-elle désormais prémunir les esprits contre lesentraîuemenls et les aventures d'une sentimentalité peu rétléchie ? Sans doute ce rationalisme pieux s'imposa à un grand nombre d'âmes dont la piété instruite s'accompagnait d'un robuste bon sens. Mais ce serait ignorer la nature même du sentiment religieux que de croire qu'on puisse en arrêter le développement et en maîtriser les forces une fois éveillées. Même quand il est établi sur le raisonnement, il s'épanouit en affection, et il pousse en feuilles et en fleurs ; l'exubérance, l'extravagance sont des preuves de savie. G'estcequi arriva auxvii« siècle àladévolionpourMarie. Des mystiques moins paisibles, quotidiennement sujets aux extases, aux agonies spirituelles, aux désolations^ aux fusions en Dieu, superposèrent, dans le culte de Marie, à la ratiocinalion théologique, des états de sensibilité et d'imagination. C'était de ces esprits chez qui l'idée abstraite se transformait en vision, en perception immédiate du surnaturel. La méditation tournait vite aux cris d'adoration, aux élans d'amour, à l'immersion diins le mystère. Et leur théologie, loin de régler cette exaltation enivrée

semblera au contraire légitimer les désirs fougueux de propagande et d'invention dévotieuse. De cette génération nouvelle et de ses nouveaux apports, les types représentatifs sont le Père Eudes, qui appartint à TOraloire avant de fonder sa congrégation, et « M. Olier, » le plus fidèle disciple du Père de Condren*. Ils empruntent au cardinal de Bérulle et au P. Gibieuf les déductions syllogistiques ou les inductions de leur théologie mariale, mais ils en développent avec encore moins d'embarras les conséquences ; — surtout ils la « vivent » avec plus de passion, et ils la font vivre à autrui, llslui fonlfranchirTenceinte des communautés religieuses, — et, de cette piété intense, dont ils ont d'abord expérimenté les effets, ils se font les apôtres, l'un parmi le jeune clergé dont il entreprend la réforme, l'autre dans la masse des fidèles à qui il apporte un culte nouveau, accessible et séduisant, aux âmes les plus simples.

Il faut recueillir dans les dévots et minutieux biographes de M. Olier les éléments préparateurs de sa dévotion mariale.

11 fut animé, nous disent-ils, dès son jeune âge, d'une dévotion sensible et « absorbante » envers la Mère de Dieu.

1) On s'étonnera peut-être du silence que nous avons gardé au sujet du P. de Condren (1588-1641). Second supérieurgénéral de l'Oratoire (il succède, à Bérulle en octobre 1629). Ce fut un des hommes les plus saints du xvn* siècle. Le Père de Bérulle disait « que tout l'Oratoire obéissait au général, mais que le général lui-même obéissait au P. de Condren ». Saint Vincentde Paul disait: « Non inventus est similis illi, » et sainte Chantai, le comparant à saint François : « Si Dieu a donné à l'Église notre saint fondateur pour instruire les hommes, il me semble qu'il a rendu le P. de Condren capable d'instruire les anges » (Cf. Bossuet, Oraison funèbre du P.Bowguing^ i" point). Condren don le nom inspire la piétié, dont la mémoire toujours fraîche et récente est douce à l'Kglise comme une composition de parfums (Cloyseault, Bibl. Orator.y 1, p. 179, 315 ; Abbé Pin, Vie du P. de Condren). Le commerce avec Dieu lui fut habituel et les ravissements quotidiens ; il nourrissait à Vègard de la Vierge la dévotion la plus vibrante, (cf. Pin, Vie de Condren, p. 302, 306; Cloyseault, I, p. ^93), mais à part quelques lettres, nous avons peu de ses écrits. Ceux de M. Olier, dont il fut le directeur et le conseiller, dans la fondation de Saint-Sulpice (réunion des futurs sulpiciens à Saint-Maur) nous donneront l'image et l'explication de celle piété si ardente.

« Il nopouviiit jamais rien apprendre qu'à force d'ave ma?ia' », et cette piété « extraordinaire » le détournait même continuellement de l'étude : aussi sur l'avis de ses directeurs, il renonça au doctorat'. C'est alors qu'il fut assailli des orap^es de la jeunesse : abbé commendataire, il commença à fréquenter les grands, il s'engagea dans les divertissements du siècle*. .Mais la Vierge qui n'oubliail pas son protégé, au milieu de ses défaillances, vint l'arracher à la vie mondaine : il célébra sa première messe le 24 juin 1633, et poursuivit son ascension mystique avec l'aide de sa bienfaitrice, mais non sans éprouver parfois les plus angoissantes sécheresses. Nous avons le récit de toute cette vie religiciise en des mémoires rédigés par M. Olier sur l'ordre de son confesseur et destinés à lui seul. Le fondateur de Saint-Sulpice les écrivait chaque jour tout d'un trait*, souvent à genoux, dans l'exaltation de la prière. Ce journal est donc la transcription presque immédiate et quasi 1' « inst,antané » de ses états d'âme. Il est comme saturé des oraisons haletantes épandues au pied des autels : il est d'une singulière valeur '. Et c'est là aussi que

1) Paillon, Vie de M. Olier, (4« édition, 1873), I, p. 7. 2)ld., I, p. 155.

3)Id., I, p. 23.

4) « On peut lire 1000 ou 1200 pages sans trouver une seule rature » (Baudrand dans Bertrand, Histoire littéraire de Saint-Sulpice^ III, p. 453).

5) Paillon l'a utilisé abondamment dans sa Vie de M. Olier, mais il en a trop librement corrigé le style, et sous le vernis d'une élégance monotone ont disparu les pieux excès de langage, les saillies primesautières, les audaces échappées à l'improvisation. La bienveillance d'un érudit sulpicien, qui nous donnera bientôt la biographie définitive de M. Olier, nous a permis d'en consulter une copie* et nos citations seront ainsi rigoureusement exactes **.

[Le sulpicien, dont il est question dans les lignes ci-dessus, était le vénérable M.Frédéric Monier mort depuis. M.Levesque, le savant bibliothécaire de Saint- Sulpice, a publié en 1914 le premier volume, seul terminé, de cette Vie de J. J, Olier (P., J. de Gigord, in-8°) dont il sera le digne continuateur]. A. R.

*) Copie des mémoires autographes eu quatre volumes in-4''.

**) Déjà M. Icard, dans la Doctrine de M. Olier expliquée par ses écrits (28éi1ition, Lecoffre, 1891) avait reproduit très fidèlement et rigoureusemeut certains extraits.

nous pouvons apprécier dans sa saveur authentique un style dont on a loué ïa extraordinaire beauté* ».

DoncpouroblenirlaconversiondeM. Olier, la Sainte Vierge « mettait en prières toutes ses servantes particulières. Je commençai donc de naître à Dieu par désirs et par affections légères, sans pourtant quitter tout à fait le péché. J'avais peine à aimer le monde et n'y pouvais trouver de divertissement véritable, mais toutefois je retombais toujours dans le péché ))'.Ces(( servantes particulières »jouèrent ungrandrôle dans la vie de x\I. OHer : c'était la mère Agnès de Jésus *, à qui la Vierge apparut en lui disant : « Prie mon fils pour l'abbé de Pébrac », et qui apparut elle-même à M. Olier, peu avant de mourir : « Je crus surl'heure que c'était la Sainte Vierge ». — C'était aussi Marie de Valence*, que saint François de Sales, le cardinal de Bérulle et saint Vincent de Paul estimaient et vénéraient. C'était surtout iMarie Rousseau, l'extraordinaire cabaretière 5, femme d'une haute intelligence et d'une charité inépuisable, la lumière et le conseil des grands réformateurs et des personnes les plus illustres par leur naissance ou leur piété. Olier croyait voir en elle la Sainte Vierge qui gouvernait autrefois l'ÉgUse et conduisait les Apôtres après l'ascension du Sauveur*. Le fondateur de Saint-Sulpice se lia

1) Brémond, La Provence mystique: « Très peu se doutent parmi nous de l'extraordinaire beauté des écrits de ce grand homme. Les inédits dont M. Paillon nous a donné quelques extraits — hélas! corrigés — sont une des lectures les plus savoureuses que je connaisse » (p. 324, note 1).

2) Mé,n. iiutogr., II, p. 251, 252 (1602-1634).

3) Prieure du couvent de Sainte-Catherine de Laogeac ; l'abbaye de Pébrac que M. Olier avait en commende était proche. Il faut lire dans la Vie de la Mère Agnès (te Langeac par M. de Lantages, 1665, le récit émouvant des six mois d'union spirituelle passés par M. Olier à Langeac auprès de la Mère Agnès et de leur séparation (p. 512 sq.).

4) Marie Tessonière. M. Olier lui rendit visite en 1636 et la revit en 1647, Histoire de la vie et des mœurs de Marie Tessonière, par le R. P. Louis de la Rivière, in-4, Lyon, 1650.

5) Marie de Gournay, veuve de David Rousseau, l'un des vingt-cinq marchands de vin de Paris, « privilégiés suivant la cour. » Voir, sur son rôle au XVII* siècle et sur ses rapports avec M. Olier, Paillon, Vie de Sf. Olier, I, p. 340-342 [et éd. Monier, p. 555.]

6) Marie Rousseau écrivit elle aussi un journal volumineux (Bibl. Nat

avec elle de la plus intime des amitiés mystiques, et moins réservé que les Oratoriens, ses maîtres, il ne craignait pas de considérer cette « sainte âme » comme la « figure » de la Vierge. C'est un des aspects les plus curieux de cette mysticité que cette espèce d'incarnation des personnes divines ou des saints en un être humain. « Elle vit Notre Seigneur venir en moi et me changer en lui et vit encore la Sainte Vierge entrer en elle et la convertir toute en elle'. » Nous ne comprendrions rien à la mystique mariale de M. Olier, à sa théologie visionnaire, si nous ne mettions en relief ce cœur à cœur mystérieux avec cette pieuse collaboratrice et les échanges spirituels opérés par Dieu en leurs âmes : « presque toutes les fois que la bonté de Dieu agit en moi, elle le ressent et me le dit aussitôt qu'elle m'aborde, et me dit en général les choses qui se sont passées dedans moi comme si Dieu le Père, résidant dedans elle, opérait par elle en moi et me communiquât ses grâces, comme par la Sainte Vierge à son fils... » '. De même la dépendance de l'homme vis-à-vis de Dieu est représentée par la soumission du prêtre à son amie', et les effets de cette amitié sont l'expression « de la joie et des ressentiments de la Très Sainte Vierge

Manuscrits fr., 19326-19338), 13 volumes de près de 1000 pages chacun. M. Paillon les connut et en tira parti dans la 4* édition de la Vie. de M. Olier. {)Mém. aut., II, p. 434; cf. Ilî, p. 415 bis (feuillet interfolié, 23 avril 1644) : n Dieu a choisi l'âme de Marie Rousseau pour représenter la vie de sa Mère en la terre et exprimer l'intérieur le plus pur de son âme et des opérations de l'esprit de Dieu en elle... »

2) III, p. 415 bis. L'expression de celte correspondance est souvent bizarre : « cette âme, toutes les fois quasi, au moins assez souvent lorsque Dieu opère par moi au prochain, elle se sent tirée des raammelles comme si c'était un petit enfant qui tirât du lait de sa mère. Elle se sent le sein enflé et son lait se répandre en moi qu'il lui semble que je dégorge après sur les personnes à qui je parle... » (III, 415 bis). — On se rappelle les imaginations analogues de M^'Guyon.

3) « La Vierge me disoit que pour cela elle vouloit que je dépendisse extérieurement de Marie Rousseau. Elle vouloit que je reçusse d'elle toutes les bénédictions et les douceurs qu'elle me voudroit donner, que je m'y soumisse par amonr et qu'elle me gouvernerait par amour n (17 février 1643, III, 116).

par l'approche el les visites de son très cher fils '. » Ce? représenlalions sont certes infiniment déficientes, mais elles ont,surrahslraclion conceptuelle des développements Ihéologiques, l'avantage d'être le fruit de la volonté et de la vie. On remarquera toutefois que cette mystique supporte malaisément l'épreuve du « discours ». Elle risque, quand 0:1 l'étalé aux yeux du public auquel elle ne tut jamais destinée, de donner un spectacle étrange. « Quand c'est formulé en méditations et en exercices, dit Xewman, cela est aussi choquant que des lettres d'amourdans un rapport de police» >> . Mais les historiens du sentiment religieux peuvent se permettre une analyse où, bien entendu, ils n'apportent nulle ironie, désireux qu'ils sont de révéler jusqu'en ses témérités, les richesses du sentiment religieux.

C'est donc par la Vierge etparces saintesâmesqueM. Olier « fut conçu à la grâce. » Nous aimerions à le suivre pendant son pèlerinage de Lorette \ où il obtint de la Vierge « la conversion de son abominable vie » : tantôt il récite le chapelet, tantôt il se délasse en composant des cantiques à la louange de la « reine du ciel» : puis, en proie à une violente fièvre il se traîne jusqu'au sanctuaire, et goiite, en approchant, d'ineffables consolations : « à l'abord que j'aperçus l'église de loin, je sentis des tendresses très grandes et un coup, comme si c'eût été un /rail de fièche qui m'eût touché le cœur... Je fus tellement attendri par les caresses de la très sainte Vierge qu'il fallut me rendre à mon Sauveur qui me persécutait depuis si longtemps » *. Plusieurs sanctuaires consacrés à Marie reçurent dès lors la visite de cet infatigable pèlerin'. Notre-Dame de Chartres eut souvent la préférence, car M. Olier était sensible

1) Mcm. autogr., II, p. 433.

2) Newraan, \.p culte lU la sainte Vierge, p. 122.

3) C'éUit en 1630.

4) M(*Tn. aut., I, 33 sq. Paillon corrige : » Je sentis alors mon cœur comme blessé d'un coup de flèche. »

r>) Natre-Dame-des-Anlillers (Ham)n, Sntrt'.-Dam''. de Pranrt\ IV, p. 276), Nolr(" Dame-de-LifSse, Nolre-Dain»» (iiil'iiy (Hamon, II, 2*0-241), etc.

« à ce doux bruil et célèbre résonnement fies cloches* » de lacîahédrale: il alla lui olîVir,lorqiril eul fondé le Séminaiie', les clefs dont elle lui avait présenlé le modéliî. La Vieii;^ avait veillé avec solliciUide sur la londalion de la nouvelle maison*. M. Olier « l'invita » à assister à la preniière rénovation des promesses cléricales *. Elle accueillait le visiteur au fond de la cour du séminaire, « assise, tenant de la main gauche le saint enfant Jésus, debout sur ses genoux, lequel lui met une couronne sur la t6Me^ » Sa chapelle, magniliquement décorée par Ch. Lehrun, fut comme un Joyau offert par de pieux sujets à leur patronne et souveraine". « J'espère, disait M. Olier, que le saint nom de Marie sera béni à jamais dans notre pauvre maison, et tout mon désir est de l'imprimer dans l'esprit de mes frères'. » La piété mariale du fondateur de Saint-Sulpice ne dégénérait point en un quiétisme équivoque, mais tout en étant l'aliment de prédilection de ses méditations solitaires, elle fut aussi le ressort le plus puissant de son activité. Nous retrouverons dans sa doctrine même le rôle de ce zèle apostolique.

Gomment M. Olier n'a-t-il pas donné aux fidèles français,

1) Mém. aut., I, p. 297 : « Vous m'éveillâles ô mon Dieu, le matin, une heure ou deux plus tôt qu'il ne fallait se lever et entendant ce doux bruit et ce célèbre résonnement des cloches de Notre-Dame... »

2) Faillon, Vie de M. Olier, III, p. 53, 65-66.

3) Le séminaire de Vaugirard en 1642 fut la première communauté de Sulpîciens. Le 15 août 1643, M. Olier accepte la cure de Saint-Sulpice et l'on commença l'établissement du séminaire dont la première pierre fut posée en septembre 1648.

4) Faillon, V/e, III, 84 : le 21 nov. 1650, fpte de la présentation de Marie au temple, dans la chapelle de la Vierge, où le nonce, Bagni, officia ; il bénit la maison l'année suivante le 15 août 1651.

5) Mémoire de M. Baudrand {Eist, litt. de Saint-Sulpice, III, p. 415), sur la vie de M. Olier et le séminaire.

6) Plafond (le Triomphe de la Vierge), tableaux en médaillon au-dessus de la corniche représentant les perfections de la Vierge, tableau du maitreautel (la Pentecôte) ; Baudrand (Hist. littér., III, p. 419-424). Cf. Genevay, Le style Louis XIV, Ch. Lebrun ; ch. V, p. 45-52, Le Séminaire de Saint-Sulpice.

7) Mém. aut., (30 sept. 1649), IV, p. 327.

sur la Vierge, l'ouvrage que l'on pouvait attendre de lui? Ce n'est pas qu'il n'ait jamais eu l'intention de l'écrire. Ce fut au contraire chez lui une pensée constante. Dieu lui en avait fait un commandement : « Je voudrais, ô mon Dieu, être digne de satisfaire à une parole que vous me dites, s'il me semble, il y a plusieurs années. Il faut que tu écrives les amours de Jésus et de Mario. Ce seia, Seigneur, quand vous voudrez : je me prête et me livre à vous de tout mon cœur sur ce sujet. Il [ce sujet] est bien aimable et adorable ; et bienheureux sont ceux qui découvriront ces beautés à l'Église *. » Et pourtant l'ouvrage ne fut jamais composé. Mais nous avons de nombreux fragmentsmeV?7,ç : pensées, médilalions, exhortations à des religieuses, sermons de missions, réunis confusément en un Recueil factice de la Vierge*. C'est là que nous puiserons l'essentiel de sa doctrine de dévotion mariale \

II. — La mystique mariale de M. Olier est très riche. Retenons-en seulement les idées les plus caractéristiques.

1) Mém. autogr,, I, p. 142 (oct. 164^ ; cf. II, p. 359 (août 1642) : « Ce malin N.-S. m'a remis en mémoire ce qu'il m'avait dit autrefois : Souviens-toi d'écrire les amours de Jésus et de Marie. »

2) Ce recueil fait partie d'un volume d'autographes (I, p. 140) qui comprend le traité des attril)uts de Dieu, le traité des Saints Anges, et des panégyriques. En voici les principaux fragments : De la nécessité <Vêlve uni à la 1res sainte Vierge dans la religion chrétienne, p. 1-14 ; Continuation de la nécessité, p. 15-24; Explication de « Osculetur me », p. 25-36; Conception:, Sativité ; Dévotion à son enfance ; Présentation, etc. ; Dévotion du séminaire de Saint- Sulpice vers Jésus et Marie, p. 95, 102, 106, 109, 125, 135 etc.

3) Car on ne ptMit utiliser le livre de M. |^aillon : <« La vie intérieure de la Vierge, reeueUiie dr^ écrits de M. Olier », l'éditeur, toujours inexact, a juxtaposé un très grand nombre de textes corrigés qu'il empruntait soit au Hecueily soit aux Mémoires, en les classant arbitrairement sous plusieurs rubriques et en les complétant par une paraphrase abondante qui lui est toute personnelle. La vie intérieure de la très sainte Vierge, ouvrage recueilli des écrits de .M Olier, 2 vol., Rome, Salviucci, 1866 (Poussielgue, 1 vol. in 12, 1875') fut déférée à l'index. M^"" Gay accepta dp le défendre et laissa entendre que M. Faillon avait eu tort de vouloir « juslifier scolastiquement ce que son patriarche avait écrit dans un ordre pjvement mystique » {Correspondance, (Oudin) 1899, II, p. 67). La cause de béatification de M. Olier demeura suspendue à la suite de ces difficultés que, l'ouvrage de M. Icard en 1891 [Doctrine de M. Olier)

se propose de résoudre.

Tandis que les Oratoriens contemplèrent surloiil la liaison du Christ et de la Vierg(\ le mystère de la maternité divine, IVl. Olier insiste d'abord sur Tunion de Dieu le père et de Marie, condition première de celte même maternité. L'Incarnation était le point de départ des Oratoriens. La Trinité fut celui du fondateur de Saint-Sulpice '. Cette méditation n'était point spéculative. AL Olier réalisait toujours en son àme les mystères qu'il méditait. Il a « vu » la résidence intime du Père éternel en Marie : « chose épouvantable el presque incroyable à la gloire de la très sainte Vierge » ^. C'est un état de fusion complète. « Elle est tellement /}a^.9e^ en lui et dans ses droits qu'il ne se peut rien comprendre de pareil. Elle est livrée sans retour, sans soin et sans souci ; elle est dans une paix et dans un repos non pareil de se voir habiter dans ce lieu où Dieu est sa suffisance et rien avec lui. Dieu a, de son côté, une joie inconcevable de posséder cette âme, de la voir ainsi abandonnée en confiance à lui. » Les mots manquent à M. Olier pour exprimer cette vision « immense, incompréhensible atout esprit créé... Une chose est vraie, mais qui est assez particulière, à savoir que la manière de Dieu d'aymer la sainte Vierge en cette qualité d'épouse a quelque chose de singulier en tendresse, en caresse, qu'il n'a pas pour l'humanité de son fils, en qualité de fils. » Et, sans doute, que de scrupuleux théologiens hésitent à suivre AL Olier dans des hypothèses aussi aventureuses, — qu'il ne faut pas d'ailleurs isoler de leur contexte et auxquelles on ne saurait légitimement demander la rigueur des définitions théologiques, — on le comprend. Mais M. Olier n'a pas ces appréhensions. Dieu le père, « qui est parfait en toutes sortes de qualités, a donc, vers la sainte Vierge, l'éuiinence d'amour d'époux, — vers la sainte Vierge,

1) Marie de Valence honorait spécialement ce mystère et en inspira la dévotion à M. Olier (Paillon, Vie, I, p. 191-192).

2) Recueil de la Vierge. De l'état de la Saincle Vierge unie au sein du Père en qualité d'épousp., p. 114-124. Cf. Mémoires (22 avril 1644), 111, p. 410-412 (cité par Icard, p. 270 sq.).

dis-je, qui esl son épouse et son unique épouse — et comme l'amour qu'on porte k r<'pouse surpasse celui qu'on a pourles enfants comme tels', iJieu le père a quelque cliose, quelqur tendresse, quelque rapport, quelqu-^. manière, quelque f2;enre d'aimer qui lui est singulier pour la très sainte Vierge ». Nous saisi.^sons ici sur le vif la façon de penser et d'écrire de notre auleur : ce n'est pas une déduction suivie, c'est un perpétuel et parfois un peu prolixe retour de l'esprit sur luimême, un creusement consciencieux d'une idiV logique et juste, une hahitude scolastique d'en suivre jusqu'au bout les consé(iuences, — d'où une accumulation d'expressions qui n'arrivent pas à épuiser les vues sans cesse renouvelées d'une pensée discursive. Dans ce travailla vivacité de l'émotion est souvent créatrice de mots heureux ou d'images neuves».

Marie, épouse de Dieu, n^est pas seulement l'objet de la tendresse divine ; elle est aussi l'aide de Dieu, étroilement associée à son dessein de former une famille et « de sortir hors de soi par les voies de l'amour ». « Il a voulu premièrement se pourvoir d'une épouse qui lui fut une aide semblable à soi » '. Il a choisi la Sainte Vierg(^, et voilà tout le mystère de sa Prédestination. La paraphrase d'un verset de l'Ecclésiastique lui sert à développer cette idée* « Er/o ex ore alfi^simi prodivi primoyenita ante omnes creaturas. Dieu le Père m'a formée premièrement pour sa compagne et son épouse, pour faire après avec moi et en moi toute la créature. 11 con-

1) « Ce n'est pas que son estime soit pareille, [pour Jésus et pour la Vierge]; ce n'est pas que l'estime de son fils ne dépasse infiniment celle qu'il a pour la Très Sainte Vierge, » mais « si l'on considère N.-S. en son humanité simplement en elle séparée de la divinité, il ne faut pas douter que Dieu le Père n'ait en soi une tendresse, un abandon, une union vers son épouse qu'il n'a point pour son fils... » (p. lU-llT), Kecueil).

2) Cf. par exemple Mém. aut., I. p. 297 : *< cela remplissait mon esprit de grande joie, mais ce qui le comblait, c'est qu'il me semblait que mon cœur avait part à tout cela, louant Dieu partout et étant répandu partout. Et je }mssai celte heure avec grande vitesse. »

3) Recueil de la sainie Vierge, p. 1U>. (^.f. MtUnoire^s (19 nov. 1651), ÎV, p. 389-394.

^) Ecclésiastique, XXIV, p. T).

sultait avec moi qu'il tenait présente à son esprit, voyant dans mon fond ce qui m'(iût pu ai^^réer et ce qui m'eut, pu plaire si j'eusse été au mondcv, il a aj;i eu mou espiil rt s(îl(ui mt»s désirs, uie ternut toujours présente à lui, examinant et recherchant ce qui était le plus conforme à mon esprit qu'il pouvait aisénierjl connaître par le sien et ses inclinations qu'il prévoyait devoir être les miennes... par la communication très intime de sa substance, de sa vertu et de sa vie qu'il devait mettre en moi et selon l'étendue de la sagesse qu'il devait répandre en mon âme '. » M. Olier tient beaucoup h celte coiiceplion' ([ue cest en prévision des désirs de Marie que Dieu dispose toute l'économie de sa providence. La vie terrestre de la Vierge était donc comme la manifestation publique de ce que Dieu avait voulu invisiblement en elle de toute éternité. En imitant Marie le chrélien est sûr de remplir le dessein de Diru

Et le Père Élernel est en Marie non-seulement pour commencer son œuvre, mais pour la continuer et l'achever. « Il est en elle formant son Fils ( n toute son étendue, in virum perfectiim\ » il forme tout J. G. en elle, — lui et tous ses membres « c'est-à-dire que Dieu le Pèie forme en la Sainte Vierge notre Seigneur et son Église. Et ainsi la Sainte Vierge est, avec Dieu le Père, la mère de J.-C. et de la sainte Église'. » Aussi M. Olier donne à la Vierge, dans l'Incarnation, un rôle très actif. Pour les Oratoriens, c'étaient les rapports intimes de Jésus et de son Père qui se présentaient immédiatement à l'esprit de la Vierge. Selon M. Olier, c'est la Vierge elle-même qui transmet an Fils l'action déifiante du Père. « Celte sainte épouse est imbue de toute la puissance

1) Recueil de la sainte Vierge, p. 117.

2) (>' Le consenlemenl de la Vierge [fiât mihi seciindum verbum tuum) avait été revu et connu de Dieu le Père devant le temps. Dieu avait vu au fond de l'àme de la très sainte Vierge, sa chaste épouse remplie de foi, de grâce, de sagesse, de soumission, quel serait son sentiment et sa pensée » {Recueil delà SaiJîte Vierge, p. 118).

3) Recueil de la Vierge, p. 114.

du Père; elle est « animée de sa vertu )>. Dieu communique tout à ce saint Fils par elle, et il était tellement lui communiquant en elle, qu'elle était faite participante de toutes les communications du Père au Fils pour intimes, saintes et divines qu'elles fussent... Elle sentait en elle et comme sortir (Telle' toutes ces communications, et lui semblait que ce fut sa substance propre qu'elle répandait en lui et lui répandait ces lumières qu'elle ne connaissait et la substance qu'elle ne comprenait pas, quoiqu'elle ressentît en elle des effets excessifs et prodigieux de cette communication divine et paternelle à J.-C.'- » Ainsi Notre Seigneur tirait toute sa substance de sa mère, et il se croyait redevable à la Vierge de tout ce qu'il recevait et faisait sur la terre pour la conversion des âmes. Jésus lui doit même sa vie glorieuse, puisque « c'est en la Très Sainte Vierge que le Père Éternel a ressuscité son Fils... en sorte qu'elle n'est pas seulement Mère de Jésus- Christ en l'humiliation de la chair, mais dans la gloire de l'Esprit ))'. M. Olier peut ainsi apporter une solution originale au problème diversement résolu par les mystiques : pourquoi le Christ n'apparut-il pas à Marie après sa résurrection ? « C'est qu'elle était entrée en communion de la vie ressuscilée et de la vertu paternelle et vivifiante avant que son cher Fils y fût rentré, — Dieu s'étant répandu dedans elle pour faire ce grand effet sur son Fils et lui donner une vie semblable à la sienne. » Aussi ce n'est pas seulement à la grdce que la Vierge fait naître les hommes : « Dieu est en elle répandant la vie divine en toutes les créatures, et les engendrant à la gloire*. »

La Vierge est donc souveraine moins par un effet de sa liaison avec le Christ que par une délégation immédiate de

1) Cf. plus haut celle même sensatioji éprouvée par M. Olier ou Marie Rousseau dans leurs pensées ou leurs actes respectifs.

2) Mé.m. autoqr., 22 avril 1644, III, p. 410-412.

3) Id., III, 413 : «( et c'est pourquoi on ne voit point 'l'apparition du Christ à sa sainte Mère. Il était hon qu'il apparût à ceux et celles qui ignoraient 1.» saint mystère »

4) /li., III, p. 414.

Dieu le Père, qui, de toute éteruilé, mil en elle ses coinplciisances : d Celui là est heureux qui est aimé de cette sainte épouse qui peut tout sur Celui et en Celui qui a fait et qui opère toutes choses dans le ciel et sur la terre. C'est une chose merveilleuse que ce pouvoir de la Très Sainte Vierge en qualité d'épouse qui a tout droit et tout pouvoir sur Lui. Il veut ce qu'elle veut. Il fait du bien à qui lui plaît. Elle n'a qu'a vouloir, toutes choses sont faites*. » De cette puissance M. Olier nous donne une image qu'il répète souvent' : « La Sainte Vierge est la Dalila du grand Samson qui se laisse aveugler par son amour. Elle lui plaît tellement qu'il ne saurait rien refuser de tout ce qu'elle veut; elle lui d/^des mains le pouvoir de perdre ses ennemis, elle affaiblit cette toute puissance. Elle tire de lui tous secrets et elle l'aveugle en son amour... Elle est notre vrai jubilé car aussitôt qu'elle se présente à Dieu, aussi bien que l'Église, pour nos offenses, et qu'elle paraît devant lui pleine de larmes et de douleur et de peine pour le pardon de nos péchés, offrant sa. pénite?îce qui est vaste et profonde comme la mer^ aussitôt cet amant se voit le cœur transi : il est impatient d'essuyer les pleurs et d'adoucir l'amirtume de son amante et remet pour cela tout aussitôt les péchés des hommes à sa seule présence*. » M. Olier résume en une formule concise le mystère inelYable de cette condescendance divine : a C'est une étrange invention d'amour à Dieu le Père de s'être fait obligation de faire miséricorde, et de s'èire fait lier les maiiisde sa puissance et sa justice par les mains de l amour K » Tels sont et le principe et les conséquences de la résidence de Marie en Dieu, thème qui n'était pas nouveau, mais que M. Olier développa avec hardiesse, nous donnant un remarquable exemple de la

1) Cf. Lettres spirituelles de M. Olier {2 vol. in-8, Lecoffre, 1885) : u D'abord que je fus en oraison, je vis en esprit la sainte Trinité regardant le chefd'œuvre de ses mains... » (t, p. 245).

2) Cf. Mém. autogr., III, p. 119-121.

3) Recu'il de la Vierge : Nécessité d'être uni à la Vierge, p. 18.

4) Id., p. 21.

puissance « constrnctive » d'une pensée mystique qui se renouvelle, s'alFermit, s'enrichit par l'expérience religieuse même.

III. — M. Olier mit aussi en un relief curieux une idée empruntée à la tradition catholique la plus authentique et que des prêtres, convaincus de la grandeur du sacerdoce, devaient adopter.

Les plus anciens Pères, les plus autorisés théologiens avaient déjà trouvé de nombreux rapprochements entre le ministère ecclésiastique et celui de Marie'. Le cardinal de BéruUe, Gibieuf, Saint-Cyran n'avaient pas négligé ce parallèle. Le Christ est à la fois prêtre et hostie; tout se ramène à son sacrifice ; prêtre et hostie dans son corps naturel, il l'est aussi dans son corps mystique, l'Eglise, dont les grandes lois sont le ministère et le sacrifice. Mais l'Église trouve une figure et un modèle anticipés de son union à l'oblation divine en la personne de la Vierge, prêtre et hostie. La vie intérieure et surtout la vie sacerdotale consistent donc à consommer Jésus prêtre et hostie à Timitation de la Vierge et en s'unissant à elle*. Saint-Cyran, qui se fait de la prêtrise une si royale conception, rehausse le mystère du sacerdoce par une comparaison que Sainte-Beuve considère comme « étrange et liardie » : « la Vierge, au jour de sa consécration, ayant reçu le corps du Fils de Dieu, et l'ayant reçu en le formant et formé en le recevant, moyennant de simples paroles, peut être appelée à la façon de Platon, l'Idée des Prêtres : « Ipsa sacerdos* ».

1) Van den Berf,'he, Marie et le sacerdoce (Paris, 1875), donne tous les textes des pères ou docteurs de rE«,Wise qui assimilent le prêtre et la Vierge : « ministre du Christ » (saint Augustin), Vierge sacerdotale (ti OutqtioU; viàvt; saint Jean Damascène) ; « Pontife des chrétiens ; » « gloire du sacerdoce », elc. Lettre de Pie IX à l'auteur de l'ouvrage (25 août 1873) «< Mariam proponere (studuisti) piis fidelibus et maxime Clero veluti oxemplar prae céleris imilandum et potissimum, uti divini sacrificii sociam » Cf. Nicolas, ouvr. citéy I, p. 285 sq.

2) Sur celte idée, cf. Lepin, L'idée du sacrifice dans la religion chrétienne principalement d'après le P. de Condren et M. Olicr, Lyon, 1897.

3) Sainte-Beuve, Fort-Royal, 1, p. 448, uole i. Cf. Lettres chrélienn'S et

El, de in^'oie, d'après Siiip^lin, « ce qui relève le sacerdoce c'est qu'il esi une excellente image de la souveraine dignité de la Vierge* ». La Congrégation de l'Oraloire a recours à .Marie « non seulement par l'obligation qui est commune à tous les enfants de Dieu, mais encore par ï alliance spéciale que les prêtres contractent avec elle dans la production du corps de Jésus »-. Mais il était réservé au fondateur de Saint- Sulpice, h l'instituteur du jeune clergé, d'analyser longuement la fonction sacerdotale, à la fois ministérielle et mystique que remplit la Vierge; sans doute elle n'otîrit jamais Jésus sous les espèces sacramentelles* et n'assista même pas à la Cène, mais « elle porte toute la grâce invisible des prêtres et des Apôtres en soi : elle avait été oi?iie déjà de toute plénitude de grâce et avait déjà fait publiquement la /b/zc/zow de prêtre^ offrant son fils en forme humaine au Temple et non en sacrement, et ayant encore à l'offrir le lendemain sur le Calvaire»*. C'est toute l'existence de la Vierge depuis sa Conception jusqu'à son Assomption glorieuse qu'on peut interpréter selon cette idée mystique. La Vierge continuellement fit l'oblalion de Jésus et sa propre oblation. Prêtre lui-même et

spirituelles de messire Jean du Verger de Hauraune, imprimées pour la première fois en 1744, et aussi Considérations sur les fêt^s (I, 1% p. 27). Saint- Gyran fait remarquer que c'est « aux quatre temps de devant Noël que l'ancienne Église tenait principalement les ordres:... cela fait voir que la raison secrète du Saint-Esprit estoit la conformité qu'il y a entre les prêtres et la sainte Vierge puisqu'ils reçoivent au jour de leur ordination ia puissance de former le corps de J.-G. comme la Vierge l'a reçue au temps de son annonciation. »

1) Singlin, Instructions chrétiennes, IV, p. 58 ; il ajoute : « car, comme la Vierge il a formé J.-G. dans son sein très pur qui estoit l'autel du Saint Esprit, les Prestres le forment hors d'eux sur nos autels, et avec cet avantage que la Vierge l'a mis au monde dans notre bassesse et mortel, au lieu que les prêtres le forment plein de gloire et immortel, faisant tous les jours ce que la Vierge n'a fait qu'une fois. Gf. Bérulle, Mémorial de direction (Migne, col. 815); (JEuvres de piété (Migne, col. 995), Vie de Jésus (col. 430). On sait que de Gondren écrivit en partie L'idée du sacerdoce et du sacrifice de J.-C. (ouvrage recueilli par le P. Bertaul. Goignard, 1667.)

2) Gondren, Lettres (édition Pin), lettre 26, p. 99.

3) Cf. plus bas, le rôle de saint Jean.

4) Recueil des écrits autographes, Panégyrique de saint Jean, p. 230. M. Olier explique pourquoi Marie ne fut pas présente à la Cène.

formant des prêtres, M. Olier voulut que Saint-Sulpice fût la manifestation de « l'intérieur » de Marie et la rigoureuse imitation de son sacerdoce. Ministre du sacrifice de Jésus, la Vierge ost d'abord le temple oii le Christ s'ofi're à son Père et elle consomme avec lui cette oblation, en contribuant par un acte de volonté à son immolation finale. « Dieu la fait naître en la tribu deLévi, qui est la famille des prêtres, et la fait entrer dans l'exercice de son sacerdoce aussitôt quasi qu'elle est née, car sitôt quasi qu'elle est en état de marcher et d'user de la vie, elle s'en va dedans le Temple pour servir avec les prêtres au sacrifice de la Loi »*. Cette participation de lajeune fille au ministère sacré est le sujet des plus minutieuses méditations. « Elle s'exer(;ait au Temple à l'exercice delà prêtrise, offrant les victimes à Dieu et offrant e?i foiL-C. sous autant de figures qu'il y avait d'hosties, voyant en attente le sacrifice de celui qui devait sauverle monde et qui, en même temps, serait le prêtre, la victime et le temple de son propre et divin sacrifice. Que volontiers elle offrait ces victimes, avec quel amour faisait-elle ces fonctions, n'ayant rien de plus aimable que la vue de J.-C, le tenant toujours dans ses mains en esprit pour le sacrifier à Dieu ! » ^ Ce spectacle transporte d'enthousiasme Olier qui s'écrie : « 0 prêtre saint et admirable, prêtre invisible, prêtre d'esprit, prêtre divin vivant en terre et faisant ses sainctes fonctions sans être vue des hommes, mais honorée seulement des Esprits bienheureux, et chérie de Dieu même ! » ' . C'est elle seule qui donne une valeur aux sacrifices figuratifs, qui supplée à 1 imperfection du culte matériel de l'ancienne Loi, car elle a reçu en plénitude la science des mystères : « Il a fallu, ô sainte Vierge, que vous soyez venue vers la fin de la Loi pour remplir de votre foi les mystères en figures et vides de l'Esprit. » a Elle était an milieu de Jésus-Christ et se voyait environnée de lui : elle voyait cette Beauté grossièrement

1) Recueil de la Vierge, p. 100-101.

2) Rurueil de la Vierye, Du s;uiit Mystère de la presenlalion, p. 51.

3) Id., p. 52.

dépeinte en ces figures, après Tavoir vu représenté tant de fois intérieurement en son esprit par sa présence intérieure. Elle voyait en mulliplicilé ce qu'elle avait en unité dans ellemême... * »

Marie ne se contente pas d'ailleurs de cette contemplation anticipée du Messie : « son sacerdoce » est actif. Par l'ardeur de ses prières, par la violencede ses désirs, ellehâtaTheureux avènement du Christ'. Ici une vision de Marie Rousseau confirme l'intuition intellectuelle d'Olier. Marie Rousseau a « vu Dieu subsistant en trois personnes, communiant la Sainte Vierge par le Verbe Incarné, devant même qu'il eut pris chair en elle... La Vierge soupirail les cantiques d'amour qu'âme qui vive ne peut savoir que ceux à qui la majesté de Dieu les veut manifester. Et ce sont les Cantiques des cantiques, à ce qu'il a plu à Dieu me faire entendre aujourd'hui', qui sont les sentiments de l'àme de la Vierge communiant au Verbe '... )>

Nous saisissons ici le travail même de la pensée mystique de xM. Olier çui organise en développements théologiques ses extases ouïes visions de son amie spirituelle. Ainsi « le mariage de J.-C. avec son Église fut avancé par l'amour que Notre Seigneur portait à la Très Sainte Vierge »'. Prêtre éternel et éternelle orante, Marie fut aussi comme le Christ éternelle hostie. « Elle va dans le Temple non seulement... pour se préparer... à être temple de Jésus-Christ, mais elle y entre encore comme une hostie; elle s'y va présentera Dieu pour y être immolée en esprit à tout moment à lui, ne voyant jamais hostie égorgée dans le Temple qu'elle ne fût unie à

1) Recueil de la Yiergp, Du saint Mystère de la Présentation, p. 54.

2) Cf. Explication des cérémonies de la grand'messe (édit. 1661, VI, cb. iv, p. 358) ; a Elle priait pour les hommes avant que J.-C. vînt au monde. Elle le souhaitait incessamment et l'attirait sur nous par des attraits et des charmes plus puissants que ceux de tous les Prophètes ensemble. ■

3) Cf. Mém. autogr., I, p. 326 : « Dieu donne a M. Olier rintelligenc« des Psaumes de David. »

4) Mém. autogr., Il, p. 339. Cf. H, p. 371,

5) Mém. autogr.. Il, p. 380

elle intérieurement et qu'elle ne soupirât d'être immolée comme elle à la gloire de Dieu-. » Victime de religion, de rédemption, et de consommation, la Vierge unit toujours rholocauste au sacerdoce.

Notre-Dame possède ainsi en éminence « Tespril de prêtre, » « et il n'y a point d'état ni d'ordre dans le clergé qui ne voie la Sainte-Vierge dans Texercice de son saint ministère. ^) Elle est le « raccourci » du clergé, le modèle des clercs, des diacres, des prélats, des pontifes, la reine des Apôtres'. Il n'y eut pas de « missionnaire » plus ardent, et la Visitation fut une manifestation glorieuse de ce zèle apostolique : « elle fait, dans cette fête, ce que firent les saints Apôtres... car, ignorant son sexe, sans provision, sans sac, sans compagne, elle s'en va dans lesmontagnes annonçant J. C... cum festïnatione'' ». Elle en exerce les deux principales fonctions puisqu'elle « porte la connaissance de J.-C.à sainte Elisabeth et la sanctification dans l'âme de saint Jean » '. Elle donne même au Baptiste « l'esprit de précurseur, » et devient en lui la maîtresse des futurs Apôtres : « c''est la lumière qui les éclaire, l'amour qui les consomme, c'est la parole qui les

1) Recueil de la sainte Vierge, p. 50 : « Elle ne vivait plus que pour mourir pour Dieu ». (M. Olier, malgré sa prolixité coutumière, a de ces heureux raccourcis d'expression).

2) Recueil de la sainte \ierge. « La sainte Vierge modèle du clergé )),p. 99-

4) Id., p. 64. Dans la chapelle de Saint-Sulpice « douze tableaux devaient représenter le sacerdoce de Notre-Dame manifesté dans ses différents mystères. M. Olier avait mis par écrit et avait communiqué à M. Le Brun l'idée qu'il en avait (Mémoire de Baudrand, Hisi. Hit. de Saint-Sulpire, \U, p. 420). Le Brun peignit « une Visitation suivant l'idée qu'en avait M. Olier de représenter l'apostolat de la Vierge en exercice sur saint Jean et sainte Klisabeth >» (III, p. 425). Cette idée créa une dévotion : à Villemarie (Canada) fut fondée une congrégation de Vierges chrétiennes destinées à honorer tout à la fois l'intérieur et l'extérieur du mystère de la Visitation. Ces pieuses filles, consacrées à Marie sous son glorieux titre de « Reine des apôtres », vont, en iinidité de imssionJiairrs^ instruire les jeunes personnes Aixus les paroisses du pays, pour honorer le zèle aposloliqu»^ de Marie allant porter à saint Jean la connaissance du Verbe Incarné » (Paillon, Vie de M. (Hier, III, p. 73).

— iir, —

rend éloquents, la puissance dont ils font des iniracles »«. La vie et le rôle de Notre-Dame se confondent ainsi avec la destinée même de l'Kglise; la Vierge en est rexpressioii sensible. Elle est aussi la réalisation anticipée de la communion des Saints, car, dans le cours de son existence, elle a consommé avec Jésus l'alliance que l'Église universelle ne connaîtra qu'à la fin des temps-. Voilà pourquoi (( il n'y a qu'à s'unir à la Très Sainte Vierge pour y trouver en unité toute l'Église ensemble ; il n'y a qu'à s'unir à ce centre divin où aboutissent toutes les lignes » de tout le monde surnaturel *. La Vierge arrache le chrétien à l'égoïsme appauvrissant d'un colloque solitaire avec Dieu : cest « le ciboire animé » ' où tous communient aux louanges catholiques % car la Vierge, selon une formule concise de M. Olier, se rend tonte religieuse de Jésus-Christ au nom de tous les hommes •. Aussi l'Église mihtante, consciente de sa faiblesse et convaincue de ses infirmités, demande-t-elle à Marie, « parfaite adoratrice, » de substituer une impeccable « religion » ' à ses prières souvent défaillantes : « Jésus est content et satisfait pleinement par les devoirs de sa mère ; il admet aisément tous les respects des hommes quand ils viennent unis à elle...; elle supplée amoureusement à tous leurs manquements vers lui » ^ Et si le pénitent n'ose pas « s'unir

1) Recueil des autogr., Panégyrique de saint Jean, p. 239.

2) Cf. la doctrine paulinienne du corps mystique dont l'Eglise est le développement progressif (Galates, IV, 14, etc.). Marie en est l'achèvement. Olier, Mém. autogr., II, p. 338 ; « le Christ épousa la sainte Vierge par avance et épousa l'Église en la personne de la Vierge. » Cf. III (25 octobre 164'2).

3) Recueil de la Vierge, p. 15. Cf. p. 60 : « elle contient elle seule en soi, comme en un temple vivant, tous les fidèles de Jésus... »

4) Recueil, p. 12.

5) Recueil, p. 16 : « en elle on trouve toutes les adorations, les louanges et les amours et encore mille fois plus que tout ce que la nature rendra jamais à Dieu ».

6) Recwil de la sainte Vierge, p. 60.

7) Marie offre toujours « des prières de surcroît » {Recueil, p. 22).

8) Ici la théologie d'Olier croit pouvoir expliquer la liturgie {Recueil de la sainte Vierge, p. 12) : « De là vient que l'Église n'offre jamais de louange

inlimemenl à la Très Sainte Vierge comme à une créature si sainte, illui suffit de pouvoir offrir [àDieu] l'Intérieur de laTrès SainteViergeetde présentera Dieu tous les devoirs qu'elle lui rend pour avoir dans les mains de quoi apaiser sa colère*. » Telle est, selon M. Olier, la « médiation » de la Vierge : c'est par elle que Dieu se donne à l'homme et que l'homme se donne à Dieu. Le Père Éternel a voulu « que la Très Sainte Vierge donnât son fils à l'Église et que ce fût d'elle qu'il reçût son être et lui fût obhgé de sa production... ; il rétablit ainsi comme la médiatrice du don sacré de son fils à l'Église et la fait dépositaire. . . de son trésor pour le rachat des hommes »'. Ainsi elle est la source de la vie chrétienne, le canal des grâces. M. Olier fait siennes, intégralement, la doctrine et les comparaisons de saint Bernard : « Personne ne reçoit de grâce et bénédiction de Jésus Christ en l'Eglise qui ne ressente une odeur de iMarie et une suavité, qui exprime intérieurement le goût et la saveur du canal par lequel cette onctioji s'est répandue, du vaisseau où ce baume a été compris et renfermé » ». Style alambiqué oti il y a pourtant à remarquer autre chose que ses bizarreries téméraires : reconnaissez ici l'impressionnabilité des mystiques dont tous les sens sont affectés par le commerce divin, et gardons-nous de prendre pour de simples images les notations senso-

à Dieu en J.-C. que ce ne soit par la Très Sainte Vierge, d'où vient qu'à toutes les iieures canoniales, après que l'Église a récité tout bas le Fater, comme la louange et la prière de J.-C, elle ajoute partout Y Ave Maria afin d'apprendre à ses enfants que pour avoir accès à l'union de J.-C. et des louanges qu'il ri'nd à Dieu, ce doit être par le moyen de la très sainte Vierge en s'unissant à elle pour pouvoir communier à la louange vers Dieu ».

1) Recueil de la sainte Vierge, p. 14.

2) Recueil de la sainle Vierge, p. 9-12, citô par Icard, p. 284-285.

3) Recueil, p. 103 ; cf. saint Bernard : « Altius intuemini quanto devotionii alleclu a nobis Mariam honorari volueril, qui totius boni plenitudinem posuitin Maria, ut proiude si quid spei in nobis est, si quid gratiae, id ab ea noverimus redundare. Totis ergo medullis cordium et votis omnibus Mariam veneremur, (juia sic est voluntas ejus qui totum nos habere voluit per Mariam » (toxle souvent cité; par exemple par le P. Binet ; De lu dévotion à la Mère de bleu, p. 303-304).

rielles les moins attendues *. Parfois la comparaison se développe eu un tableau dont un goût littéraire trop scrupuleux s'offensera peut-être : « Ange, dites avec raison à présent en adorant Marie : Ave gralia plena, — car si yow^ honoriez cette princesse^ qui n'était encore que servante, si vous vénériez cette grande âme, considérable pour sa capacité, — que sera-ce — maintenant qu'elle est toute remplie, no/2 /^a.y comme le canal d'une fontaine par l" écoulement de la source, non pas comme une rivière remplie par r épanchement de la mer^ mais comme un abîme sans fond et sans limites qui comprend l' Océan et r Océan delà divinité même^ C'est une chose inconcevable à vos esprits que cette immensité de grâces qui vous oblige de Y adorer en silence» \ Ce serait donc un orgueil déraisonnable que de ne pas apprécier à sa si haute valeur « ce réservoir gracieux et plaisant où l'on boit à plaisir les eaux sacrées des grâces de J. C. » *. La Vierge est un véritable « sacrement » de Jésus-Christ, qui a éteint la soif et la faim des âmes qui l'approchent » *. Entre tous les mystères, celui de la Pentecôte pouvait illustrer cette doctrine : la Vierge dans le Cénacle, n'était-ce pas la leçon de Dieu à l'Église

1) Cf. le P. Poulain, S. J. Les Grâces de l'oraison (6«éd. J908). On a pu citer l'opinion de M. Olier dans la symbolique des odeurs : «La myrrhe est, selon lui la Vierge qui guérit les âmes des pécheurs comme la myrrhe cautérise la pourriture des plaies » (Huysmans, La Cathédrale, p. 4::9).

2) Mém. autogr., I, p. 191 ; cf. I, p. 190 : «N'est-ce pas une mer, un océan, un abyme, pour recevoir ces dégorgements de l'esprit divin? » Paillon corrige « dégorgements » en « profusions ». Voici comment il modifie le passage que nous avons cité : « Ange, dites à présent avec raison en saluant Marie, Ave gratia plena, car si vous honoriez celte (auguste) princesse.., si vous vénériez cette sainte âme à cause de sa capacité (pour recevoir en elle les dons de Dieu) etc. C'est une merveille inconcevable à tous les esprits célestes que celte immensité de grâce et qui les oblige tous à la vénérer en silence ».

3) Recueil de la Vierge, p. 137-138. Paillon (Vit de M. Olier, I, p. 342) cite le passage d'après sa méthode ordinaire.

4) M. Olier donne un long développement de cette idée, Recueil de la Vierge, p. 134-8 :« si les sacrements particuliers renferment en eux les grâces, les dons et les vertus des différents mystères de J.-C, la sainte Vierge renferme en elle J.-C. comme la source de toute la grâce, et l'esprit, et tous les dons qu'il a acquis et mérités durant toute sa vie... »

qu'elle ne serait jamais renouvelée « qu'en la société et [en] la participation à l'Esprit de Marie* ? » Aussi le tableau principal de la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice au-dessus du grand autel représentait-il la descente du Paraclet^ Cette traduction picturale d'une conception théologique assez hardie riscjue fort d'étouner ceux qui ont présent h l'esprit le récit des Actes des Apôtres». La Vierge n'est pas confondue dans l'assemblée : « elle est au centre, et reçoit pour son compte tout l'effluve du Saint Esprit, qui, d'elle, se répand sur les Apôtres ». Elle apparaît ainsi, élevée sur un lieu éminent, comme l'instrument et le distributeur universel de toutes les grâces dans le monde chrétien.

IV. Ces méditations sur la « religion » et le rôle de la Vierge prirent corps à Saint-Sulpice en une dévotion propre au xvn*' siècle : la dévotion à la vie intérieure de Marie. modèle de toute vie chrétienne. Pour accréditer ce culte, M. Olier fit graver une estampe sur les dessins de Le Brun : « la vie de Jésus en Marie. )> « On voit la Très Sainte Vierge dans les nuées, les mains croisées sur sa poitrine, où l'Esprit Saint, sous la forme d'une colombe, répand toutes les richesses de la grâce. Elle a les yeux élevés au ciel et fixés sur le monogramme de Jésus sauveur des hommes, pour signifier que si l'Esprit fut toujours le principe de ses actions, l'amour de Jésus et le salut des âmes en furent la fin et le terme )) '. La gravure portait une inscription qui était une pressante invitation au fidèle à s'unir aux dispositions intérieures de la

1) hicwil de la sainte Vierge, p. 104.

2) Sur ce lableau, dans lequel Le Brun, âe son propre areu, se surpassa, cf. Baudrand (.lans llist. littér. de S'ùnt-Sulpi.e. t. III, p. 4'22-424) ; Faillon {Vie de M. Olier, III, 68 ; gravure : III, p. 101); Genevay, Le style Louis A/r Ch. Lebrun^ p. 46-50. Lebrun en fit pour les Carmélites une répétition qui est aujourd'hui au Louvre, (n° 64 École française),

3) Actes des Apôtres, t, p. 14: « tous daus un même esprit persévéraient dans la prière avec quelques femmes et Marie, mère de .lésus, et ses frères ; >» 2, 1, « le jour de la l'entecôle étant arrive, ils étaient tous ensemble en un même lieu. »

i) Faillon, Vie de M. Olier, III. n. 73-75.

Vierge : « cum ipsa, per ipsam et in ipsa o. Cette dévotion se résumait en une fameuse prière que, depuis M. Olier, les Sulpiciens n'ont jamais cessé de réciter « () Jesu vivens in Maria ))'. Leur fondateur en a donné de nombreuses paraphrases', d'une exubérance savoureuse. « Jésus Christ en Marie : il est en un tabernacle oil il veut être adoré. J. C. en Marie, il est dans un trône où il veut être honoré. J. C. en Marie : il est un oracle où il veut être écoulé. J. G. en Marie : il est en un lit de délices, il y veut être loué. J. C. en Marie : il est dans un trésor et il veut y donner. J. C. en Marie : il est dans son lieu de justice où il veut pardonner. J. C. en Marie : il y est dans son lieu de repos où il veut être félicité. Enfin J. C. en Marie est en son paradis d'où il ne veut jamais bouger et duquel il veut être inséparable au temps et dans Téternilé »'. Cette vie de Jésus dans Marie, « c'est le mystère des mystères, le sacrement des sacrements ».*. Nous retrouvons ici le trait essentiel de la dévotion profonde, laquelle n'est pas une addition de pratiques minutieuses, une juxtaposition d'élans sporadiques, mais un effort de synthèse de toute la vie spirituelle autour d'une idée maîtresse, assez féconde pour l'enrichir et la compléter, assez concrète pour ne point la laisser s'évanouir en rêves inconsistants : alors les prières sous toutes leurs formes, les oraisons jaculatoires, les offices liturgiques sont comme transformés et vivifiés. Que, dans cette tentative, l'ardeur mystique, la

1) « 0 Jesu vivens in Maria, veni et vive in famulo tuo, in spiritu sanctitalis tuae, in plenitudine Virtutis tuae, in perfectione viarum tuarum, in veritate virtutum tuarum, in communione mysteriorum tuorum, dominare omni adversae potestati, in spiritu tuo, ad gloriam Patris (cf. Denis, Prière : u Jésus vivant en Marie, commentaire. Amat, 1901, 63 p.).

2) « Jésus qui vivez en Marie en la beauté de vos vertus... » {Recueil de la Vierge, p. 106), « J'adorerai l'Esprit de J.-C remplissant l'Intérieur de la très sainte Vierge des dispositions les plus pures... » {Recueil, p. 44). — « Vive l'Intérieur de Jésus et de Marie pour jamais » — Conclusion de « la Journée chrétienne » ouvrage de M. Olier (Paris, 1655, p. 94) qui eut de nombreuses éditions.

3) Recueil de la Vierge, p. 129.

4) Id., p. 128.

« touche ^) quolidienrie du surnaturel aient pu faire perdre parfois de vue à M. Olier la rigueur doctrinale des thèses Ihéologiques, c'est possihle. 11 paraîtra,par exemple, excessif dans cette identification de Jésus et de Marie comme dispensateurs de la grâce céleste. Mais cette tendance même, qui prémunissait le chrétien contre les dangers d'une dévotion séparée, donnait au culte de la Vierge une haule spiritualité. La (( mariolâtrie »' résulte souvent de l'opposition qu'on s'efforce d'établir entre un Christ irrité et une Mère toute miséricordieuse. Au contraire, si l'on rappelle tout le temps, comme Olier, que, dans la Vierge, le principal personnage c'est encore le Christ, — si on attribue àMariela plénitude de vie chrétienne, la participation la plus parfaite aux libéralités et à l'amour de Dieu, — elle risque moins de devenir l'objet exclusif' d'un culte aventureux; elle est plutôt le modèle de piété qui suscite l'émulation et encourage retlort. Les chrétiens les plus prudents ne sauraient s'alarmer du commentaire de M. Olier sur la réponse que fit Jésus à celte femme de l'Évangile qui glorifiait le sein de Marie '. « La béatitude de l'âme de sa mère était bien autre en la possession intime de son être qu'elle n'était pour avoir porté son corps dans elle-même. Et ce qui est d'édifiant et d'instructif en ces paroles, c'est que Notre Seigneur préfère à cette condition

1) C'est sous ce nom que les protestants ont dénoncé les abus du culte mariai.

2) C'est ainsi que M. Olier fut également le propagateur infatigable d'une dévotion dont le Christ est spécialement l'objet : le Saint-Sacrement. C'est M. Olier qui rendit populaires, à Paris surtout, les adorations perpétuelles, les saluts. les expositions du Saint-Sacrement, (Faillon, Vie de J/. Olier, II, p. 74-92). « Il fil faire une gravure représentant le Saint-Sacrement, d'un côté Marie, la plus parfaite adoratrice, de l'autre saint Jean » (Faillon, II, p. 124), Férielon {Lettres, édit. 1827, V, p 228, lettre 48) écrit : « La solide piété pour le Saint-Sacrement et la sainte Vierge qui s'afïaiblissent... par la critique.,, doit être le ViUitulde héritage de. cette maison » (Saint-Sulpice).

3) Luc, XI, p. 27-28 « Comme il parlait ainsi, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles que vous avez sucées. Jésus repondit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent. »

d'avoir porté son corps en soi, celle de quoique âme que ce soit qui aura conçu J. C. en son cœur et qui opérera en la vertu et en la grâce de son Esprit » '.

La piété niariale de Saint-Sulpice fut si peu « isolée » et exclusive, qu'elle entraîna, au contraire, après elle tout un cortège de dévotions annexes : à la « divine enfance » de Notre-Dame, à l'ange Gabriel, à saint Joseph, à sainte Anne, à saint Jean l'Évangéliste. Et ce n'est pas un des aspects les moins intéressants de la vie d'une dévotion que cette productivité et cet enchaînement de cultes qui s'appellent les uns les autres et viennent se ranger aulour d'une dévotion centrale. Ainsi s'enrichit la vie religieuse. Seulement il y a là un écueil pour les âmes faibles ou inintelligentes. Il est à craindre qu'elles ne sachent maintenir la cohésion de ce faisceau mystique, et qu'elles ne perdent, dans le morcellement de pratiques dispersées, tout le bénéfice de l'effort spirituel de synthèse d'oii ces pratiques sont issues.

La Nativité de Marie est ainsi l'objet des plus nobles méditations et de pratiques spéciales fort précises*. M. OHer veut adorer les merveilles de la Sainte Trinité dans ce divin enfant, comme aussi « l'admirable religion de la Très Sainte Vierge, en son enfance, envers la Très Sainte Trinité*. » Il « s'estimerait bienheureux que tous ses jours rendent hommage à ce sacré mystère de la Nativité de la Très Sainte Vierge » *. « Il me semble que ce divin berceau de Marie est comme un sanctuaire, et sa chambre, un temple auguste de sainteté; il me semble que c'est une arche d'alliance dont

1) Recueil de la sainte Vierge, p. 136.

2) Recueil de la sainte VicrgCy p. 40-44; Pratiques aonuelles p. 44 sq. ; Pratiques journalières, p. 47 : u tous les matins à mon réveil j'adorerai ce divin mystère de la Nativité de la très sainte Vierge comme la source de la vie de Jésus et de toute l'Eglise » (p. 47).

3) K^cueil de la sainte Vierge, p. 50.

4) Id., p. 44. M Tronson (nommé supérieur général de la congrégation de Saint-Sulpice en 1676) dédia, à Issy, une chapelle à la nativité de xMarie. Les sœurs de la congrégation de Villemarie (Canada) rendaient tous les ans dea honneurs solennels à « une image de Marie au berceau ».

sainte Anne et saint Joachim sont les séraphins qui la couvrent. Il me semble que ce berceau est le trésor de la Très Sainte Trinité oh elle prend plaisir de mettre en dépôt ses richesses divines*». Une préoccupalion morale sévèremetlait, presque toujours, en ^arde M. Olieret ses disciples contre les sentimentalités puériles. Voulant renouveler « l'esprit d'enfance » «dans l'Église, c'est l'enseignement complet de toutes les vertus^ que M. Olier cherchait dans le spectacle d'une « sainte enfant ».

Et voici qu'à son tour cette dévotion en suscite une autre. Il faut demander a aux parents l'entrée et l'accès au berceau de ce cher et divin enfant dont ils sont les gardiens et les anges visibles. » On fera donc tous les jours « une visite à la divine chamhre de sainte Anne et de saint Joachim ; on les saluera d'une oraison faite en leur honneui n. C'est vers cette époque que se développait en Bretagne le culte de Notre- Dame d'Auray *, et M. Olier écrivit un des premiers son nom

1) Recueil de la Vierge, p. 45.

2) Il y aurait toute une élude à faire sur le rôle de cette idée d'enfance cher les mystiques français du xvii' siècle el dans la direction spirituelle. Ainsi la dévotion à l'Enfant Jésus, si chère au cardinal de Bérulle (Cloyseault, p. 31,79), à Condren (Olier, Mém. autogr.^ I, p. 67-68) fut transmise par eux à M. Olier. L'Enlant Jésus avait « fait résidence » dans son cœur (Paillon, Vie, II, p. 23) et lui apparut (récit de l'apparition, Mém. uutogr. I, p. 117), La sœur Marguerite du Sdint-Sacrement propagea cette dévotion et eut à ce sujet une entrevue avec M. Olier (1647) (abbé Deberre, Martjuerlle du Saint-Sacrement, p. 203-204, 260). Douze ecclésiastiques des plus zélés récitaient à Saint-Sulpice, le 25* jour de chaque mois l'Office de l'Enfant Jésus. Cf. au Carmel, Madeleine de Saint- Joseph (Vte, p. 339); cf. Blanlo : L'enfance chrétienne, 1" édition, 1662, composée sur la prière de M. Olier; Parisol, Explication de la dévotion à l' enfance de N. S. J.-C., 2 vol. in-8, Aix, 1657.

3) •< On y voit déjà reluire la pénitence dans ses douces larmes et ses cris, on y voit une modestie religieuse envers Dieu... on y voit la douceur, la pauvreté, la patience. On y voit une abstinence et sobriété miraculeuse dans l'usafj^e du lait de sa mère (!) » {Recueil de la Vierge, p. 46).

4) Le culte de sainte Anne remonte au xiv" siècle (cf. Amann : Protévangile de Jacques (1910), p. 163-164). Cette dévotion se propagea rapidement en Bretagne depuis la découverte d'une statue faite en 1625 par un laboureur Nicolazic (-{- 1645) ; on éleva une belle chapelle que Louis XIII enrichit d'une relique en 1()39 ; une confrérie fut fondée el les pèlerinages attirèrent bientôt un concours

sur le registre de la confrérie naissante de sainte Anne.

Comment aussi un dévot serviteur de Marie n'honorerail-il pas d'une piété spéciale « le bienheureux ange, choisi, du milieu de tous les anges, pour être dépositaire des secrets de Dieu le Père, l'ambassadeur de son amour, le médiateur de son mariage, et le spectateur de ses caresses et de ses délices»*, l'archange Gabriel? Sa foi, son obéissance, sa réserve ' sont admirables, mais il est surtout « comme un supplément de nos devoirs vers la Sainte Vierge » * ; il faut imiter les sentiments si délicats et discrets qu'il manifeste à l'égard de Notre-Dame, et « on s'unira avec profit à la religion de ce saint ange avanl de réciter la Salutation angélique )).

Deux saints encore sont redevables à la Vierge de la dévotion profonde et originale dont ils furent l'objet à Saint-Sulpice, saint Joseph et saint Jean. M. Olier eut un précurseur éminent dans le culte de saint Joseph * : l'austère Saint-Cyran :

extraordinaire de fidèles. La méditation de M. Olier retrouvait la piété populaire ; cf. Les grandeurs de sainte Anne, par Huc!^ues de Saint-François, 1657 ; Picot, {Essai sur le rôle de la religion en France au XV U" siècle, I, p. 312, note), Paillon, Vie d'Olier, l. II, p. 616. On sait la place que le Protévangile de Jacques fait à sainte Anne et saint Joachim ; c'est au xvie siècle seulement que Ton trouve les traces d'un culte rendu à saint Joachim (lete en 1584), cf. Amann : Protévangile, p. 162-163. Cf. aussi l'éd. Charles Michel dans \es Ëvangiles apocryphes, coUect. Hemmer et Lejay, t. 1 (1911), pp. 4-16,60-64, 70-72.

1) Recueil de la sainte Vierge, p. 58.

2) Id.y p. 58-59 : « il disparaît aussitôt et se retire ; il faut qu'un prêtre, après avoir traité avec les âmes de leurs besoins, se relire aussitôt. »

3) « C'est une dévotion très juste et très utile de s'unir à tous les anges en saint Gabriel pour honorer la sainte Vierge. El puisque Dieu lui-même s'en est servi comme d'un ministre très sortable de sa grandeur et très fidèle, ayant été témoin de tous les traitements de Dieu vers elle» connaissant par expérience tout ce qu'elle mérite, il doit être pour cela recherché avec soin pour entrer en sa dévotion et sa religion vers la sainte Vierge » [Recueil de la sainte Vierge, p. 61. Ce passage est corrigé et délayé dans Paillon, I, p. 196).

4) Ce culte est très récent dans l'Eglise. On sait le développement qu'il a pris au xix« siècle (Pie IX a déclaré saint Joseph patron de l'Église universelle le 8 décembre 1870). C'est au xvu* siècle seulement qu'il commence à devenir populaire ; cf. l'ahbè de Pormorand étudié par M. Rébelliau {Revue des Deux Mondes, 15 août 1908, p. 853-8G2) ; ses théories : « La famille chrétienne sous la conduite de saint Joseph » (2" édition), 1644.

« Nul saint n'a fait voir plus parfaitement la triple perfection de la vie religieuse : chasteté, pauvreté, obéissance* ». Saint-Cyran remercie avec effusion la Vierge de l'avoir enfin découvert à la piété de son siècle « Tout ce que nous scavons de luy est venu de la Vierge qui est la seule qui l'ait pu dire. Et il est remarquable que la dévotion de l'Église envers luy soit un effet et comme une suite de celle de la Vierge. Car après que l'Église a établi en tous les endroits du monde la gloire de la Vierge, elle s'est enfin employée à établir celle de saint Joseph ^ ». Avec Saiul- Cyran, M. Olier considère saint Joseph « comme l'image universelle de Dieu le Père en terre, » » et il déduit toutes les conséquences de cette conception, u Ce grand saint exprimait sensiblement toutes les perfections divines de Dieu le Père; ... sa pureté, sa sainteté, sa sagesse, sa prudence, son amour et sa miséricorde*. » Enfin il est surtout l'époux delà Vierge, c'est-à-dire l'image de la pureté du Père Éternel... « ... Parce que le Père Éternel est vierge, pour avoir une parfaite représentation de ce mariage divin, il faut que tous les deux soient vierges. El de là vient qu'il n'y a point de véritable mariage qui soit vraie figure et expression de Dieu, que

1) Saint-Cyraii, Considérations, 1, 2», p. 210-212.

2) Saint-Cyran, id., I, 2», p. 2ir) sq.

3) Olier, Recueil des écrits autoyr. : « Que Dieu a tout de saint Joseph » (p. 146-152), « Il faut considérer l'aujjuste saint Joseph comme une chose la plus grande, la plus célèbre et la plus incompréhensible du monde... » Cf. Sainl-Cyran : « La Vierj,'e obéit à saint Joseph comme luy obéit à la voix de Dieu. Si cpla ne se faisait par une économie et une dispensation de Dieu pour nous apprendre l'obéissance, il faudrait dire, selon l'analopfie de la Foy, que saint Joseph aurait été plus partait etpius élevé en grâce que la Vierge »(I,2», p. 21n).

4) Recueil des écrits autoyr.^ p. 150. C'est surtout comme « Fère des Miséricordes » que M. Olier aime à le contempler. « Dieu élaitde toute éternité séparé de la chair, élevé infiniment en sainteté par dessus notre état, et ainsi il était insensible à nos maux, mais plein de sévérité pour les hommes. Mais du moment qu'il est revêtu de la personne de saint Joseph et qu'il s'est t'0»7t' de la chair de l'humanité de ce samt, il est venu miséricordieux, plein de tendresse et sensibilité pour les péchés el misères humaines. Il est en lui le Père de Miséricorde. »

ce mariage de saint Joseph et de la Très Sainte Yier^^e, qui tous deux sont féconds en leur génération sans blessure de la pureté et de la virginité '. » Père nourricier de Jésus, saint Joseph est le patron des prêtres qui doivent « traiter » les âmes « avec la même révérence que saint Joseph traitait Notre Seigneur ^ »

Le Séminaire honora aussi d'une dévotion singulière l'apôtre saint Jean, en raison des rapports de Maternité et de Filiation établis par le Christ du haut de la croix entre la Vierge et le disciple bien-aimé'. Jean fut plus spécialement le (( chapelain » que Jésus laissa à sa Mère pour « olfrir le sacrifice à ses intentions*)) etlacommunier^l'époux mystique « pour toute l'Église », comme saint Joseph l'avait été (( pour la génération de J.-C. %>. Dans un sens plus raffiné encore, il est comme une survivance du Christ ressuscité et glorieux, qui, « n'ayant pu, en qualité de Messie, faire paraître dans sa vie conversante avecles hommes « ce qu'il était à sa divine Mère et lui rendre publiquement tous les témoignages d'amour et de service que son cœur désirait..., emprunte rextérieur de saint Jean l'Evangéliste, son bien-aimé ;

1) Recueil : « Sur le mariage de saint Joseph avec la très sainte Vierge, » (p. 153-162).

2) /rf., p. 152.

3) Évangile selon saint Jean, XIX, p. 26-28 : « Jésus, ayant vu sa mère et auprès d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère « Femme, voilà votre fils », ensuite il dit au disciple : « Voilà votre mère. » Et depuis cette heure là, le disciple la prit chez lui... » Cf. ordre de Fontevrault dont c'était l'idée dominante (Gondren : Lettres, dans l'abbé Pin, p. 88-89).

4) Recueil des écrits autogr., p. 240. Ce fut l'origine d'une dévotion transmise par l'Oratoire (Gondren, Lettres, édit. Pin, XXV, p. 95-96 ; Vie, par l'abbé Pin, p. 308-309) à la Compagnie de saint Sulpice : l'oblation du Saint Sacrifice dans les intentions de iMarie. « M. Olier faisait même célébrer chaque jour dans cette intention trois messes dont le fruit était mis entre les mains de la Très Sainte Vierge considérée, dans la première, comme reine de l'Église triomphante, dans la seconde, comme reine et avocate de l'Église militante, dans la troisième, comme reine et consolatrice de l'Église souffrante » (Paillon, Vie de M, Olier,

5) M. Olier rapporte que le P. de Gondren lui donna une image où saint Jean était représenté « communiant la mère de Dieu. »

6) Recueil, p. 159.

il lui témoigne, sous lui, tout ce que sonamour lui veut être; il devient son serviteur et son esclave, son fils, son frère, son époux et son père » '. Ce que nous avons dit plus haut des amitiés surnaturelles de M. Olier nous a rendu familières ces substitutions', ces échanges d'âme : c'est le principe de sa théologie mariale et le fruit des plus étranges expériences mystiques qui aient jamais été faites. « Saint ieân, possédé de l'amour de Jésus vers sa très sainte Mère, vivait bien plus en elle qu'il ne vivait en soi. »

C'est bien, en effet, à une véritable possession mariale qu'aboutissait la dévotion de M. Olier à la Vierge '. Enrichie de toute la doctrine léguée par l'Oratoire, féconde en aperçus nouveaux et pénétrants ^ qui traduisaient le besoin de resserrer encore les liens mystiques, cette piété rendit populaires et accrédita dans l'Église des fêtes oubliées, ou même contestées commecelle de la Présentation 5, qui devint la solennité par excellence du clergé français; elle en créa de nouvelles comme celle de la Vie intérieure de Marie % avec son office

1) Recueil^ p. 229 « Saint Jean est l'expression vivante de l'amour de Jésus pour sa mère » (p. 237).

2) Recueil, p. 229 : « le Christ transforma saint Jean en sa personne dans la très sainte Cène puisque, dans ce sacrement d'amour qu'il témoignait à son Église, il voulait en ce saint témoigner l'amour singulier et l'amour d'unité parfaite qu'il voulait avoir en lui pour la sainte Vierge. »

3) Cf. Marie Rousseau : on dirait qu'elle a « un sens mariai ». La Vierge lui est constamment présente, à l'oraison, pendant la messe, devant le Saint- Sacrement {Les viswns de Marie Rousseau, II, p. 107), en pèlerinage (Vil, p. 323) ; « Son âme est remplie de la vie de la Vierge » [Visions, II, p. 112). La Vierge la réveille à tout moment la nuit [Vi^ionSy II, p. 247).

4) « La Vierge reçoit tous les pécheurs avec tendresse et bonté, comme ceux qui ..., par leur malheur de péché, lui ont procuré d\Mre mère du Sauveur des hommes, car Jésus, sans le péché, ne serait pas venu en enfant ni en ressemblance de pèche >. {Recueil de la sainte Vierge, p. 12) :1a Vierge est donc ainsi l'obligée de nos fautes.

5) Celte foie vient de l'Orient : elle fut célébrée pour la première fois à Avignon par Grégoire XI le 10 novembre 1374. Kn 1472, Sixte IV la fixe au 21 novembre ; Pie V la supprime en 1568, puis Sixte-Quint la rétablit en 1585. Elle fut une dernière fois contestée sous Benoit XIV. Ce fut la fêle patronale de Saint-Sulpice (jour de la rénovation des promesses) : (cf. Protévangile de Jacques. Amann, 1910, p. 161-162).

6) Les disciples de M. Olier les plus péneires de son esprit et de sa doctrine

propre récité d'ubord à wSaiiil-Sulpice, puis chez les Bénédictines du Saint-Sucre ment et bientôt approuvé par Kome. Au contact d'un tempérament ardent et téméraire, la piété oratorienne abandonna sa sérénité : l'ébriété mystique, l'emprise continue du surnaturel lui communiquèrent une impatience tumultueuse que la traduction discursive, toujours inégale à son ol)jet, exaspérait encore. Et certes on peut trouver le style de M. Olier lâche et diffus, plein de redites et d'incorrections, mais ces défauts, que pardonnent malaisément les puristes, sont la rançon d'une qualité précieuse entre toutes : la sincérité de la vie spirituelle se narrant elle-même. Ces images souvent déconcertantes', ces raccourcis nerveux d'expression ' après de languissants commentaires, ces suavités séraphiques ' succédant à d'âpres rudesses, l'abondance de la période oratoire après une phase tourmentée — sont l'image fidèle, exacte, par cela même qu'elle est fragmentaire et successive, de l'ascension mystique, dans sa marche cahotante, ses sauts fiévreux 'et ses haltes reposantes. On nous permettra

composèrent, peu de temps après sa mort, un office particulier en l'honneur de la vie intérieure de Marie, approuvé le 30 mai 1668 par le cardinal de Vendôme, légat a latere du pape. La plus ancienne édition est de 1665 : « Officium in honorem Vitae interioris B. Mariae Virginis apud viduam Dionysii Thierry MDGLXV » (publié par Paillon, Vie intérieure, II, p. 425-478; Messe, p. 478- 486).

1) Supra, p. 144, 154.

2) Nos citations en offrent de nombreux exemples : la Vierge se rend «toute religieuse de J.-C. », « ciboire animé », etc.

3) Par exemple, Mém. autogr. (22 avril 1642), l, p. 326 : « ô quam suavis est dominus !... Nous tous suivrons dans l'odeur de vos parfums. Et quel est cet insensible et. malheureux qui ne voulût vous suivre ayant éprouvé la liqueur de votre doux parfum et qui a expérimenté la douceur et la puissance de ce baume gracieux... On dit qu'il n'y a qu'à parfumer les ailes des colombes pour attirer les pigeons au colombier, ou bien le parfumer afin d'appeler ces petits animaux innocents. Seigneur faites sentir votre parfum pour attirer votre colombe... »

4) Mém. autogr., II, p. 434- (avril 1642) « Il plut à la bonté de mon amour, mon fidèle et mon tout, — c'estN. S. Jésus, — il lui plutdoncde venir à moi et s'unit si intimement à moi que je n'étai:i que lui, et c'etoient toutefois des serrements de bras, des pressements si grands, des impressions de corps qui se retirait au dedans, adhérant et suivant l'àme qui se retirerait en elle-même

de citer en conclusion ceLte paraphrase vraiment éloquente des versets bien connus de T « Ecclésiastique » : « Je renfermais — comme une nue féconde qui, dans la douceur de ses eaux^ contiennes fruits qui doivent naître d'elle, — toutes les créatures lesquelles à présent paraissent dans le monde : sicut nebula tcxi omnem terram. Ego in altissimis habit avi : j'habitais avec plaisir dans cet abîme de Dieu le Père qui me tenait perdue dans son sein comme sa chaste épouse. Et thronus meus iii columna nubis : le trône de ma grandeur élait cette toute puissance du Père, qui est cette vertu constante et immobile qui porte et soutient toute la créature, — dedans laquelle étant assise, et m'en voyant participante et revêtue, je disposais de toute la créature. — C'est moi qui ai fait toute seule en mon époux le tour de ces grands cieux qui doivent être la demeure de récompense des élus : gyruni coeli circuiri sola. C'est moi qui descendais au profond des abîmes où Dieu doit exercer les châtiments de sa justice : et in profundum abyssi penetravi^ et in fluctibiis maris ambulavi^ et in omni terra steti. J'étais présente en esprit à toute l'étendue des mers, et il n'y a pas un seul recoin de la terre habitable où je n'aie posé le pied, et où je n'aie été présente dans les desseins de Dieu, mon très fidèle amant, qui n'a rien voulu faire ni entreprendre sans ma participation et sans communiquer à ma bassesse la grandeur de ses miséricordes, la profondeur de ses jugements, l'étendue de ses grâces et la fécondité de ses richesses... ♦ »

L'ampleur de cet hymne à la Vierge, que chante M. Olier la plume à la main, est digne de nos plus lyriques orateurs sacrés ou des philosophes poêles des temps antiques.

pour faire l'amour à son époux... 0 Jésus, ô mon tout, ô tout jamais mon tout : vous êtes aimable, vous êtes délectable, ô amour! »

1) llecueil dr la sainte Vierge, p. 119, (Icard cite le même passage avec quelques variantes. Cf. Mém. autoijr. IV, (novembre 1651, p. 394).

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