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à quiconque, au milieu du siècle, faisant profession d'une dévotion sincère envers la Yierge Immaculée, et vivant chrétiennement et chastement dans son état, porterait sur soi un petit scapulaire ou habit de deux couleurs, blanc et bleu de ciel; elle vit, toujours durant son extase, comme en témoignage de l'accueil favorable fait à sa prière, une troupe d'anges se répandant à l'envi sur la terre pour y semer çà et là un nombre incalculable de ces petit habits.
La Vénérable, finissant par comprendre que Dieu l'avait exaucée, se mit à faire de ses propres mains quelques-uns de ces petits Scapulaires et à les distribuer à un grand nombre de personnes qui les reçurent et les portèrent, une fois bénits par un prêtre, avec un grand respect et une grande vénération. L'allégresse spirituelle et la joie intérieure croissaient en elle, au point d'être impuissante à les empêcher de s'épancher au dehors, à mesure que se propageait et se dilatait de jour en jour davantage, et non sans grand profit pour les âmes, cette excellente dévotion ; aussi eut-elle, avant de mourir, la satisfaction de voir cette dévotion et ce culte solidement établis.
Mais, après la mort de la vénérable Ursule, les vierges sacrées, ses filles, loin de rester inactives, mais bien plutôt, rivalisant de zèle, s'efforçaient d'imiter leur mère en distribuant ce signe honorable de dévotion, au point que cette pieuse coutume devint commune et même générale dans la grande ville de Napîes. (R. P. Ventura.)
Le démon vaincu par le Scapulaire.
Pour mieux engager les confrères à ne point quitter le saint Scapulaire et les bien persuader qu'il est salus inpsriculis, le salut dans les dangers, je vais rapporter un cas merveilleux que racontent le Père Cyprien de Sainte-Marie
dans son Théâtre des Carmes, le Père Lazarra dans son Patronage aie Marie, ch. ix, n° 12, et autres. Yers l'année 1620, il y avait dans la ville de Cologne une jeune fille possédée du démon, et parfois tellement tourmentée, qu'il fallait employer des chaînes en fer pour réprimer et contenir les mouvements de fureur dans lesquels l'esprit malin la jetait. Sa mère, qui était veuve, éprouvait une douleur immense de ce malheur, surtout parce qu'il ne se trouvait aucun remède pour donner le moindre soulagement à la pauvre fille. Enfin, inspirée de Dieu, elle fit appeler un religieux du Carmel. Sitôt que la malade aperçut le religieux, elle se leva du lit où elle gisait, et avec des yeux en feu, le visage courroucé et le front tout ridé, elle commença à s'agiter et à se débattre dans des convulsions effrayantes. Le religieux alors se mit à genoux devant le lit, pria avec ferveur le Sauveur et sa sainte Mère pour la malheureuse fille ; ensuite, se levant, il mit au cou de la malade le saint habit du Carmel ; à l'instant la jeune fille reprit le calme et sortit de son lit parfaitement guérie.
Le religieux lui ordonna ensuite de garder avec soin sur elle le Scapulaire, et de ne le point quitter, ce qu'elle promit. Mais le hasard voulut (remarquez l'efficacité de ce saint habit) que peu de temps après elle le perdit; aussi peu à peu retornba-t-elle bientôt dans son premier état et fut-elle de nouveau tourmentée aussi violemment que par le passé. On eut donc recours au même carme. Il revint auprès delà jeune possédée, il lui mit une seconde fois le Scapulaire de Marie et pour la seconde fois elle fut entièrement guérie. Le bon religieux ne manqua pas de lui faire une paternelle réprimande, l'avertissant que, si par sa négligence il lui arrivait de se trouver encore sans Scapulaire, son mal reviendrait la tourmenter. La jeune personne promit d'être plus vigilante, et pendant quelque temps elle eut en effet le bon-
heur de l'être ; mais un jour, on ne sait comment, elle perdit son Scapulaire, et elle fut aussitôt tourmentée encore par le démon. La pauvre mère fut presque au désespoir ; cependant, réfléchissant qu'elle ne faisait qu'envenimer sa douleur, elle prit le parti de recourir encore une fois à son médecin spirituel, à qui elle s'empressa d'aller apprendre la rechute de sa fille. Le bon religieux tout étonné, lui demanda ce qu'était devenu le Scapulaire de sa fille ; la pauvre mère dut répondre qu'elle l'avait égaré de nouveau. Alors l'homme de Dieu, poussé par la charité, dont la patience est le premier attribut, retourna vers la jeune fille, et, sur les instances pressantes de la mère affligée, il lui mit une troisième fois le Scapulaire. Aussitôt, par une admirable disposition de la Providence et par la vertu singulière du Scapulaire de Marie, la jeune fille fut guérie pour la troisième fois et à jamais délivrée des obsessions du démon. Aux reproches que le religieux lui adressa encore pour sa négligence, elle répondit en se jetant à ses pieds, et promit à la Vierge du Carmel d'être désormais fidèle à garder le sacré dépôt. Son malheur l'ayant rendue plus soigneuse, elle le porta effectivement toute sa vie, et n'eut plus à souffrir de son ennemi. Telle est la vertu, telle est l'efficacité du saint Scapulaire.
Origine de cette pratique.
Toujours attentive à entretenir dans le cœur de ses enfants une tendre dévotion pour la Mère de Dieu, la sainte Eglise a voulu que chaque samedi de l'année fût consacré , d'une manière toute spéciale à honorer Marie. « Il est certain, dit l'auteur du Calendrier historique des fêtes de là sainte Vierge, que le samedi a été consacré en l'honneur de la Mère de Dieu, dès les premiers siècles de l'Eglise. » Les Pères du concile de Clermont, sous le pape Urbain ïî, ordonnèrent de chanter tous les samedis la messe et l'office de la sainte Vierge, et cela se fait encore dans toute l'Eglise, lorsque ce jour-là il n'y a pas de fête de rit plus élevé. On raconte un miracle continuel qui se passait à Constantinople. Il y avait dans une église de cette ville un tableau de la Mère de Dieu qui demeurait voilé toute la semaine jusqu'aux, vêpres du vendredi, pendant lesquelles une main invisible tirait le rideau et laissait l'image de Marie découverte tout le samedi jusqu'au soir (1). Le Seigneur faisait connaître par ce prodige que le samedi était particulière-
(l) Diarium de Tetano, tome Ier.
ment consacré à sa sainte Mère. Marie a pris une si grande part au grand ouvrage de notre rédemption! Ne fallait-il pas, dès le lendemain du jour où l'on a pleuré sur la scène douloureuse du Calvaire, aller mêler aussi ses larmes aux larmes de Marie ! —Marie a fait les délices de l'adorable Trinité ; son cœur a été le lit de repos de l'Esprit-Saint et le sanctuaire bien-aimé du Fils de Dieu. Ne fallait-il pas, dit un pieux auteur, que des souvenirs si honorables pour Marie , se perpétuassent à jamais dans la mémoire des fidèles? Aussi, pour rendre hommage à ce repos mystérieux de l'Esprit-Saint dans le cœur de Marie et au repos du Sauveur dans ses chastes entrailles par le mystère de l'Incarnation, l'Eglise consacre-t-elle à Marie le jour même qui rappelle le grand repos du Seigneur après la création du monde.
Le samedi est la porte et l'introduction du dimanche, qui est le symbole du repos éternel ; la sainte Vierge est appelée par l'Eglise Porte du ciel, Janua cœli, tXAxda lucis fulgida, par elle nous avons l'espérance d'entrer dans le repos éternel.
Le samedi sert d'intermédiaire inter diem gaudii et diem pœnarum , entre le vendredi et le dimanche, La sainte Vierge est médiatrice entre Dieu, qui jouit d'une béatitude éternelle, et l'homme, qui est sujet à toutes les peines.
Marie est la voie pour arriver à Jésus : aussi ce jour est un prélude à la solennité du dimanche; c'est comme un parvis magnifique consacré à la Mère de Dieu avant que d'entrer au sanctuaire même de Dieu.
Saint Bernard, Gavantus et d'autres savants prétendent que l'Eglise a consacré le samedi à Marie, en mémoire de sa foi inébranlable et de son deuil après la mort de son divin Fils. Le pape saint Innocent Ier avait prescrit l'absti-
nence ce jour-là, pour honorer les douleurs de la très-sainte Vierge (1).
Le Bienheureux Pierre Darnien écrivait, en traitant ce sujet, dans le onzième siècle, au cardinal Didier, Abbé du Mont-Cassin, depuis pape sous le nom de Victor III :
« Il s'est établi dans quelques églises une belle coutume, celle de célébrer le samedi une fête particulière de la sainte Vierge; le lundi est consacré aux Anges et le vendredi à la Croix. Ce jour-là nos frères jeûnent au pain et à l'eau, puis ils célèbrent la messe de la Croix pour obtenir sa protection.
(l) Lorsque Notre-Seigneur eut été crucifié et fut mort, et que ses disciples s'enfuyaient et désespéraient de sa résurrection, en ce samedi qui précéda celle* ci, Marie seule soutint toute la foi en son divin Fils ; car elle savait comment elle l'avait conçu et enfanté, et elle était certaine que le Fils de Dieu, qui avait ainsi pris la vie humaine dans son sein virginal, la reprendrait dans le tombeau. Glorieux souvenir de la foi unique de Marie, représentant tn ce moment toute l'Eglise, et que toute l'Eglise devait justement fêter. A cette première et principale raison sont venues se joindre celles-ci : que le samedi est la porte d'entrée du dimanche, et que Marie étant pour nous la porte qui conduit au royaume des cieux que symbolise le dimanche, le samedi devait lui être consacié ; — qu'il convenait que la solennité de la Mère lût la vigile et comme l'aurore de celle du Fils; — que le jour où Dieu s'est reposé de tout ouvrage devait être fêté comme il l'a été de toute antiquité, et qu'il ne pouvait mieux l'être que par la fête de celle qui a éié comme le reposoir du Verbe, par qui tout a été fait, au milieu de nous ; — enfin, le samedi est ainsi célébré comme symbole prophétique de la grande semaine qui comprend tous les siècles, et dont le dimanche sera la bienheureuse éternité. En ce soir du monde, en ces Complus de la création, la Vierge Marie sera glorifiée pour la suprême mibéricorde dont elle sera l'instrument envers les Elus, tt pour le triomphe final de la famille de Dieu dont elle est la Mère. C'est un grand culte que celui qui s'offre de toute part sous des aspects si lumineux et si sublimes.
Par ces raisons, le samedi est consacré à la sainte Vierge par un Office spécial et par une Messe en son honneur. [Auguste Nicolas.)
Quant au samedi, qui est le jour du sabbat, il est écrit que Dieu se reposa : il est très-convenable de le dédier à la trèssainte Vierge, puisque la Sagesse s'est reposée en elle par le mystère de l'Incarnation, et il ne faut pas douter que les fidèles qui lui rendent cet hommage ne s'attirent son secours. »
On remarque que notre divin Maître pendant sa vie mortelle honora le samedi d'une manière toute spéciale, en opérant dans ce jour les plus grands miracles.
On lit dans l'Évangile selon saint Jean que les Juifs persécutaient Jésus parce qu'il faisait des guérisons le samedi. La malignité pharisaïque, qui s'éleva contre le Sauveur à cause des œuvres de miséricorde qu'il accomplit le samedi, fut le commencement des afflictions de sa sainte Mère. A cause de ces douleurs qui commencèrent les samedis où le Sauveur fit ses miracles, et se prolongèrent in illud triste sabbatum, comme dit saint Bernard, jusqu'à celui de la sépulture du Sauveur, on devait dédier le samedi à la Mère des douleurs.
Pieux enfants de Marie, vous rendrez à votre Mère, à l'exemple du Sauveur et des Saints, des hommages plus assidus et plus fervents le samedi, jour trois fois béni, où cette belle Aurore, qui annonçait le Soleil de justice, brilla pour la première fois sur la terre, assise à l'ombre de la mort ; jour heureux où la tête du serpent infernal fut écrasée par cette nouvelle Eve qui venait réparer les malheurs de la première.
Marie est née, suivant l'opinion commune, un samedi, le 8 septembre, l'an 734 de Rome, 20 ans avant l'ère vulgaire : voilà pourquoi de temps immémorial l'Église a chqisi le samedi pour rendre chaque semaine un culte de bénédictions, de prières et d'amour à celle qu'elle appelle sa joie et son secours.
Dans plusieurs églises, tous les samedis on fait l'Office de , la sainte Vierge. Dans le royaume de Pologne, à Çracovie, le peuple fête l'après-midi de chaque samedi pour assister aux processions qui se font ce jour-là en l'honneur de la très-sainte Vierge. Jean des Prés, évêque de Tournai, par des lettres en date du 12 octobre 1343, a accordé quarante jours d'indulgences à ceux qui assisteront à la procession du Salve Regina qui se fait tous les samedis dans l'Église de Tournai.
On a vu plusieurs Saints demander comme une grâce insigne de mourir un samedi, et redoubler ce jpur-ià leurs aumônes et leurs pénitences.
Saint Louis, roi de France, avait la touchante pratique de laver les pieds aux pauvres tous les samedis, et de les servir lui-même à sa table. Il fonda des messes à perpétuité pour tous les samedis de l'année dans l'église de Notre-Dame de Chartres, désirant qu'elles fussent toujours célébrées en l'honneur de Marie, autant que les rubriques de FÉglise pourraient le permettre. Saint Charles Borromée jeûnait au pain et à l'eau ; saint Alphonse-Marie Liguori avait la salutaire habitude de se confesser ce jour-là.
Tous les samedis on voit un grand concours de fidèles aux sanctuaires de Marie. Rien de plus édifiant que le spectacle que présente ce jour-là la chapelle de Notre-Dame de Fourvière, à l'ombre de laquelle est né le Tiers-Ordre de Marie.
Que le samedi, consacré à la Mère de Dieu, soit pour vous un jour de préparation aux solennités du dimanche. Purifiez-vous ce jour-là pour pouvoir rendre le lendemain au Tout-Puissant un culte qui lui soit agréable. Avant d'aller à Dieu, présentez-vous à Marie, comme Jacob alla trouver sa mère Rébecca avant d'offrir à Isaac un présent qu'il aimait.
Soyez aussi exacts, fidèles enfants de Marie, à vous re-
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nouveler, tous les samedis, dans le service de votre sainte Mère; offrez-lui quelque prière particulière, quelque aumône, une mortification réglée et sanctifiée par l'obéissance; assistez avec dévotion au saint sacrifice de la Messe célébrée en son honneur.
^ La protection particulière que Marie accorde à ceux qui l'honorent le samedi se trouve consignée dans une bulle de Paul V, qui permet de croire pieusement que la sainte Vierge assiste d'une manière spéciale, après leur mort, les confrères du Scapulaire le samedi, que l'Église lui a consacré.
Piété de saint Gérard, évêque et martyr.
Saint Gérard se distingua par son zèle pour le culte de la sainte Vierge; car, ayant fait bâtir une église qu'il dédia à saint Georges, il y éleva un autel en l'honneur de Marie, plaça devant cet autel un vase destiné à mettre des parfums et chargea deux hommes du soin d'y faire brûler continuellement de l'encens. De plus, tous les samedis, il y célébrait l'office solennel du jour de l'Assomption. Les autres jours, après matines et les vêpres, il avait coutume de s'y rendre en procession ; cet usage continua même après sa mort. Par amour pour Marie, il s'imposait quelque acte d'humilité. Lorsqu'un coupable voulait sûrement obtenir sa grâce, il suffisait qu'il la demandât à Gérard au nom de la sainte Vierge. Alors le Saint, en entendant prononcer le nom de la Mère de miséricorde, fondait en larmes, et comme s'il eût été lui-même le coupable, il demandait pardon au pécheur repentant. Par ses soins, les Hongrois prirent l'habitude d'appeler Marie, non plus Mère du Christ, mais leur Maîtresse; de fléchir le genou et d'incliner leurs fronts vers la terre, lorsque seulement ils l'entendaient nommer.
{Bolland., 24 septembre.)
La messe du samedi.
Du temps que l'hérésie des Albigeois faisait Je plus de dégât dans l'Église, deux ecclésiastiques qui voyageaient ensemble par la Bourgogne, rencontrèrent une chapelle déserte sur le chemin. Comme ils portaient avec eux des ornements pour dire la messe, ils résolurent de l'offrir en l'honneur de la sainte Yierge, parce que c'était un samedi, jour consacré à la Mère de Dieu. Pendant qu'ils célébraient, ils furent surpris par les hérétiques qui, s'élant jetés sur le prêtre, le tirèrent hors de l'église, et, après l'avoir traité avec toute sorte d'indignités, lui coupèrent la langue et le laissèrent à demi-mort. Tout ce que put faire son compagnon fut de le conduire à Cïnny, qui n'était pas éloigné de là. ïi le recommande aux religieux, qui en curent tout le soin imaginable, le respectant comme un vrai confesseur de Jésus-Christ. La veille de l'Epiphanie, les religieux étant à matines, le malade fit entendre le mieux qu'il put, par signes, à celui qu'on lui avait donné pour Je servir, qu'il souhaitait d'aller à l'église, où étant arrivé, il se prosterne devant l'autel de la sainte Yierge et y fait sa prière, qui fut aussitôt exaucée; -car tà peine l'eut-H achevée, qu'il vit la Reine des auges qui lui dit que, puisqu'il avait perdu la langue pour son honneur, elle voulait la lui rendre; ce qu'elle fit sur-le-champ. Ravi d'avoir recouvré l'usage de 3a parole, il commença par chanter les louanges de sa bienfaitrice, en récitant si haut, si distinctement et si souvent la Salutation Angélique, que les religieux qui éîaient au chœur accoururent pour être témoins du miracle-, et, afin qu'on ne pût en douter, il resta toujours une ligne rouge à l'endroit où la langue avait été cornée.
Le jeûne du samedi récompensé par Marie.
Il y avait tout près de Trente, ainsi que ie raconte Césaire, lui insigne voleur que l'énormité et la multitude de ses crimes avaient jeté dans le désespoir de son salut. Dieu, par un effet d'une bonté particulière, permit qu'il se trouvât un jour avec un religieux de Cîteaux qui, l'ayant entretenu des grandeurs de la miséricorde divine, lui fit concevoir quelque espérance de pouvoir obtenir le pardon de ses péchés. Ce religieux, qui voyait bien la difficulté qu'il y avait de le faire changer de vie, lui demanda seulement qu'en l'honneur de la sainte Vierge, il jeûnât le samedi, et s'abstint ce jour-là de faire aucun mal à personne, afin de se disposer peu à peu à la pénitence. Il y consentit, et, non content de garder sa parole, il empêchait encore les autres de faire aucun mal le samedi. Il poussa même sa résolution si loin qu'ayant été pris un samedi par les archers du prévôt, il ne voulut pas se mettre en défense, de peur de tuer quelqu'un en se défendant. On le conduisit à Trente, où il fut bientôt condamné à être décapité. La Mère de miséricorde, pour marquer combien lui avait plu le jeûne qu'il avait religieusement observé en son honneur, lui obtint une si forte grâce que, touché d'un véritable regret des désordres de sa vie passée, il en fit une confession publique et mourut avec les plus beaux sentiments, acceptant en esprit de pénitence la mort qu'il allait endurer, et ne doutant point que de si saintes dispositions ne fussent un effet de la protection de la sainte Vierge : ce qui arriva la nuit suivante en fut une preuve. Ceux qui étaient de garde sur les remparts de la ville virent autour du lieu où cet homme avait été enterré une grande lumière, et cinq dames, dont quatre ayant ouvert la terre en tirèrent le corps, qu'elles
portèrent jusqu'à l'entrée de la ville, suivies de l'autre, qui, par son air majestueux, se faisait remarquer par-dessus toutes, laquelle ordonna aux gardes d'avertir révoque d'enterrer son serviteur dans un endroit qu'elle leur marqua. Dès la pointe du jour, le bruit de ce prodige se répandit par toute la ville. L'évêque, accompagné de son clergé et suivi d'une foule prodigieuse de peuple, se rendit au lieu où était le cercueil, lequel ayant été ouvert, on le trouva doublé d'un riche brocard et la tête du supplicié parfaitement rejointe au corps ; ce qui augmenta tellement la dévotion envers la Mère de Dieu, que plusieurs prirent la résolution de jeûner le samedi en son honneur.
IJ offrande de saint Bénigne.
Saint Bénigne, abbé, dès sa plus tendre jeunesse connaissant les dangers qu'on court dans le monde, choisit pour directrice, pour maîtresse et pour mère la bienheureuse Vierge Marie. Il pensa que, pour être digne de sa protectrice, il devait ressembler aux anges qui servent dans le ciel cette grande Heine; et, dans ses manières comme sur son visage, il laissait transpirer une candeur et une sérénité d'âme vraiment angéliques. Et pourtant le démon, envieux de tant d'innocence, réussit à la souiller. Bénigne, ayant déjà mis un pied dans le précipice, se souvient de la très-pure Vierge à laquelle ils s'était consacré. Rougissant de lui-même, et d'avoir manqué à la parole qu'il avait donnée, il alla s'agenouiller devant la Mère de miséricorde, lui demandant lumière et pardon. Puis, pour expier sa faute, il fit un pèlerinage à Rome, où il se confessa et jeûna pendant un carême entier. Il voulut ensuite retourner dans sa patrie, mais, craignant quelque nouvelle attaque du démon, 1 se détermina à se faire moine de Yallombreuse, ce qu'il
exécuta, persévérant dans le service de Marie, à laquelle il reconnaissait devoir tout le bien de son âme. Elevé au sacerdoce, il offrait tous les samedis le saint Sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge, ou, s'il ne pouvait le faire, il y assistait du moins, s'imaginantêtre présent avec Marie au douloureux Sacrifice du Calvaire. Ses vertus Je firent nommer général de l'Ordre; mais il parvint à se faire déposer, imitant en cela l'humilité de sa protectrice, et il termina sa vie comme iî l'avait commencée, sous la tutelle de la sainte Vierge. (Bolland., 17 juillet.)
Vision consolante de sainte Elisabeth, vierge.
Elisabeth, affligée de peines intérieures et d'infirmités corporelles, eut une fois la consolation de voir Marie au milieu d'un chœur de saintes et chastes vierges; alors elle dit à la Mère de Dieu : « Ah ! Vierge sainte, j'implore votre pitié, car j'ai à souffrir de cruelles tribulations. Ayez compassion de moi : depuis mon enfance j'ai été rassasiée de douleur, et maintenant ma vie est un martyr continuel. » Marie lui répondit avec douceur : « Ma fille, le Seigneur t'éprouve en cette vie, mais il te consolera dans l'autre. 11 veut te purifier en ce monde afin qu'après ta mort tu jouisses d'un repos et d'un bonheur éternels. Regarde ces vierges qui m'entourent; elles souffrirent pour l'amour du Seigneur, et maintenant elles sont honorées non-seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes. Je te dis en vérité que si, dans un jour, tu pouvais brûler trente fois jusqu'à être réduite en cendres et revenir chaque fois à la vie, par ce cruel martyre tu ne pourrais encore acheter la gloire que Dieu t'a préparée dans le Ciel. » De telles paroles fortifièrent Elisabeth, qui vécut ensuite avec beaucoup de tranquillité d'àme au milieu des tribulations aue Dieu lui envoyait. Marie lu/'
promit de l'assister au moment de sa mort; en effet, le samedi qui précéda la mort d'Elisabeth, la sainte Vierge lui apparut, la fortifia et s'entretint avec elle pendant tout le jour. Ainsi la seule consolation d'Elisabeth à sa dernière heure fut d'invoquer continuellement le nom de Marie, entre les bras de laquelle elle rendit" doucement son âme (1).
(Bolland., 18 juin.)
Pratique en l'honneur de Marie récompensée.
On lit dans l'histoire de la Congrégation du Saint-Rédempteur le trait suivant, rapporté par l'un des Pères de cette pieuse Société.
Dans une mission, après le sermon sur Marie que nous avons la coutume de faire, un vieillard vint me trouver
(l) On a dit avec juste raison que la dévotiou à la sainte Vierge était d'une manière spéciale la dévotion des âmes pures. En effet, quelle est l'innocence, quelle est la pureté qui n'ait pas à profiter au culte de Marie , de cette Vierge immaculée, jardin clos que la Sainteté même de Dieu a embaumé de sa Fleur, et d'où elle a exhalé ses parfums dans le monde ? L'Ange n'a pas de hiérarchie, de domination, de trône si élevé qui ne s'abaisse devant elle et qui ne proclame qu'EJte est plus élevée en sainteté au dessus du Séraphin, que celui-ci ne l'est par rapport à toute la milice céleste. Enfin, par l'affinité spirituelle que lui donne avec son Dieu, ^opération corporelle qui en a fait son Fils, elle confine, dit l'Ange de l'École, à la Divi-* nité : Sua operatione fines Divinitatis pkopinquius at-
TINGIT.
Voilà la Vierge des vierges, dont l'influence fait germer et croître tant de fleurs de justice et de sainteté dans l'Eglise, par la grâce dont elle est remplie entre toutes les créatures, et qui de son sein déborde et s'épanche sur les chrétiens. De là ces confréries, ces chœurs de vierges et d'enfants qui environnent partout les autels de Marie, qui viennent se retremper incessamment dans son culte, et qui expriment la pureté par la candeur de leur âme et la fraîcheur de leurs chants.
pour se confesser; il était plein de contentement, et me dit : « Mon Père, la sainte Vierge m'a fait une belle grâce. — Et quelle grâce vous a-t-elle faite? lui demandai-je. — Ah! il faut que vous sachiez, mon Père, qu'il y a trente-cinq ans que je me suis confessé sacrilégement pour n'avoir pas osé déclarer un péché; depuis lors, j'ai été exposé à de grands périls, et je me suis vu plusieurs fois en danger de mort. Si j'avais perdu la vie en cet état, certainement j'aurais eu le malheur d'être du nombre des réprouvés. Maintenant Marie m'a touché le cœur. » En disant ces paroles, il répandit beaucoup de larmes.
Le bon religieux, après l'avoir confessé, lui demanda quelle dévotion il avait conservée envers la très-sainte Yierge. Il lui répondit qu'il n'avait jamais passé un samedi sans s'abstenir de laitage, en l'honneur de Marie, qui avait eu pitié de son extrême misère. 11 donna à ce Père la permission de publier ce fait, qui prouve combien Marie récompense les plus petites choses faites en vue de lui plaire.
Un ange de plus au Ciel.
Léonie était à peine âgée de quatorze ans. Formée de bonne heure dans sa famille à l'amour de la vertu. Elle faisait la consolation des maîtresses à qui elle venait d'être confiée, et charmait ses jeunes compagnes autant par la vivacité de son caractère et la bonté de son cœur que par sa modestie et sa piété angélique.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, elle écrivit à la très-sainte Vierge une lettre qui fut déposée sur l'autel de la chapelle du pensionnat, et qui était ainsi conçue :
« Ma bonne Mère, je me prosterne à vos pieds pour vous demander toutes les grâces qui me sont nécessaires, et sur-
tout celle de conserver toujours mon cœur bien pur. Je vous prie, ma bonne et tendre Mère, de remercier votre divin Fils des grâces qu'il m'a accordées ce matin dans la communion et d'agréer l'amour de votre petite fille. — Léonie. »
Quelques jours après, ayant fait avec ses compagnes une petite retraite pour se préparer à la solennité de Noël, elle écrivit les résolutions qu'elle avait prises, parmi lesquelles les suivantes tenaient le premier rang : « Je me rappellerai que Dieu me voit partout. Je veux être bien charitable envers tout le monde; être bien recueillie dans mes prières; garder toujours bien le silence; bien obéir à mes maîtresses; dire tous les jours mon chapelet, et faire de temps en temps le chemin de la croix. Enfin, je veux me donner tout au bon Dieu. »
Aimable enfant, le bon Dieu a accueili ton offrande, et pour ta récompense il s'est donné lui-même tout à toi.
Léonie n'avait rien perdu de sa gaieté ordinaire. Toujours contente et pieuse, elle croissait en âge et en sagesse, et nul indice d'aucune sorte ne faisait présager le coup dont elle allait être frappée.
Le jour de la fête de saint Joseph, elle se confessa et fit la communion avec la plus édifiante ferveur. Ce jour-là, ayant été contrariée par une de ses compagnes en récréation, elle s'écria : « Oh! si je n'avais pas communié aujourd'hui comme je m'impatienterais! »
Le 8 .avril, elle écrivit à l'une de ses maîtresses: « Madame, je viens vous demander une grâce, c'est que vous ayez la bonté de pardonner à ma compagne qui vous a désobéi. Je sais qu'elle a bien tort; mais, Madame, vous connaissez sa légèreté; elle l'a fait sans attention, et elle m'a promis qu'à l'avenir elle serait bien sage. — Je suis avec le plus profond respect et avec la plus vive reconnaissance, Madame, votre soumise élève. — Léonie. »
Le 11 du même mois, fête de saint Léon, la pieuse enfant demanda de nouveau à ses maîtresses, et avec beaucoup d'instances, la permission de se confesser, « afin disait-elle, de pouvoir prier son saint patron avec plus de ferveur. »
Enfin le 26, qui était un samedi, Léonie se trouva indisposée tout à coup. Un médecin, appelé sur-le-champ, rassura ses maîtresses, et ne vit aucun danger dans l'état de la chère malade. Le dimanche matin, on lui défendit de se lever pour aller entendre la sainte messe: « Eh bien! dit-elle, j'y assisterai d'ici en récitant mon chapelet. » Hélas! ce furent ses dernières paroles. La pieuse enfant priait la sainte Vierge avec amour, lorsque survint une crise foudroyante qui la réduisit bientôt à l'agonie. Elle fut administrée à la hâte, et mourut quelques heures après, au milieu des larmes et de la consternation de toute la maison. N..,.
La tentation vaincue.
Un saint religieux de l'Ordre Séraphique, nommé Antonin, reçut de la sainte Vierge des faveurs bien signalées. Pendant la maladie qui le conduisit au tombeau, il fut averti par la Mère de Dieu qu'il mourrait le samedi, parce qu'elle voulait que ce jour qui lui est consacré fût le terme de ses souffrances. Mais la joie qu'éprouva Antonin à cette nouvelle ne tarda pas à être troublée. La nuit suivante, des démons qui avaient pris la forme de lions et de serpents vinrent l'assaillir : le malade poussait des cris horribles, et il se serait jeté hors de son lit si on ne l'eût retenu. Tout le couvent était en rumeur; les assistants atterrés attendaient avec anxiété l'issue de cette lutte et recommandaient à Dieu l'âme de leur frère. Tout à coup ils entendirent le moribond qui disait : Cela n'est pas vrai, cela est faux; j'ai fait péni-
tence de cette faute ; je conviens que j'ai pris une pomme sans permission et qu'une autre fois j'ai bu du vin; et alors les démons faisaient tous leurs efforts pour l'enlever. Mais Marie n'abandonna pas son pieux serviteur dans un si grand péril; elle lu* apparut, mit ses ennemis en fuite et le consola, de sorte que, tout le vendredi et le samedi jusqu'au soir, il ne fit que louer la sainte Vierge et exhorter ses frères à la dévotion envers cette bonne Mère, entre les bras de laquelle il mourut au moment où sonnait Y Angélus.
(Auriem., p. n, eh. 7.)
Mort de Louis XL
L'histoire improuve les bizarreries et condamne les cruautés de Louis XI ; mais aussi elle doit reconnaître qu'il avait une grande dévotion envers Marie, dévotion qu'on peut supposer sincère quant au fond, quoiqu'il la comprît mal : et par là même qu'elle était sincère, elle ne fut pas pour lu sans heureux résultats... « N'étant encore que Dauphin, et assiégeant la ville de Dieppe occupée par les Anglais, il fit un vœu à Notre-Dame de Cléry, qui donna le succès à son entreprise ; et à travers les étranges calculs de sa politique, le souvenir de Marie domina, comme une étoile, sur les orages de sa vie. » C'est sans doute à cette dévotion qu'il dut de mourir un samedi entre les bras d'un moine venu du fond de l'Italie pour lui inspirer sur son lit de mort le repentir et l'espérance.
Les habitudes criminelles détruites par le constant recours à Marie.
Une jeune personne qui avait déjà passé plusieurs années dans les désordres, gémissait cependant en secret des chaî-
nés honteuses dont elle s'était chargée autant par indigence que par passion. Un jour qu'elle était fort occupée de son état criminel, elle fut surprise de voir le complice de ses débauches entrer chez elle, les yeux baissés, l'air confus, avec un portefeuille à la main, et lui adresser ces paroles : « C'est assez longtemps vivre dans le désordre,- il faut y renoncer et songer à la pénitence ; je me retire pour y penser, faites-en de même. Vous trouverez dans ce portefeuille de quoi vous fournir une subsistance honnête, dans la retraite, le reste de vos jours; allez-y rendre à Dieu le cœur que vous aviez donné à la créature. La jeune personne, d'abord interdite, ensuite pénétrée, sentit dans ce moment briser ses chaînes : et le cœur touché de contrition et de reconnaissance pour Dieu qui lui facilitait ainsi sa conversion, elle court chercher un guide pour la conduire dans la nouvelle vie de pénitence qu'elle voulait mener et qu'elle mena en effet le reste de ses jours. Le confesseur, surpris d'un si heureux changement, lui demanda si elle n'avait pas conservé quelque pratique de piété dans sa vie criminelle. Elle lui répondit qu'elle n'avait jamais manqué d'entendre tous les samedis la sainte Messe en l'honneur de la sainte Vierge, parce que sa mère, au lit de mort, le lui avait fait promettre. L'un et l'autre comprirent alors que la Mère de Dieu avait bien voulu récompenser, par une si grande preuve de bonté, cette marque de piété envers elle.
(Recueil d'histoires.)
Pieux colloques de sainte Cunégonde avec Marie.
Quelque grandes que fussent les pénitences de la Bienheureuse Cunégonde, elle les redoublait le samedi. Ce jourlà elle mortifiait son corps en mémoire des douleurs de la sainte Vierge, écrites sur des tablettes qu'elle portait tou-
jours. La méditation de ses douleurs lui causait une tristesse si profonde, que son visage était tout baigné de larmes. Souvent cette pieuse reine visitait les églises des Saints; mais, quand sur son passage il s'en trouvait quelqu'une consacrée à Marie, elle s'élançait aussitôt de son carrosse, et; ôtant ses chaussures, elle allait la visiter nupieds, sans s'embarrasser des cailloux, des épines ou de la fange qui souvent couvraient la route. Il arriva quelquefois que les ronces et les glaces blessèrent les pieds délicats de Cunégonde; mais la soif qu'elle avait de contempler la Reine du ciel la rendait insensible à toute souffrance. Quand, pendant l'Office, on chantait l'antienne qui commence par ces mots Ave, Stella matutina, Cunégonde se prosternait, baisait la terre et l'arrosait de ses pleurs, afin d'honorer. la brillante Étoile de la mer. Une religieuse entrant un jour dans l'oratoire de la Sainte, tandis que celle-ci faisait oraison devant une image de la sainte Vierge, les entendit converser ensemble; elle ne put distinguer aucune parole, mais le bruit confus de deux voix parvint jusqu'à ellSf Au reste, on cessera de s'étonner de cette familiarité de Cunégonde envers la Mère de Dieu, quand on saura que cette pieuse reine, à peine venue au monde, salua Marie en ces termes : Ave, Regina cœlorum, Mater Régis angelorum. « Je vous salue, Reine des cieux, Mère du Roi des anges. » Ceux qui l'entouraient furent saisis d'étonnement; mais sa mère en éprouva la plus vive consolation, présageant ainsi la future dévotion à Marie de cette tendre enfant, sur les lèvres de laquelle on venait de recueillir avant le temps un si amoureux salut envers Marie, sa protectrice.
(Rolland., Vie de la B. Cunégonde, chap. 9 et 11).
Pratiques de sainte Elisabeth.,
Sainte Elisabeth de Hongrie eut, dès sa plus tendre enfance, une si grande dévotion pour le service de Dieu, que, n'ayant pas plus de cinq ans, elle aimait à aller à l'église, surtout le samedi, et elle y priait avec tant de ferveur et d'amour, qu'on avait de la peine à l'en arracher. Parmi ses dévotions, une des principales était celle de la Bienheureuse Vierge, et comme elle aimait beaucoup à faire l'aumône, elle distribuait aux pauvres tout l'argent qu'elle pouvait avoir, à condition qu'ils réciteraient Y Ave Maria. C'était une manière ingénieuse de répandre le culte de Marie ; celui qui ne pourra parvenir à ce but au moyen de l'aumône, le pourra certainement par ses conseils, et il en sera récompensé à la mort.
Toute jeune encore, sainte Elisabeth de Hongrie conduisait quelquefois ses petites amies au cimetière, et leur disait : « Voici les os des morts ; ces gens ont été vivants comme nous le sommes, et sont maintenant morts comme nous le serons : c'est pourquoi il faut aimer Dieu. Mettons-nous à genoux, et dites avec moi : Seigneur, par votre mort cruelle et par votre chère Mère Marie, délivrez ces pauvres âmes de leur peine. »
Aussi ancienne que l'Église, la dévotion aux images de la très-sainte Yierge a toujours été pour les Enfants de Marie une source abondante de bénédictions.
C'est au nom du spiritualisme chrétien que le protestantisme a repoussé la vénération des images, comme si une des plus belles fonctions de Y esprit n'était pas de spintualiser la matière par les idées qu'elle y incorpore.
L'Eglise catholique enseigne qu'elles sont généralement utiles parce que la nature humaine a besoin du visible pour s'élever vers l'invisible. Cette croyance date de loin; elle a germé dans le sol des catacombes.
Dans son grand ouvrage sur les monuments de l'art chrétien primitif, le Père Marchi décrit ainsi la crypte de Marie et de V Enfant Jésus dans les Catacombes de Sainte- Agnès.
« Au dessus du petit autel de cette crypte, on voit une figure de la Vierge, à mi-corps ; elle est assise, ayant sur ses genoux le divin Enfant. Pour ôter toute équivoque, le peintre a gravé à droite et à gauche le double monogramme du Christ. La divine Mère étend les bras pour prier. L'Enfant ne fait pas ce geste pour marquer la distance infinie qui sépare le Fils de la Mère. La Mère est une créature, la
plus puisssantedes créatures, mais seulement par son pouvoir d'intercession et de prière, tandis que le Fils est toutpuissant par lui-même (1). »
(1) La plus ancienne des peintures qui représente Marie, et Tune des plus belles des Catacombes, découverte en 1849^ montre la sainte Vierge ainsi que Joseph, retrouvant dans le temple l'Enfant Jésus entouré de docteurs. Quelle que soit l'expression admirable donnée à la Mère du Sauveur, elle entre là dans l'agencement d'un tableau historique, et sa figure ne pourrait rien faire préjuger du culte dont on l'honorait dans les Catacombes.
Une peinture de Sainte-Agnès, que le P. Marchi estime du second siècle, serait plus significative par la position qu'elle occupe au dessus d'un autel, et parce que, la Vierge-mère en est l'unique objet. Elle est représentée à mi-corps et l'Enfant Jésus est sur son giron, la tête appuyée sur le sein de sa mère. Un voile blanc placé sur la tête de •celle-ci tombe jusque sur ses épaules ; elle est vêtue d'une robe bleue et d'un manteau jaune ; un riche collier de perles et de pierreries entoure son cou. Les archéologues voient dans ce luxe d'ajustements contraire à la vérité historique une expression de la haute idée qu'on avait de la gloire de Marie.
Ce groupe de la Mère et de l'Enfant, dont la peinture de Sainte- Agnès est l'un des plus anciens documents, a été souvent reproduit dans les Catacombes. Selon M. Raoul-Rochette, « l'art chrétien s'est appliqué à reproduire cette beauté de l'âme, symbole de la perfection morale qu'il n'était pas possible de ne pas attribuer à la Vierge divine... Dans ce groupe delà Vierge-mère tenant sur ses genoux \ Enfant-Dieu, qui résumait si admirablement tout ce qu'il y avait de sublime et de touchant dans ce mystère du christianisme, la Vierge apparaît presque toujours voilée, avec tous les traits d'une jeunesse charmante et d'une pureté divine. » Ce qu'on doit remarquer encore dans le groupe de Sainte-Agnès, c'est l'attitude donnée à la sainte Vierge. Elle est représentée les bras étendus : c'est l'attitude de la piété donnée à tous les saints personnages représentés dans les Catacombes. Dans Je sein de la gloire où ils sont parvenus, les saints ne cessent d'intercéder pour les enfants de l'Eglise militante, et leur attitude, dans les endroits où on les honore spécialement, témoigne bien que le secours qu'ils peuvent nous procurer ne vient pas d'euxmêmes ; leur puissance est, comme le dit saint Bernard, une puissance suppliante. Il était important, devant les esprits arrachés ré-
Le Père Marchi ajoute que celte peinture appartient aux dernières années du second siècle.
Dès le second siècle, le culte de la Mère de Dieu unie à son divin Fils et l'intercédant pour les hommes, était donc reçu parmi les Chrétiens, et s'exprimait par des images. Je dis le Culte; ces peintures en effet se trouvent dans des chapelles, au dessus de l'autel même, qui n'était que le tombeau des martyrs, sur lequel on célébrait les saints mystères. De sorte qu'on a là tout à la fois le culte de la Vierge, le culte des martyrs, le culte des reliques et celui des images ; en un mot, tout le catholicisme : la condamnation la plus complète de la réforme qui n'a détruit tout cela qu'en s'autorisant de la primitive Eglise qui revient aujourd'hui la désavouer. — Ces images étaient sans doute secrètes.
Les images de Jésus-Christ et de la Vierge, Mère de Dieu, ainsi que des autres Saints, dit le concile de Trente, doivent être principalement conservées dans les églises, et il faut leur rendre l'honneur et la vénération qui leur est due, non qu'on y croie quelque divinité ou quelque vertu pour laquelle elles soient honorées, ou qu'il leur faille demander quelque chose, ou qu'il faille attacher sa confiance aux images, comme les païens qui mettaient leurs espérances dans les idoles, mais parce que l'honneur qui leur est rendu se rapporte aux originaux qu'elles représentent, de sorte que, par le moyen des images que nous baisons, devant lesquelles nous découvrons notre tête et nous nous mettons à genoux, nous adorons Jésus-Christ et honorons les Saints dont elles sont la ressemblance.
cemment au polythéisme et vivant encore au milieu des représentations des dieux nombreux de l'01ympe3 de prévenir les confusions que les esprits grossiers auraient pu faire entre le culte de vénération dont on honore les saints et le culte de latrie dû et rendu à Dieu seul.
Pendant que Marie vivait encore sur la terre les premiers chrétiens s'estimaient bienheureux d'avoir, avant de mourir, l'inappréciable bonheur d'aller contempler l'auguste Mère de Dieu. Saint Ignace, martyr, écrivait à saint Jean l'Evangéîiste :
« Si vous le permettez, j'irai à Jérusalem pour voir Marie, Mère de Jésus, qu'on dit être l'objet de l'admiration de tout le monde et le désir universel de tous les peuples. Quel est, en effet, le chrétien qui n'a pas perdu la foi, qui n'éprouve un bien grande satisfaction de voir et d'entretenir celle qui a enfanté le vrai Dieu? »
Saint Denis l'Aréopagite se transporta de Grèce en Judée pour voir ce miracle de grâce et de sainteté, et il remarqua en Marie quelque chose de si miraculeux et de si divin, qu'il protesta ensuite hautement que, si la foi ne l'eût pas mieux instruit que ses yeux et sa raison, il l'eût adorée comme le vrai Dieu.
Cependant, comme tous les chrétiens ne pouvaient pas quitter leur pays et entreprendre un si long voyage, saint Luc, qui était peintre et médecin, fut inspiré de Dieu d'en tirer plusieurs portraits qu'il envoya à diverses églises les plus éloignées. Celle de Jérusalem en conserva un qu'Eudoxie, femme de l'empereur Théodose, envoya à l'impératrice Pulchérie, qui lui fit bâtir un temple magnifique à Constantinople, comme l'atteste Nicéphore au livre treizième de son histoire.
Ceux qui s'aiment portent toujours avec eux le portrait de leurs amis, surtout quand ils sont absents, pour tromper leur douleur et se dédommager de l'éloignement.
Puisque la sainte Yierge a bien voulu être votre Mère, pieux enfants de Marie, soyez fidèles à porter toujours sur vous sa douce image, placez-la dans votre chambre, vivez sous ses yeux : sa présence vous consolera dans les amer-
tumes de la vie, elle vous inspirera de saintes pensées, et vous fera triompher de toutes les tentations de l'esprit du mal.
Quelle influence de pureté, de chasteté, de sainteté^ de moralité un tel culte ne doit-il pas faire rayonner dans la société, par tous ces foyers de dévotion, par tous ces sanctuaires, toutes ces associations, toutes ces confréries, tous ces saints exercices qui le font pénétrer dans les âmes; — toutes ces images de la Vierge immaculée, de Marie conçue sans péché, dont la vue seule dissipe* les mauvais désirs, et qui, planant du haut de nos temples et des points les plus élevés de nos cités sur nos demeures assainissent en quelque sorte l'atmosphère et y combattent les mauvaises puissances de l'air!
Saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l'Ecole, avait continuellement sous les yeux, pendant son travail, l'image de Jésus et de Marie, et il avouait à ses disciples que c'était dans ces livres divins qu'il avait puisé cette profonde science qui le place au premier rang des docteurs catholiques.
Donnez une marque de votre respect et de votre amour à l'auguste Mère de Dieu, chaque fois que vous rencontrerez quelqu'une de ses images;
Si l'amour de Marie en ton cœur est gravé, Passant, ne manque pas de lui dire un Ave.
C'est une sainte et touchante pratique de faire brûler des cierges ou des lampes devant la Bienheureuse Vierge, quand on veut obtenir quelque grâce particulière; cette dévotion est bien ancienne dans l'Eglise, et le ciel a montré, par de grands miracles, combien elle était agréable à la Mère de Dieu.
Sainte Jeanne de Yalois, reine de France, employait avec
bonheur ses mains royales à orner les images et les autels de Marie; estimez-vous heureux, à son exemple, de pouvoir travailler à rehausser le culte de la Reine du ciel. Et si votre position ne vous permet pas de faire tout ce que votre cœur désire, ne laissez pas d'aller devant l'image de Marie, et offrez-lui quelque riche parfum d'une fervente prière, le lis de la chasteté, la rose de la charité et la violette de l'hua milité, pour embellir et embaumer ses autels.
Marie a récompensé , par les plus éclatants miracles, l'honneur qu'on rend à ses images.
Charlemagne, qui honorait pieusement la sainte Vierge, lui dédia trois églises en Allemagne, et voulut que son image protectrice, après avoir fait l'ornement de son palais d'Aixla-Chapelle, protégeât sa tombe d'empereur. Son fils, Louis le Pieux, portait toujours l'image de Marie dans ses chasses et dans ses voyages. Lorsque, écarté momentanément de sa cour, il se trouvait seul dans le bois, il sautait à bas de son cheval, défaisait à la hâte ses gantelets semés de clous d'or, et tirant de son sein l'image vénérée, il la mettait au pied d'un chêne et y faisait son oraison. Il la déposa plus tard dans la superbe abbaye d'Hildesheim qu'il fît bâtir en son honneur.
Les galères génoises sculptaient une Madone sur leur poupe, et jamais gondolier des lagunes ne lancerait, encore de nos jours, une barque neuve à la mer, sans la décorer de cette image sainte. Les Espagnols, qui n'étaient pas moins dévots que les Italiens à la divine Mère du Sauveur, portaient, sur leurs galions chargés de lingots d'or, sa statue d'argent massif devant laquelle priaient soir et matin les aventureux matelots d'Isabelle. Les Portugais, de leur côté, s'embarquèrent pour la découverte des Indes orientales sous la protection de Marie; ils lui dédièrent à Goa une superbe église.
De V Italie au point de vue de ses madones (ï).
S'il est un lieu de l'univers privilégié entre tous les lieux, c'est le siège de l'Eglise, c'est l'Italie en général : Naples, à l'une des extrémités, où l'on fête si magnifiquement Notre-Dame de VArc; — la Sicile, où l'on vénère Notre-Dame des Guides; — à l'autre extrémité, la Ville dont on a dit :
Illam (Romam) homines, dices hanc posuisse deos.
Venise enfin, que son Sénat consacra à la sainte Vierge, et dont l'illustre doge Dandolo stipula, comme une province, le portrait de la Vierge (peint par saint Luc) à la
(1) « Toute l'Italie partage plus ou moins la piété romaine ; partout le culte des images et du tombeau, partout le culte de la Madona santissima. Aussi, tout nouvel hommage à la Reine des anges est aussitôt adopté de l'autre côté des monts. La médaille miraculeuse de Paris y est non moins répandue qu'en France. J'ai trouvé son image sur les autels chez les Franciscains de Pesaro^ et déjà elle y est honorée à l'égal des plus célèbres madones. A Notre- Dame de la Victoire de Milan, j'ai vu sur l'autel un magnifique basrelief en marbre de Carrare qui la représente. Ce fut à la suite d'un vœu fait en 1836, au moment du choléra.
« Partout la sainte Vierge est publiquement honorée ; partout les villes et les empires, non moins que les simples particuliers, se mettent sous sa protection. Ainsi Venise, à cette même époque du choléra, se jeta dans les bras de Notre-Dame du Salut, sa divine protectrice, et lui offrit en voeu une magnifique lampe d'argent de 116 livres, ornée de ciselures en vermeil. La charmante église de ce nom dut son origine à un bienfait plus grand encore. Elle fut bâtie, en 1531, sur l'emplacement même d'une maison où s'était déclarée la peste qui ravagea la ville, et dont elle fut délivrée par Tinter-cession de la sainte Vierge. Au centre de la coupole, on lit cette inscription d'une simplicité touchante : Undè origo, indè salus* »
prise de Constantinople par les croisés, en 1204. —Et puis, non loin de là, les Notre-Dame de Lorette; — de Saint-Cyriaque, à Ancône; — des Anges, en Ombrie; — de la Garde, à Bologne, etc.
C'est Florence, aux superbes Marie-des-F leurs, Marie- Nouvelle, etc., dont sept patriciens principaux, parmi lesquels se trouvaient les Falconieri, fondaient les Servîtes de Marie ; — c'est Sienne, qui se consacra tout entière à la sainte Vierge, après sa grande victoire d'Arbia.
C'est Milan, à la Vierge d'or au faite de son dôme, le plus beau du monde avec celui de Saint-Pierre de Rome.
C'est le royaume de Sardaigne; avec ses Notre-Dame de Consolation, à Turin; — du Pilon, près de cette ville; — de Savone; — de Fie ; — de Vivonne; — de Sainte-Marie- Majeure, à Verceil ; — de Charme, en Maurienne, dont le comte de Sales avait entrepris l'histoire; — des Abîmes, à Meillan, près de Chambéry, etc.
C'est Gênes la Superbe; on dirait de sa foi, de sa consécration à Marie, qu'elle place sur sa monnaie d'or, avec ces mots: Guide-nous; qu'elle chante dans sa bénédiction annuelle de la mer, avec ce refrain: Diquesta cittaepadrona Maria, et à laquelle elle élève des basiliques comme celle de ÏAnnonciade. « Cette église, dit Lalande, est en même temps la plus aimable et la plus riche; c'est la famille Lomellini qui a commencé cet édifice. Elle est partagée en trois nefs soutenues par des colonnes revêtues d'un marbre blanc et rouge éclatant; toute la voûte est dorée, les murailles sont couvertes de belles peintures à fresque. » — Le pont qui est au devant de Santa Maria di Carignano est un des ouvrages les plus hardis qu'il y ait dans ce genre; les arches en sont d'une hauteur prodigieuse; ce pont joint une montagne de la ville à l'autre. Il a été construit aux frais d'un membre de la maison de Sauli, fondatrice xle l'é-
glise de Sainte-Marie, pour y aller de son palais plus commodément. Cette église a commencé d'être construite en 1652, sur les dessins de Puget (1). On y voit deux belles statues de ce grand artiste : un saint Sébastien, et le Bienheureux Alexandre Sauli, évêque, de la famille des fondateurs ; ces figures sont des chefs-d'œuvre.
C'est l'Italie tout entière, où le Mois de Marie, aujourd'hui si universel, s'est établi, et se célèbre comme une fête de Marie perpétuelle.
Mais nous ne pouvons résister au plaisir de retracer l'esquisse d'un tableau de l'Italie, considérée par M. Poujoulat au point de vue de ses belles Vierges : c'est dans le recueil protestant, le Semeur, que nous le trouvons reproduit comme remarquable document. « L'Italie est surtout célèbre par le culte qu'elle rend à la sainte Vierge. La Madone est pour tous, même pour les plus grands criminels, un objet de vénération et d'amour. Dès le berceau, l'Italien a sous ses yeux de gracieuses images qui ne lui rappellent que bonté, miséricorde, tendresse. Les récits des innombrables bienfaits dus à l'intercession de la Madone, la vue des honneurs qu'on lui rend en public comme au foyer domestique, tant de tableaux, chefs-d'œuvre de génie ou respectables parles traditions miraculeuses qui s'y rattachent, tout laisse dans l'âme de l'enfance des souvenirs ineffaçables (2). « Mais si la faiblesse humaine réclame partout ses droits,
(1) Le même Puget a enrichi Y Albergo de Poveri (l'une des magnificences de la munificence d'Antoine de Brignole] d'une Assomption superbe ; et Notre-Dame des Vignes, d'un autel où il a uni supérieurement l'Ange, le Lion, l'Aigle et le Bœuf des quatre Evangélistes. — On admire encore à Gênes les églises de Sainte-Marie de la Passion, des Grâces, de Castello, etc.
(2) Persuadé que la sainte Vierge est le canal des grâces, l'intermédiaire nécessaire entre les hommes et son divin Fils, l'Italien voit dans le culte de Marie, pour ainsi dire, toute la religion. Cette
c'est une grande et belle chose toutefois que cette confiance de tout un peuple, que ce culte, tantôt simple et naïf, tantôt grandiose et sublime, rendu à la Reine des anges et des hommes. Sous combien de titres n'est-elle pas honorée dans Rome! Vous avez Notre-Dame Consolatrice, à l'église de ce nom et à la Minerve ; Notre-Dame Auxiliatrice de la divine Providence à Saint -Charles ; Notre-Dame toujours Vierge aux Augustins ; Notre-Dame des Miracles, du Peuple, de la Victoire (celle-là est un chef-d'œuvre de luxe, d'art et de naturel), de la Paix, Notre-Dame des Martyrs, Notre- Dame de PAme, Notre-Dame des Anges, Notre-Dame des Grâces, Notre-Dame de l'Humilité, Notre-Dame Reine du ciel, aux églises de ce nom. Dans divers oratoires : Notre- Dame du Bon-Conseil, Notre-Dame de Miséricorde, Notre- Dame de la Fièvre, Notre-Dame Reine des Apôtres, Notre- Dame de la Pitié, Notre-Dame Salut des infirmes, Notre-Dame Immaculée, Notre-Dame de Douleur, Notre-Dame du divin Secours.
pensée, soit dit en passant, est admirablement développée par le Père Ventura dans son ouvrage sur l'Epiphanie.
«. De là, cette confiance toute filiale de l'Italie ; mais de là aussi quelques abus, parce que cette confiance est quelquefois aveugle, et qu'on oublie souvent ces grandes idées de justice qui retiennent le coupable. Le bon ordre de la famille exige un juste mélange d'amour et de crainte. Chez nos voisins l'amour domine, chez nous c'est la crainte ; voilà pourquoi ils ne peuvent se faire à notre sévérité, ni nous à leur tendresse expansive, mais parfois peu respectueuse. Aussi se livrent-ils souvent à leurs passions, tout en conservant la foi et les habitudes du culte^ tandis qu'en France on tient à être conséquent, et l'on se pjque trop souvent d'impiété pour excuser sa faiblesse. Heureusement qu'en l'absence d» tout culte, il restt encore parmi nous certaines vertus humftines qui empêchent le développement et le» conséquences funestes de l'irréligion ; les Romains, frappés de nous voir, pour ainsi dire, tout d'une pièce, disent en plaisantant qu'il n'y a pas de purgatoire pour les Français.
« Chaque image a sa tradition ; tantôt elle doit sa célébrité à sa prodigieuse antiquité, tantôt aux miracles opérés par son entremise, tantôt à la dévotion d'un Saint, tantôt à certaines circonstances extraordinaires qui se sont conservées, tantôt aux mystères qui couvrent son origine, aux signes qui ont indiqué des intentions particulières de la Providence.
« Il en est ainsi des images de Sainte-Marie-Majeure, de Sainte-Marie in via latâ, de Sainte-Marie du Peuple, de Sainte-Marie d'Ara-Cœli, attribuées à saint Luc, de la Vierge et des saints Dominique et Sixte, miraculeusement peintes ; de la Vierge de la place du gesu, que saint Ignace honorait tout particulièrement; des Madones près de Saint-André et de la Chiçsa-Nuova, et celles de la place Madame, de la rue de Solme, de la rue de J'Archetto, célèbres par les signes visibles de protection qu'elles donnèrent au peuple de 96 à 98, au fort de la Révolution française. On peut voir dans Marchetti comment ces images muettes s'animèrent, montrant tour à tour delà joie, de la tristesse, versant des larmes, et cela sous les yeux de la ville entière; ainsi l'ont constaté des procès-verbeaux authentiques, procès- verbaux faits avec un si grand soin, que les exemplaires du livre imprimé de Marchetti portent la signature autographe du Cardinal qui fut chargé de les vérifier.
« Les crucifix qui parlèrent à sainte Brigitte, à saint Camille de Lellis, celui qui donna les stigmates à saint François d'iVssise, le Santissimo Bambino trouvé, il y a bien des siècles, dans un coffre venu par mer et poussé sur les côtes d'Italie par une main divine, cent vingt autres images qu'il serait trop long d'énumérer, excitent à divers titres la dévotion des Romains.
« L'Enfant Jésus dont je viens de parler est l'image la plus vénérée de Rome. On ne l'expose que dans les jours
solennels, à Noël, par exemple. La garde en est confiée aux Franciscains de Sainte-Marie d'Ara-Cœli, église bâtie sur l'emplacement du Capitole, dans le lieu où, suivant la tradition, Auguste vit dans le ciel une Yierge tenant un enfant dans ses bras. Lorsqu'un prince ou un cardinal est gravement malade et que les secours de la médecine sont impuissants, on lui porte avec solennité l'Enfant Jésus : le peuple qui connaît de loin la voiture qui sert toujours dans ce cas, se met à genoux, et reçoit la bénédiction avec un pieux respect. J'ai vu sa crèche pendant l'octave de Noël. Le Sanlissimo Bambino, tout éblouissant de diamants et de pierres précieuses, reposait au milieu d'un gracieux paysage, entouré de ses parents et de bergers, et la foule, pendant huit jours, ne cesse de venir prier devant la crèche.
« La Madona del Parto, aux Augustins, est non moins célèbre : c'est une statue grecque en marbre de Carrare qui est à Rome depuis près de mille ans. L'Église est à la lettre tapissée iïex-voto. Dans le nombre, j'ai remarqué, immédiatement derrière la statue, plusieurs centaines de couteaux et de poignards. Était-ce un hommage des victimes qui avaient survécu ? Je l'ignore. J'avoue que cet hommage si caractéristique des mœurs italiennes me parut au premier abord au moins singulier; et cependant pouvait-on exprimer d'une manière plus énergique la protection de Marie? De nombreuses lampes d'argent, des milliers de pierres précieuses rangées dans des écrins au dessus de la statue, ou qui la couvrent, ainsi que l'Enfant Jésus, témoignent de la grande dévotion des Romains (1).
(1) Le bandit Garibaldi trhs-dhne auxiliaire de Victor-Emmanuel dans ses sacrilèges entreprises contre le Saint-Siège, voulait pendant sa dictature à Rome s'emparer des bijoux offerts à cette Madone, niais le forban n'osa pas, il comprit que le peupk, déjà irrité par ses concussions et ses meurtres, lui ferait un très-mauvais parti s'il avait
La plupart des images si vénérées de Rome ont été l'objet d'un culte privé avant de devenir l'objet d'un culte public et solennel. Santa Maria del Orto était dans un jardin, sur l'emplacement même où la charmante église de ce nom fut bâtie pour perpétuer le souvenir d'un miracle. A Sainte-Marie inTrastevere (1), l'image, qui se trouvait autrefois dans la rue, fut transportée dans l'église par suite delà résurrection d'un enfant ; à la Consolata, près Saint- Jean de Latran, l'antique fresque, autrefois dans la rue, est non moins célèbre par la dévotion de saint Grégoire et le miracle que conserve à ce sujet la tradition.
a Quand, à raison des grâces obtenues, une image devient l'objet d'une dévotion particulière, alors il se fait une enquête solennelle, et le Chapitre du Vatican lui décerne les honneurs du couronnement. A la vue de ces couronnes d'or ou d'argent placées non-seulement sur les statues, mais encore sur des peintures, l'étranger accuse l'Italie de mauvais goût ; il ignore le sens religieux de cet usage ; il ignore que la couronne est un attribut divin réservé dans l'antiquité aux dieux, aux pontifes, aux rois, aux héros, et le plus grand honneur qu'on puisse lui décerner.
« 11 existe à Rome un trcs-grand nombre d'images couronnées par le Vatican ; et Bombelli en a écrit l'histoire. Dans le reste de l'Italie, c'est une insigne faveur, très-peu prodiguée, et fort appréciée des peuples qui peuvent l'obtenir (2).
l'audace de toucher aux eê~voto offerts à la statue miraculeuse, si en vénération dans la Ville Sainte.
(1) C'est la première église consacrée à Notre-Dame, à Rome : sa voûte est posée sur vingt-quatre colonnes de marbre d'une pièce.
On y a fait dernièrement des réparations considérables. Le corps de sainte Monique repose dans cette église.
(2) Chaque Pape, eu passant sur le siège de Ptome, en consacrait
Mort touchante de sainte Chantai.
Ce fut le jour de la fête de l'Immaculée Conception de Marie que sainte Chantai ressentit les premières et sérieuses atteintes de sa dernière maladie. La veille encore elle fit une mortification au réfectoire : après la bénédiction de la table, elle se mit à genoux, et les bras en croix elle dit deux fois ces paroles : O Mater Dei, mémento meil puis elle les commenta en français, comme il suit : « Sainte Mère de Dieu, par votre Immaculée Conception, souvenez-vous de moi, et assistez-moi toujours, mais spécialement à l'heure de ma mort. » Elle resta longtemps dans la même situation et plongée dans un profond recueillement.
Le lendemain elle se mit au lit pour ne plus se lever. Le mal augmentant d'heure en heure, elle sentit que sa fin approchait, et qu'elle ne devait songer qu'à paraître devant Dieu. Elle reçut les derniers sacrements avec une ferveur admirable, au milieu des larmes et des sanglots de toute la
quelque monument en les dédiant à Marie, et plaçait la Ville éternelle et les destinées de l'Eglise sous son puissant patronage, par de nouvelles formes de prières et de nouveaux honneurs. Ainsi Boniface IV consacrait à la Mère de Dieu et à la Mémoire des Martyrs ce Panthéon qui avait résumé toutes les monstruosités de l'idolâtrie universelle, et faisait à Marie l'honneur de ce grand triomphe de son Fils sur les faux dieux. Jean VII faisait rebâtir avec la plus grande magnificence la basilique de Sainte-Marie Majeure, incendiée sous Honorius III, y exposait à la vénération universelle l'image de la sainte Vierge que la tradition attribuait à saint Luc ; et pour perpé ♦ tuer ce témoignage de sa dévotion à la Mère de Dieu, se faisait représenter lui-même dans la basilique de Saint-Pierre, au pied d'un somptueux autel de Marie, dans tout l'éclat du Pontificat suprême, et lui offrant cet oratoire rebâti avec cette inscription :
Joannes indignus Episcopus fecit Beatu) Dei Genitricis servus.
communauté : seule elle conservait son calme et sa sérénité. Dans ses cuisantes douleurs, souvent on l'entendit faire à la sainte, Vierge l'invocation suivante : «Marie, Mère de grâce, Mère de miséricorde, défendez-moi contre l'ennemi de mon salut, et recevez-moi à l'heure de ma mort. » Elle voulait avoir constamment près de son lit le portrait de sa protectrice ; et quand elle ne put presque plus parler, elle se contentait de jeter fréquemment les yeux sur cette image chérie, qu'elle demanda encore à baiser avant de rendre le dernier soupir, et qui fut enfermée dans son tombeau, suivant ses désirs.
Voici les touchantes recommandations qu'elle fit à ses filles avant d'expirer : « Ne vous occupez pas des choses de la terre qui passeront; mais seulement de celles qui peuvent servir à votre perfection et à votre salut. Pensez souvent et très-sérieusement que vous vous trouverez un jour dans le même état où vous me voyez maintenant, et qu'il vous faudra rendre compte, mais un compte exact, de tout ce que vous aurez dit et pensé, et de toutes vos actions jusqu'à la plus petite. Par ce moyen, vous attirerez sur vous toutes les grâces, toutes les faveurs de la divine bonté, et les éternelles bénédictions de sa miséricorde. »
Image purifiée par les flammes.
Une bonne religieuse de la Visitation, sœur Françoise- Gabrielle de Bories, chargée du soin de la cuisine, ayant un jour remarqué aux murs de l'office une gravure de Notre- Dame du Rosaire toute couverte de poussière, noircie par la fumée, souillée de taches d'huile et de graisse et à demi usée par le temps, éprouva un vif serrement de cœur, en voyant en si triste état l'image de notre bonne Mère. Pour