IX
sance, voulut donner quelques marques publiques de sa dévotion envers la très-sainte Vierge à laquelle il élail singulièrement dévoué : comme il n'avait point d'enfants, il résolut, du consentement de sa femme qui ne lui cédait ni en noblesse ni en vertu, de faire héritière de tous ses biens celle qui, après ï)ieu, lui tenait lieu de tout. Leur résolution étant prise, ils firent des prières particulières, et des aumônes pour obtenir de la sainte Vierge la grâce de connaître ce à quoi elle souhaitait qu'ils employassent les biens qu'ils lui avaient consacrés. Cette Mère de miséricorde écouta les vœux de ses pieux serviteurs, et, la nuit du cinquième jour du mois d'août, elle apparut à tous les deux séparément, en songe, leur déclara combien cette dévotion lui avait plu, combien leur résolution lui était agréable, et leur dit que la volonté de son Fils et la sienne étaient qu'ils employassent leurs biens à faire bâtir en son honneur une église sur le mont Esquilin, et qu'ils y trouveraient la place marquée et le plan de l'église tracé par l'espace qui serait miraculeusement couvert de neige.
Ils ne doutèrent point que cette vision commune à tous les deux ne fût surnaturelle, et ils allèrent trouver le pape, qui avait eu la même nuit un songe semblable, et qui, voyant que le ciel parlait, voulut vérifier ce fait par luimême. En conséquence le clergé, le peuple, le patrice Jean et sa femme se rendirent processionnellement au lieu où était la merveille. Étant arrivés sur le mont Esquilin, ils trouvèrent cette place couverte de neige, quoique ce fût dans le temps des grandes chaleurs ; un prodige si sensible frappa les assistants, qui crièrent tous au miracle. A l'admiration succédèrent les plus vifs sentiments de reconnaissance, de respect, de dévotion. L'église fut bientôt élevée selon le plan que cette neige miraculeuse avait marquée, et fut incontinent bâtie des deniers du patrice.
Ce miracle était trop visible pour ne pas exciter la dévotion du public : tout le monde regarda cette église comme un lieu béni, et singulièrement privilégié, par le choix que la sainte Vierge en avait fait; quoiqu'il y eût déjà à Rome, comme partout ailleurs, des oratoires consacrés à Dieu et dédiés à la sainte Vierge, ce fut ici proprement la première église dans Rome et dédiée sous le titre spécial de la Mère de Dieu, dont on célèbre la dédicace le 5 du mois d'août, jour de la fête de Notre-Dame des Neiges, et l'église dont la construction donna naissance à cette fête est celle qu'on nomme à Rome Sainte-Marie-Majeure.
Aumônes de sainte Elisabeth de Hongrie.
Cette sainte princesse dès sa plus tendre enfance eut une si grande inclination pour le service de Dieu (Ribadeneira, 19 novembre), que n'ayant pas plus de cinq ans, elle aimait à aller à l'église où elle priait avec tant de ferveur et d'amour qu'on avait de la peine à l'en arracher : parmi ses dévotions, une des principales était celle à la Rienheureuse Vierge, et comme elle aimait beaucoup à faire l'aumône, elle distribuait aux pauvres tout l'argent qu'elle pouvait avoir, à condition qu'ils réciteraient Y Ave Maria. C'était une manière ingénieuse de répandre le culte de Marie. Celui qui ne pourra parvenir à ce but au moyen de l'aumône, le pourra certainement par ses conseils, et il en sera récompensé à la mort.
La blessure guérie.
Marie secourut une de ses filles les plus dévouées, nommée Agathe delà Croix. Agathe était un jour seule chez elle (Auriem.9 part. 2, cap. 3), un pauvre vint lui demander
l'aumône. Émue de compassion, elle monte pour couper je ne sais quel comestible qui était suspendu à une cheville de bois. Le démon, ennemi juré des enfants de Marie, la fit tomber du banc sur lequel elle était montée, et, avec le couteau qu'elle tenait à la main, elle se coupa un doigt. Agathe cria aussitôt : Jésus , Marie ! et la sainte Vierge se montra visiblement à elle, lui remit le doigt coupé et lui dit : Ma fille , ne crains point le démon, mais quand il voudra te nuire, appelle mon Fils à ton secours, et il te délivrera.
L 'aumône du pauvre.
François Ortolano, frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, passait souvent devant les prisons de la ville. Un jour il ressentit la plus vive douleur de n'avoir rien à donner à ces pauvres prisonniers. Que fit donc François ? au lieu de leur faire l'aumône, il récita pour eux avec la plus grande dévotion le Pater et Y Ave, fit à Dieu une offrande de ces prières en les appliquant aux besoins de ces malheureux. Alors la sainte Vierge lui apparut et lui fit savoir que cette offrande spirituelle était très-agréable à Dieu. François en éprouva la plus grande consolation et résolut de faire aux prisonniers cette aumône spirituelle chaque fois qu'il passerait devant la prison.
Dévotion héroïque envers les saintes âmes du purgatoire (1).
Pendant que le Bienheureux Jean Massias priait la nuit aux pieds de Notre-Dame du Rosaire, les pauvres âmes du purgatoire lui apparaissaient en grand nombre, le suppliant
(l) Vit dit Saints, de Ribadeneira.
d'avoir pitié de leurs souffrances : « Serviteur de Dieu, lui disaient-elles, souviens-toi de nous. Ahl ne nous oublie pas devant Dieu; délivre-nous des peines que nous endurons.
— Que puis-je faire, âmes saintes? leur répondait-il quelquefois, que peut faire un misérable pécheur comme moi?»
Alors elle le priaient d'offrir à Dieu pour elles ses oraisons, ses jeûnes, ses pénitences, ses austérités, sachant bien que le Seigneur les accepterait en échange de leurs dettes. Le Bienheureux redoublait ses disciplines, les faisait plus longues et plus sanglantes. Chaque nuit il récitait trois rosaires, le premier pour les âmes du purgatoire, le second pour les religieux, le troisième pour ses parents, ses bienfaiteurs et ses amis. Quand il faisait la sainte communion ou qu'il gagnait une indulgence, il leur en appliquait le mérite. Vingt fois par jour, s'il avait un moment libre, il courait à l'église implorer pour elles miséricorde, il s'exténuait afin de souffrir à leur place. Ces pauvres âmes se montraient reconnaissantes de ce qu'il faisait pour elles : lorsqu'il avait obtenu de Dieu leur délivrance, avant d'entrer dans la gloire, elles venaient le remercier et l'assurer de leur bonheur. Leur joie était sa plus douce récompense : ces jours-là il était heureux ; mais d'autres accouraient pour réclamer son intercession, et il recommençait pour elles avec un admirable courage. Sait-on ce qu'un homme peut faire d<e bien quand il le veut ? Un jour son confesseur demandait au Bienheureux combien il avait délivré de ces pauvres âmes. Il se tut d'abord, mais, contraint par l'obéissance, il avoua, avant de mourir, que le nombre s'élevait à quatorze cent mille. Quel cortège pour ce pauvre frère convers quand il monta au ciel! Quelle belle couronne il s'était acquise dans une vie obscure et méprisée ! Enfin quelle bonté dans Notre-Seigneur qui comble de grâces ces âmes
d'élite, afin d'avoir comme un canal par où s'écoulent sur nous les flots de sa miséricorde ! C'est encore pour les pauvres pécheurs qu'il travaille quand il crée ses Saints.
Le 16 septembre 1645, le Bienheureux Jean Massias mourut fortifié par la visite de Notre-Seigneur et de la trèssainte Yierge. Il fut béatifié par Grégoire XYI, en 1836. L'ordre de Saint-Dominique célèbre sa fête le 3 octobre.
Aumônes en V honneur de Marie.
Une des plus saintes pratiques dont nous pouvons honorer la toute bonne et toute miséricordieuse Marie, c'est de faire en son honneur quelques œuvres de miséricorde, telles que l'aumône, l'assistance des malades, la prière pour les pécheurs, des indulgences offertes pour les âmes du purgatoire, et mille autres pratiques en tout genre que la charité sait bien inspirer à tous ceux dont elle embrase le cœur.
Saint Gérard de Chonad , premier évêque et premier martyr de Hongrie, ne savait pas refuser à un nécessiteux qui lui demandait au nom de Marie. Saint Louis, roi de France, nourrissait tous les samedis un certain nombre de pauvres, et leur lavait lui-même les pieds.
Dévotion de saint Gêrulfe, martyr.
Ce Saint, dès sou enfance, se rendit digne du martyre par sa dévotion envers la sainte Vierge. Il était allé recevoir le sacrement de la Confirmation des mains de l'évêque de Noyon, et il retournait chez lui, accompagné de son parrain. En passant par Drogen, où il y avait une chapelle célèbre dédiée à Marie, Gérulfe pria son parrain de le laisser entrer dans la chapelle, pour saluer sa bonne Mère. Le
parrain y consentit avec peine ; et Gérulfe ayant prié la sainte Vierge plus longtemps que ne le désirait son guide, celui-ci entra dans une si grande colère que, pendant la route, par une incroyable inhumanité, il le blessa à mort. Le jeune homme mourant, tomba de cheval; ses parents, guidés miraculeusement par l'animal qui s'était enfui, accoururent et trouvèrent leur fils à demi mort; cependant il put leur recommander de le faire ensevelir dans la chapelle de la sainte Vierge de Drogen. Il les pria encore de consacrer le revenu de quelques terres au service de l'autel de la sainte Vierge et de donner son cheval au prêtre qui desservait cette chapelle. Le saint enfant mourut dans ces pieux sentiments ; mais ses parents, ayant négligé, par avarice, de satisfaire ses désirs, il obtint enfin, par plusieurs apparitions et par des prodiges , d'être enseveli dans le sanctuaire de Marie, sa mère et son avocate, à laquelle, dans un âge si tendre, il avait consacré sa vie innocente.
(Bolland., 2i septembre.)
Dévouement héroïque de saint Pierre Nolasque.
Simon de Monlfort, vainqueur après la bataille de Muret, se trouvant maître de la personne de Jacques, fils de l'infortuné Pierre, roi d'Aragon, avait confié la garde de ce jeune prince , encore enfant , aux soins d'un gentilhomme du Languedoc, connu par ses rares vertus et son grand mérite. Il les avait envoyés tous deux en Espagne, à Barcelone, capitale du royaume d'Aragon.
Or, ce gentilhomme était Pierre Nolasque ; ce sera le fondateur de V ordre de Notre-Dame de la Merci, pour la rédemption des captifs. Dès son enfance il s'était distingué par son tendre amour pour les pauvres. On rapporte que chaque matin il faisait l'aumône au premier indigent qu'il