CHAPITRE m L' Oratoire : Bérulle
I. — Le renouvellement de la dévotion à la Vierge fut l'œuvre d'une cono^régation dont on a récemment mis en lumière le rôle dans l'épanouissement de la vie religieuse en France au xvii' siècle : TOratoire, fondé le 10 novembre 1611 par le Père de Bérulle sous les noms de Jésus et de Marie \ Le réveil du sentiment religieux à la fin du xvi^ siècle se manifesta en partie par un retour à la vie intérieure. Des âmes délicates, à qui la puérilité de certaines effusions sentimentales était suspecte, se mirent à puiser dans la méditation quotidienne des vérités de la foi la doctrine grave et austère qui nourrissait leur piété. L'adoration remplaça la familiarité. Ces âmes eurent entre elles un air de ressemblance : il exista une teinte spéciale de dévotion, une nuance « oratorienne, » que la sévérité janséniste adopta en la taisant plus sombre. L'établissement des Carmélites en France', et leur rapide
1) Les armes de la congrégation furent les noms de Jésus et de Marie entourées d'une couronne d'épines (Helyot, Histoire des ordres monastiques religieux et militaires^ 1727, VIII, 6» partie, ch. viii, p. 63). En 1625, l'Oratoire comptait déjà 50 maisons et de nombreux collèges. Cf. VOmtoire en 1626-1627, de l'abbé Houssaye, m, 228 sq. On ne saurait trop recommander l'ouvrage de Tabbé Houssaye, M. dt^ Bérulle et les CarmtHites (1575-1611) ; Le P. de Bérulle et COratoire (1611 1625), le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu. 3 vol. 1872-1875; on se mettra en garde cependant contre la tendance au panégyrique.
2) Le 15 octobre 1604, date dft leur entrée à Paris ; les principaux auteurs de cet établissement furent le P. do Bérulle, M°>« Acarie et les assidus de son cercle, dom Beaucousin, M. de Breligny, Gallemant; Asseline, qui prit, en 1605, l'habit des Feuillants sous le nom de frère Kustache de Saint- Paul ; Duval, docteur en Sorbonne... (Cf. Chrmi(/uc. de VOrdre de^ Carmélites^ 1846, tome I. Cf. E. de
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extension*, la réforme de Port-Royal commencée en 1008 par la mère Angélique Arnaud sont, entre beaucoup d'autres, des manifestations de ce même esprit qui retint souvent saint François de Sales aux fameuses réunions du cercle Acarie. Bérulle s'efforce de réaliser dans sa piété l'union de la raison et du cœur. « Aux scolastiques il emprunte la précision des termes, l'exactilude de l'analyse, lalogique des déductions ; aux Pères il demande la flamme, l'onction et la doctrine de la Vie'. » C'est dans une contemplation savante qu'il trouve l'aliment de ses élévations mystiques, mais il sait éviter la sécheresse de la ratiocination dogmatique : sa science se tourne toujours à aimer. Entre tous les mystères, celui de Tlncarnation fut pour lui une véritable hantise. U mérita d'être appelé parle pape Urbain VllI « l'apôtre du Verbe Incarné ». En février 1623, il publia les Discoiii^s de r Estât et des grandeurs de Jésus par l'union ineffable de la divinité avec lliumanité^ traité de l'Incarnation « oij les sentiments mystiques se grelîent sur la doctrine de saint Thomas comme on voit des fleurs délicates s'épanouir sur un arbre au tronc noueux et fort » \ Adorer le Verbe, c'est considérer Jésus en lui-même*, -'dans sa relation filiale avec le Père Eternel, et dans l'hommage que rend à l'essence divine son humanité sainte. Cette liaison fait toute la noblesse de la condition mortelle de l'homme appelé, comme membre du Christ, à consommer en lui la divinité. Les prêtres sont de nouveaux « oints » que la grâce sacerdotale élève, à l'exemple du premier prêtre, de « Jésus pontife, » au ministère de la souveraine adoration. Aussi la Congrégation de TOratoire était-elle spécialement vouée à « l'étal divinement humain » de Jésus dont elle célébrait la
Broglie, Marie de llncarnation (Madame Acarie) p. 100-104 (collection des saints). Sur le cercle Acarie, cf. Houssaye, I, ch. vrii, 200-221.
1) Premières fondations : Pontoise, 15 janv. 1605, Dijon, 28 oct. 1606, Tours, 1608, Rouen, 1609;... en 1667 on comptait 63 maisons.
2) Abbé Houssaye, Vie de Béndie, II, 249.
3) R. P. Sernin Marie de Saint-André, Vie du vénérable frève Jeun de Saint- Samson^ 1881, p. 194 sq.
4) Beaucoup plus qu'en ses opérations ou en ses bienfaits.
solennité le 28 janvier'. Or cette liaison de l'homme à Jésus- Sauveur et du ministre sacré à Jésus-prêlre, nous en trouvons l'exemplaire chez celle qui, mère du Christ parla chair et par l'esprit, a vécu avec lui dans une société intérieure, condition même de la résidence en Dieu : « Au regard de Jésus est donc indissolublement lié le regard de Marie en ses grandeurs ou plutôt en l'état de sa maternité divine, cause première de tous ses privilèges ». C'est ainsi que le traité sur les grandeurs de Jésus s'accompagne, dans les conceptions de
' BéruUe, de toute une théologie mariale/.
Cette pénétration donnait, on le comprend aisément, au culte de la Vierge, une base solide pour des développements futurs. « Jamais, dit l'historien de BéruUe, on n'avait lié les âmes à elle avec un sentiment plus profond de ses droits fondé sur une conception plus haute de sa dignité, et cela, non plus simplement dans des effusions du cœur, mais dans des discours pleins de raison, de doctrine, et dont l'hérésie même ne pouvait ébranler les assises sans nier ses propres principes, car avec une inexorable logique, il ramenait toujours tout à l'unique fondement du Verbe Incarné'. ^) C'est vers la même époque qu'une mystique trop oubliée du
^xvlI*' siècle, Jeanne de Matel (1596-1670), «. la voyante du Verbe Incarné, » fonde à Roanne sa Congrégation', et, (( théologienne éloquente et subtile, >> ' enrichit, elle aussi,
1) Je résume le deuxième discours, IV, 163-166 (je cite les œuvres de BéruUe d'après l'édition Migne, 1856). Cf. Œuvres de piété, 87. Col. 1070-1072. Cf. aussi : dans l'édition des Œuvres du cardinal de BéruUe donnée en 16H, par le P. Bourgoing, une excellente introduction reproduite par Migne, sur la doctrine du fondateur de l'Oratoire.
2) Dans notre exposition nous utiliserons aussi la seconde partie des discours de VEslat cl des grandeurs de Jésus en laquelle commence la vie de Jésus, Paris, 1629; nous citerons d'après l'édition de Migne.
3) Houssaye, II, 254.
4) Ses ouvrages demeurent inédits : Hello en a publié deî5 extraits (1870). L'abbé Penaud, dans la Vit! de la Vénérable Jeanne de Matel, Paris, Lecoiïre, 2 vol., 1883, a plus complètement exploré les manuscrits et en annonçait une édition.
5) Huysmans, la Calhédmlc, [). 13S. et p. 47. lluysmans eùl voulu remellre celle mystique en honneur.
de la méditation de ce mystère son ardente piété envers Marie. 11. — Ne croyons pas d'ailleurs que Bérulle etlesOratoriens j fussent moins prodigues des pratiques pieuses que les Jésuites et les Dominicains. Ce serait mal connaître le « congréganisle » qui, au collège de Clermont ornait et balayait la chapelle de Noire Dame ', — le fondateur qui, confiantenla mystérieuse intervention de la Vierge dans les entreprises humaines, envoya à Lorette deux oratoriens mettre la congrégation naissante sous sa protection' et conseillait aux supérieurs d'adresserà Marie, dans leurs difficultés, « des prières extraoïdinaires », en vertu de cette conviction, ancrée en lui, que «c'est un des pouvoirs annexés à la souveraineté delaTrès Sainte Vierge de dissiper les nuages qui s'opposent aux desseins et aux œuvres de son fils sur la terre » \ Nourriture de Taclivilé chrétienne, selon Bérulle. la dévotion à Notre Dame ^est aussi, dans sa pensée, une réponse à l'hérésie : « Il semble que Dieu ait agréable que le triomphe de l'Église contre l'hérésie moderne commence par sa Très Sainte Mère, combattue par icelle qui ira la terrassant en toutes ses parties^ ». Et voilà pourquoi il établit à Saumur une confrérie fameuse, dans Téglise de Notre-Dame-des-Ardilliers, qui fut confiéeàlagarde des Oratoriens % — consacre spécialement certaines maisons à la Vierge comme celle de Notre-Dame-des-Grâces en Provence \ — institue la fête des grandeurs de Marie, paral-
1) Houssaye, Vie de Bérulle, I, iO'l ; cf. Cloyseault, Généralals du cardinal de Bérulle et du P. de Condren^ 1882, p. 81 : <t II ne sortait jamais de la maison pour aller en ville qu'il ne s'offrît à J.-C. devant le Saint-Sacrement et ensuite à la Vierge dans sa chapelle et, quand il retournait, il rendait à l'un et à l'autre les mêmes devoirs. »
2) Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire ^ (par l'abbé Ingold), 1902, I, 74.
3) Bérulle, Œuvres (Migne) col. 1475.
4) Œuvres, (œuvres de piété, 93), col. 1102 : Desseins de Dieu sur la dévotion de l'Église à la Vierge et pourquoi la Vierge est appelée communément Notre- Dame.
5) Petite bibliothèque oratorienne, 1" série, III, V Eglise de Notre-Dame-des • ArdiUiers de Saumur; Haraon, Notre-Dame de France, IV, 274 sq.
6) Fondée en 1599, elle se réunit en 1614 à l'Oratoire de Paris; Bérulle
lèle à la solennité de Jésus ', multiplie enfin, dans ses lettres aux Carmélites* et dans les ordonnances* qu'il leur laissait à l'issue de ses visites *, les conseils et les obligations précises au sujet de la dévotion à la Vierge. Mais ces pratiques seront '(( intérieures et spirituelles, aucunement extérieures et sensibles »; chaque Carmélite aura soin « de choisir un temps exprès et un lieu propre pour faire cette action avec récolleclion et disposition et d'y adjoindre quelques prières vocales, bien que brièves, à cette intention » '. Cette dévotion, ^ qui sera grandement cultivée et soigneusement entretenue dans les âmes, » il ne songe pas à la représenter comme une province isolée dans le royaume de la piété chrétienne : la pratique quotidienne et la méditation mystique se rejoignent. (( Jésus et Marie sont si étroitement liés ensemble que nous ne devons point les séparer en nos dévotions » \ a Jésus et la Vierge », « Jésus et sa sainte Mère, » sont des expressions qui reviennent constamment sous sa plume, car sa réflexion unissait toujours ces deux concepts.
(lettre 23 juia 1614) « tenait à bénédiction que la première maison que se liait avec la sienne fût spécialement dédiée au culte de la Vierge ».
1) Elle se célébrait le 17 septembre.
2) Lettres aux religieuses de l'ordre de Notre-Dame du mont Garmel, Paris, 1628. Œjuvres complètes (Migne), col. 1331-1452.
3) Ordonnance portée dans une visite à un monastère de Carmélites en 1615. Ordonnance faite dans une visite à un couvent de Carmélites en 1618, Œuvres complètes (Migne), col. 1312-1332. Cf. « Ordonnance delà première visite qup j'ai faite dans ce monastère de Paris dit de l'incarnation qui fut le 18 aoùi 1614 » (Houssaye, II, 102, note 2). Bénille ordonne des prières, des jeûnes, des communions, des oblations en l'honneur de Marie, le silence à l'imitation de Marie (col. 1316).
4) Il ne faut jaraiis oublier que l'histoire du Carmel et celle de l'Oratoire sont parallèles; le P. de Bérulle était général de l'Oratoire et visiteur général du Garmel.
5) (Euvres (Migne) ordonnance de 1615, col. 1313.
6) GEuvres, col. 457 » Parler de Marie est parler de Jésus et honorer Marie, c'est honorer Jésus, et même c'est honorer Jésus au plus grand de ses œuvres. » F'ormules èpistolaires ; « Jésus et sa très sainte .Mère soient avec vous pour jamais » (col. 1372). « Je suis au (ils et en la Mère Votre... » (col. 13771). Cf. col. 1359: « Je vous souhaite l'esprit de la Vierge, mère de Jésus »H l'esprit de Jpsus son li!s et (ils de Dkmi tout on>^piiii>K>. »
III. — Tout d'abord h l'idée d'homme-Dieu correspond aiissitôl celle de « Mère de Dieu » : sans être insensible à la tendresse adeclueuse que le souvenir de la crèche imprime ^dans les cœurs, Bérulle s'attache plufôt à analyser l'idée de maternité divine, et à mettre en lumière la grandeur, la dignité suprême qui doit résulter rationnellement de cette qualité de « Mère de Dieu »*. La méthode habituelle qui le guide en ses méditations consiste, soit à mettre en parallèle les préroo^atives de la Vierge avec celles de Dieu, soit à « enchâsser ))* un de ses attributs dans une série d'attributs divins. Ainsi il y a trois « fécondités » divines : u la técondité du Père éternel engendrant son Fils dedans soi-même, son Fils égal à lui, éternel comme lui et Dieu comme lui ; — la fécondité du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit et terminant en la divinité les émanations divines; — la fécondité de la très Sainte Vierge engendrant nouvellement le même Fils unique de Dieu et produisant un homme-Dieu au monde » '. Celte fécondité de la Très Sainte Vierge est associée et comparée à la fécondité divine : « Le Fils unique de Dieu, ayant à naître une seconde fois, est n'àis?>a.nl par amour en la Très Sainte Vierge, de la substance delà Vierge, comme il est naissant par la connaissance au sein du Père, de la substance du Père » *. Notre auteur décrit longuement les qualités, les résultats de ces deux émanations semblables, \di paternité divine et la maternité divine : « en Tune sont encloses toutes les merveilles de la naissance divine du Fils de Dieu, en l'autre sont comprises les merveilles de la naissance humaine de ce même Fils de Dieu ». Or la maternité de la
1) « J'ai peur ici qu'il y en ait qui parlent et pensent si bassement d'un sujet si digne, en un œuvre si proche de Dieu et si supérieur à la nature. Ils ne regardent presque que la nature, comme esprits bas et bien diiïérents de cet ange lequel ne parle que de moyens divins, de la vertu du Très-Haut et de l'environnement du Saint-Esprit » {(MavreSy col. 471).
2) L'expression est de Bérulle, col. 450. 3j Œuvres y col. 372.
4) Id., col. 373-374 : le développement parallèle se poursuit non sans quelque prolixité, mais en se précisant davantage.
Très Sainte Vierge prend son origine, son lustre et son autorité de la paternité divine de Dieu le Père : « Que dirai-je de vous, ô Vierge sainte? Dieu vous fait mère de celui dont il est père î Dieu vous élève et en la terre il vous fait mère sans père de celui dont il est au ciel le père sans mère »'. Le Verbe aurait pu venir sur la terre « par voie de grandeur et de puissance et non par voie de naissance et d'enfance ». Jésus ne serait point alors Fils de l'homme et la Vierge ne serait point la Mère de Dieu : et ainsi, « cette qualité de mère de Dieu n'a son existence que dans le mystère de l'Incarnation et a sa dépendance dans le Verbe Incarné et dans le Verbe Incarné par naissance »*. Que maintenant, descendant de ces affirmations et déductions singulièiement abstruses, BéruUe revienne à Nazareth, à Bethléem, l'humble étable ne pourra plus être, pour lui, un simple thème d'attendrissement : elle sera un sujet de méditation et d'admiration métaphysique* : « 0 Trinité, je vous adore et en vous même, et en vos œuvres, et en cet œuvre de vos œuvres. Je vous adore et dans les cieux et dans Nazareth. J'adore votre sacrée solitude, et je l'adore en votre Essence et en la cellule de Marie *. »
IV. — Marie est mère de Dieu : qu'est-ce à dire? Et quel est le sens, dans l'ontologie divine, des» secrets quise passent dans le corps immaculé de la Vierge sainte ? » Cela est à dire que « Dieu veut habiter en elle d'une façon éminente et singulière » ". C'est bien en etîet un inelYable re[)Os, analogue à son repos éternel au sein du Père, que Jésus goûte en Marie.
1) Œuvres, col. 375.
2)/(i., col. 376.
3) Id., col. 377. « S'il m'est permis de comparer ce qui est incomparable, il me semble que je trouve et adore une plus grande puissance en sa naissance qu'en sa soulTrance, en la crèche qu'en la croix, en Nazareth c^u'au Calvaire. Car la puissance du Calvaire et de la Croix l'ait des enfants adoptifs de Dieu, mais l'œuvre de Nazareth et de l'étable de Bethléem fait une mère de Dieu >». Le mystère de Vlncarnatioii semble ainsi remporter, à ses yeux, sur celui de la Rédemption.
4) Œuvres, col. 466-467.
6) Id., col. 378.
Ainsi conçue comme une mystérieuse convenance de l'Klre divin, la a résidence de Jésus en Marie » fut une des plus tendres dévolions de l'Oratoire • : en devenant Mère de Dieu, la Vierge « est un ciel en la terre et un ciel animé, un ciel que Dieu a fait pour porter un soleil plus luisant que celui qui nous éclaire. Un ciel îiouveau pour une terre nouvelle et un ciel empyrée oh reposera dans peu une gloire plus haute que celle des bienheureux )j '. La Vierge est donc un « paradis )) \ que Bérulle compare au paradis terrestre préparé autrefois pour Adam : mais ce nouveau paradis, « préparé à Jésus » , est d'autant plus sublime que l'œuvre miraculeuse de llncarnation l'emporte sur celle de la Création.
Ce paradis est un repos, un « sabbat » de la divinité*. Le Christ, dans sa vie publique, souffrira du contact cruel du péché : il n'y a que son séjour en Marie qui soit « sans amertumes, » « car il n'y a point de péché en Marie, et c'est le péché seul qui angoisse et fait mourir Jésus ». Passons sur le souhait bizarre que cette pensée inspire à Bérulle : « Je voudrais volontiers, si je n'avais égard qu'à Jésus, que Jésus fût toujours en elle et ne vînt point en cette terre misérable, oh il ne trouvera que péchés, et, enfin, une croix et un calvaire, une mort et un sépulcre » '. Notons surtout l'idée qu'en des développements prolixes, Bérulle analyse ; — l'idée de cette fusion mystique, de (^ ce tlux et retlux admirable de vie et d'amour qui est entre Jésus et Marie )>'.
1) Bourgoing, Introduction aux Œuvres (Migne), p. 99-100.
2) Œuvres (Migne), col. 468.
3) Id., Vie de Jésus, ch. xix, col. 469.
4) Celte idée fut développée avec complaisance par beaucoup de mystiques ; ainsi Jeanne de Matel célèbre les « trois sabbats de Dieu », le troisième sabbat est en la Vierge » (Hello, Œuvres choisies, 77-95). Cf. Bérulle, col. 469: w Jésus a ses délices en elle, et il sera en elle pour neuf mois entiers, et puis il sera avec elle trente ans durant. Et il n'aura hors de la Vierge que croix, et douleurs, et abaissements, et n'aura son repos et ses délices sur la terre qu'en elle et avec elle. »
5) Œuvres, col. 1003, même idée, Vie de Jésus, ch. xxvin, col. 493-494,
6) Œuvres, col. 381, cf. Vie de Jésus, ch. xxviii. L'occupation de la Vierge avec Jésus est « ravissante et perpétuelle » (col. 493-498) ; ch. xxix, Les occupations de Jésus en la Vierge au regard de la Vierge (coi. 498-503;.
Passons aussi sur le mauvais goût qu'il n'évite pas toujours*; il a du moins le mérite de comprendreque ces induelions et déductions de haute mysticité veulent, dans leur expression, le plus de sobriété possible : « Ce point est si tendre et si sensible qu'il doit être plutôt célébré par le cœur que par la langue. Aussi est-ce un mystère de cœur et la langue ne peut exprimer ces douceurs et ces tendresses »'.
Y. — Destinée à être la Mère de Dieu et le paradis de iJésus, Marie fut donc tobjet du7i choix : et c'est là le secret de son excellence,
La conduite de Dieu sur elle est singulière. Il la comble de grâces dès sa conception; il la sanctifie dès son enfance; il la séquestre du monde et la consacre à son temple : « Là, en sa solitude, il la garde, il l'environne de sa puissance, il l'anime de son esprit, il l'entretient de sa parole, il l'élève de sa grâce, il l'éclairé de ses lumières, il l'embrase de ses ardeurs, il la visite par ses anges... Dieu est et agit en elle plus qu'elle-même »*. b^ntre son esprit et celui de Dieu c'est « un concert sacré ». « Les années coulent, les grâces augmentent », jusqu'au jour où le Père Éternel, épuisant ses trésors, ses faveurs, ses merveilles, lui demande par le ministère de Gabriel son consentement à la rédemption des hommes. On ne peut résumer ces premiers chapitres de la Vie de Jésus, trop chargés peut-être de répétitions, de négligences, de contournements incessants et de redites, mais, étant admise la légitimité de cette exégèse hypothétique, singulièrement curieux. En des pages exquises, Bérulle nous décrit minutieusement les états d'âme, u les occupations » de la Vierge à l'arrivée de l'archange, « pendant le pourparler », et à l'issue* des dernières paroles. Il
1) « Jésus esl un soleil et la Vierge est une planète qui a ses mouvements à Teiilour de Jésus. » (col. 494). « La Viert^e est un temple plus jrrand et plus aiigasLe. il n'y a que son Fils «jui ait la toise en main pour en prendre les mesures... » (col. -iOô).
'2) Œuvres de piété, col, 1002.
3) (EuvrcSy Vie de Jésus, col. 4:^1.
4j ilEuvriS, Vie de Jésus, ch. vu. Son état et son occupation à l'arrivée de
suit (( les mouvements, la conduite, Tordre et le progrès » de la grâce en elle et de sa souplesse à y correspondre : ce n'est pas une languissante paraphrase du récit évangélique, une amplification éloquente, c'est une humble confession où une âme mystique nous livre le secret de ses méditations propres ; c'est aussi une étude dont les éléments sont évidemment fournis à Bérulle par ses entretiens pieux avec les saintes recluses du Carmel et par les confidences que lui font en abondance ces âmes de femmes éprises, elles aussi, de Jésus. Dans l'allente du Verbe Incarné, la Vierge éprouve le ravissement des âmes amoureuses du divin maître : « Là elle gémit sur les péchés de Tunivers esquels elle n'a aucune part. Là elle languit après la venue du Messie... Là elle se joint aux vœux des justes et soupire après la présence du Messie sur la terre. Là elle se sent éprise d'un désir merveilleux de le voir et servir en ses jours. Là elle entre en espérance de le voir, l'adorer et servir au monde. Là Dieu lui répand une nouvelle grâce, une qualité divine, une infusion céleste... »'. Pendant celte « élévation » de Marie, un ange est envoyé sur la terre. « Suivons le pas à pas, et voyons comme il va, non à Rome la triomphante, ni à Athènes la savante, ni à Babyione la superbe, ni même à Jérusalem la sainte. 11 va en un coin de la Galilée, à une bourgade inconnue... Mais dans ce Nazareth il y a une maisonnette qui enclôt le trésor du ciel et de la terre,., et dans ce petit lieu il y a une Vierge plus grande que le ciel et la terre ensemble, Vierge choisie de Dieu pour comprendre l'incompréhen-
l'ange (col. 436-438) ; ch. x, l'humble disposition de la Vierge au reg-ard des premières paroles de l'anode : « Voici l'état de la première rencontre de l'ange avec la Vierge qui mérite d'être considéré » (col. 442-44i-) ; « ...c'est la première disposition de la Vierge durant ce colloque... » (col. 443), cf. « Combat secret (col. 443) entre la Vierge et l'Ange » ; ch. xiv : Les derniers propos de l'ange à la Vierge (col. 453-455); ch. xv: Les derniers propos de la Vierge et sa disposition lorsqu'elle les profère (col 455-459) ; ch. xvii : L'excellent état de la Vierge à l'issue des derniers propos qu'elle a tenus à l'ange... (col. 461-464), 1) Œuvres^ col. 437-438.
sidley)'. Quelques mots lui suffisent à localiser la scène: Bérulle aurait un scrupule à isoler le détail matériel ou à s'attarder en une description simplement curieuse, tandis que de longs commentaires n'arrivent pas h épuiser ïinfér'ieiir du mystère. Et dans ces commentaires, nous saisissons . bien la méthode de mysticité ratiocinante et toujours préoc- '/cupée de morale, qui sera la marque des Itiéologiens du xvn® siècle, et qui est celle de Bérulle : les prérogatives de la Vierge, les qualités que lui reconnaît la traditionnelle piété, il les insère dans la formule même du mystère dogmatique. L'humilité, la prudence et la paix sont u lès fruits doux et délicieux de ce divin colloque » *.
Toutefois ce qu'il entend surtout dans « ce devis secret et solitaire de Marie et de l'Ange », c'est un hymne à la Virginité*. L'évangile du Père Éternel à Marie est « un évangile de pureté » '. « C'est une chose digne et bienséanle... que le monde apprenne cette vertu et en reçoive la première odeur par les premiers propos de Marie ». « C'est une espèce de triomphe à la Virginité d'être célébrée dans les premières paroles de l'Évangile et d'être établie comme en un trône à la face de Dieu et de ses anges ». « La Virginité est incorporée dans l'état de ce nouveau mystère, » elle est « enchâssée daiis le mystère même de F Incarnation •" ».
1) Id., col. 437 : On remarquera le mouvement de ces périodes, un quart de siècle avant Bossuet.
2) Œuvres, coi. 464.
3) Cf. (Euvres^ Vie de Jésus, cli. x.. : et co^itabat qualis esset ista salutatio; «< Prenons plaisir de voir l'état de ce combat céleste, c'est un corah.it entre deux anges et deux vierges : car les anges sont des viert/es sans corps (dit un ancien) et les vierges sont des anges en un corps. » (col. 443).
4) Evangile selon saint Luc, I, 26-38.
5) Œuvres, Vie de Jésus, ch. xiu : Défense de la Vierge accusée de défaut en la foi par les infidèles de ce siècle (col. 450). On voit que de Bérulle ne perd pas de vuo la controverse, cf. ch. xi : L'excellence d»^ la salutation angélique contre l'impiété des heréli(|ues ; cf. (Eurrrs lif poli*miqui\ discours IV, Sur la conférence selon le narré du sieur Dumoulin. De la salutation angelique et de l'invocation des saints (col. 734-738).
Et de cette vue de Bf'îrulle théologien, Bf^'rnlle directeur du Carmel s'empare... a C'est cette parole [de l'Ange] qui a foriTif^ dans l'état de .I«'»sns une des plus digne troupes du royaume de Jésus », la « troupe florissante des Vierges, qui le suivent et l'accompagnent en tous les pas de sa vie, jouissant du privilège de sa suite, de son amour, de sa familiarité ))'. Bérulle la connaissait bien, pour s'entretenir quotidiennement avec elle, celte compagnie chère et intime h Jésus, « qui suit Jésus partout comme sa domestique », et dont la Vierge de la Salutation angélique est le prototype.
Nous découvrons évidemment ici le principe de cette dévotion spirituelle de TOratoire et du Carmel qui exalte la grandeur de Marie moins, comme l'avait fait le moyen âge, dans les efTets miraculeux de sa puissance et de son intercession — que dans la prérogative singulière de la maternité miraculeuse, de la maternité virginale et divine". « 0 Trinité Sainte!... vous l'avez faite en l'Univers comme un autre
univers, et dans votre empire comme un autre empire :
entre tous les sujets de la majesté de Dieu, la Vierge est un sujet si grand, si particulier, si éminent qu'il fait seul un nouvel ordre dans les ordres de la puissance et de la sagesse divine'. »
VI. — Cette maternité fait participer aussi la Vierge des douloureux privilèges de l'Humanité souffrante de Jésus : elle fut (( la mère humiliée d'un fils humilié » *. Le cardinal de Bérulle insiste longuement sur la liaison des deux grands
1) Œuvres, col. 451.
2) « Élévation à Dieu en l'honneur de la part qu'il a voulu donner à la Vierge Marie dans le mystère de l'Incarnation, Top^^rant en elle et par elle pour honorer la Très sainte Vierge en la dif^nite qu'elle a de Mère de Dieu, et s'offrir à elle en l'état de la dépendance et servitude qui lui est due en cette qualité, et correspondant par notre dévotion intérieure a la puissance spéciale qu'elle a sur nous en suite rie sa maternité divine et admirable, n (col. 522-530).
3) Œuvres, col. 525.
4) Œuvres, col. 502 : « Comme donc le Fils de Dieu est humilié dans cet état de sa filiation nouvelle et humaine: aussi la Viero^e porte une condition humiliante dans l'état sublime de la maternité divine. »
mystères : l'Iiicarnation et la Rédemption, oq plutôt il voit déjà (( la croix de Jésus enclose en sa naissance '. » La Vierge apparaît donc, chez lui, comme étroitement associée à l'œuvre rédemplrice, puisque c'est à Nazareth que Jésus commence le sacrifice qu'il consommera sur le Calvaire. Et remarquons ici, comme d'ordinaire chez Bérulle, la préoccupation idu (( raisonnable » dans le « merveilleux mystique ». Puisque « les grands mystères sont, pour ce qui regarde Dieu même, des mystères de croix et d'abaissement, il est raisonnable que ces deux qualités, qui sont appropriées au Créateur, soient attribuées à la créature, » qui fut sa collaboratrice, (( et soient répandues par tous les états de sa vie sur la terre... et comme la Vierge est la première qui a part à Jésus, elle est aussi la première qui a part à la croix et à l'abaissement de Jésus » -. Mais le comment de cette association de la créature au Créateur dans la soutîrance n'est pas le même pour Marie que pour le reste de l'humanité. « Ce n'est pas par le droit de péché comme nous, ni par le droit de son Fils portant nos péchés, — car il est seul portant ce fardeau, — mais par le droit d'amour et de liaison à son fils. C'est un effet d'amour » que a cette mutuelle communication des qualités de Tun h Tautre ». La Vierge « a part à la chair crucifiée de S071 fils en tant que la chair de Jésus est la chair de Marie )» ' .
Vli. — Celte glor'tication de Marie, Bérulle la mène de la même façon déduclive. Dans le spectacle de u l'Enfant Dieu », autrement dit de l'indigence et de l'impuissance
1) Vie de Jésus, ch. xxvii, Exposition du texte de saint Paul aux Hébreux (X) pour preuve des pensées du Fils de Dieu à l'instant de son incarnation. « Il lui otTre et présente ce sien corps, destine, consacré et déjà marqué à la servitude, à la croix, à la mort. Il lui oITre ce corps en qualité d'hostie pour la gloire de son Père et le sol ut du monde... ; c'est son premier office envers Dieu son père. » (col. 490). « .\dorons et aimons cette première obla-
tion col. 492). Cf. Œuvres de [nclé, IX, en la fête de l'Annonciation, III
(col. 921-422).
2) Œuvres, col. .^)02.
3) (Euvres de piétc^ XGVI, col. Ii05-li0t). Des soutTrances de la Viert^e compatissante à son file.
où se réduit la divinité, il voit surtout la dépendance volontairement acceptée par le Sauveur à l'égard de sa mère. C'est un nouveau privilège de la malemité divine que cette autorité de Marie sur Jésus : « Avant cette naissance fde Jésus], le Père est sans pouvoir sur lui, car en l'éternité il l'engendre comme fils, mais aussi, comme Dieu, égal à lui et indépendant comme lui.... [Jésus, donc] n est pas fils sujet au père avant d'être fils sujet à Marie... 0 société honorable de la Vierge et du Père Eternel [sur ce point] de leur autorité sur Jésus » '. Mais on voit la conséquence au point de vue du culte : BéruUe n'enseignera pas aux dévots de Marie que son rôle est de désarmer le courroux d'un juge sévère, mais bien de « donner Jésus aux âmes », car elle a « sur lui une sorte de droit et de propriété qui ne convient qu'à elle » '.
YIU. — Mais il y a plus encore. Bérulle, poursuivant ses fouilles dans le dogme et dans les conséquences du dogme, avec cette insistance logique qui est si curieuse, en arrive à voir en Marie l'exallation de Ir person?ie humaine.
La personnalité humaine ne recueille aucun honneur en Jésus-Christ, en qui la natuie humaine seule se trouve exaltée (car il n'y a en lui (\\x'une personne et cette personne est divine). En Marie, au contraire, \a.personne humaine se trouve exaltée à un degré qui n'est pas égal à celui auquel la nature humaine est exaltée en Jésus, mais qui en est aussi rapproché que possible. De plus, la valeur telle qu'elle est dans le Christ n'a pas pu se donner elle-même parce que donner est un acte personnel: c'est Marie qui a donc fait l'office de \di personnalité humaine dans son acte le plus souverain. Et Bérulh', — ayant établi cette double équation : « l'Homme-
1) OEaures, col. 384 : « Le Père Eternel qui vous devance une éternité en la production de son fils, ne vous devance pas d'un seul moment en l'exercice de son autorité sur lui. >» Cf. Œuvres de piété (XLIX), col. 1012-1013, Œuvres : Grandeur de Jésus col. 386-387.
2) Œuvres, Lettres (aux Carmélites de Bordeaux, 15 janv. 1623) col. 1352 Cette idée de l'autoriié de Marie sur Jésus est le développement du « subditus eraL illis » de l'Evangile (Luc II, 51).
Dieu : c'est V exaltation de \^ 7iature humaine; la Vierge- Mère : c'est r exaltation de \r personne humaine » — adore ce mystère métaphysique que sa raison aimante se réjouit humblement d'avoir retrouvé :
(( Contemplant ce conseil et cette œuvre, permettez-moi, Seigneur, de vous adresser mes vœux et mes élévations sur cette qualité que vous établissez au Cielet sur la terre de Mère du Très-Haut, et qu'en mes dévotions et pensées je suive votre conduite admirable en cette œuvre. Car vous y associez à vous-même la Très Sainte Vierge, vous l'élevez à opérer avec vous et à opérer l'œuvre de vos œuvres, et comme vous associez une nature humaine à l'une de vos personnes divines, vous voulez aussi associer une personne humaine à l'un de vos œuvres divins. Contemplant donc celte œuvre, ô Trinité sainte, et y trouvant la Vierge en société avec vous, je la contemple et révère après vous et je la contemple et révère comme la Personne la plus haute, la plus sainte et la plus digne de votre grandeur et amour qui sera jamais : je la contemple et révère comme celle qui surpasse en hautesse, en dignité et en sainteté toutes les personnes humaines et angéliques même considérées toutes ensemblement. » {Elévation à la Très Sainte Vierge),
IX. — Après celaon comprendbien que la dévotion mariale^ (bérullienne ne s'achèvera pas en de minuscules pratiques, jinais en un acte d'oblation totale et de servitude à la Vierge. Et alors, dansce sens, Bérulle va très loin. 11 n'Iiésile pas à dire que seuls u des esprits faibles et peu connaissant les mystères de Dieu » ' peuvent se refuser à « entrer en servitude au regard de celle aveclaciuelle le Père Éternel semble partager sa qualité, sa puissance et son autorité sur son Fils ». Le cardinal de Bérulle nous a laissé les formules éloqueriles de ces actes de dépendance* : « Je renonce à la puissance et libtM'lé
1) HKiirres, col. 387.
2) J»^ rappelle le tilre complet, des Piscours de l'Etat et des grandeurs de Jésus .,€t 'ic la dépendance et servitude nui lui est due et à sa très sainte Mère
que j'ai de disposer de moi et de mes aclions; je cède ce pouvoir à la très sainle Vierge et m'en démets enlièrement entre ses mnins par hommage à ses grandeurs et à la démission parfaite qu'elle a faile d'elle-même à son Fils unique J. G. N. S. Je lui donne le pouvoir que Dieu me donne sur moi-même, pour Ctre à nlleet non plus à moi, pour être en sa puissance et en sa conduite et non plus en la mienne ; en l'honneur du pouvoir que le Fils de Dieu lui a donné sur soi même et de l'humble dépendance et subjection qu'il a voulu lui rendre, se livrant à sa garde, direction et tutelle en son enfance et en sa vie passagère sur la terre » ' .
On sait que les apôtres d'une dévotion moins généreuse et moins spirituelle voulurent incriminer cette « oblation à la Vierge, » et se saisissant d' « un vœu à Marie, » que le cardinal de BéruUe avait communiqué à certaines carmélites, ils entreprirent contre lui de longues et violentes polémiques'. Mais aux yeux des exégèles rigoureux du christianisme primitif, les conclusions pratiques de BéruUe parurent parfaitement orthodoxes, et, en effet, l'on peut lire, parmi les approbations que plusieurs docteurs et évêques donnèrent au mémorial suspect, celles de l'abbé de Saint-Cyran, et de Jansénius, professeur en théologie h Louvain*.
Cf. Ilf Elévalion à Dieu (Cf. page 67) § 10-12, col. 527-528 ; Oraison à la T. S. V. Marie, Mère de Dieu, col. 530-532.
1) Œuvres, col. 527, cf. Oraison (fin) : « Je suis à vous par le titre général de vos grandeurs, mais je veux encore être à vous par titre particulier de mon élection et de franche volonté. Je me donne donc à vous et à votre fils unique J. C. N. S. et veux ne passer aucun jour sans lui rendre et à vous, quelque hommage particulier et quelque témoignage de ma dépendance et servitude en laquelle je désire mourir et vivre pour jamais » (Col. 530-532.)
2) Houssaye, II, ch. u, p. 410 sq. Le cardinal de BéruUe, défendu d'ailleurs par l'évêque Cospéan et le P. Coton {seul de tous les jésuites qui furent avec les Carmes au nombre des adversaires), laissa passer l'orage et ne répondit qu'en 1623 par « un narré de ce qui s'est passé sur le sujet d'un panier de dévotion icy inséré avec ses approbations » (publié à la suite des Discours de l'Etat et des grandeurs... {Œuvres, Migne, col. 595-638 : Vœu à Marie, col. 629-634.)
3) OEuvrcç, col. 6*^2 (Saint-Cyran), col. 634 (Jansénius).
La dévotion naïve et instinctive s'est ainsi enrichie de réflexions théologiques: déduile savamnaent d'un dogme fécond en conséquences glorifîcatrices de la Vierge. — raaienée sans cesse par une dialectique un peu lente, mais vigoureuse, au mystère de l'Incarnation comme à son centre, — s'épanouissant en un holocauste spirituel, toujours générateur de vertu et moralement fortifiant, — telle est la piélé mariale oratorienne qui, formulée et développée par Bérulle, devait, de directeur à dirigés, de confesseur à pénitente, de supérieure à novice, se transmettre et rayonner dans la société pendant le xYii® siècle.