‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 22 sur 35 · LA DÉVOTION A MARTE · texte numérisé non relu

LA DÉVOTION A MARTE

Dieu nous nourrit de lui-même sous les espèces sacramentelles.

Pénétrés de cette touchante vérité, tous les pieux enfants de Marie, à l'exemple de leur tendre Mère, se trouvent heureux de pouvoir secourir et consoler le divin Sauveur dans la personne des malheureux.

Saint Grégoire raconte dans la vie du Bienheureux Dieudonné, cordonnier de profession, que ce pieux ouvrier s'en allait tous les samedis à l'église de Saint-Pierre de Rome, où il distribuait aux pauvres, en l'honneur de Marie, tout ce qu'il avait gagné pendant la semaine. Cette charité fut si agréable à Marie, qu'elle fit voir à un de ses dévots serviteurs des architectes qui bâtissaient le samedi un palais d'or à Dieudonné.

Saint Louis, roi de France, avait la plus vive et la plus admirable dévotion envers la Mère de Dieu. Pour plaire à son auguste patronne, il réunissait, chaque samedi, jour consacré à Marie, une multitude de pauvres dans son palais ; et, à l'exemple du divin Maître, il leur lavait les pieds dans un bassin, les essuyait de ses mains royales et les baisait avec un respect qui montrait bien qu'il reconnaissait en eux les membres de Jésus-Christ. Après cela, pour joindre la charité à l'humilité, il les faisait dîner et les servait lui-même à table, plus joyeux mille fois de glorifier ainsi Jésus-Christ et sa sainte Mère, que de tous les hommages qu'il recevait de sa cour. Enfin, il terminait cette touchante pratique en distribuant à chacun de ces indigents une aumône abondante en l'honneur de Marie. Ce saint roi avait désiré mourir un samedi, comme pour couronner, par le sacrifice de sa vie, tous les hommages qu'il avait rendus, ce jour-là, à l'auguste Reine du ciel. Marie exauça sa prière, et saint Louis expira doucement dans le baiser de sa divine Mère.

Sainte Elisabeth de Hongrie, encore enfant, conservait tout l'argent qu'on lui donnait, afin de le distribuer aux pauvres en l'honneur de Marie, leur demandant en retour un Ave Maria pour elle.

Pourriez-vous, enfants de Marie, après de si beaux exemples, refuser de secourir les malheureux qui réclameraient quelques secours au nom de votre Mère? Répandez vos bienfaits dans le sein de l'indigent : Dieu vous le rendra au centuple. Donnez, si vous le pouvez, quelque chose de plus aux pauvres femmes chargées, comme Marie, d'un peti* enfant.

Libéralités de quelques enfants de Marie pour leur Mère.

1. En 1444, le noble et puissant seigneur Pierre de Beaufort, comte de Beaufort et vicomte de Turenne, comparaissant en personne devant son notaire et plusieurs témoins recommandables par leur naissance et leur dignité, déclara que, poussé par sa dévotion envers Jésus-Christ Rédempteur des hommes, et Marie sa divine Mère, dans le désir de procurer son salut et le soulagement de tous les fidèles défunts, il assignait au couvent de Roc-Amadour la somme de dix livres... A cette donation étaient attachées des conditions qu'il est bon de faire connaître. Chaque semaine on devra célébrer, le jeudi, entre la messe du matin et celle qui se dit ordinairement à l'heure de tierce, une messe solennelle, en musique, ou du moins en plain-chant, avec trois collectes, la première en mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie, la seconde pour le soulagement des morts, et la troisième en l'honneur du Saint-Esprit. Après la messe le prêtre, quittant la chasuble, ira avec tous les prêtres serviteurs de Marie devant l'image de la Mère de Dieu et y chantera à haute voix une antienne à la sainte Vierge, soit le Regina cœli, soit le Salve Regina, soit Y Ave Regina, selon

la convenance du temps, avec le verset Sainte Marie. Mère de Dieu et toujours Vierge, intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu, et l'Oraison propre à la circonstance.

2. En l'année 1451, Durand de Saint- Vast, de Honfleur (en Normandie), donna un calice d'argent doré, en action de grâces de ce qu'ayant imploré le secours de la Vierge, il s'était sauvé du naufrage (1).

3. En 1505, Jean Ricardi, chevalier, baron, coseigneur de Gourdon, seigneur de Villac,de Génouilhac, de Socirac, de Beaumat et de Reithac, considérant l'utilité de la prière pour les défunts, et désirant laisser à l'église de la trèssainte Vierge quelque partie de ses biens, pour y servir à la gloire de Dieu, vint personnellement à Roc-Amadour et déclara, par acte authentique, laisser en donation pure et simple deux sols et six deniers de Tours. Cette donation est faite pour l'honneur et l'amour de Marie, et afin que les prébendiers soient tenus de célébrer tous les ans à perpétuité, dans la chapelle de la Bienheureuse Marie de Roc-Amadour, une messe, selon l'office de la Vierge, le samedi avant la fête de l'Annonciation, tant que le donateur vivrait, et selon l'office des morts, quand il aurait quitté la vie.

4. En 1632, Anne de Montbron, comtesse de Vaillac, donna à Roc-Amadour une lampe d'argent avec 400 livres pour la réparation de la chapelle. Nous ne devons pas non plus passer sous silence Mme de Fénelon qui, après avoir tant de fois prié à la chapelle de Roc-Amadour, y avoir obtenu tant de faveurs, lui avoir fait tant d'offrandes, sollicita et obtint le privilège d'y être enterrée, « et l'on croit, dit M. Caillau, voir encore son tombeau dans le petit vestibule qui conduit de la chapelle Notre-Dame à celle de Saint-Sauveur. »

(1) L'abbé de Fouillao et M. Caillau, p. 104.

Piété de la reine Blanche de Castille.

La vertueuse reine Blanche de Caslille avait hérité de son auguste père Alphonse IX, roi de Castille, de la plus tendre dévotion pour Marie. Quoi de plus touchant que de voir cette illustre princesse se rendre pieds nus et processicnnellement à Notre-Dame de Paris avec Bérengère, sa nièce, reine de Jérusalem, et la reine Isemburge, pour implorer le secours de Marie en faveur de son vaillant époux, Louis VIII, qui assiégeait la Rochelle dont les Anglais s'étaient rendus maîtres (1).

Animée de la plus vive piété pour sa divine Mère, elle fit bâtir en son honneur Fabbaye de Maubuisson, où elle voulut être enterrée sous la protection de Marie.

Cette vertueuse reine inspira à tous ses enfants ses sentiments pour Marie. Charles d'Anjou, avant d'en venir aux mains, en 1268, avec Conrad de Souabe et avec Frédéric de Hapsbourg, fit vœu, s'il triomphait de ses ennemis, d'élever en l'honneur de la sainte Vierge un monastère sous le vocable de Notre-Dame de la Victoire, ce qu'il réalisa en effet après ses brillants faits d'armes. La même année il fit encore bâtir à Naples la belle église de Sainte-Marie la Neuve. Enfin, en 1270 il mit le sceau à sa reconnaissance envers Marie en faisant construire dans la même ville la cathédrale de l'Assomption qui devint la métropole de tout le royaume de Sicile.

Isabelle, sœur de ce prince, laissa aussi un magnifique monument de sa piété envers Marie par la fondation de l'abbaye de Long-Champ qu'elle dédia à Y humilité de Notre- Dame.

(1) Saint Louis et son siècle.

Marie protège Alphonse, roi de Portugal.

Alphonse naquit tellement difforme, que sa naissance causa une vive douleur à Henri, son père. La Mère de Dieu eut pitié du père et de l'enfant : c'est pourquoi elle se présenta à son serviteur, et lui ordonna de faire porter le prince nouveau-né sur un de ses autels, et ajouta qu'elle en prendrait soin. L'ordre qu'avait donné la sainte Vierge ayant été suivi, Alphonse se trouva parfaitement guéri. Henri fit élever une magnifique église à celle qui l'avait si miraculeusement consolé, et Alphonse éprouva dans tout le cours de sa vie, qu'il avait dans la Reine du ciel une véritable Mère. Ayant été attaqué par le roi d'Andalousie suivi d'une puissante armée, Alphonse, pour obtenir la protection de Marie, passa la nuit entière en oraison. Le jour suivant, le combat ayant recommencé, on vit un bras levé qui suivait le roi dans le plus fort de la mêlée, et repoussait tous ses assaillants. Alphonse ne douta pas un instant que Marie ellemême n'eût envoyé à son secours un ange pour le défendre et pour lui donner une pleine victoire sur ses ennemis. {Barri. Journ. 16 oct.)

Les offrandes des villageois à Marie.

On lit dans une notice sur Notre-Dame des Miracles les détails suivants :

« Le sanctuaire vénéré de Marie était constamment fréquenté par une foule de pèlerins. Les malades s'y faisaient transporter, et plusieurs y passaient tout le temps que durait leur neuvaine. Chacun aimait à y entendre la sainte messe et à y faire célébrer ce divin sacrifice. Les anciens registres de la chapelle contenaient un certain nombre de

fondations établies dans ce but. A toutes les heures de la journée, même à celles où Ton est d'ordinaire le plus empêché, avant le jour et après le coucher du soleil, on rencontrait devant l'image de Marie des fidèles de tout âge et de toute condition qui venaient saluer la Vierge bénie dans sa chapelle et lui adresser leurs prières. C'était une pratique très-commune parmi les femmes de lui offrir leurs joyaux ou ce qu'elles portaient de plus précieux, particulièrement les jeunes filles ou les veuves, lorsqu'elles se consacraient au service de Dieu ou de la Vierge-Mère, soit par l'entrée en religion, soit autrement. Les jeunes filles apportaient aussi leurs présents lorsqu'elles venaient demander une heureuse union. Quelques-unes se présentaient seules, d'autres conjointement avec leurs fiancés. On offrait toutes sortes d'objets : du pain, du blé, de la chair, de la laine ou des literies, tant pour le soulagement des pauvres que pour assister les pèlerins ou les malades. Mais entre tous les dons, il est impossible de ne pas mentionner celui que les magistrats firent, tant en leur nom qu'en celui de la ville, d'un beau et riche bassin d'argent, du poids de cinq marcs, pour être placé à perpétuité devant l'image de Notre-Dame, et destiné à porter un cierge constamment allumé. Enfin un des fruits et en même temps un des témoignages les plus précieux et les plus salutaires de la dévotion des habitants de Saint- Omer envers la très-sainte Vierge, fut l'institution de la confrérie de Notre-Dame des Miracles.

Notre-Dame des Neiges.

Vers le milieu du quatrième siècle, sous le pontificat du pape Libère et le règne de l'empereur Constance, le patrice Jean, d'une des plus anciennes et des premières maisons de Rome, encore plus illustre par sa piété que par sa nais-

Page 1