‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 9 sur 35 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Embrasser toutes les pratiques de dévotion sans discernement, ou les rejeter toutes sans distinction, ce sont deux partis bien opposés, également contraires à la véritable piété. Conduits par une superstitieuse crédulité, si nous admettons tout sans précaution, à combien d'abus n'ouvronsnous pas la porte? Inspirés par une orgueilleuse délicatesse, si nous rejetons tout sans examen, dans combien d'erreurs ne risquons-nous pas de tomber? Pour agir sagement, il ne faut donc pas croire ni résister non plus indifféremment à tout esprit, mais éprouver avec soin si les esprits sont de Dieu, comme dit l'Apôtre : Nolite omni spiritui credere, sed probate spiritus si ex Deo sint*

Toute dévotion ou pratique de piété, pour être véritable et digne de la Religion divine que nous professons, doit avoir de la solidité dans ses principes, afin que nos démarii. 1

ches soient prudentes, et de l'utilité dans ses effets, afin qu'elles soient salutaires.

Or, tel est le caractère des pratiques de piété en l'honneur de Marie que nous conseillons à la tendre dévotion de ses enfants. Recueillies dans les auteurs les plus estimés, approuvées la plupart par l'Eglise, autorisées par l'exemple des plus grands Saints, aussi distingués par leur profonde science que par leur piété, ces pratiques, nées de l'amour envers Marie, servent merveilleusement à l'augmenter et à le répandre, comme le prouve tous les jours l'expérience la plus consolante.

Nous prions les personnes qui ne savent estimer que les pratiques d'un certain éclat, et qui," sous un spécieux prétexte de solidité, méprisent celles qui sont simples et obscures ; nous les prions de considérer que Dieu aime les humbles, que c'est aux âmes simples qu'il se communique de la manière la plus intime, cum simplicibus sermocinatio ejus. Remarquez, en effet, si Dieu n'a pas attaché ses plus précieuses grâces à des choses communes et méprisables en apparence, comme la grâce du bapiême à quelques gouttes d'eau, la rémission des péchés à quelques paroles d'un prêtre : ainsi en est-il des autres merveilles de sa puissance et de sa miséricorde. Le Seigneur a agi ainsi pour confondre notre orgueil et pour faire éclater sa puissance, en opérant les prodiges les plus merveilleux par les moyens les plus simples.

A un point de vue philosophique, les pratiques sensibles de dévotion à la sainte Vierge sont admirablement appropriées aux besoins des âmes simples, et à ceux aussi des âmes élevées. A celles-là elles donnent de l'élévation; à celles-ci delà simplicité, dit M. A Nicolas.

Développons un peu ce double aperçu :

Ces pratiques sont comme la liturgie des simples et des

ignorants. La liturgie, proprement dite, leur est un livre fermé ou voilé ; ils y épellent à peine. Ils peuvent encore moins composer eux-mêmes des actes et des formules de prières ; encore moins s'en passer pour élever à Dieu une âme doublement appesantie et par son défaut de culture et par la prédominance du corps. Ces âmes resteront-elles au pied de la montagne sainte, à la porte de nos mystères ; n'y aura-t-il aucun moyen de les initier à la vie spirituelle et surnaturelle, à cette vie si élevée, qu'elle est à la vie intellectuelle ce que celle-ci est à la vie des sens ? Comment les porter à une telle hauteur? Plus aisément que des philosophes et de grands esprits ; plus aisément, parce qu'ils n'opposent pas d'obstacles. —Mais encore faut-il des moyens?— Ces moyens sont la dévotion à la sainte Yierge et ses pieuses pratiques. 11 y a dans l'objet de cette dévotion quelque chose de si accessible, de si sympathique et de si attrayant, que le charme sur des âmes simples en est irrésistible ; elles se dirigent instinctivement vers l'autel de la Bonne Vierge comme vers un port dans l'orage, comme vers la consolation dans la souffrance, comme vers l'épanchement dans les peines, comme vers la miséricorde dans le repentir, comme vers la puissance dans le besoin, enfin comme vers la bonté infinie de Dieu dépouillée de tout attribut de majesté et de . justice et personnifiée dans un Enfant pour être commise a une Mère ; à une Mère qui n'est la sienne que pour être la nôtre, et sur laquelle nous avons dès lors tous les droits qu'elle a elle-même sur son Fils.

Rien de ce qui rappelle l'âme à Dieu n'est petit. L'adoration en esprit ne se maintient qu'à l'aide des pratiques. Celles-ci donnent un corps à la Religion : une religion qui n'aurait pas de corps serait sans action sur des âmes soumises à l'influence des sens.

C'est par là que les âmes simples sont initiées à la vie

surnaturelle; et tous les instruments sensibles de cette dévotion, pénétrés de la même vertu et de la même vie que son objet, portés et employés dans le même esprit, en sont comme les conducteurs liturgiques. Les grains du chapelet deviennent dans les mains du simple et de l'ignorant, par la ferveur et la grâce de la prière qui s'y applique, comme des grains d'encens dont le parfum spirituel monte à Dieu autant que celui de nos plus beaux cantiques. Le saint scapulaire le dépouille de la terre en le revêtant du Ciel, et fait reposer sur lui l'esprit de Marie, comme sur Elisée vint se reposer le manteau et l'esprit d'Elie emporté sur un char de feu. La flamme du cierge que sa ferveur allume au pied de Notre-Dame est le symbole de cette flamme intérieure de la dévotion qui s'élève de son âme et qui l'illumine en y consumant les grossièretés. Les pèlerinages aux sanctuaires de la Mère de Dieu, que sa piété lui fait entreprendre avec une si naïve persévérance, en le détachant de ses foyers, lui inspirent le détachement de cette vie, et font de celle-ci le pèlerinage à l'éternité (1).

Les pratiques de l'Eglise ne sont méprisées que des ignorants, qui n'en voient pas la portée : leur multiplicité ne fatigue que ceux qui ne les observent pas.

D'ailleurs, il en est des dévotions comme des mets dans un repas ou des fleurs dans un jardin. On n'impose à personne l'obligation de manger de tous les mets, ni à un particulier celle de cultiver toutes les fleurs ; on ne force personne non plus à embrasser toutes les pratiques de pieté : la variété des fleurs dans un jardin et la diversité des mets sur une table sont, tout à la fois, un ornement et une nécessité pour suffire à tous les goûts. De même, la multiplicité des dévotions est un ornement pour 1? piété et une ressource pour

(1) A. Nicolas.

les fidèles; ils peuvent choisir, parmi les dévotions qui leur plaisent, celles qui sont les plus conformes à leur attrait, à leurs besoins et à la position dans laquelle la divine Providence les a placés. Il est bon aussi de se rappeler ici qu'aucune de ces pratiques n'oblige sous peine de péché, même véniel.

Le Bienheureux Berchmans, comblé pendant toute sa vie des faveurs les plus signalées de Marie, était au moment de mourir : tous ses confrères se trouvaient réunis autour de son lit, lorsque le supérieur lui ordonna, au nom de la sainte obéissance, de leur dire ce qu'il avait fait et ce qu'on doit faire pour avoir le bonheur d'être favorisé comme lui des grâces les plus éclatantes de la Mère de Dieu. — Ce que demande Marie, répond le Saint mourant, c'est peu de chose : le plus léger hommage, pourvu qu'il soit persévérant. Combien de pauvres malheureux, qui se seraient perdus éternellement, ont eu le bonheur de se réconcilier avec Dieu, parce qu'ils avaient toujours été fidèles à quelque pratique de piété envers Marie, qu'ils avaient reçue, aux jours de leur enfance, d'une mère sincèrement chrétienne.

Ces objets bénits, portés avec foi et respect, ont des influences morales, et même sensibles, qui se font sentir à l'âme et au corps du fidèle jusqu'au miracle, et qui souvent attirent et suscitent à la vie de la grâce les plus abandonnés pécheurs. Ce ne sont pas des exemples qui manquent à l'appui de cette vérité !

Qui pourrait dire la salutaire influence de ces pratiques sur les âmes ? tout ce que ces dévotions y mettent de freins, y font de pures et douces impressions, y éveillent de remords, y tempèrent de passions, y apportent de préservations, y corrigent de vices, y font germer et fleurir de vertus?...

Sans doute on retombe dans ses penchants, mais pas tou-

jours, mais beaucoup moins, mais avec la conscience, du moins, de sa faiblesse et de son infidélité. La conscience î ah ! n'aurait-on sauvé que cela, on aurait sauvé le foyer domestique de la vertu !

« Défiez-vous, écrivait naguère à ses prêtres un éloquent prélat, défiez-vous de ce zèle amer et peu éclairé qui fait consister entièrement la dévotion à la sainte Vierge dans Fétroite observation de ses exemples, et qui, hors de là, ne reconnaît rien de bon, rien d'utile dans les pratiques de l'Eglise instituées en son honneur. Prêcher que la piété envers Marie, de la part de ceux qui vivent dans le désordre, est une piété mensongère, injurieuse à Jésus-Christ et à sa Mère, une observance dérisoire, une vaine et criminelle confiance, c'est outre-passer la vérité et fausser la règle ; c'est arrêter le courant de la grâce et, à force de sécheresse et d'exagération, enter le désespoir sur la faiblesse, quand V intention de V Eglise est de greffer le repentir sur la miséricorde. La sagesse de votre zèle se gardera de tels écarts... Sans doute vous attaquerez ces dévots présomptueux, s'il en était dans vos paroisses, qui abuseraient de ce qu'on pnblie du crédit de la sainte Vierge pour le salut des pécheurs; vous leur rappellerez avec énergie qu'on n'arrive pas au ciel avant de renoncer au péché, et sans en faire pénitence ; mais vous leur direz en même temps que l'un des moyens les plus efficaces pour obtenir leur conversion est la dévotion à la sainte Vierge. »

Voilà ce que sont les pratiques de dévotion à la sainte Vierge dans leur moindres effets. Que sont- elles maintenant dans leurs effets supérieurs? Ici les faits parlent, et quels faits î Trouvez-moi dans toute l'histoire du Christianisme depuis dix-huit siècles un saint, un héros, je dirai plus, un génie catholique qui n'ait été particulièrement dévot à la sainte Vierge, et scrupuleux observateur de ses pra-

tiques, Montrez-moi à l'heure qu'il est une grande œuvre, un grand dévoûment, une grande pureté qui ne fleurisse pas à l'ombre des autels de Marie, et qui ne se fasse pas une arme, un rempart et comme un talisman de cette dévotion. Ah .» respectez, vénérez, baisez le rosaire de la virginité, de la charité et du martyre!.... Sans doute ces dévotions ne sont pas de l'essence même du Christianisme, elles n'en sont, si vous voulez, que l'écorce ; mais, comme telles, elles protègent l'essence et elles l'enrichissent de toutes les impressions de l'air et de la lumière dont elles pompent les souffles et les rayons.

D'ailleurs, il n'est personne, si ignorant qu'il soit, qui ne sache qu'elles ne peuvent tenir lieu de la piété et de la vertu véritables ; qu'elles doivent en être l'expression et le véhicule. On ne peut se tromper la-dessus sans se tromper sciemment. Tout le monde sait que le salut n'est pas une aumône que la Vierge et les Saints obtiennent à l'importunité qui le leur demande, mais une récompense promise à l'effort, un prix qui ne se gagne qu'au concours, une couronne qui ne se pose que sur le front du vainqueur. Seulement, comme nous ne pouvons rien de cela sans la grâce, nous prions, de cette façon, la Vierge et les Saints de nous obtenir des grâces dont le bon usage nous rend plus sûr, plus facile, et plus doux le chemin du ciel. Qu'y a-t-il à reprendre dans cette doctrine ?

I«E SCAPUUURE.

Excellence de la dévotion du ScapiUaire.

C'est au Bienheureux Simon Stock, Anglais de naissance, qu'est dû l'établissement de la pieuse confrérie du Scapulaire. Dès l'âge de douze ans il fut conduit par l'esprit de Dieu dans le désert, et fixa sa demeure dans le creux d'un grand chêne, ce qui lui fit donner depuis le surnom de Stock, qui, en anglais, signifie tronc d'arbre. Là il vivait dans l'exercice d'une prière continuelle ; il mortifiait son corps par le jeûne et par toutes sortes d'austérités ; il ne buvait que de l'eau et ne mangeait que des herbes, des racines ou des fruits sauvages ; et la tendre dévotion dont il avait été prévenu dès le berceau envers la Mère de Dieu croissait tous les jours avec sa pénitence. Il y avait vingt ans que saint Simon vivait de la sorte, lorsque quelques ermites du Mont-Carmel vinrent s'établir en Angleterre pour y étendre leur institut. Il fut si édifié de la vie pénitente de ces nouveaux religieux et de leur dévotion envers la sainte Vierge, qu'il se retira parmi eux et devint bientôt un modèle de régularité et de ferveur. Quelques années après, ayant été élu général de l'Ordre des Carmes, il s'appliqua principalement à ranimer la dévotion envers Marie parmi ses religieux et parmi les fidèles, et il lui

demandait souvent, comme une marque de sa protection, de lui faire connaître comment il pourrait la faire honorer.

Nous nous contenterons de traduire ici ce qu'en dit l'Eglise dans sa liturgie (die 18 Jul., 2 noct.) : « La bienheureuse Vierge ne s'est pas contentée d'accorder à son Ordre bien-aimé les plus grands privilèges, seulement pour ce monde, elle a voulu encore, pleine qu'elle est de puissance et de miséricorde, que ses enfants, qui sont agrégés à la confrérie du Scapulaire, fussent délivrés par elle au plus tôt du feu du Purgatoire. » Laissons ensuite parier le Père Pierre Swayngton, compagnon et confesseur du saint: «Le bienheureux Simon, dit-il, quoique cassé de vieillesse et affaibli par les austérités, passait très-souvent les nuits en prière ; un jour, comblé d'une consolation céleste, il nous rassembla en communauté, et parla en ces termes : « Béni ' soit Dieu, mes Frères, qui n'a pas abandonné ceux qui ont mis en lui leur confiance ; bénie soit aussi la très-sainte Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s'est ressouvenue de nos tribulations. Lorsque j'épanchais mon âme en présence du Seigneur, et que je priais en toute confiance la Vierge sainte que, puisqu'elle permet qu'on nous nomme ses frères, elle daignât faire voir qu'elle est aussi notre mère ; elle m'a apparu, tenant en main l'habit de l'Ordre, et elle m'a dit : Ceci sera lamarque du privilège que f ai obtenu pour vous et les enfants du Carmel. Celui qui mourra revêtu de cet habit, sera préservé des feux éternels. C'est un signe de salut, un préservatif dans les dangers, un gage de paix et d'alliance universelle.» (Joyez Juill de Coventr., Sent. Carm,, — Jean Gross., De sanct. ord. Carm., — De Lezen., Mar. patr., Hist. génér. FF. Carm. dise, t. 1. — Jean Paléonyd., De ant. Osanet, ereni., M. 6, etc.). Benoît XIV assure (De Fest., t. n, 576) que l'autographe

du P. Pierre Swayngton, daté de Cambridge, le 16 juillet 1251, était aux archives du couvent du Carmel de Bordeaux. Ce grand Pape professait une vénération particulière pour le Carmel et l'enrichit de nombreuses indulgences. k

Mais c'est vraiment trop raisonner sur ce sujet. Tout ce qui est du 'ressort de la Religion s'établit essentiellement par le principe d'autorité. Il suffit donc, pour prouver l'authenticité des privilèges du saint Scapulaire, de montrer que l'Eglise les a fréquemment et solennellement reconnus par la bouche de ses pontifes, le témoignage de ses docteurs, l'usage et la confiance générale du clergé et des fidèles, depuis plusieurs siècles. Enfin la preuve sera complète, si on établit, par des faits nombreux et avérés, quelaProvidenoe a proclamé la vertu du saint habit même par des miracles.

Et d'abord, voyons ce qu'en ont pensé les Souverains- Pontifes.

Dans sa Bulle du 7 décembre 1409, Alexandre V accorde des indulgences aux membres et affiliés de l'Ordre du Carmel, dont il confirme les privilèges, et en particulier ceux du saint Scapulaire, affirmant avoir vu la Bulle Sacratissimo , du 3 mars 1322, autrement dite Sabbatine, de Jean XXII, Tenorem privilegii, Per Nos visi, de Originali sumptum.,

Le premier avril 1477, Sixte IV atteste à la fois l'authenticité de la Bulle de Jean XXII et de celle d'Alexandre V. Dans la bulle Ex démenti, du 12 août 1530, Clément VIII rappelle la Bulle sabbatine , celles d'Alexandre V et de Sixte IV, il les reconnaît, les confirme et ajoute, pour couper court à toute tergiversation : « Tous ces privilèges, au besoin, nous les accordons nous-mème... Ea omnia concedinius...»

LE SCAPULAIRE. il

Paul III est aussi explicite dans sa Bulle Dum à nobis,àu 28 août 1549.

On venait de construire à Rome une nouvelle, et belle église de l'Ordre. On élève la question de savoir si elle jouira de plein droit des privilèges de l'ancienne. Saint Pie V répond par la Bulle Superna, du 18 février 1656, dans laquelle il invoque la Bulle sabbatine, la confirme ainsi que toutes les précédentes. On attaque les légendes de l'Office de saint Simon Stock, ainsi que celles de l'Office de Notre-Dame du Mont-Carmel. La Congrégation des Rites les examine: le saint et savant cardinal Bellarmin, jésuite, fait le rapport : et les deux légendes où il est fait mention expresse des privilèges du saint Scapulaire sont approuvées, et la sainte Congrégation va jusqu'à appeler céleste.., celéstem habitum, le saint habit du Carmel. Le décret est du 20 juin 1609.

En 1413, un inquisiteur portugais, plus qu'étranger au Carmel, veut défendre aux religieux de l'Ordre de prêcher publiquement sur les privilèges du saint Scapulaire. Les Carmes en appellent à Rome, contre l'Inquisiteur de la foi, et le pape Paul V, se fondant sur les Bulles de ses prédécesseurs, déclare solennellement, le 15 février 1613, qu'il est tout à fait permis aux religieux du Carmel de prêcher sur les privilèges du saint habit de l'Ordre.

Le 8 mai 1673, Clément X, dans la riche Bulle Commissœ, rédigée par le célèbre cardinal Bona, récapitule et confirme tous les privilèges du Carmel et du saint Scapulaire.

Le 24 septembre 1246, Benoît XÏIÏ oblige quiconque est tenu à V Office divin, à faire le 16 juillet, chaque année, la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, sous le rite doublemajeur. Or, comme nous l'avons déjà dit, Y Office de cette fête résume les privilèges du saint Scapulaire.

Le célèbre Benoît XIV, honorant de sa visite le Chapitre

de l'Ordre du Carmel, énumère avec complaisance ses merveilleux privilèges : et, dans la Bulle la plus louangeuse, il va jusqu'à accorder cent jours d'indulgences pour chaque fois qu'on baisera le saint Scapulaire. Il étend à toute Voctave l'indulgence plénière attachée à la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel. Enfin, il confirme la faculté donnée à tous les fidèles qui ont dûment reçu le saint Scapulaire, de se faire appliquer, par tout prêtre simplement approuvé, l'indulgence plénière à l'article de la mort.

On le demande à tout catholique, peut-on supposer que Dieu eût permis que, pendant si longtemps, tous ces papes et plusieurs autres eussent sanctionné de toute leur autorité des prétentions illusoires ? Feller nous dit {Art. Simon Stock) que ces révélations particulières sont traitées par l'Eglise simplement comme choses pieuses, édifiantes si l'on veut ; mais, qu'au fond, elle n'a jamais préteudu reconnaître, etc. Ce langage est pour le moins équivoque. Feller veut-il dire que l'Eglise ne fit jamais de ces révélations des articles de Foi?...

Aux témoignages des papes joignons celui des docteurs. L'Université de Paris, consultée, en 1648, sur la valeur du Scapulaire, répond, le 19 août, qu'il est très-avantageux de se mnnir de ce saint habit, et qu'on peut très-prudemment prêcher cette dévotion. [Jnn. des Carm. déch. de Fr^ ch. lxxv, p. 505.)

Saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori portaient dévotement le saint Scapulaire, et en recommandaient instamment l'usage.

Le savant et prudent Aquaviva, général des Jésuites, le portait toujours, et l'imposa, en quelque sorte, à tout son Ordre.

Le célèbre Louis de Grenade, dominicain, fait l'éloge le plus complet du saint habit du Carmel (Introd. au sgmb., 1. il, ch. xxvn).

Le P. la Colombière, jésuite, le P. Lejeune, de l'Académie, Mascaron, etc. (Lac, Serm., t. iv, p. 23; — Lej., t. iv, Serai., 118 ; — Die. ap., t. xm, p. 202), ont cru rendre le plus grand service à leurs nombreux auditoires en leur prêchant les privilèges du saint Scapulaire.

Faut-il parler de l'usage général que l'on fait dans toute l'Eglise de ce saint habit depuis plus de quatre siècles?

Nous voyons saint Laurent Justiniani, patriarche de Yenise, saint Charles Borromée, cardinal archevêque de Milan, l'héroïque Belzunce, évêque de Marseille, le célèbre Fléchier, évêque de Nîmes, presque tous les papes, les évêques, les saints, la généralité des prêtres, peut-être la moitié des fidèles, du moins dans les pays de foi, mourir avec bonheur munis du Scapulaire.

Tous les grands-maîtres de Malte le recevaient solennellement.

Le général des Franciscains, en 1630, le recommande vivement à tout son Ordre.

Au xvne siècle, on ne connaissait pas un prince catholique qui ne le portât : et Louis XIV, la Reine, le Dauphin, la Dauphine, le reçurent pieusement des mains du P. Léon de Saint-Jean {Ex. de piet.enfav. du C, p. 11 et 12).

Tous trouvez le saint habit de Marie dans le château comme dans la chaumière, dans les mines, les usines, les ateliers. Tous le trouvez sur la poitrine du marin, du soldat, de l'ouvrier errant ; et c'est souvent le dernier signe de religion que conservent bien des personnes... La jeune épouse le porte avec confiance pour protéger son fruit ; et, en le baisant, la vierge se sent plus forte pour conserver son innocence.

Enfin, on voit mourir avec moins d'appréhension* ceux de ses proches ou de ses amis que l'on sait en être revêtus.

Peut-on supposer que la Providence permît que le corps à peu près entier du Clergé et la partie la plus fervente des fidèles fussent ainsi victimes, depuis plus de quatre cents ans, d'une pieuse illusion ? Mais il y a plus : nonseulement cette illusion eût été permise par la Providence ; mais elle eût été, en quelque sorte, sanctionnée, encouragée par elle, à raison des nombreux et éclatants miracles obtenus par le moyen du saint Scapulaire.

Ici, ce ne sont pas*seulemesnt les écrivains Carmes qui parlent, et les monuments de l'Ordre qui font foi ; on voit des évoques, des magistrats, des théologiens de tous les Ordres, une foule de prêtres, séculiers, etc., etc., attester, sous la religion du serment, des faits reconnus pour réels après les plus consciencieuses investigations, et d'une nature telle qu'il est impossible d'y voir autre cbose que des prodiges.

Louis de Grenade parle d'une guêrison tellement avérée, que lui, théologien de premier ordre, et témoin oculaire, assure qu'elle eût été suffisante pour prouver à un païen la divinité de la Religion (Loc. cit.).

Citons un trait de la vie de Clément VIII. L'histoire rapporte qu'après son exaltation au souverain pontificat, l'officier qui le dépouillait de ses habits de cardinal voulut lui ôter son scapulaire, en lui représentant que l'habit de pape renfermait éminemment la vertu de tous les autres habits. Mais ce pieux pontife ne le permit pas : Laissez-moi Marie, ltii dit-il, de peur que Marie ne me laisse.

Marie protège ceux qui portent le Scapulaire.

1. Les souverains les plus illustres ont porté le Scapulaire.

Edouard Ier, roi d'Angleterre ; saint Louis, roi de France, entrèrent dans cette confrérie.

Louis XIII prit aussi le Scapulaire, et voici en quelle occasion : il faisait le siège de Montpellier; M. de Beauregard, qui était auprès de lui, reçut dans la poitrine deux balles de mousquet; il chancela et ne tomba pas, absolument comme ferait un homme qui n'aurait éprouvé qu'une secousse. On se hâta de le déshabiller pour chercher les deux balles, qu'on trouva aplaties sur son Scapulaire.

2. M. de Montigny, gouverneur de Dieppe, allant par mer à Toulon, fut assailli d'une tempête qui engloutit son vaisseau en haute mer. Il surnagea , se sauva , contre toute probabilité, et attribua son salut au Scapulaire qu'il portait.

3. En 1648, le jour de Noël, le feu prit au château de Raguin, en Anjou. Le baron de Souche jeta son Scapulaire dans l'incendie, qui s'arrêta aussitôt. La même chose arriva en beaucoup d'autres lieux, et à Paris spécialement en 1664. Les flammes tombèrent pareillement devant un Scapulaire, le 9 juillet 1719, au village d'Arnaville. L'évêquede Metz fit constater ce miracle et le proclama authentique dans un mandement du 12 janvier 1720.

4. Que de prodiges le Scapulaire n'a-t-il pas opérés! La Provence était ravagée par une horrible peste. La ville de Marseille met sa confiance dans le Scapulaire, et Marie la préserve du fléau dévastateur; et un monument, digne de la piété de ses habitants, perpétue d'âge en âge le souvenir de ce bienfait.

Demandez aux mers du Levant et du Sud de vous dire les merveilles dont elles ont été le théâtre. Elles ont vu le Scapulaire apaiser la tempête, calmer les vents et les flots; elles ont vu des navires fracassés par l'orage entrer heu-

reusement au port; elles ont vu de pauvres matelots, à demi noyés, sortir du sein de la mer, arriver miraculeusement au rivage par la puissance du Scapulaire.

5. Un étudiant de Padoue, que ses désordres avaient mené aux excès les plus criminels, se livrant au désespoir, voulut se tuer, et se donna trois coups de poignard ; mais à chaque coup le poignard s'arrêtait sur un Scapulaire qu'il avait pris en des temps meilleurs. Ce fut son salut : touché de regrets, il se repentit et répara les fautes de sa jeunesse par une vie chrétienne.

6. En Flandre, un soldat condamné à être fusillé, pour fait de rébellion, fut conduit au lieu de l'exécution. Les soldats firent sur lui trois décharges sans qu'aucune balle le touchât. Elles tombaient toutes à ses pieds. Les officiers surpris l'examinèrent pour s'assurer s'il n'avait pas sous sa chemise une cuirasse. On n'y trouva que le Scapulaire; et cet incident parut si merveilleux, qu'on lui fit grâce en l'honneur de la sainte Vierge.

7. L'an 1336, un jeune Lorrain, nommé Coquart, fut frappé d'un coup de pistolet presque à bout portant. Le soldat qui lui avait tiré dessus ne le voyant pas tomber, lui en déchargea une seconde au cœur. Les balles percèrent les habits et la chemise sans qu'il fût blessé. Le soldat trèsétonné le dépouille, trouve sur son sein le Scapulaire, et, touché de ce prodige, il lui fait grâce.

, 8. Après le siège d'Ypres, on présenta à l'archiduc Léopold une balle de mousquet tirée de la poitrine d',un soldat, où, rencontrant un scapulaire qu'il portait, elle s'y était aplatie et avait retenu l'impression de l'image de la sainte Vierge qui y était brodée.

Histoire consolante de V apparition de la sainte Vierge, au pape Jean XXII (1).

Le Père Croiset, dans le second volume de la Dévotion à la sainte Vierge, rapporte un extrait de la bulle que Jean XXII donna, en 1316, à l'occasion de l'apparition dont ce Souverain-Pontife fut favorisé de la part de Marie qui lui adressa ces paroles si consolantes pour les serviteurs de cette grande Reine, paroles relatives particulièrement aux confrères du Scapulaire, mais applicables néanmoins à tous ceux de ses chers enfants qui mettent en elle toute leur confiance : « Moi, dit cette charitable protectrice et libératrice « des âmes du purgatoire, moi qui suis la Mère de miséri- « corde, je descendrai le samedi d'après leur mort, je délice vrerai tous ceux que je trouverai dans le purgatoire, et « je les conduirai sur la sainte montagne de la vie éter- « nelle. »

Cette même bulle fut renouvelée par le même pape en 1322, et dans l'une et dans l'autre il rapporte avec détail l'objet et les circonstances de l'apparition dont la sainte Yierge avait daigné l'honorer pour lui ordonner de publier son titre glorieux de libératrice des âmes de ses serviteurs,

(1) Jean XXII se distingua surtout par sa tendre dévotion envers la très-sainte Vierge ; l'Eglise lui doit la pieuse et touchante institution de V Angélus ; il attacha aussi de riches indulgences à la récitation du Salve Regina, et il fit enfin construire à Avignon une belle chapelle à Marie, sous le vocable de Notre-Dame des Miracles. L'auguste Mère de Dieu le choisit pour en faire, en son nom, Tinsigne bienfaiteur et protecteur du Carmel. Elle lui apparut ellemême, lui demandant de confirmer solennellement son Ordre, pour imposer silence à ses persécuteurs, et de promulguer de la manière la plus authentique l'insigne privilège du Scapulaire.

lorsqu'elles sont détenues dans le purgatoire. Enfin cette même bulle a été successivement publiée par Alexandre V, Nicolas V, Sixte ÏV, Jules II, Clément VII, Paul 1Y, Pie V, Grégoire XIII, Sixte V, Grégoire XIV, Clément VIII, Paul V, Grégoire XV, Urbain VIII, Alexandre VII, Clément X, Innocent XI, Benoît XIII et Clément XII. Certainement que vingt Souverains-Pontifes n'auraient pas confirmé la bulle de leur prédécesseur Jean XXII, s'ils n'avaient pas cru que l'apparition de la sainte Vierge qu'il y rapporte n'eût été incontestable. (Croiset, Année chrétienne.)

Un enfant sauvé par le Scapulaire.

« Depuis que je suis prêtre, je n'ai jamais passé, je ne dirai pas un jour, mais certainement une semaine, sans éprouver les effets salutaires de la protection de Marie immaculée. En voici un sur mille :

« C'était en 1843 ; j'étais vicaire à Aubagne et directeur de la congrégation des filles du Sacré-Cœur de Marie, au nombre de plus de cinq cents. J'avais annoncé une réception du saint Scapulaire pour le jour de la fête du Mont-Carmel, 16 juillet. Les congréganistes avaient préparé quarante à cinquante scapulaires ; mais, surpris de voir plus de deux cents personnes qui se disposaient à le recevoir, je crus devoir prier les congréganistes de ne pas emporter le scapulaire dont je me servirais pour leur réception, puisque dans la semaine elles pourraient s'en procurer plus facilement que les étrangers. Une jeune personne de dix-huit ans, soit par distraction de ma part, soit par oubli de la sienne, garda et emporta le scapulaire sans que personne s'en aperçut.

« Le lendemain, ses parents l'envoyèrent puiser une cru-

che d'eau, et, languissant de ne la voir pas revenir, deux sœurs aînées vont à sa rencontre ; elles l'aperçoivent d'assez loin, et à mesure qu'elles approchent, leur étonnement et leur trouble augmentent de plus en plus ; elles l'appellent par son nom, point de réponse; elles voient ses yeux étincelantset sa figure rayonnante delà joie la plus vive, ses habillements dégouttants à faire trace, sa coiffe bourbeuse; elles l'accablent de questions, et elle, pour toute réponse, de secouer sans cesse le scapulaire qu'elle tenait dans sa main gauche. Arrivée à la maison, la jeune congréganiste dépose doucement sa cruche, s'assied sans aucun indice de fatigue, pas même de trouble. Tous auriez dit quelqu'un qui s'éveille d'un paisible sommeil. On change ses vêtements, et alors comme sous l'impression d'un agréable songe, elle commence à ses parents cet intéressant récit : « Depuis longtemps j'attendais la cérémonie qui a eu lieu dimanche pour notre agrégation à la confrérie du Mont- Carmel ; la cloche n'avait pas encore sonné que j'étais déjà rendue à l'église. Je languissais de voir arriver mon tour, je soupirais après le bonheur de me revêtir de la livrée de Marie, sans toutefois contrevenir à la défense de notre cher directeur. Le moment est arrivé, je m'avance pour être reçue, et de retour à ma place je suis surprise agréablement de me voir le scapulaire. Après la cérémonie, je vais faire inscrire mon nom, sans dire mot9 et je reviens à la campagne avec mes sœurs sans rien leur faire comprendre. Depuis, je n'en puis plus de contentement, et je sens dans le fond de mon cœur une joie indicible : joie qui de temps en temps est, je ne dirai pas troublée, mais comme affaiblie par la pensée que j'ai pu transgresser l'ordre du directeur, que je ne voudrais pas contrarier pour beaucoup; mais je tranquillise ma conscience par la bonne foi qui me dirigeait et la conviction que la bonne Mère a tout conduit ; d'ailleurs,

me promettant bien que le samedi, en allant à confesse, je m'excuserai auprès de mon confesseur, en lui avouant le tout avec franchise; et je sens à l'instant cette joie renaître dans mon cœur et je la savoure avec encore plus de satisfaction. Telles" étaient les préoccupations de- mon esprit, telles étaient les pensées qui roulaient dans ma tête depuis hier, lorsque vous m'avez envoyée puiser de l'eau. Arrivée au bord du puits, il me fallut dégager la corde de la poulie, et le seau que je voulais attraper, descendant avec trop de rapidité, m'entraîna avec force. Je ne me troublai point, je pus me rendre raison de ma chute. A peine je fus dans l'eau que je trouvai mon scapulaire dans ma main, je ne sais comment cela arriva, car je ne pouvais l'arracherde dessous mes vêtements qu'avec difficulté. Je gardai toujours mon sang-froid, je comprenais parfaitement l'espace d'eau que je traversais (vingt-deux mètres) ; j'ai très-bien compris, par une légère secousse, que j'étais tombée au fond du puits ; je me rappelle très-bien comment j'en suis sortie, car j'ai vu et aperçu distinctement la sainte Vierge qui me soulevait par la main. Oh! qu'elle était belle! elle étincelait d'or et et d'argent ! sa figure était d'un ravissant éclat. Dans ses yeux brillait la bonté d'une tendre mère ; elle me regardait, elle me parlait avec douceur, et je lui répondais naïvement et avec respect. Quel bonheur! je me croyais au ciel. Arrivée à la surface de l'eau, je n'ai plus rien vu ni rien compris. Là, ma raison se perd, mes souvenirs s'évanouissent. Je sais que je n'ai pu m'accrocher aux murs qui couronnent le puits; car vous en connaissez la largeur (un mètre cinquante centimètres de diamètre). Comment me suis-je trouvée en dehors du puits, sur la terre ferme, je n'en sais rien; j'ai rempli ma cruche, et, à ce qu'il paraît, j'aurai tiré le seau avec la seule main droite, car je ne me suis jamais dépossédée du scapulaire que je tenais de la main

LE SCAPULÀIRE. 21

gauche ; je m'en revenais toute transportée de joie, remplie d'agréables souvenirs, lorsque je rencontrai me$ sœurs. Mon sourire, leur manifestant toute ma joie, fut l'unique réponse à leurs questions réitérées. Je n'ai pu leur parler que par signes et leur montrer ainsi ma planche de salut (le scapulaire qu'elle secouait de la main). »

« Pendant et après ce récit naïf, les parents se sentirent doucement saisis d'émotions différentes, émotion de peine au souvenir du danger qu'avait couru leur fille, émotion de joie en ne mettant aucun doute que Marie l'eût couverte visiblement de sa protection. Le docteur fut consulté pour savoir s'il n'y aurait pas nécessité de pratiquer une saignée ; mais il jugea qu'elle n'était pas nécessaire dans l'état de joie et de satisfaction où il trouva la protégée de Marie. Le samedi de la même semaine, la jeune protégée vint accomplir sa promesse et me raconter ce que déjà je savais; elle me lit ce récit que je vous transmets textuellement, pour en faire l'usage que vous jugerez à propos. Je l'écoutai avec bonté, plein de joie et de reconnaissance envers la divine Mère de Dieu.

« Sans crainte aucune et sans éprouver ces anxiétés dont nous ne pouvons pas nous défendre en levant la main sur tant de pénitents mal disposés, je congédiai cette enfant bien-aimée de Marie par le souhait ordinaire : Allez en paix, etc. Anselme Jauvat.

« Prêtre, curé de la paroisse Saint-Laurent-la-Bourdonnière, canton d'AUauch, banlieue de Marseille. »

Notre-Dame des Flammes,, ou Souvenir d'une épouvantable catastrophe sur le chemin de fer de Versailles.

Le 8 mai 1842, eut lieu aux portes de Paris, sur le chemin de fer de Versailles, l'épouvantable catastrophe dont la

chapelle de Notre-Dame des Flammes, bâtie en face de Meudon, est destinée à conserver le lamentable souvenir. Plus de cent personnes de tout rang venaient d'être brûlées et réduites en cendres dans les wagons incendiés. Un bien plus grand nombre avaient reçu des blessures graves.

Dans cet affreux malheur, Marie signala sa puissance et sa bonté de mère en faveur d'un de ses serviteurs.

Car, trois jours après l'événement (le 11 mai), on lut dans l' Union le fait suivant :

Un jeune étudiant accompagijait à l'hospice Necker un de ses amis grièvement blessé. Parvenu à la salle dans laquelle on devait placer son camarade, il dit à l'une des Sœurs qui se trouvaient là : « 0 ma Sœur, c'est mon scapulaire qui m'a sauvé ! c'est à 3a sainte Vierge que je dois la vie! Seul des personnes qui se trouvaient dans le même wagon, j'ai échappé à la mort. Je n'ai aucune blessure! Oh! quelles grâces je dois rendre à Dieu! »

{Le Culte de la sainte Vierge, p. 075.)

La dévotion au Scapulaire récompensée*

Dans la promesse que la très-sainte Vierge fit à saint Simon Stock, en lui remettant le scapulaire, elle lui dit que tous ceux qui mourront revêtus de ce saint habit seront préservés des flammes de l'enfer : In quo quis moriens, œternum non patietur incendium. Voilà pourquoi il est bon de ne jamais quitter son scapulaire et de remplacer immédiatement celui que Fou porte, quand il ne peut plus servir. Voici un fait que nous avons entendu raconter, dans une retraite prêchée au petit séminaire de Toulouse par le R. P. Leblanc, jésuite, qui en avait été lui-même témoin.

Un soir que ce saint religieux faisait, dans un collège où

il était employé, la visite des dortoirs pour voir si tous les élèves étaient couchés, il vit un jeune enfant agenouillé auprès de son lit. — Pourquoi n'êtes-vous pas encore dans votre lit, mon ami? lui dit le Père. — J'ai donné mon scapulaire à raccommoder au portier; il ne me l'a pas encore rendu, je n'ose pas me coucher. J'ai peur de mourir cette nuit sans mon scapulaire. — Ne craignez rien ; demain dans la journée, on vous rendra votre scapulaire. En attendant, tâchez de bien dormir. — Mon Père, je ne puis me coucher ; je mourrai peut-être cette nuit ; et en disant ces mots, le pauvre enfant pleurait à chaudes larmes. Le bon Père, touché des dispositions et de la confiance de ce pieux élève, descendit chez le portier ; et ayant remis le scapulaire à ce cher enfant, celui-ci le baisa dévotement ; et l'ayant mis à son cou, il s'endormit plein de joie, en invoquant Marie, sa tendre Mère. Le lendemain matin, comme le Père faisait la visite, pour voir si tous les élèves avaient été exacts à se lever à l'heure, arrivé devant le lit de ce pauvre enfant, qui l'avait tant édifié, il s'aperçut qu'il était encore couché; il crut qu'il réparait le temps qu'il avait perdu la veille ; et l'ayant appelé^plusieurs fois sans qu'il répondît, il s'approcha du lit. Mais quel ne fut pas son étonneineni, quand il vit que ce cher enfant de Marie était mort pendant la nuit! ïl tenait encore dans ses mains son scapulaire, qu'il avait sans doute baisé une dernière fois avant de s'endormir dans le Seigneur.

Marie voulut récompenser la confiance filiale de son jeune serviteur, en ne permettant pas qu'il mourût sans être revêtu de ses saintes livrées: «Le juste plaisait à Dieu, dit l'esprit-Saint ; il en a été aimé ; il vivait au milieu des pécheurs ; il a été transféré. Il a été enlevé de peur que la malice ne changeât son esprit, et que la fausse apparence des choses ne trompât son âme. En effet, l'enchantement

de la bagatelle obscurcit les bonnes qualités, et l'inconstance des désirs bouleverse une âme innocente. Aussi, achevant en peu de temps sa vie, il a rempli une longue carrière. Car son âme était agréable à Dieu, et c'est pour cela qu'il s'est hâté de le retirer du milieu des iniquités. »

Un colonel français protégé par le Scapulaire.

Le 8 septembre 1855, jour mémorable dans nos fastes militaires, les troupes qui devaient livrer l'assaut décisif aux redoutables fortifications de Sébastopol demeuraient encore immobiles dans les tranchées. Le silence régnait. Ainsi le calme précède les grandes tempêtes. Seule la voix des chefs se faisait entendre, exhortant les soldats à se montrer dignes de la France.

Pendant cette solennelle attente, l'un des colonels de ces braves régiments accomplissait un devoir plus pénible pour son cœur que celui d'affronter l'ennemi ; l'œil sec et la figure impassible, il se séparait d'une épouse qui l'avait suivi au milieu des camps. Cet adieu, dans la pensée de l'un et de l'autre, devait probablement être le dernier. Déjà le colonel s'éloignait pour aller rejoindre les siens, lorsque, comme saisie d'une inspiration soudaine, sa femme s'élance auprès de lui, et, prenant en hâte son Scapulaire : « Confiance, il ne te sera pas inutile. » Puis elle le jette au cou du guerrier, et se retire.

On sait les phases diverses de cette sanglante journée : le régiment du colonel de L*** fut un de ceux qui eurent le plus à souffrir : mais enfin l'heure du triomphe arriva, et lorsque déjà les Russes abandonnaient Sébastopol , à la lueur de l'incendie qui dévorait la cité vaincue, le colonel écrivait à sa femme : « Tout est fini, je suis sain et sauf, rendons grâces à Dieu. »

LE SCÀPULAIRE. 25

Sans doute, de tels faits ne constituent pas des miracles, cependant ce n'est pas sans consolation que les serviteurs de Marie les recueillent. 11 y a dans la vie certains enchaînements de circonstances dans lesquels la Providence se montre d'une manière plus sensible ; et, sans oublier les règles d'une critique prudente, le chrétien n'oublie pas non plus que les miracles mêmes sont la récompense de la foi.

L'heureuse mère.

Au moment où notre armée partait pour la Crimée, on vit une dame passer plusieurs heures en prière dans le sanctuaire de Roc-Amadour; deux de ses enfants faisaient partie de l'expédition, et elle venait les recommander à Marie. En sortant de la Chapelle miraculeuse, elle disait avec l'accent d'une ferme confiance : Mes enfants ne périront pas, ils sont sous la sauvegarde de Marie!...

Heureuse mère ! ! î Sa confiance n'a point été trompée, ses enfants sont revenus couverts de gloire. Le lendemain du formidable assaut de Malakoff, un d'entre eux qui venait d'y déployer une héroïque bravoure disait à son frère, en lui montrant le Scapulaire qu'il portait sur sa poitrine : Voilà ce qui m'a préservé de la mitraille des Russes.

ê Exemple terrible de désespoir.

Voici un trait bien affligeant, rapporté par le savant et pieux Père de la Colombière.-

Une jeune personne, ayant eu le malheur d'oublier les bons principes en lisant de mauvais livres et en fréquentant des compagnies dangereuses, se laissa aller à commettre une grande faute, qui compromit son honneur.

Dévorée par le remords, au lieu de se jeter aux pieds de Jésus et de Marie pour implorer pardon et miséricorde, elle se laissa aller au désespoir, le seul crime irrémissible.

Agitée par les plus sombres pensées, elle se précipite dans la rivière; mais quel n'est pas son étonnement, en voyant que, quoiqu'elle ne sache pas nager, elle ne peut néanmoins parvenir à se noyer, et que, malgré ses efforts, elle reste toujours sur l'eau.

Cependant un pêcheur qui l'avait aperçue , lorsqu'elle accomplissait son crime, court à son secours ; mais voilà qu'au moment où il allait l'atteindre , le démon , sans doute, dit à cette infortunée : que ce qui l'empêchait de se noyer c'était le Scapulaire qu'elle portait à son cou ; aussitôt elle l'arrache et le jette loin d'elle , et en même temps elle s'enfonce non pas seulement dans les flols, mais encore dans les abîmes sans fond et sans rivages de l'éternité.

Le Scapulaire conservé au milieu des flammes.

Nous donnons ici l'analyse du compte rendu envoyé par le curé de Damprac (Ardèche), aux journaux religieux sur un prodige arrivé dans sa paroisse. Le 20 novembre 1857, au milieu de la nuit, un incendie éclata à Damprac. Le vent soufflait avec violence, le thermomètre était au dessous de la glace et fa nuit très-obscure. Tout à coup les habitants déjà couchés sont réveillés par le tocsin ; l'on entendit crier au feuî au feu ! au secours ! -#- L'incendie avait atteint la maison d'un propriétaire aisé de la commune. Déjà la flamme avait gagné un appartement où se trouvaient entassés plus de 5,000 kilogr. de farine, de la paille et autres matières inflammables.

A l'appel du tocsin, toute la population du village se

porta avec empressement sur le lieu du sinistre. Des hommes intelligents dirigeaient les secours. Mais le feu qui était excité par un vent furieux avait gagné le foin et la paille. Malgré la grande quantité d'eau qu'on ne cessait de jeter sur les flammes, l'incendie faisait des progrès rapides; à chaque instant il devenait plus terrible et plus effrayant. Le toit, couvert par de lourdes ardoises, s'était affaissé, il était tombé avec fracas. La flamme pénétrait dans une autre pièce pleine de foin dont la porte était déjà tout en feu. Les maisons voisines couraient les plus grands dangers. La consternation était générale. Que faire?... Tout à coup, une jeune personne Anne Reynaud, appartenant à la Congrégation de l'Immaculée-Conception, s'écrie qu'il faut jeter au milieu des flammes un Scapulaire de la très-sainte Vierge: Elle quitte aussitôt celui qu'elle porte elle-même, et le donne à un des hommes qui présidaient. Celui-ci, dans l'impossibilité de placer le Scapulaire au milieu du feu, soit à cause de la violence du vent, soit à cause des flammes qui ne permettaient pas d'approcher, ne sachant quel moyen prendre, le roule autour d'une pierre et le lance au plus fort de l'incendie. Le Scapulaire, en tombant au milieu des flammes en arrête la fureur ; elles s'affaissent tout à coup. L'on aurait dit que plusieurs tonnes d'eau étaient tombées sur l'incendie. Il ne fut pas éteint sans doute, mais dès ce moment il s'arrêta, ne passa pas plus loin ; l'appartement contigu à la maison incendiée, et dont la porte brûlait déjà, ne fut pas entièrement incendié. À cette vue, l'espérance se réveille dans tous les cœurs, la crainte se dissipe...

Mais l'événement le plus remarquable ne fut connu que le lendemain de l'incendie. Non-seulement il avait duré toute la nuit du 20 novembre, mais pendant toute la journée du 21, fête de la Présentation de Marie, les poutres, les

planches, tous les débris de la maison brûlaient encore. Des hommes de bonne volonté furent employés pour retirer tous ces débris. Mais, quel ne fut pas leur étonnement ! ô prodige !... Lorsqu'on fut arrivé au milieu de l'appartement qui avait été la proie des flammes, l'on trouva parmi des charbons enflammés et des pierres brûlantes, le Scapulaire parfaitement conservé, l'image de la très-sainte Vierge n'avait pas été altérée, les attaches mêmes avaient été respectées. M. le Curé recueillit ce Scapulaire avec respect et le déposa, au milieu d'une grande multitude témoin de ce prodige, aux pieds de la sainte Vierge, dans la chapelle paroissiale qui lui est consacrée.

Les fidèles de cette paroisse, pour perpétuer le souvenir de ce prodige, et pour témoigner leur reconnaissance à Marie, lui ont élevé une belle statue.

Guilhon, curé de Damprac.

Le duelliste converti.

Vers le temps où saint Simon Stock reçut le Scapulaire des mains de la sainte Vierge, un gentilhomme anglais nommé Walter, qui avait passé sa vie dans le libertinage, ayant été blessé en duel, était près d'expirer en désespéré. A cette nouvelle, le saint homme accourt; il le trouve grinçant des dents, écumant de rage, la fureur dans l'âme, les blasphèmes à la bouche, près de rendre le dernier soupir. Le Saint prie pour lui, lui impose le Scapulaire, et aussitôt le malade revient à lui-même, pleure ses péchés, les confesse, et, muni des sacrements, meurt dans la paix du Seigneur (1).

(1) C'est ce que rapporte le P. Swanington, auteur d'une Vie du B. Simon Stock, et ce fait se passa sous les yeux de l'évêque de Vintone, en Angleterre.

V enfant de Notre-Dame.

En 1640, dit le Père le Jeune, une compagnie de soldats français, allant à la petite guerre sur les frontières de la Lorraine, rencontra une escouade de Cravates. Nos Français ne faisaient point de quartier à ces gens-là. Un de ces pauvres Cravates ayant été percé de plusieurs balles et ne mourant point, l'on cherchait à l'assommer en lai déchargeant sur la tête et sur le corps des coups de crosse. Mais il disait à ses ennemis : Yous avez beau faire, je suis enfant de Notre-Dame, j'ai sur moi son saint habit, je ne mourrai point sans confession. En effet, il survécut à ses blessures jusqu'à ce que la Providence, ayant conduit un prêtre au lieu où il était, il en reçût les sacrements.

Le Scapulaire conservé.

« J'ai connu, dit le Père Boissieu dans son Traité de la dévotion ce Marie, j'ai connu un homme de qualité qui vit encore au temps où j'écris ceci, qui, ayant été frappé de la foudre, et sa chemise étant brûlée par ce feu ardent, son Scapulaire néanmoins qui était dessous n'en fut pas gâté, ni son corps incommodé en aucune manière. Nous aurions une foule de faits de cette sorte à rapporter, si l'étendue de ce livre le permettait. »

Conversion admirable.

Saint Alphonse de Liguori raconte l'histoire suivante: « Un prêtre, mon compagnon, dit-il, était dans une église, occupé à entendre les confessions. 11 voit entrer un jeune homme : quoiqu'il n'eût donné, en entrant, aucun signe de

piété, son air annonçait qu'il se livrait dans son âme un combat dont le Missionnaire crut avoir deviné le principe. Aussi, quittant le saint tribunal et s'approchant du jeune homme : Mon ami, lui dit-il, voulez-vous vous confesser? Celui-ci répondit qu'oui ; mais que sa confession devant être un peu longue, il le priait de l'entendre dans un lieu à l'écart. Lorsqu'ils furent seuls, le jeune homme lui parla en ces termes : Mon Père, je suis un étranger ; mais je ne puis me persuader que je devienne jamais l'objet des miséricordes d'un Dieu que j'ai tant offensé par une vie aussi criminelle que la mienne. Sans vous parler des meurtres et des infamies de tout genre dont je suis coupable, je vous dirai que désespérant tout à fait de mon salut, je me livrais au crime moins pour contenter mes passions, que pour outrager Dieu et assouvir la haine que je lui portais. J'avais sur moi un crucifix, je l'ai rejeté par mépris. Ce matin môme....

j'ai horreur de le dire je suis allé à la sainte table pour

commettre un sacrilège. Mon intention était de fouler aux pieds la sainte hostie, et j'allais en effet exécuter cet horrible dessein La présence seule des personnes qui m'environnaient m'a retenu* Et, dans le moment même il remit à son confesseur la sainte hostie, qu'il avait conservée dans un papier. En passant devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d'entrer, au point que je n'ai pu résistera ce mouvement intérieur ; et aussitôt de violents remords de conscience se sont élevés dans mon âme, avec la pensée, quoique bien vague encore, de me confesser. J'approchai cependant du confessionnal ; mais la confusion que j'éprouvais et ma défiance de la miséricorde de Dieu étaient si grandes, que j'ai été sur le point de sortir; et je l'aurais fait, si je ne m'étais senti retenu, je ne sais par quelle main

invisible Là-dessus, mon Père, vous vous êtes avancé

vers moi Je suis à vos genoux je me confesse je

ne puis vraiment revenir de tout ceci. Son confesseur alors se mit à lui demander s'il avait fait quelque bonne œuvre depuis peu, ou recouru à quelque pratique de piété qui lui eût obtenu tant de grâces. Peut-être lui dit-il, que vous avez fait quelque sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge, ou imploré son assistance. Car de telles conversions ne sont pour l'ordinaire que des effets de la puissance de cette bonne Mère. « Moi, des sacrifices et des pratiques de piété ! lui répliqua vivement le jeune homme; ô mon Père, combien vous vous trompez ! je me croyais déjà dans l'enfer. Réfléchissez donc!... » Puis portant la main sur sa poitrine qu'il découvre : « Tenez, voilà tout ce que j'ai conservé ; et il lui montre son scapulaire. — Ah ! mon fils, s'écria le prêtre attendri, ne le voyez-vous pas ? C'est la sainte Yierge qui vous a obtenu cette grâce... Sachez déplus que cette église dans laquelle vous n'êtes entré que par un mouvement intérieur, est consacrée à cette bonne Mère. A ces mots, le jeune homme fond en larmes et pousse de longs soupirs. Ce fut le coup de la grâce. Il entre dans les détails de sa vie criminelle, et sa douleur allait toujours croissant, il tombe évanoui aux pieds de son confesseur Mais enfin, revenu à lui-même, il achève son accusation, reçoit l'absolution de ses péchés Et avantde retourner dans sa patrie, il permit au missionnaire de publier partout la grande miséricorde dont Marie avait usé à son égard (1), »

Exemple terrible de la justice de Dieu,

Il y avait à l'hôpital de la Marine, à Toulon, un officier qui touchait à sa dernière heure. Malade à la suite de ses

(1) Ce trait d'histoire est tiré des opuscules de piété de saint Alphonse Liguori,

désordres, nourri, dès le collège, des idées voltairiennes, il ne voulait pas entendre parler de confession ; le seul nom de religion le mettait en fureur. En vain le pieux aumônier de la maison, et les bonnes Sœurs qui lui prodiguaient les soins les plus affectueux redoublaient de zèle et de charité pour lui ; rien ne pouvait le toucher.

Cependant le mal faisait des progrès effrayants ; on s'adresse avec confiance à Marie, le refuge des pauvres pécheurs, et après avoir beaucoup prié cette tendre Mère, une des Sœurs proposa de passer au cou du moribond un Scapuîaire bénit ; mais à peine lui eut-on mit le saint habit de Marie, que, sortant de sa léthargie mortelle, il s'écria d'une voix terrible, qui glaça d'effroi tous les assistants : « Eh ! quoi ! vous avez donc peur que je ne sois pas assez tôt en enfer? Pourquoi avez-vous mis du feu sur moi? Otez-le, ôtez-le!... » Ces paroles étaient accompagnées de convulsions affreuses. On lui sort le Scapulaire ; il retomba aussitôt dans son abattement. Quelques heures après, on essaye de le lui mettre de nouveau ; mais s'en étant aperçu, il l'arrache avec fureur et pousse le dernier blasphème, en rendant le dernier soupir.

La divine Providence ne permit pas qu'un homme aussi impie, et qui devait s'être rendu coupable de grands crimes, mourût revêtu des saintes livrées de Marie, gage assuré de prédestination pour ceux qui les portent avec piété.

Un vieux pêcheur guéri et converti par la sainte Vierge.

En 1834, vivait à Angoulême un ancien cuirassier qui, n'ayant pas la force de supporter certaines peines dont on ignore le sujet, résolut de s'en délivrer en s'ôtant la vie.

Incertain quelques instants sur le genre de mort qu'il devait choisir, il se décida pour le poison, dans la pensée qu'il pourrait plus facilement cacher son crime au public, et bientôt son horrible projet fut exécuté. Il ne tarda pas à en ressentir les effets : de cruelles douleurs l'avertirent des terribles effets de sa coupable action. Aussitôt il se rend à l'hôpital et demande instamment qu'on l'y laisse seulement passer la nuit. On ignorera la cause de ma mort, se disait-il à lui même, et ma mémoire ne demeurera pas flétrie. Mais la supérieure lui déclare qu'elle ne peut le recevoir sans un billet de l'administration. Le malheureux, forcé de sesetirer, ne sait plus que devenir. Dans cette perplexité, il se sent serrer le bras, et entend une voix qui lui dit : Ya à Saint-Pierre te confesser à M***. Frappé de cet avertissement, il n'y oppose pas la moindre résistance, se rend à l'église désignée par la voix, et il fait prier M*** de venir le confesser. Celui-ci, accablé de fatigue, lui envoie dire de se présenter dans un autre moment : on était alors en carême, il était trois heures du soir, et le bon prêtre n'avait pas encore rompu son jeûne. Cependant le malheureux fait de nouvelles instances et assure que plus tard il n'en sera plus temps. Le prêtre se rend donc au confessionnal, et le pénitent lui déclare qu'il vient de s'empoisonner. A cette déclaration, le confesseur lui montre l'obligation où il est de lui permettre de divulguer le secret. Le militaire, touché par la grâce, lui accorde cette permission, et comme le feu qui lui brûle les entrailles, les douleurs aiguës qu'il ressent le jettent dans un état tout à fait désespérant, le prêtre charitable le tire du confessionnal, le sort de l'église et se hâte de le traîner à l'hospice ; son conducteur demande tout de suite un contre-poison ; mais pendant qu'on le prépare, il touche le pouls du malade et n'en trouve plus : un teint livide, des yeux voilés, tout annonce une mort prochaine. A

34 l'A DÉVOTION A MARIE.

cette vue, le cœur percé de douleur, mais plein de confiance dans la divine miséricoede, le fervent ministre se jette à genoux et récite les litanies de la sainte Vierge. A la première invocation, il sent le pouls du moribond revenir, et peu après il l'entend prononcer quelques paroles. - 0 mon bon Père, lui disait-il d'une voix bien faible, mon Père, priez, priez encore; puis il pousse un soupir et dit encore ': Sainte Marie, priez pour moi ; et bientôt la connaissance lui est entièrement revenue. M*", dans l'enthousiasme d'un changement si merveilleux, lui demande s'il n'a point conservé quelques pratiques de piété. -Non, mon Père, depuis longtemps je ne fais aucune prière. Mais, après avoir réfléchi un instant, il découvre sa poitrine et montre un Scapulaire : Voici le seul signe de piété que j'aie conservé. - Ah ! mon ami, s'écrie le prêtre, je ne suis plus surpris du miracle qui vient de s'opérer : c'est Marie qui vous a protégé, c'est à elle que vous devez la vie.

Cependant le médecin arrive, et, après avoir entendu les détails nécessaires sur la position du malade, il assure qu'une puissance supérieure seule a pu prolonger sa vie au delà de deux heures après la prise du poison, un des plus actifs que l'on connaisse; et cinq heures s'étaient écoulées depuis ce fatal moment !... Le contre-poison devint inutile. Le médecin proposa de dresser un procès-verbal pour attester la vérité du prodige; mais l'humble ecclésiastique, craignant qu'on n'attribuât peut-être le miracle à la ferveur de ses prières, ne jugea pas à propos de rendre le fait public.

Il m'a été raconté par des personnes dignes de foi. Qu'il vous donne une confiance nouvelle en Marie.

(Mois de Marie, par M. l'abbé Michaud).

M. de Laval arraché à la mort par Marie.

Plusieurs hommes honorables du département du Yar étaient tombés au pouvoir des insurgés au mois de décembre 1851. Ces malheureux, enfermés dans la prison de Salerne, s'attend an t à la mort, demandèrent un prêtre pour recevoir leur confession. M. l'abbé Jaume, vicaire de Salerne, se rendit à leurs désirs. Ce digne ecclésiastique témoigna une bonté toute particulière au jeune Andréol de Laval, et lui remit un Scapulaire pour le protéger dans les circonstances périlleuses où il se trouvait. Plus tard, on transporta les prisonniers à Aups, où les insurgés avaient été forcés de se retrancher. Exaspérés de leur défaite, ils se disposaient à massacrer ces infortunés, lorsque la troupe arriva tout à coup au pas de course. Alors il se livre un horrible combat. L'hôtel Crouzet, où sont renfermés les prisonniers, est désigné comme le quartier général des chefs. C'est sur lui que se dirige l'attaque la plus vive. Les appartements sont criblés de balles, il fallait se faire reconnaître des soldats. Décidé à mourir pour sauver ses amis. M. de Lavai n'hésite pas, il va droit à la fenêtre, parle aux soldats, qui ne le comprennent pas, et, le prenant pour un insurgé, dirigent sur lui tous leurs coups. îl tombe percé de balles, tout sanglant; déjà une baïonnette a déchiré son bras. A ce moment, enfin, on aperçoit aux fenêtres de l'hôtel les gendarmes prisonniers agitant leurs bonnets de police. Le capitaine arrête le feu, il embrasse M. de Laval, qui lui dit en lui serrant la main : « Je meurs content ; j'ai sauvé mes compagnons. Yive le 50e ! » M. Pastoureau, préfet du Var, racontant plus tard à madame la baronne de Laval cette terrible scène dont il avait été témoin oculaire : « Madame,

a disait-il, votre fils devait mourir mille fois sous tanfc de

« coups de feu pleuvant sur lui de toutes parts ; je ne pouce vais comprendre comment il bougeait toujours. » Un brigadier de gendarmerie qui combattait avec la troupe raconte qu'il a tiré sur lui deux coups de pistolet, et voyant, ajoute-t-il, que je ne pouvais réussir à le tuer, fy ai renoncé. Les habits de M. de Laval ont vingt-neuf trous de balles ; sa cravate et ses bottes en sont criblées ; sa casquette; qui est demeurée sur sa tête, a été percée entre le cuir de la visière et le drap ; la poitrine du paletot a neuf trous. Un des plombs des insurgés a rasé la poitrine, faisant deux trous à la chemise sans effleurer même la peau. M. de Laval est sauvé ; il a vu peu à peu ses blessures se cicatriser. Dès les premiers jours de sa captivité, sa mère et ses sœurs firent une neuvaine à la très-sainte Vierge pour demanderla conservation d'une vie aussi précieuse.

Le colonel de Chalbrand sauvé de la mort par son Scapulaire.

Le trait suivant n'est pas un miracle, sans doute, mais, tout naturel qu'il est, il forme néanmoins une preuve frappante des avantages de la dévotion à la sainte Vierge; et qui sait môme s'il n'y a pas là, cependant, une véritable intervention de cette Providence admirable qui prépare et conduit toutes choses selon ses desseins et selon les dispositions des esprits et des cœurs !

On sait que lors de l'invasion de l'Espagne par les Français, sous le premier empire, les Espagnols regardaient les Français comme des impies. Hélas ! les sacrilèges folies de la Révolution pouvaient assez le faire croire. On sait aussi que, malgré les prodiges de courage de nos troupes, nous avons essuyé bien des revers dans la guerre d'Espagne. Le récit

qu'on va lire est d'un ancien colonel, mort il y a quelques années, le colonel de Chalbrand. Cet officier supérieur avait reçu de bons principes au sein de sa famille; il avait eu le bonheur de conserver ses sentiments religieux. A son entrée en Espagne, il avait été reçu dans une famille chrétienne, de tout temps attachée à la dévotion à la sainte Vierge. La dame de la maison, Teresa de Morillejos, avait offert à son hôte, avec simplicité et confiance, un scapulaire de la sainte Vierge, l'engageant à se mettre sous la protection de Marie à la vue des dangers qu'il allait courir. M. de Chalbrand avait accepté avec joie et avait promis de porter toujours sur lui ce signe de salut. Il fut fait prisonnier; c'était en 1809. Mais laissons-le raconter lui-même comment son scapulaire lui sauva la vie.

« Le 3 janvier 1809, dit-il, on s'arrêta dans un petit village, à quatre lieues d'OHvença. Nous y fûmes assaillis, selon l'usage, par la canaille du lieu. Les rues étoient pleines; il y avoit du monde aux fenêtres, sur les toits et même au clocher. On nous déposa dans une salle basse dont les fenêtres donnoient sur la rue. La populace se pressa autour des fenêtres : ils s'étouffoient, ils escaladoient les murs, ils montaient les uns sur les autres, pour nous voir, nous huer et nous jeter des pierres. Il n'y avoit aucun moyen de se dérober à ces attaques; nous étions en quelque sorte attachés au carcan ; il falloit tout endurer sans se plaindre. Après les pierres et la boue, les poignards se montroient, et j'avoue que je les vis sans effroi. Ces horribles traitements peuvent être supportés dix fois, vingt fois avec résignation; mais il arrive un instant où l'esprit se révolte : la crainte de la mort disparoît, et l'excès de l'exaspération vous ôte towte prudence. Tel fut l'effet que produisit sur moi cette scène. Quand je vis les poignards levés sur nous, transporté parle désespoir, je m'approchai de manière à pouvoir être frappé

il. 3

facilement, et découvrant ma poitrine, je m'écriai : Frappez, brigands, et que cela finisse! Je m'attendois à recevoir à l'instant plusieurs coups de poignard, quand aussitôt toutes ces armes disparurent; chacun déposa les pierres qu'il nous destinoit, et un grand nombre de voix répétèrent : Ils sont chrétiens! Us sont chrétiens! Amis, il ne faut pas leur faire de mal! Etonné de ce changement subit, j'en demandai la cause à celui qui étoit le plus rapproché de moi et qui, après s'être montré un des plus acharnés contre nous, avait été le premier à donner l'exemple du retour à une attitude pacifique et même bienveillante. C'est que, dit-il, vous êtes non-seulement bon chrétien, mais encore catholique zélé. — Oui, sans doute, je suis catholique et je m'en fais gloire j mais comment le savez-vous? — Par le signe que vous portez. C'était le scapuiaire de doua ïeresa de Morillejos, que je n'avois pas quitté depuis ma séparation de cette excellente dame et de son mari, et que j'avois mis à découvert en ouvrant mon habit pour offrir ma poitrine nue aux coups des assassins. »

Ce fait est authentique: il a été îaconté plusieurs fois par le colonel lui-même, et on peut le lire dans un ouvrage de la bibliothèque de Tours, intitulé : Les Français en Esptagne.

Puissert-il faire comprendre de plus en plus quelles res„ sources infinies la sainte Vierge a à sa disposition pour le bonheur de ses fidèles enfants!

A. Courtus, curé d'Ilénin (Pa:-de-Calais).

La confession miraculeuse.

On rapporôe, dit \ô docte et pieux P. Crasset, beaucoup de miracles que Dieu a opérés pour autoriser les pratiques en l'honni ur de Marie, comme celles du Rosaire et du Sca-

pulaire. Je ne puis en omettre un qui est arrivé, il n'y a que quatre ans, dans l'endroit où s'est donnée la bataille de Senef. M. le marquis de S***, connu par sa probité irréprochable, me raconta, au retour de la guerre, le trait suivant dont il avait été lui-môme témoin oculaire. Il me dit que, le troisième jour après le combat, ayant reçu Tordre de se rendre sur le champ de bataille et de faire transporter à l'hôpital les soldats blessés, il vit, parmi un grand nombre de morts, un soldat qui portait un scapulaire et tenait dans ses mains un chapelet, et qui demandait un prêtre pour se confesser. Le marquis, s'étant approché de lui, remarqua qu'entre plusieurs blessures graves, il avait reçu un grand coup de sabre sur la tête et un coup de mousquet qui lui avait traversé le front, de manière qu'on voyait la cervelle des deux côtés. L'apercevant dans ce déplorab'e état, il dit aux gens de sa suite : « Voilà un homme mort qu'il faut laisser là. » Le malheureux soldat, l'ayant entendu, le pria instamment de le faire jeter sur la charrette avec les blessés, ajoutant qu'après qu'il se serait confessé au premier prêtre qu'il rencontrerait, on le laisserait, si on voulait, dans la campagne; ce qui lui fut accordé. Quand on eut fait quelque chemin, on rencontra un aumônier. Le moribond se confessa avec une grande présence d'esprit, et après avoir eu le bonheur de recevoir l'absolution de toutes ses fautes, levant les yeux au ciel, il expira doucement en murmurant le nom de Marie, patronne de la bonne mort.

Un pieux évêque sauvé par son scaptulaire.

Personne n'ignore les attentats sacrilèges de tout genre qui désolent l'Italie envahie par le gouvernement révolutionnaire du Piémont. Au milieu de ces cruelles épreuves que Dieu permet pour éprouver son Eglise et pour montrer

une fois de plus qu'elle est assise sur la Pierre, la Providence se montre de temps en temps en faveur des enfants de Marie.

On lira avec intérêt l'extrait d'une lettre de Mgr d'Avanzo, évêque de Castellaneta, une des gloires du clergé napolitain :

« Je viens maintenant, écrit le vénérable prélat, au fait qui me regarde et auquel vous avez la bonté de vous intéresser si vivement. En voici la courte et affligeante histoire: La secte révolutionnaire n'ayant pas réussi à exciter des troubles dans le diocèse, pour m'en faire sortir, comme il est arrivé dans beaucoup d'autres, suivant le mot d'ordre de la Révolution : A la porte lesévéquesl (Fuori ivescovi!), on me fit insinuer indirectement et avec menaces d'avoir à partir. Je répondis hautement que le devoir d'un évoque était de rester au milieu de son troupeau, surtout à l'approche du danger. Ma réponse fut connue, et on jura d'en tirer une solennelle vengeance. N'osant pas l'exécuter dans le diocèse, la secte profita de la circonstance où, dans les premiers jours de septembre, je dus aller prendre posses sion de mes nouveaux diocèses, Calvi et Teano.

« Donc, à la distance de seize milles du diocèse de Castellaneta, en vue du village de Gioia, diocèse de Bari, vers les trois heures après midi, elle me fit attaquer par deux garibaldiens de Gioia. A quinze pas de distance, ils déchargèrent leurs fusils contre moi. C'est un vrai miracle de la trèssainte Yierge immaculée, si je ne suis pas resté sous leurs coups. Des quatre balles, une fit fausse route. Deux autres me traversèrent le buste de part en part, en passant sous les muscles pectoraux. La quatrième, la plus directe, devait m'enfoncer la poitrine. Au iieu de cela, elle frappa la partie supérieure de la croix pectorale, puis, traversant -la soutane, le gilet et la chemise, elle vint s'endormir dans mon

LE SCAPULA1RE.

scapulaire ; elle m'occasionna seulement, à cause du choc de la croix, une forte contusion à la poitrine.

« Ce n'est pas tout. Ayant dû entrer dans ledit village de Gîoia pour me faire soigner, on ne m'épargna, grâce aux révolutionnaires, ni les dérisions de la foule, ni les insultes du prétoire, ni les menaces. Le soir seulement je pus me tirer d'affaire sans avoir déboursé le prix du sang. En conséquence, j'ai dû rester près de deux mois dans les environs de Bari, chez un archiprêtre de mes amis, tant pour soigner mes blessures que pour me guérir de deux fièvres pernicieuses qui en ont été la suite. Enfin, j'ai pu faire un voyage de 150 milles pour me rendre à Avella, ma patrie. J'y suis encore pour achever ma guérison et pour attendre le moment de me rendre dans mes nouveaux diocèses, aujourd'hui théâtre de la guerre civile, puisqu'ils sont situés au delà du Volturne.

« Vous comprenez par ce court récit que si je suis encore en vie, je le dois à la protection toute spéciale de la trèssainte Vierge, à laquelle, dès mes plus tendres années, privé de père et de mère, je fus recommandé par la tante qui m'a élevé. Priez-la que je ne me rende pas indigne d'une protection si marquée, et que je continue de prêcher ses gloires et de propager sa dévotion parmi le clergé et parmi les fidèles, avec plus de zèle encore que je ne l'ai fait jusqu'ici.

« En ce qui me regarde personnellement, j'ai remarqué, surtout dans les circonstances actuelles, que le jeune clergé tire un immense secours de l'enseignement chrétien, auquel je l'ai fait participer depuis sept ans. Comment aimer Marie, quand on n'a pas le sens de Jésus-Christ, qui est son fils unique? C'est bien maintenant qu'il faut nous tourner vers Elle et lui dire : Spes nostra, salva nos, perimus! Notre espérance, sauvez-nous, nous périssons!

La balle aplatie sur le Scapulaire.

Le 19 août 1G67, au camp de Brugelette, après midi, en présence de M. Maximilien de Sausse, comte de Mastaing, du Révérend Père Joseph, prieur des Carmes de Brugelette, du Père Barnabe, sous-prieur, du Père René de Sainte- Thérèse, du Père Thomas de Saint-Pierre, etc., comparurent Vincent Mathieu, gendarme de Mgr le Dauphin, et Nicolas Pierrot, trompette des gendarmes, lesquels déposèrent qu'ayant eu querelle, ledit Vincent Mathieu lui tira un coup de pistolet à dix pieds de distance ; mais, par bonheur, la balle ayant rencontré son Scapulaire, il ne reçut qu'une légère contusion qui a paru aux yeux des assistants et témoins, quoique la balle eût percé sa casaque et sa chemise, et qu'elle se soit trouvée aplatie d'un tiers au milieu de l'estomac et à trois bons pouces au défaut des côtes.

Louis Amelot, gendarme de ladite compagnie, vit donner le coup ; le sieur d'Orgeneuvilles, de la même compagnie, en fut aussi témoin, et vit le Scapulaire attaché et collé à la contusion. Le chirurgien y trouva la balle dans la chemise ; M. Brojart, maréchal des logis, M. Delestre, brigadier, en sont témoins ; MM. les aumôniers du comte de Broglieet du marquis de Fervaques ont vu la contusion et l'ouverture de la balle au justaucorps et à la chemise. Tous ces personna-

es ont signé le procès-verbal qui constate ces faits, le 20 août 1675. Viennent ensuite les attestations signées des officiers et du colonel du régiment, enfin celle du chirurgien ainsi conçue :

Je, soussigné, chirurgien-major de la garde de Monseigneur le Dauphin, étant venu pour panser Nicolas Pierrot, dans la croyance qu'il devait être blessé, j'ai trouvé la balle

dans sa chemise après avoir percé la casaque et chemise dudit trompette, et n'y ai vu qu'une légère contusion: ce qui ne peut se faire sans miracle. « Signé, Nuet. »

Un jeune homme récompensé par Marie,

Dans les affaires de Lyon, en 1834, un jeune homme qui se trouvait dans la mêlée fut blessé à mort. Sur le point d'être foulé aux pieds par tout un bataillon, un cheval vient s'abattre près de lui ; cet infortuné se jette aussitôt sur le dos de l'animal, qui se relève, s'enfuit et s'arrête devant l'hôpital. Le jeune homme reçoit les sacrements avec dévotion, et il expire en bénissant Marie, qui avait récompensé sa fidélité à porter le Scapulaire (1).

Une conversion.

Il y a quelques années, un missionnaire s'étant rendu dans une petite ville de France appelée C*** T***, y trouva un tel oubli des pratiques religieuses, qu'il pouvait demander à tous ceux qui se venaient confesser à lui, avec la triste certitude d'en recevoir une réponse affirmative, s'ils ne s'étaient confessés depuis longtemps.

Ayant conçu l'idée de faire renaître la foi dans ces âmes

(1) En 1648, le jour de Noël, le feu prit au château de Raguin en Anjon. Le baron de Sonrche jeta s^n Scapul ire dans l'incendie, qui s'arrê'a aussitôt. Le même prodige arriva en beaucoup d'autres lieux, et à Paris spécialement, en .1664. Les flammes tombèrent pareillement devant un Scapulaire, le 9 juillet 1719, au village d'Arnaville : l'évêque de M< tz fît constater ce miracle, et le proclama authentique dans un mand< ment du 12 janvier 1720.

égarées, il s'adressa tout d'abord au plus riche habitant, pensant, avec raison, que celle conversion en entraînerait beaucoup d'autres.

La chose était pour le moins fort difficile, sinon impossible, et le curé de l'endroit essaya de le dissuader d'un projet qu'il pensait ne pouvoir aboutir à rien, attendu, disaitil, que l'homme qu'il voulait convertir, avait, l'année précédente, empêché sa femme de communier le saint jour de Pâques. Sans s'arrêter à ces raisons, le missionnaire se fait présenter dans la maison et commence son œuvre de charité ; mais, après quelques visites, il se convainc que, bien qu'il soit reçu avec une extrême politesse, il lui sera, comme on le lui a prédit, fort difficile d'amener cet homme à se confesser.

Il supplie alors Marie de l'aider à convertir ce pécheur et de faire descendre la grâce dans son âme plongée dans les ténèbres.

Aussitôt lui vient l'idée de lui faire pendre au cou un Scapulairede Marie par l'intermédiaire de sa femme; il communique sur-le-champ cette inspiration à l'épouse, qui, tout d'abord, se refuse de servir ses projets, en se rappelant les nombreux échecs qu'elle a éprouvés chaque fois qu'elle a essayé de ramener le malheureux à Dieu.

Enfin, cédant aux instances de l'intrépide missionnaire, elle prend le Scapulaire et le présente à son mari, en lui disant :

-r- Voici ce que t'envoie le missionnaire.

— Qu'est-ce que ceci? À quoi sert cet objet?

— A ne point aller en enfer, répond l'épouse ; essaie de te le mettre au cou...

Après une faible résistance, le pécheur prend enfin le Scapulaire et le met à son cou.

Qui croirait ce qui se passa alors dans cette âme jusque-

LE SCAPULAIό. 45

Jà fermée à toutes les inspirations de la grâce ? Le soir même il dit à sa femme :

— J'ai besoin de me confesser, car il y a longtemps, trop longtemps que je ne l'ai fait.

Marie avait enfin touché le cœur de cet homme qui, le lendemain, se confessa en versant des torrents de larmes et qui ne reçut quelque consolation que lorsque l'absolution l'eut lavé de ses fautes.

Il resta longtemps agenouillé en remerciant la très-sainte Vierge de la grâce qu'elle lui avait accordée et se dédia entièrement à elle. Comme l'avait prévu le missionnaire, son exemple fut suivi par quantité d'autres personnes qui apprirent son aventure de sa bouche, et qui tout émues à ce récit, allèrent se précipiter aux pieds de l'heureux missionnaire pour en recevoir l'absolution de leurs fautes.

La très-sainte Vierge montra ainsi, une fois de plus, qu'elle est la Mère des pécheurs, et que tous ceux qui ont recours à elle sont toujours exaucés.

(Extrait d'une lettre inédite d'un missionnaire français.)

Récit du Père Eermann.

Au mois de février, je fus appelé à la prison de Newgate; huit marins catholiques, dont Tun natif d'Espagne et les autres des îles Philippines, étaient renfermés là, sous l'accusation de piraterie et de plusieurs meurtres.

Je doute qu'il se trouve aujourd'hui un seul pays catholique où les officiers d'une prison accueillent le prêtre avec les égards dont j'ai eu à me louer à Londres.

Ce fut grâce aux prévenances les plus touchantes de la part du gouverneur (protestant) de Newgate, que nous pûmes, chaque jour, passer de longues heures avec les prisonniers.

Par bonheur, le maître des novices, de notre Carmel était Espagnol (et ces prisonniers ne comprenaient pas d'autre langue européenne). Pendant près d'un mois, il put exercer son zèle auprès de ces infortunés.

Six furent condamnés à être pendus au gibet d'Old Baily avec un septième qui était grec schismatique. — Disons-le à la gloire de notre divine religion : pendant les quinze jours qui s'écoulèrent entre la sentence et l'exécution, la foi avait fait de ces loups des agneaux ; oui, des agneaux qui se résignaient, sans plainte, à offrir à Dieu le sacrifice de leur vie. Et ce qui prouvait leur conversion, c'était l'ardeur avec laquelle ceux d'entre eux qui s'avouaient coupables réclamaient contre la sentence de deux de leurs compagnons dont ils proclamaient l'innocence. En effet, ils parvinrent, avec notre concours, à les faire gracier ; de sorte que cinq seulement, dont quatre étaient catholiques, devaient monter sur l'échafaud le 22 février.

Oh! si vous les eussiez vus, recevant quelques jours auparavant la sainte communion dans leurs cellules de condamnés, vous auriez été touchés en voyant la sainte joie dont ils étaient, pénétrés.

Et quand on pense qu'il y a trente-cinq ans, cela aurait été impossible en Angleterre 1 Impossible alors aux prisonniers catholiques de recevoir les sacrements de leur religion.

Le jour même de l'exécution, avant le crépuscule du matin, trois prêtres, munis d'un sauf-conduit, traversent l'immense foule qui pendant toute la nuit avait stationné dans les rues voisines de la prison pour jouir du plus affreux de tous les spectacles. On estimait à 30,010 le nombre des curieux.

Qui pourrait dire ce que dut éprouver le prêtre quand, à travers cette foule, il porta sur lui, caché sous ses habits,

LE SCAPULiURE. 4?

le Dieu de l'Eucharistie, Jésus-Christ, qui voulait prendre possession de ces condamnes avant le bourreau î...

Il est probable que les geôliers ne savaient pas quel était le trésor mystérieux qui entrait avec nous dans la prison (car en Angleterre nous ne portons pas le saint Viatique ostensiblement) fmais si les officiers ne s'agenouillèrent pas à notre passage/je puis dire néanmoins qu'ils nous reçurent avec le témoignage du respect le plus religieux, et pendant deux heures ils nous laissèrent en quelque sorte maîtres de la terrible enceinte.

Nous trouvâmes les pauvres condamnés à genoux devant leur crucifix. Ils avaient passé la nuit en prière. Quand ils reçurent le saint Viatique, les terreurs de la mort, les angoisses de ce supplice ignominieux qui les attendait à quelques minutes de là, disparurent devant l'éclat de la vie divine que Jésus venait leur donner dans l'embrassement eucharistique. Jamais, depuis treize ans que je suis prêtre, je n'ai fait d'une manière si saisissante l'expérience du pouvoir si efficace de l'Eucharistie et du Sacerdoce. Pendant ces deux longues heures d'agonie, leurs âmes planaient constamment dans les régions où il n'y a plus ni deuil ni larmes, et pendant que les hurlements sinistres de la foule, impatiente de s'assouvir du spectacle de leur supplice, perçaient les murs et épouvantaient mon oreille, ces jeunes condamnés ne nous parlaient que de la paix qu'ils ressentaient, du bonheur d'avoir été pardonnes de Dieu, de la brièveté de l'expiation comparée à l'étendue de leurs offenses, et de l'espérance de voir bientôt le bon Dieu pour toujours.

J'eus soin alors de les exhorter à la confiance envers la sainte Vierge Marie, de leur dire combien son amour avait été tendre pour eux en les couvrant de son Scapulaire, et en promettant que to' s ceux qui mourraient sous ce vêtement seraient délivrés des feux de l'enfer.

— Mais ne va-t-on pas leur arracher ce gage du salut au moment de la terrible toilette des condamnés? — « Oh! mon ppre, me dit l'un d'eux, obtenez que nous puissions garder sur nous le Crucifix, le Rosaire et le Saint Scapulaire ! »

En ce moment, le Grand-Shérif me fit demander. Il s'informa de l'état des prisonniers, s'ils étaient bien exaspérés, bien violents, bien furieux. Et lorsque je lui eus répondu que jamais je n'avais vu des hommes, à l'heure de la mort, plus résignés à faire le sacrifice de la vie, le Shérif me fit cette question :

« Désirent-ils quelque chose que je puisse leur accorder?

— Trois grâces, répliquai-je : la première, de porter sur eux les signes de leur foi..

— J'y consens volontiers.

— Ils désirent aussi que leurs prêtres les accompagnent sur le lieu du supplice. (Or, la veille, il m'avait été notifié que notre ministère devait se terminer avant que les condamnés montassent sur l'échafaud.) Mais quelle ne fut pas ma satisfaction, quand le Grand-Shérif répondit : a Ditesleur que vous les accompagnerez. »

— Enfin, ils demandent à se faire mutuellement leurs adieux... » Cette consolation leur fut accordée aussi.

Alors commença une scène que je n'oublierai jamais, scène qui arracha des larmes, non-seulement à ces hommes qui allaient mourir, non-seulement à nous qui étions devenus leurs Pères en Jésus-Christ, mais aux geôliers, mais au gouverneur, présent à l'entrevue.

Figurez-vous ces jeunes gens, dont le plus âgé avait à peine vingt-six ans, presque tous d'une race assez sauvage; ces hommes convaincus de crimes d'une cruauté atroce... Mais combien ils étaient changés!

Les voilà qui tombent à genoux l'un devant Tau ire, se

demandant pardon mutuellement, se jetant dans les bras l'un de l'autre, éclatant en sanglots, et se montrant le ciel en disant : « Au revoir, mon frère, à bientôt !... »

L'un d'eux, l'Espagnol, qui, dans le jugement, avait comparu comme l'instigateur de la révolte, s'écria avec enthousiasme : « Je suis heureux! dans une demi-heure je verrai le bon Dieu. » C'était le même qui, à la première visite du prêtre espagnol, avait dit : « Ah ! maintenant que j'ai un prêtre de ma nation, je ne crains plus de mourir ! »

Il fallait se séparer. Le gouverneur me chargea de leur demander s'ils étaient contents.

« Une chose nous manque encore, dirent-ils, nous voulons aussi embrasser nos camarades graciés. »

Cependant le temps va manquer; n'importe! Le gouverneur était visiblement attendri. «Allez vous-même, me ditil, les chercher. » Et les gardiens, étonnés, furent obligés de m'ouvrir les pçrtes des autres prisonniers.

Quand je les eus amenés auprès de ceux qui allaient mourir, quelque chose de mystérieux se passa entre eux. « Dieu le sait, Dieu sait tout! » s'écria l'un d'eux, et ces adieux furent plus déchirants que les premiers... En ce moment le beffroi sonne; ils reçoivent à genoux une dernière absolution.

Déjà le jeune Francisco, à peine âgé de vingt ans, avait monté la fatale échelle, lorsqu'il me cria : « Badre, Padre, no* me deje vene ; ne m'abandonnez pas! » Sans perdre un. instant, je devance les autres condamnés, et me voici sur le plancher de la potence, en vue de 30,000 spectateurs.

Semblable au mugissement des vagues de l'Océan, le sourd murmure de la foule vint résonner à mon oreille. Je m'attendais à ce que la vue du prêtre soulèverait un torrent d'imprécations et de menaces dans ce quartier de la

Cité où la haine contre les catholiques avait cent fois porté la populace aux excès les plus révoltants.

Deux prêtres étaient à mes côtés sur l'échafaud! les patients, en face de nous, étaient placés sous les cinq potences, qu'on avait rangées sur une seule ligne. On pouvait voir le rosaire, la croix, le scapulairc, suspendus à leurs cous; mais pas un mot hostile ne fut entendu dans la foule. A peine nous eut-elle aperçus, que le cri : « Chapeau bas! » circula d'un bout à l'autre, et ces 30,000 télés se découvrirent.

Quant à nous, empresses autour de nos pénitents, nous les exhortâmes à produire des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition ; nous leur finies baiser notre crucifix et invoquer à haute voix le nom de Jésus et de Marie.

Mais voici que Lopez, l'Espagnol, d'un effort surhumain, brise les liens qui attachaient ses bras. Dans quel but? Pour faire le signe de notre rédemption sur lui-même. En un clin d'œil, sa main relève le bonnet dont l'exécuteur avait recouvert leurs faces ; il se signe le front, les lèvres» le cœur; puis d'un geste éloquent, frappant trois fois sa poitrine, il dit à la foule le seul mot anglais qu'il avait appris : « Pardon, pardon, pardon! »

Alors un cri unanime de sympathique approbation s'élève des masses, qui battent des mains ; mais au même instant, tout au bord de nos pieds, le plancher s'entr'ouvre, disparaît... les cinq suppliciés restent suspendus. Au même moment, le Grand-Shérif, debout sur l'échelle, nous touche de la verge : il faut descendre. Le Père espagnol est obligé d'arracher son crucifix des lèvres de son pénitent; caria bouche de celui-ci y est encore collée...

Parvenu au bas de l'échelle, le bon Père Joseph s'affaisse sur lui-même, laisse tomber sa tête entre ses mains, éclate en sanglots et me dit : « Ah! ce sont mes enfants qu'on m'a

arrachés. » — En effet, il les avait engendrés à Jésus- Christ î

Marie espoir des désespérés.

Dans une grande ville de France, qu'on ne nomme point pour de justes raisons, se trouvait un homme qui vivait depuis plus de cinquante ans dans une haine mortelle contre Dieu et sa religion. Il tombe malade, et, par précaution, il avait placé auprès de son lit un poignard pour frapper celui qui oserait lui parler de son âme. Comme la maladie empirait, quelqu'un eut la pensée qu'il n'y avait que la sainte Yierge qui pût amollir un cœur aussi endurci ; alors on détermina une personne à lui pendre un scapulaire au cou sans qu'il s'en aperçût ; on réussit. Un soir, comme il dormait, l'image de Marie lui est appliquée, et, le lendemain matin, il ne fut plus question de poignard. ïl se réveille en implorant la miséricorde de Dieu, ne sachant, disait-il, ce qui s'était passé en lui ; il demande un confesseur, et il meurt dans le plus profond repentir. Oh! que Marie est riche en miséricorde ! Un pieux auteur l'appelle glaneuse ; elle mérite ce nom, elle ramène les pécheurs que les prédicateurs, les missionnaires ne peuvent convertir. Il n'est donc rien de mieux que de lui recommander ces malheureux qui ont l'air de tout braver et d'aller à pied ferme dans les abîmes éternels. ( Traité sur l'Ave Maria, par M. Bleton, prêtre du diocèse de Valence.)

Le bouclier impénétrable.

Tous nos pieux associés connaissent les conversions nombreuses qui ont eu lieu en Angleterre, et qui font espérer que cette grande nation, si justement appelée autrefois Vile des Saints, reviendra au catholicisme.

Les ordres religieux s'implantent de nouveau et prospèrent dans cette terre, qui semble uniquement livrée à l'industrie et au commerce.

La digne supérieure d'une Congrégation de religieuses anglaises, toute dévouée à saint Joseph, a bien voulu nous communiquer les traits suivants, qu'elle tient des personnes mêmes qui ont été si miraculeusement secourues par l'auguste Epoux de Marie. Qu'à la vue de ces preuves si éclatantes et si multipliées du pouvoir et de la charité de ce glorieux Patriarche, notre confiance en lui ne connaisse plus de bornes.

Voici ces traits de protection, que nous citons textuellement :

« Je regarde, mon Révérend Père, comme un devoir que m'impose la reconnaissance, de vous faire connaître la protection miraculeuse que la très-sainte Vierge et son angélique Epoux ont bien voulu accorder à un jeune protestant, natif du comté de Glocester. Ce pauvre jeune homme, après la mort de ses parents, s'étant rendu en Amérique, où il espérait trouver des secours auprès de son oncle, finit par s'enrôler comme sergent dans l'armée fédérale des Etats- Unis.

« Une de ses sœurs, convertie depuis quelques années, justement alarmée à la vue des grands dangers auxquels son jeune frère allait être exposé, lui envoya un scapulaire du Mont-Carmel, en le conjurant de le porter avec confiance. Sensible à l'intérêt que sa sœur lui témoignait, il se rendit à ses désirs.

« Dieu s'est laissé toucher par les prières qui lui ont été adressées en faveur de ce jeune homme, il vient d'écrire à sa sœur qu'après la bataille si sanglante de Gaterburg il a été fait prisonnier, après avoir vu tous ses compagnons d'armes, sans aucune exception, tomber morts à ses côtés.

Resté seul debout, comme un point de mire, il a essuyé le feu de quatre-vingts hommes qui ne cessaient de tirer sur lui; les balles sifflaient autour de sa tête, effleurant ses cheveux, sans jamais l'atteindre. Le scapulaire de Marie lui servait de bouclier.

« Dans une autre bataille, ayant heureusement échappé à d'autres grands dangers, les témoins de cette protection merveilleuse lui disaient : « On serait tenté de croire que « c'est grâce à quelque art magique que vous échappez ainsi « à une mort certaine. » Mais, déjà plein de foi, il ne craignait pas de dire tout haut que c'était aux prières que l'on faisait à son intention dans l'Eglise catholique qu'il devait sa conservation au milieu de tant de périls.

« Il fut fait prisonnier le 7 mai 1864, peu de jours après que son nom avait été inscrit dans les registres de l'Archiconfrérie de Saint-Joseph du Ghêne, pour être recommandé aux prières des Associés, qui devaient se réunir à Angers.

« Ce bon jeune homme resta prisonnier jusqu'au 15 août, étant d'ailleurs bien traité à cause des services que son habileté lui permettait de rendre dans la maison. 11 échappa ainsi aux dangers qu'il aurait courus de nouveau dans plusieurs batailles très-meurtrières qui eurent lieu pendant sa captivité.

« Aujourd'hui, rentré dans son régiment, il demande avec instance des prières, afin que Dieu lui fasse la grâce de rencontrer un prêtre catholique qui veuille bien l'instruire et l'admettre dans le sein de la vraie Eglise de Jésus-Christ, à laquelle il tient déjà du fond de ses entrailles. Tout fait. espérer qu'une fois catholique, ce bon jeune homme travaillera avec succès à la gloire de Dieu et au salut des âmes. »

Un homme sauvé %> ar son Scapulaire.

On lit dans Y Année sainte de la Visitation : « Mademoiselle Tixeran, en religion sœur Marie-Gertrude, mérita par sa fidélité à Dieu de recevoir des secours miraculeux dans plusieurs occasions périlleuses. On trouve dans sa Vie le trait suivant :

« Dans un voyage de la famille de la Tour, mademoiselle Tixeran, qui ne pouvait supporter le carrosse, le suivait à cheval; arrivée à un défilé, sa monture s'effraye ; elle allait être jetée dans un abîme et périr infailliblement, si le cocher, avec une adresse qu'on ne peut comprendre, ne l'eût saisie sans quitter son siège et transportée auprès de lui, ce qui fut estimé miraculeux. Le Seigneur, d'où lui était venu le secours, étendit sa protection extraordinaire sur celui qu'il avait alors pris pour instrument. Un scapulaire que notre chère sœur avait donné à cet homme le préserva d'un coup de mousquet qu'il reçut pendant le siège de Salins; le scapulaire fut percé sans qu'il eût aucune blessure. Luimême en assura notre chère sœur en venant la voir au monastère. •

Un jeune homme sauvé miraculeusement .

En 1828, dans une grande ville du Midi, un jeune hoînme de quatorze à quinze ans, appelé J. T..., souhaitait depuis longtemps de faire un voyage en mer ; plusieurs fois il en avait demandé la permission à son père, qui enfin se décida à l'embarquer sur le navire dont il était capilaine. Avant de partir, comme ce jeune homme avait beaucoup de dévotion à la sainte Vierge, il demanda au directeur de la jeunesse de cette ville la grâce d'être reçu du Saint-Sca-

pulaire. Le directeur le revêtit en effet de ce saint habit, en lui recommandant surtout de ne jamais le quitter. J. T..., ayant son Scapulaire autour du cou, s'embarqua avec confiance. Le navire avait à peine fait trente lieues qu'il s'éleva un violent orage. Le capitaine avait eu soin de recommander à son fils de descendre dans sa chambre à ]a moindre tempête; comptant sur son obéissance, il était tout préoccupé du commandement, et ne pensait qu'à préserver son navire des dangers du naufrage. Tout à coup, pendant que son fils, penché sur le bord, vers la proue, prétendait par légèreté faire parade de courage au milieu de l'agitation des flots qui venaient battre avec fracas devant lui, une vague, heurtant le navire par le côté, vint se briser contre la proue, derrière l'imprudent jeune homme, qui, soit par l'effet de sa frayeur, soit par l'impétuosité de la vague, fut précipité dans les flots. Un seul matelot l'avait entendu pousser faiblement le cri « Au secours ! » Reconnaissant le fils du capitaine, il se hâte de prévenir ce dernier, et se jette promptement dans le canot du navire avec un autre matelot pour voler au secours du jeune homme, bien connu pour ne pas savoir nager. Quel ne fut pas leur élonnement lorsqu'ils l'aperçurent assez loin d'eux ! car le navire avait fait beaucoup de chemin avant que le matelot, distinguant le cri, se fût jeté dans la barque ; et d'ailleurs, comme il fallait lutter à force de rames contre le vent, il s'écoula encore assez de temps sans qu'il pût l'atteindre. En voyant les matelots qui venaient à son secours, J. T..., tenant son chapeau d'une main et se soutenant au dessus des flots par un prodige remarquable, montrait de l'autre son Scapulaire et criait de toutes ses forces que la sainte Vierge l'avait sauvé* On parvint enfin jusqu'à lui. Ramené vers son père, il se jette avec transport dans ses bras, en lui disant devant tout l'équipage que la sainte Vierge l'a sauvé ; qu'au moment de

sa chute, tandis qu'il se débattait au milieu des flots, il avait entendu une voix qui lui criait : « Prends ton Scapulaire, et tu ne périras pas » ; qu'il avait senti alors comme une main qui le soutenait et l'empêchait d'aller au fond. Le père ravi serra plusieurs fois son fils contre son cœur en l'arrosant de ses larmes; il fit chanter par ses matelots Y Ave maris Stella aussitôt que le calme fut rétabli. De retour dans son pays, il suspendit un ex-voto dans la chapelle de la sainte Vierge , honorée spécialement par les marins. Son fils n'a jamais oublié cette grande faveur ; on Ta entendu raconter à plusieurs de ses amis comment il avait été sauvé miraculeusement en tenant son Scapulaire à la main. {La Gloire du Scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, par un prêtre de la communauté de Notre- Dame de l'Osier, diocèse de Grenoble.)

Vertu du Scapulaire,

La lettre suivante a été adressée à la Semaine religieuse de Montauban et de Cahors, par un ecclésiastique du diocèse de cette dernière ville :

« Le 28 juillet 1864, à Quissac, canton de Livernon, le feu prit à trois meules de divers grains appartenant à un propriétaire nommé Murât. L'incendie se développa avec une telle rapidité que les secours, appelés par le tocsin, furent bientôt jugés inutiles. Tout à coup la pensée vint à quelques personnes d'implorer la protection de la sainte Vierge et de jeter un Scapulaire dans les flammes. Après un instant d'hésitation, une des religieuses institutrices de la localité offre celui qu'elle portait. Aussitôt un des assistants, peu crédule du reste, le lance au moyen d'une longue perche, à l'endroit où le feu paraissait le plus violent. Il

ne doutait pas, comme il l'a avoué depuis, que les deux petits morceaux d'étoffe, avec les liens qui les unissaient, ne fussent consumés en un moment. Ce fut le contraire qui arriva pour la gloire de la Mère de Dieu. Le feu, il est vrai, na s'éteignit pas immédiatement, mais on regarda comme extraordinaire qu'il se fût ralenti, et que l'on eût pu sauver une grande partie des meules enflammées. On fut encore bien plus étonné que l'incendie n'eût pas atteint la maison du propriétaire, et surtout la grange, qui était couverte de chaume, et recevait continuellement une pluie d'étincelles. Enfin, on regarde comme un miracle indubitable que le Scapulaire eût été retiré du milieu des cendres intact et sans la moindre trace de brûlure, imprégné seulement d'une forte odeur de paille brûlée. Je l'ai vu moi-même et j'ai pu me convaincre de l'exactitude de ce que plusieurs témoins oculaires m'avaient raconté.

« Ces faits ont puissamment contribué à réveiller la foi parmi les habitants de Quissac et dans les paroisses voisines. La dévotion à la sainte Yierge a surtout beaucoup augmenté, et il y a peu de personnes qui ne se soient empressées de se faire recevoir à la Confrérie du Scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel.

« Du reste, les événements de ce genre ne sont peut-être pas aussi rares qu'on pourrait le supposer. Il n'y a pas encore un an que je donnais une retraite de préparation à la fête de Noël, dans la paroisse du Bousquet, près Cahors. Les hommes aussi bien que les femmes mirent la plus louable ardeur à se faire recevoir du Saint-Scapulaire. Cet empressement venait en partie de ce qu'un habitant de la localité, ancien soldat, raconta en ma présence, et devant une assistance nombreuse, qu'étant en garnison à Orléans, il avait élé témoin d'un fait semblable à celui de Quissac. Il prit lui-même le saint habit, et par ses paroles et par son

exemple, il engagea un grand nombre de personnes à le recevoir.

« Sans vouloir attribuer aux faits que je raconte une importance exagérée, n'est-il pas permis de les regarder comme des témoignages frappants de la prédilection de la sainte Vierge pour sa Confrérie du Scapulaire? Sans doute, les miracles de bonté et de puissance' opérés par la Mère de Dieu se produisent le plus souvent en secret, dans les âmes qu'elle protège et qu'elle sauve; mais quelquefois aussi elle se plaît à donner ouvertement des marques de sa protection à ceux qui ont mis de l'empressement à mériter ses faveurs. On ne peut douter que le saint Scapulaire porté dévotement ne soit un des moyens les plus faciles et les plus sûrs d'attirer sur nous ses regards, et de lui faire répandre dans l'occasion, avec abondance, les trésors de sa miséricorde et de sa tendresse. »

Trait raconté par le Père C. Lejeune.

Le 7 septembre 18S6, les missionnaires de Périgucux, faisant la mission à Sainte-Aulage, ville de Saintonge, mais du diocèsedePérigueux, sur les dix heures du soir, le feujprit en une maison et occasionna un si grand incendie, qu'il obligea la plus grande partie du peuple à y courir. Un bon ecclésiastique de la mission, s'étant rappelé qu'il y avait environ virïgt ans qu'un grand incendie fut éteint miraculeusement par un Scapulaire, à Périgueux, dont fut fait un procèsverbal et authentique par le magistrat de la ville, appela un bon garçon simple et dévot, qui servait les missionnaires depuis cinq ou six ans, nommé Jean Jalage, âgé de vingtcinq ans, et lui dit : Jalage, prenez votre saint Scapulaire et allez le jeter au milieu de l'incendie, il s'éteindra assurément par la vertu de la sainte Vierge. Ce jeune homme

obéit promptement, avec tant de foi, que, fendant la presse, il disait : Priez Dieu et la sainte Vierge, je m'en vais éteindre le feu. Puis il jeta son Scapulaire au plus fort de l'incendie, et aussitôt, il se leva un tourbillon de flammes, de la hauteur de trois ou quatre piques, et tout d'un coup les flammes s'amortirent, en sorte qu'il n'en parut plus, et le lendemain, on trouva ledit Scapulaire au milieu des débris de la maison, sans aucune lésion, mais qui sentait extrêmement le brûlé. Plusieurs calvinistes qui ont là un temple, se trouvant présents à cette action, disaient entre eux à voix basse: Ce garçon-là est un sorcier; mais les catholiques louaient Dieu et admiraient la vertu du saint Scapulaire. Ce sont, mot à mot, les paroles de l'attestation que m'ont donnée les révérends prêtres de la mission de Périgueux.

Une femme sauvée de V inondation par la vertu du Scapulaire.

On écrit de Clermonl-de-i'llérault, le 1er novembre 1800, à un journal de Paris:

A l'Eglise seule appartient le droit de nous dire quand est-ce qu'un fait est un miracle : je ne viens donc pas vous raconter des prodiges, puisque je n'en ai pas le droit; mais le récit d'un événement édifiant pourra peut-être avoir son utilité et exciter la confiance en Marie.

Dans la nuit du 28 au 29 octobre, une trombe d'eau a fondu sur la ville de Clermont. Un ruisseau qui traverse la ville et qui souvent ne coule même pas de toute l'année s'est trouvé soudain converti en un fleuve véritable, abattant tout devant lui pour se faire place : arbres, murs, ponts, maisons, causant des ravages et des pertes qui sont incalculables. Quatre personnes y ont perdu la vie. Une jeune

60 LA DÉVOTION A MAHIE.

femme fat emportée avec les ruines de la maison où elle était allée voir un de ses frères ; un jeune enfant qu'elle tenait dans ses bras lui fut arraché par les eaux. Pendant l'espace d'un kilomètre elle roula pêle-mêle avec des poutres, des débris de maisons, et finit par s'accrocher sur un tertre où elle est demeurée près de trois heures entre la vie et la mort. Un homme finit par entendre ses cris de détresse, et, encouragé par un autre qu'il appela, il s'élança à la nage pour la sauver sur ses épaules. Vous penserez de ceci ce que vous voudrez, les Impies en riront s'ils le veulent : C. S. tenait dans ses mains son Scapulaire et un petit sac où elle porte de la pierre de la Salette. — Cette jeune femme, transportée chez une dame charitable qui l'a voulu soigner, va très-bien. Elle a redemandé son jeune enfant, et c'a été pour elle un coup bien pénible quand on lui a appris que l'eau l'avait emporté.

Notice historique sur le Scapulaire bleu de l1 Immaculée-Conception.

Il nous semble superflu de prouver que l'usage de porter sur soi, en l'honneur de la bienheureuse Vierge, un Scapulaire ou un petit habit, lui est extrêmement agréable, cette vérité ayant été établie et rendue manifeste par un grand nombre d'écrivains graves, par des faits authentiques, par l'autorité infaillible des Pontifes romains, non moins que ' par la pieuse croyance de tous les fidèles. Or, entre les nombreux Scapulaires dont il est fait usage et qui sont enrichis d'innombrables indulgences, celui de la Vierge-Immaculée, non-seulement n'occupe pas le dernier rang, mais doit être placé au premier. La Vénérable Ursule Benincasa, fondatrice des Religieuses oblates et Ermites théatines, dont l'esprit, soumis aux plus rudes épreuves, mérita d'être loué

par le grand saint Philippe de Néri, et dont les vertus furent déclarées héroïques par décret du 7 août 1793 de l'immortel Pie VI, fut l'institutrice et la première propagatrice du petit habit de l'Immaculée-Conception.

Cette vierge, embrasée de l'amour de Dieu, et, par cela même, transportée de zèle pour sa gloire et le salut des hommes, vit en esprit, le jour de la Purification de la bienheureuse Yierge Marie, dans une des fréquentes extases dont elle était favorisée, l'auguste Mère, vêtue d'une robe d'une éblouissante blancheur, sur laquelle était appliqué un autre vêtement, de couleur bleu céleste, tenant entre ses bras son divin Fils, accompagnée et entourée d'une troupe de vierges, pareillement vêtues, et en vraie et tendre Mère, adressant à Ursule les paroles suivantes : Allons, courage Ursule, essuie tes larmes, transforme tes soupirs en accents de pure allégresse, et écoute avec une grande attention ce que mon Jésus et le tien, que je porte dans mes bras, se propose de te dire.

Après ces suaves paroles de Marie, son divin Fils poursuivit et déclara formellement qu'il voulait qu'un ermitage fut fondé, qu'il fût habité par trente-trois vierges vivant en ermites, sous le titre de l'Immaculée Conception de Marie, sa mère, et que la forme et les couleurs des vêtements de ces ermites fussent exactement celles qui distinguaient l'habillement dont elle voyait présentement couverte la Yierge Marie elle-même, s'engageant à combler de biens spirituels immenses et de grâces toutes particulières les âmes choisies qui auraient embrassé de préférence et volontairement le genre de vie qui devait leur être imposé dans l'ermitage. L'objet de cette promesse parut trop limité à Ursule, et, imparfaitement satisfaite, elle se mit à demander avec instance que des grâces à peu près semblables à celles qui étaient réservées aux ermites fussent départies

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