— — 1620 IX XXVII
— Conception 1608 VIII LXXIV 28-31
— — 1622 X LXVIl 399-405
— pour la Pentecôte 6 juin 1693 VII 29-30
Introduction à la vie dévole 2« partie, ch. XVI
— — 3e partie, ch. V (l'humilité).
— — Conclusion : Manière de réciter dévotement le chapelet. Traité de l'amour de Dieu. II, ch. VI — IX, ch. XIV.
— — VII, ch. XHI : Que la Très Sacrée Vierge mourut
d'amour pour son fils.
(axtruit du sermon de i60i sur l'Assomption.)
— — ch. XIV: Que la glorieuse Vierge mourut d'un amour
extrêmement doux et tranquille.
Cf. Ch. Clair : La Vie de N.-Dame tirée des œuvres du Bienheureux François de Sales. Paris, 1881.
« Toutes les fois que j'entre dans un lieu consacré à celte auguste reine, je sens par un tressaillement de cœur que je suis chez ma mère, car je suis bien le fils de cf^lle qui est le refuge des pécheurs. » Il n'a jamais oublié qu'il lui avait attribué la délivrance « d'une fâcheuse tentation qui le moh slait » ', et en reconnaissance, il persévéra jusqu'à la mort h dire chaque jour le chapelet et à « le méditer en le disant » . Consacré prêtre le joui- de l'ImmacuLée Conception, il est ému chaque fois qu'il parie de cet anniversaire*, et quand les fêtes de Notre Dame approchent, il éprouve « un pressentiment de sa douce lumière »». Sa prédication, ses entretiens, sa correspondance sont comme embaumés d'un parfum mariai, et l'Ordre de la Visitation de Sainte-Marie, qu'il fonda avec sainte Chantai, fut destiné, on le sait, à honorer spécialement la Vierge. Les Visitandines en récitaient quotidiennement l'office*. Leur supérieure, Jeanne de ChantaP, orplieline dès le berceau, « ne connut point d'autre mère que la Très sainte Vierge et se voua à Notre- Dame pour être sa fille » ; mariée, elle lui recommandait « son ménage et ses affaires » ; visitandine, « elle inculqua tellement la dévotion de la Sainte Vierge à nos premières sœurs* et en parlait si souvent aux malades... que, par un mouvement commun des petits enfants et du peuple, l'on nous nomma les Religieuses de Sainte-Marie, nom qui nous est toujours demeuré depuis ». Ces habitudes pieuses, com-
1) Sainte Chantai, Œuvres, 1874-1880, 8 vol., lll, 102 (proposition pour la canonisation, art. V),cf. Camus, Esprit de. saint Pruneois, A" partie, ch. xxvii.
2) (EuvvdS, Sermons, VIII, 28, ad festum Conceptionis Beatae Mariae et nnniversarium meae consecrationis, 1608. — Cf. LeUres, II, 388
3) Saint François, Œuvres, Lettres, IV, 344.
4) Saint François, Lettres, V, 39. Sainte Chantai, Œuvres, I, 141; of. L'office de Notre Dame à l'usa^^e des Visilandinos. Poussiolque, 1894.
5) Cf. Œuvres de sainte Chantai, tome I {Mémoires sur la vie de sainte Chan- Vil, par Madeleine de Chaugy) et Bouj^aud : Histoire de suinte Chantai et des origines de la Visitation, \'S' édition, 1899.
6) (Wjuvres de sainte Chantai t Exhortations pour «quelques ÏHes et principaux tem[)s de l'année ; 1" samedi de l'Avent : Sur l'imitation de la mainte Vieige, II. 163; 2« samedi, sur la pureté de cœur et la RHe de l'immaculée, II. 16». Pour
munes à saint François et à sainle Chantai, nous^xpliquent rintimilé de leur amitié mystique. La Vierge fut la patronne jet la gardienne de ces blanches affections, si fréquentes au XVII" siècle, dont l'existence même rendait à Notre Dame la plus discrète des louanges . — saint Vincent de Paul et ^ iVr^^Legras, M. Olier et Marie Rousseau, saint Pierre Fourier et Alix Leclerc, le cardinal de Bérulle et M""** Acarie, le P. Gibieuf et la mère Madeleine de Saint-Joseph, Sainl- Cyran et la mère Angélique, le P. Yvan et la mère Madeleine de la Sainte-Trinité...* La dévotion à la Vierge est l'aimant secret qui rapproche ces âmes, le lien qui les unit, le rayonnement qui les illumine. Elle nous révèle le mystère de ces chastes liaisons et la fécondité de ces collaborations pieuses. L'échange incessant de mutuelles confidences, la fusion des efforts vers un même idéal de vie spirituelle entraîne, dans la correspondance de saint François et de sainte Chantai, l'emploi d'allégories dévotes ou le retour des mêmes formules : c'est surtout depuis 1605, c'est-à-dire depuis sa rencontre avec la baronne de Chantai, que saint François unit, dans ses salutations épistolaires, Notre Dame et Jésus»: « Vive Jésus et Marie »'.... « Tenons nous bien à Dieu et à sa saincte Mère »*. En revanche, sur les conseils de son ami, la baronne avait dressé en son intérieur un monastère dont la
la fête de la Visitation : Obéissance et modestie de la sainte Vierge, II, 201. (Mavres, I, 417. « Quand on lui parlait de la dévotion à la sainte Vierge et à saint Joseph,., elle nous instruisait que la dévotion qui leur était le plus agréable, c'était Vimitalion » ; cf. dans la Vie des quatre premières mères par Madeleine de Ghaugy (Poussielgue, 1892) ch. xxxvi, p. 439 (dévotion à la Vierge de la Mère Marie de Chàlel). Cf. (Euvres de sainte Chantai, I, Mémoires de la mère de Chaugy, 411-412.
l)Nous reviendrons sur ces amitiés dans le courant de notre étude et pensons qu'il y a un rapport entre le rayonnement du culte mariai et le rôle croissant des femmes pieuses dans l'œuvre des grands réformateurs.
2) Comparer Saint François LettreSj II, 370, 389. " Dieu soit vostre cœur, vostre esprit, vostre âme » à Lettres^ III, 115 (oct. 1605 « Je suis incomparablement vostre es entrailles du Filz et de la Mère ». La première conférence de la baronne et de saint François est du 5 mars 1604.
3) Saint François, Lettres, IV. 72, 164, 231 ; V, 100, 160, 3-^3, i) Id., 111,312.
sainte Vierge était Tabbesse^. Bien entendu, cette fiction se prêtait à bien des mièvreries sentimentales : « Que je vous souhaite en Bethléem maintenant auprès de vostre saincte abbesse! Demandez-lui son petit enfançon, et l'ayant, dérobez luy secrettement une de ces petites gouttelettes qui sont dessus ses yeux. Ce n'est pas encores la pluye, ce ne sont que les premières rosées de ses larmes. C'est merveille combien cette liqueur est admirable pour toute sorte de mal de cœur » *. Mais souvent aussi le « doux lait » de cette dévotion se change en un breuvage amer : « Guy da, dit saint Pierre, il nous est bon d'estre ici à voir la Transfiguration, mais vostre Abbesse n'y est point, ains seulement sur le mont de Calvaire où elle ne voit que des morts, des doux, des espines, des impuissances, des abandonnemenls et derélictions... Aymez Dieu crucifié parmi les ténèbres. Dites : Il m'est bon d'estre ici : faysons ici trois tabernacles, l'un à Nostre Seigneur, l'autre à Nostre Dame, l'antre à saint Jean, — trois croix sans plus, — et rangés vous à celle du Filz ou à celle delaxMère vostre abbesse, ou à celle du disciple... )>*. Etaiusi l'on voit que toujours sous les dehors d'un mysticisme accommodant, saint François prêche un ascétisme sévère.
11. — La façon dont il représente et fait concevoir la Vierge offre le même mélange, inconscient, ou le même dosage, voulu. De même encore saint François s'attarde à nous décrire avec une grâce toute poétique et une vivacité pittoresque les premières années de la Vierge, sa présentation au temple, son voyage à Jérusalem. H ne se fait pas scrupule d'imaginer Saint Joachim et sainte Anne veillant sur ses premiers pas avec une sollicitude attentive, et il en fait un joli
1) Sainte Chantai, Xk et Œuvres, I, 411. OEuvres de saint François, Lettres, III, 46 {et noie 2); 111, lil, 145,203,212; IV, 108- 109, etc.
2) Saint François, Lettres, III, 133.
3) Saint François, Lettres, III, 203; cl". III, 89 « Vives, ma chère fille avec le doux Jésus et vostre saincte Abbesse parmi les ténèbres, les doux, les espines, les lances, les derélictions... »; cf. sainte Chantai, (Eurrcs (Mémoires de la mère de Chau^y, I, 411); II, 55-57. Méditations pour la Solitude, 24', « du séjour de la T. S. Vierge au pied de la croix... "
tableaulin : « Quand ils trouvoyent quelque plaine, ils la posoyent en terre pour la faire nnarcher ; alors cette glorieuse infante du ciel eslevoit ses petits doigts pour prendre la main de son papa et de sa maman, de crainte de faire quelque mauvais pas; mais soudain qu'ils rencontroyenl quelque chemin raboteux, ils la prenoyent incontinent dans leurs bras » '. Il entend, il nous fait entendre le cantique que chantent les pèlerins avec « Notre glorieuse dame et maîtresse » : « 0 Dieu, quelle mélodie ! Les Anges venoient pour entendre cette céleste iiarmonie; ilsse penchoyent sur lesbaluslres de la salle de la Hierusalem céleste pour regarder et admirer cette très aymable Pouponne » \ Toutefois l'extérieur graicieux du mystère enveloppe une leçon salutaire que saint François n'omet pas de proposer à son auditeur. La Présentation de Marie est le symbole de l'oblation sans réserve que tout chrétien doit faire de son âme à Dieu ', et elle enseigne au religieux à renouveler ses vœux avec énergie*. On peut trouver aussi que saint François, en ses heures de a tendreté », ne le cède guère au P. Barry courtisant sa divine maîtresse. Le Cantique des cantiques n'a pas trouvé d'exégète plus raffiné, et la paraphrase du verset « Osculeiur me osculo oris sui quia meliora sunt iibera tua vinOy fragrantia inguentis ^^/ optimis », qui sert de texte à un sermon sur l'Annonciation, est une simple transposition de scène amoureuse. « Ce bayser, qui avait été si long-temps refusé et différé, fut accordé... à cette amante sacrée, Noslre Dame, laquelle mérite par excellence au-dessus de toutes les autres le nom d'Fspouse et d'Amante. Il luy fut donné par le céleste Époux au jour de l'Annonciation que nous célébrons aujourd'huy, au mesme moment qu'elle eslança ce soupir très amoureux : qu'il me bayse d'un baiser de sa bouche ! Ce fut alors que cette divine
1) Saint François, Œuvres; Sernoon pour la Présentation (1617), IX, p. 133.
2) Id., IX, p. 127.
3) la., même sermon, 3° point.
4) A partir de 1615 la cérémonie de la rénovation des vœux pour la Visitation fut fixée à la fête de la Présentation (IX, 129-130).
union du Verbe Éternel avec la nature humaine, représentée par ce baiser, se fit dans les entrailles sacrées de la glorieuse Yierp;e'. » Mais ce n'est point là une fade et banale galanterie : c'est le langage des mystiques, celui « de l'amour divin » passionné, qui, lorsqu'il veut s'exprimer, doit emprunter à ^l'amour charnel son vocabulaire et ses images". « La Sulamite, dit Renan, a pris le voile chrétien*. » 11 faut donc se dégager de ces expressions trop sensibles pour découvrir, sous le symbole, l'union indissoluble de Jésus et de la Vierge, modèle achevé de l'union toujours imparfaite entre le Christ et l'Église, l'âme humaine et Dieu'. « C'étoit une liaison de tous les instants, de toutes les pensées et de tous les désirs. » a C'étoit en vérité deux personnes, Nostre Seigneur et Nostre Dame, mais en un cœur, en une âme, en un esprit, car si le lien de la charité lioit et unissoit tellement les chrestiens de la primitive Église que saint Luc assure qu'ils n'avoyent qu'un cœur et une âme, combien avons-nous plus de rayson de dire et de croire que le Fils et la Mère, Nostre Seigneur et Nostre Dame, n'estoyent qu'une âme et qu'une vie. ' »
Ne vivant que de la vie de son fils, laVierge devait mourir desa mort^ C'est la coiiformité au Christ qui explique sa com-
1) Saint François, OEuires, X, p. 42 (25 mars 1621); cf Plan d'un sermon pour la fête de l'Immaculée Conception, sur le texte : Dilectus meus milii et ego illi qui pascitur inter lilia donec aspiret dies ; « Vous voyez que je vay faire un discours tout d'amour (VHI, p. 28) »; cf. Assomption [\\\\, 103-107, texte : Cantique, III, 6; — Assomption (VIII, 376) texte : Cantic, VI, 9. j 2) Sur le langage des mystiques, cf. Montmorand, Êrotomanie des mystiques, Revue philosophique, 1903 (2), p. 382 393.
3) Renan, Le Cajitiijue des cantiques, p. 141. L'exégèse allégorique du Cantique et son application à la Vierge est traditionnelle : on la trouve chez Origène, Theodoret, Saint Grégoire de Nysse. surtout saint Ambroise et saint Bernard dont les Sermons méditatifs sur le Cantique furent traduits par sœur Françoise Oudeau (religieuse du royal monastère «le Saint-Louis île Passy) 1621-1623, 2 vol.
4) Traité de C Amour de Dieu, liv. VII, ch. 13, 1 V : on voit la place que tient ,1a Vierge dans une spiritualité qui a insisté surtout sur l'amour de conformUf^
* avec Dieu.
5) Œuvres, Sermons : Assomption (1602', VII, 4i3.
6) Id., 450 ; cf. Assomption, 1618 (IX, 182).
passion au pied de la croix, sa langueur après l'Ascension, et son passage à la béatitude : « LYime de Nosire Dame estoit jointe en parfaite union à la personne de son Filz; elle estoit collée sur elle, et, paitant, lesespines, les clouz, la lance qui percèrent la teste, les mains, les pieds, le costé de N. S., passèrent encores outre, et outrepercèrent l'âme de la Mère » \ Après la Passion, elle porta longuement cette plaie dont elle mourut : « 0 playe amoureuse, ô blessure de charité, que vous fustes chérie et bien aymée du cœur que vous blessâstes ! » ' Les comparaisons, trop jolies peut être, avec le phénix ou la biche blessée par le veneur sont dans toutes les mémoires, mais ce que l'on oublie trop, c'est que, chez François de Sales, la dévotion à Marie, fut sous une enveloppe amène, une dévotion de mortification et d'amour métaphysique. Saint François en pressentit même le symbole destiné à un trop brillant avenir: le « Sacré cœur »\ F. Strowski signale justement l'influence de saint François de Sales sur tout le xvii^ siècle*, à qui le saint aurait appris la science du cœur et la tendresse : « Tout en respectant le caractère souverain de l'amour de Dieu, ne peut-on pas dire qu'en transportant ce sentiment des hauteurs du ciel sur la terre, les précieux n'ont pas changé la définition qu'on en pourrait donner? On aime la femme comme on aime Dieu » "\ Je m'étonne que^ pour préciser sa pensée, le délicat historien
2) I(i., 447. Le chapitre xiii du livre VII du Traité de l'amour de Dieu est extrait de ce sermon.
3) Les apôtres du Sacré Cœur aiment à citer la fameuse lettre du 10 juin 1611 (OEuvres : Lettres, V, 63-64) : « Notre maison delà Visitation est par sa grâce asses noble, et asses considérable pour avoir ses armes, son blason, sa devise et son cri d'armes. J'ay donc pensé, ma chère mère, et vous en estes d'accord, qu'il nous faut prendre pour armes un unique cœur percé de deux flèches, enfermé dans une couronne d'espines, ce pauvre cœur servant d'enclaveure à une croix qui le surmontera et sera gravée des sacrés noms de Jésus et Marie... car vrayement nostre petite Congrégation est un ouvrage du cœur de Jésus et de Marie. »
4) Strowski, Saint François de Sales, Conclusion.
5) Id., p. 308.
n'ait pas songé à la Femme singulière dont le culte tempérait l'austérité pieuse d'une ineffable douceur, la Vierge Marie. Sans doute, « être dévot, c'est aimer », mais n'oublions pas, dans le même sentiment et le même sens, l'équation trop ingénieuse de saint François : « aimer c'est Marie, Marie c'est aimer » '.
III. — On devine déjà que saint François, — moins « opti- ^ miste en théologie )>' que ne l'affirme Sainte-Beuve. — ne partage pas pleinement, sur la miséricorde et l'intercession de la Vierge, les idées chères au moyen âge et endossées avec complaisance par ces écrivains jésuites que nous avons étudiés. Assurément il invite ses auditeurs h « ne pas contreroller avec leur petit entendement, quand l'Église doniie à nostre glorieuse Maîtresse des titres excellents » (( car il y a plusieurs noms qn'Elle n'a pas seulement en apparence et similitude, mais en vérité, comme Mère de Grâce, Mère de Dieu, et par conséquent Reyne des Anges et Impératrice du ciel et de la terre, Advocate des pécheurs, xMère de Miséricorde » '. Assurément il a su célébrer le tromphe et la magnificence « de cette glorieuse vierge qui surpasse en excellence les \)\n^ hauts séraphins » * ; — mais avec un louable souci de ne pas olîenser les consciences scrupuleuses, il explique et précise ces termes mêmes, sujets de controverses incessantes avec les protestants. « Le Sauveur est advocat de justice, car il plaide pour nous, produit nos pièces justificatives qui ne sont autres que sa rédemption. Mais la Vierge et les saints sont advocatz de grâce; ils supplient qu'on nous pardoime, et le tout par la Passion du Sauveur; ils 71 ont pas pour monstrer de quoy nous justifier... bref ils ne joignent pas leurs prières à rinlercession du Sauveur, — car elles ntî sont pas de mesme qualité, — mais aux
1) Saint François, Œuvres, sermon sur l'Assomption, VII, p. 451.
2) Saintt^-Beuve, Port Roi/aL, 1, 226.
3) Œuvres, Sermon pour la fôle de Si«inl Pierre, VJI, 40.
4) /'/ , Sermon pour l'Assomption, VII, \')6, 440; cf. Assomption t6i8;, IX, 184; Présentation (1620), IX. 3S4 ; Lettres, V. 258.
nostres. Si Jésus Christ prie au ciel, il prie en sa vertu, mais la Vierge ne prie que comme nous en la vertu de son Filz, mais avec plus de crédit et de faveur*. » Aussi saint François, après ces exactes distinctions et définitions, n'est-il 'point tendre pour ces chrétiens superstitieux « qui vont demander à une telle et si grande vierge des bagatelles, par exemple d'estre plus riche, plus belle, et semblables niaiseries )) '. Ce n'est pas que 1' « entremise » de Notre Dame soit inutile : elle est, au contraire, autorisée, prescrite, par un commandement divin; « le Sauveur a voulu et ordonné que nous nous servissions de son invocation » ; seulement, si le chrétien se doit adresser à elle, c'est « pour obtenir du Filz, » non pas des dons spirituels, desquels ce n'est pas elle qui est la source, mais bien « le divin esprit ».
Quant au culte lui-même rendu à la Vierge, saint François voudrait que l'on se gardât « de deux hérésies conlraires qui ont esté contre le juste honneur de Nostre Dame. « L'une pour l'excès, qui nommait Notre Dame déesse du ciel et lui offrait des sacrifices, et celle-ci fut maintenue parles Collyridiens*. L'autre parle défaut, qui rejetloil l'honneur que les Catholiques font à la Vierge, et celle-ci fut des Antidicomarites *. Les folz tiennent toujours les extrémités et sont contraires ensemble. L'itglise, qui va tous jours par le chemin royal ai se tient dans le milieu de la vertu, remonstre aux
1) Œuvres, Sermons : pour l'Assomption, VII, 459; cf. Baillet : La dévotion à la Vierge (1693), p. 29 (édition de 1712): distinction lliéologique entre le mérite « d'excellence » « de pleine condignité » et le mérite « de convenance » (de cocigruo). Cf. De la Broïse, Vie de la sainte Vierge (collection des Saints. LecofTre, 3' édit., 1904), p. 171.
2) Œuvres, Sermons : pour la Visitation, IV, 74. « Il n'y a point de doute que nous ne puissions demander à Dieu par l'intercession de Nostre Dame non seulement les biens spirituels tels que les vertus, mais aussi les temporels. «
3) Secte, dénoncée par saint Epiphane {Haereses, LVIÎI, LIX) et qui rendait à Marie un culte singulier, lui offrant un gâteau comme à une déesse.
i) Nom donné à des hérésiarques sectateurs de Paul de Samosate. Nestorius Jovinien, Helvidius au iv» siècle, qui niaient la virginité perpétuelle de la Vierge ; cf. saint Jérôme, Liber adversus Helvidium de perpétua vlrginilate B. Muriae (Migne, Pntr. lat., 23, 183-206).
uns que la Vierge est une créature, mais si sainte. . . qu'on ne peut bien aymer le Filz que, pour l'amour de luy. on n'ayme extrêmement la Mère... » Et aux autres elle dit : *( Le sacri- « fice est le suprême honneur de lalrie, qui ne doit être porté « qu'au Créateur, et ne voyez-vous pas que la Vierge n'est pas « la créatrice, mais une pure créature quoy que très excela lente*?., wllne faudraitpasconclurequel'hyperduliemarialo relègue àrombreFadoralion du Christ'. Saint Françoisrépond à ce grief protestant. Notre Dame n'est pas une rivale pour son Fils% mais une humble servante qui protège le culte du Seigneur. « De la dévotion à Notre Seigneur naist tout incontinent celle de sa très sacrée Mère, et nul ne peut aymer /'w/z sans Vautre »». Etre dévot à Marie, c'est Timiler, et réaliser le Christ en soi-même, en vertu de la liaison métaphysique de la mère et du fils : ce n'est pas porter un chapelet à la ceinture, et « en dire quantité sans faire autre chose; » * mais c'est pratiquer l'humilité etlacharilé, — dontlafête de la Visitation^ donneune si salutaire leçon, —robéissanceàlavolontédivineV
1) Œuvres, Sermon pour TAssomption (1602), VII, 458 ; cf. Sermon pour ia Visitation (X, 72) « Aussi bien qu'on doive à la sacrée Vierge un culte et un honneur plus grand qu'aux autres saints, néanmoins il ne faut pas qu'il soit égal à celuy que l'on rend à Dieu. Je dis cecy pour réfuter l'hérésie de quelquesuns lesquels ont voulu soutenir qu'il la falloit honnorer en la mesme façon que N. S., ce qui est faux, car on doit adorer Dieu seul... » La théoloijie catholique dislingue, on le sait, le culte de latrie rendu à Dieu spuI, le culte cChyperdulie rendu à la Vierge, le culte de thdie rendu aux saints.
2) Cf. Traité de V amour de Dieu cité par Camus. Esprit de aaint François (IV" partie, ch. xxv « Qui veut plaire à Dieu et à Notre Dame fait bien, fait très bien; mais qui voudrait plaire à Notre Dame autant ou plus quà Dieu commettrait un dérèglement insupportable. »
3) Œuvres, Sermons, Notre Dame des Neiges, IX, 96 : • Ceux qui ne sont pas avortons du christianisme aymentceste dame, l'honnorent, la louent en tout et partout; Bealam me dicent... » (Sermon pour la Pentecôte, 6 juin 1593, Vil, p. 29).
4) Œuvres, Sermon pour l'Immaculée Conception, X, p. 400.
5) id,. Sermon pour la Visitation (1621), X, p. 63: cf. X, 65, diatribe contre le « désir de paroistre » (X, 68) ; cf., sermon pour la Purification, I.X, 252-255.
6) lit,. Sermon pour la Purification, IX, 257 sq.. (2* fioinl); pour la Présentation, IX, 39 1 sq.
— qu'enseigne au chrétien la Purification de Marie ; — la patience et la bonté, verdis humbles mais solides, qualités essentielles de la vraie dévotion, laquelle n'est pas un rêve héroïque de perfection rare, mais une lente ascension spirituelle dans le train ordinaire de la vie. D'ailleurs, de ces fruits moraux de la dévotion bien entendue à la Vierge, l'existence cachée de celle-ci, autant que les textes bibliques en parlent, n'est-elle pas l'image? Notre Dame fut a une très parfaite religieuse )). Voici sans doute la a chambrette » de la Vierge qui , chez saint François de Sales, réapparaît; mais sur un autre ton que chez les Imaginatifs Jésuites dont nous citions tout à l'heure les petits tableaux, u Marie fut trouvée toute seule dans sa chambrette quand l'ange la vint saluer : ... les Religieuses que font-elles autre chose sinon de se tenir dans leurs chambres? >*. Elle en eut toutes les vertus sans en porter le nom^ Protectrice spéciale des Vierges, « celte grande doctoresse » les guide encore dans les voies de la Contemplation, dont (c elle a puisé la science dans le cœur mesme de son fils »'.
Quand nous retrouverons ces idées chez les auteurs mystiques que nous allons étudier maintenant, nous nous rappelilerons que saint François de Sales les avait indiquées. Sans doute sa piété abonde et surabonde en onction, en tendresse filiale et en poésie gracieuse. Extérieurement elle ressemble souvent à celle des Jésuites; mais elle a plus de réserve; elle a, déjà, cette pratique sagesse dont l'Oratoire, le Garmel et les premiers Jansénistes allaient suivre les indications pour s'élever à une dévotion plus robuste, dégageant des liens, — des bandelettes du moyen âge, — ce culte de la Vierge, qui est une des conséquences logiques du dogme catholique.
V\ id., Sermon pour l'Annonciation, X, 49.
2) Id., X, 57; cf. X, 60 « il y a quelques docteurs qui tiennent qu'elle a institué des congrégations de Filles et qu'estant allée à Ephèse... elle en dressa une à laquelle elle donna des Règles et Constitutions. »
3) Id., Sermon pour l'Annonciation, X, 49,