‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 20 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

Il vient d'une pieuse domestique qui en fit présent le 19. — Une jeune fille déposa le troisième à la sacristie le 28 : c'est un bracelet.

Un billet accompagnait chacun de ces présents. — Voici ce que portait celui du jeune homme. Il avait sario doute été écrit par sa mère. « J'ai invoqué Marie qui m'a exaucée, 6 mars 1865, jour du tirage au sort. Recevez, Vierge Marie, ce cœur qui est l'image du cœur de votre enfant, en reconnaissance de toutes les grâces que vous avez bien voulu lui accorder. »

On lisait ces mots sur le billet de la domestique : « Reconnaissance à Notre-Dame des Victoires. J'avais perdu une place dans laquelle je désirais rentrer. J'ai demandé cette faveur à la sainte Vierge ; elle me l'a accordée. »

Celui de la j eune fille était ainsi conçu : « Une jeune fille avait demandé par l'entremise du très-saint Cœur de Marie une grâce dont elle avait le plus grand besoin : elle l'a obtenue. Pleine de reconnaissance, elle remercie du plus profond de son cœur sa bonne Mère et se met sous sa protection spéciale. — Elle avait promis à la très-sainte Vierge ce simple bracelet, le seul bijou qu'elle eût. Elle est heureuse de le lui offrir. »

Nous ferons encore remarquer un bracelet offert à Notre- Dame des Victoires pendant le mois d'avril. « On ne sait, nous disait notre joaillier, ce qu'on doit plus y admirer, de la richesse des pierres précieuses ou de la beauté et de la délicatesse du travail. C'est un véritable objet d'art. » Le cercle du bracelet est formé par une espèce de tresse d'or où brillent des émaux et des perles. Au centre s'épanouit une magnifique émeraude, entourée de diamants qui, par leur disposition, imitent un gracieux feuillage.

Voulez-vous apprécier quelle pensée dominait la donatrice de ce présent, lorsqu'elle l'offrit à Notre-Dame des

Victoires? Laissez tomber vos regards sur ce billet déposé au pied de la sainte image :

« 6 avril 1865, hommage à Notre-Dame des Victoires.

« Vierge Marie, daignez agréer cette objet. Il m'était précieux par les souvenirs qui s'y rattachent. Je vous l'offre, Reine des cieux, de tout cœur, et vous supplie, ô ma bonne Mère, de m'obtenir par votre intercession que l'âme de mon mari soit touchée de la grâce de Dieu, et qu'il se convertisse. »

Ce beau présent ornait, pour la première fois, la statue de Notre-Dame des Victoires, le jour de Pâques. Ses pierres précieuses, ses pierres fines, ses diamants brillaient avec éclat ; mais» quelque éblouissants qu'ils fussent, c'était sans doute sur le petit billet déposé à ses pieds que Marie abaissait avec complaisance ses regards. A lui seul, en effet, ce billet vaut tout le bracelet; que dis-je, il vaut bien plus que le bracelet. Ces quelques lignes ne sont-elles pas la plus touchante et la plus sincère expression du cœur d'une épouse chrétienne, priant, suppliant, conjurant pour celui que le ciel a uni à sa destinée du temps, et à qui elle veut communiquer, avec son amour, sa foi, son Dieu, ses espérances, son bonheur éternel.

Parmi les présents offerts durant le mois à Notre-Dame des Victoires, nous en avons remarqué deux qui nous ont plus touché.

Le 20, une jeune religieuse nous envoyait une bague avec ces mots : « Je joins à cette lettre une simple bague... Ne devant plus la porter, et craignant qu'elle ne tombe entre des mains étrangères, j'ai eu la pensée de l'offrir à la sainte Vierge. » Cette bague était le dernier souvenir qui pût la retenir au monde : il venait d'une pieuse amie.

Le 27, une croix d'honneur et une médaille militaire nous étaient remises avec cette lettre : « Mon frère, très-malade

en ce moment, a voulu consacrer sa croix de la Légion d'honneur et sa médaille militaire à Notre-Dame des Victoires. Veuillez le recommander aux prières... Priez la sainte Vierge de le rendre à sa femme, à sa petite fille, à son frère désolé. » Les sympathies de tous les associés accueillirent la lecture de cette lettre. Le post-scriptum qui suit rendit ces sympathies plus vives encore, leur prière plus fervente. « Mon frère est un vrai chevalier chrétien. Vous en jugerez par ce seul trait : à cheval dès quatre heures du matin, il faisait cependant lecarême dans sa rigueur ancienne, sans vouloir rien prendre avant midi. »

Vocation sacerdotale inspirée et réalisée sous la douce intervention de Notre-Dame des Victoires.

C'était vers le soir, le 22 septembre 1864, un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans se présentait à un ecclésiastique, dans une des sacristies de Notre-Dame des Victoires, et lui demandait la permission de faire placer un ex-voto sur les murs de l'église. Le regard limpide et animé de ce jeune homme, son frond candide, son extérieur plein de modestie frappent le prêtre. « Et pourquoi donc, mon ami, lui dit-il, voulez-vous placer un ex-voto dans cette église ? — Ah î monsieur, c'est parce que je suis redevable à Notre-Dame des Victoires d'une grande grâce. Depuis longtemps je me sentais une certaine inclination vers l'état ecclésiastique. Je ne pouvais espérer de voir mon désir se réaliser; mes parents m'avaient mis dans le commerce; ils sont loin d'être riches. Dans les derniers mois de l'année dernière, mon désir d'être prêtre se réveilla avec plus de persistance. Je ne savais à la lettre comment faire. De tout temps, j'avais recommandé ma vocation à la sainte Vierge ; l'idée me vint de la lui consacrer de nouveau. Je me rendis pour cela à

Notre-Dame des Victoires, au commencement de décembre, et je promis à Marie de faire mettre un ex-voto dans son sanctuaire privilégié, si elle m'obtenait l'importante faveur après laquelle je soupirais. Je partis de l'église consolé et plein d'espérance. Bien que les difficultés, queje ne connaissais que trop, fussent toujours les mêmes, quelque chose me disait que je pouvais compter sur la sainte Vierge, et que, avec son aide, je trouverais quelque âme charitable qui s'intéresserait à moi. Mon espérance n'était pas une illusion. Quelques jours après,- par un concours de circonstances tout providentiel, je fus mis en rapport avec Mgr de Ségur. Il s'intéressa à moi ; dès le 15 décembre, il me fit prendre des leçons chez un professeur particulier. Il eut même la bonté de fournir à mes petits besoins et de faire en sorte que mes parents ne s'aperçussent pas trop que je ne gagnais plus rien. Depuis ces neuf mois, j'ai beaucoup travaillé, et, grâce à la sainte Vierge et à Mgr de Ségur, je vais entrer en quatrième au petit séminaire de N**\ Mes parents y consentent; ils sont même bien heureux. Sans doute, ils auront un peu à souffrir de mon éloignement, jusqu'à ce que mes sœurs puissent travailler ; mais ils sont chrétiens , et ils comprennent que c'est une obligation et une belle chose que de s'imposer ce sacrifice, pour répondre à l'appel de Dieu. »

Il n'en fallait pas tant pour exciter l'intérêt du prêtre en faveur du jeune homme qui venait de lui faire un si délicieux récit. Il le remercia, lui serra la main, lui demanda comme une faveur de partager avec lui les frais de l'ex-voto j qu'il voulait offrir à la sainte Vierge ; mais surtout il l'invita à n'oublier jamais sa protectrice et à confier plus que jamais à Notre-Dame des Victoires le soin de sa nouvelle carrière, et toutes les espérances de son avenir.

Une croix de Saint-Grégoire et deux médailles militaires.

Le jour de l'Immaculée Conception, 8 décembre, une petite croix de Tordre de Saint-Grégoire le Grand et une médaille en or furent offertes à la très-sainte Vierge. Nous voudrions pouvoir nous étendre sur la petite croix de Saint-Grégoire. Une juste discrétion nous permet seulement de dire qu'elle vient d'un des plus chers amis de l'Archiconfrérie; qu'il l'avait, peu de jours auparavant, reçue de Pie IX; qu'en la déposant à l'autel de Marie, il a voulu rendre plus sacrée encore pour lui et pour sa famille, une décoration qui lui vient d'un si grand Pontife. — La médaille d'or est une récompense justement accordée, en 1848, à une femme chrétienne qui sut se dévouer, dans des jours de calamité publique, au soulagement des blessés. Elle porte cette inscription : Courage, humanité, 1848. Mlle *** l'avait laissée en mourant à une de ses amies, lui demandant qu'elle ne fût jamais vendue. Celle-ci pensa ne pouvoir pas mieux répondre à ce légitime désir qu'en la plaçant à l'autel de Notre-Dame des Victoires.

Dans les premiers jours de janvier , une médaille de l'expédition de Crimée nous était également remise pour l'autel de la sainte Vierge. Le donateur est un ancien militaire, l'un de nos assidus du dimanche soir. Comme tant d'autres de ses devanciers, il a trouvé, au pied de l'autel de l'Archiconfrérie, la grâce d'une vocation sainte. Imitant aussi ses prédécesseurs, il voulut laisser à sa bienfaitrice ce qu'il avait de plus cher. Un billet, joint à la médaille, portait ces mots : Reconnaissance à Marie pour mon retour à la vertu et pour mon entrée en religion.

Excellence de cette pratique.

Les personnes pieuses, animées d'un grand esprit de foi, écrivent souvent des billets et des letlres à Marie, qu'elles déposent aux pieds d'une image vénérée ou qu'elles portent sur leur cœur dans une circonstance solennelle. Marie agrée ces saintes industries de la piété et exauce les vœux de ceux qui la prient avec cette touchante simplicité.

Au reste, cette pratique n'est pas nouvelle, nous voyons dans les Livres saints et dans l'histoire de l'Église les plus grands personnages s'en servir pour obtenir de Dieu les grâces les plus signalées. Le pieux roi Ézéchias, ayant reçu de l'impie Sennachérib des lettres injurieuses, les porta dans le temple, les déposa tout ouvertes sur l'autel comme pour inviter Dieu à les lire. Le prophète Isaïe lui fit dire de la part du Seigneur qu'il était exaucé l.

(!) Itaque cùm accepisset Ezechias litteras de manu nuntiorum et legisset eas, ascendit in domum Domini et expandit eas coram Domino, et oravit in conspectu ejus Quae deprecatus es me super

Sennachérib, rege Assyriorum, audivi. (4 Reg. 19... 14... 27.)

L'empereur Théodose, sur le point de livrer une grande bataille a Eugène, écrivit à saint Ambroise pour le prier de recommander cette expédition au Dieu des armées. Saint Ambroise porta les lettres du pieux empereur à l'autel, et, au moment d'offrir le saint sacrifice, il les prit entre ses mains et les présenta à Dieu. On sait quel fut le résultat de la bataille.

Le Docteur angélique, l'illustre saint Thomas d'Aquin, écrivait toutes les difficultés qu'il ne pouvait résoudre sur un papier qu'il plaçait sur son cœur quand il allait dire la sainte messe : et les questions les plus difficiles et les plus obscures lui paraissaient ensuite pleines de clarté et d'évidence.

Les prières qu'on adresse à Marie et aux Saints, Dieu les regarde comme adressées à lui-même et il les exauce avec la môme promptitude. A-t-on quelque grâce spéciale à demander, et,veut-on l'obtenir? Que l'on écrive à Marie, que l'on mette cette lettre sur son cœur avant de communier : on est sûr de plaire à la sainte Vierge et de voir sa prière exaucée.

Lettres adressées à ISotre-Dame de Ver délais.

Tous les pieux enfants de Marie connaissent le célèbre pèlerinage de Verdelais, où l'auguste Mère de Dieu se plaît à répandre ses plus précieuses bénédictions sur ses fidèles serviteurs qui viennent de toutes les contrées de la terre l'invoquer dans ce sanctuaire si cher à son cœur.

Les religieux qui desservent la chapelle ont eu l'heureuse pensée de placer devant la statue miraculeuse de grands in-folio de papier blanc, où chacun peut exprimer ses demandes et ses vœux. Déjà, dit un pieux auteur, depuis 1844, trois de ces volumes ont été remplis, par les pèlerins.

de prières, de signatures, d'actes de dévoûment, de promesses, de résolutions, de demandes exprimées sous toutes les formes.

Ce n'est pas assez pour la piété des enfants de Marie, ils viennent encore déposer leurs lettres à la bonne Mère sur la corniche qui est devant la statue de la sainte Vierge. « Je n'ai pu m'empêcher de sourire, dit un pieux pèlerin, en voyant que ce sont de vraies lettres à Notre-Dame de Ver délais, à la Reine du ciel, à la bonne Mère, à la Mère du Sauveur , à Marie notre Mère , avec inscription en règle; de sorte que, si les anges faisaient le service postal de la terre au Paradis, elles arriveraient à coup sûr à leur adresse. Là, chacun, à ce qu'il parait, raconte ses petites affaires personnelles avec une admirable simplicité de foi et de langage. Un grand nombre de ces lettres sont cachetées : plusieurs sont pour Marie seule. « Inutile d'ajouter, dit un pieux écrivain auquel nous empruntons ces lignes, que personne ne touche à ce dépôt sacré, et si un indiscret osait y porter la main, il causerait un grand déplaisir aux pèlerins, et exciterait l'indignation générale. Mais comme, pour éviter l'encombrement et pour d'autres motifs de prudence, le supérieur retire de temps en temps les lettres anciennes, il m'offrit gracieusement d'en parcourir quelques-unes qui pouvaient se lire sans aucun inconvénient. Personnellement, je suis peu porté à exprimer à Dieu mes sentiments de cette manière; mais j'ai pour habitude et pour principe de respecter et même de trouver bon tout ce qui convient à la piété des autres, et surtout de chercher à en faire mon profit spirituel.

« J'ai donc accepté avec reconnaissance cette offre obligeante, et j'ai été tout à fait édifié, et quelquefois attendri, de mon intéressante lecture ; la lettre qui m'a le plus frappé est celle d'une femme sans instruction, ainsi que l'indique

l'orthographe. Après quelques demandes écrites en fort peu de mots, tout à coup elle abandonne son sujet et s'écrie comme transportée : Mais mon cœur ne peut plus parler, il ne veut plus qu'aimer... Ce sentiment ne m'a pas surpris à Yerdelais...

« Les prêtres qui sont préposés à la garde du sanctuaire ont eu l'heureuse idée de placer devant la statue miraculeuse de grands in-folio aux pages blanches, où ils déposent eux-mêmes la consécration qu'ils font chaque année à Marie pour la clôture de leur retraite.

« Déjà trois de ces cahiers ont été remplis de prières, de signatures, de vœux, de promesses, de résolutions, de demandes, de pièces de vers, quelquefois même de touchants aveux. J'ai eu la curiosité d'ouvrir le dernier; on a eu la complaisance de me prêter les autres... Mon Dieu! que j'ai été touché, et que j'aurais voulu, mon ami, vous avoir à mes côtés î

« Je feuilletais dans tous les sens ces livres édifiants, qu'on pourrait appeler les livres des cœurs; et, quelque part que tombât mon regard, à quelque endroit que ma main entr'ouvrît le registre, j'étais arrêté, saisi moi-même, entraîné par mille sentiments qui se pressaient et se succédaient sous mes yeux et dans mon esprit, et dont la multitude même et la diversité confuse imprimaient à mon âme un indéfinissable mouvement de foi, de prière et de confiance. Cette lecture était pour moi comme une manne ayant le goût de toutes les vertus et un parfum de vie éternelle.

« J'ai pénétré dans le sanctuaire intime des âmes, je me suis promené, en quelque sorte, un flambeau à la main, dans les plis et les replis tortueux des cœurs; et, me mettant entre eux et Marie, j'ai écouté, j'ai entendu leurs prières et jusqu'à leurs soupirs les plus secrets. J'ai vu

comme des yeux les mouvements intérieurs de la grâce, de la charité, de la conversion, avec un indicible intérêt, comme observateur; comme chrétien, avec une touchante reconnaissance pour Dieu qui se communique ainsi à l'homme; et comme enfant de Marie, avec un amour attendrissant pour cette Mère si bonne envers ceux qui recourent à elle. »

Extraits de lettres adressées à Notre-Dame de Verdelais.

« Étoile de la mer, dirigez les pas de notre frère, fils et ami. Ancre d'espérance et de salut, soutenez-le au milieu des flots et des tempêtes. 0 Marie, ramenez-nous le sain et sauf, et nous viendrons dans votre temple vous en bénir et vous offrir un gage de notre reconnaissance. — 22 novembre 1844. »

« Depuis si longtemps dans le vice! Je veux me corriger. Que dis-je? je veux. Je ne le puis pas : non, je ne le puis pas, ô ma bonne Mère, si vous ne m'aidez. C'est pour cela que je vous implore. — Septembre 1844. »

« O Marie, exaucez mes vœux. O mon Dieu, accordezmoi plus de facilité dans mes études. Ma bonne Mère, intercédez pour moi auprès de votre divin Fils. — Oui, ô bonne Mère, daignez exaucer la prière de ce cher enfant. De bonne heure, il s'est donné à vous. Conservez-le dans l'amour de Jésus, afin qu'un jour il puisse travailler à vous gagner des cœurs. — 1845. »

« Je sais qu'on n'est heureux et qu'on ne peut l'être qu'en aimant Dieu, qu'en vous aimant, ô ma Mère. Depuis que je me suis éloigné de cet amour si tendre que j'avais pour vous

dans mes premières armées, je n'ai plus goûté de joies pures. Souvenez-vous malgré lui d'un enfant indigne. Qu'il revienne au bonheur de sa piété première. »

« Je vous avais promis de venir quand vous m'auriez fait la grâce de connaître ma vocation : je viens accomplir ma promesse. — 22 octobre 1846. »

« Benediçamus Domino! Aujourd'hui 20 novembre 1853, jour éternellement heureux, je suis à vous pour le temps et pour l'éternité. Je n'ai plus qu'un seul désir : la persévérance ou la mort! Voilà le cri qui chaque jour s'élève de mon cœur vers vous; et si un seul jour il n'y est pas, frappez, mon Dieu, tranchez mes jours avant que je vous trahisse! »

« Ma bonne Mère, recevez les adieux d'un pauvre collégien de 18 ans qui voudrait être bien sage. Le baccalauréat m'appelle, je compte sur vous au moment de l'interrogation. Guidez mes réponses... Puis, que ferai-je? où irai-je? Voilà que je m'abandonne à voire volonté et à votre amour. Adieu, je vous serai fidèle... »

« Tendre Marie, conservez l'innocence de mes sept enfants, P.-Marie, D.-Marie, Marie-E., L.-Marie, X.-Marie, Marie-A., Marie-S. Obtenez leur pureté sans tache, santé, et bénissez aussi leur éducation religieuse, morale, physique. Bénissez mon mari. Faites que nous nous sanctifions. Sanctifiez-nous vous-même. Gardez, je vous prie, nos noms et nos cœurs dans votre Cœur pour le temps et l'éternité.

« Marie deN... »

« A la meilleure des Mères.

« Et moi aussi, ma bonne et tendre Mère, je viens vous faire mes adieux. Quels heureux moments, quelle sainte ivresse, quels doux charmes ai-je goûtés dans votre sanctuaire chéri! 0 bonne Marie! ! ! Bonne, vous le fûtes toujours pour moi; mais à Verdelais vous avez été saintement prodigue! Où en étais-je quand je touchai pour la première fois le seuil de votre temple?... Mais, grâce à vous, Mère chérie, à la tempête a succédé le calme; aux déchirements du cœur, aux doutes de l'esprit ont succédé la paix et la douce certitude d'être l'ami de la Mère et du Fils. Que vous rendrai-je, ô Marie! Que voulez-vous de moi? Fidélité à toute épreuve, amour constant, je le jure! Adieu!... mais pas pour toujours. Verdelais! Verdelais! toujours tu vivras dans ma mémoire, et je te reverrai... — 1848. R... »

— « O vous, Marie, que je n'ai point invoquée en vain, aujourd'hui que j'ai le bonheur de visiter, en humble pèlerin, votre pieux sanctuaire, je viens encore frapper à la porte de votre cœur maternel.

« Pécheur endurci, sacrilège hypocrite, je devais périr sans retour. Mais vous êtes, ô Marie, la planche du salut au milieu du naufrage, et votre tendresse n'a jamais su repousser les cris d'une âme criminelle qui, dans ses plus grands écarts, a toujours été fidèle à la dévotion de votre saint et salutaire scapulaire.

« O ma tendre et bonne Mère, je renouvelle en ce jour fortuné ce vœu si cher à mon cœur, de ne point abandonner le pieux habit dont je fus revêtu l'an 1847 et auquel je dois ma conversion. Je m'engage également à réciter tous les jours de ma vie, comme par le passé, sept Pater et sept Ave, ainsi que je le résolus à l'époque de ma réception. » n. 21

« C'est à vous, Vierge sainte, que je dois le bonheur que je goûte depuis que j'ai retrouvé l'amitié de mon Dieu, bonheur que je n'avais jamais connu, et qui fait aujourd'hui nies plus chères délices, parce que j'ai la paix du cœur. Mais, hélas ! un cruel souvenir m'abreuve de douleur.

« 0 Marie, vous qui ne rejetez jamais la prière de vos moindres enfants, vous serez aussi le salut de mes pauvres parents et celui de mes frères.

« Et vous, pécheurs, que l'amour du plaisir aveugle, que le remords n'agite plus, apprenez tous, à l'exemple d'un plus grand pécheur encore, que faire vœu d invoquer Marie, cest faire vœu d'aller au ciel... — 14 septembre 1854.

Le vénérable Père Claver.

Le vénévable P. Claver, avait pour la très-sainte Vierge la plus tendre dévotion. Employé à la pénible mission des Nègres, ce saint Apôtre, plein de confiance en Marie, triompha, par son secours^ des travaux les plus rudes et les plus humiliants. Il eut le bonheur de convertir un grand nombre de malheureux livrés à la plus affreuse dégradation, et, grâce à son ardente charité, il en fit de pieux serviteurs de Marie. Un des moyens qu'il employait pour soutenir son courage, était de porter sur son cœur un petit livre, où étaient représentés les mystères de la sainte Vierge, qu'il considérait souvent et méditait sans cesse.

Pratique de mademoiselle Lamouroux.

L'admirable mademoiselle Lamouroux, fondatrice et première supérieure de la maison de la Miséricorde, à Bordeaux, morte en 1836, déposait aux pieds de la sainte Vierge les devis des constructions et des réparations qu'elle était obligée

de faire quoiqu'elle fût sans argent, espérant que la Mère de bonté en ferait son affaire. Sa confiance ne fut jamais trompée. Pour témoigner sa reconnaissance, elle mettait aux pieds de Marie les comptes acquittés. Elle lui donnait des reçus en forme. Dans les besoins qu'elle éprouvait en ce qui concernait le gouvernement spirituel ou temporel de sa maison, elle écrivait à sa céleste bienfaitrice, entrant dans le détail de ses peines; ensuite, elle attendait en paix le secours qui était la réponse ordinaire, et alors elle ne manquait pas d'adresser à Marie une lettre de reconnaissance. Un jour qu'elle n'avait plus que deux liards, elle les fit porter, aux pieds de la statue de la sainte Yierge. Après la mort de mademoiselle Lamouroux, la maison, composée de trois cents personnes, se trouva dans une crise des plus violentes et dans les dangers les plus alarmants pour son existence. On se hâta d'écrire à Marie que mademoiselle de Lamouroux l'avait nommée et établie première supérieure, et à son chaste époux saint Joseph... La lettre fut écrite le vingt-neuf septembre 1836. Le lendemain, le secours arriva, et bientôt les dettes dont la note avait été déposée aux pieds de la sainte Yierge furent payées; elles s'élevaient à 10,939 francs.

Recours de madame Rivier à Marie.

LaYénérable madame Rivier, qui a fondé, de concert avec l'estimable Société de Saint-Sulpice, la Congrégation des Sœurs de la Présentation de Marie, et qui est morte en odeur de sainteté en 1838, eut à subir en 1796 et 1797 les plus cruelles épreuves : on la tournait en ridicule; on refusait les aumônes accoutumées; et la détresse allait croissant. Dans cette extrémité, madame Rivier écrivit à la sainte Yierge une lettre touchante, avec la simplicité et la con-

fiance filiale d'un enfant, et elle envoya par une vertueuse fille cette lettre à Notre-Dame de Bon-Secours, lieu de dévotion près de Joyeuse, avec mission de la déposer sur son autel. La sainte Vierge sembla l'avoir entendue, et elle lui fit ressentir les effets de sa protection (1).

Le général André, combattant sous les auspices de Marie, triomphe des Sarrasins.

Basile, surnommé le Macédonien, était un prince remarquable par sa sagesse et par son zèle à procurer tout ce qui pouvait contribuer à la gloire et au culte de Marie. Pour le récompenser de sa tendre piété envers elle, l'auguste Mère de Dieu lui donna un de ses plus fidèles serviteurs parmi ceux qui l'honoraient dans le métier des armes, le saint et valeureux André. Or, l'an 886, l'empereur reçut de la part du prince des Sarrasins qui étaient établis à Tarse, ville de la Cilicie, des lettres pleines d'injures et d'outrages nonseulement pour lui, mais encore pour le divin Sauveur et sa sainte Mère. Après avoir entendu la lecture de ces lettres remplies d'impiété, tout le conseil de l'empereur fut transporté par la plus vive indignation. André, plein de confiance en Marie, se rendit immédiatement à l'église, où, après avoir adoré Dieu avec de grands sentiments de religion, il attacha ces lettres impies au cou de la statue vénérée de Notre-Dame, en lui disant : Sainte Mère de Dieu, vous voyez les outrages et les blasphèmes que ce barbare

(1) De nos jours, un personnage vénérable, à qui Dieu inspirait de fonder une œuvre importante, déposa pendant quarante jours, sur l'autel de Marie, la lettre qu'il écrivait au Saint-Siège, et offrit pendant tout ce temps l'auguste sacrifice de la messe pour obtenir la protection de la Mère du Sauveur ; et depuis trente ans, la Sainte Vierge lui donne des marques de cette maternelle protection.

n'a pas craint de vomir contre la majesté de votre divin Fils, contre votre honneur et la gloire de notre sainte religion. Après avoir prononcé ces paroles avec une entière confiance, il fit battre le tambour et sonner la trompette, et, plein de résolution et de courage, il marcha à la tête de ses troupes et sous les auspices de Marie contre ses nombreux et féroces ennemis qu'il eut bientôt mis en pleine déroute.

Mort de saint Stanislas Kostha.

Stanislas, étant encore enfant, fut envoyé par ses parents à Vienne, en Autriche, pour y étudier les lettres, et se distingua parmi ses compagnons par sa dévotion envers la sainte Yierge. En effet, tous les discours qu'il faisait pour s'exercer à l'éloquence avaient toujours pour objet les grandeurs et les louanges de Marie ; chaque jour, il récitait le Rosaire. Dans une maladie grave, il vit venir dans sa chambre la Bienheureuse Yierge, qui, tenant dans ses bras son enfant, lui dit d'entrer dans la Compagnie de Jésus ; puis, laissant sur le lit de Stanislas son divin Fils, elle disparut, et Stanislas se trouva guéri. Devenu Religieux, la dévotion de Stanislas envers la sainte Vierge était si connue que, souvent, pour lui faire plaisir, les novices faisaient tomber la conversation sur les rares privilèges de cette bonne Mère. Cependant le saint jeune homme brûlait toujours de plus en plus du désir d'honorer la sainte Vierge, et il la pria de l'appeler bientôt à la céleste patrie. Pour obtenir cette grâce il écrivit une lettre à sa Mère chérie, et le jour de la saint Laurent, il la posa sur l'autel, afin que ce saint la présentât à la Reine des cieux. Le même jour Stanislas fut atteint d'une fièvre ardente, et dit clairement qu'il mourrait la veille de l'Assomption ; sa prédiction s'ac-

complit. Lorsqu'il fut arrivé à sa dernière heure, la bienheureuse Vierge lui apparut avec d'autres saints et, après avoir eu avec Marie un long et doux entretien, saint Stanislas rendit doucement son âme entre les mains de sa puissante protectrice. • (Bartoli. Vie.)

Notre-Dame des Victoires, à Halles, paroisse Sainte-

Radeg onde, près Péronne (Somme), ou l'Enfant

privilégié de Marie.

Pourquoi partout des sanctuaires en l'honneur de l'auguste Marie, sinon parce que partout cette Mère de bonté se plaît à répandre ses bienfaits ? — La superbe petite chapelle bâtie à Halles, sous Je vocable de Notre-Dame des Victoires, en est une preuve nouvelle. — Voici, en quelques mots, le motif de son érection :

Un pieux habitant de Péronne, M. Leleu, ayant perdu sa femme et sa fille, avait adopté un de ses neveux, Jules Leleu, né à Halles, paroisse de Sainte-Radegonde, près Péronne. Le jeune homme fut placé par son oncle au petit séminaire de Saint-Riquier (diocèse d'Amiens). Sa conduite, sa piété, son caractère, ses talents, lui eurent bientôt conquis l'estime et l'affection de ses maîtres et de ses condisciples. Son amour pour la Mère de Dieu le porta à entrer, aussitôt qu'il eut atteint l'âge requis, dans la congrégation de la très-sainte Vierge. Sa ferveur et sa vertu lui méritèrent plusieurs charges honorables dans cette pieuse association. Ses supérieurs, ses parents, ses condisciples, tous ceux qui le connaissaient, le croyaient appelé au sacerdoce; mais Dieu avait sur lui d'autres vues. Le jeune Leleu se sentit porté vers la magistrature. Ses motifs étaient purs ; il ne se proposait que la gloire de Dieu et le bien de ses frères. Il alla faire sa philosophie et se préparer au bacca-

lauréat au collège de Vaugirard. Il lui fallait un correspondant, et il ne connaissait personne à Paris. Il demanda au vénérable M. Poiloup, alors supérieur du collège, s'il consentait à ce qu'il prît pour correspondante Notre-Dame des Victoires, qu'il appelait sa bonne Mère, et s'il voulait qu'il la visitât aux jours de sortie. Le pieux supérieur exauça sa demande avec effusion de cœur. Dès lors l'heureux jeune homme commença ses relations assidues avec sa divine correspondante. A l'ombre de l'autel de Notre- Dame, sa vertu se fortifiait chaque jour. Après avoir été le modèle du collège, devenu étudiant en droit, il montra aux nombreux jeunes gens qui fréquentaient les écoles de Paris comment on peut se sanctifier au milieu des plus grands dangers. Bien des fois sa vertu fut mise à l'épreuve. « Jamais (écrivait, après la mort du pieux Jules, un jeune homme avec qui il devait souvent se trouver), jamais je n'ai pu le débaucher. J'avais beau lui dépeindre avec frénésie le délire des bals, l'entraînement des spectacles, toujours il résista. Bien plus, lui aussi voulait me débaucher ; mais c'était pour le bien. Il fallait que je lui promisse d'aller à la messe à tel endroit, au sermon ici, au salut là... » Le jeune Leleu, à l'aide de sa céleste correspondante, nonseulement savait éviter tous périls, mais il avançait sans cesse dans les saintes voies de la vertu, et l'on voyait l'enfant de Notre-Dame des Victoires aussi exact qu'un religieux à l'oraison, à la messe quotidienne, aux pieuses lectures, à la communion fréquente. En même temps, il faisait de rapides progrès dans les sciences, et l'espérance d'un bel avenir dilatait le cœur de ses parents. Notre-Dame voulut rendre cet avenir plus beau encore qu'on ne l'espérait ; elle voulut l'avoir auprès d'elle dans le royaume de son Fils. La maladie de Jules Leleu fut courte et aussi édifiante que peut le faire deviner sa vertueuse vie. Il garda jusqu'à

la fin le plein usage de sa raison. Il serait trop long de redire ici ce qu'ont écrit sur ses derniers moments, et les heureux amis qui purent le visiter et son vénérable directeur, M. l'abbé Morel, chanoine honoraire de Paris, qui, depuis longtemps déjà l'avait pris en singulière affection et qui l'assista assidûment jusqu'à la fin.

La chapelle de Notre-Dame des Victoires, à Halles, est un monument de la reconnaissance du digne oncle et des religieux parents de ce saint jeune homme envers sa divine protectrice. L'abbé Charles T***.

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