II
Lorsque le prêtre fut rentré dans la sacristie, le capitaine prit des mains d'un matelot une espèce de petit tableau entouré d'un cadre doré et le porta sur l'autel de la sainte Vierge. Puis, tout simplement, sans fausse honte comme sans forfanterie, il détacha ses épaulettes et les plaça à côté du cadre. Il revint ensuite, d'un air calme et digne, retrouver ses compagnons, qui se levèrent et partirent, n'ayant l'air de voir dans tout cela rien que de tout naturel. De grosses larmes me tombaient des yeux.
Je ne sus que le lendemain l'histoire de ces braves gens. Elle fut contée à table d'hôte par un individu qui connaissait un des matelots. C'était l'histoire d'une grande tempête, histoire trop commune, mais toujours lugubre. Les détails que le narrateur tenait de son ami le marin étaient vraiment saisissants. Lorsque tout semblait perdu, et que le navire, poussé violemment vers la côte, courait à une ruine certaine, le capitaine, réunissant ses hommes sur le pont, avait f<iit un vœu à Notre-Dame de la Garde, et tout à coup une saute inexplicable de vent permit une manœuvre qui les sauva. Entrés la veille au port, ils avaient rendu leur vœu avant de prononcer à terre une seule parole.
Les jeunes pensionnaires.
Pendant Tannée 1814, lors de l'entrée des alliés dans Paris, une religieuse de la Visitation qui se trouvait chargée d'un pensionnat assez considérable, dans un quartier voisin du théâtre même du combat, éprouva d'une manière bien remarquable les effets de la protection de la sainte Vierge. N'ayant pu rendre à leurs parents la plus grande partie de ses élèves, elle se voyait exposée, avec sa petite famille, à tous les accidents de la guerre, non-seulement à la frayeur et aux larmes, aux boulets de canon, aux obusiers, qui
pouvaient, en un moment, l'écraser sous les ruines de sa maison, mais, de plus, aux suites épouvantables qu'on avait trop lieu de craindre dans le cas d'une invasion. Pleine de confiance dans la Mère des miséricordes, la pieuse institutrice rassemble toutes ses pensionnaires au pied d'une statue qu'elle vénérait sous le titre de Notre-Dame de la Garde, les engage à mettre en la Reine des vierges une confiance sans bornes, et à faire avec elle un vœu tel que le comportaient l'âge et la condition de celles à qui elle le proposait. Ses paroles furent accueillies avec joie ; et tel fut l'effet de cette religieuse démarche que, quoique plusieurs boulets eussent traversé la maison et qu'un obus eût endommagé le piédestal de la statue de Marie, non-seulement personne ne fut blessé, mais aucune des pensionnaires n'éprouva la plus légère impression d'inquiétude et de crainte. Cette maison, si miraculeusement préservée, conserve avec reconnaissance, aux pieds de l'image tutélaire de l'auguste Vierge, les boulets et l'obus, comme un monument de la puissance de Marie et de sa miséricordieuse protection. {Nouveau Mois de Marie par M. Letourneur).
DES Ei-VOTO.
Combien la pratique des ex-voto est touchante.
Dans un lieu de pèlerinage, après avoir satisfait votre dévotion, n'aimez-vous pas à promener vos regards sur les ex-voto déposés par ceux qui vous ont précédé ? Ces pauvres tableaux, ridicules trop souvent dans leur exécution, ces petits marbres, ces fleurs, tous ces divers objets pendus aux murailles de la chapelle où vous êtes venu prier, n'ontils pas un charme où votre âme s'est arrêtée? ne lui tiennent-ils pas un langage qu'elle comprend ? Ils entretiennent la confiance, ils excitent la prière. Vous vous demandez ce que vous étiez et ce que vous faisiez, combien vous étiez loin des bonnes pensées aux dates qu'ils vous signalent, et où la grâce a visité vos frères dans la foi. Il ne faut pas parler du plaisir qu'on trouve quand Yex-voto est une œuvre d'art comme celui de la ville de Lyon à Fourvières, par exemple, dont le pinceau d'Orsel a fait le chefd'œuvre peut-être jusqu'aujourd'hui de la peinture française au dix-neuvième siècle. De tels plaisirs sont rares ; c'est une des plus grandes joies de la vie de voir un grand talent consacré tout entier à rendre hommage à la vérité et à la foi. C'est l'ordre alors dans une de ses plus éclatantes manifestations que l'on contemple, l'ordre vrai, l'ordre divin que
Dieu a mis dans toutes ies créatures, et auquel l'homme seul sur cette terre, privilège admirable, se soumet volontairement et amoureusement. Mais des témoignages plus humbles de cette soumission et de cet amour ont leur éloquence : même quand ils ne peuvent entrer dans ce domaine privilégié de l'art qui parle à tous, mais que tous ne peuvent employer, ils possèdent encore le secret de toucher et d'émouvoir.
La dévotion avec laquelle on considère les moindres exvoto déposés devant une statue de la sainte Vierge ouïe tombeau d'un saint, quoique le plus souvent la main de l'ouvrier y ait trahi l'inspiration à laquelle il devait obéir ; cette dévotion, à plus forte raison, sera excitée par des œuvres sérieuses, entreprises avec amour, conduites avec intelligence et achevées avec bonheur, qu'un cœur pieux consacre à la gloire de Dieu et à l'honneur d'un saint.
On voyait autrefois dans le sanctuaire de Roc-Amadour l'épée du fameux Roland qu'il avait offerte à Notre-Dame en ex-voto, pour la remercier de sa toute-puissante protection.
Nous n'avons jamais pu regarder sans émotion les cinquante croix d'honneur, décorations militaires de plusieurs ordres qui entourent l'autel de Notre-Dame des Victoires, à Paris, et ces quatre mille cœurs de métal qui forment les plus touchantes inscriptions.
Avec quel bonheur nous avons vu à Notre-Dame de Lorette, dans la belle salle qui se trouve à côté de la Santa Casa, ces riches et nombreux ex-voto offerts à Marie par les plus grands rois et par les hommes les plus considérables du monde entier ! La belle croix qui repose sur la statue de Notre-Dame de Lorette a été offerte par notre bienaimé pontife Pie IX, dès sa promotion au souverain pontificat.
C'est surtout dans les sanctuaires de Marie placés sur les côtes ou sur les rivages des mers que les ex-voto ont quelque chose de plus touchant. Comme ils parlent au cœur ces débris de navire, ces monceaux de câbles, ces tableaux où sont rappelés le nom d'un vaisseau, un degré de latitude, une date ! Admirables inscriptions, pieux hommages ! plus ils sont simples, plus ils émeuvent, plus leur langage est éloquent. L'image de l'Océan se reflète dans cent tableaux divers ; de petits bâtiments élégamment pavoises attestent que Marie, la douce Étoile de la mer, a souvent préservé du naufrage ceux qui l'invoquaient dans le péril.
Rien de plus édifiant que de voir, à certaines époques de l'année, une troupe de marins qui viennent, les pieds nus, la tête découverte, et vêtus d'un sac de toile, accomplir le vœu solennel qu'ils firent pendant la tempête à Celle dont la main puissante les arracha de l'abîme où ils allaient s'engloutir. Ils marchent en silence, et s'avancent lentement vers le sanctuaire de Marie que l'Eglise appelle YÉtoile de la mer, la foule s'ouvre respectueusement devant eux, et les suit dans le temple où ils vont ajouter un tableau de plus aux ex-voto dont la reconnaissance des fidèles orna ses lambris.
Une jeune fille guérie par Marie.
Mademoiselle Tournemine, d'Ussel (Corrèze), tout en s'amusant, avait laissé descendre dans son gosier par la voie de la respiration un petit coquillage qu'elle tenait dans sa bouche. Tous les moyens employés par les médecins étaient demeurés sans résultat. Cependant le gosier éprouvait de plus en plus de l'embarras, et la jeune demoiselle voyait son mal augmenter. Ses pieux parents entreprirent une neuvaine en l'honneur de Notre-Dame invoquée dans un
sanctuaire du diocèse de Tulle. Dieu sembla ne pas exaucer leurs vœux. Ils firent des prières en l'honneur de Notre- Dame de Roc-Amadour, et le confesseur de mademoiselle songea à la disposer à la première communion, pensant bien que le mal ne pouvait être guéri. Le jour même où elle devait aller au banquet sacré, .le coquillage remonta de lui-même dans la bouche sans efforts et sans douleur. M. et madame de Tournemine firent partager ce coquillage qui fut renfermé dans deux autres coquillages: l'un fut porté au mois de mai à Roc-Amadour, et déposé au sanctuaire de Marie par la demoiselle accompagnée de ses parents, qui donnèrent à M. Pech, missionnaire, tous ces détails que plusieurs autres personnes nous ont confirmés (1).
La plume d'argent de Juste-Lipse.
La plume d'argent de Juste-Lipse (2), un des membres du triumvirat littéraire de son époque (3), écrivait alors l'histoire des miracles de Notre-Dame de Halle et de Notre- Dame de Montaigu. Ce précoce génie, qui était déjà auteur de plusieurs poëmes remarquables à neuf ans, c'est à dire à l'âge où les autres enfants commencent seulement à lire, qui, à douze ans, avait publié des Discours où brillait un véritable talent, et qui, à dix-neuf ans, avait fait paraître au jour un recueil considérable, fruit de ses immenses lectures ; ce savant professeur que les princes (4) allaient en-
(1) Tiré du registre actuel de Roc-Amadour.
(2) Juste-Lipse, en mourant, laissa par testament une plume d'argent, dont on lui avait fait présent, à Notre-Dame de Halle,
(3) Les deux autres étaient Scaliger et Casaubon.
(4) L'archiduc Albert et l'infante Isabelle, son épouse, alors résidant à Louvain.
tendre avec toute leur cour, et que les rois, les papes et les cités (1) se disputèrent et voulurent enlever à la chaire qu'il occupait ; cet écrivain renommé, qui donna le ton à son siècle, et sur lequel se modela le goût public, consacra ses dernières années (2) à écrire l'histoire des faits miraculeux opérés par la sainte Vierge dans les sanctuaires vénérés de Halle et de Montaigu.
Voici les vers dont il accompagna l'hommage de sa plume d'argent offerte à l'admirable Vierge objet de ses derniers travaux :
Hane, Diva, pennam interpretem mentis meœ,
Per alta spatia qua3 volavit setheris,
Per ima quœ volavit et terrse et maris,
Scientiae, prudentise, sapientias,
Operata semper : Ausaque constantiam
Describere et vulgare, quse civilia,
Quaa militarîa atque potiorcetica ;
Quas, Roma, magnitudinem adstruxit tuam,
Variaque luce scripta prisci sasculi
Affecit et perfudit : Hanc pennam tibi
Nunc, Diva, merito consecravi Lipsius ;
Nam numine isthœc inchoata sunt tuo,
Et numine isthsac absoluta sunt tuo, eto.
« J'ai consacré à Marie cette plume, l'organe fidèle de mes pensées, cette plume qui a volé à travers les plaines de l'air, qui est aussi descendue dans les profonds abîmes de la terre et des mers, et que la science, la prudence, la sagesse ont toujours dirigée; cette plume qui a osé traiter de la constance (3) et composer des ouvrages
(1) Henri IV, Paul V et Venise.
(2) Fantoni-Castrucci. Istoria délia città d'Avignone, Venise, Hertz, 1768. T. II, 1. m, eh. 1, art 10.
(3) Attestamur Deum omnipotentem , Ecclesiam Beatœ Mariœ de Domis, prout cornmuniter et absque dubitatione tenetur, admirabiliter consecratam.
sur le droit administratif ou le gouvernement (1), sur la guerre et l'art militaire et sur la politique; cette plume qui a, ô Rome, établi ta grandeur et qui a commenté et expliqué divers écrits des siècles passés. C'est cette plume, ô divine Marie, que moi, Juste-Lipse, je t'ai consacrée à juste titre, car tout cela a été d'une part commencé sous tes auspices, et de l'autre, tout cela a été achevé sous ces mêmes auspices. » Cet habile écrivain, ce professeur si renommé légua aussi à l'église de Sainte-Marie de Louvain, et comme témoignage de sa dévotion envers la Mère de Dieu, une magnifique robe professorale dont il lui avait été fait présent à lui-même. Quelques esprits malveillants plaisantèrent de cet hommage et le tournèrent en ridicule. Jean Wover, sénateur d'Anvers, prit, dans un ouvrage intitulé Justification posthume de Juste-Lipse, la défense de ce pieux et fervent serviteur de Marie. Feller attribue cette défense au P. Charles Scribani, en disant que cette œuvre est écrite avec autant de vérité que d'élégance.
Juste-Lipse méritait bien, par la beauté, la richesse et la pureté de sa latinité, de faire, du moins pour quelquesuns de ses ouvrages, partie de la collection des classiques chrétiens composés pour les collèges et séminaires, par ceux qui veulent dépaganiser les études de la jeunesse.
Ex-voto de la mère de Fènelon.
Fénelon, dont la mémoire devait devenir si chère aux amis de la religion et des lettres, naquit avec un tempérament faible et délicat qui fut bientôt pour ses bons parents un grand sujet d'inquiétude, mais qui leur donna aussi
(I)Martelle 0. S. B. Thésaurus novus Ânecdotorum. Paris, 1717, p. 582.
l'occasion de manifester les sentiments de piété dont ils étaient animés.
L'état inquiétant et presque désespéré auquel il fut réduit dès l'âge le plus tendre et n'étant encore qu'au berceau, suggéra à sa mère la sainte pensée de le mettre sous la protection de la très-sainte Vierge, dans le sanctuaire de Notre-Dame de Roc-Amadour, situé à quelques lieues du château de Fénelon (1). La confiance de cette pieuse mère ne fut pas trompée ; et la prompte guérison d'un enfant si cher combla de joie toute sa famille. Pleine de reconnaissance pour une faveur si extraordinaire, Mme de Fénelon conserva toute sa vie une singulière dévotion pour le pèlerinage de Roc-Amadour; elle y conduisit elle-même son enfant, après sa guérison, l'offrit à la très-sainte Vierge, et laissa un petit tableau qu'on y voit encore aujourd'hui, et qui représente l'action religieuse qu'elle venait défaire. Non contente de cette première offrande, elle la renouvela plusieurs années après, de concert avec Fénelon lui-même, à l'époque où il venait de prendre ses grades dans l'Université de Cahors(l); et ce fut alors qu'on ajouta au tableau dont nous venons de parler les insignes du doctorat dont Fénelon avait été revêtu.
Comme dernier témoignage de sa vive reconnaissance pour l'auguste Mère de Dieu, Mme de Fénelon fit, au mois de juillet 1691, son testament dans lequel elle demanda d'être inhumée dans la chapelle de Roc-Amadour, et légua une somme de trois mille livres au chapitre de cette église, à la charge d'acquitter un certain nombre de messes pour le
(l) Le château de la Mothe-Fénelon était situé à quatre ou cinq lieues nord-est de Sarlat (diocèse de Sarlat), et à huit ou dix lieues nord-ouest de Roc-Amadour, ancien diocèse de Tulle, aujourd'hui diocèse de Cahors,
repos de son âme. On conserve encore aujourd'hui, dans les archives de Roc-Amadour, les pièces relatives à cette fondation ; et on voit aussi dans le vestibule de la chapelle le tombeau de la pieuse fondatrice»
V ex-voto du brave colonel Dupais à Notre-Dame de Boulogne.
Le colonel Dupuis, à qui son mérite allait faire décerner le grade d'officier général, tomba sous le feu de l'ennemi à l'assaut de Sébastopol le 8 septembre* atteint de onze blessures, et mourut comme les anciens chevaliers chrétiens, léguant son âme à Dieu et sa croix de commandeur à Notre- Dame de Boulogne. Sa famille, dont il était l'orgueil, n'a pas voulu que son corps restât enseveli sur la terre étrangère. Ses obsèques ont été célébrées à Boulogne, au milieu du concours de la ville entière. Le clergé de la ville s'était réuni sous la conduite des quatre curés, qui tous ont voulu prendre part aux touchantes prières que l'Église adresse à Dieu pour ses morts, et comme honorer triomphalement les funérailles d'un martyr. C'est que, outre les qualités de l'esprit et du cœur, Dupuis avait montré dans sa vie et dans sa mort la pieuse foi du chrétien.
Un de ses amis, qui était son frère d'armes depuis quarante ans, M. le sous-intendant militaire Herbault, est venu le dire au pied de sa tombe, en l'affirmant sur la vérité et sur l'honneur, en présence de « ces vaillants officiers, au « cœur et à l'esprit religieux », qui étaient accourus en foule pour rendre un dernier hommage à sa mémoire :
« Religieux de cœur et d'esprit, comme ses camarades, pénétré de toutes les vérités de l'Évangile ; pratiquant la prière qui console, qui aide à supporter les peines de la vie et fait descendre l'espérance dans le cœur, homme de
foi enfin! témoin ses dernières dispositions, témoin son invocation à Notre-Dame de Boulogne, notre sainte patronne, le don qu'il lui fait de sa croix de commandeur de la Légion d'honneur, de cette croix qu'il avait gagnée après tant d'années de si remarquables services et qu'il était si fier de porter sur son cœur! Cœur noble et d'honnête homme s'il en fut jamais! Ah! oui, l'armée a perdu en lui un de ses meilleurs officiers et la France un de ses plus dignes défenseurs. »
« Enfant de cette noble cité boulonnaise, qui a donné à la première croisade Godefroy de Bouillon et ses frères, le colonel Dupuis a toujours professé un religieux dévouement à la Vierge, patronne et suzeraine de notre ancien comté. Lorsqu'en 1854, le vénérable M. Haffreingue fit un appel à tous les fidèles de France en faveur du sanctuaire qu'il relève avec une foi si patiente et si courageuse, le colonel lui écrivit la lettre suivante, que nous sommes heureux de pouvoir publier aujourd'hui :
« Gap, le 29 mai 1854.
« Monsieur l'abbé,
« Votre bonne œuvre de l'édification de la nouvelle église de Notre-Dame de Boulogne était une si belle idée, que vous avez été secondé par des milliers de fidèles, et principalement par ceux de la cité boulonnaise, qui ont été bien heureux dans cette circonstance de pouvoir y placer aussi quelques pierres, en vous secondant. Ce beau monument, pour rendre un culte pieux à Dieu et à la sainte Vierge Marie, est nonseulement de la plus grande utilité pour le service divin, mais il fera toujours honneur à la ville, et surtout à vous, monsieur l'abbé, dont les grandes et généreuses pensées resteront éternellement gravées dans l'esprit des habitants. Je me joins donc de tout coeur et DE TOUT AME, COMME
SOUSCRIPTEUR MODESTE POUR LA SOMME DE 100 FRANCS, COM- ME fondateur de l'OEuvre. Mon bon frère François Dupuis vous la remettra.
« Recevez, monsieur l'abbé, l'assurance de la plus parfaite considération et du sincère attachement de votre trèshumble et très-obéissant serviteur.
« Thre Dupuis, .
« Colonel du 57e Rég. de ligne. »
Quelques mois après, il partait pour la Crimée, où son régiment venait d'être appelé.
En mourant à Sébastopol, dans une guerre que l'Église catholique a proclamée sainte, le jour de cette mémorable action où le général en chef a renonnu lui-même formellement le doigt de Dieu et l'intervention de Celle dont on célébrait la gracieuse Nativité, le colonel Dupuis pensait à Dieu et à Notre-Dame de Boulogne.
« Donne 20 francs pour la cathédrale de Notre-Dame, » écrit-il à son frère le jour de sa mort; puis il ajoute : Si je meurs, tu donneras a Notre-Dame ma croix de commandeur. »
Vœu sublime! Ce joyau, le plus cher qu'un cœur français puisse posséder, l'étoile des braves, ce symbole de l'honneur, patiemment conquis par une vie de dévoûment et de sacrifices, il veut Tappendre comme un vivant souvenir, un ex-voto perpétuel, une prière après lui, aux pieds de Celle qu'a vénérée sa mère, de Celle qui, Reine du ciel et de la terre, était la reine de son cœur !
Voilà pourquoi les portes de la nouvelle basilique se sont ouvertes à un cortège de deuil, elles qui n'avaient encore donné passage qu'aux processions des pèlerins et à des solennités plus joyeuses; voilà pourquoi l'airain de ses tours, qui n'avait pas encore tinté le glas funèbre, s'est ébranlé
pour convoquer la cité aux obsèques de son noble enfant, pour convoquer les frères d'armes du brave colonel, comme à une dernière veillée de chevalerie.
Le vieux sol historique de Notre-Dame a tressailli sous le poids d'une si glorieuse dépouille. Les anciens preux qui dorment sous les voûtes de la crypte, après avoir versé leur sang pour leur patrie, pour la France et cette terre de Boulogne que leur bras ont défendue, ont reconnu un frère, et leur tombe s'en est réjouie. Que ne nous est-il donné de le voir partager leur sépulture, suivant l'ardent désir du vénérable M. Haffreingue et le vœu de tous nos concitoyens!
S'il ne nous est pas possible de réaliser cette pensée, nous nous consolerons, du moins, à l'idée que la cathédrale de Boulogne, en s'associant au deuil de notre cité, s'est associée aux glorieux triomphes de la France. Déjà tant de généreux soldats, et à leur tête un noble général, à la veille de l'expédition de Bomarsund, sont venus prier à l'autel de Notre-Dame, lui recommander leur salut, chercher à la table eucharistique la nourriture de leur âme et la tranquillité du cœur, sources fécondes du courage ; il était bien juste que la première messe chantée sous ses voûtes fût le service funèbre d'un brave mort pour son pays, dans une guerre généreuse et sainte.
La nouvelle cathédrale, décorée pour la circonstance, a cessé un instant de retentir sous les coups de marteau du sculpteur; elle s'est initiée aux pompes funèbres. Dans sa vaste enceinte, sous ces voûtes élancées, dont on a pu apprécier le caractère religieux et grave, se pressaient en foule les magistrats de la cité, les officiers du camp de Boulogne, les amis du colonel, enfin une assistance nombreuse composée de tous les rangs de la population. Des discours ont été prononcés au cimetière. M. le sous-intendant Herbault nous a dit les vertus civiques et militaires
qui ont distingué la vie de M. Dupuîs; M. Henry, capitaine au 2e voltigeurs de la garde impériale, son compagnon d'armes en Crimée, nous a raconté sa vie sublime, et a donné au brave colonel ce bel éloge, qu'il était arrivé au régiment « avec une âme candide et pure, » et qu'aucune atteinte « ne put jamais l'altérer, car elle se fortifiait des croyances de la religion chrétienne et de la morale parfaite qui en découle. »
Le seigneur messire d'Haucron reconnaissant.
Nous lisons dans nos historiographes qu'en 1505 le seigneur messire d'Haucron, embarqué dans un port des Pays-Bas avec ce qu'il avait de plus cher, fut assailli par une affreuse tempête, qui ne laissait aux passagers aucun espoir de salut. Haucron avait mis depuis longtemps toute sa confiance en Marie : il lui fait un vœu ; sa prière est exaucée, il échappe au naufrage, et à peine de retour à Lille, il fait élever à Marie sur les rives de la Deule, près de la ville, une très-belle chapelle, comme un ex-voto d'éternelle reconnaissance.
Le nouveau sanctuaire fut d'abord appelé Notre-Dame de Eau. Cette étymologie peut venir de haute mer (grossie par la tempête), ou de la première syllabe du nom du fondateur : Hau-CYon : ou de la situation topographique du lieu par rapport au reste de la ville.
L'affluence devenait chaque jour plus nombreuse, et les grâces sans nombre qu'on y recevait dans les peines lui firent donner le nom de Notre-Dame de Consolation.
Le célèbre Yauban, par ordre de Louis XIV, devait bâtir sa citadelle, chef-d'œuvre du genre, sur l'emplacement qu'occupait la chapelle ; celle-ci disparut donc ; mais elle vient de renaître. Une très-élégante église, due au génie de
M. Leroy, déjà bien connu par ses travaux de style gothique, a été bénite et livrée au culte sous le vocable de Notre-Dame de Consolation. Nom d'heureux augure, qui sera, nous l'espérons, pleinement justifié de nos jours comme autrefois, pour les enfants de la cité de la Vierge et des pays circonvoisins. Daigne Marie exaucer les vœux de tous ! {Vérité de Lille.)
Sainte Marie de la Victoire à Rhodes.
Après la prise de Rhodes en 1522, tous les Latins, au nombre de quatre mille environ, quittèrent l'île avec les chevaliers de Saint- Jean. Les églises furent converties en mosquées, la religion catholique fut abolie.
Cent trente-huit ans plus tard, un religieux Franciscain, parti de Smyrne, vint débarquer dans File. Son but était d'offrir des secours spirituels à de pauvres esclaves chrétiens qui servaient sur les galères du Pacha. Sa mission ayant réussi, les Pères du même couvent de Smyrne continuèrent à envoyer à Rhodes un des leurs, deux fois par année. Rientôt quelques familles catholiques se fixèrent dans un des faubourgs de la ville qui porte le nom de Néomaras, les Turcs seuls, depuis la conquête, pouvant habiter la cité. Ces étrangers construisirent une petite chapelle, où ils établirent deux autels, l'un dédié à la sainte Vierge et l'autre à saint Jean-Raptiste, patrons des anciens chevaliers.
En 1693, un esclave, du nom de Simon, était occupé à déblayer le terrain, dans le lieu où l'on voit, aujourd'hui encore, les restes d'une église, lorsqu'il découvrit, au milieu des ruines, une table de marbre, sur laquelle la Vierge et l'enfant Jésus étaient peints. Au bas étaient le nom et les armoiries du grand-maître Pierre d'Aubusson. L'église où
se trouvait jadis ce tableau avait été construite à l'occasion d'un fait assez remarquable, pour que nous le rappelions succinctement.
Les Turcs, sous la conduite de Mesih-Pacba, l'un des lieutenants de Mahomet II, étaient venus, en 1480, attaquer Rhodes, qui était alors l'un des boulevards de la Chrétienté. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui défendaient cette île, résistèrent avec tant de vigueur, que les infidèles furent mis en déroute et contraints de lever le siège. Quelques transfuges, qui se rendirent aux vainqueurs, leur firent connaître alors que, pendant la chaleur du combat, les Turcs avaient vu dans le ciel une croix tout environnée de lumière et une dame d'une beauté et d'une majesté remarquables, vêtue de blanc, la lance à la main et le bouclier au bras. Près d'elle se tenait un homme d'un aspect sévère, dont le vêtement était fait de poils de chameau. Derrière, venait une troupe de guerriers, tous armés d'épées flamboyantes. Ils ajoutèrent que cette vision avait tellement effrayé les Turcs, qu'au moment où les chevaliers déployèrent leur étendard, sur lequel étaient peintes les images de la sainie Vierge et de saint Jean-Baptiste, plusieurs étaient tombés morts, quoique sans blessures.
Ce fait merveilleux ayant été rapporté au grand-maître, il fit vœu d'élever une magnifique église sous le titre de Sainte-Marie de la Victoire, et l'on travailla à ce grand ou- ' vrage, dès que les murs de la ville furent réparés.
Le précieux objet que Simon valait de trouver était donc un ex-voto dû à la reconnaissance du grand-maître Pierre d'Aubusson. Le pauvre esclave s'empressa de faire part de sa découverte à ses compagnons de captivité, catholiques comme lui, et tous ensemble obtinrent, du chef du Bagne, la permission de transporter la sainte image dans l'église de Néomaras.
Le 20 avril 1720, deux religieux Franciscains s'établirent à Rhodes d'une manière permanente, et le culte catholique commença à être officiellement reconnu. Deux fois reconstruite, la chapelle de Néomaras est aujourd'hui une petite église, au chevet de laquelle est placé, à l'intérieur, Yeocvoto dont nous venons de parler.
Naguère, on voyait encore à Rhodes les murailles construites par les chevaliers, une foule de maisons décorées des écussons de leurs armes, leur vaste hôpital, des restes du Palais des Grands-Maîtres et plusieurs églises intactes, mais surmontées du croissant. L'explosion d'un magasin à poudre et un affreux tremblement de terre ont détruit, il y a quelques années, une partie de cesmonuinents; cependant l'Église catholique est restée debout, et le .drapeau de la France, protectrice séculaire de la religion dans le Levant, couvre de son ombre l'édifice qui abrite l'image de Marie, espérance d'un avenir plus heureux (1).
Saint Anselme consacre ses poésies à Marie,
Saint Anselme étant tombé un jour dans une fosse profonde où il eût dû périr sans une assistance divine, invoqua la Vierge que l'on ne prie jamais en vain. Elle lui vint en aide, et il échappa à la mort par un véritable miracle. Comme témoignage de sa piété envers la Mère de Dieu, on garde encore au Bec, dit l'Anglais Alban Butler, l'image de la Vierge devant laquelle saint Anselme allait prier, tous les jours, lorsqu'il était dans cette abbaye. Il ne possédait pas à un bien haut degré le génie poétique. Néanmoins il voulut consacrer à la Mère de Dieu le peu de facilité qu'il avait pour la poésie; et ce fut dans cette intention qu'il composa
(1) La Couronne de Marie,
des hymnes en V honneur de la sainte Vierge pour toutes les heures du jour et de la nuit, voulant qu'à toutes les heures du jour et de la nuit on pût avoir des chants à faire monter vers le trône de la Reine des cieux.
Il a écrit plusieurs oraisons ou prières à la très-sainte Vierge.
Le maréchal Pélissier lègue son épée à Noire-Dame oV Afrique (1).
Nos lecteurs connaissent sans doute la mort édifiante du maréchal Pélissier, duc de Malakoff. Voici quelques détails pleins d'intérêt empruntés à l'allocution prononcée par Mgr l'évêque d'Alger au moment où l'on allait embarquer les restes mortels du vainqueur de Sébastopol pour les porter en France, afin d'y être inhumés aux Invalides.
« Dans un siècle éminemment religieux, Bossuet donnait au grand Condé cet éloge : « Qu'il n'avait jamais douté des mystères de la religion »; solide louange, même dans ces temps de foi, mais qui est bien d'un autre prix dans nos jours d'effervescence impie! elle revient de droit au maréchal, cette louange, Messieurs!
« Une voix non suspecte, et l'une des plus autorisées (2),
(l) Lorsque l'illustre guerrier voulut donner l'assaut à la formidable citadelle de Malakoff, il choisit le 8 septembre afin de se mettre lui et sa belle armée sous la protection de la Vierge auxiliatrice et donner, suivant sa parole, une plus grande extension au vœu de Louis XIII, qui lui a consacré la France ; ce grand acte de foi et de confiance fut, comme on le sait, heureusement justifié et eut pour commentaire significatif une riche offrande pour aider à la construction de Notre-Dame des Victoires d'Alger et une croix de Sébastopol qui couronnera plus tard le clocher de Notre-Dame d'Afrique.
(2) Proclamation de M. le général de Martimprey.
a dit avec une véritable noblesse: « Animé durant sa vie de sentiments religieux, comme le sont toutes les grandes intelligences unies à un grand cœur, M. le maréchal, sur son lit de mort, s'est entouré des secours spirituels. » En deux mots, le voilà tout entier, le chrétien que nous pleurons.
« S'il fut prompt et quelquefois sévère à juger les hommes, on ne l'entendit jamais déverser, comme cela n'est que trop ordinaire aujourd'hui, le blâme sur les choses saintes et sur la source sacrée d'où elles dérivent, jamais soulever un doute sérieux contre les enseignements de l'Église, et constamment il se prêta volontiers aux créations religieuses. Il aimait nos pieuses institutions et il les protégeait affectueusement. Pas une circonstance ne s'est présentée de faire un acte délicat, au point de vue de la religion, qu'il ne l'ait saisie, avant même que la pensée en fût venue à l'esprit de ceux auxquels il complaisait de la sorte.
« On pourrait citer une foule de traits en ce genre ; en voici quelques-uns peu connus et même peu soupçonnés.
« Le lendemain du siège de Laghouat,il envoyait à l'évêque d'Alger les plus belles palmes de l'oasis vaincue, pour être bénites, le jour des Rameaux, comme un hommage de reconnaissance au Dieu des armées, et il faisait dresser un autel pour lui rendre grâces de sa victoire.
« J'ai dit solennellement ailleurs (1), en sa présence, et avec son assentiment, qu'en choisissant le 8 septembre pour donner l'assaut à la formidable citadelle de Malakoff, il voulait se mettre lui et sa belle armée sous la protection de la Yierge Auxiliatrice, et donner, suivant sa parole, une plus grande extension au vœu de Louis Xïïï, qui lui a consacré la France. A cet acte d'une foi sincèrement confiante
(l) Allocution pour l'anniversaire de la prise de §ébastopol.
et heureusement justifiée, il ajoutait un commentaire significatif, en envoyant une riche offrande pour aider à la construction de l'autel de Notre-Dame des Victoires d'Alger et une croix de Sébastopol, qui couronnera plus tard le clocher de Notre-Dame d'Afrique.
« En 1862, je partais pour Rome. « Déposez, me dit-il, aux « pieds du Saint-Père, mes profonds hommages de fils et de « soldat. Dites-lui que je compatis douloureusement à ses « peines et que j'eusse été heureux de consacrer mon épée « à sa défense. »
« C'est à son initiative que nous devons, en grande partie, la noble assistance qui donne tant d'éclat à la magnifique procession du Saint-Sacrement, où toutes les autorités civiles et militaires se font un honneur de venir s'incliner devant le Dieu caché sous les voiles eucharistiques; c'est lui qui a donné la consécration officielle à la pieuse institution de la messe militaire qui, chaque dimanche, est célébrée dans l'Algérie entière.
« Et maintenant, oserai-je soulever le voile qui recouvre les mystères de la vie privée de l'illustre maréchal? Doté, depuis quelques années, par la Providence, d'une épouse admirable d'énergie, de candeur et de bonté, et père d'une fille dans laquelle il semblait concentrer toutes les flammes de son cœur et toute la sève de sa vie, il faisait de son intérieur comme un temple domestique, où, une fois passé l'heure des affaires et des convenances publiques, il se retrouvait tout entier avec ces effusions de tendresse qui s'associent beaucoup plus qu'on ne le croit à l'énergique vigueur du caractère.
« On a dit d'Henri IV, et on l'en a vanté avec raison, qu'il jouait avec ses enfants de la façon la plus familière; je dirai que le maréchal, dans sa paternelle faiblesse, n'oublia jamais ces condescendances de père chrétien. Unissant ses
efforts aux douces leçons de Mme la maréchale, il aspirait à faire de Louise de Malakoff une enfant sincèrement pieuse. Je l'ai vu de mes yeux, et plus de vingt fois, prendre les petites mains de l'enfant et lui apprendre à faire le signe de la croix. Je l'ai entendu lui parler avec émotion de la sainte Vierge et de l'Enfant Jésus. Je ne me suis pas présenté une seule fois auprès de lui sans qu'il n'appelât Louise pour lui faire baiser respectueusement l'anneau et la croix de l'évêque.
« Ce sont là, Messieurs, de bien petites choses aux yeux du monde; mais croyez-moi, non sur ma parole, je ne le demande pas, mais sur la parole de Jésus-Christ, qui préfère un verre d'eau froide donné en son nom, à tout l'éclat des actions purement humaines : c'est une plus douce consolation, au moment où finit l'homme, que toutes les splendeurs passagères de la grandeur et de la gloire, parce que là s'est révélé le chrétien. .
« Mais il est un autre voile plus difficile encore à tirer que celui de la vie domestique, c'est celui des rapports intimes entre l'agonisant et le prêtre. Vous êtes bien convaincus d'avance que je ne faillirai pas au devoir le plus impérieux de mon ministère, celui du secret de l'âme et de Dieu se réconciliant par le sacerdoce ; mais ce que je puis, ce que je dois affirmer, c'est que le maréchal a su qu'il finissait; qu'il a reçu son évêque comme un chrétien reçoit son prêtre, comme un fils reçoit son père en Jésus-Christ; qu'il a béni publiquement le Seigneur de lui avoir accordé le pardon de ses fautes; qu'il a tendu ses mains, comme un agneau docile, à. l'onction suprême; qu'il a baisé avec amour, et après Tavoir demandé lui-même, une croix du Saint-Sépulcre et celle de votre évêque; que, durant la nuit qui a précédé sa fin, il joignait spontanément les mains, en signe de prière et de confiance en l'unique Rédempteur des
âmes ; et qu'enfin, patient, doux envers la mort, il s'est éteint dans une résignation calme et vraiment sublime.
« J'ai dit. Et maintenant, que la nacelle funéraire emporte à travers les flots cette illustre dépouille d'un homme que l'Algérie regrettera toujours, comme toujours elle regrettera le maréchal Bugeaud, dont il fut le glorieux disciple, mort en chrétien comme lui!
« Un signe plus éclatant de la religion du duc de Malakoff nous restera. 0 vous qui ne comprendriez pas les consolantes grandeurs de la foi, je vous en prie, au nom de vos intérêts éternels, souvenez-vous que la dernière pensée du vainqueur de Sébastopol, pensée depuis longtemps mûrie, je le sais et j'ai le droit de le dire, fut de léguer sa victorieuse épée à Notre-Dame d'Afrique. Par cette pensée admirable, il reconnaissait que l'homme n'est rien sans Dieu, et que sa divine Mère est, après lui, la ressource suprême et la véritable auxiliatrice de la vie; que l'homme ne peut se glorifier de rien par lui-même et qu'il doit faire hommage au Très-Haut de sa propre sagesse et de ses plus éclatants succès ; il donnait un témoignage glorieux de sa religieuse sympathie pour une œuvre bénie du Ciel. »
Offrande d'un père à Marie.
On lit dans la Revue catholique de Troyes : « Un jeune officier de la garnison, chevalier de la Légion d'honneur, est mort dernièrement à l'Hôtel -Dieu avec des sentiments admirables de piété. On lui a fait de grandes funérailles, auxquelles Monseigneur l'évêque s'est fait représenter par M . l'abbé Leclerc , chanoine secrétaire de l'évêché. M. le commandant du bataillon du 99e de ligne, en garnison à Troyes, et un capitaine du même corps, ont prononcé l'un et l'autre sur la tombe de bonnes allocutions,
dans lesquelles ils ont fait noblement ressortir les belles qualités du défunt et l'excellent exemple laissé par lui d'une mort chrétienne, après une vie passée tout entière dans l'accomplissement du devoir. Le père de ce digne soldat, venu lui-même de loin pour assister aux derniers moments et à l'enterrement de son fils, a voulu que sa croix d'honneur fût donnée à la sainte Vierge. En conséquence, la statue de Marie-Immaculée, qui se trouve sur la terrasse de Fllôtel- Dieu, fut portée à la chapelle, et dimanche, à la suite des vêpres, on la décora de la croix offerte si pieusement à la Reine du ciel. La sainte image fut reconduite à sa place ordinaire par un nombreux cortège de soldats, de religieuses, de malades, et de fidèles venus du dehors pour prendre part à une manifestation qui doit être comptée parmi les traits les plus édifiants de notre histoire locale. »
De quelques présents offerts à la sainte Vierge, pendant lelcv semestre 1865.
On lit dans Y Écho de Notre-Dame des Victoires les traits suivants :
Indépendamment de tous ces marbres, témoignages authentiques de reconnaissance envers la sainte Vierge, dont les murs de l'église doivent conserver le perpétuel souvenir, Notre-Dame des Victoires a reçu bien d'autres présents pendant ce premier semestre : des cœurs, dont plusieurs renferment de touchantes prières ou des consécrations à Marie ; des bijoux et autres objets de parure ; des médailles militaires et des croix d'honneur ; des tableaux ornés de bouquets et de couronnes de jeunes mariées, etc.
Nous ne pouvons raconter toutes les histoires dont ces présents sont, sans aucun doute, l'intéressant dénouement. La plupart nous sont inconnues. Si nous savons, par exem-
pie, que telles médailles militaires, offertes, au mois de janvier, par deux de nos braves amis de l'armée de Paris, au moment de quitter l'habit militaire pour prendre les livrées de saint Dominique et de saint François, sont un témoignage d'action de grâces à Celle qui leur inspira une si généreuse vocation : pourrions-nous dire quels sentiments animaient ce respectable vieillard, qui, le 3 avril, venait modestement déposer à la sacristie, sans indiquer son nom, une croix de commandeur de Saint-Grégoire le Grand ? Si nous savons que tel cœur renferme les noms de toutes les religieuses d'une grande congrégation , parce que nous l'avons appris du supérieur même de cette congrégation, qu'il était venu consacrer à la Sainte Mère de Dieu, en célébrant le saint sacrifice à l'autel de l'archiconfrérie : pourrions-nous dire pourquoi tant d'autres cœurs ont été offerts par des jeunes filles, par des enfants, par des mères de famille? Si nous avons pu recueillir des lèvres d'une jeune épouse, qu'elle suspendait à l'autel de la Reine du ciel la couronne qui ornait son front au moment de la bénédiction nuptiale, parce qu'elle était venue recommander à Notre- Dame des Yictoires ses espérances et ses vœux au sujet de l'union qu'elle devait contracter, et que Marie avait réalisé ses vœux et ses espérances : pourrions-nous dire si d'autres motifs n'ont pas inspiré d'autres jeunes épouses lorsqu'elles offraient à Marie un souvenir si cher du jour de leur mariage ?
Quoi qu'il en soit, parmi tous ces présents, il en est quelques-uns qui ont pour nous une voix plus éloquente que les autres.
Dans ce nombre, nous signalerons les trois suivants, reçus au mois de mars. — Le premier est un cœur en cuivre doré : il a été apporté le 7 par un jeune ouvrier. — Le second est une petite chaîne d'or à laquelle est suspendue une croix.