‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 13 sur 35 · LA DÉVOTION A MARTE · texte numérisé non relu

LA DÉVOTION A MARTE

constance toute la magnificence impériale, il fit élever sur la grande place de Vienne une superbe colonne, et voulut qu'on la décorât d'emblèmes et de figures rappelant l'Immaculée Conception de Marie. A cbacun des quatre angles du piédestal, un ange foulait aux pieds un monstre dompté; la statue de cette Reine des anges, placée au dessus de la colonne, dominait la ville, la regardant d'un air de bonté; elle écrasait la tête d'un serpent infernal. Une inscription, gravée en gros caractères, attestait aux siècles futurs et la piété du monarque et sa ferme confiance en la Mère de Dieu. Jamais fête ne fut plus solennelle que celle où se fit la bénédiction du magnifique monument ; jamais les habitants de Vienne n'avaient été témoins d'un spectacle aussi religieux et aussi touchant. Toute la cour, toute la ville prirent part aux cérémonies publiques. Dès le point du jour, le peuple inondait les rues, les places publiques, l'église où l'empereur devait se rendre. Il s'y rendit en effet » proccssionncllement, ayant à ses côtés son fils, roi de Bohême et de Hongrie, sa fille, reine d'Espagne ; le légat du pape, les ambassadeurs, toute la noblesse, le clergé de tous les Ordres religieux suivaient le prince. Apres un discours éloquent sur le glorieux privilège de Marie, une messe solennelle fut célébrée ponlificalemenl par le prince Frédéric, évoque de Vienne. Aussitôt après avoir reçu la paix du sous-diacre, suivant la coutume, l'empereur descendit de s'on trône, vint se mettre à genoux au pied de l'autel, et au moment delà communion, remettant son épée à son chambellan, il prononça à haute voix une formule par laquelle il consacrait à Marie conçue' sans la tache du poché originel sa personne, sa famille, ses provinces, ses armées et tout ce qu'il possédait; il promettait en même temps de faire solenniser à perpétuité l'Immaculée Conception comme me de précepte, clavec obligation de jeûner la veille. Il voulut,

de plus, que cet acte, signé de sa main, fût gardé soigneusement pour en éterniser la mémoire. Ayant ensuite reçu îa sainte Eucharistie et singulièrement édifié tous ceux qui l'environnaient, il se transporta avec le même cortège sur la place où était élevé le trophée à la gloire de Marie. Alors se fit la bénédiction de ce monument si glorieux à la Mère de Dieu, au milieu des chants d'allégresse, des transports de la piété, du bruit retentissant des instruments guerriers et de toute l'artillerie de la ville. Le soir, toutes les maisons furent illuminées; la colonne elle-même, tout environnée de flambeaux et surmontée d'un arc lumineux, fixait tous les regards. Les princes, se mêlant dans la foule, prenaient part à tous les exercices religieux, et augmentaient par leur présence la joie et la piété du peuple.

Ferdinand recueillit bientôt le fruit de sa pieuse magnificence, par la bénédiction que le ciel répandit sur ses armes,

Saint VMUp'pe de Néri plein de vénération pour les images de Marie.

Saint Philippe de Néri se plaisait à attribuer à Marie la plupart des grâces dont il était favorisé, et il aimait à raconter qu'ayant prié la Mère de Dieu, il avait été par sa puissante médiation entièrement délivré de certaines terreurs paniques dont le démon se servait pour le troubler et le jeter dans le désespoir. Aussi, quand on éleva les autels de l'Oratoire, il voulut, pour témoigner sa reconnaissance à Marie, qu'on représentât sur chacun d'eux l'image de la sainte Yierge : « Elle portera bonheur, disait-il, à tous ceux qui la contempleront et la prieront : je le sais par expérience, car chaque fois que je prie devant celle qui est

dans ma cellule, mes vœux sont exaucés. » Yoilà pourquoi, lorsqu'il fut question, après la béatification du Saint, d'exposer son portrait à la vénération des fidèles, les Pères firent peindre sur le môme tableau l'image de leur saint fondateur et celle de Marie, pour rappeler la tendresse filiale de Philippe envers sa douce patronne.

Vanneau offert à Marie.

Vincent de Beauvais, au chapitre lxxxvii du septième livre du Miroir des exemples, en rapporte un bien touchant. Quelques jeunes gens jouaient ensemble devant la porte d'une église : un d'eux y étant entré, aperçut une statue de la Reine des anges, dont l'éclat qui sortait de son visage le frappa si vivement, qu'il se prosterna à ses pieds et lui présenta une bague qu'il avait dans ses doigts, et conjura en même temps cette Mère de bonté de vouloir bien le recevoir au nombre de ses serviteurs. Sa prière ne fut pas sans effet : il n'eut pas plutôt mis l'anneau au doigt de cette statue, qu'elle le replia ; de quoi étonné, il courut appeler ses compagnons, pour être témoins de ce qui lui était arrivé. Tous ayant vu ce prodige, lui portèrent envie, et lui conseillèrent de se consacrer pour le reste de ses jours au service de la Mère de Dieu, ce qu'il résolut de faire. Mais le feu de la jeunesse, l'amour du plaisir et les compagnies lui ayant bientôt fait oublier ses promesses, il s'engagea dans le monde, et mena une vie peu conforme aux résolutions qu'il avait prises. 11 ne fut pas longtemps à recevoir des reproches de son changement, car la sainte Vierge lui apparut deux fois, et joignit aux reproches les menaces de lui faire ressentir les peines que méritait son infidélité. Il n'en fallut pas davantage pour le faire rentrer en lui-même. Dès le même jour, il quitta tous les engagements qu'il avait dans

le monde, résolu d'employer le reste de sa vie au service de celle à qui il s'était déjà consacré auparavant.

L 'Image miraculeuse.

L'an 1134, les Ascalonites ayant attiré les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem dans une embuscade qu'ils leur avaient dressée, plusieurs furent faits prisonniers, parmi lesquels étaient deux frères natifs de Picardie, près de Laon. Après avoir été guéris des blessures qu'ils avaient reçues dans le combat, ils furent envoyés au Caire pour être présentés au Soudan, qui d'abord les maltraita fort dans l'espérance de les obliger, à force de tourments, de renoncer à leur religion et d'embrasser celle de Mahomet. Après une dure prison, où ils n'avaient pour toute nourriture que du pain et de l'eau, il les fit fortement presser par plusieurs prêtres de sa secte. Comme tous ses efforts étaient inutiles, il s'avisa d'un expédient qu'il crut devoir réussir, qui fut de leur envoyer sa fille, la princesse Ismérie, fort instruite de sa religion ; mais cet artifice n'eut pas l'effet qu'il prétendait. Ismérie ayant été convaincue par les discours des chevaliers, mais surtout par le récit qu'ils lui firent sur la vie et les vertus de la Mère de Dieu, elle souhaita en voir le portrait. L'aîné de ces deux frères lui promit de la contenter. Dans l'embarras où il se trouvait, n'ayant aucune image de la sainte Yierge, il se mit en prière avec son frère. La nuit suivante, il aperçut à son côté une image tout environnée de lumière, qu'on dit être celle qui est encore aujourd'hui dans l'église de Notre-Dame de Liesse. Le lendemain, la princesse étant revenue à la prison, les chevaliers lui présentèrent cette image miraculeuse. Les honneurs qu'elle lui rendit lui méritèrent une faveur singulière de la Reine du ciel, car, dans une apparition, la Mère de

Dieu lui fit entendre qu'elle délivrerait les chevaliers qui avaient imploré son assistance. Cette vision confirma entièrement la princesse Ismérie dans la résolution qu'elle avait prise de se faire chrétienne. Dans cette pensée, elle va à la prison, communique son dessein aux chevaliers, et sortant ensemble sans être aperçus de personne, emportent avec eux la statue de la sainte Yierge, qui, par un second prodige, était devenue fort légère, comme il arriva depuis à saint Hyacinthe, lorsque, sortant de Niovie, il emporta avec lui, par ordre de la sainte Yierge, sa statue d'albâtre, qui était surJ'autel. La princesse et les chevaliers étant arrivés au bord du Nil, trouvèrent un jeune homme qui les passa. Ils marchèrent ensuite trois heures pendant la nuit. Ismérie, un peu fatiguée, fut obligée de s'arrêter quelque temps pour se reposer, pendant lequel, étant tous surpris d'un doux sommeil, ils se trouvèrent miraculeusement transportés près du château du père des chevaliers. Le récit de leur aventure fit connaître la protection visible de la sainte Vierge; ils voulurent laisser un monument de leur gratitude en faisant bâtir une église dans l'endroit même où l'image était tombée des mains d'Ismérie et d'où l'on ne put jamais la transporter ailleurs. La princesse, ayant été présentée à l'évêque de Laon, elle reçut de ses mains le baptême, où elle prit le nom de Marie.

Le respect humain vaincu,

M. de Beauveau, marquis de Novian, et depuis religieux de la Compagnie de Jésus, dut sa conversion à une victoire qu'il remporta sur lui-même pour honorer la sainte Yierge.

L'an 1649, lorsque les troupes allemandes étaient on Lorraine, quelques soldats, qui étaient logés à Novian,

après avoir bu avec excès, se mirent à jouer; l'un d'eux, ayant beaucoup perdu, se lève tout à coup en furie, et, apercevant une image de Notre-Dame attachée à la muraille, il s'en prend à elle comme si elle était cause de sa perte, et lui donne plusieurs coups en proférant mille blasphèmes.

Au même instant il fut renversé contre terre avec un tremblement de tout le corps et des douleurs si violentes et si continuelles, qu'il fut impossible de lui faire prendre aucune nourriture pendant quatre ou cinq jours qu'il demeura à Novian. Toutes les troupes ayant reçu ordre de déloger, on le lia sur un cheval pour qu'il suivît les autres. On a su depuis que, s'étant jeté par terre à force de se tourmenter, il était mort sur le chemin, mordant la poussière et écumant de rage à la vue de ses camarades frappés euxmêmes de stupeur et d'effroi,

A Novian, on parla longtemps avec étonnement et avec crainte de la punition exemplaire de cet impie. Deux ans après, à la persuasion d'un missionnaire, on résolut de réparer le sacrilège. A cet effet, le curé de la paroisse, le chapelain du château, les missionnaires qui y étaient et quelques prêtres du voisinage allèrent de l'église à la maison où la profanation avait eu lieu. Mais, quand la procession y fut arrivée, personne ne se présenta pour porter l'image, quoique le curé fît signe à quelques-uns de la prendre. Alors M. de Beauveau, indigné de cette froideur pour le service de la Reine du ciel, se sentit intérieurement poussé de prendre lui-même cette image, et quoique l'esprit de vanité et la crainte de paraître simple aux yeux du monde le détournassent fortement de le faire, il se surmonta toutefois généreusement; au lieu de commandera quelqu'un de la porter, il la prit lui-même et la porta avec grand respect jusqu'à la chapelle du château, où elle fut placée honora-

blcment par l'autorité de Pévêque, et toujours depuis honorée d'une manière particulière.

La sainte Yierge, ajoute l'historien oculaire , ne tarda pas â récompenser cette action de piété et ce triomphe remporté en son honneur sur le respect humain.

Comme le marquis l'avoua lui-même, il sentit une abondance de grâces si extraordinaires et de si fortes inspirations de vivre plus conformément à l'esprit du christianisme, qu'il en était étonné et même quelquefois affligé, dans la crainte, disait-il, que cela ne le menât trop loin. {Histoire d'une sainte et illustre famille de ce siècle.)

Un pêcheur touché par la, vue d'une image de Marie.

Dans une maison que notre Congrégation possède dans le royaume de Naples, dit saint Liguori, une femme vint dire à un de nos Pères qu'il y avait bien des années que son mari ne s'était confessé, et qu'elle ne savait plus quel moyen prendre pour l'y engager, parce que, quand elle lui en parlait, elle en était battue. Le Père lui conseilla de donner à son mari une image de l'Immaculée Conception. Le soir elle exhorta de nouveau son mari à se confesser; il s'y refusa, et elle lui donna cette image. Dès qu'il l'eut reçue, il dit à sa femme : Je suis prêt à me confesser quand tu le voudras. Un changement si subit fit verser des larmes de joie à cette femme, et le lendemain matin le mari partit réellement pour se confesser. Le confesseur lui demanda depuis quel temps il ne s'était pas confessé. Depuis vingthuit ans, lui répondit-il. Et comment, répliqua le Père, vous êtes-vous déterminé à venir ce matin? — Ah! mon Père, dit alors le pénitent, j'ai toujours refusé de le faire; mais hier soir, mon épouse me donna une image de la Yierge, et aussitôt je me suis trouvé tellement changé, que chaque

instant de la nuit dernière me paraissait un siècle, en attendant le jour pour venir me confesser. En effet, il se confessa avec beaucoup de componction, changea de vie, et continua pendant longtemps à se confesser souvent au même Père.

Le Vindicatif adouci.

Dans un autre lieu du diocèse de Salerne, tandis que nos Pères, dit saint Liguori, y donnaient la mission, un homme gardait une haine mortelle contre un autre qui l'avait offensé. Un de nos missionnaires l'exhorta à pardonner. Mon Père, lui répondit-il, m'avez-vous jamais vu assister à vos prédications? Non, sans doute. Eh bien, c'est pour cela seul que je n'y vais pas : je vois bien que je suis damné; mais c'est égal, je veux me venger. Le Père fit tous ses efforts pour le convertir; à la fin, voyant que c'était en vain, il lui donna une image de l'Immaculée Conception. A quoi bon? répondit-il, à quoi sert cette image?... Dès qu'il l'eut acceptée, comme s'il n'eût jamais refusé de pardonner : Mon Père, dit-il au missionnaire, ne faut-il que pardonner? je suis prêt à le faire. On fixa pour la réconciliation le jour suivant; mais alors il avait déjà changé de sentiment et n'en voulait plus rien faire. Le Père lui présenta une autre image; il ne voulait pas la recevoir; enfin il la prit après bien des difficultés. Mais, ô merveille! à peine eut-il cette seconde image, qu'il s'écria aussitôt : Allons, dépêchonsnous ; où est mon ennemi? et, après s'être réconcilié avec lui, il se confessa.

Limage de Marie source de grâces précieuses.

Marie est toujours pleine de grâce, et pour qu'elle verse sur nous quelque chose de sa surabondance, il suffit sou-

vent d'un hommage rendu à ses images, à ses statues, à ses médailles.

— Un jeune officier, en partant pour l'Espagne, dans la campagne de 1822, reçut de sa pieuse mère une Imitation de Jésus-Christ avec une jolie petite image de Marie. Lorsque l'armée fut à Madrid, il écrivit la lettre suivante : « Vous êtes donc destinée à me protéger partout, ma bonne mère, de loin comme de près. Hier, je fus logé dans une famille très-respectable de cette ville, et je vis avec peine combien j'y étais mal vu, et avec quelle contrainte pleine de défiance on m'assignait ma place au repas qui réunissait toute la famille. Le souvenir de la mienne, dans ce moment pénible, amena celui de votre Initiation, que je porte toujours sur moi. Je la sortis aussitôt, et j'en tirai la petite image que vous y aviez placée. Je passai cette image à la personne qui était près de moi; celle-ci, avec un étonnement plein de joie, la fit passer de main en main. Dès lors, grâce à ma mère du ciel et à ma mère de la terre, je n'étais plus un étranger, mais l'enfant de la maison, un membre de la famille, et c'est sur ce pied que j'y suis toujours demeuré depuis. »

— A Paris, durant l'automne de 1863, un maçon, ancien soldat, honnête, loyal, mais fort peu croyant, avait accepté mne médaille de la sainte Vierge. Il se disait de temps en temps : « Oui, j'ai ma médaille, je l'aime bien, je ne la perds pas. » Un jour qu'il était dans les fondations d'une maison, le treuil qui soulevait les grosses pierres d'assise pour les déposer au fond des tranchées ouvertes, se brise, et la masse énorme se précipite sans frein sur celui qui l'attendait. C'est la mort. Il s'y prépare; mais en même temps il se soulève énergiquement, étend les bras, et reçoit ce bloc qu'il soutient sans peine. Il revient chez sa femme, pâle, ému. «Tu

ne sais pas ce qui vient de m'arriver, s'écrie-t-il ; jamais je n'ai vu chose pareille. J'ai eu une force que Dieu seul a pu me donner. C'est un miracle, oui, un vrai miracle. J'ai été protégé par Dieu même et par la sainte Yierge. »

— Une jeune fille, pauvre, orpheline depuis l'âge de six ans, et d'une beauté remarquable, habitait une résidence royale où la cour passait tout l'été. Pour aller chaque jour à son travail, elle traversait la place, le pont, les promenades, lieux remplis de militaires et de laquais désœuvrés. Afin qu'aucun danger ne lui manquât, et que la protection de Marie en fût plus éclatante, Henriette logeait seule dans une petite chambre. Cependant louanges, flatteries, demandes en mariage, railleries, tous les traits empoisonnés venaient tomber à ses pieds sans atteindre son innocence. Une sœur de charité qui s'intéressait à la pauvre fille, avait mis dans sa chambre une assez grande statue de Marie Immaculée; et une personne pieuse qui l'aimait lui avait dit: « Oh! ma chère enfant, toutes ies fois qu'en rentrant chez vous le soir, vous jetterez vers Marie un regard plein de confiance et que sa vue remplira votre cœur de consolation, bénissez Dieu et reposez en paix. Mais, si vous sentez un petit trouble en regardant cette sainte Mère, examinezen soigneusement la cause, et éloignez-la sans délai. » Henriette fut fidèle à cette recommandation. Marie lui fit de plus en plus sentir sa protection maternelle, lui inspira le désir de se consacrer entièrement au service de Dieu, la fit admettre dans l'institut des Filles de la Charité, et se hâta de la récompenser en l'appelant auprès d'elle dans le ciel. Henriette, modèle de dévouement et de générosité, mourut dans un hôpital, à l'âge de trente ans, par suite des soins donnés aux pauvres infirmes.

— Un malade s'obstinait à ne pas recevoir les sacrements,

et les personnes qui le soignaient avaient inutilement fait plusieurs neuvaines, lorsqu'une image de Mater admirabilis leur fut envoyée, et placée dans sa chambre. On pria avec une nouvelle ardeur, et un saint prêtre vint indiquer une manière d'amener doucement le malade à recevoir les secours de la religion. Mais ce ne fut pas nécessaire. La Mère admirable veillait auprès de ce lit de douleur, et fit connaître au moribond, pendant son sommeil, tout le pieux projet. Il regarde ce songe mystérieux, si complet et si exact jusque dans les plus petits détails, comme un avertissement du ciel, et demande lui-même à se confesser. Aussitôt quel changement dans son caractère ! quelle douceur! quelle patience ! La Mère admirable lui avait fait comprendre l'utilité de la souffrance. Pendant une agonie de dix-huit jours, son âme, unie à la sainte volonté de Dieu, bénissait la douleur qui le purifiait. Il disait avec une paix profonde : « Je suis bien indigne d'aller au ciel, mais je vais avec joie là où il plaira à Dieu de me mettre : il m'a comblé de tant de grâces ! »

— Un pécheur n'avait d'autre dévotion que de réciter chaque jour le Sub tuum praesidium devant une image de Marie. Un jour la sainte Vierge l'éclaira tellement qu'il se convertit et entra dans un monastère, où pendant 50 ans il mena une vie exemplaire et mourut très-pieusement. {An. Mar.f 19 juil.)

Une oraison jaculatoire en Vhonneur de Marie.

En 1610, il y avait à Turin un hérétique obstiné qui ne voulait pas même se convertir à la mort, quoi que pussent lui dire plusieurs prêtres qui l'assistèrent pendant huit jours. Enfin l'un d'eux le porta presque par force à recou-

ri r à Marie en lui faisant prononcer ces mots : « Mère de Jésus, secourez-moi. » L'hérétique, comme sortant d'un profond sommeil, s'écria : « Je veux mourir catholique. » En effet il se réconcilia avec l'Église, et mourut deux heures après. {Barri, ch. n.)

Belle leçon d'un roi mourant.

Nous empruntons à une brochure de M. le baron deGucrlâche, premier président de la cour de cassation belge, des détails pleins d'intérêt sur les derniers moments du fils de Charles-Quint, Philippe II, que plusieurs historiens ont traité trop sévèrement :

« Disons un dernier mot de ce prince, qui fut, malgré ses fautes, un grand roi, et voyons-le subir la plus terrible épreuve de l'humanité. Quand Philippe sentit approcher le moment suprême, il se mit à parler de sa mort et de ses funérailles avec le même calme que s'il s'agissait d'une fête, il dit à l'une des personnes présentes : « Donnez cette image de Notre-Dame à l'infante ; elle appartenait à sa mère et je

l'ai portée pendant cinquante ans Prenez ce crucifix de

bois, attachez-le sur ma poitrine; c'est avec lui qu'est mort l'empereur, monseigneur et père; c'est avec lui que je veux mourir. » Philippe reçut l'extrême-onction avec une édifiante piété, en présence de sa maison et de son fils tout en pleurs. Il adressa à celui-ci ces dernières paroles : « J'ai voulu, mon fils, que vous puissiez voir comment finissent les rois de ce monde... Dieu me dépouille de la majesté royale pour vous en revêtir... Dans quelques heures on m'enveloppera d'un misérable suaire, on me ceindra d'une corde. La couronne royale va tomber de mon front ; la mort me la ravit pour vous la donner : un jour viendra où la vôtre tombera aussi. Yous êtes jeune ; je l'ai été comme n. 8

vous. Mes jours étaient comptés; voilà qu'ils finissent; Dieu sait le compte des vôtres., qui finiront à leur tour... Je vous recommande de faire la guerre aux infidèles et la paix avec la France... » Et puis Philippe expira doucement et paisiblement.

Récit de la conversion d'un impie.

A M. le Curé, de Notre-Dame des Victoires, à Paris.

Il y a plusieurs années, nous recommandâmes un pécheur aux prières de l'Archiconfrérie. Je viens m'acquitter de la promesse que nous fîmes alors de vous envoyer, à la gloire de la très-sainte Vierge, le récit de sa conversion, si notre prière était exaucée ; vous pouvez insérer ce récit dans les Annales, si vous le trouvez bon.

Le grand coupable dont il s'agit avait fait dans sa jeunesse de bonnes études. Il avait alors une certaine piété ; il songea même à se consacrer à Dieu. Il entra d'abord au séminaire, puis chez les Frères des écoles, puis dans un couvent de trappistes. Il voulait, disait-il, examiner sa vocation ; mais une nature violente, indocile, d'une susceptibilité étrange, incapable de se soumettre au frein d'une règle journalière, l'empêcha de rester dans aucune maison religieuse. Partout il trouvait à reprendre, partout il prétendait ^qu'on lui faisait des passe-droit.

De guerre lasse, il se fit soldat, et suivit Napolcon Ier. Il était à Waterloo ; les canons ronflèrent si fort à ses oreilles qu'il resta sourd près de trois mois.

Il revint alors à S*** où il ouvrit un café. 11 se maria. Sa femme était trop bonne pour lui. Elle mourut de chagrin et de mauvais traitements. Elle avait deux enfants. Une fille et un garçon. La jeune personne nous fut confiée ; c'est ce qui nous donna l'occasion de connaître cet infortuné. Il se

prétendait athée ; en conséquence, il se faisait gloire.de briser et de jeter au feu images, crucifix, et tout signe de religion. Un jour que j'accompagnais sa fille au parloir, nous eûmes ensemble la conversation suivante. Il parla le premier : « Ma bonne sœur, me dit-il, pourquoi êles-vous venue vous enfermer ici? Est-ce que vous croyez à toutes ces rêveries?» Je lui répondis que je croyais avec bonheur tout ce que nous enseigne la religion. J'ajoutai : «Vous aussi, Monsieur, vous croyez ; vous êtes trop instruit pour ne pas croire ; mais vos œuvres démentent votre foi. Et parce que vous ne voulez pas cesser de vivre comme vous vivez, vous dites : je ne crois pas, et vous brisez les images.... » Craignant d'avoir trop dit, je m'interrompis un moment, et je repris ainsi : « Brisez-vous aussi les images de la sainte Vierge ? — Non, me répondit-il avec une sorte de satisfaction. Elle est ma mère. J'en ai même acheté une tout dernièrement. — Quelle contradiction, lui dis-je! Pouvez-vous plaire à la Mère en déshonorant le Fils, et saluer les images de la Mère quand vous brisez celles de son Fils? » Il s'écria alors avec exaltation : « C'est que lui, il est mon juge! je ne puis le souffrir. Pourquoi se mêle-t-il de ce que je fais? » Cette conversation en me révélant tout le triste état de cette âme m'avait effrayée. Cependant comme j'avais découvert en lui un reste de dévotion envers la sainte Vierge, malgré tout j'espérais. C'est alors que nous vous écrivîmes. Dieu le ramena à lui par de cruelles épreuves.

Voici ce qui suivit. Totalement ruiné, M. N*** fut réduit pendant un hiver rigoureux à la plus affreuse misère. Il nous arriva un jour au parloir; il ressemblait plutôt à un cadavre qu'à un homme vivant. « J'ai faim, me dit-il ; donnez-moi quelques sous. Que vais-je devenir ? » On s'occupa de lui ; on lui procura une place, puis un bureau de tabac ; mais son inconduite lui fit perdre la place et l'établissement.

Il revint nous trouver. Je lui dis : Je ne vois plus de ressource pour vous que d'aller casser des pierres sur la grande route. Vous gagnerez au moins du pain. » Son orgueil se révolta : « Moi, dit-il, casser des pierres, traîner une brouette ! je suis connu de tout le monde, je n'ose pas. » Je lui répondis: « Que ferez-vous donc? Je sens que c'est bien dur. Mais n'êtes-vous pas la seule cause de votre malheur? Et puis, si vous avez le courage d'offrir cette humiliation à Dieu et d'accepter la triste position où vous êtes réduit par vos désordres et par votre orgueil, Dieu sans doute aura pitié de vous. » Cette parole le détermina ; il accepta de casser des pierres sur la route. Il avait à peine commencé ce nouveau métier qu'il tomba malade. On le conduisit à l'hôpital.] Dès sa première visite, le docteur qui le connaissait, lui dit : « M.***, je dois vous avouer que vous ne relèverez jamais de là. Si vous croyez qu'il y a un Dieu, une éternité, pensez-y sérieusement. » Ce conseil du médecin était ménagé par Dieu. Il fut décisif. Il nous écrivit pour demander un livre de prières. Il voulait, disait-il, se préparer à faire sa confession. Il demandait aussi Y Imitation de Jésus-Christ. Quinze jours après, il nous écrivait qu'il était le plus heureux des hommes. Il s'était confessé plusieurs fois, et il venait défaire la sainte communion. Il ajoutait qu'il déplorait les égarements de sa vie et bénissait Dieu de l'avoir rappelé à lui par la pauvreté et l'humiliation. Il acceptait la mort, et se soumettait à tout ce qu'il plairait au bon Dieu. Il mourut dans ces bons sentiments.

Nous ne doutons pas que ce ne soit aux prières de l'Archiconfrérie et à l'intercession du Très-Saint Cœur de Marie que nous devons cette insigne conversion. Le doux Refuge des pécheurs ne fut jamais invoqué en vain.

N*** Religieuse de ***.

La Vierge miraculeuse de Lima.

Il y avait à Lima une fort belle statue delà sainte Vierge, dont l'origine remontait aux premiers prédicateurs de la foi ; elle était regardée dans tout le Pérou comme la sauvegarde du royaume ; cette statue, faite d'un bois inconnu et de grandeur naturelle, représentait la divine Marie, portant sur un de ses bras l'Enfant Jésus, et tenant dans l'autre main le Rosaire qu'elle semblait présenter au peuple. Elle était placée dans l'église des Dominicains, dont le monastère portait le nom du Saint-Rosaire ainsi que la paroisse que ces religieux desservaient. Il paraît que cette église et ce couvent furent bâtis par les conquérants espagnols en même temps qu'ils jetaient les fondements de cette illustre métropole, et que de là partirent les hommes apostoliques qui firent entrer les Péruviens dans le bercail de Jésus- Christ. Les faits que nous allons raconter prouveront que la confiance des Espagnols était principalement dans la Vierge du Saint-Rosaire, et que cette confiance ne fut pas vaine.

L'an 1553, les Espagnols, après avoir franchi des montagnes fort hautes, descendirent dans une profonde et étroite vallée, où ils trouvèrent l'armée des Indiens rangée en bataille : elle était forte de 200,000 combattants, tandis qu'eux avaient à peine 600 hommes. Dans une telle inégalité, les Indiens pouvaient vaincre leurs ennemis sans combattre. En se ]etant sur eux, ils les eussent écrasés sous leurs pieds. Au moment où le choc allait commencer, quelques Dominicains, qui marchaient à la tête de la phalange chrétienne, ayant imploré le secours de Notre-Dame du Saint-Rosaire, furent sur-le-champ exaucés. En effet, la divine Marie aparut dans les airs à la vue des deux armées, tenant à la

main une verge qu'elle agitait contre les infidèles, comme pour leur faire entendre qu'ils allaient être exterminés s'ils osaient engager le combat. Les Indiens effrayés laissèrent tomber leurs armes, et, demandant la paix, se soumirent de grand cœur au joug de Jésus-Christ. Les Espagnols, qui avaient remarqué que la Vierge avait pris dans cette apparition la forme de la statue de Lima, ayant publié partout cette nouvelle, cette image devint plus célèbre et plus chère au peuple que jamais.

Patience admirable de la Vénérable Catherine d'Erreva.

• Catherine, dès sa première enfance, se distingua par sa dévotion envers la sainte Vierge. Lorsque sous le toit paternel elle voyait un religieux de l'Ordre des Prêcheurs, pénétrée d'amour et de respect, elle se mettait à genoux (Journ. des Dominicains, 26. déc.) et baisait son habit, comme la sainte livrée de Marie. Elle embrassa la vie monastique, en se mettant sous la protection de ces saints religieux. Elle avait une grande dévotion pour le Rosaire, et opérait ainsi des prodiges. Un jour qu'elle parcourait la ville en mendiant, pour subvenir aux besoins des pauvres, elle arriva chez un boucher qui était dans l'habitude de lui donner quelques secours ; mais ce dernier, fatigué de ses importunités, se laissa aller à un si violent transport de colère, qu'il lui jeta au visage les entrailles d'un animal. Catherine ne fut nullement émue de cette action brutale; mais, le jour suivant, elle retourna chez le boucher et, lui demandant pardon comme si elle l'avait offensé, elle lui donna un Rosaire ; cet homme éprouva tant de repentir, qu'il lui promit de le réciter chaque jour et de lui donner une aumône pour les pauvres, toutes les fois qu'elle vien drait.

Sacrifice héroïque d'une jeune mère.

On lit dans le journal il Giardinettino di Maria : « Hier soir se trouvait à la dernière extrémité une toute jeune femme, mariée depuis un an seulement. — On lui administrait les derniers sacrements, et d'instant en instant elle menaçait de rendre le dernier soupir : pourtant elle conservait son entier discernement. Le prêtre qui l'assistait, entre autres choses, lui ayant inspiré l'idée de donner quelque témoignage spécial d'amour à Jésus et à Marie, elle répondit :

— En voici une : J'offre à Jésus-Christ ma mort avec mes dix-huit ans de vie ; je fais présent à Marie de tout l'or que ■ m'a donné mon époux il y a aujourd'hui un an.

Et ce disant, elle fit retirer de sa cassette tout ce qu'elle contenait et ordonna qu'on le pendît au cou de la statuette de Marie.

Elle resta quelques instants pensive, avec un visage calme et serein, puis s'écria :

— Mon Père, je veux faire un autre sacrifice: qu'aucun de mes parents, môme mon époux, ne reste dans celle chambre et qu'ils prient pour moi de loin.

Tous sortirent, et il ne resta plus avec elle dans la chambre que le prêtre et son enfant nouveau-né.

— Mon Père, dit encore la moribonde, je veux faire un autre sacrifice; ôtez mon enfant d'auprès de moi ; il me rattache à la terre.

Son désir ayant été accompli, elle prit entre ses mains l'image de Jésus, et en l'embrassant s'écria :

— Me voici seule avec vous,ô mon cher Jésus, portez-moi maintenant dans le Paradis.

Et, après avoir attentivement regardé lTmage de Marie :

— Ma bonne Vierge, j'ai fait ces sacrifices pour vous et pour votre Fils ; je me sens heureuse de les avoir faits, vous savez combien ils me coûtent, mais maintenant vous me donnerez le Paradis. — J'ai privé ma vue des objets les pluschersàmoncœur, mais maintenant vous me ferez voir votre beauté dans le Paradis.

Sur ces entrefaites son lait vint en abondance, et, pour ne pas manquer à sa promesse, elle ne voulut pas allaiter son fils, et demanda un autre enfant. Toute la nuit elle conserva la face sereine et ne cessa d'espérer le Paradis.

— La pauvre jeune femme se trouve un peu mieux. — Dieu la sauve!...

Salutaire pratique cV Ignace de Crémone, capucin.

Ce serviteur de Dieu avait aussi un si grand amour pour la sainte Vierge (Légendaire des Francise, 13-oct.) qu'en son honneur, il composa quelques cantiques qui respiraient la dévotion la plus tendre, il recommanda à Marie le soin de son âme, dans les longues et fortes tentations qu'il eut à souffrir de la part des démons. Le fait suivant montre l'efficacité de la dévotion du très-saint Rosaire. Ignace, demeurant à Corne, apprit qu'un certain gentilhomme avait une telle habitude de blasphémer, qu'à chaque parole il prononçait le nom de Dieu avec un horrible mépris. Le charitable Père lui en fit plusieurs fois des reproches; mais le gentilhomme ne voulant pas s'amender, Ignace le prit une fois à l'écart et lui parla ainsi: « Voulez-vous que nous fas- « sions ensemble un traité bien avantageux pour vous? Je « réciterai chaque jour le chapelet à votre intention, pourvu « que vous me promettiez que vous vous abstiendrez aussi « chaque jour de quelque jurement. » Le gentilhomme accepta l'offre ; Ignace fit sur ses lèvres un signe en forme de

croix, et depuis ce moment jusqu'à sa mort on n'entendit plus sortir de sa bouche aucun blasphème, le bon Père continuant toujours à s'acquitter pour lui de la pieuse pratique qu'il s'était imposée.

Le Lis de Quito,

La bienheureuse Marianne de Jésus, de Parédès et Florès, surnommée le Lis de Quito, a été inscrite au catalogue des Bienheureux par notre bien-aimé Père et Pontife Pie IX, le dix-neuvième dimanche après la Pentecôte, l'an de grâce mil huit cent cinqaante.

Cette bienheureuse vierge, la gloire et l'espérance de l'Amérique, avait une confiance sans bornes en la protection de Marie, dont elle s'appliquait si bien à retracer les vertus. Dès sa plus tendre enfance, son bonheur le plus doux était de réciter le Rosaire et les Litanies de la très-sainte Vierge, et de frapper ses innocentes épaules avec des disciplines qu'elle fabriquait de son mieux. Marie se plaisait à témoigner son amour pour cette sainte enfant par des prodiges. Ayant blessé un de ses doigts dangereusement, Marianne cacha son mal tant qu'elle put ; mais comme la gangrène pouvait s'y mettre, une de ses jeunes compagnes voulait la forcer de le montrer au médecin. « Attends un peu, lui dit l'enfant, avec une touchante confiance, tu vas voir comme je me guéris. Elle se mit à genoux devant une image de la très-sainte Yierge, la priant de la guérir elle-même ; et aussitôt elle fut guérie.

Elle eut une autre fois une fluxion sur les yeux, qu'elle guérit en y faisant toucher cette sainte image de la trèssainte Yierge. (Vie de la Bienheureuse.)

Le profanateur écrasé par la foudre.

On lit dans la vie de saint Albert, carme, qu'un joueur ayant perdu tout son argent à Trapani, aperçut deux images, l'une de Notre-Dame, l'autre de saint Albert. Dans un moment de colère et de désespoir, il saisit son épée en disant : Je fat souvent invoqué, et tu ne m'as pas aidé, je ne t'aimerai jamais, Saint; et toi, Marie , surnommée Mère de grâces, tu as aussi fait la sourde oreille à mes prières. Puis il frappa sur ces images, qui rendirent du sang; mais la foudre tomba du ciel et mit cet impie en poudre.

La statue miraculeuse.

On lit dans la Tie de saint Hyacinthe de l'Ordre de Saint- Dominique qu'un jour ayant appris que les Tartares étaient déjà au pied des murs de la ville qu'il habitait, il se revêtit de ses habits sacerdotaux; il prit le très-saint Sacrement de l'autel, et dit à ses religieux de le suivre. Il y avait dans la même église une très-belle statue de Notre-Dame, en albâtre, très-pesante, à laquelle le Saint avait beaucoup de dévotion. La statue, voyant qu'il la laissait, lui dit : Mon fils Hyacinthe, pourquoi me laissez-vous ? Emportez-moi avec vous, ne m" abandonnez pas à rapproche de mes ennemis.

Le Saint répondit: Comment pourrai-je porter une image si pesante ?

La Bienheureuse Yierge répliqua : Prenez-la, mon fils, elle deviendra si légère que vous l'emporterez aisément.

Alors le Saint s'approcha en fondant en larmes, et il prit la statue miraculeuse entre ses bras avec le très-saint Sacrement ; et, accompagné de ses religieux, il sortit du couvent et de la ville par l'autre porte où les Tartares n'étaient pas encore parvenus.

Depuis ce prodige, le Saint redoubla de confiance en Marie, et il eut le bonheur de mourir le jour de l'Assomption, comme il l'avait tant désiré. (Fie du Saint.)

Dévotion de sainte Thérèse à Marie.

« Il me souvient, dit sainte Thérèse, que j'avais environ douze ans, lorsque ma mère vint à mourir. Commençant à comprendre ce que j'avais perdu, j'allai, tout affligée, vers une image de Notre-Dame, et je suppliai Marie, en répandant beaucoup de larmes, de vouloir être ma mère. 11 me semble que cette action, bien que je la fisse avec simplicité, m'a été avantageuse, car manifestement j'ai trouvé cette souveraine Vierge, toutes les fois que je me suis recommandée à elle, et enfin elle m'a attirée à son service.

« Dieu lésait bien, je n'attends rien que de sa miséricorde; et ne pouvant n'être point ce que j'ai été, je n'ai d'autre remède que dem'approcher de Sa Majesté, de mettre ma confiance dans les mérites de son Fils et de la Vierge sa mère, dont je porte, quoiqu'indigne, l'habit que vous portez comme moi. Louez le Seigneur, mes filles, de ce que vous êtes vraiment les filles de cette Dame; car, ainsi, vous n'avez pas lieu de rougir de ce que je suis si misérable, puisque vous avez une si bonne Mère. Imitez-la, et considérez quelle est la grandeur de cette Dame, quel avantage il y a de l'avoir pour patronne, puisque mes péchés et ma misère n'ont pu ternir en rien l'éclat de ce saint Ordre. Mais jevous avertis d'une chose, c'est que, tout en étant ce que vous êtes, tout en ayant une telle Mère, vous ne devez point vous croire en sûreté, car David était un grand saint, et vous savez quel fut Salomon. »

Dévotion de sainte Rose de Lima aux images de Marie,

Il arriva, par une permission divine, que le démon put répandre la zizanie dans une communauté régulière de Lima. Ce ne fut d'abord qu'un conflit d'opinions de peu d'importance; mais les esprits s'échauffèrent dans la discussion, et il en résulta des inimitiés qui, en blessant la charité, troublèrent la paix du monastère. Le confesseur de sainte Rose, sachant ce qui se passait, envoya cette sainte fille dans la chapelle du Saint-Rosaire recommander cette communauté à la Mère de miséricorde, et lui enjoignit d'insister dans la prière jusqu'à ce qu'elle eût obtenu le rapprochement des esprits et des cœurs. Rose était trop officieuse pour décliner une commission semblable. Elle courut donc sur-le-champ se jeter aux pieds de Marie, et y demeura aussi longtemps qu'il lui fut possible ; mais, contre l'ordinaire, elle n'obtint rien et retourna fort triste dans sa maison. Le lendemain, s'étant rendue de nouveau près de sa bonne Mère, elle pria plus longtemps et avec plus de ferveur, versa beaucoup de larmes et finit par lui dire qu'elle ne se lèverait pas avant d'avoir vu sur son visage l'assurance que sa prière était exaucée. Après une assez longue attente, on la vit enfin se lever toute joyeuse, faire un geste de remercîment, et sortir en hâte de la chapelle. La femme du questeur, qui l'avait vue, la veille, rentrer toute triste, Ja voyant si gaie ce jour-là, lui demanda la cause de ce changement extraordinaire. Rose répondit obligeamment et cependant sans trahir son secret ; mais avec son confesseur, elle n'en fut pas quitte à si bon compte ; il fallut par obéissance lui découvrir toute la vérité. Or, voici ce qu'elle lui dit :

« Hier, tandis que je priais, selon votre commandement,

aux pieds de la divine Mère, son visage aussi bien que celui de son Fils me parurent constamment sévères, menaçants et pleins d'indignation. J'eus beau faire tous mes efforts pour les adoucir l'un et l'autre, je ne pus en venir à bout, et je retournai à la maison fort triste. Aujourd'hui, à force de larmes, je suis parvenue à fléchir la Mère qui a daigné joindre à ma prière sa puissante intercession ; mais le Fils a répondu qu'il ne pouvait pardonner à des religieux une discorde aussi opiniâtre. La divine Marie a fait des instances pendant lesquelles j'étais en proie à la plus vive anxiété, ne sachant si la justice allait prévaloir sur la clémence, ou la clémence sur la justice. Enfin, j'ai vu l'aimable Enfant sourire à sa Mère et ensuite abaisser sur moi un regard plein de bonté. En conséquence, mon Père, tenez pour certain que la grâce est accordée, et que bientôt vous en aurez la preuve indubitable. » La discorde, en effet, ne tarda pas à disparaître, et la paix se rétablit avec le retour de la charité.

2. Mais il est temps déparier d'une autre image pour laquelle Rose avait aussi une dévotion particulière. Celle-ci était une peinture représentant l'Enfant Jésus couché sur les genoux de l'auguste Marie. Soit que ce tableau eût un vrai mérite, ou que l'affection l'embellît à ses yeux, les deux objets de sa tendresse lui semblaient vivre et respirer sur cette toile, et elle ne la regardait jamais sans éprouver les plus douces consolations. Profondément touchée de l'attention amoureuse avec laquelle Marie contemplait Jésus endormi, elle sentait le besoin d'appeler tout haut cette divine Mère, et cependant elle n'osait le faire, de peur de réveiller le saint Enfant. Dans ce conflit d'affections diverses, son âme se liquéfiait, surtout quand elle croyait entendre la voix de son Bien- Aimé qui lui disait : Je dors, mais mon cœur veille.

Il paraît que l'oratoire du questeur était le rendez-vous de plusieurs personnes pieuses, pour y conférer des choses du salut. Oi\ un jour que la conversation roulait sur les bontés de la Reine des vierges, la maîtresse de la maison se mit à raconter les merveilles qui s'opéraient dans l'église d'Atocha, où l'image miraculeuse de Marie attirait un concours prodigieux. Rose, dont les yeux étaient fixés sur son tableau chéri, écoutait avec une sainte avidité cette narration agréable ; et quand elle vit que sa maîtresse passait à autre chose, elle lui dit : « De grâce, ma mère, continuez à nous dire tout ce que vous savez sur ce sujet. » Cette interpellation fit deviner à la femme du questeur quelque nouveau mystère qu'elle se promit bien d'éclaircir à Japremière occasion. En effet, les autres femmes s'étant retirées, elle n'eut rien de plus pressé que d'interroger la sainte fille, en disant qu'elle voulait savoir toute la vérité. Je vous la dirai, répondit Rose, d'autant plus volontiers que vous avez eu plus de part que moi à ce que je dois vous rapporter (quelle adroite humilité!): «Pendant que vous racontiez les miracles de la Vierge d'Atocha, l'auguste Marie manifestait une joie extraordinaire ; elle jetait sur nous des regards pleins de bonté, et semblait s'avancer hors de la toile, comme pour nous apporter son Fils endormi. ÎNe convenait-il pas, ma mère, que je vous priasse de continuer une conversation qui paraissait lui être si agréable ? »

Une frayeur salutaire.

Les maladies de l'àmeont fréquemment trouvé un remède dans l'illustre chapelle de Ceignac. Il y eut des conversions nombreuses, une surtout assez remarquable.

Pendant la semaine sainte de 1647, un cavalier visitait l'église uniquement par curiosité. Il s'approche du maître-

autel et veut voir l'image miraculeuse de la sainte Vierge. Elle était couverte alors par un grand voile. Il commande qu'on le retire; à l'instant même une frayeur subite s'empare de son âme, son esprit se trouble, ses forces l'abandonnent, ses genoux tremblants se heurtent, ses membres sont couverts d'une sueur glacée. Etonné de cet accident, il rentre alors en lui-même, reconnaît sa faute, et après avoir fait une confession générale avec d'excellentes dispositions, il se convertit sincèrement. 11 y avait huit ans qu'il ne s'était pas confessé.

Les protestants de la Norvège et les images de Marie.

Voici un extrait de la lettre d'un missionnaire qui renferme des détails intéressants: La Norvège a conservé beaucoup d'anciennes traditions de l'Eglise catholique. Ses habitants sont loin, par exemple, de rejeter le culte des images; le plus bel ornement des salons est souvent l'image de la très-sainte Vierge ou de quelque Saint ; on en trouve même dans les cafés et les hôtels. Parfois on y voit aussi des portraits des héros de la Réforme ; mais en général on n'a pas l'air d'y tenir beaucoup ; un païen nous a cédé pour 20 centimes un portrait de Luther, et il se mit à rire aux éclats en le voyant devenir la proie des flammes. Les Norvégiens aiment aussi à entendre parler de la sainte Vierge et à ltii rendre leurs hommages. Cette glorieuse Reine, il est vrai, n'a point ici, à proprement parler, de culte établi ; mais on vénère ses images et l'on a des chants à sa gloire, Dernièrement, par une mer très-calme, des marchands norvégiens, s'étant réunis sur le pont du vaisseau, entonnèrent en l'honneur de cette bonne Mère le OpiissimaVirgo! Sur leur invitation, nous chantâmes après eux les litanies de cette Vierge très-pure, et ils se firent un bonheur d'en

répéter avec nous le refrain : Ora pro nobis. Daigne cette Pleine puissante avoir écouté leurs prières et faire briller à leurs yeux la lumière de la vérité !

Dévotion du Bienheureux Pierre Claver aux mystères de Marie.

Le Bienheureux P. Claver avait pour la très-sainte Vierge la plus vive et la plus tendre dévotion. Employé à la pénible mission des nègres, ce saint apôtre, plein de confiance en Marie, triompha, par son secours, des travaux les plus rudes et les plus humiliants. Jamais il ne quittait l'église sans s'être arrêté un instant devant l'image de la sainte Vierge. Pour soutenir son courage, il portait sur son cœur un petit livre où étaient représentés les mystères de la vie de la Mère de Dieu ; il les regardait souvent avec amour, les baisait et les méditait habituellement. Il appelait Marie la Mère du bel Amour. On l'entendit souvent répéter, au milieu de ses ravissements :

« 0 bonne Mère! apprenez-moi, je vous en conjure, apte prenez-moi à aimer votre divin Fils ! obtenez-moi une « étincelle de ce pur amour dont votre cœur brûle toujours «pour lui!... ou prêtez-moi le vôtre, afin que je puisse le « recevoir dignement en moi!... »

V Enfant adoptif de Marie.

Il n'est pas surprenant que saint Adalbert ait illustré l'Église, puisque dès son enfance Marie veilla sur lui et lui accorda des faveurs signalées. La nature avait doué Adalbert des dons les plus heureux; aussi ses parents le destinaient-ils à servir d'ornement au monde. Mais les desseins de Dieu étaient bien différents. Pour avertir les parents de

leur erreur, Dieu envoya tout à coup au jeune Adalbert une maladie grave ; son corps gonfla d'une manière extraordinaire, et il semblait devoir succomber aux souffrances qu'il endurait. Ses parents, ses frères et sa nourrice, qui l'aimaient singulièrement, étaient réunis autour de son lit et versaient des larmes abondantes. Dans l'excès de leur douleur, ils ne savaient quels secours donner à l'enfant, ni s'ils pouvaient encore espérer sa guérison. Ils eurent heureusement la pensée de recourir à la Mère de Dieu, et. d'une commune voix, implorèrent son assistance. Puis ils prirent Adalbert et le portèrent à l'église. Là, leurs regards s'arrêtèrent sur une image de la sainte Vierge ; ils déposèrent l'enfant sur l'autel et l'offrirent à Marie. Alors la Mère de Dieu, regardant Adalbert comme un bien qui lui appartenait entièrement, lui rendit sa santé et sa beauté primitives. 11 est permis de croire que Marie obtint ensuite à Adalbert la palme du martyre. Comme elle l'avait adopté pour son fils, elle voulut qu'il eût une mort semblable à celle de Jésus, son premier-né. (Bolland., Vie de S. Adalb.)

V Image retrouvée miraculeusement .

Il y avait, sur les confins de la Westpbalie, une montagne sur laquelle les habitants se livraient à des superstitions honteuses. Le Bienheureux Bertould songea à purifier si bien ce lieu qu'on pût le consacrer à la Reine du ciel. 11 alla donc trouver une de ses sœurs qui s'était renfermée dans le monastère de Balen et la pria de lui donner une image de la sainte Vierge que leur père avait rapportée de la Terre Sainte. Pendant la nuit, Marie apparut à la religieuse et lui ordonna de remettre à son frère l'image qu'il lui avait demandée; elle lui fit connaître la pieuse intention de Bertould et le culte que, grâce au zèle de son serviteur, on

lui rendrait en ce lieu. Alors la religieuse condescendit à la demande de son frère, elle lui remit l'image, et Bertould, muni de ce précieux" trésor, prit toutes ses mesures pour parvenir au but qu'il se proposait. Un jour que, tenant entre ses bras la sainte image, il voulut passer sur un petit pont de bois jeté sur un fleuve, elle lui échappa des mains, tomba dans l'eau et fut entraînée avec rapidité par le courant. A cet accident imprévu, qui peut dire quelles furent les larmes et les prières du pieux serviteur de Marie? Mais il fut bientôt consolé, car il vit l'image monter contre le courant. Alors il s'inclina, la prit avec joie et la garda ensuite avec un plaisir d'autant plus grand qu'il croyait l'avoir perdue à jamais. La première fois qu'il l'exposa à la vénération publique, ce fut dans le pay&de Meden, où il la renferma dans une petite tente faite en forme de chapelle, et il recueillait les aumônes des passants pour les employer encore à faire honorer Marie. Mais l'administrateur de la paroisse s'irrita contre Bertould, comme s'il eût fait quelque tort à son église, et il eut même la témérité de renverser d'un coup de pied la tente et l'image. Ce crime ne demeura pas impuni : le pied de l'impie se dessécha aussitôt: il ne fut guéri que par les prières de Bertould. Le pieux religieux s'établit alors avec la sainte image au pied de la montagne, où il commença à élever un oratoire en l'honneur de Marie.

(Bolland.,20juin.)

Une statuette de la sainte Vierge.

— Ecoute, Antoine, le médecin n'a pas l'air content du tout, et ça me tracasse. Il m'est venu une idée ce matin... — C'est d'aller en chercher un autre. — Pas ça du tout! — Ma petite Hélène, il me reste deux sous des cinquante centimes que ma marraine m'a donnés au jour de ma fête... Si

nous allions mettre un cierge à la bonne Vierge? — Bien pensé, Prosper ; mais ce n'est pas mon idée de ce matin. Le cierge, la maman ne le verra pas brûler, et puis, une fois brûlé, il n'en restera plus rien. Tu as deux sous, moi j'en ai six, Antoine en a bien deux aussi peut-être ; allons acheter une petite statue, et nous la porterons à la maman en grande procession. — Une statue de la sainte Vierge? Il y en a précisément chez le marchand de papier ; mais il faudra la faire bénir? — Certainement, répondirent en chœur les deux petits garçons, rassemblons nos trésors.

Cette humble scène se passait dans un coin de village, et, toute naïve qu'elle était, elle vous aurait attendris si vous en aviez pu (être témoins. La Providence vint en aide aux enfants, en faisant arriver précisément à ce moment-là un de ces marchands de plâtres qui parcourent les campagnes.

— Une petite bonne Vierge ? une petite bonne Vierge? demanda la sœur aînée. — En voilà de trois francs ! — Pas possible alors. — En voilà de vingt sous ! — C'est encore moitié trop. — Tenez, je vous céderai celle-ci pour cinquante centimes, parce que c'est vous.

On va chercher l'argent, on paie la statue, on l'examine, on l'admire, et de tous ces petits cœurs d'enfant s'exhale une filiale prière.

La malade dormait quand on rentra dans la chaumière. Hélène s'avança sur la pointe des pieds ; Antoine et Prosper, tout en prenant les mômes précautions, ^approchèrent du lit une petite table de bois blanc ; Paul, le Benjamin de la troupe, eut l'intelligence de ne point parler.

Quand la mère se réveilla, elle aperçut tous ses enfants agenouillés près du petit autel ; elle en rendit grâce au bon Dieu. Le lendemain, le médecin déclarait la malade hors de danger ; huit jours après elle était guérie. Et c'est avec un petit air plein d'importance, un sourire rempli de recon-

naissance et de joie, qu'Hélène installait la petite bonne Vierge sur la cheminée, disant :

— C'est pourtant moi qui ai eu cette idée-là ! La petite bonne Vierge nous a mieux réussi que toutes les drogues du pharmacien.

Le soldat de l'Empire.

Ignace F... devait le jour. à une mère vertueuse, qui, de bonne heure, lui avait appris à craindre et à servir Dieu. Cependant en 1812, se trouvant sous les drapeaux, il vivait dans l'oubli de ses devoirs de chrétien ; mais après la bataille de la Moscowa, prévoyant bien le danger, sa foi se réveilla, et il recommanda son âme à Dieu. En même temps il supplia la sainte Vierge de lui obtenir la grâce de revoir sa patrie», promettant, s'il avait ce bonheur, de faire célébrer une messe en son honneur, et d'aller la remercier dans l'église de Notre-Dame de Blotzheim, dans le canton d'Hu-' ningue, où il était né.

Dès lors il marcha plein de confiance. Le premier boulet lancé par l'ennemi emporta un officier qui la veille avait vomi des blasphèmes contre la divinité de Jésus-Christ. Tous les camarades d'Ignace disparurent à ses côtés; luimême fut couvert de leur sang, sans jamais être atteint. Dans la retraite, il reçut plusieurs coups de feu qui ne lui firent aucun mal : une balle qui le frappa au bras et qui traversa tous ses habits ne lui occasionna ni enflure ni meurtrissure; un biscaïen l'ayant atteint avec force au talon, Ignace continua sa marche sans la moindre peine.

Une autre fois, tandis qu'il faisait face à l'ennemi, il fut frappé à la poitrine par un éclat d'obus, sans ressentir la moindre douleur.

Après avoir ainsi échappé au fer et au feu des batailles,

trois genres de mort devaient le faire périr : la faim, le froid et la fatigue; il triompha de tout par une force qu'il reconnut venir d'en haut. 11 fut fait prisonnier et faillit être tué par un soldat russe qui allait le mettre en joue, lorsqu'un autre Russe survint et retint son camarade.

Ignace parvint à s'évader jusqu'à quatre fois. Dans une de ses évasions, traversant les forêts de la Wolhynie, il vit à ses pieds un parchemin qu'il ramassa. Quelle fut sa surprise de reconnaître une image de la sainte Vierge! Il la prit en versant des larmes et en se rappelant son vœu. Il la porta partout avec lui : sur les frontières d'Asie, où il fut mené par les Russes ; dans les hôpitaux, où la fièvre le mit si bas, que par deux fois ses camarades partagèrent ses habits, comme s'il ne pouvait plus en revenir; enfin dans les cachots des citadelles d'Erfùrth et de Magdebourg, où, rongé par la vermine et ne respirant qu'un air corrompu, il lutta longtemps contre la mort.

En 1816, rendu à la liberté, il revint en France, accomplit son vœu, et persévérant sous l'uniforme militaire dans la pratique des vertus chrétiennes, sans l'ombre de respect humain, il aimait à raconter ce que la sainte Vierge avait fait pour lui, et se faisait un plaisir de copier pour ses amis sa chère image de Wolhynie. (Relation manuscrite. — Mois de Marie populaire.)

La Madone du pauvre.

Un pauvre marin avait imploré, dans le péril, le secours de l'Étoile des mers, en promettant, dans sa foi naïve, de placer sur le Grand-Bey, à côté du tombeau de Chateaubriand, l'image de la sainte protectrice des marins. Ce brave enfant des flots, sauvé de leur fureur et rendu à son cher pays, vieiit d'accomplir son vœu. Il a choisi l'heure où l'île

était complètement solitaire pour placer dans la vieille muraille qui reste debout, près du tombeau, une modeste Vierge de plâtre, décorée de deux gros bouquets. Si le marin eût été riche, il eût sans doute fait venir de loin, à grands frais, une belle statue de marbre; le clergé l'eût bénite en grande cérémonie; mais son offrande, peut-être plus agréable à Marie, accuse une condition infime : il a donc rendu son hommage selon ses moyens. Le sentiment religieux de nos populations .maritimes se révèle par cette inauguration pieuse et toute clandestine, qui a fait une certaine impression dans la cité. A cette heure, une grande partie des habitants a eu la curiosité de visiter cette humble madone qui rappelle qu'autrefois une chapelle dédiée à la Reine des anges a couronné cet îlot. Quoi qu'il en soit, le sentiment public s'est comme incliné devant l'intronisation de cette touchante image sur une ruine : la Vierge règne sur son rocher. Tout le monde, et l'autorité la première, a paru se dire : « Kespect au vœu du marin! »

{Union des Deux -VU les.)

Un véritable serviteur de Marie.

Comme tous les vrais amis de Dieu, un jeune homme, nommé Théodule Gutt, avait une vénération profonde et une dévotion tendre et nliaie envers la très-sainte Vierge, il l'appelait oroànairemeiit sa Mère céleste, et il lui disait du fond de son cœur : « Faites, ô ma plus tendre Mère, que je mérite d'être appelé votre enfant; obtenez-moi de votre divin Fils cette précieuse grâce. » 11 ne manquait pas de ré- •citer son chapelet, autant que ses études lui en laissaient le loisir. Quelquefois il le récitait avec sa sœur Gertrude, et on pouvait bien dire alors que c'étaient deux anges qui louaient îa Heine des anges. Il ajoutait toujours à la prière du ma-

tin une oraison en son honneur. Toutes les fois qu'il sortait de la maison, il se mettait sous sa protection. Un jour, sa mère, voyant qu'il s'arrêtait devant son image lorsqu'il devait aller au collège, lui demanda ce qu'il y faisait; il lui répondit en souriant: « Ma chère mère, je prends mes précautions contre les dangers du monde. » Sa mère comprit ce qu'il voulait dire et lui répliqua : « Faites toujours de même, mon fils : le monde est contagieux, on* ne saurait se prémunir assez contre lui, et Marie est un rempart assuré. » [Recueillements du .soir, par M. V. Postel.)

Conversion commencée sous les auspices de Notre-Dame des Victoires et merveilleusement achevée au pied d'une image de la sainte Vierge.

Je viens acquitter, monsieur le curé, une dette de reconnaissance envers la sainte Vierge, en vous racontant la conversion de ma mère : je la dois à la puissante intercession de Marie.

Mon père s'était marié en Italie, où il habitait depuis plusieurs années. Il revint en France après son mariage, et s'arrêta quelques mois à iN*x*, où résidait sa mère, et où il était né. Je pris naissance dans cette jolie petite ville, dans la même maison et dans la même chambre que mon père. Il y avait, dans cette chambre, une petite peinture représentant la sainte Vierge assise sur les marches du temple, tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Ma grand'mère professait une grande vénération pour cette image, qui l'avait, disait-elle, toujours protégée. Elle me la légua en mourant. Je me souviens toujours de ma joie d'enfant quand je reçus ce petit tableau, et de l'émotion de mon père, qui me recommanda de conserver toujours un tel souvenir. Précieuse

image ! que de bénédictions devaient être accordées par elle à notre famille.

Bien des années après, ma mère devint gravement malade. Le médecin, tout en me disant que le danger n'était pas imminent, ne me laissait aucun espoir de la sauver. Depuis bien longtemps, ma mère ne pratiquait plus la religion. Elle la respectait, se félicitait même de ma foi, mais ne voulait pas entendre parier pour elle des devoirs à rendre à Dieu. Elle croyait en lui, mais elle en avait peur; pour elle, Dieu n'était pas un père, mais un juge toujours sévère et menaçant Ces tristes préjugés tenaient à une fausse éducation religieuse, à des souvenirs d'enfance, bien difficiles à effacer. On avait frappé sa vive imagination de la crainte de l'enfer ; on l'avait accablée de pratiques extérieures. Ne trouvant aucun cbarme dans l'accomplissement des devoirs qu'elle remplissait sans les comprendra ni les aimer, elle en avait secoué le joug sitôt qu'elle s'était trouvée libre. Douée des qualités les plus précieuses, bonne, franche, simple, bienveillante, pleine de cœur et de bonté, la piété seule lui manquait.

Je désirais vivement, il va sans dire, la ramener à Dieu; mais sa nature impressionnable, son excessive frayeur de la mort, me paraissaient des obstacles insurmontables. Je priais, sans savoir comment parvenir à mon pieux dessein. Sentant mes prières impuissantes, je recommandai ma chère malade à l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Son intervention se manifesta bientôt. Chose étrange et toute providentielle, ce fut une femme sans religion qui m'aida à faire le premier pas, toujours si difficile. Elle vint voir ma mère. Après avoir écouté le récit de ses souffrances et de son inquiétude, elle chercha à la consoler, lui parla de la bonté de Dieu, de la douceur de la religion, elle qui ne pratiquait pas, qui croyait à peine, comme aurait pu le faire

une chrétienne; puis, craignant de la fatiguer, elle continua avec moi la conversation commencée, me parla longuement du beau livre de l'Imitation, où se trouve à chaque page, disait-elle, une consolation ou un conseil.

Quand elle fut partie, ma mère, qui avait paru ne pas écouter, me dit : « Donne-moi donc, ma chère enfant, ce petit livre qui sait inspirer tant de patience ! » Ma mère lisait peu, et je ne me souvenais pas lui avoir jamais vu ouvrir un livre religieux. Je fus tout étonnée et bien heureuse de cette demande. J'entrai dans ma chambre pour y cher-, cher le précieux livre. Là, tout à coup, me rappelant ce que j'avais entendu dire de la puissance merveilleuse du Souvenez-vous, il me vint à l'esprit que si ma mère récitait cette prière, elle serait convertie. Je l'écrivis très-vite et au crayon sur un petit morceau de papier que je pliai comme pour marquer une page, et je la mis dans l'Imitation.

Après avoir lu, ma mère me rendit le livre, en me disant : « Je suis fatiguée, mais j'aime cette lecture. Demain, je lirai encore ; n'ôte pas, surtout, du livre la jolie petite prière que j'y ai trouvée. »

Son état s'aggrava... Je lui lisais souvent l'Imitation pendant ses longues insomnies, je lui parlais aussi souvent des sacrements comme moyen de l'exciter à la patience et à la résignation ; elle m'écoutait, me faisait quelques promesses éloignées, mais ne décidait rien. C'était de ma chère petite Vierge que devait venir le coup de grâce.

Un jour, ma mère désira prendre ma chambre. L'image bénie, léguée par ma grand'mère, devant laquelle j'avais si souvent prié, qui m'avait inspiré de placer dans l'Imitation la touchante prière du Souvenez-vous, qui avait préparé le cœur de ma mère, était suspendue au fond de mon alcôve. Ma mère l'avait oubliée. Au moment où elle l'aperçut, elle fut vivement impressionnée, s'agenouilla, joignit les mains

et fondit en larmes : « La bonne petite Vierge ! me dit-elle, elle était là quand tu es née ! » Puis elle pria longtemps. Quand elle se releva, sa conversion était décidée. Le lendemain, elle se confessa, reçut l'absolution et voulut apprendre elle-même à mon père et à mon frère le grand devoir qu'elle venait d'accomplir.

La Porte Dorée.

La paix entre la France et l'Angleterre, conclue après les événements de Deols, ne fut pas toutefois de longue durée, et la reprise des hostilités fournit à Marie l'occasion de prouver encore de nouveau qu'elle protège spécialement la France. C'était en 1195, à la bataille de Coureelles. Philippe, entouré d'ennemis qui le serraient de près, presque seul au milieu d'eux, parvint, à force de courage, à se frayer un chemin avec son épée et courut vers Givors de toute la vitesse de son coursier. Mais le léger pont de bois qui traversait l'Epte s'écroula sous ses pas au moment où il allait l'avoir franchi. Sous le poids de sa lourde armure, au milieu des ruines et des débris, le prince devait trouver la mort. ïl ne fut pas même blessé. Sur la porte de la ville, qui s'ouvrait au bout du pont, était une image de Marie. Philippe se recommanda à la puissante protection de la bonne Yierge, et son cheval le porta heureusement au rivage ; en reconnaissance, le roi fit dorer dans toute sa hauteur cette porte, qui a conservé le nom de Porte Dorée. (Ernest Berton, Mosa. univ.)

Dévotion du curé d'Ars à la sainte Vierge.

Ce vénérable pasteur s'était distingué, dès sa plus tendre enfance, par sa piété envers la sainte Yierge, piété qui est

d'ailleurs le caractère de tous les saints et la dévotion des élus, puisqu'aucun véritable serviteur de Marie ne peut périr. ^

Consacré à Marie après sa naissance; il en portait le nom et il apprit à le prononcer avec celui du Sauveur Jésus, en joignant ses petites mains sur les genoux de sa mère. L'amour d'une mère est une initiation à l'amour de Marie, la Mère par excellence dans l'ordre de la grâce, et qui a pour nous plus de tendresse que toutes les mères dans l'ordre de la nature, si inférieur au premier : nous l'avons dit ailleurs. Mais la piété est inséparable de la charité : la respectable femme qui avait inspiré la piété à son tils le choisissait aussi pour distribuer ses aumônes, ce qu'il faisait avec une joie profonde et une tendre compassion. Cette conduite était donc bien propre à lui attirer les faveurs de la Reine des miséricordes, qui se reconnaissait dans la charité de son disciple. 11 avait sans cesse avec lui l'image de Marie, et il exhortait ses jeunes compagnons d'une manière si touchante a la servir et à l'aimer, qu'on pouvait déjà le saluer comme un apôtre de la Vierge immaculée.

Il plaçait une petite statue de la Mère de Dieu dans le creux d'un arbre, au milieu d'un reposoir de feuillage, et ià il priait avec ferveur, entouré souvent de ses petits compagnons.

Lorsqu'il était aux champs avec son père ou son frère, il plaçait la siatue de la Vierge bien-aimée devant lui pour s'animer au travail ; aussi disait-on déjà, en voyant son ardeur, que la bienheureuse Vierge l'aidait dans ses travaux.

Il lui offrait ses labeurs et se'consolait auprès d'elle des peines de son âge ; on eût dit qu'elle animait sa solitude par sa présence et devenait la compagne du petit berger. Au petit séminaire, il cherchait à propager le culte de

Marie parmi ses condisciples et ne manquait pas de communier à toutes ses fêtes.

Lorsqu'il songea à sa vocation, il pria avec ardeur la Mère de Celui qui est la lumière du monde, et il reconnut qu'elle avait aplani devant lui bien des obstacles.

Sa dévotion à Marie était donc la grande passion, qu'on nous permette ce mot, le soutien de sa vie et de ses vertus, après la dévotion au Sauveur Jésus, qui est la cause et la fin de toute véritable piété.

DES MEDAILLEE EN L'HONÏVEIJR DE MARIE.

Il est peu de chrétiens, même parmi ceux qui ne pratiquent pas, qui ne portent sur eux quelque médaille de la très-sainte Vierge, pieux souvenir d'une sœur bien-aimée ou d'une mère chrétienne.

Plusieurs hommes de nos jours, envahis par le naturalisme, accoutumés à n'apprécier les choses qu'au poids de l'or, ont une peine extrême à admettre certaines pratiques adoptées par les Mêles, approuvées par la sainte Eglise et enrichies d'indulgences.

Ils ne peuvent pas comprendre, disent-ils, comment une médaille en cuivre ou en argent a la vertu qu'on lui attribue, pour guérir ceux qui la portent des infirmités de l'àme et du corps.

Ceux qui raisonnent ainsi manquent d'instruction religieuse; ils ignorent les premières notions de la foi chrétienne. Ils ne savent pas ce qu'une bénédiction de la sainte Eglise peut communiquer de vertu aux éléments les plus simples.

En effet, l'eau naturelle ne nous donne aucun secours dans l'ordre de la grâce, mais, quand elle a été bénie par le prêtre, elle nous aide efficacement à effacer les péchés véniels, à chasser les démons, à guérir les maladies de l'âme et du corps.

Le Rituel romain est enrichi de toutes les bénédictions désirables dans l'ordre de la vie corporelle et spirituelle. L'Eglise, notre mère, est continuellement occupée de la santé de nos âmes et de la santé de nos corps. Ces deux espèces de biens sont l'objet de ses maternelles sollicitudes. Les prières qu'elle adresse à son divin Epoux en sont l'expression la plus ordinaire. Elle a des bénédictions pour toutes les phases de la vie de l'homme et pour tous les éléments qui l'entretiennent, dit l'abbé Combalot.

Quand la main du prêtre bénit une substance, une chose, il en chasse en premier lieu tout mauvais esprit, il en expulse toute influence nuisible, et i* lui communique, par les mérites du sang et cle la passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ, une vertu salutaire. Il fait pénétrer, en un mot, dans ses profondeurs mêmes, une émanation de la grâce réparatrice.

L'un des plus grands maîtres de la vie intérieure, saint Ignace, a laissé, dans ses Exercices, des règles d'orthodoxie où il enseigne les moyens à prendre pour mettre ses sentiments d'accord avec ceux de l'Eglise catholique. On croira volontiers qu'il a tracé ces règles avec sa sagesse et sa pénétration habituelles, d'après cette science profonde du cœur humain qui s'unissait en lui aux lumières de la foi. Or il ne recommande pas seulement les dispositions intérieures, le respect pour les décisions de l'Eglise, le choix d( s opinions les plus sûres parmi celles qui sont sujettes à controverse, etc.; mais il insiste encore, à plusieurs reprises, sur la nécessité de s'attacher de cœur et de fait à toutes les observances de l'Eglise, soit qu'elle les prescrive positivement, soit que, du moins, elle les encourage, comme il lui arrive de le faire pour ces dévotions populaires, produits spontanés de la piété des fidèles. Louez donc, dit-il, approuvez tout ce que vous voyez pratiquer dans l'Eglise :

l'assistance au saint Sacrifice, le chant des psaumes, les prières publiques, l'invocation des saints et le culte des reliques, les indulgences et jubilés, et jusqu'aux cierges que les fidèles, en témoignage de leur foi, font brûler dans le lieu saint. » Quel meilleur moyen, en effet, de prouver sa filiale cou tiance envers l'Eglise? C'est le contrepied de cet esprit de libre examen que la Société fondée par saint Ignace était destinée à combattre de toutes ses forces et souvent à vaincre.

Doit-on conclure de ce qui précède que des actes purement extérieurs de dévotion envers Marie et Joseph suffisent, sinon à assurer le salut, du moins à assurer les grâces qui mettront elles-mêmes dans la route du salut? Evidemment, non; quoique cette doctrine semble avoir été quelquefois insinuée dans certains livres de piété, ou plutôt paraisse résulter de quelques phrases choisies çà et là, détachées de l'ensemble, et détournées, par conséquent, du sens que leur donnent les autres parties de l'ouvrage. Non, des actes purement extérieurs de dévotion ne sont, en euxmêmes, ni le gage ni le présage du salut. Mais les actes purement extérieurs sont plus rares qu'on ne pense, tant le corps et l'àme sont unis en nous par d'intimes rapports. Le corps suit invinciblement les mouvements de l'àme, et l'àme, à son tour, subit l'influence des mouvements du corps, de telle sorte que tel acte de dévotion auquel le cœur et l'esprit semblent demeurer étrangers, ne peut point se pratiquer, cependant, sans que l'àme en ressente quelque profit. C'est d'ailleurs chose à peu près impossible que le cœur et l'esprit y demeurent réellement étrangers, car, après tout, le corps n'agit pas de lui-même, et, pour faire le signe de la croix ou s'incliner devant une image de Marie ou de Joseph, encore faut-il qu'il subisse l'impulsion de la volonté. Dans les livres auxquels nous faisons allusion, on raconte

souvent de merveilleuses conversions, récompenses de la fidélité avec laquelle le pécheur portait sur lui le Scapulaire de Marie ou le Cordon de saint Joseph, en récitant chaque jour une courte prière, un Ave Maria, un Memorare, dernière promesse faite aune mère mourante, ou pieux souvenirs des habitudes de son enfance. Que par des pratiques si simples le pécheur ait obtenu des grâces de conversion, qu'y a-t-il là d'étonnant? Un Ave Maria, quelque machinalement dit qu'on le suppose, c'est toujours, au milieu des fanges de la ferre, un regard jeté vers l'idéal de la pureté; c'est, au milieu des préoccupations de la vie, un retour vers une jeunesse innocente et chrétienne ; c'est, dans l'âge mûr, le fruit d'une pensée d'obéissance envers le souvenir d'une mère tendrement aimée; c'est peu de chose, sans doute, lorsqu'il s'agit d'acheter le Ciel. Ce qui paie le Ciel, c'est l'acle de contrition joint aux mérites de la passion di^ Sauveur et accompagné de l'expiation en ce monde ou en l'autre. Les actes dont nous parlons mènent à la grâce, obtiennent la grâce, la grâce qui si souvent est entièrement prévenante, dans le sacrement du baptême d'abord, et fréquemment aussi dans le cours de notre vie.

Voici comment M. Louis Veuillot répondait à un écrivain qui, par ménagement pour les libres penseurs, n'avait pas craint de critiquer la Médaille miraculeuse :

« Il n'y a pas une femme pieuse, pas un laïque un peu dévot, pas un prêtre, pas un évêque en France qui n'ait distribué, non quelques centaines, mais quelques milliers de médailles de la sainte Vierge. Si M. de Lourdoueix est grand-père ou grand-oncle, il n'a qu'à regarder au cou de ses petits-enfants et de ses petits-neveux; ils lui montreront la médaille en lui récitant la prière qu'on y a gravée, première prière qu'apprennent à bégayer les enfants catholi-

ques. Il la verra, cette médaille, s'il veut faire quelques recherches, à bien d'autres qu'aux enfants. Je l'ai vue, moi, sur la poitrine du maréchal Bugeaud, et ce signe était quelque chose de plus qu'un souvenir pieux de sa femme et de sa fille. Je l'ai vue dans les mains ensanglantées et sur les lèvres d'un soldat mourant loin de sa famille et de son pays, dernier souvenir de Dieu et de la maison, dernière consolation, dernière espérance de la vie, dernière pensée élevée vers le ciel au moment suprême. »

La médaille miraculeuse de V Immaculée Conception.

Nous ne pouvons citer de meilleur document sur l'origine de cette célèbre Médaille, si justement proclamée miraculeuse à raison des prodiges opérés par son moyen, que la lettre suivante : elle est adressée à l'auteur du livre de Marie conçue sans péché par le directeur de la Sœur de Charité à qui fut faite la révélation de la Médaille.

« Paris, 17 mars 1834.

« Vers la fin de l'année 1830, la sœur M*** (1), novice dans une des communautés de Paris consacrées au service des pauvres, avait vu dans l'oraison comme un tableau de la sainte Vierge, telle qu'elle est représentée d'ordinaire sous le titre d'Immaculée Conception en pied, et tendant les bras ; elle était vêtue d'une robe blanche, d'un manteau bleu argenté avec un voile aurore. Il sortait, comme en faisceau, de ses mains des rayons d'un éclat ravissant, et elle entendit ces

(\) Cette Sœur de charité existe encore; mais, par un effet de la grâce, non moins admirable que la révélation de la médaille, Dieu a tellement effacé de son souvenir cet événement miraculeux, qu'elle ne sait plus la part qu'elle y a prise, et qu'on peut en parler devant elle sans craindre de l'embarrasser.

paroles : « Ces rayons sont le symbole des grâces que Marie obtient aux hommes, et ce point du globe sur lequel elles découlent plus abondamment, c'est la France. » Cette invocation : O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous, était écrite autour de ce tableau. Lorsque la sœur M*** l'eut considéré un moment, il se retourna, et au revers elle vit la lettre M surmontée d'une croix, et au dessous les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Alors la voix se fit entendre de nouveau et lui dit : Il faut frapper une médaille sur ce modèle, et les personnes qui la porteront ihdulgenciée et feront avec piété cette petite prière jouiront d'une protection toute spéciale de la Mère de Dieu.

« Cette personne me fit part aussitôt de cette vision ; mais prenant son récit pour une pieuse illusion, je me contentai de lui dire quelques mots sur la véritable dévotion à Marie, lui faisant observer qu'imiter ses vertus était le plus sûr moyen de l'honorer. v

« Environ six mois après, elle eut la même vision ; je lui fis la même réponse que la première fois. Enfin, après un intervalle de six mois, elle vit et entendit pour la troisième fois les mêmes choses ; mais la voix lui dit, de plus, que la sainte Vierge n'était pas contente qu'elle négligeât de faire frapper cette médaille.

« Cette fois j'attachai plus d'importance à la révélation, sans néanmoins le manifester : j'éprouvai une certaine crainte de déplaire à Celle que l'Église nomme, à si juste titre, le Refuge des pécheurs.

« Quelques semaines après, ayant eu l'occasion de voir Mgr l'archevêque, la conversation me donna lieu de communiquer tous ces détails à Sa Grandeur. Monseigneur trouva qu'il n'y avait pas d'inconvénient à faire frapper cette médaille, qui n'avait rien que de très-conforme à la foi

de l'Église et à la piété des fidèles envers la Mère de Dieu, et qu'elle pouvait contribuer à la faire honorer. Au mois de juin 1832,1a médaille fut enfin frappée telle qu'on la connaît aujourd'hui.

« Dans l'une de ces trois visions, la personne demanda s'il ne fallait pas mettre quelques mots du côté où se trouvaient la lettre M, la croix et les deux cœurs;- il lui fut répondu que ces objets en disaient assez à l'âme pieuse. »

Cette médaille commença d'abord à se répandre chez les Filles de la Charité, qui en donnèrent à quelques malades et à des mourants endurcis dans le mal. Il se fit des guérisons tout à fait remarquables et des conversions vraiment prodigieuses. Alors on demanda de tous côtés de ces médailles, et le nombre de celles qui se sont répandues aujourd'hui est incalculable.

Cette médaille n'était pas encore parvenue en certaines parties de la Suisse en 1835 et 1836, ou du moins elle n'était pas venue à la connaissance d'une pieuse religieuse de ce pays, lorsqu'elle fut favorisée d'une grâce semblable à celle que nous venons de rapporter.

« Le 17 août 1835, premier jour d'une retraite qu'elle avait coutume de faire chaque année, cette religieuse fut comme ravie après la sainte communion et vit Notre-Seigneur assis sur un trône de gloire, tenant un glaive en main. Où vas-tu et que cherches-tu? lui demanda-t-il. — 0 Jésus, lui répondit-elle, je vais à vous, et c'est vous seul que je cherche. — Où me cherches-tu ? en quoi et par qui? — Seigneur, c'est en moi que je vous cherche, dans votre sainte volonté et par Marie. — Ici Notre-Seigneur disparut, et la religieuse, revenue à elle-même, réfléchissait sur les paroles du Sauveur, lorsque lui apparut la sainte Vierge resplendissante. Elle tenait en main une médaille où était gravée une image avec l'inscription : « 0 Marie conçue sans péché,

« priez pour nous qui avons recoure à vous. » Des faisceaux de rayons sortaient de ses mains. Ces rayons, lui dit Marie, sont le symbole des grâces que j'obtiens aux hommes. — Elle retourna la médaille, où la religieuse vit la lettre M surmontée d'une croix, et au bas les saints Cœurs de Jésus et de Marie. Porte cette médaille, lui dit alors la Reine des cieux, et tu jouiras de ma protection toute spéciale ; aie soin que tous ceux qui se trouvent dans quelque besoin la portent aussi; qu'on s'efforce de la leur procurer... Prépare-toi, car je te la mettrai moi-même à la fête de mon bienaimé serviteur Bernard ; aujourd'hui je la laisse daus les mains.

« La très-sainte Vierge remplit sa promesse, et le 20 du même mois, fête de saint Bernard, elle apparut encore à la religieuse et lui mit au cou la médaille dont elle lui avait déjà fait présent. Il lui fut recommandé en même temps de la porter avec respect, de réciter souvent l'invocation et de s'appliquera la pratique des vertus de Marie immaculée.

« Pendant sa retraite (août 1836), elle vit tous les jours la médaille comme suspendue dans les airs. D'abord elle lui apparaissait très-élevée, brillante par moments comme le soleil, puis comme l'or pur; ensuite, moins élevée et seulement comme en argent; enfin, fort près de terre, et simplement comme en cuivre. La religieuse était dans l'admiration, sans cependant comprendre ce que signifiait la représentation de ces diverses médailles; pendant l'office des vêpres, elle en reçut l'explication. Une voix pleine de douceur lui demanda laquelle était celle des médailles qu'elle préférait. Elle répondit que c'était la plus brillante, et la même voix la félicitant du choix qu'elle avait fait, lui dit que la médaille brillante comme le soleil est celle des chrétiens fidèles qui, en la portant, honorent parfaitement Marie et contribuent à procurer sa gloire; que la médaille

en or est celle des personnes pieuses qui ont une dévotion tendre et filiale envers Marie, mais dans le cœur desquelles cette dévotion reste enfermée, sans qu'elle contribue beaucoup à faire honorer cette divine Mère; que la médaille d'argent est celle de toutes les personnes qui la portent avec respect et dévotion, mais qui manquent parfois de constance et de générosité dans l'imitation des vertus de Marie ; qu'enfin la médaille de cuivre est celle de quiconque se contentant de lui adresser quelques prières sans se mettre en peine de marcher sur ses traces, demeure ainsi tristement attaché à la terre. La même voix ajouta encore que, comme il y a cependant une espèce d'union particulière entre les diverses personnes marquées, pour ainsi parler, du sceau précieux de Marie Immaculée, elles doivent toutes s'entr'aider mutuellement d'une manière toute spéciale par Ja prière, afin que par ce puissant secours les troisièmes puissent relever les dernières,, les secondes soutenir les troisièmes, et que les premières attirent ainsi heureusement toutes les autres.

Ces détails ont été communiqués de l'abbaye de Notre- Dame d'Einsiedlen à l'auteur de la Notice historique sur la médaille miraculeuse.

Aussitôt que la médaille fut frappée, elle commença à se répandre, surtout parmi les Filles de la Charité, qui, ayant quelque connaissance de son origine, la portaient avec une grande et tendre confiance , bientôt elles la donnèrent à quelques personnes malades, dont six ne tardèrent pas à en ressentir les heureux effets. Trois guérisons et trois conversions s'opérèrent tant, à Paris que dans le diocèse de Meaux, d'une manière aussi subite qu'inattendue. Alors on commença à demander de toutes parts la médaille miraculeuse, la médaille gui guérit. Alors de nombreuses mères de famille la donnèrent pour étrennes à leurs enfants, et le

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