‹ La dévotion à la Vierge dans la littérature catholique au commencement du xviie siècleChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Port-Royal

Fauf-il s'étonner que Port-Royal lui-même ait été fort dévot à la Vierge? Sans doute les adversaires de Port-Royal, toujours disposés à croire qu'une dévotion animée d'un anire esprit que la leur, plus défiante de la superstition, plus préoccupée de rigorisme, était la négation même de foute piété, ont reproché ouvertement aux Jansénistes d'avoir ignoré la piété mariale. Ce grief* souvent répété eut le succès d'autres calomnies. Que de gens parfaitement sincères se font aujourd'hui encore une idée fausse de « la Fréquente commu-

1) Les accusations devinrent particulièrement violentes dans la deuxième moitié du xvii' siècle où le culte mariai donna lieu chez Ks catholiques à de longues et peu courtoises polémiques. Les Oratoriens furent aussi accusés d'être « ennemis du culte de la Vierge » (Arnauld, Difficultés proposées à M. Steyaert^ (Euvr., t. 8, 489, 494); cf. sa polémique avec le P. Brisacier: Réponse au Jansénisme confondu (1652); In-postuies, t. 9, 12, 42. CEvvre d' Arnauld, t. 30, 232-233; cf. Faillon, Vie de .»/. Olier, II, 92. « Le culte envers le Très Saint-Sacrement de l'autel et la piété envers Marie, les deux dévotions que l'hérésie de Jansénius a le plus attaquées... >• — En somme, dans la période du xvii« siècle où cette étude se limite, le respect des « Augustiniens » pour le culte de Marie est incontestable. Sur le « statut » spécial de la Vierge Mère dans le plan divin, Arnauld, le grand théologien du parti, s'exprime tout comme les docteurs « marianistes » les plus fermes : voyez, par exemple, ce qu'il dit du privilège d'impeccabilité de Marie en 1645, dans la 2" Apologie de Jaménins, en 1651 dans VApologie pour les Saints-Peres, et passim. C'est seulement en 1656 que le zèle parfois « amer « (comme eût dit Bossuet) des réformateurs de Port-Royal, se porte sur les excès de la dévotion à Marie, et sur les assertions doctrinales dont ces excès s'autorisaient ou qu'ils suscitaient par contre-coup. Pascal donne le signal dans la 9' Provinciale, où il attaque avec l'entrain que l'on sait « la fausse dérotion à la Vierge que les Jésuites » selon lui « ont introduite ». Pourtant Nicole n'aggrava point le coup : le commentaire de « Wendrock .> en 1658 ne retouche à la question qu'avec modestie et gravitn. Ce qui détermina vraiment les docteurs de Porl- Hoyal à prendre une position nettement rigoriste, ce furent, en 1673, les Monita salutaria R V. Marix nd cultures suos indiscretos, du juriste catholique allemand Widenfeldt, traduits en 1674 par le fougueux janséniste bénédictin (ierberon. - approuvés par un autrf augtisliiiieii notoire, Gilbert de Choiseul, év("^que de Tournay, — confirmés en 1675 par le Tractatus de sanctorum culiu d'un autre prélat de la même école, Guillaume de Néercassel.

nioii » ou du prétendu Christ aux bras étroits, symbole de la « dureté » inclémente!. le n'aime pas davantage la cond<'scendance quelque peu irrévérencieuse de Sainte-Beuve qui mettrait aisément le cuite de la Vierge à Port-Royal au nombre des inconséquences dont il accuse l'esprit janséniste : « la prédestination tue l'intercession »* ; — car l'on comprendrait dès lors difficilement la placequ'uue aussi redoutable doctrine fait à la Mère de Miséricorde. Sans doute les deux idées paraissent contradictoires, mais il faut remarquer aussi qu'une antinomie de concepts est trop abstraite pour exprimer pleinement la réalité religieuse, et c'est l'action concrète et vivante qui seule peut en donner la solution. On a pensé également pouvoir conclure de l'amour, en apparence exclusif,que les Jansénistes professaient pour la personne du Christ à la suppression de tout autre intermédiaire entre eux et la divinité, qu'il s'agisse de la Vierge ou des Saints. Ce raisonnement laisserait croire qu'un culte particulier est l'atalemenl oublieux de la dévotion par excellence, l'adoration du Christ. Or nous avons vu comment les Oratoriens et avant eux tous les docteurs orthodoxes* ont condamné celte indépendance. La dévotion mariale, à l'Oratoire etau Carmel, nous a montré comment les dévotions s'organisent entre elles suivant une hiérarchie, mais sans s'exclure. Porl-Royal était spécialement consacré au Saint-Sacrement, et comme nous le verrons à Saint-Sulpice, la piété envers la Vierge ne porta jamais ombrage à ce culte. Saint-Cyran défendit contre les Jésuites le chapelet du Saint-Sacrement de la mère Agnès Arnauld'.

1) Sainte-Beuve, Port-Royal, I, p. 234; cf. IV, p. 233.

2) Saint Thomas, 2a 2ae q. 82 a« ad' : « Devotio quae habetur ad Sanctos Dei non terminatur ad ipsos, sed transit in Deum, in quantum scilicet in ministris Dei Deum veneramur ».

3) Monastère de Port-Royal du Saint-Sacrement : cf. création à Paris de la maison du Saint-Sacrement (1633) ; Sainte-Beuve, I, 328-329; Allier {la Cabale des DevotSy p. 161 sq.). — Réponse de Saint-Gyran au P. Binet : réfutation « de l'Examen de la Doctrine du Chapelet secret du Saint-Sacrement (1634). Cf. le litre d'un ouvrage manuscrit de Lancelot dans D. Clémencet, Hisi. liltér. dé Port-Royal, édit. Guettée, 1868, 1, p. 421 : La nouvelle disposition du Rosaire

La récitation du Rosaire était familière à Le Maistre de Sacy qui interrompait parfois son dur labeur des champs et « s'essuyait, son chapelet en main, au soleil » '. Les solitaires, pendant leur retraite à la Ferté-Milon, allaient, après le souper, prendre l'air sur la montagne qui domine la petite ville, et « quand nous revenions, disent-ils, vers les neuf heures, nous allionsTun après Tautre, en silence, disant notre chapelet » *. Saint-Cyran observait fidèlement cette pratique: « il récitait beaucoup de petits offices comme celui de la Vierge tous les jours. . . ' ; il avait de ces sortes de petites adorations ou oraisons vocales pour toutes les rencontres, pour la Sainte Vierge, pour le Saint-Sacrement... * » Quant à la Mère Angélique, elle s'agenouillait souvent devant les images et statues de Notre Dame, aussi nombreuses à Port-Royal que dans tout autre monastère: « Des deux côtés de la Cène, Champaigne avait figuré en grisaille une Sainte Vierge et un saint Jean-Baptiste. Du même peintre on voyait encore une Vierge » '... Et de fait comment des « filles de saint Bernard » n'eussent-elles point été fidèles àladévotion de leur fondateur envers Marie? Elles font defréquentes neuvaines, à la «Très Sainte Mère de Dieu. » Ou'on lise les lettres de la Mère Angélique : dans toutes les affaires qu'elle entreprend et qu'elle recommande aux prières de bonnes âmes, elle demande toujours des oraisons

et la petite couronne de la Vierge avec le chapelet du Saint -Sacrement, bibliothèque des religieux de Sainte-Croix de Quimper).

1) R|^ron, Le culte de la Vierge, p. 169.

2) En 16:-59 : Lancelot, Mémoires touchant la vie de Siint-Cyran (cité par Sainte-Beuve, I, p. 498).

3) Lancelot, Mémoires touchant la vie de M. de Saint-Cyran, 3* partie, ch. VI, II, p. 65.

4) Jd., II, p. 82.

5) Hallays, L-j pèlerinage de Port-Royal, 190S, p. iOi, d'après une relation de visite à l*orl-Koyal en 1693 (cf. Sainte-Beuve, V, p. 274).

6) Constitutions de Port-Royal..., 1665 (2* édit., 1674), p. 352 : La dévotion de « Notre Père Saint Bernard » à la Vierge est rappelée. »» Prions Dieu qu'il nous unisse à la Vierge durant notre vie pour mériter de participer aux grâces que saint Bernard a nicrilé d'obtenir par la dévotion qu'il a eue envers elle. » (Cf. Con^idération<i chrétiennes sur /(?s dimanches et fi'ta^y de Sainl-Cvran, II, 2', p. 191).

à la Sainte Vierge ; si c'est à des prêtres qu'elle écrit, elle leur demande des messes *, des neuvaines de messes de la Vierge » . Enfin on priait beaucoup, à Port Royal, « Notre Dame de Port- Royal » ». La consécration à la Vierge, le vœu de (^ servitude » n'alarmaient nullement Jansénius lui-même qui approuva les Élévations du cardinal de Bérulle'. Nous avons surtout de Saint-Cyran un traité devenu fort rare, et de la disparition duquel ses adversaires se réjouissaient trop pour qu'on n'ait pas été tenté de les en rendre responsables '. C'est une Vie de la sainte Vierge ou Considérations sur ses [estes et mystères par le sieur de Grandval^ qui parut à Paris en 1664". Sainte-Beuve fait à cet ouvrage une brève et discrète allusion quand il parle « d'une vie mystique de la Sainte Vierge écrite par Saint-Cyran, pleine de considérations subtilement dévotes à la Mère de Dieu ))^ Dom Clemencet l'attribue également à Saint-Cyran \ et Lancelot en est franchement enthousiaste : « La dévotion de M. de Saint-Cyran à la Sainte Vierge était si merveilleuse que je ne crois pas qu'il y ait jamais eu un Père dans l'Église qui en ait dit tant de choses et de si admirables. Ceux qui ont les écrits en peuvent juger et cela me dispense de m'étendre davantage sur ce sujet >/. Cet opuscule de 1664 n'est d'ailleurs qu'un abrégé des « Considérations chrétiennes sur les dimanches et [estes des mystères et sur les

{) Besoigne, Histoire de l abbaye de Port-Royal (1752), I, p. 283. Cf. Lettres de la R. M. Angélique Arnauld, Utrecht, 1742-4, 3 vol.

2) Constitutions, p. 485,

3) Bérulle (Migne), col. 63 i. Cf. au contraire Darche (jésuite), Philagie (1868), introduction (p. 12) : « d'après l'esprit de Pascal, on se doit bien garder de consacrer à la Vierge les élans d'un cœur qui appartient exclusivement à Dieu seul. »

4) Darche, Philagie, ïntrod., p. 12. « Saint-Cyran a lui-même fait un traité de Dévotion à la mère de Dieu... que nous ne recommanderions pas du reste parce qu'il est peu propre à faire aimer cette sainte Vierge et que sa doctrine n'est pas toujours sûre. »

5) Bibl. Arsenal, Th., n» 13507.

6) Sainte-Beuve, Port-Royal, I, p. 234, note 1.

7) Dom Clemencet, Histoire littéraire de Port-Royal, I, p. 355.

8) Mémoires touchant la vie de Saint-Cyran, II, p. 82.

[estes delà Vierge et des Saints, » composées par Saint-Cyr an. h Vinceunes, à l'intention de ses amis et publiées par Port- Royal au lendemain de la Paix de l'Église*. C'est d'après ces « Considérations » que nous allons étudit'r les idées mystiques de Saint-Cyran sur la Vierge : nous ferons aussi quelques emprunts aux « Instructions chrétiennes » de Singliu' « le prédicateur à succès de Port-Royal ». Nous n'avons malheureusement que « lasujjstance réduite et l'abrégé »*deses sermons.

Celte piété, comme bien Ton pense, no fait point parade ^' d'une émotion facile et n'est pas fort curieuse de l'onction. La grotte de Bethléem, le séjour de Marie dans le Temple ne sont point pour elle textes et prétextes à des eflusions tendres ou à des descriptions enluminées*. Saint-Cyran tient àdistance les images trop sensibles et ne lesaccepte qu'avec précaution : « ce qui est saint, dit Bossuet, inspire de la frayeur ». Aussi Saint-Cyran ne parle de Notre Dame qu'avec un respect craintif, je dirais presque une horreur sacrée, que le P. Gibieuf ne devait point partager. « Il nous est interdit de pénétrer dans les actions de la Vierge comme dans celles de Dieu' . » « Sa

1) En 1670. Il y eut une deuxième édition en 1671. L'ouvrage appartient à notre période puisque Saint-Cyran le rédigea à Vincennes vers 1640 en etnpiuntant la substance des conférences, sermons ou exhortations qu'il faisait aux religieuses. — Il fut malheureusement corrigé.» C'est la conduite que nous avons tenue touchant les Considérations sur les Dimanches et les Poètes de feu M. de Saint-Cyran, que feu Savreux a imprimées; quelques-uns de nos amis les avoient revues avant l'impression, et M. Nicole, les ayant encore examinées depuis l'impression, y a fait faire beaucoup de cartons. » Lettre d'Arnî^uld citée par Sainte-Beuve, Povt-Royaly III, 37U.

2) Instructions chrétiennes (sermons ou abrégés de sermons), 5 vol. in-8, 1671, 4« édition 1681. La vogue de Singlin va de 1647 à 1652.

3) Cf. Sainte-Beuve, I, 470, 472; Jacquinet, Les prthiicateurs au ww siècle avant Bossuet^ p. 354.

4) Consiik'rations...t II, 2* partie, p. 374. Saint-Cyran dit simplement : « Marie s'y exerçait (dans le Temple) au jeûne et à la prière, elle obéissait aux prêtres. » — Les Considérations sur l'Assomption traitent au fond de J'humilite.

^) Bossuet, Œuvres, éd. Lachnt, X, p. r)95. 6) Cnnsidrration^..., Il, -", p. 374.

grandeur esUembie, dil-ii un jour à la douce Marie-Clairo Aruauld. Pour la révérer, il ne faut que sjivoir qu'cdle est le chef de l'ange : en nionlanl des ciéatures à Dieu, au-dessus d'elles loules vous trouvez la Vierge et en descendant de Dieu aux créatures, après le Saint-Esprit vous la rencontrez'... » Saint-Cyran, en ses formules d'une vigoureuse concision, voit en Marie « la /dus ûia(/nifi(/ue e//usion de Dieu, o qui la fait naître sur la terre «. avec une extraordinaire perfection et une participation de la divinité \^ plus grande qui ait jamais été faite à une pure créature », car « il est vrai de dire que la Vierge tient le lieu du Père Eternel » '. C'était là « une manière auguste de considérer Notre Dame, » et, selon l'expression de Sainte-Beuve, « cet éclair d'eliroi à la Jehovah qui tombe sur ce doux front rehausse en un point le diadème » ». Ce n'est pas, bien entendu, que les Jésuites eux-mêmes après avoir prodigué les douceurs et les tendresses, ne se soient rappelé quelquefois le verset du Cantique, appliqué à Marie : « terribilis ut castrorum acies ordinata ; » mais où est la différence, c'est que, de ce verset, ils retenaient surtout les premiers mois : « Pulchra es amica mea, suavis et décora sicut Jérusalem ))^ Pour Saint-Cyran, le miracle de la sainte Vierge consiste, moins en sa majesté souveraine, que dans le triomphe constant de son humilité sur cette grandeur même. L'idée vient de l'Oratoire : de Bérulle et Gibieuf analysaient eux aussi la qualité morale suprême qui peut empêcher Marie de succomber sous le poids de sa grandeur, et l'on comprend aisément que Saint-Cyran en ait apporté à son tour le plus pénétrant commentaire.

Quelle joie pour un janséniste d'assister, dans la vie de la Vierge, à la défaite complète et permanente de l'orgueil, cet

1) Sainte-Beuve, I, 353 (cf. Bibl. Mazarine, mss. 2i82. Avis que M. de Saint- Cyran avait donné à la sœur Marie-Claire Arnauld dans le sens de sa confession).

2) Considérations, II, 2«, p. 274.

3) Sainte-Beuve, I, p. 353.

4) Cant. des Gant., VI, 3.

éternel suspect! « Quelle houle et quelle confusion à Lucifer de voir que la plus grande des créatures qui fut en la terre ait été la plus humble !* ». Chacun des « mystères » de la Vierge n'était-il pas pour la femme aussi merveilleusement élue la plus dangereuse des tentations? Saint-Cyran admirait d'autant plus cette victoire remportée sur la nature humaine et la fragilité féminine qu'il voyait mieux les périls de la lutte et la puissance formidable de la superbe diabolique, a cet étrange monstre', » principe de tous les égarements'. « J'admire et ne puis cesser d'admirer comment la Vierge ait pu écouter ces nouvelles de sa grandeur sans s'élever. Il faut que Dieu ait arrêté auparavant le mouvement naturel de vanité qui devait naître de l'origine de son néant \ La Vierge se désappropria toujours de sa gloire « Après s'être humiliée devant Dieu par la réponse qu'elle fit à l'ange, elles s'en va incontinent après s'humilier devant les hommes, mais bien loin du lieu où elle avait été exallée, pensant par là se cacher ». Lorsqu'elle sort de sa retraile {)0ur paraître au dehors et en public, elle va shiimilie?' et se hâte pour le faire, n'ayant dans son esprit qu'un seul objet, laissant tout le reste en arrière, et ne s'arrestant pas à ce qui n'est point saint, et ne daignant pas même le regarder » ^ C'est là un triomphe « incompréhensible, incomparable » », « La grandeur de la Vierge se mesure à son humilité \ »

La Vierge non seulement s'est humiliée elle-même, mais elle « a su joindre à sa [)rol'onde humilité la parfaite patience.

1) Considérations, II, 2°, p. 108.

2) Pascal, Pensées {é<V\l. Brunscbwig, p. 510).

3) Ma ie triomphe où p^che la première Eve ; on sait que saint Jean Chrysosloine a irnpult' en deux occasions le pèche ou la faiblesse de vaine gloire à Ma-'ie (H'»(ne|ie XLIV, sur samt Mathieu, Mij^ne, Pair, gr., LVII. coi. 463- 465; XXI, Hoin. sur saint Jean, Mijj^ne, Putr. gr., LIX, col. 130), Celte opinion est isolée dans la littérature patristique.

4) Considératims, II, 2o, p. 231.

5) Considérations, II, 2», p. 108.

i\) Id., I, 1". p. 181 ; I, lo, p. 78. 7) Id., 11,2», p. 175.

Elle a toujours accepté « les rabaissements qui ne lui ont pas été épargnés durant sa vie nnortelle. a Di» princesse qu'elle estoit, issue de deux lioys les plus illustres qui aient jamais esté dans le monde, elle tomba si bas qu'elle fut femme d'un charpentier, et de mère de Dieu, elle devint mère d'un crucifié. Jésus-Christ lui-même l'a traitée et rebutée comme si elle n'estoit pas sa mère ». Cette patience « éclate particulièrement en ce temps de la Résurrection où elle a sçu, avec un plaisir ineffable, que J. C. estoit en la terre et qu'il communiquait visiblement avec les autres et non point avec elle » '. La Vierge a été « rabaissée » jusque dans les besoins les plus indispensables delà vie: elle connut les privations, la pauvreté et se résigna à toutes les bassesses de la condition humaine : « Elle ne crut point être dispensée de faire provision de langes avant de partir de Nazareth*. Résignée, la Vierge le fut dans son voyage à Bethléem*, pendant la nuit passée en une élable, a dans l'abstinence, la rigueur dufroid et dans un entier délaissement de Dieu et des hommes, jusques à la naissance de Jésus qui est né en la même nudité en laquelle il est mort » * ; — dans la fuite en Egypte, «où tout ce qui lui arrivait lui était un sujet d'une nouvelle humilité'*)) ; — surtout dans sa Purification « où la personne la plus sainte qui fut sur la terre se purifie sans avoir aucun péché ^ )> et (( n'offre que l'oblalion des pauvres' ». Cette pauvreté, Saint- Cyran n'hésite pas à la comparer au privilège le plus glorieux de Notre Dame, la virginité. « Gomme la naissance du fils de Dieu n'a pas empesché que sa mère ne soit demeurée toujours vierge, la visite des anges et des rois n'a pas empesché qu'elle ne soit demeurée toujours pauvre* ». Donc, la

1) C'msidér niions, II, 1°, p. 58.

2)iti., I, lo, p. 224.

3) Id.j I, 1», p. 47 : Du voyage de la Vierge de Nazareth en Bethléem

4) Id., I, io, p. 49.

6) Id., I, lo, p. 128.

7) 7rf., I, 2», p. 162.

8) Id., I, 1», p. 59.

Vierge de Port-Royal est une institutrice austère de «renoncement au sens propre )) et de mortification dans la gloire et l'amour. Elle accepte, « sans la moindre altération, toutes les manières dont il a plu à J.-C. de la traiter*. » Aux jours où elle fut rebutée de Jésus « elle sut souffnr avec une paix admirable de n'être pas caressée de lui ». Et Saint-Cyran n'a garde d'oublier que Jésus ne l'appela pas sa mère même en mourant "^ ». Elle est si peu accessible aux tentations même les plus subtiles de Torgueil qu' « elle s'ignore soi-même et ses perfections et ne connaît que Dieu seul' ». « Elle vit comme en ignorante avec les autres pour être la disciple de J.-G. et apprendre toutes... les vérités de la loy nouvelle de son instruction et de sa divine parole, comme doivent faire tous les autres, auxquels, par une humilité incomparable, elle s'est voulu égaler en cela*. » Saint-Cyran, dont le style mortifié quelquefois s'anime, nous donne de cette idée une image : « Comme on contemple mieux le sommet des montagnes de la profondeur des vallées, aussi ces âmes s'abaissent autant qu'il leur est possible pour ynieux contempler la grandeur de Dieu au-dessus délies...'- ». Un Dieu caché souhaite des adorateurs cachés". La science doit s'humilier pour prétendre à la conversation de Dieu : c'est ce silence intérieur, « cette solitude de l'esprit et du cœur » que nous enseigne encore Notre-Dame. Singlin faisait fréquemment de ce silence le sujet de ses homélies ; il y voyait le secret « de l'attention continuelle de Marie à la voix de

1) Considérations, II, l'», p. 56-57.

2) R, II, 2», p. 176.

:^) Id., H, 2», p. 285.

4) Considérations, 1,1*, 245; « ainsi la sainte Vierge et saint Joseph n'onlils rien découvert aux apôtres, tant Dieu a voulu dès le commencement retrancher la curiosité des hommes dans la science même des choses divines en tout ce qui ne ref,'arde que les circonstances et non pas la substance des points de notre religion. » (1,1°, p. 103).

5) Considérations, I, 1°, p. 118.

6) Cf. Bossuel, Œuvres oratoires éd.Lcbarq, I, p. 23: « faites vous des adorateurs aussi inconnus que vous! Qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, qu'ils ne sachent ni s'ils vous connaissent ni s'ils vous ignorenl... »

Dieu • )). Et lorsque Sainl-Gyran ledécril, ce silence, l'on croirait entendre ce maître de vie spirituelle, dans la salle basse de Port Koyal des Champs, évoquant, pour autoriser ses conseils d'austère direction, une Vierge (\m ne sourit pas. Il nous invite à admirer ce silence dans la crèche où lès trois personnes Jésus, Marie, Joseph « figurent le silence de la Saillie Trinité' », — dans la maison d'Elisabeth, où « Notre Dame garde un silence presque perpétuel pour donner lieu aux profusions intérieures que faisait J.-G. dans son âme et dans celle de saint Jean ». Il faut demander à Dieu cette grâce; heureux celui à qui Dieu raccorde\(( Les eiforts que l'on fait souvent pour avoir des pensées ou des paroles nuisent à la conversation intérieure de Dieu ». Vraiment nous sommes loin de 1' « ascèse » mystique des Jésuites, expansive gymnastique de l'imagination et de la sensibilité. Le modèle d'oraison est tout autre : « La Yierge regardait les yeux fermés et en silence Jésus-Christ en elle ». (( Toutes les louanges que nous pouvons dire à Dieu ne l'honorent pas tant que le silence admirable qui nous fait conserver ses grâces dans le secret de notre cœur, sans les manifester à personne, nous contentant de les posséder au dedans de nous comme un trésor qu'on ne peut montrer à des étrangers sans se mettre dans un extrême danger de le perdre, et comme un parfum d'excellente odeur qui se gâte aussitôt quon V évente, Secretum meum mihi* ».

Cependant ce n'est pas une Vierge dédaigneuse de l'humanité, isolée en sa grandeur d'Elue que DuvergierdeHauranne dépeint. Elle échappe à une imperfection trop ordinaire, — et très redoutée des Jansénistes, — delà nature humaine;'

1) Instructions spirituelles, IV, 94.

2) Considérations, I, 1°, p. 163.

3) W., II, 2o, p. 113-114 et p. 110.

4) Id., 11,2°, p. 136.

5) Cf. Sainte-Beuve, Port-Royal^ II, 83-84 : « Il savait, nous dit Lancelot (II, 106), qu'il y a dans l'âme de l'homme une certaine niaiserie qui l'ensorcelle, fascinatio nugacitatis, comme dit l'Écriture, qui fait que, quelque séparé qu'il soit, il s'occupe de lui-même, se multiplie et se divise, el que souvent il

elle sait converser avec le monde « sans se distraire de Dieu >>*. Saint-Cyran reprend, en l'ennoblissant, une gentillesse de saint Bernard pour exprimer délicatement ce merveilleux privilège : « Elle estoit comme reiffant qui pend au col de sa mère, et qui, sans la quitter, se baisse pour jouer avec ceux qui le caressent : I)e collo pendens.. . Ainsi/ l'on peut dire de la Vierge dans l'exercice de sa charité envers les hommes ce qui a été dit du Hls de Dieu^ qu'il est descendu à nous sans quitter le sein du Père ' ». Elle ressemble encore à ces anges qui descendaient du haut de l'échelle de Jacob pour converser avec les hommes. Saint-Cyran voit en elle « la figure de ceux qui sortent de la contemplation pour passer à Taction ». Elle apprend à son dévot à ne pas redouter le contact du siècle ^ Les retraites de la vie intérieure, loin de l'habituer à une piété frileuse et timide, lui enseignent les routes de l'apostolat. C'est une page fort éloquente que celle où Saint- Cyran exalte la Vierge « dans l'exercice de cette double charité » , qui fait de l'homme un ange. « La Vierge sorloit de sa cellule ou comme Jésus-Christ est sorti du ciel pour venir en la terre, ou comme les Anges que Dieu envoyait du ciel en la terre pour traiter avec les hommes. Nous la devons considérer en cet état comme le premier de ces Anges revêtus de corps mortels qui servent Dieu en charité sans rien perdre de leur pureté dans la conversation qu'ils ont avec les hommes. Elle le faisait avec un déguisement admirable que les hommes ni elle-même ne connaissaient point, parce que la grâce, qui estoit en elle, le produisoit, pour se couvrir, avec une merveilleuse simplicité »*. Ici encore, qu'on ne s'étonne pas d'une vue qui paraît théoriquement contraire à certaines prescriptions jansénistes. iMais qu'on se rappelle toutes ces

est moins i>eul que s'il (Hait au milieu d'une multitude. Or, c est cet état qui est le plus contraire à la solitude que Dieu demande de nous... »

1) Considérations., II, 2% p. 290.

2) Id., II, 2», p. 290-291.

3) Considérations, II, 1», p. 252, <« Étant avec luy (Jésusi au milieu du monde, elle estoit plus seule qu'en la solitude, »

4)/(/.,II,2*, p.':9i.

femmes pieuses du xvii* siècle, collaboratrices assidues des apôtres de la réformalion catholique, et dont la vertu singulière s'accompagnait toujours d'une modeste discrétion. Saint-Gyran, lui aussi, avait connu leur charme et leur puissance. Et dans la Vierge qu'il définit, il résume, en l'idéalisant, la sainte femme forte et douce.

Le P. Gibieuf nous a fait assister, pendant loute la vie delà Vierge, à l'action déifiante qui s'opère en elle. Saint-Gyran apporte en ce sujet plus de réserve et de crainte : il ne doute pas que Marie n'ait vécu l'oraison parfaite, « véritable langage d'esprit à esprit » * : que Dieu, à l'approche de l'Incarnalion, ne l'ait « élevée et comme déifiée au sens que saint Augustin dit : a In soliludine poterat deificari » ^ ; que le Ghrist ne l'ait « visitée après sa résurrection d'une façon rehaussée par dessus tous les sens » » : toutefois il ajoute aussitôt : (( Il est aussi interdit aux plus Justes d'entre les hommes d'en parler par eux-mêmes qu'il estoit interdit à la Vierge de traiter en ce temps humainement et sensiblement avec Jésus- Ghrist crucifié... ». Il se refuse à pénétrer les mystères de cette solitude : « Vivre seul avec Dieu seul^ » telle est la loi supérieure de la dévotion.

En somme la piété de Saint-Gyran est celle d'un maître d'oraison, il analyse avec l'insistance de l'expérience les conditions spirituelles qui favorisent ou contrarient l'action de Dieu dans l'àme, et la raison mystique qu'il donne du trouble de la Vierge àl'apparition de l'Ange est une confidence trop claire soit des inquiétudes de ses dirigées, soit même de ses appréhensions personnelles : « L'arrivée inopinée d'un tiers l'émeut... ; » c'est qu' « il n'y a point de peine pareille à celle qu'a une àme, que la grâce a rendue parfaite épouse de Dieu, de se trouver en quelque rencontre nouvelle oii elle craint de luy déplaire tant soit peu »*. On

1) Considérations, II, 2°, p. 177.

2) Ibid.

3) Ibid., Il, !•, p. 56 sq.

4) Ibid., I, 2°, p. 228.

sait que le fondateur du .lansf^nisme français éprouva souvent et inspira volontiers à ses disciples Tangoisse de la vocation. Tout en reconnaissant la grandeur de cette piété un peu âpre, certains ont regretté de ne pas y trouver la poésie du pardon. Sans doute Saint-Cyran, — de même, au reste, que les Oratoriens et saint François de Sales — ne conçoit pas l'intercession de la Vierge d'après les images chères à de trop nombreux catholiques. Mais tout de même les Jansénistes ne furent point ces orgueilleux que le Salve Regina, dit-on, exaspérait '. Qu'on relise seulement cette prière à la Vierge dans les Constitutions de Port-Royal : « Sainte Vierge, qui estes notre Reine, nostre médiatrice et nostre advocate, réconciliez-nous avec votre fils.. ^> '. Jésus seul est un principe de justification, mais c'est par Marie que nous recevons de Dieu la grâce de pratiquer ses vertus exemplaires : « Prions Dieu, écrit Saint-Cyran, que, par les mérites et l'intercession de la Sainte Vierge, il opère en nous peu à peu par des voies insensibles la destruction de la concupiscence et du péché. »' C'est la Vierge qui préside dans l'Évangile aux plus abondantes effusions de la grâce, par exemple aux noces de Cana, où elle paraît « la vraie médiatrice entre Jésus-Christ et nous, comme Jésus-Christ Test entre Dieu et Elle '. » Le plus bel éloge que croie pouvoir

1) Cette brève affirmation, qui n'est appuyée d'aucun texte, est de M. Angot des Retours [Saint Alphonse de Liguori, p. 156.) M. Perdrizet {La Vierge de Miséricorde, p. 202 note 3), traitant incidemment du culte mariai à Port- Royal, la reproduit.

2) Constitutions de Port-Royal, p. 439 : comparer, dans le Salve Regina : Eia ergo advocata nostra.

3) Considf'rations, H. 2% p. 26i-5, « Chaque saint a sa vertu particulière qui le dislingue d'avec un autre. Celuy qui connaît mieux cette différente vertu et tâche de Vimiter.,. aime mieux le saint et le révère davantage. El ce sont ceux-là qui, au jour de leurs Testes, qui est le temps que Dieu rerse les plus grandes libéralités de sa grâce par leur intercession, reçoivonl davantage par euA. »

■\) Conaid^nitiom, I, 1», p. 254 ; ÎI, 2°, p. IW. Cf. Singlin, ln>lrurt>onf: chrétiennes (IV, 89), « J.-C. a <>t;»bli cette dévotion dans son Évangile aux noces de Cana où elle (la Vierge) devint comme nostre m^iiatrtce. »

faire Saiiil-dyran d'un saint qu'il aime beaucoup, sainlJoseph, est de comparer soti intercession à celle de la Sainte Vierge, « qui est toujours ancienne et toujours nouvelle en qualité de médiatrice, faisant toujours ressentir l'effet de ses intercessions à ceux qui l'invoquent. » De même le Christ est seul principe d'espérance', « mais ce qui doit augmenter notre contiance dans le salut est de voir que déjà la Sainte Vierge est revêtue del'immorlalité et participe dans le ciel à la gloire de son fds. Car n'étant qu'une pure créature comme nous et notre mère, nous avons sujet après les promesses que Dieu nous en a faites, d'espérer d'être un jour comme elle » ^ N'estce pas la Mère de la belle dilection et de la Sainte Espérance que les religieuses de Port-Royal, expulsées en 1664, invoquèrent à leur arrivée dans le couvent des Annonciades*?

Ce qu'il y a de sûr, c'est que de ce rôle éminent tenu par Marie dans l'économie du salut résulte la nécessité de son culte. Saint-Cyran a tiré lui-même toutes ces conséquences. Que la Vierge « soit l'image des vrais chrétiens et de la vie qu'ils devraient mener en conversant avec les hommes*, » c'est ce qu'affirment les longs développements sur l'humilité, la solitude, la charité de Notre-Dame. Qu'elle soit après le fils le plus parfait miroir de la Divinité, « en qui reluisent plus excellemment qu'en toutes les autres créatures les relations ineffables qui se trouvent en Dieu ^ » , — c'est ce dont son entretien constant avec le Christ ne nous permetpas de douter. Mais il y a plus encore. Nous sommes liés à elle par la reconnaissance, (( Dieu a fait une si grande grâce à la terre lorsqu'il a fait naître une créature pour être le principe d'un Dieu et pour réparer par ce moyen les ruines du premier homme,

1) « Toute l'espérance que nous avons de nostre salut serait vaine et trompeuse si nous la mettions autre part que dans sa grâce (du Glirist). » {Considé' rations, II, 2», p. 169170).

2) Considérations, II, 2", p. 169-170.

3) Relation de la Mère Angélique de saint Jean, cité par Sainte-P.t^uve (IV, p. 233). Ces appellations sont empruntées à VEcclésiusli'ine {\\]\\ v. 17.

4) Considérations, II, 2», p. 299.

5) ld„ II, 2«, p. 275.

que c'est la plus grande des ingratitudes de ne pas reconnaître ce bienfait en ne vénérant pas assez la Vierge comme le plus grand don après Jésus-Christ que Dieu a fait au monde... » *. Et il faut bien comprendre tout ce que contiennent de sagesse cultuelle ces lignes de Saint-Gyran : « Considérez que les vertus et les perfections de Dieu estant trop disproportionnées à notre nature pour les imiter, il nous les a gravées et représentées, visibles et humaines, dans le Verbe Incarné. Mais parce qu'il y a des personnes faibles qui auraient pu prétendre que Jésus-Christ leur est encore trop disproportionné, comme estant Dieu, il a gravé ses vertus et ses états dans la Vierge pour la rendre un modèle plus imitable aux hommes. » Saint-Cyran n'a même pas craint d'associer étroitement la Vierge à l'Esprit-Saint, suprême conducteur de l'Église et des âmes'.

Tout ce que Ton peut dire, c'est que le style de Saint-Cyran n'est pas toujours très expressif de ces dévotions alTectueuses. Il est bien certain que personne n'accorda moins à la littérature mignarde et tendre, que « le très peu littéraire directeur de Port-Royal )^ \ H a en tout cas, nous l'avons vu, le don des aphorismes drus et énergiques, dans la théorie d'une dévotion que son rigorisme comprenait. Seulement la pensée auguslinienne venait mettre sa marque sur la dévotion mariale. Comme le P. Gibieuf, et plus énergiquement il reliait le culte de Marie aux idées en apparence les plus abstraites : le Verbe Incarné, la maternité divine. Plus encore peut être que les Oratoriens,

1) Considérations, II, 2% p. 263.

2) Considérations y II, 1", p. 157 : « à la Pentecôte le Saint-Esprit a été reçu dans les fidèles assemblés en un corps, et, parce que la Vi'.rge y esloit, il a esté reçu dans une disposition digne de luy à cause de la plénitude de la gr.Vce qu'avait la Vierge qui a fait que l'assemblée a reçu le Saint-Ksprit digne Deo, d'une manière digne de Dieu ».

3) Port-Royal, I, p. 273; cl". I, p. 3ii-5 ; II, p. 36-38 : « il suflll qu'il n'y ail rien de choquant dans notre style », (Saint-Cyran d'après Lancelot, II, p. 130) ; cf. Voltaire, Siècle, de. Louis XI V, ch. 37, et Hallays, Pèlerinage de Port- Jinyil (1908, p. 35).

il insistait sur Thumilité mystique de la Vierge, sur la solitude de son oraison, trouvant dans ces vertus de xMarie, affirmées par la tradition évangélique, une nouvelle confirmation de cet idéal de piété toute intérieure, déneryie spirituelle discrète et secrète, — pour tout dire, de renoncement, — qui était, on le sait, l'idéal janséniste.

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