‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 16 sur 35 · L. Champion, curé · texte numérisé non relu

L. Champion, curé

Lettre du Révérend Père Rouvre aux directeurs de r Archiconfrérie.

Saint-Louis du Sénégal, le 28 juin' 1864.

Très-honorés Messieurs, j'ai reçu dernièrement vos lettres avec le grand tableau que vous avez bien voulu envoyer aux enfants de notre Ecole (1). Inutile de vous dire combien les chers petits sont heureux qu'on prie pour eux à Notre-Dame des Victoires, et combien le présent leur a fait plaisir. — Le placement de ce tableau, je dois vous l'avouer, a été une grosse affaire. Comme il était destiné aux enfants, ils le revendiquaient avec raison. Nous, le considérant comme un souvenir trop précieux pour être enfoui et peut-être même oublié dans une petite chapelle, nous le réclamions

(1) Le bulletin de juillet 1863, page 93 et suivantes, renferme le charmant épisode à la suite duquel ce tableau fut envoyé en présent aux jeunes élèves de l'École de Saint-Louis, au Sénégal,

pour notre église. Toutefois, comme il fallait de toute nécessité céder devant la justice, nous fîmes de bon gré notre sacrifice. Il fut donc décidé que le tableau serait placé dans la chapelle. Mais la sainte Vierge voulait qu'il eût uneautre destination ; car, vu ses dimensions et Texiguité de la chapelle, il fut impossible d'y trouver une place assez commode pour le recevoir. Les enfants s'avouèrent vaincus.

Aujourd'hui, le tableau se trouve le long d'un des piliers de l'église, du côté des enfants ; et je vous assure qu'il n'excite pas seulement leur reconnaissance, mais encore celle de tous les fidèles de Saint-Louis. Puisse Notre-Dame des Victoires nous envoyer son vis-à-vis aussitôt qu'elle le pourra...

Notre mois de Marie a encore été bien consolant cette année. Comme l'année dernière, la musique militaire de l'infanterie de marine fut mise à réquisition pour accompagner les chœurs. Grâce à ce secours, l'Eglise se vit continuellement pleine, durant tout le mois. Le jour de Pâques, nous avions exécuté une messe en musique. Nous la réexécutâmes le 5 mai, jour de l'Ascension ; et, malgré les voix un peu criardes de nos enfants, nous pûmes cependant nous féliciter du succès.

Un fait bien consolant vint nous réjouir dans le courant du mois de Marie. Un jeune noir, fils de l'ancienne reine du "Walo, qui avait été envoyé en Algérie, au collège même d'Alger, reçut le baptême, qu'il sollicitait depuis longtemps. M. le Gouverneur voulut bien lui servir de parrain. Ce jeune homme, qui est destiné à être sous peu constitué chef d'un cercle, pourra opérer un très-grand bien dans le pays qui nous entoure.

Oh! Messieurs, recommandez ces pauvres enfants au Cœur de Marie. Elle ne restera pas sourde à vos prières, elle qui est mère ; et je suis convaincu qu'elle nous fournira

les moyens de sauver tant de petites âmes chères à Jésus- Christ.

Veuillez agréer, etc. E. Rouvre, missionnaire.

Le jeune enfant de Marie.

Auguste-Joseph Ilallez, de Lille, s'affectionna de bonne heure au service de Marie. Ayant perdu sa mère à l'âge de cinq ans : «Ma mère est, morte, disait-il quelquefois, mais j'en ai une autre dans le ciel. »

Destiné par son père aux études, il fut envoyé dans un petit séminaire de Picardie, justement célèbre par le mérite de ses directeurs. Une maladie dont il sentit les atteintes le jour même de son entrée à Saint-Acheul, avait miné son tempérament et déposé dans son sein le germe des douleurs au milieu dusquelles il termina sa vie.

Rendu à son père aux approches du mois de mai, il voulut qu'on exposât l'image de la sainte Vierge dans un endroit bien décoré, où il se proposait de faire, avec toute sa famille, les exercices propres de ce mois de bénédiction. Pendant les vingt-six premiers jours, il eut le bonheur d'offrir à Marie, avec ses pieux parents, le tribut de leurs hommages. Auguste avait toujours aimé la sainte Vierge comme sa mère; elle lui ménagea, pour dernier gage de sa tendresse maternelle, la faveur de mourir dans le mois qui lui est consacré. Le matin de son dernier jour, qui fut le lundi de la Pentecôte, le 27 mai 1828, il dit au confident de ses pensées les plus secrètes : « Savez-vous bien, mon Père, qu'il n'y a plus de place pour moi dans l'enfer? j'en ai une dans le paradis. » Le soir, il s'endormit dans le Seigneur. Longtemps oprès sdn dernier soupir, on remarquait encore sur ses lèvres un doux sourire, et dans tous les traits de son visage un air de paix et de joie qui semblait attester son bonheur. {Souvenirs de Saint- Acheui \)

Le bandit de Bracciano.

Tous les poètes ont chanté le renouveau, ce réveil de la nature. Endormie pendant plusieurs mois de l'année sous un manteau glacial, elle retrouve sa jeunesse toujours fraîche, et sourit à l'humanité en ramenant les doux zéphirs, le soleil, 1 hirondelle bien-aimée ! C'était vers le soir du 23 mai de l'an 1866.

Le beau château de Bracciano est situé au dessus du lac de ce nom: il domine et semble protéger une centaine de maisons plantées sans ordre au pied d'une colline, et qui paraissent regarder le château, comme pour lui demander aide et protection.

Une petite route escarpée et étroite descend rapidement et l'on arrive en vue du lac de Bracciano. — La lune se reilétait brillante dans ses eaux immobiles comme dans un miroir.

Quelques arbres se dressaient comme des géants sur les rives. Leurs cimes se dessinaient sur le ciel bleu en grandes masses noires, et les rayons de la lune projetés contre leurs troncs irréguliers, les faisaient ressortir de la manière la plus pittoresque. Le calme profond, le silence, la beauté sereine de la nuit ne tardèrent pas à exercer sur nous leur douce influence, et cette soirée délicieuse contrastait agréablement avec celle que la veille nous ^vions passée à Rome, au milieu du tumulte et du bruit de ses promenades poudreuses.

Le lendemain, au lever de l'aurore, nous étions tous prêts à repartir. — Quelques pâtres avaient conduit leurs troupeaux sur les rampes inférieures de la montagne ; de petits enfants au teint hâlé, aux cheveux noirs, prenaient leurs

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