FR. M. CHÉRY
Criminel touché par Marie.
MonseigneurTarchevêque de Macerala écrivait le 10 janvier 1863 :
« J'avais chargé un de mes prêtres d'assister un condamné au dernier supplice, lui recommandant, si le malheureux refusait de se convertir, d'appeler d'auires prêtres, et moimême si ma présence pouvait être utile. En même temps je fis exposer solennellement dans la chapelle des prisons, un beau tableau de Notre-Dame de la Miséricorde, protectrice de cette ville. Plusieurs prêtres s'employèrent inutilement à persuader au coupable de se confesser ; il refusa obstinément. Appelé moi-même, je le trouvai dans une fureur inexprimable. Me jetant à ses pieds chargés de chaînes, je m'efforçai pendant une heure de l'adoucir , le conjurant de se convertir. Voyant mes efforts inutiles, je célébrai la sainte messe, et après je récitai les litanies, en recommandant au prisonnier, qui paraissait désespéré, de les réciter avec moi. Je fus un peu encouragé en l'entendant répondre quelquefois Ora pro nobis ; mais bientôt il recommença à blasphémer et à dire qu'il voulait se damner. L'heure de l'exécution étant arrivée, on s'apprêtait à le conduire au supplice, et il demanda un cigare pour le fumer le long du chemin. Mais voici que tout à coup il regarde l'image de Marie et, touché de la grâce, il s'écria : Donnez-moi ma chère Mère. — Yoici, lui répondis-je, voici votre Mère qui vient vous sauver, et je lui présentai le tableau qu'il se hâta de baiser. Dès ce moment le loup devint un agneau. Il
me demanda en grâce de faire sa confession en public, mais je ne crus pas devoir me rendre à ses désirs, l'exhortant à offrir à Dieu ce pieux désir. Il se résigna, et s'étant aussitôt après confessé à l'aumônier des prisons, il s'achemina vers le supplice, un crucifix à la main que souvent il baisait, tandis que la foule rendait grâce à Marie de sa conversion. Je l'accompagnai moi-même, et un instant avant de mourir, il me demanda de nouveau la sainte absolution. Ce sont là des triomphes de Marie ; ce sont là des miracles que les pécheurs cependant ne doivent pas attendre pour leur conversion.
Le modèle des mères.
Le bienheureux Crispin, de Viterbe était à peu près âgé de cinq ans lorsque, se trouvant un jour à la campagne avec sa mère, celle-ci remarqua une image de la sainte Vierge. Aussitôt elle se mit à genoux en présence de cette image, et elle adressa ces paroles à son enfant : « Vois-tu, celle-ci est aussi ta mère; je te remets entre ses mains. Aime-la de tout ton cœur, et respecte-la comme une mère royale. » — Le petit enfant n'oublia jamais ces paroles, et eut toujours pour cette Mère un amour tout filial. Le 19 mai 1750, comme il était sur le point de rendre le dernier soupir' entre autres prières, il adresssa celle-ci à sa divine Mère : « Très-puissante Mère du Seigneur, vous qui êtes digne de toute notre vénération, soyez mon avocate et ma protectrice; soyez mon refuge et ma consolation; n'abandonnez pas votre enfant à sa dernière heure.
Un duelliste de bonne foi.
Les soldats sont de fiers chrétiens quand ils s'en mêlent ; leur zèle, malheureusement, n'est pas toujours selon la
science. Cette réflexion me rappelle un fait qui eut lieu dans une mission donnée, je crois en 1827, à la garnison de Versailles par l'éloquent Père Guyon. Un vieux grenadier à moustaches, la meilleure lame du régiment, ferrailleur de première force, s'avisa de vouloir se convertir. C'était un grand coup de la grâce, car il avait de terribles reproches à se faire! Avec la manie presque incurable de se battre en duel, il profitait des plus légères occasions pour aller sur le terrain. Aussi avait-il envoyé dans l'éternité plusieurs de ses camarades. ïl suivait exactement les sermons, et un jour entre autres, en ayant entendu un sur la puissance de la protection de la sainte Vierge, il se sentit profondément touché. En sortant de l'église il entre chez un marchand d'estampes, et dit : « Avez-vous une bonne Vierge? — Oui, » et on lui présente une gravure assez bien faite. ïl ne marchande pas, donne 3e prix convenu et s'en va. Un peu après il pense qu'il a besoin de quelques pains à cacheter, il retourne chez ce marchand qui lui en fait cadeau. Il part de là comme un trait, et arrive dans sa chambre; sans s'arrêter avec personne, sans dire un mot, il s'approche de son lit et se met en besogne. Il mouille quatre de ses pains à cacheter, en met un sur chaque coin de son image, *et la renversant sur la main, l'applique au mur, au dessus de la tête de son lit. Plusieurs de ses camarades, placés à distance, examinent ce qui peut l'occuper si fort. Il les regarde, à son tour, et leur dit gravement: « Ah, çà, j'espère qu'on respectera celle-là; le premier qui rira, tant pis pour lui. » Malgré la brusque sévérité de cette injonction solennelle, il y en eut un qui ne put garder son sérieux. Le grenadier s'en aperçoit et lui dit : «Ah! tu ris, toi, eh bien! demain à dix heures, à tel endroit. » Par malheur ils furent tous deux exacls au rendez-vous, et le rieur fut bientôt occis. Enchanté de cette expédition, ce prétendu converti court,
tout joyeux, 'chez le Père Guyon, et croyant lui annoncer une excellente nouvelle, lui dit en entrant et sans préambule : « En voilà encore un, mon Père; mais celui-là, c'est pour le bon Dieu. » Le Père ne comprend pas d'abord; cependant s'imaginant bientôt qu'il s'agit peut-être encore d'un duel, il lui adresse, après en avoir acquis la certitude, les plus sévères reproches, pour le convaincre de la barbarie d'une telle conduite. « Mais, mon Père, répète le grenadier, c'est pour le bon Dieu, celui-là! » croyant réellement avoir fait une preuve d'expiation pour tous les autres duels dont il s'était rendu coupable jusque-là, pour des choses de néant. Le Père Guyon fut assez heureux pour lui interdire l'usage de ces arguments terribles dont il avait abusé pendant si longtemps.
Discussions religieuses, par un vicaire général, p. 63.
Colère apaisée,
L'éveque de Verdun raconte que, pendant un voyage à Rome, deux hommes s'étant pris de dispute dans une auberge, l'un des combattants saisit un couteau et se mit à poursuivre son ennemi qui se hâta de prendre la fuite. Sur Je point d'être atteint par son ad^ersaire et épuisé'de fatigue, il saisit une madone (statue de la sainte Vierge, et se plaça derrière elle en criant à son ennemi : a Auras-tu le courage de me blesser en présence de notre Mère? » — A ces paroles, le couteau tomba des.mains de cet homme, naguère 3i emporté. Sa colère était apaisée.
{Revue catholique, 15 juin 1841.)
Marie honorée dans les camps.
Ferdinand, roi de Castille et de Léon, voulait qu'on inspirât à ses soldats les sentimenls d'une tendre piété, et il
leur donnait lui-même l'exemple de toutes les \ertus... // y avait toujours, dans son armée, une image de la sainte Vierge, afin que les troupes, en la voyant, s'excitassent à la confiance en la Mère de Dien.
Outre cette image, qu'il faisait exposer à la vénération des fidèles, il en portait une petite sur sa poitrine, et il la mettait à l'arçon de sa selle quand il allait au combat. Ayant conquis la ville de Cordoue, il y fit son entrée solennelle le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul, en 1236. La grande mosquée fut purifiée par Jean, évêque d'Osuna, et convertie en une église sous l'invocation de la Mère de Dieu... Après avoir vécu en héros, il mourut en prédestiné. On V enterra devant V image de la sainte Vierge, dans la grande église de Séville. 11 a été honoré de plusieurs miracles.
Les Parmesans reconnaissants.
En 1248, le 18 février, l'ex-empereur Frédéric, qui relevait de maladie, alla se divertir à la chasse aux faucons. Son armée, qui assiégeait la ville de Parme, se livra ellemême à des amusements comme en un jour de fête. Les assiégés résolurent de profiter de l'occasion et de faire une sortie. Tous supplièrent la sainte Vierge, dont l'image flottait sur leurs étendards, de défendre les opprimés et de les délivrer des mains d'un dragon furieux qui menaçait de les engloutir... Ayant en effet remporté la victoire, les Parmesans se montrèrent pleins de reconnaissance pour le ciel qui les avait si évidemment protégés. Ils firent peindre dans V église principale un tableau qui représentait la sainte Vierge, saint Hilaire et saint Jean- Baptiste, avec cette inscription : « Les ennemis fuient parce que la Vierge protège Parme. »
La jeune servante de Marie.
En 1250, à Viterbe, naquit une enfant nommée Rose. Ce fut comme une fleur qui s'épanouit dès l'aurore. Ses premières paroles furent les noms de Jésus et Marie ; son premier mouvement libre fut d'aller s'agenouiller devant le crucifix et l'image de la Vierge... Dieu, pour attacher plus fortement cette admirable créature à la croix de son Fils, lui envoya une violente maladie. On croyait à chaque instant qu'elle allait expirer, lorsqu'on vit tout à coup une nuée brillante : la sainte Vierge, entourée d'une multitude de vierges, apparut à Rose, lui commanda de se lever, guérie, et de prêcher la justice, la pénitence et la paix aux habitants de Poggio et de Viterbe, après avoir revêtu l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François. Rose était dans sa neuvième ou dixième année.
Vertu de l'image de Marie.
C'était à une époque où le choléra exerçait ses ravages à Marseille. Une veuve, semblable à celle de l'Évangile, n'avait plus qu'une enfant sur laquelle elle concentrait toute sa tendresse. Hélas ! le fléau vint s'abattre sur la tête de la jeune fille, etdès l'abord fit présager une funeste issue. Cependant Te mal parut céder aux ressources de l'art, vaincu \&y les prières maternelles qui sans doute leur donnaient l'efficacité ; mais une réaction violente se déclare du côté du cerveau, et la malade n'échappe à un danger que pour tomber dans un danger plus grand encore. Déjà le médecin cherchait à préparer la mère au sacrifice le plus douloureux qui semblait inévitable. Mais celle-ci, prenant une image de la Vierge, la pose sur la poitrine de son enfant, en di-
sant: Bonne Mère, voici ma fille; j'ai fait tout ce. que j'ai pu pour la guérir; c'est à vous de faire le reste. A ce spectacle touchant, le médecin saisi comme d'une inspiration subite : Madame, j'avoue que votre foi est grande comme celle delà Chananéenne qui disait : Si je pouvais seulement toucher les bords du vêtement du Sauveur, je serais guérie. Vous avez mis Dieu en demeure de vous rendre votre enfant; il le doit à votre foi, à votre prière, suivant sa promesse; votre fille était perdue; mais elle guérira. Le lendemain, le bon docteur trouve la jeune malade assise sur son lit, souriante et guérie. Le surlendemain, l'heureuse mère portait elle-même son enfant à Notre-Dame de la Garde et elle accomplit nu-pieds son pieux pèlerinage.
Le médecin de qui nous tenons le fait s'interrogea sévèrement et comme aurait pu le faire un incrédule. îl avouait qu'une crise heureuse et tout à fait imprévue avait pu se déclarer; mais il ajoutait que même dans ce cas, la violence du mal aurait du laisser des traces longues et profondes; or celles-ci avaient disparu subitement. Il regardait donc la guérison comme ayant un caractère surnaturel. Combien de faits analogues dus à la protection de Marie!
{Couronne de Marie).
Dévotion de saint Eilarion de Conversa.no, capucin.
Pour satisfaire sa tendre dévotion envers la sainte Vierge, Hilarion portait toujours sur lui une de ses images, et à chaque instant il la prenait et la baisait. Priant une fois {Légendaire des Francise, 15 juillet.) devant une image de la sainte Vierge, dans le monastère de Conversano, il se sentit tout à coup embrasé d'amour et la salua avec une grande effusion de cœur, en lui disant : Que Dieu vous garde, Marie. Cette marque de vénération fut si agréable à
Marie, qu'elle lui rendit aussitôt son salut, en lui disant : Soyez le bienvenu, mon fils. Tous les religieux de sa province parlèrent de cette faveur comme d'une chose trèscertaine. Une autre fois, il fut mandé pour affaires à un autre couvent. 11 avait pour compagnon de voyage un jeune homme qui, brûlé d'une soif ardente, se plaignit au religieux, disant qu'il n'était plus en état de continuer sa route. Attendez, mon fils, répondit Hilarion, et recommandonsnous à la sainte Vierge. Il fit un moment d'oraison, frappa avec son bâton la terre, et une source d'eau limpide en surgit à l'instant même. Le jeune homme s'y désaltéra; après quoi Hilarion lui dit : N'en voulez-vous plus, mon fils? — Non, répondit le jeune homme. Remercions donc le Seigneur et sa bonne Mère, ajouta le religieux. Aussitôt l'eau cessa de couler, et la fontaine miraculeuse se tarit.
L'image miraculeuse.
11 y avait à Milan un homme appelé Masaccio, tellement iivré à la passion du jeu, qu'un jour il joua même ses habits. Alors dans un violent accès de rage et de fureur, il perça d'un coup de couteau une image de la sainte Vierge: il en sortit tout à coup du sang qui lui jaillit au visage. A cette vue, il fut touché et attendri, versa des larmes, et rendit grâces à Marie de ce qu'elle lui avait obtenu le temps de faire pénitence. ïl entra ensuite dans un couvent, vécut en parfait religieux, et fut même honoré du don de prophétie. Enfin, après quarante ans passés dans les exercices de la pénitence, il mourut de la mort des Saints. (P. Rho. sab., ex. 42.) •
Conversion d'une luthérienne.
X Augsbourg, une dame luthérienne très-obstinée, passant un jour devant une petite chapelle des catholiques,
voulut y entrer par curiosité. Elle y vît une image .de Marie tenant l'Enfant Jésus entre ses bras; se sentant tout à coup inspirée de lui faire un don, elle va à sa maison, prend une étoffe de soie et la porte à la sainte Vierge. Aussitôt qu'elle fut de retour chez elle, Marie l'éclaira et lui fit connaître la fausseté de sa religion. Elle vint trouver les catholiques, abjura 1 hérésie et se convertit à Dieu. {An soc, 1656, ap. Auric, t. II. ch. vi.)
La tentation vaincue.
Recupilo raconte d'un novice de la Compagnie de Jésus {Ind. 17) qui éprouvait une très-forte tentation de retourner ( dans le monde, que, réfléchissant un jour à la manière dont il pourrait effectuer sa sortie du monastère, il vitdevant lui une femme toute resplendissante. Il fut d'abord étonné, car il ne savait comment cette femme avait pu pénétrer dans sa cellule ; puis la lumière éblouissante qu'il voyait l'effraya ; il n'osa proférer une seule parole; cependant il entendit ces mots : Que penses-tu faire? Ne crains-tu point? Tu seras délivré de toute tentation si, devant chacune de mes images que tu rencontreras, tu récites cetîe prière : Maria, Mater gvatix, etc. Le religieux prit courage, et s'étant remis de sa frayeur, il répondit : Je ne sais point cette prière (c'était un Frère coadjuteur) et> je ne puis l'apprendre. Alors la sainte Yierge elle-même la lui enseigna, parole par parole, et il ne l'oublia jamais. La vision cessa et en même temps la tentation. Le religieux accomplit ce qui lui avait été ordonné par la sainte Yierge et persévéra dans la religion où il vécut saintement.
Guérison miraculeuse de saint Jean Damascène (1)*
L'empereur Léon, surnommé l'ïsaurien, venait d'exciter une persécution sanglante contre ceux qui révéraient les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des Saints; mais il eut dans le gouverneur de Damas un adversaire encore plus redoutable que le saint patriarche et les docteurs de Constantinople. Saint Jean, quoique hors des États de ce prince impie, crut qu'il était obligé de secourir ses frères dans un mal si pressant. Comme il était très-éclairé sur la tradition de l'Église et sur la théologie, il écrivit fortement ê contre cette impiété. Dans ses deux premiers discours, il fait voir la différence qu'il y a entre honorer les images et les adorer. 11 démontre visiblement que les fidèles, depuis
(Ij Saint Jean de Damas fut un des plus grands serviteurs4' et des plus éclatants panégyristes de Marie. On sait qu'il était le fils d'un vizir, et devenu lui-même, à force de lumières et de mérite, grand vizir à la cour des Califes, malgré la foi chrétienne dont il faisait profession et qui lui fit embrasser plus tard la vie religieuse. Jean de Damas initia les Arabes à la philosophie grecque, et appliqua à la scolastique la méthode d'Aristote. L'érudition, la justesse, la force et la précision caractérisent les écrits dogmatiques qu'il nous a laissés, autant que le feu et l'éloquence de l'âme animent ses compositions oratoires. Au jugement de Bellarmin, il surpasse les théologiens qui l'ont précédé, et il a ouvert des routes nouvelles à ceux qui l'ont suivi. Arnaud et même Claude l'appellent le saint Thomas de l'Orient. Cette grande intelligence, soutenue par le caractère le plus noble et les mœurs les plus saintes, se voua d'une manière spéciale au culte de la Mère de Dieu, et lui légua les plus 'riches inspirations de son génie. Telle était sa dévotion envers elle, que sa main ayant été tranchée par Tordre du Calife, pour avoir soutenu le culte des images, alors proscrit, on raconte, que le Saint obtint de la sainte Vierge que cette main fût miraculeusement rétablie pour continuer à l'employer à la défense de la vérité.
[A. Nicolas,)
les Apôtres, ont toujours honoré les saintes images, mais qu'ils n'ont jamais pensé à les adorer. Il prouve même invinciblement qu'il n'est rien de plus grossier, rien de plus mal imaginé que cette fade calomnie qu'on fait à l'Église. « Dieu défend, dit-il, de faire des images pour les adorer, mais non pas pour honorer en elles les Saints qu'elles représentent ; il a ordonné même qu'on en fît dans le temple de Jérusalem et dans l'Arche. Olez donc, conclut-il, toute sorte d'images et déclarez-vous contre celui qui les a fait faire, ou recevez-les toutes, chacune comme il lui convient. » Il découvre visiblement, surtout dans le second discours, la malignité de ces erreurs et la grossièreté de cette hérésie. « Le démon, dit-ii, faisait adorer jusqu'aux images des bêtes ; maintenant ce même imposteur porte les hommes ignorants et impies à refuser aux images des Saints le culte religieux qui leur est dû, » Le troisième discours qu'il donna sur ce sujet n'est proprement qu'un résumé des raisons des deux autres. Saint Jean envoya ces écrits à tous ses amis et aux prélats de la Grèce et de la Syrie, leur recommandant de les rendre publics. Comme ils étaient solides et concluants, pleins d'instruction et d'une éloquence vive et moelleuse, ils firent tout l'effet qu'on en attendait. Ils confirmèrent les fidèles dans la foi et confondirent les hérétiques.
Mais comme l'esprit de l'hérésie porte à faire périr ceux qu'elle ne peut pas corrompre, et qu'à défaut déraisons elle a toujours recours aux calomnies, l'empereur grec ne pouvant souffrir qu'un homme d'une si haute réputation par tout l'Orient combattît avec tant de force et de succès toutes ses erreurs, eut recours, pour s'en venger et le perdre, au plus honteux et au plus infâme artifice. Ayant trouvé le moyen d'avoir une de ses lettres, signée de la main du Saint, il fit si bien étudier son caractère par un écrivain
Irès-habile en Fart de contrefaire et de falsifier une écriture, qu'il était impossible de distinguer la véritable de la fausse. Sûr de l'habileté du fourbe, il lui fit écrire la lettre suivante, feignant que c'était le Saint qui la lui adressait pour lui offrir de lui livrer Damas dès qu'il s'en serait approché avec une armée.
Voici comment la lettre était conçue :
« Seigneur, puisque je suis chrétien, je crois être obligé de rendre, en cette qualité, à l'empereur des chrétiens, le service que Dieu et ma conscience exigent de moi contre les ennemis de la religion que je professe. Dans cet esprit, je donne avis à Yotre Majesté que cette ville de Damas est mal gardée et que la garnison des Sarrasins y est si faible qu'elle n'est nullement en état de résister aux premières insultes qu'on lui fera. Je la conjure, au nom de Dieu, de ne pas perdre une si belle occasion de délivrer de la tyrannie des barbares une si florissante ville. 11 ne faut pour cela que faire avancer les troupes que vous avez sur la frontière; comme c'est moi qui commande dans la ville, je vous engage ma foi de chrétien que je donnerai si bon ordre à tout qu'elles la surprendront sans aucune résistance aussitôt qu'elles paraîtront. J'attends sur cela les ordre's de Yotre Majesté pour l'exécution d'une entreprise qui lui sera si glorieuse et qui ne peut manquer, si vous suivez le conseil que je prends la liberté de vous donner. « Je suis, avec le plus profond respect, Jean,
« Le très-humble et très-fidèle serviteur de YotreMajesté. »
Cette lettre fut envoyée par un homme sûr au calife de Damas, à qui l'empereur grec écrivait, par le même messager, en ces termes :
« La diversité de religion ne peut jamais donner droit aux
princes de faire un crime et une lâcheté en violant la foi qu'ils se sont mutuellement donnée dans un traité de paix. Pour vous montrer que je la veux inviolablement garder de mon côté, je vous envoie la lettre qu'un scélérat, quoique chrétien, auquel vous vousfiez et qui vous trahit, m'a écrite. Vous jugerez par là de la perfidie de ce traître et de la sincérité de mon procédé, qui pourra vous persuader qu'il ne tiendra qu'à vous, si vous en usez comme moi, que je ne sois toujours votre ami et votre allié. Léon. »
L'artifice était trop caché pour ne pas s'y laisser prendre. Le calife, ayant reçu ces deux lettres, parut interdit. Aussi surpris qu'irrité, il fait venir le Saint, lui montre la lettre. Jean, encore plus indigné que surpris, crie à la fourberie et proteste de son innocence ; mais le barbare, s'abandonnant à sa colère, sans vouloir l'entendre, ordonne qu'on lui coupe sur-le-champ la main droite et qu'elle soit exposée dans la place publique ; ce qui fut exécuté.
Sur le soir notre Saint, persuadé que la colère du prince serait ralentie, le fit prier qu'on lui rendit sa main pour l'enterrer, Le calife, à qui on avait déjà fait entrevoir la fourberie de l'empereur grec, revenu de son emportement, condamnait sa précipitation, qui l'avait empêché de découvrir la calomnie. Il fut touché de cette demande et consentit qu'on lui rendît sa main. Alors le Saint, plein d'une vive confiance, entre dans son oratoire, et, prosterné devant l'image delà sainte Vierge : « Mère de mon Dieu, s'écrie-til, refuge assuré et la consolation la plus douce de tous les fidèles, vous savez que ce n'est que pour avoir défendu le culte dû à vos images, et celles de votre Fils et des Saints, que j'ai perdu cette main. Confondjez aujourd'hui l'erreur en confondant la calomnie ; faites que cette main se rejoigne à son bras pour n'être plus employée qu'à combattre les en-
nemis de votre Fils et les vôtres, et pour servir de témoignage à la vérité. » En disant cela, il rapproche sa main du bras, elle s'ajusta si bien à l'instant môme qu'on n'eût jamais pu croire qu'elle eût été coupée, si, pour rendre visible le miracle, Dieu n'y eût laissé un filet rouge qui en marquait la séparation. Le Saint, plein de reconnaissance et de dévotion, passa le reste de la nuit à chanter les louanges du Seigneur avec tous ses domestiques.
La merveille était trop éclatante pour ne pas faire de bruit. Le calife, en étant averti, voulut s'en convaincre par ses propres yeux, et, embrassant le Saint, le pria de lui pardonner son emportement, et de lui demander tout ce qui pourrait lui faire plaisir, jurant qu'il lui accorderait sa demande. Le Saint, qui depuis son enfance ne soupirait qu'après la solitude, profita de cette occasion pour obtenir son congé; la demande qu'il en fit affligea le prince, qui mit tout en œuvre pour le retenir ; mais le Saint, le sommant de tenir sa promesse et de garder son serment, obtint enfin la permission de se retirer.
La Réforme confondue.
Une piquante et mémorable leçon fut donnée à la Réforme au xvie siècle.
En 1528, les Calvinistes débutèrent par l'insulte et l'outrage au culte de la Mère de Dieu. Ils mutilèrent une statue de la Vierge, qui était l'objet d'une grande vénération, et lui retranchèrent la tête. Le peuple de Paris s'émut profondément de ce double attentat contre sa foi et sa liberté, et voici la double protestation par laquelle il vengea l'une et l'autre. Le roi François Ier fit faire une nouvelle statue en argent doré, de beaucoup plus belle que la première, et la portant lui-même dans ses royales mains à la suite d'une
procession immense où toute la société voulut entrer, il fut la placer au lieu où était l'ancienne. Quant à celle-ci, elle fut recueillie dans l'état de mutilation où l'avaient mise les Réformés, et, portée ensuite en grande pompe dans l'église de Saint-Gervais ; elle y fut instituée et vénérée sous le titre de Notre-Dame de Tolérance. Charmant et éloquent enseignement, qui tirait parti du sacrilège contre ses auteurs, et qui faisait sortir la réparation de l'outrage (1) ! C'est ainsi que la Vierge confondait la Réforme, et continuait à justifier l'antique louange : Gaude, Maria Virgo, cunctas hœreses sol a interemisti in universo mundo.
La Réforme provoqua dans le sein de l'Eglise une réaction de foi, de sainteté et de lumière, qui profita au culte de la Mère de Dieu et le fit grandir encore dans l'humanité. La vénération et l'amour redoublèrent en raison de la profanation et du sacrilège.
Vertu de l'image de Marie.
Il est toujours bien doux d'avoir devant ses yeux, de presser quelquefois contre son cœur le portrait d'une personne que l'on aime, d'une tendre mère, d'une sœur, d'une bienfaitrice, d'un ami. Eh bien ! puisque Marie est tout cela et plus que cela pour nous, puisque Marie a pour nous incomparablement plus d'amour encore que nos mères, aimons donc cà posséder ses images, à porter sur nous ses médailles, à confier quelquefois à ces douces effigies de la meilleure des bienfaitrices nos prières, nos protestations d'amour, nos espérances et nos peines. Ces marques d'affection plaisent infiniment à la Mère de Dieu et nous attirent toujours ses «faveurs. C'était la pratique d'une foule de Saints, et
(1) Jacobus Breuleus, In Antiqm Paris,
entre autres de saint Jean Damascène, de saint Stanislas et de saint Liguori.
Ce dernier nous donne, dans ses œuvres, l'histoire d'un solitaire du mont Olivet, qui était dans l'habitude de faire toutes ses prières devant une image de Marie, placée dans sa cellule. Assailli cependant de tentations violentes et si continuelles qu'elles ne lui laissaient aucun repos, il s'écrie un jour, de guerre lasse et tout hors de lui-même: « Cruel démon, ne me laisseras-tu pas un moment tranquille ? — Ah ! lui répond Satan, tes tourments sont loin, bien loin de ceux que tu me fais endurer ! Jure-moi le secret, et je t'en dirai la cause. » Le solitaire l'ayant fait : « Eh bien ! lui dit le tentateur, ne regarde plus l'image que tu as dans ta cellule. »
Le solitaire, aussi surpris de cet aveu que confus de son téméraire engagement, alla sur-le-champ consulter l'abbé Théodore, qui l'assura qu'un tel serment ne le liait point, et qui lui recommanda de recourir toujours à Marie. Ce sage conseil fut suivi, et les tentations du solitaire cessèrent entièrement.
Ce fait est rapporté dans les Actes du concile de Nicée. (Voyez la Tradition de l'Eglise, par Louis Abelly).
Dévotion du Père Ballhasar Alvarez aux saintes images de Marie.
On conserve à Rome, dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, un tableau de laYierge tenant son Fils entre ses bras, que l'on croit peint par l'évangéliste saint Luc. Saint François de Borgia, dont la tendre dévotion envers Marie est connue de tout le monde, en fit tirer une copie par un peintre habile, et ensuite la multiplia, afin de pouvoir envoyer des exemplaires en différents lieux, persuadé que cela contri-
buerait à propager le culte de cette Reine des Vierges. Le Père Baltbasar, ayant vu ces précieuses images, voulut en avoir une et l'obtint en effet de son général. Elle ne pouvait tomber en meilleures mains et plus capables de la rendre profitable. D'abord, il la porta sur lui pendant ses voyages, dans la confiance qu'elle le conserverait au milieu des dangers ; arrivé à Métine, il la fit encadrer avec magnificence, et la plaça dans la cbapelle du noviciat, afin que ses novices, l'ayant sans cesse sous les yeux, conçussent envers Marie une tendre dévotion, moyen des plus puissants pour obtenir la perfection propre de leur vocation religieuse. Lui-même faisait de fréquentes visites à cette image cbérie, aimait à réciter son office en sa présence et passait quelquefois les nuits entières à ses pieds; ce qui lui valut souvent des grâces extraordinaires. Non content de cela, il portail babiluellement sur lui une petite gravure faite sur cette image, non-seulement comme un témoignage de son amour, mais encore comme un bouclier contre les tentations. 11 célébrait les fêtes de cette divine Vierge avec un redoublement de dévotion ; aussi éiaient-elles pour lui des jours de grâces et de faveurs singulières. J'en rapporterai un exemple que je trouve consigné dans son journal.
« Le jour delà Conception Immaculée deMarie, j'ai reçu, dans mon oraison, deux lumières particulières : la première m'a porté à demander instamment à Dieu qu'il me donnât, après tant d'années passées à son service, un cœur semblable à celui que reçut sa très-sainte Mère au moment de sa Conception. La seconde, en me faisant voir, avec une grande clarté, qu'en se donnant à nous, il nous a donné son Père et sa Mère, m'a inspiré la pensée de lui demander, comme grâce nouvelle, qu'il nous offre à eux, en retour, et nous aide à leur payer le tribut de nos respects et de notre amoureuse reconnaissance. Ces deux sentiments firent
sur moi une profonde impression, et demeurent encore gravés dans mon cœur. »
Ses rapports intimes avec le Père Gultierez, grand serviteur de Marie, contribuèrent encore à la lui faire aimer davantage. Ce Père, en retour de sa tendre dévotion, avait souvent été honoré des visites de cette auguste Reine, et, une fois entre autres, elle daigna venir le remercier d'un service qu'il lui avait rendu. Le fait mérite d'être rapporté, d'autant plus que le Père Balthasar y fut pour quelque chose. Le vénérable Jean d'Avila ayant dit, dans un sermon, que la grâce accordée à Marie avait été plus abondante que celle de tous les anges et de tous les hommes ensemble, cette opinion plut beaucoup au Père Balthasar et à son ami, parce qu'elle était glorieuse à leur Reine et propre à inspirer à ses dévots serviteurs une plus profonde vénération ; ils résolurent, en conséquence, de la rendre populaire, et, dans cette intention, ils prièrent le père Suarez de prouver que cette opinion était conforme à la doctrine des Saints et à la droite raison, et par conséquent solidement probable. Ce grand théologien, fort dévot lui-même à la divine Marie, fit là-dessus un écrit qui plut beaucoup aux deux Pères, et plus tard traita la question avec une abondance qui ne laissa rien à désirer.
Mort de la Bienheureuse Marie des Douleurs.
Dès son enfance les parents de Marie l'avaient engagée à se consacrer au service de la Mère de Dieu : elle alla donc habiter dans une église dédiée à la sainte Vierge où elle résolut de mourir et d'être ensevelie. Là, devant la pieuse image de la Reine du ciel, elle fit le vœu de chasteté perpétuelle, et celui de mendier, pendant toute sa vie, de porte en porte, pour l'amour de Marie, et de ne se procurer que
de cette manière ce qui serait nécessaire à sa subsistance. Une fois que, selon sa coutume, elle faisait cet acte d'humilité, elle fut aperçue par un méchant homme qui résolut sa perte. 11 remarqua la maison où Marie avait l'habitude d'aller prendre un repas qu'on lui donnait par charité ; il y déroba une tasse d'argent et la cacha dans le sac que la pauvre fille portait pour y mettre son pain. Puis il s'approcha d'elle, et lui dit qu'il savait avec certitude qu'elle avait volé une tasse d'argent. Marie protesta de son innocence, et se recommanda à la sainte Yierge. Alors ce malheureux la conduisit devant le juge, l'accusa du vol, et tira de son sac la tasse d'argent. Marie se défendit en vain ; elle fut condamnée à mort. En passant devant sa chaumière, elle demanda au juge la grâce de s'y arrêter quelques instants pour prier devant l'image de la sainte Yierge. Elle obtint ce qu'elle sollicitait, puis elle reçut en ce lieu et de la main du bourreau une mort qu'elle n'avait pas méritée. Le démon s'empara aussitôt du calomniateur et lui lit expier le crime horrible qu'il avait commis. Le malheureux ne fut délivré de ses mains qu'après avoir confessé devant celte môme image de la sainte Yierge et l'innocence de Marie et l'injuste calomnie dont il était l'auteur.
(Bol/and. y Vie delà Sainte.)
Honneurs rendus à V image de Marie.
Jean Comnène, empereur d'Orient, donna une preuve bien éclatante de la dévotion qu'il avait aux images de la Mère de Dieu. Les Scythes avaient fait une irruption dans la Thrace ; ils s'y étaient jetés avec beaucoup de violence ; enfin, par une usurpation digne de leur mauvaise foi, ils s'en étaient rendus les maîtres.
L'Empereur, dans cette province de son empire, eut re-
cours à la Reine du ciel, et, par la protection visible que son armée en reçut, il chassa les barbares et les*mit totalement en déroute. Alors, loin d'être ingrat envers sa libératrice, il voulut lui céder hautement tout l'honneur de cette victoire. Il fit placer son tableau sur un char de triomphe magnifiquement attelé de quatre chevaux blancs, montés par les premiers princes de son empire, et luimême, précédant tout son cortège, à pied, la tête nue devant le char de triomphe, une croix à la main, envoyait à Marie toute la gloire. Honorons, à l'exemple de ces grands personnages et en toutes les manières qui pourront dépendre de nous, les images de ia Reine du ciel.
{Véritable dévotion.)
Saint Bernard salué par une statue de Marie.
Saint Bernard, visitant la Belgique, s'était arrêté quelque temps dans le monastère d'Àffligin, pour chercher, par ses exhortations et ses exemples, à y rétablir la discipline qui n'y était plus guère observée, il avait déjà fait plusieurs instructions qui n'avaient pas produit beaucoup d'effet, et il en était fort attristé. Un jour qu'il parcourait la maison, suivi, comme de coutume, d'un grand nombre de religieux et même dune foule de peuple, il vint à passer devant une belle statue de la sainte Yierge. Le pieux abbé s'arrête pour la contempler; mais, saisi aussitôt par la force de l'amour divin et ravi hors de lui-même, il tombe à genoux et s'écrie avec un inexprimable accent de tendresse : « Je vous salue, Marie. » A peine a-t-il fini cette salutation, qu'au grand étonnement de toute l'assistance une voix partie de la statue se fait entendre, et articule très-distinctement les mots suivants: «Je vous salue, Bernard!» La relation de ce prodige se trouve consignée dans les Annales de l'antique
monastère dont nous parlons, ainsi que dans celles de Cîteaux. Celte statue miraculeuse, qu'on appela depuis Notre- Dame de la Paix, et qui fut toujours l'objet d'une 1res» grande vénération, était en marbre blanc, parsemé de quelques veines noires. Dans les guerres des hérétiques, elle fut renversée et brisée, mais on recueillit ses débris, et on en fit deux petites statues dont l'une fut placée à Affligin, et l'autre à Bruxelles, dans la maison des Pères Jésuites. Le Ménologe cistercien, sous la rubrique du 18 octobre, fait mention en ces termes du miracle que nous venons de citer : « En Belgique, la commémoraison de la bienheureuse Yierge Marie qui, par la bouche de l'image d'Affligin, en présence des moines et d'un grand concours de fidèles, salua notre Père Bernard en disant distinctement : « Je vous salue, Bernard ! » laquelle image est conservée avec la plus grande vénération. ■» Le vénérable abbé reçut de nouveau la même faveur dans une ville d'Allemagne. Ayant salué, selon son usage, une image de Marie qui était sur son chemin, la bonne Mère lui rendit aussitôt son salut devant toute la multitude qui le suivait.
Le ferrent serviteur de Marie.
Rien ne saurait donner une juste idée de l'amour que le Vénérable Emmanuel Padial portait à la très-sainte Yicrge. Il avait coutume de lui dire de prendre son cœur et de le consumer. Il ne pouvait contempler les images de Marie sans tomber en extase, et, dans son ravissement, il ^s'écriait : Mon amour, mon bel amour, Mère du bel amour, Mère du bel amour. Un jour, pendant qu'il dînait, son regard rencontra une image de la sainte Yicrge ; aussitôt il tomba dans son saint délire, et répéta ces mêmes paroles. Lorsqu'il fut revenu à lui-même, il dit à un frère qui le
servait : Pardonnez-moi, ce sont les effets de ma tête égarée. Un jour qu'il prêchait sur l'excellence de la très-sainte Mère de Dieu, il fut surpris au milieu de son discours par un mal soudain : on le porta à la sacristie, et Ton put dire de lui comme de l'Épouse des Cantiques : Fulcite me ftoribus, stipate me malis, quia amore langueo. Il dit une fois à un autre religieux : Si la sainte Vierge vous donnait son divin enfant, pourriez-vous vivre ? Le religieux répondit affirmativement. Comment! ajouta Emmanuel avec étonnement, vous pourriez vivre, vous ne mourriez pas aussitôt? Il disait aussi qu'il aurait vécu volontiers dans le temps de la sainte Famille de Jésus, de Marie et de Joseph, parce qu'il serait allé dans leur maison pour leur rendre quelque petit service, et quelquefois peut-être la sainte Vierge lui aurait dit : 0 Emmanuel, prends un peu mon Enfant. Par ces pieuses pensées, ce saint religieux faisait croître chaque jour dans son cœur l'amour de Jésus et de Marie qui étaient toutes ses délices.
Conversion du roi de Monomotapa.
La conversion du roi de Monomotapa, arrivée Tan 1561, montre bien le pouvoir de la sainte Vierge sur les idolâtres. Voici comment elle se fit :
Le Père Gonzalez Sylvéria, qui fut mis à mort quelque temps après par les barbares, en haine de la religion chrétienne, fut l'instrument dont la Providence se servit pour la conversion de ce roi idolâtre. Un jour que ce Père disait la messe, quelques courtisans ayant vu sur l'autel un tableau de la sainte Vierge qu'il avait apporté d'Europe, allèrent aussitôt rapporter au roi qu'il avait avec lui une dame d'une incomparable beauté. Le prince envoya aussitôt chercher Sylvéria, lequel, ravi d'avoir trouvé une occasion si
favorable de travailler à sa conversion, se rend au palais avec son tableau, couvert d'un rideau ; et, afin de donner encore plus d'envie à ce prince de le voir, il lui fait entendre que c'est l'image de la Mère de Dieu, à qui tous les rois de la terre doivent obéir. Le missionnaire l'ayant découverte, le roi en fut si charmé, qu'il lui fit une profonde révérence, et demanda ce tableau à Gonzalez, qui lui en fit aussitôt présent et le porta dans le cabinet du prince, où il fit élever un autel sur lequel il le plaça, engageant le roi à honorer la Reine du ciel et à l'invoquer ; à quoi il consentit, tout idolâtre qu'il était. La Mère des miséricordes ne fut pas longtemps sans lui marquer combien sa dévotion lui était agréable, car elle lui apparut cinq nuits de suite environnée de lumière et pleine de majesté, mais lui parlant une langue qu'il n'entendait pas : ce qu'il raconta le lendemain à la reine sa mère et aux Portugais qui le venaient voir, leur témoignant que cela lui faisait beaucoup de peine. Le Père Gonzalez Sylvéria ne manqua pas de se servir de cette occasion pour procurer la conversion du roi. C'est pourquoi il lui dit que ce langage était tout céleste, qu'on ne pouvait l'entendre, à moins d'embrasser la religion chrétienne. Son discours fit tant d'impression sur l'esprit du prince, que, quelque temps après, étant suffisamment instruit, il se fit baptiser avec la reine sa mère et plus de trois cents des principaux seigneurs du royaume.
Consécration solennelle à Marie.
L'an 1629, l'empereur Ferdinand ÏIÎ, pressé par les Suédois, que leurs victoires mettaient en état de tout oser, ne vit, pour empêcher la ruine totale de ses affaires., qu'un seul moyen efficace : il eut recours à la puissante protection de la Mère de Dieu. Résolu de déployer en cette cir-