‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 21 sur 35 · LA. GRÂCE DU BAPTEME AVANT DE MOURIR · texte numérisé non relu

LA. GRÂCE DU BAPTEME AVANT DE MOURIR

Extrait d'une lettre de Mgr Odin, évêque de Galveston, à M. Duplay, supérieur du grand séminaire, à Lyon.

« Nos maisons d'éducation sont plus florissantes que jamais. Quoiqu'elles aient bien des luttes à soutenir contre les préjugés et la mauvaise foi, cependant le nombre de leurs élèves augmente tous les jours. Je vais vous raconter un petit trait qui vous donnera une idée des tracasseries qu'on leur suscite. Une jeune demoiselle, âgée de seize ans, qui appartenait à une famille protestante, après avoir passé trois ans dans le couvent de San Antonio, et exprimé souvent le désir de recevoir le baptême et de se faire catholique, conclut que si elle rentrait chez ses parents, elle n'aurait jamais le bonheur d'embrasser notre sainte religion. Elle pria donc son père de lui permettre de prolonger son séjour dans la pension. Trois jours après avoir été autorisée à y rester, elle tomba malade. Dès le principe, elle annonça qu'elle ne se rétablirait jamais, et demanda de nouveau le baptême. La supérieure l'invita à attendre encore, espérant que bientôt elle serait mieux ;mais quelques jours s'étant écoulés, elle dit à la Mère : « Je n'ai plus que peu

d'instants à vivre, de grâce, que l'on me baptise ! » Le prêtre fut appelé, la jeune personne reçut le sacrement de la régénération, et mourut peu d'heures après dans les plus beaux sentiments de piété.

« Il y avait à peine quinze jours qu'elle était enterrée, lorsque les journaux protestants publièrent des lettres anonymes, dans lesquelles on mettait en doute la mort de cette jeune personne. Ce bruit s'accrédita dans le public; on prétendait que les religieuses l'avaient enfermée dans un cachot, pour la forcer plus tard à s'agréger à la communauté. Trois mois et demi après l'enterrement, le père de la jeune personne, accompagné de plusieurs protestants, se présenta au couvent pour vérifier le fait, et se fit conduire à la tombe qui renfermait la dépouille mortelle. On ouvrit la fosse, puis le cercueil; on trouva la défunte en parfait état de conservation et plus belle qu'au jour de sa mort ; sa robe blanche n'avait pas la moindre souillure. Le père, la reconnaissant, s'écria: «0 ma fille!» Puis il versa un torrent de larmes et ne fit pas entendre la moindre plainte contre les religieuses : il savait bien que ces bonnes sœurs avaient fait tout ce qu'elles avaient pu pour prolonger la vie de son enfant. Quelque temps après cet événement, la sœur sacristaine, en nettoyant la chapelle, trouva, sous le pied de la statue de la sainte Vierge, une lettre charmante que la pieuse fille avait adressée à la Reine des anges, pour lui demander, avec une simplicité admirable, de lui obtenir de son divin Fils la grâce de ne pas mourir sans baptême... « f Jean-Marte, évêque de Galveston. »

L'apprenti reconnaissant.

Il y a trois ans, un jeune enfant quittait l'école pour se rendre à l'atelier. Au début de la carrière, intelligent et

chrétien comme on ne Test pas à son âge, il se jeta aux pieds de la sainte Vierge, et lui déclara qu'il se mettait sous sa très-haute protection. L'apprentissage devait durer trois ans, et finir le leP février dernier. Mais le jeune apprenti se montra si sage, si docile, si laborieux, que le maître lui fit remise d'un mois d'essai, et, dès le 1er janvier, lui accorda une paye d'ouvrier. Notre enfant crut que cette paye inattendue ne devait pas lui rester; il acheta un cœur d'argent, et, le 2 février, jour de la Purification, il l'apporta à un prêtre, en le priant de le bénir et de l'attacher près de la statue de la très-sainte Vierge. Dans ce cœur, hommage fervent de sa foi et de son amour, il avait déposé une lettre ainsi conçue : « Ma bonne Mère, je vous offre le premier fruit de mon travail; daignez l'avoir pour agréable et le présenter à votre divin Fils, en expiation de mes péchés. Éloignez de moi tout ce qui peut déplaire à Jésus. Couvrez-moi de votre protection toute ma vie, et principalement à l'heure de ma mort. — Tout à vous. — Julien. — Je vous recommande tous mes protecteurs et ma famille. »

{Petites Lectures, 1857.)

Les billets de saint François de Borgia.

Saint François de Borgia ne se contentait pas d'inspirer la dévotion à Marie aux religieux ses frères; il brûlait de la communiquer à tous les hommes, et il usait de tous les moyens pour la propager et pour l'accroître dans tous les lieux de l'univers, fi la prêchait au peuple, dans tous les lieux où il se trouvait, par des instructions familières et par d'ardentes exhortations. Il la prêchait aussi aux grands et aux princes , dans les cours où sa naissance et sa sainteté lui donnaient accès, et il instituait de saintes pratiques pour honorer cette glorieuse Princesse du ciel. On en cite une

qu'il établit à la cour d'Espagne, et qui fut adoptée avec empressement par toutes les dames du palais et produisit des fruits merveilleux. Il écrivait sur des billets les principales vertus de la sainte Vierge avec les moyens de les imiter et une courte prière pour en demander la grâce. Chaque dame tirait au sort un de ces billets, et pendant huit jours elle s'attachait à pratiquer, en l'honneur de Marie, la vertu qui lui était échue.

Lettre d'une carmélite à la très-sainte Vierge,

Qui pourrait dire les trésors renfermés dans les archives des monastères, où des âmes d'élite se dévouent et s'immolent à Dieu sans réserve I Nous avons eu le bonheur d'avoir entre les mains toutes les lettres circulaires annonçant la mort des carmélites depuis l'origine de l'ordre en France. Nous en avons profité pour recueillir des traits bien édifiants que nous sommes heureux de communiquer à nos pieux lecteurs.

Voici une touchante lettre écrite au milieu du 17e siècle, nous la donnons sans y rien changer.

De notre couvent de la Mère-de-Dieu (Riom, 12 août 1651).

Ma révérende et chère Mère, Notre Seigneur a visité cette maison, tirant à lui une de nos sœurs nommée Marie de Jésus, âgée de cinquante ans, et de religion trente-quatre, qu'elle» a passés dans de continuelles maladies, travaux d'esprit extérieurs, intérieurs, en quoi elle a toujours été très-fidèle à Dieu. Tl s'est passé tant de choses extraordinaires en cette âme qu'il faudrait un volume et une autre plume pour les mettre au jour. La dernière fut assez considérable. Cette bonne sœur étant trèsfamilière avec la sainte Vierge, lui fit un jour une plainte

très-innocente, qui était qu'elle appréhendait de n'être pas sa fille comme les autres sœurs, à cause qu'elle n'était pas pénitente comme elles ; lui écrivant une lettre de son sang qu'elle mit sur l'autel après s'être mise en prière quelque temps. Après elle reprit ce papier où elle trouva au bas, écrit en lettres d'or : Je te reçois pour ma fille , ce qui fit une si grande impression dans son cœur que depuis l'on a remarqué que sa vie a été tout angélique et séparée des créatures : ce qui nous a fait croire que c'est plutôt un effet de grâce que d'une faiblesse de l'imagination. Je n'ai été témoin de ses pensées et actions que depuis dix jours que j'ai eu le bonheur de la servir et d'être dans ce monastère, mais en ce peu de temps je puis assurer , ma chère Mère , jamais n'avoir vu une si grande patience, humilité et soumission, quoique son mal fût des plus inquiets, étant de la pierre grossière et fièvre continue. Nous ne lui avons vu rien demander avec ardeur que la sainte communion, étant si tranquille de corps et d'esprit dans les plus grandes ardeurs du temps et de la fièvre , que nous avons sujet de croire qu'elle est une sainte. Elle reçut tous les sacrements hier à dix. heures du soir, répondant à toutes les prières, renouvela ses vœux avec un esprit si élevé à Dieu et une dévotion singulière, répétant trois fois : jusqu'à la mort, demandant pardon de ses fautes avec un esprit si judicieux, qu'il semblait qu'elle n'était pas à l'agonie, où elle entra tout à l'heure, qui dura jusqu'à minuit et passa de ce monde à l'autre à demi-heure après minuit du samedi 12e d'août 1651 . Je vous conjure , ma chère Mère , de lui faire rendre les devoirs de l'Ordre. (Sœur Louise de ia Passion.)

Une réponse du Paradis.

Il y a quelque temps , le journal napolitain il Serto di Maria rapportait l'anecdote suivante :

Une brave et honnête famille d'artisans venait d'être frappée par le malheur. La mère était malade; le père, par suite d'une chute, ne pouvait plus travailler, de sorte que la bonne Theresina, leur fille, qui n'était âgée que de sept ans à peine, se trouva inopinément sans secours et sans ressources. Les familles voisines avaient déjà prouvé plusieurs fois comment et combien les pauvres sont ingénieux à s'entr'aider, mais la pauvre petite n'osait plus faire appel à leurs largesses.

A la vue de cette gentille enfant, si jeune, ne quittant pas un instant ses chers malades, si attentive au moindre de leurs désirs, avec le visage pâle et attristé, il eût fallu avoir un cœur de bronze pour ne pas se sentir ému de compassion.

Mais voici que tout à coup une pensée consolante lui vient à l'esprit ; on eût dit qu'elle lui était envoyée par la Madone dont l'image était suspendue à la muraille, et vers laquelle elle dirigeait souvent ses yeux mouillés de larmes et les plus ardentes prières de son cœur. Sous l'influence de cette pensée, elle se lève, puis se met à écrire de son mieux sur un morceau de papier qu'elle replie avec soin, et elle part secrètement pour aller porter le billet à sa destination.

Elle arrive à l'église la plus voisine , et là, s'imaginant que le tronc où l'on recueille les aumônes était la boîte aux lettres pour la poste du ciel, elle commence par bien regarder autour d'elle pour savoir si elle est vue , et s'apprête à y glisser sa missive.

Au même instant, une dame fort riche qui sortait de l'église s'en aperçut et lui demanda ce qu'elle faisait. Surprise et attérée, la bonne Theresina baisse les yeux et fond en larmes. Sur les instances réitérées de la noble dame , elle lui raconte ingénuement la triste histoire, et pour preuve , elle lui montra la lettre qu'elle écrivait.

Attendrie de la simplicité de ce récit, la dame prend le

papier des mains de la petite et lui assure qu'elle se charge de le faire arriver. Puis elle ajouta : « Mais as-tu mis l'adresse de ta maison pour recevoir la réponse? — Non, répondit l'enfant , parce qu'on m'a toujours dit que le bon Dieu sait tout. — C'est bien vrai, répondit l'interlocutrice; mais il pourrait bien se faire que l'ange qui sera chargé de te répondre n'en sache pas autant que Dieu. »

Alors Theresina lui indiqua l'humble maison de ses parents, et le cœur inondé de joie, elle revient en toute hâte chez elle.

Un jour s'était à peine écoulé, que Theresina trouva de bonne heure à la porte de son habitation une grande corbeille de vêtements d'hommes, de femmes et d'enfants. Il y avait, en outre du linge, du sucre et de l'argent, en un mot tout ce qui leur manquait, le tout recouvert d'un papier qui portait cette inscription : réponse du paradis. Quelques heures après un médecin venait visiter les malades.

La lettre de Theresina n'était point parvenue à sa destination; mais sa foi lui avait mérité un regard miséricordieux du Père des pauvres, du Dieu qui prodigue ses grâces et qui inspire au cœur la pitié et la charité.

Combien cette pratique est agréable à Marie.

Comme celle de Jésus , la passion de Marie a commencé à l'étable de Bethléem pour se consommer au Goigotha (1). Les Livres saints, qu'elle méditait sans cesse, avaient levé tous les voiles devant ses regards, et Jésus souffrant et crucifié était sans cesse présent à sa pensée. D'ailleurs un saint vieillard inspiré lui avait , un jour , annoncé que son Fils croîtrait pour un sanglant sacrifice, et que sa Mère devait

Il est évident que c'est par l'enfantement de la Vierge que Jésus- Christ a été engagé, puisque c'est par cet enfantement que ce Chef divin est descendu dans l'arène, a pris part au combat, est devenu Dieu avec nous, a revêtu l'infirmité et la mortalité de notre nature, a pu souffrir et mourir, et par là, comme l'ont fait après lui et pour lui tous les autres martyrs, clouer l'ennemi à l'instrument de son supplice, et tuer la mort en la recevant. Et dans cette arène ouverte ainsi par Marie, et dont la Croix est le trophée, le premier et le plus grand martyr, après le Chef, est cette même Vierge qui l'y a introduit ; car elle l'a introduit par une Maternité dont la tendresse incomparable lui a rendu propres toutes les douleurs de son divin Fils, avec une plénitude qui a été comme l'Océan de tous les martyres, et qui nous la fait "apparaître la plus près de la Croix après le grand Martyr qui y est cloué : Juxta Crucern. Du pied de cette croix où elle nous a enfantés par sa Compassion, nouvelle mère des Machabées, elle soutetenait les martyrs, ses autres enfants ; elle triomphait du Dragon.

C'est dorfc à juste titre que l'Eglise triomphe, après les persécu* tions, sortant des Catacombes et prenant possession de ce Panthéon où. l'intrépidité de ses Confesseurs avait défié tous les dieux et tous les crimes que l'idolâtrie y encensait, consacra ce temple du mensonge et de la force à tous les Martyrs, dont les ossements vénérés y furent transportés, et au-dessus d'eux, à la Mère de Dieuy Reine des Martyrs, Sancta Maria ad Martyres. [A. Nicolas.)

coopérer à l'immolation de la victime. Depuis ce moment, cette image lugubre se présentait toujours à son âme. Tout ce qui fait le bonheur et la consolation des autres mères se changeait pour elle en tourment. Si Jésus tendait vers elle ses mains innocentes, elle croyait déjà les voir chargées de chaînes ou percées des clous qui devaient les attacher à un infâme gibet. S'il souriait à sa Mère , s'il fixait sur elle de tendres regards , elle se représentait ses yeux éteints ou mourants, son visage couvert de sang et d'affreux crachats, tout son corps déchiré. C'était un supplice de tous les instants, que tout renouvelait et que son amour seul pouvait lui faire supporter. L'attente certaine et la prévoyance d'un mal inévitable est une croix souvent plus rude à porter que le mal même.

Il faut qu'elle immole, non pas une vie, mais plus de mille vies, Celui dans qui seul elle existe, Celui qu'elle aime tout ensemble comme son fils et comme son Dieu. Et quel sacrifice ! Au moins, s'il suffisait d'accepter la mort de ce Fils | adorable et de déplorer ce sacrifice sans assister à l'exécution ; mais non, ce serait acheter à trop bas prix l'auguste maternité qui lui donne tous les hommes pour enfants, ïci-bas, la justice des hommes épargne aux yeux maternels le supplice d'un fils. L'amour divin, plus cruel que la justice des hommes, exige que Marie immole la victime, et qu'elle reste la spectatrice et le témoin de l'immolation.

Oh ! qui pourra nous dire ce qui se passait dans le cœur de la bienheureuse Vierge, lorsque/ debout, au pied de la i croix, elle contemplait la victime adorable. 0 Mère, de quel glaive est déchiré votre cœur, lorsque vous vous voyez vous-même lentement périr dans un fils bien-aimé ! Ah ! si c'est une épreuve que la mort d'un fils, qu'est-ce donc que la mort d'un fils et d'un Dieu tout ensemble? Qu'est-ce donc que d'être la mère de Dieu et de voir ce Dieu expirant

sur une croix, dans l'opprobre, l'injure, le mépris et la haine de tout un peuple? On crie de tous côtés : Crucifig atur ! Et ces cris de la rage, Marie les entend. De tous côtés on blasphème et l'on insulte, et Marie en est la spectatrice et le témoin ! La victime est inondée de son sang et sa mère est là ; elle ne peut ni étancher ni recueillir le sang qui ruisselle, de ses plaies divines! La victime est suspendue entre le ciel et la terre : sa mère est là, et elle ne peut lui donner entre ses bras ou sur son cœur une place au moins pour y mourir ! Bientôt, le fils expirera dans les tortures d'une agonie qui n'eut jamais d'égale sous le soleil, et sa mère, sa pauvre mère, elle est là, et elle ne peut trouver ni dans son cœur de quoi consoler son fils, ni autour d'elle de quoi se consoler elle-même?

0 désolation de Marie ! 0 supplice d'une mère et d'une mère de Dieu ! 0 Vierge mille fois plus crucifiée dans votre cœur que votre Fils n'était crucifié dans ses membres! Ah ! la parole ne fait que trahir ici la réalité ! Une pensée d'homme racontant une douleur surhumaine! 0 Reine et Martyre, c'est à la foi de vous contempler, à la piété de vous comprendre dans le calme de la prière et dans le silence de la méditation ! Stabat Mater dolorosa.

Marie, ayant un jour apparu à sainte Brigitte, se plaignit amèrement à elle qu'il y eût si peu de personnes qui l'aimassent véritablement, puisqu'il y en avait si peu occupées des douleurs qu'elle ressentit durant la passion de son Fils.

Pourriez-vous après cela, enfants de Marie, oublier les gémissements de votre Mère, et ne donner jamais une larme et un souvenir à ses ineffables angoisses ?

Sainte Gertrude, en contemplant les douleurs de Marie, ressentait une si grande compassion, qu'elle versait un torrent de larmes.

La dévotion à Notre-Dame des Douleurs est une des plus

anciennes dans l'Église ; dévotion bien chère aux âmes sensibles, source des plus abondantes bénédictions du ciel, justifiée par les plus grands miracles.

En 1373, Ferdinand, roi de Portugal, avec les principaux officiers de sa cour et la majeure partie du peuple, Henri,' roi de Castille, Pierre IV, roi d'Aragon, et Jean, roi de Navarre, voulurent s'inscrire dans la confrérie de Notre-Dame des Sept-Douleurs. — Le Portugal met sur ses cruzades d'or le nom de Marie, Maria, surmonté d'une couronne et entouré de deux branches de laurier; de l'autre côté se trouve une croix avec cette inscription : In hoc signo vinces, « Vous vaincrez par ce signe. »

Nous avons maintenant à parler de notre compassion avec Marie, étant une imitation de sa compassion avec Jésus, ou, en d'autres termes, notre compassion avec Marie est elle-même une adoration de Jésus et une vraie compassion avec lui. D'abord, la dévotion aux douleurs de la sainte Yierge est très-agréable à Notre Seigneur lui-même. On peut s'en convaincre par la révélation faite par Jésus à la bienheureuse Véronique deBisnasco, dans laquelle il lui dit que les larmes versées sur les douleurs de sa Mère étaient plus précieuses à ses yeux que celles qui étaient versées en mémoire de ses propres douleurs. Ceci nous enseigne ce qui, de soi-même, paraît certainement vrai, savoir : que la dévotion aux Sept-Douleurs amène avec elle, par une sorte de nécessité, la dévotion de la Passion.

Cette dévotion a aussi une liaison remarquable avec une grande sainteté intérieure, c'est ce que prouve l'expérience, et il ne faut pas s'en étonner; car c'est, en effet, une dévotion qui, naturellement, nous rend pieux, parce qu'elle nous fait vivre et respirer dans une atmosphère d'affliction. Elle montre la vanité des joies de ce monde; elle ramène nos pensées à la raison ; elle les tient près de Jésus-Christ cru-

cifié ; elle communique à nos âmes l'esprit de la Croix ; et le don enviable de l'amour des souffrances, très-souvent, commence dans une dévote familiarité avec les afflictions de notre sainte Mère. Plus que la plupart des dévotions, elle tend à rendre l'esprit surnaturel, parce qu'elle le tient dans une sphère de beauté céleste, dont l'aspect et le parfum passent en nous. C'est une sphère^dans laquelle les opérations divines les plus merveilleuses se mêlent avec les maux et les afflictions ordinaires d'un monde souffrant, de manière à exprimer cette union d'humilité et d'abnégation, source inépuisable des grâces les plus précieuses, comme le dit le Père Faber.

Exemples de la dévotion aux douleurs de Marie.

La dévotion aux douleurs de Marie, comme la dévotion à la passion de Jésus-Christ, est une dévotion très-utile et très-agréable à Dieu. Cette dévotion inspire le courage, soutient dans les afflictions, donne de la confiance et de la force dans les tentations, ranime la piété languissante et excite à la pratique de la mortification et de la pénitence. Saint Liguori cite plusieurs traits bien capables de nous porter à cette dévotion. Là, c'est un homme qui, d'abord pécheur désespéré, change tout à coup de vie et reprend confiance, parce qu'il ne pensait jamais aux souffrances de Marie sans y compatir. Ici , c'est un jeune homme violemment tenté qui triomphe de sa tentation en portant ses regards sur un tableau qui représente le cœur de Marie percé d'un glaive, Ailleurs, c'est un pécheur qui meurt de contrition auprès de l'autel de Notre-Dame des Douleurs. (S. Liguori, Douleurs de Marie.)

A Mantoue, une vierge, nommée Elisabeth Picenardi, aimait toute jeune encore à se retirer dans une cellule pour

y prier et réfléchir sur les vertus de la Bienheureuse Marie. La méditation des douleurs de cette divine Mère avait pour elle un attrait tout particulier. Cette méditation l'excitait à fuir tous les divertissements de la jeunesse, à mortifier son corps par le jeûne, le cilice et plusieurs autres pratiques de pénitence. La Mère de Dieu lui donna plusieurs fois des preuves sensibles de sa protection. Tous les écrivains qui ont écrit sa vie assurent qu'elle ne demandait rien, par l'intercession de Marie, qu'elle ne l'obtînt aussitôt, et qu'elle fut même favorisée du don de prophétie. Aussi, non-seulement les habitants de Mantoue, mais encore les étrangers, avaient-ils pour elle une grande vénération, et ils la regardaient comme leur avocate auprès de la sainte Vierge et leur médiatrice. (Godescard, 19 février.)

Consolations de la Bienheureuse Clôt il de.

Clotilde de France, reine de Sardaigne, qui donna à la cour l'exemple de toutes les vertus, fut béatifiée sous le pontificat de Pie VIL Le souvenir des douleurs de Marie à la mort de son Fils unique suffisait pour adoucir toutes les amertumes dont son cœur était abreuvé. Dans les moments où elle éprouvait le plus de peine, elle tournait ses regards vers Marie au pied de la croix, et elle se réjouissait d'être appelée à partager ses souffrances, et reprenant une nouvelle vigueur pour soutenir le poids de toutes ses afflictions : Quelle bonheur, se disait-elle, ô Clotilde, d'avoir quelque ressemblance avec cette Mère de douleur, et de suivre avec elle Jésus jusque sur le Calvaire ! »

Dévotion à Jésus crucifié.

La Bienheureuse Marguerite de Hongrie eut dès son enfance une tendre dévotion envers Jésus crucifié. Elle portait

DÉVOTION A N.-D. DES SEÎ>Ï DOULEURS. 38l

continuellement sur elle une petite croix faite du bois de celle du Sauveur, et l'appliquait souvent sur sa bouche, la nuit comme le jour. On l'entendait prononcer fréquemment le nom sacré de Jésus de la manière la plus affectueuse... « Son amour pour Jésus-Christ la portait à honorer spécia- « lement Celle dont il a voulu naître dans le temps ; de là « cette joie qui éclatait sur son visage, lorsqu'on annonçait « les fêtes de la Mère de Dieu. » Elle les célébrait avec une piété et une ferveur dont on a vu peu d'exemples.

Les larmes de Marie,

Un grand pécheur, pleurant aux pieds du crucifix, le priait de lui donner une marque de pardon. Comme il ne pouvait l'obtenir, il se tourna vers Marie, la Mère des douleurs ; elle lui apparut, présenta ses larmes à son Fils et lui dit : « Mon Fils, ces larmes seront-elles inutiles? » Le pécheur comprit que Jésus-Christ lui pardonnait, et dès ce moment il mena une vie sainte et pénitente. (P. Sinise, cons. 38.)

V heureuse mort.

Saint Bernardin de Sienne raconte qu'un pieux gentilhomme, plein d'amour pour Jésus-Christ, entreprit le pèlerinage des saints lieux. Après avoir visité, dit-il, Nazareth, Bethléem, Béthanie, il se rendit au jardin des Oliviers ; alors il se représenta vivement la cruelle agonie de son divin Maître, et son âme fut pénétrée de la plus grande douleur. Suivant les traces de cet aimable Sauveur, il lui semblait le voir traîné dans les rues de Jérusalem, bafoué, couvert de crachats, flagellé, couronné d'épines, condamné à mort. Sur le Calvaire, il se représenta Jésus évanoui sur la croix,

et Marie, debout au pied de cette croix , recueillant les derniers soupirs de son Fils, réunissant dans sa grande âme les tourments de tous les martyrs avec l'amour le plus ardent pour le salut des hommes. Le souvenir du Fils et de la Mère attendrit le vieux pèlerin et lui arracha des larmes et des soupirs. Du Saint-Sépulcre il se dirige vers Emmaùs, songeant à Jésus-Christ ressuscité, et revient au mont des Oliviers, où s'accomplit le mystère de l'Ascension. Là, prosterné sur les vestiges mêmes du Sauveur, il verse des torrents de larmes, collant ses lèvres sur l'empreinte de ses pieds adorables; puis il se relève dans un transport d'amour extraordinaire, tendant les mains au ciel comme pour suivre ce bon Maître, et il expire en prononçant ces mots : « 0 Jésus, mon amour!... » Quelle mort! quelle heureuse mort!... (Godescard.)

Le prêtre fidèle à Marie désolée.

Un prêtre avait une grande dévotion envers Marie, Mère des douleurs : souvent il s'enfermait seul dans une petite église, et là il méditait sur les souffrances de sa Souveraine, et avait même coutume, par un effet de sa compassion, d'essuyer avec un linge les yeux d'une statue de Marie qui était dans cette église. Il eut une maladie très-grave; abandonné des médecins, il était près de rendre le dernier soupir, lorsqu'il vit une dame d'une beauté ravissante qui, après lui avoir adressé quelques paroles de consolation, essuya avec un mouchoir la sueur de son front, et lui rendit ainsi la santé. Le prêtre, se sentant parfaitement guéri, lui dit : « Qui êtes-vous, madame, qui avez tant de bonté pour moi? — Je suis, répondit Marie, celle à qui vous avez tant de fois essuyé les yeux. » Et elle disparut aussitôt. {Sinise, cons. 9.)

Le chapelet d'Anne Gonzague.

Anne-Catherine Gonzague, après la mort de son mari, Ferdinand Ier, archiduc d'Autriche, entra dans Tordre des Servites de Marie; elle se fit faire un chapelet sur les grains duquel étaient gravées les douleurs de la sainte Vierge, et elle disait que, pour cette couronne, elle renonçait à toutes les autres couronnes de la terre. En effet, elle refusa d'être l'épouse de l'empereur Rodolphe II. Quand on vint lui annoncer que sa sœur avait été couronnée impératrice, elle répondit : Que ma sœur se réjouisse de porter la couronne impériale; pour moi, j'estime mille fois plus cet habit dont m'a revêtue Marie, ma Souveraine. La sainte Vierge lui apparut plusieurs fois pendant sa vie, et cette bonne religieuse fit une sainte mort. (Jos. Mart. Barchiusvi.)

Avantages retirés de la dévotion aux douleurs de Marie.

Un pécheur, entre autres crimes, avait tué son père et un de ses frères; il errait par le monde : ce malheureux ayant entendu prêcher sur la divine miséricorde, alla se confesser au prédicateur. Celui-ci, après avoir entendu ses forfaits, l'envoie à un autel de Notre-Dame des Sept Douleurs, afin qu'il la priât de lui obtenir la contrition et le pardon de ses péchés; le pécheur y va, commence sa prière et y expire le lendemain. Le prêtre recommandant au peuple de prier pour l'âme du défunt, on vit voler dans l'église une colombe qui laissa tomber un billet; on le prit et on y trouva ces mots : « L'âme du défunt fut à peine sortie de son corps qu'elle alla droit au ciel ; et vous, continuez de prêcher la miséricorde de Dieu et la dévotion aux douleurs de Marie,

comme un moyen très-efficace pour en obtenir les heureux effets. » (Le P. Niéremberg, d'après .le Bienheureux Liguori.)

Sainte Brigitte à Jérusalem.

La dévotion à la passion de Jésus-Christ inspira à sainte Brigitte le dessein de faire le pèlerinage de la Terre sainte. Elle arrosa de ses larmes les lieux qui avaient été sanctifiés par les souffrances de ce divin Sauveur et teints de son sang. « Il est impossible, dit l'auteur de sa Vie, de donner une idée de son ardent amour pour Jésus-Christ crucifié. » Rien n'est plus fameux dans la vie de cette Sainte que les révélations dont elle fut favorisée et qui ont pour objet principal les souffrances du Sauveur et les douleurs de Marie. Les souverains pontifes ont déclaré qu'on pouvait pieusement croire à ces révélations.

Cette Sainte, de la famille royale de Suède, renonça à toutes ses richesses pour se consacrer entièrement à la pénitence. Elle fonda en 1344 un Ordre de religieuses pour honorer la sainte Vierge d'un culte spécial. Chaque religieuse, dans ce but, doit réciter tous les jours l'office de la sainte Vierge, et assister tous les jours à une messe en l'honneur de cette divine Mère, après laquelle on chante le Salve Regina.

Trait signalé de la prof ection et de la miséricorde de Marie.

Dans la ville de Césène, il y avait deux amis pécheurs publics. L'un d'eux, nommé Barthélémy, conservait au milieu de ses vices la dévotion de réciter tous les jours le Stabat Mater. Un jour qu'il récitait sa prière, il lui sembla

être dans un lac de feu avec son compagnon ; la sainte Vierge, touchée de compassion, lui tendit la main, le tira hors du feu et lui conseilla de demander pardon à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui lui accordait cette grâce par les prières de sa Mère. Après cette vision, on vint annoncer à Barthélémy que son ami était mort d'un coup de fusil, et par là il connut que la vision était vraie. C'est pourquoi, ayant renoncé au monde, il se fit capucin, et après avoir mené une vie très-pénitente, il mourut en odeur de sainteté.

{Recueil d'exemples.)

Vœu de sainte Catherine Fieschi.

Le but principal de toutes les actions de Catherine fut toujours d'imiter les souffrances de Jésus -Christ dans sa passion. Elle éprouva le premier élan de cette dévotion à la vue d'une image qui ornait sa chambre, et qui représentait le Sauveur couché sur les genoux de sa Mère affligée. En contemplant cette image, Catherine encore enfant conçut un très-ardent désir de vivre comme Marie dans la douleur. Pour accomplir ce vœvi, Jésus et sa Mère lui firent éprouver de vifs sentiments de la passion. C'est pourquoi, aux fêtes de la sainte Vierge, le Sauveur lui faisait ressentir les douleurs inouïes qu'il a souffertes dans sa passion. Le jour de l'Assomption de la sainte Vierge, Catherine, dont le mal était devenu plus grave, désira et obtint l'Extrême-Onction; pendant tout ce jour, ses oreilles furent charmées de la céleste mélodie des Anges, qui avaient accompagné leur Reine dans son triomphe au ciel. Catherine mérita enfin de mourir dans l'Octave de la Nativité de la sainte Vierge, pour laquelle elle avait toujours eu une si grande dévotion.

(Rolland., 15 sept.,^'e de sainte Catherine, c. i)

Conversion d'un pécheur dévot aux douleurs de Marie.

Un grand seigneur de très-mauvaise vie s'était donné au démon, et l'avait servi pendant soixante ans; aux approches de la mort, Jésus-Christ, pour lui faire miséricorde, ordonna à sainte Brigitte de dire à son confesseur de l'aller visiter et de l'exhorter à se confesser : le prêtre y alla, et le malade répondit qu'il n'avait pas besoin de confession. Le confesseur y retourna, et l'esclave du démon continuait à le repousser; le confesseur s'y rendit une troisième fois, lui déclara la révélation à la Sainte, et lui annonça que le Seigneur voulait lui pardonner. A cette nouvelle, le malade s'attendrit et versa des larmes; mais comment puis-je être sauvé? s'écria-t-il, moi qui, depuis soixante ans, ai servi le démon dont je m'étais fait l'esclave, moi qui me suis rendu coupable d'innombrables péchés? Mon fils, lui répondit le prêtre, n'en doutez pas, si vous vous repentez, je vous promets le pardon de la part de Dieu même. Le prince commença alors à prendre confiance, et dit au confesseur : Mon père, je me croyais damné et je désespérais de mon salut; mais à présent, je sens une douleur de mes péchés qui m'anime à la confiance. Ainsi, puisque Dieu ne m'a pas encore abandonné, je veux me confesser. En effet, ce jour-là même, il se confessa quatre fois avec un grand repentir, il communia le lendemain, et six jours après il mourut tout content et résigné. Après sa mort, Jésus-Christ déclara à sainte Brigitte que ce pécheur était en purgatoire, et qu'il s'était sauvé par l'intercession de Marie sa Mère, parce que, au milieu de ses dérèglements, il avait toujours conservé la dévotion aux douleurs de Marie, et que toutes les fois qu'il y avait pensé, il en avait eu compassion. (Œuvres de sainte Brigitte.)

Le tableau de la Bienheureuse Aldobrand, veuve.

La Bienheureuse Aldobrand, après avoir contemplé en esprit toutes les souffrances que Jésus-Christ endura dans sa passion, conçut un ardent désir de goûter ce sang divin qu'elle avait vu jaillir du côté droit du Rédempteur. Elle se mit donc devant un crucifix, et prit pour médiatrice d'une grâce si signalée la Mère de son Dieu ; en effet, Marie seule pouvait lui obtenir une telle faveur. A peine eut-elle fait sa prière, qu'elle vit s'échapper du côté du crucifix une goutte de sang qu'elle recueillit avidement et qui lui fit éprouver une extrême douceur. Par reconnaissance pour sa bienfaitrice, elle fit faire une image qui représentait Marie tenant entre ses bras le corps inanimé de son divin Fils au momei^toù on le descend de la croix, et appliquant ses lèvres à la blessure de son côté. C'était le dimanche qu'Aldobrand faisait particulièrement éclater sa dévotion envers Marie, et comme elle avait vu le Fils, elle voulut aussi voir la Mère. Marie satisfit encore son désir ; elle lui apparut deux fois, le dimanche : la première fois elle était vêtue d'une pourpre éclatante, et avait sur la tête une couronne d'or; la seconde fois elle portait une couronne de douze étoiles, elle avait sous ses pieds la lune, et tenait dans sa main un papier sur lequel étaient tracés ces mots : Ma fille, observez les lois de votre Mère : Matris legem observa, filia.

(Bolland., 26 avril.)

Trait rapporté par sainte Thérèse.

« Une jeune fille avait un très-grand désir d'être religieuse, quoiqu'elle fût d'une mauvaise santé et quelquefois gravement malade. Elle eut recours à Dieu et lui dit : Sei-

gneur, qui êtes la vie de mon âme et à qui rien n'est impossible, ôtez-moi ce dessein de l'esprit, ou donnez-moi le moyen de l'exécuter. Elle conjura la sainte Vierge, par la douleur qu'elle ressentit à la mort de son Fils, de vouloir intercéder pour elle. Elle entendit ensuite une voix qui lui dit intérieurement : Croyez et espérez, je suis tout puissant; je vous guérirai : ce qui arriva miraculeusement.

«Lorsque cette fille eut près de douze ans, elle fut touchée, en lisant la vie de sainte Anne, d'une grande dévotion pour les saints du montCarmel, parce qu'elle voyait dans cette vie que la mère de sainte Anne, qui se nommait, ce me semble, Emérantiane, allait souvent les visiter. Ainsi elle s'affectionna de telle sorte à cet ordre de la sainte Yierge, qu'elle fit vœu de chasteté. Elle passait le plus de temps qu'elle pouvait en solitude et en oraison et y recevait des grâces très-particulières de Notre-Seigneur et de sa bienheureuse Mère. »

La grâce d'une sainte mort.

Le Bienheureux Joachim Piccolomini, célèbre par sa tendre dévotion envers Marie, commença dès son enfance à visiter trois fois par jour une image de Notre-Dame des Sept Douleurs, et le samedi, en son honneur, il ne prenait aucune nourriture ; il se levait à minuit pour méditer sur ses douleurs. La sainte Vierge le récompensa : d'abord elle lui apparut quand il était jeune, et lui dit d'entrer dans l'Ordre de ses serviteurs, comme il le fit. Vers la fin de sa vie, elle lui montra deux couronnes, l'une de rubis, en récompense de la compassion qu'il avait toujours eue pour ses douleurs, l'autre de perles, pour prix de sa pureté qu'il lui avait consacrée ; enfin, à sa dernière apparition, le bienheureux lui demanda la grâce de mourir le même jour

que Jésus-Christ. Prépare-toi, lui dit Marie, parce que demain, vendredi, ta mourras subitement comme tu le désires, et, dès demain, tu seras avec moi en paradis. En effet, le lendemain, quand on chantait à l'église la passion de saint Jean, à ces mots, stabat juxta crucem Mater, Joachim s'évanouit, et à cet autre passage : inclinatocapite, tradidit spiritum, le Bienheureux expira, et l'église fut remplie d'une grande clarté et d'une odeur des plus suaves.

(Tiré de sa Fie.)

Le prisonnier converti.

Pendant que le Bienheureux Jérôme Emilien était au service militaire, il fut fait prisonnier et renfermé dans un cachot obscur où il souffrait cruellement. Ayant passé la plus grande partie de sa vie dans les plus honteux désordres, son âme était en proie aux remords les plus déchirants. Abandonné de tout le monde, il sentait le besoin de se retourner vers Dieu, mais il priait avec une extrême défiance, convaincu que le Seigneur ne pouvait pas écouter un si grand pécheur. Au moment de s'abandonner au désespoir ; le souvenir des douleurs de Marie pendant la passion de son divin Fils attendrit son cœur et ranima son courage , il se mit à l'invoquer en lui promettant que, si elle lui obtenait un vrai repentir de ses crimes, et la patience et la résignation dans ses peines, il se convertirait sincèrement et ferait pénitence jusqu'à la mort. Sa prière fut exaucée. Il pleura amèrement ses péchés le reste de sa vie. Etant sorti de prison, il devint, par une protection spéciale de la Mère de la divine grâce, fondateur d'un Ordre religieux. Après avoir édifié ses frères par ses bons exemples, il mourut en odeur de sainteté et fut déclaré Bienheureux par l'Eglise.

390 LA i)ËVOTION A MARIE.

Courage héroïque d'une mère chrétienne.

Un évêque de ces pays lointains où, comme dans les premiers siècles, l'Eglise compte ses années par le nombre des persécutions qui l'ont éprouvée, nous a raconté des choses merveilleuses : une femme Annamite, déjà avancée en âge, vient se jeter un jour aux pieds de Monseigneur Pellerin, vicaire apostolique de la Cochinchine. L'aspect de cette femme est celui de la désolation ; c'est qu'on lui a pris son fils, l'appui de sa vieillesse ; il s'est avoué chrétien, il va mourir. Qui pourrait consoler une telle douleur? Toute parole humaine serait impuissante : le vénérable évêque le sent ; aussi se borne-t-il à rappeler à la pauvre mère, Marie, qui eut le courage sublime d'accompagner Jésus sur le Golgotha. Merveilleux pouvoir de la grâce ! Ce souvenir fait sur cette femme une impression si vive qu'il l'exalte jusqu'à l'héroïsme. C'est elle qui exhortera désormais son fils à demeurer ferme dans la foi. Elle le suit jusqu'au lieu du supplice ; et, quand déjà se lève le glaive sous lequel la tête de la victime va tomber : Non, dit-elle, on ne la verra pas rouler dans la boue, et, tendant un pli de son vêtement, elle reçoit la relique sanglante qui est devenue celle d'un martyr !

Voilà ce que peut l'exemple de Marie ; si son culte était ôté du monde, le genre humain perdrait un de ses grands motifs de consolation, et l'espérance serait affaiblie !

Mère de miséricorde, ayant porté pendant neuf mois dans ses chastes entrailles celui qui est la charité môme, Marie inspire à ses pieux enfants une tendre compassion pour tous les infortunés gémissant dans l'indigence ou dans la douleur.

Et comment, en effet, Marie n'aurait-elle pas un amour de prédilection pour les malheureux, qui sont les membres souffrants de son divin Fils ?

Après le tabernacle où il habite, Jésus-Christ n'est présent nulle part autant que dans ceux qui souffrent. Il nous assure lui-même, dans l'Evangile, que tout ce que nous faisons pour eux, nous le faisons pour lui.

Cette faible voix qui vous prie, c'est la voix de votre Sauveur ; cette main qui frappe à votre porte, quand la tempête mugit au dehors et que la pluie inonde la campagne, c'est la main qui fut percée de clous sur la croix pour vous. Rejeter le pauvre, c'est rejeter le divin Fils de Marie et renouveler dans le cœur de cette tendre Mère la douleur qu'elle éprouva quand on lui refusa l'hospitalité à Bethléem. C'est là le grand mystère de la charité chré- " tienne, mystère qui nous offre une nouvelle Eucharistie, où nous nourrissons Dieu dans les pauvres, comme notre

Page 1