‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 18 sur 35 · LA DÉVOTION A MA1UE · texte numérisé non relu

LA DÉVOTION A MA1UE

sentiment de pieuse confiance, se fait conduire, malgré sa faiblesse et contre l'avis des médecins, de Fontarlier à Lyon. Arrivé à la chapelle de Fourvière, il fait vœu de se dévouer aux missions lointaines, si îa sainte Vierge lui obtient la grâce de guérir. Dès ce moment, trois de ses ulcères se ferment et les deux autres diminuent de telle sorte, que bientôt il peut entrer au Séminaire de Besançon, et, après les études nécessaires, être promu au sacerdoce.

En 1847, M. Perny, accomplissant son vœu, partait pour les missions de la Chine, où îa môme protection qui lui avait rendu la santé le couvrit pendant une persécution qui, dès l'année suivante, ravagea la province où il se trouvait.

Depuis lors, plein de force et de zèle, le fervent Missionnaire poursuit le cours de son apostolat, enseignant aux Chinois, par ses paroles et son propre exemple, que Marie est le salut des infirmes et le secours de tous les chrétiens.

Vœu du général Ch. Vergé avant de monter à l'assaut du mamelon Vert.

M. Vergé, de Toul, général de brigade, commandeur de la Légion d'honneur, partant pour l'Orient, fut obligé de se séparer de sa femme et de deux jeunes enfants qu'il déposa au sein de sa vertueuse famille, à Toul. C'était une séparation bien déchirante pour cette épouse qui jusqu'alors avait suivi son mari dans toutes ses campagnes d'Algérie. Dans un éîoignement aussi pénible, madame Vergé, loin de chercher de la distraction à ses pensées de tristesse et d'anxiété dans tout ce que de précieuses qualités personnelles et une haute position pouvaient apporter d'agré- , ments et de satisfaction dans le monde, venait souvent, au pied de l'autel de Marie, puiser la force et la consolation, et appeler sur son époux îa protection de la Mère de Dieu.

Dans notre vieille et belle église d'Ecrouves se trouve une statue de Notre-Dame, regardée depuis fort longtemps comme miraculeuse. Yidric, dans sa Vie de saint Gérard, évêque de Toul, en parle comme étant l'objet d'une grande dévotion à cause des nombreux et grands miracles opérés à son occasion. En 1726, le pape Benoît XIII daigna accorder une indulgence plénière à tous ceux qui visiteraient, à certains jours de l'année, l'église de Notre-Dame d'Ecrouves. Aujourd'hui encore, bien des fidèles viennent s'agenouiller avec confiance devant cette sainte image.

C'est là qu'accompagnée de ses deux bons petits enfants, la femme de notre général venait faire ses prières et ses riches offrandes ; aussi Marie a-t-elle récompensé cette tendre piété, cette dévotion filiale.

C'est ainsi que le général, au milieu des dangers de l'épidémie et de la guerre, malgré son dévoûment à visiter ses soldats malades et son intrépidité dans les batailles, n'a pas éprouvé le plus léger accident.

Partageant les sentiments de dévotion et de confiance de son épouse et la foi vive de son vénérable père, il reconnaît être redevable à Marie de sa conservation. Au moment de monter à l'assaut du mamelon Vert, où il a pris une part si glorieuse et si décisive, il fit vœu, s'il revenait sain et sauf, de confesser hautement le dogme de T Immaculée Conception.

Il s'est empressé d'accomplir ce vœu : une messe fut fondée à l'autel de Marie, toute la durée de la campagne, le samedi de chaque semaine, en l'honneur de l'Immaculée Conception. De son côté, le général, pour témoigner sa reconnaissance, fit un sonnet en l'honneur de Marie conçue sans péché.

Il est beau, il est consolant de voir un noble défenseur de la patrie venir se reposer des fatigues et des dangers d'une

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bataille à l'ombre de la douce protection de Marie, et lui manifester ainsi sa reconnaissance.

Colase, curé d'Eerouves.

G uèrison m ir acide u se .

Un cavalier de la ville de Dole, nommé Ansalde, reçut dans une bataille une flèche qui lui pénétra si avant dans la mâchoire qu'il fut impossible d'en retirer la pointe. Quatre ans après, ne pouvant plus supporter la douleur, et se trouvant dangereusement! malade, comme on pensait à lui ouvrir la blessure pour en retirer le fer, il se recommanda à la sainte Vierge, fit vœu de visiter un de ses sanctuaires et de donner chaque année une certaine somme si elle- lui obtenait la grâce d'une entière guérison. À peine eut-il fait ce vœu, que le fer tomba dans sa bouche. Le jour suivant, encore faible, il alla visiter l'église, et dès qu'il eut accompli son vœu, il fut guéri radicalement.

(P. Rho, ex. 27.)

Trois traits de la vie de Madame Louise de France, religieuse carmélite (1).

1. La princesse Louise-Marie de France, fille de Louis XV, fut élevée à l'abbaye de Fontevrâult; encore bien jeune, elle essuya une longue et cruelle maladie qui la conduisit aux portes du tombeau. Les médecins ayant déclaré qu'ils avaient perdu toute espérance de guérison, on lui fit suppléer les cérémonies du baptême, qu'il est d'usagé de séparer

(.1) Nous recommandons à nos lecteurs la nouvelle édition Vie de Madame Louise, deux forts volumes in-12. (Chez les Carmélites d'Autan.)

du sacrement pour les Enfants de France. Dans cette extrémité et dans 3a douleur devoir mourir entre leurs mains la fille de leur roi, les religieuses du monastère eurent recours à Dieu, et dans la ferveur de leurs prières, elles firent, sous les auspices de la très-sainte Vierge, un vœu particulier, dont une des conditions était que, si la jeune malade guérissait, elle porterait pendant une année entière un habit blanc en l'honneur de sa libératrice. Elle guérit et fut revêtue de l'habit blanc. Cette époque remarquable de son enfance ne sortit jamais de la mémoire de Madame Louise. Et ne pouvons-nous pas présumer que, dans les dispositions admirables de Dieu sur ses élus, cette espèce de consécration religieuse à laquelle la princesse eut alors si peu de part, devint cependant, par les réflexions qu'elle occasionna dans la suite, le principe de ce sacrifice éclatant qu'elle devait un jour offrir au Seigneur avec tant de mérite de son côté et une si grande édification pour le monde chrétien ! Au moins est-il certain qu'elle se croyait redevable à la très-sainte Yierge de la conservation de sa vie ; et que dans un âge plus avancé on lui entendit quelquefois dire qu'elle était plus obligée qu'une autre d'employer au service de Dieu des jours qu'elle devait à cette protection spéciale de sa sainte Mère.

2. La protection de Marie parut quelques années plus tard d'une manière bien frappante. Un jour que la jeune princesse Louise suivait le roi à la chasse dans la forêt de Compiègne, le cheval qu'elle montait se cabra et la jeta à vingt pas de distance. Elle tomba au milieu du chemin et presque sous les piedsdes chevaux d'un carrosse qui suivait au plus grand trairt; par un bonheur particulier, qu'elle appelait depuis un miracle, elle échappe saine et sauve à ce double danger 5 et, sans paraître déconcertée, elle veut continuer sa route. En vain l'engage-t-on à monter dans sa voiture,

elle rejette ce conseil timide; il faut que son écuyer lui ramène son cheval indocile. Elle saute dessus, le pousse, le presse, le réduit au point de lui faire perdre l'envie de se cabrer.

De retour au château, et en rentrant dans son appartement, elle apprit son aventure à une femme de chambre, en lui disant : « Remerciez bien la très-sainte Vierge pour « moi, car je lui dois de nouveau la vie." Mon cheval m'a « jetée par terre : le carrosse de mes sœurs n'avait plus qu'un « pas à faire pour me rouer. Je me suis tournée vers la « très-sainte Vierge; j'ai eu le temps de me relever, et me « voilà. » C'est ainsi que dans sa plus grande vivacité la grâce parlait toujours à son cœur.

Cette miraculeuse protection de Marie ranima en elle le désir qu'elle avait de se consacrer à Dieu.

3. Or, il y avait à cette époque à Saint-Denis une maison de Carmélites qui se trouvaient dans la plus grande détresse. Dans cette affreuse extrémité, la prieure du monastère assemble sa communauté, et sans rien dissimuler à ses filles de la situation du temporel de la maison, elle les exhorte à ne pas perdre courage et à se souvenir que Dieu n'abandonne jamais ceux qui espèrent en lui. « Vous vous rappelez bien, dit-elle, que déjà le Seigneur nous a secourues d'une manière bien spéciale, par l'entremise de la très-sainte Vierge. Son bras n'est pas raccourci , ce qu'il a fait une fois, il peut le faire encore, et il le fera pourvu que nous ayons la foi. Encouragées par ce discours, toutes les religieuses conviennent avec la prieure de s'adresser de nouveau à la très-sainte Vierge et de la conjurer de leur obtenir de Dieu que quelque sujet, dont la fortune accompagne la vocation, vienne s'unir à elles pour détourner le coup dont elles étaient menacées. Le 8 février, dans le même temps où Mgr de Beaumont s'adressaità Louis XV au

nom de Madame Louise, ces saintes filles commencèrent une neuvaine de prières, de communions et de bonnes œuvres en l'honneur de la très-sainte Vierge, promettant de lui ériger un oratoire dans l'intérieur du monastère, si elle daignait exaucer leurs vœux. Le 20 du même mois, Louis XV accordait à sa fille l'autorisation d'entrer aux Carmélites, et Madame Louise, par une inspiration du ciel, choisissait cette pauvre et obscure maisou de Saint-Denis, dont elle allait terminer les longues épreuves; et après y avoir vécu dix-sept ans dans la pratique de toutes les vertus religieuses, elle y mourut en odeur de sainteté. On a introduit le procès de sa canonisation.

Madame Acarie, Bienheureuse Marie de V Incarnation, consacrée fort jeune à Marie,

La naissance et les premières années des personnes que le Seigneur destine à de grandes choses sont presque toujours marquées par quelques grâces extraordinaires. Madame Avrillot, mère de la Bienheureuse Acarie, Sœur Marie de l'Incarnation, avait eu le malheur de perdre tous ses enfants dans leur bas âge. Étant donc encore devenue enceinte, pour obtenir de Dieu, par la médiation de sa divine Mère, la conservation de l'enfant quelle portait dans son sein, elle fit vœu de l'habiller de blanc jusqu'à ce qu'il eût atteint l'âge de sept ans, et de le conduire alors dans une église dédiée à la très-sainte Vierge. Ainsi la jeune Avrillot fut consacrée à Marie avant d'avoir vu le jour ; et quand elle eut atteint sa septième année, ses pieux parents la menèrent eux-mêmes à Notre-Dame de Liesse, et ils y donnèrent à une pauvre orpheline les habits qu'elle quittait.

Voici en quels termes son plus ancien historien, le vénérable André Duval^ raconte ce fait: « Comme ils ne , pou-

voient au commencement de leur mariage élever aucun enfant, parce qu'ils mouroient incontinent après leur naissance, la mère étant enceinte d'elle fit vœu à Dieu, à la Vierge et à saint Claude, auquel elle avoit une dévotion particulière, que si son enfant venoit heureusement au mon le, qu'il seroit vestu de blanc jusqu'à l'âge de sept ans, et qu'elle le présenteroit à une église de la Vierge (1).

« Elle accoucha selon son désir de celle sainte fille, et la fit baptiser le deuxième jour de février, auquel l'Église célèbre la fête de la Purification de la glorieuse vierge Mère de Dieu, où les chrétiens ont accoutumé de porter en procession des cierges ardcns, et semble que ce fust à cette sainte fille un bon présage, tant parce qu'elle devoit en sa

({) Lor ique l'amour de Dieu et de sa sainte Mère embrase raie âme de ses divines ardeurs, il est impossible qu'il ne se manifeste pas à l'extérieur et qu'il ne se fasse pas connaître dans mille occasions. C'est à ce feu qu'on reconnaît les religieux de l'ordre de Saint-Dominique, enfants de la très-sainte Vierge : leur habit est blanc en l'honneur de Marie, presque toutes leurs églises sont consacrées à Notre- Dame; chacune de leurs cellul s est on.éi d'une image de le ir divine Mère.

A l'exemple de ces fervents religieux, tous ceux qui aiment Marie sont bien aises qu'on le sache, et ils ne laissent passer aucune circonstance sans donner à la très-sainte Vierge quelque marque de leur dévouement. Voilà pourquoi, si leur position le permet, ils se plaisent à être vêtus d'habits de couleurs blanche et bleue, comme était la sainte Vierge lorsqu'elle apparut miraculeusement à ses dévoués serviteurs.

On a vu pendant la Restauration, aux fêtes de sainte Geneviève, une femme d'un grand nom, venir avec ses enfants et ses domestiques, vêtus de blanc, assister aux offices de l'Église. Dans plusieurs contrées et communautés on a pris des vêtements bleus, comme demandant moins de soins, et à cause de certains tableaux anciens où Marie est enveloppée d'une robe bleue. C'est encore pour cela, sans doute, que les pauvres orphelins, qui n'ont d'autre Mère que Marie, sont revêtus d'une étoffe bleue.

DES VOEUX EN L'ilONNEUR DE MARIE. 319

vie esclairer le monde d'une lumière fort ardente, comme aussi qu'il semble que Dieu lui imprima dès lors une dévotion particulière à sa sainte Mère, qu'elle conserva tout le reste de sa vie, et en fit paroitre de vifs eschantilions dès son enfance, parce que contre l'ordinaire des autres enfants, qui sont contrairement faseheux, opiniastres, pleins de légèretés, elle étoit fort douce, docile, obéissant ponctuellement à ses parents, et par une modeste gravité se rendant agréable à tous ceux qui lui parloient. Et ayant atteint l'âge de sept ans, sa mère lui ayant jusques à ce temps-là fait porter des habits blancs, et luy voulant lors faire porter des habits de couleur, elle la mena, suivant sa promesse, à Notre-Dame de Liesse, où elle donna les blancs aux pauvres. »

Elle s'efforça ensuite d'inspirer à sa fille une grande dévotion envers la Reine du ciel, dont elle lui ordonna de réciter toujours l'ofiice pendant la sainte messe. Lorsque Marie fut religieuse, la sainte Vierge la visita plusieurs fois et lui accorda des faveurs signalées. Arrivée à sa dernière heure, elle voulut que l'on mît aux pieds de son lit une image de la Mère de Dieu, semblable à celle qu'on vénère dans l'église de Sainte-Marie-Majeure. A la vue de la sainte image, Marie fondit en larmes; les autres religieuses virent son visage tout enflammé répandre une lumière miraculeuse ; elles l'entendirent aussi publier avec son zèle accoutumé les louanges et les prérogatives de la très-sainte Yierge. Marie pria ses compagnes de ne pas la priver de celte image jusqu'à ce qu'elle remit son âme au Seigneur; en effet, elle ressentait des consolations extraordinaires en contemplant les traits de sa puissante protectrice.

Le jeune de Chateaubriand consacré à Notre-Dame de Nazareth.

On ne lira pas sans intérêt ce que l'illustre auteur du Génie du Christianisme nous a raconté dans ses Mémoires sur sa consécration à Marie :

« Ma nourrice se trouva stérile; une autre pauvre chrétienne me prit à son sein; elle me voua à Notre-Dame de Nazareth, et lui promit que je porterais, en son honneur, le bleu et le blanc jusqu'à l'âge de sept ans... Il entrait dans les conseils de Dieu d'accorder au vœu de l'obscurité et de l'innocence, la conservation des jours qu'une vaine renommée menaçait d'atteindre.

« Ce vœu de la paysanne bretonne n'est plus de ce siècle; c'était toutefois une chose touchante que l'intervention d'une Mère divine placée entre l'enfant et le ciel, et partageant les sollicitudes de la mère terrestre. »

Dans un autre passage, ce célèbre écrivain, dont M. Sainte- Beuve, après une longue admiration, a voulu faire un sceptique, ne craint pas d'ajouter ces touchantes paroles :

« Voué à la Tierge, dit-il, je connaissais et j'aimais ma « protectrice , que je confondais avec mon ange gardien : « son image, qui avait coûté un demi-sou à la bonne Tille- « neuve , était attachée avec quatre épingles à la tête de « mon lit. J'aurais dû vivre dans ces temps où l'on disait « à Marie :

« Doulce Dame du ciel et de la terre, mère de pitié, fontaine de tous biens , qui p or fastes Jésus-Christ en vos prétieulx flânez, belle très-douce Dame, je vous mereye et vous prye. »

« La première chose que j'aie sue par cœur est un cantique de matelot commençant ainsi :

Je mets ma confiance, Vierge en votre secours, Servez-moi de défense, Prenez soin de mes jours.

Amour de Marie pour le Bienheureux Rosnata, martyr.

Le bienheureux Rosnata , de l'Ordre de Prémontré, fut, dès sa naissance, consacré d'une manière particulière à la sainte Yierge. La sage-femme qui assistait sa mère, prenant l'enfant dans ses bras, le trouva mort. La mère désolée recommanda aux domestiques de prendre les soins nécessaires pour l'inhumation du nouveau-né; mais la sagefemme , plus confiante en Marie, dit aux serviteurs de ne point exécuter l'ordre qu'ils avaient reçu ; puis s'adressant à la mère : Prenez votre fils, ajouta-t-elle, et offrez-le à la puissante Vierge Marie, dont l'heureux enfantement a éclairé et animé le monde. Partagée entre la crainte et l'espérance, la rnère suivit le conseil qu'on lui donnait. A peine eut-elle achevé sa prière, que l'enfant ouvrit les yeux et laissa échapper un faible cri , au grand étonnement des assistants et à la grande joie de sa mère, qui reconnut qu'elle devait la vie de son fils à un prodige éclatant de la très-puissante Mère de Dieu. Mais là ne finit pas la sollicitude miraculeuse de la sainte Yierge pour la vie de cet enfant. Rosnata grandit; s'amusant un jour avec ses compngnons sur les glaces de la Yistule, le glaçon qui le soutenait se rompit; il fut englouti dans les eaux et y demeura enseveli pendant plusieurs heures. Une de ses saurs accourut au bord du fleuve et fit promptement repêcher le corps de l'enfant, qu'elle voulait avoir vivant ou mort ; mais tout fut inutile. Enfin , quelques jeunes gens s'étant jetés à la nage , le trouvèrent au fond de l'eau, le saisirent par les cheveux et le rame-

lièrent ainsi sur le rivage. Tout le monde s'attendait à ne revoir qu'un cadavre : mais, à la grande surprise de tous, l'enfant était plein de vie, sans aucune blessure, et tout joyeux. Lorsqu'elle fut revenue de sa douleur, sa sœur lui demanda comment il avait pu demeurer si longtemps dans l'eau, sans en recevoir aucun mal. Le jeune Rosnata répondit qu'aussitôt après sa chute , il avait vu une belle dame, qui empêchait avec ses mains que l'eau n'arrivât jusqu'à lui, et qu'il croyait que sa libératrice était la sainte Vierge Marie, mère de miséricorde, il voulut ensuite , par reconnaissance, lui consacrer le reste de sa vie qu'il termina par le martyre. (Bolland., 14 juillet, Vie du Saint.)

Lettre d'un Missionnaire.

28 décembre 1865.

Bien chers parents ,

Je viens de quitter mon île d'Haïuan pour rentrera notre procure de Hong-Kong. Nos bons pères et mes confrères me reconnaissaient à peine , tellement j'étais changé et épuisé. C'est qu'en effet je venais d'être malade, et malade à toute extrémité. Si je suis encore vivant, je le dois à une sorte de miracle. Ma maladie n'a été ni plus ni moins que le choléra. Autour de moi , ce fléau moissonnait de nombreuses victimes; partout il frappait h mort. Comment m'at-il épargné? C'est le secret de la sainte Vierge et de saint Joseph.

Le 4 septembre au soir, je me sentis indisposé. Le lendemain, après ma messe, les grands symptômes du fléau se déclarèrent. Épuisé, je me jetai sur mon lit de planches : je devais y rester jusqu'au 7 octobre. (Ici suivent tous les détails delà terrible maladie). Après de vains efforts de leur part, je fus bientôt abandonné des médecins chinois. Seul, privé même de l'assistance de mon confrère, qui se trouvait à Hong-Kong,

je me préparai à la mort. Je fis comme je pus mon testament; j'adressai mes adieux à nos chrétiens éplorés, et je me mis dans le recueillement de la prière, attendant que l'heure fût arrivée d'aller voir le bon Dieu. Ce père miséricordieux a bien voulu me conserver la vie pour que je l'emploie de nouveau à son service , à procurer sa gloire. Que d'actions de grâces je lui dois!

Au plus fort de mon mal, j'ai fait vœu de donner un cœur d'or à Notre-Dame des Victoires , à Paris , et un cœur d'argent à saint Joseph , pour la procure de Ïîong-Kong, si je revenais en santé. Ici je ne puis me procurer ces pieux objets. Veuillez , chers parents , m'aider à accomplir mon vœu en achetant pour moi un cœur d'orque vous donnerez à Notre-Dame] des Victoires, et un cœur d'argent jjuc vous m'enverrez à la prochaine occasion, etc..

E. âlibert, miss, apost.

Le double vœu du missionnaire , si providentiellement sauvé, a été accompli. Un cœur en or a été déposé par sa sœur aux pieds de Notre-Dame des Victoires, ei c'est avec émotion que nous avons béni le cœur d'argent destiné à la chapelle de Hong Kong.

Si 1$ cœur d'or est l'ex-voto de IL Alibert , la plaque de marbre dans son langage expressif est F ex-voto de sa famille. Cette plaque de marbre porte le numéro 3,410 ; elle est placée sous la voûte qui sépare la chapelle de Saint-Augustin de celle qui a été récemment dédié au Sacré-Cœur,

Vœu accompli.

Grand séminaire de N***, 2 mai 1866 ,

Monsieur le Directeur de rArchiconfrérie, Un enfant, je dirai plus, un converti de Notre-Dame des Victoires, a recours aujourd'hui à votre bonne obligeance pour remplir un vœu fait par lui, il y a bientôt six ans.

Au sortir du collège, j'allai à Paris où mes parents habitaient, pour étudier ma vocation. Je ne savais pas ce que je deviendrais ; mais ce qui était sûr pour moi, c'est que je ne voulais pas embrasser l'état ecclésiastique , vers lequel un oncle de province me dirigeait depuis quelques années. Je voulais être autre chose que prêtre. Je cherchais donc ma vocation. Hélas! où la cherchai-je? Dans les fêtes, dans les plaisirs, dans les spectacles! Abandonné pour ainsi dire à moi-même, maître de mon temps et de ma personne, je me livrai à toutes les folies d'un jeune cœur de dix-huit ans. Pendant un mois et demi, je m'abandonnai à toutes sortes de coupables jouissances. Au bout de ce temps , le dégoût vint, mais un dégoût profond, un ennui inexprimable. Je ne savais que devenir.

Un jour je passai sur la place des Petits-Pères ; bien souvent j'y avais passé sans saluer même du regard la bonne Vierge. Cette fois, je ne pus résister au besoin d'entrer dans ce sanctuaire vénéré; un mouvement irrésistible m'y poussait ; je cédai enfin et j'entrai. C'était l'heure du saint Sacrifice. A la vue de cette foule recueillie et agenouillée, en présence de ces hommes , de ces femmes, de ces enfants priant avec tous les sentiments de l'amour et de la confiance, je sentis une larme mouiller mes yeux, et je tombai à genoux. Alors tout mon coupable passé se dressa devant moi avec ses doutes, ses fautes, ses désordres J'en eus frayeur, cl je pleurai. — Avant de sortir delà chapelle, je fis à Marie, qui me donnait de si douces larmes, la promesse solennelle de changer de conduite et de lui consacrer un ex-voto, si jamais Dieu me faisait la grâce de monter au saint autel pour offrir l'auguste Victime! Comment cela se fit-il? Je n'en sais rien. Je ne voulais pas être prêtre, et voici que je venais demander cette grâce, dont j'étais si indigne!

Le lendemain, je revins à Notre-Dame des Victoires pour

faire la paix avec Dieu , et purifier mon âme dans les eaux de la pénitence. Huit jours après , je quittais ma famille pour aller m'enfermer dans un séminaire. C'est de cette sainte maison, où jai coulé de si heureux jours, que je vous écris.

Marie a été vraiment ma Mère; elle m'a sauvé en me retirant du monde où je me serais perdu ; bien plus, elle m'a obtenu la grâce d'arriver au sacerdoce, pour travailler désormais à la conversion des pauvres pécheurs. Qu'elle soit bénie! qu'elle soit à jamais remerciée!

Aujourd'hui je viens remplir ma promesse, et c'est à vous, Monsieur le Directeur, que j'ai recours pour l'exécution de mon vœu. N**

Un vœu rendu.

Étant à Marseille en 18.., je vis un jour sortir du port une trentaine d'hommes, tête, jambes et pieds nus. Ils marchaient deux à deux, gravement, en silence. A leur tête était un capitaine, comme eux sans bas ni souliers.

Ce capitaine — je le nomme ainsi quoique je ne sache pas son grade— était vraiment un homme superbe : Taille élevée, port martial, moustaches grises, la poitrine constellée de croix, et une grande balafre à travers le front.

La foule les regardait passer d'un œil indifférent, mais plus souvent sympathique Je ne vis nulle part hostilité ni mépris.

Ce cortège m'intéressait. Il se dirigeait vers Notre-Dame de la Garde; je l'y suivis.

Parvenus dans la chapelle, les marins s'agenouillèrent sur la pierre, et, dans cette position, ils entendirent la messe avec un recueillement qui ne se démentit pas un seul instant.

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