‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 25 sur 35 · FRANCS DU SOLDAT · texte numérisé non relu

FRANCS DU SOLDAT

Le chapelet du petit Savoyard.

C***, jeune homme d'une famille honorable, avait été élevé sous le regard d'une pieuse mère, dans tous les principes de la foi qui forment les bons chrétiens. Dès son enfance on l'avait porté sur l'autel pour le consacrer à Marie, et son berceau tapissé d'azur ne retentit jamais que du doux nom qui réjouit les cieux ; c'était au nom de Marie que le jeune C*** souriait à sa mère, et c'était sa douce harmonie qui le berçait le matin et le soir. La vertueuse mère ne se serait jamais couchée sans aller au berceau de son fils et sans réciter sur lui V Ave Maria, afin d'écarter, disait-elle, de son petit ange tous les dangers que ramène la nuit et que rêve l'amour toujours inquiet d'une mère.

Quand il fut devenu plus grand, le jeune protégé de Marie souriait à sa mère, et, croisant ses petites mains, il regardait le beau ciel bleu et répétait avec l'Ange : Ave, Maria. C'est vous dire en un mot que le jeune C. avait Marie pour

patronne et qu'il grandissait sous son ombre protectrice, comme la plante délicate et parfumée près des rameaux verdoyants du palmier. Il vivait loin, bien loin du contact des mauvaises compagnies, loin des lieux dangereux pour son cœur innocent. Son âme, pure comme la robe de fin lin qui le couvrait au jour de sa consécration, ne connaissait ni le vice qui dégrade, ni les folles passions qui énervent et abrutissent l'âme. 11 était en tout le modèle des enfants de son âge, la consolation de sa mère chérie, et tout le monde se plaisait à reconnaître en lui le protégé de Marie, tant il était doux et affable dans ses manières, tant il était candide dans toutes ses démarches.

Cependant le jeune C... fut obligé, après avoir terminé ses études, de se séparer de sa pieuse mère, pour aller au milieu du monde suivre la carrière que ses talents précoces . avaient ouverte devant lui. C... quitta donc le foyer paternel, et cette séparation lui arracha un torrent de larmes. Au jour fixé pour son départ, il voulut revoir la belle chapelle de la Vierge, qui avait été si souvent témoin de ses plus innocentes joies et de ses plus vives émotions : il la salua une dernière fois d'un Ave Maria, et longtemps après s'être éloigné de ces lieux si chers à son cœur, il poussa de profonds soupirs et regarda dans les nuages lointains de l'horizon la vieille tour de l'antique chapelle.

Hélas! le monde est une mer bien dangereuse pour le jeune homme sans expérience! Il en fut ainsi pour C... Il résista quelque temps au torrent de la séduction; mais, entraîné par de mauvaises compagnies, il se sentit bientôt ballotté par les flots d'une horrible tempête, 11 perdit l'habitude des sacrements, et sa vertu, privée de l'aliment qui la soutenait, finit par succomber. C... oublia tous les bons principes qu'il avait reçus sur les genoux de sa pieuse

mère ; il négligea tous ses exercices de piété et, de toutes ses pratiques, il ne conserva que la salutaire habitude de réciter chaque jour un Ave Maria à la bonne Vierge qu'il aimait tant aux beaux jours de son enfance.

0 Marie! laisserez-vous périr votre enfant? permettrezvous que son cœur, qui fut le sanctuaire des plus nobles vertus, devienne le repaire des plus viles passions? permettrez-vous qu'une mère chrétienne ait en vain mis en vous toutes ses espérances? 0 vous, que l'Église appelle YÉtoile des mers, rejetterez-vous loin du port du salut le malheureux enfant prodigue qui ne vous a pas oubliée un seul jour? Oh! non, non, on ne t'a jamais entendu dire.

En effet, la dévotion à Marie fut l'unique cause du retour de C... à ses anciens sentiments religieux.

Un jour, comme il s'acheminait vers son pays natal, pour rendre visite à ses parents, il rencontra, sur le bord du chemin, un petit Savoyard qui lui demanda l'aumône, en lui exposant, dans son langage montagnard, toutes les privations qu'il avait eu à essuyer depuis qu'il avait quitté les hautes montagnes de la Savoie; il lui raconta surtout la désolation où il avait laissé sa pauvre mère, qui, fondant en larmes, l'avait particulièrement confié à la garde de la bonne Vierge Marie. L'âge d'un jeune enfant, seul sur la terre étrangère, loin des lieux qui l'ont vu naître, sans appui, sans argent et tout frissonnant de froid sous des habits noirs et tout déchirés, fit sur la belle âme de C... une profonde impression. De grosses larmes roulèrent dans ses yeux, et, ne pouvant contenir son émotion, il dit au petit Savoyard de le suivre à la maison paternelle, où il était impatiemment attendu. Là, C... fit asseoir le petit étranger au foyer domestique, le combla de ses bontés, lui fit acheter des habits neufs et, après qu'il lui eut donné à manger, il mit dans sa petite bourse quelques pièces de monnaie

pour sa route et l'aider à trouver, quand le soir viendrait ou quand la bise soufflerait, le petit morceau de pain et le toit de chaume qui pourrait l'abriter. C'était l'ange terrestre que Marie députait à son protégé.

Le petit Savoyard, tout confus de tant de générosité et ne sachant comment prouver assez la reconnaissance dont son cœur était plein, tira aussitôt de son cou un petit chapelet que sa mère lui avait donné derrière le vieux chêne de la montagne, en lui disant adieu et en l'embrassant une dernière fois. Le jeune C... accepta avec plaisir le cadeau de l'enfant, et le petit Savoyard s'éloigna de la maison où il avait reçu une si touchante hospitalité, en bénissant la sainte Vierge qui l'avait protégé et secouru dans sa détresse.

Mais, le lendemain, la scène touchante du chapelet du Savoyard se représenta à la mémoire de C...; ces circonstances merveilleuses frappèrent son attention et réveillèrent en lui de bien doux souvenirs. Ce fut comme un trait de lumière qui brilla à son esprit. Il ne put s'empêcher de reconnaître là la main miséricordieuse de Marie, qui lui remettait le chapelet qu'il avait depuis longtemps abandonné et l'armure invulnérable dont il se servait naguère contre les attaques de l'ennemi. Touché jusqu'aux larmes, il rentre aussitôt en lui-même et ouvre son cœur à de meilleurs sentiments. Marie a obtenu sa conversion. — Dès cet instant fortuné, il se rappelle les heureux moments de sa première communion, les promesses sacrées de son baptême, sa consécration à la Reine des anges, les jours de paix et de bonheur qu'il goûta au service de Dieu. C'en était fait, le jeune C... était redevenu chrétien : il résolut de dire son chapelet tous les jours, et, après avoir lavé ses souillures dans la piscine de la pénitence, il commença une vie nouvelle, qui fut un exemple. d'autant plus salutaire

que la Providence l'avait appelé à une haute position dans le monde.

Offrande héroïque à Marie.

Le 8 décembre 1855 , la fête de l'Immaculée-Conception a été célébrée solennellement dans l'ambulance française de Péra; un touchant spectacle relevait cette fête religieuse : au dessus de l'autel de Marie, on voyait appendu un cœur de grande dimension, fait avec les projectiles extraits des membres mutilés de ces glorieux blessés qui savaient unir au courage des braves la piété des enfants dç Marie...

Qu'on se figure ces nobles débris de nos armées victorieuses autour de l'autel de Marie , cherchant dans ses regards un sourire approbateur qui leur dise qu'ils ont bien mérité du ciel comme ils ont bien mérité de la patrie. Marie, sans doute, a exaucé ces soldats courageux qui lui offraient la prière de leur sang et de leurs souffrances.

Charité du Bienheureux Jean Massias.

Le Bienheureux Jean Massias, frère lai de l'Ordre de Saint-Dominique, aimait beaucoup les pauvres ; en sa qualité de portier, il était chargé de la distribution des aumônes du couvent. Tous les matins, il préparait ce qui était nécessaire à ses chers pauvres. Le monastère de la Magdeleine n'était pas riche et ne pouvait toujours fournir à sa charité; alors il avait recours à ses amis, et surtout à Dieu. Combien de fois INotre-Seigneur ne multiplia-t-il pas le pain et les mets pour suffire à tous les pauvres! La très-sainte Vierge lui indiquait souvent les personnes qui pouvaient l'aider. Il avait dans sa cellule une image de Notre-Dame, et, quand il manquait de quelque chose, il lui disait avec une con-

fiance admirable : « Ma Mère, vous savez que mes pauvres meurent de faim, et que je n'ai rien à leur donner : à qui recourrai -je? »

— « Demande à un tel , lui répondait avec bonté la très-sainte Vierge. » Il y allait, et on lui donnait. Une fois pourtant, un marchand lui refusa un peu de toile pour un pauvre qui était nu. Le serviteur de Dieu s'en revint tout triste au couvent. Mais la vengeance divine ne se fit pas attendre ; à partir de ce moment, la boutique du marchand demeura déserte. Cet homme tomba dans une mélancolie profonde, se voyant ruiné. Ses voisins lui en demandèrent la cause. Il la leur dit, et ils lui firent comprendre que sa ruine venait de sa dureté envers le serviteur de Dieu. Il courut aussitôt réparer sa faute; au retour, il trouva sa boutique pleine de gens qui venaient acheter comme par le passé.

Le Bienheureux était souvent dans la détresse, et presque toutes les nuits il disait à la très-mainte Vierge : « Notre- Dame, demain mes pauvres n'auront presque rien à manger : j'enverrai chez un tel et un tel.

— Envoie, répondait notre bonne Mère; mon Fils attendrira leur cœur et les disposera à t'accorder ce dont tu as besoin. » (Vie des Saints, du P. Ribadeneira, 1857).

La lumière a toujours joué un rôle fort important dans le culte divin. La raison de ce fait est fondamentale et repose sur la nature même des choses. Entre les créatures, les plus parfaites sont par là même plus propres à servir au culte de Dieu : or, la lumière est, avec le feu, la plus parfaite, la plus divine des substances créées. Elle est le symbole de la vérité, du Verbe éternel, comme le feu est le symbole du Saint-Esprit. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe incarné, s'est-il proclamé la lumière du monde, et s'est-il donné à lui-même le nom de lumière : « Ego lux in mundum veni! » — Moi, la lumière!

Pour cette raison, et pour bien d'autres qu'il serait trop long d'expliquer ici, les lumières ont été constamment en usage dans le service religieux du temple dans l'ancienne alliance, par l'ordre de Dieu même, et les chrétiens, sans aucun doute, par l'ordre de Notre-Seigneur, ont conservé ce saint et mystérieux usage. Dès les temps apostoliques, on retrouve en effet le luminaire sacré comme accompagnement nécessaire des assemblées religieuses; et les catacombes de Rome, qui remontent à ces premiers âges de

DES LAMPES ET DES CïÈRGES. 423

l'Eglise sont, sous ce rapport, des témoins irrécu sables. Outre l'immense quantité de lampes communes que l'on retrouve dans ces antiques asiles de la religion, on sait par des monuments certains que nuit et jour, dans les chapelles où reposaient les reliques des plus célèbres martyrs, un brillant luminaire était entretenu par la piété des fidèles. Tantôt les mèches ardentes étaient disposées dans de vastes coupes de marbre ou d'albâtre remplies d'huile et posées sur des colonnes devant la tombe du martyr; tantôt elles étaient placées dans des lampes d'airain, d'argent et même d'or massif, suspendues aux voûtes des chapelles et gracieusement sculptées en forme de couronnes de roses. L'huile, souvent parfumée, que les premiers chrétiens consacraient ainsi à la splendeur du culte divin, était regardée comme sanctifiée par l'usage auquel on la faisait servir ; les fidèles en emportaient quelques gouttes dans des ampoules de cristal et y attachaient une vertu religieuse comme à de véritables reliques.

Après les persécutions, lorsque l'Eglise put déployer au grand jour la pompe de ses cérémonies sacrées, on la vit aussitôt apporter un soin extraordinaire au luminaire de ses basiliques. Les Souverains-Pontifes, Jes Empereurs, les Evoques, les simples fidèles, rivalisèrent de zèle et de magnificence pour entourer de lumières les confessions des martyrs et les sanctuaires de la divine Eucharistie. Des lois ecclésiastiques remontant à l'antiquité la plus vénérable nous attestent, sous ce rapport, le soin des Pontifes et des conciles; et l'Eglise romaine, mère et maîtresse de la piété comme elle l'est de la foi, est demeurée fidèle à ces traditions primitives. A Rome, de nos jours encore, les sanctuaires resplendissent de lumières qui leur donnent un cachet religieux tout particulier, et sont pour beaucoup dans l'impression qu'y éprouvent les pèlerins de la ville sainte.

Les lampes des Madones.

Il est d'usage, parmi les fit ?i,les,de faire brûler une lampe ou un cierge devant un autel ou une image de l'auguste Mère de Dieu pendant un jour, ou pendant trois jours ou neuf jours consécutifs, afin d'obtenir quelque faveur spirituelle ou temporelle. Cette touchante pratique, inspirée par l'amour de Marie, remonte à la plus haute antiquité. L'huile et la cire sont, comme on sait, d'un symbolisme profond. La lumière signifie la vivacité de notre foi et la fermeté de notre confiance; le feu, les ardeurs de la charité; la hauteur du cierge, l'espérance.

Ces cierges allumés nous avertissent d'entretenir toujours l'huile et le feu de la charité dans notre cœur, afin d'être toujours prêts à recevoir notre divin Maître, quand il nous appellera aux noces de l'Agneau. Les lampes qui brûlent devant la statue de Marie nous représentent surtout la prière d'intercession qui va droit au cœur de Dieu (1).

Au onzième siècle, dans l'enceinte fortifiée de tous les

(1) On a trouvé les lignes suivantes dans les papiers d'une congréganiste :

« Qui ne fait usage d'une lumière en s'habillant, en se déshabillant, et pendant de longues heures pour travailler ? Pourquoi ne pas offrir ce luminaire qui se consume, comme une expression de notre amour, de notre prière, de notre ciésir d'honorer le crucifix et les saintes images, que chaque personne pieuse a dans sa chambre? On pourrait même quelquefois placer la lumière plus près de ces saints objets, surtout en certains temps, comme celui de la Passion pour le crucifix, du mois de mars pour saint Joseph, du mois de mai pour la sainte Vierge... Je n'ai jamais offert la bougie qui éclairait ma chambre, que je n'aie été remplie d'une joie très-grande. — Ne peut-on pas faire de même pour les fleurs dont on orne son appartement ? je le fais avec plaisir. »

châteaux de la Hongrie, on trouvait de petites chapelles éclairées de plusieurs lampes d'airain ou d'argent massif, qui brûlaient nuit et jour devant l'image de Marie. Les princes palatins emportaient rfmème cette image dans les combats et lui élevaient un orktoire dans leurs tentes.

Dans les beaux jours de notre France, avant que l'hérésie eût exercé ses sacrilèges profanations, à chaque coin de rue, une petite statue de Marie, en chêne noirci par le temps et couverte d'un voile de dentelle antique, élevait son front séculaire au dessus d'un massif de fleurs que les âmes pieuses du quartier renouvelaient chaque matin. Souvent ces fleurs, déposées mystérieusement avant l'aube, étaient prises pour les dons des anges qui venaient, disait-on, apprendre aux chrétiens à honorer leur Reine. Pendant la nuit, des lampes brûlaient constamment dans ces petites niches grisâtres, qui étaient tous les samedis complètement illuminées (1). Ce fut le premier éclairage des rues. Cet éclairage, moins lumineux sans doute que celui qu'on emploie de nos jours, avait pourtant sur le nôtre un grand avantage; il s'y joignait une pensée pieuse, propre à faire réfléchir une population croyante. Les lampes mystiques de la madone brillaient de loin en loin, comme un léger cordon d'étoiles, à travers les tiges parfumées des fleurs, et semblaient dire au vagabond qui marche de nuit pour ma^ faire : Il y a au dessus de cette ville assoupie un œil qui ne se ferme jamais et qui veille sur ces rues désertes et silencieuses, l'œil de Dieu (2).

(1) Histoire de Notre-Dame de la Paix, par le P. Médard, capucin. — - Orsini.

(2) C'est encore le seul éclairage de plusieurs villes d'Italie. Voici ce qu'en dit un auteur qui écrivait en 1803 : « Il popolo è devoto aile Madonne, per oui ve ne sono in ogni angolo délie strade con fanali accesi dï notte. Essi tengono illuminate le strade , et cosl la

Cette petite lampe qui brûle en l'honneur de Marie a quelque chose de singulièrement touchant. L'huile qui sert à l'entretenir a souvent coulé au pauvre de pénibles sueurs; mais que lui importe cette contribution volontaire? il se l'impose avec joie. Le pain qui nourrit sa famille ne lui semble pas plus nécessaire que cette douce lumière à travers laquelle il peut contempler à toute heure les traits chéris de la Madone (1).

Madones des Alpes et du Tyrol (2).

Au fond des gorges de l'Apennin, dans les glaciers des Alpes et parmi les arides bruyères des Abruzzes, on voit de distance en distance d'humbles autels élevés à la sainte Vierge. Victorieuse du temps et des commotions politiques, la Madone abrite encore, sous un dais de feuillage ou de

divozione supplisce alla polizia, » [Descrizione di Napoli, pag. 269.) Nous avons été touché nous-mêmes, dans les voyages que nous avons faits à Rome et à Venise, de voir le grand nombre de Mudones devant lesquelles on entretient une lumière jour et nuit, dans les rues et et dans les maisons.

(1) Culte catholique de Marie, t. III.

(2) Ceux qui n'ont pas vu l'Italie, Rome et Naples, ne peuvent se faire une idée des hommages dont la sainte Vierge est l'objet. Dans les rues, sur les places publiques, dans toutes les maisons, dans toutes les boutiques, vous trouverez des images : une et souvent plusieurs lampes, quelquefois des cierges , brûlent en son honneur. Ce qui se consume d'huile est vraiment incalculable; et cette contribution volontaire, le pauvre, non moins que le riche, se l'impose ; c'est une des dépenses strictement nécessaires de toute famille ; le pain de chaque jour ne Test pas davantage à ses yeux. À Rome, on a l'usage touchant d'écrire sous chaque image une courte prière et souvent l'indication des indulgences qui y sont attachées ; les passants la répètent comme un élan du cœur ; qui peut dire ce que cette courte invocation a calmé de passions, allégé d'infortunes, apporté d'espérances !

jasmin, sa petite lampe mystérieuse. Chaque soir, le pâtre de la colline, le laboureur delà vallée, et même, le dirai-je, le bandit rallument dévotement la flamme vacillante qui brille comme une étoile protectrice au haut des montagnes, à rentrée des bois. Le coin de terre qui l'entoure est sacré: en ce lieu, le brigand le plus farouche de la Calabre n'oserait tirer son poignard, et il y prie quand les cloches lointaines sonnent lentement Y Ave Maria. C'est le dernier lien qui l'attache à l'humanité, et il est rare que ce lien se rompe (1).

Ces petites chapelles solitaires, perdues au milieu des rochers ou parmi les bois, réveillent dans l'âme du voyageur le moins pieux mille sensations religieuses qui ressemblent au parfum longtemps oublié d'une fleur du pays natal, qui s'offre inopinément aux yeux dans une contrée étrangère. Un auteur moderne, qui ne se pique pas de catholicisme, retrace d'une manière charmante les émotions qu'il éprouva à la vue d'une de ces madones champêtres, cachée dans les montagnes du: Tyrol. « Au détour de la montagne, dit-il, je trouvai une petite niche creusée dans le roc, avec sa madone et la lampe que la dévotion des montagnards entretient et rallume chaque soir dans les solitudes les plus reculées. Il y avait au pied de l'autel rustique un bouquet de fleurs cultivées et nouvellement cueillies. Cette lampe encore fumante, ces fleurs de la vallée toutes fraîches encore, à plusieurs milles dans la montagne stérile et inhabitée, étaient des offrandes d'un culte plus naïf et plus touchant qu'aucune chose que j'aie vue en ce genre. A deux pas de la

(1) Le respect des bandits italiens pour la Madone est une chose bien connue : l'un d'eux se laissa prendre sans résistance, parce que les sbirri l'attaquèrent un samedi, jour où il avait fait vœu, devant l'autel de la Vierge, de ne jamais se servir de ses armes, même pour défendre sa vie. (Voyez le P. de Barry.)

madone, était un précipice qu'il fallait côtoyer pour sortir du défilé : la lampe de la Vierge devait être fort utile aux voyageurs de nuit. »

Le cierge du pauvre soldat.

Le vendredi 16 août 1860, un militaire dont la poitrine était ornée d'une croix d'honneur et des médailles de Crimée et d'Italie, se présentait, les guêtres boueuses, à la porte de l'église de Notre-Dame d'Avénières.

Avant d'entrer il demanda à une marchande de bougies le prix du plus beau cierge qu'elle avait.

— J'en ai de 10 francs, répondit la marchande.

Et le militaire , ouvrant son porte-monnaie , déposa devant elle une pièce de cinq francs :

— C'est tout ce que je possède, dit-il, donnez-moi un cierge pour cette pièce.

Pendant ce colloque , un groupe de curieux s'était rassemblé autour du militaire et de la marchande. Une des personnes présentes , une femme , se prit à dire : — Mais un cierge de trois francs suffit bien.

— Madame , répliqua le militaire, je ne pourrai jamais payer, au moyen de n'importe quel don, tout ce que je dois à Notre-Dame d'Avénières; non, je ne donnerai jamais assez.

Et il entra dans l'église, tenant son cierge , qu'il alluma et plaça ensuite devant l'autel de Notre-Dame.

L'action de ce militaire avait ému l'assistance. Quelqu'un offrit à ce brave, échappé des périls de Solferino, une pièce de monnaie pour lui aider à faire sa route. Il remercia son bienfaiteur et ne voulut rien recevoir. La pièce, enveloppée dans un morceau de papier, lui fut, malgré tout, remise en main. Il ne fit pas d'autres difficultés, s'en alla chez un boulanger faire l'acquisition d'une petite miche de 5 centimes,

à laquelle il fit honneur en revenant à l'église pour déposer dans le tronc le reste de sa pièce.

Punition d'un jeune impie.

Saint Etienne, abbé dans la ville de Constantinople, était très-dévot envers la sainte Vierge {Marché 20 novembre). Il y avait sur la façade de son église une belle image de la Mère de Dieu devant laquelle brûlait continuellement une lampe. Or, que faisait le saint abbé? lorsque les malades venaient à lui pour être guéris, il prenait souvent l'huile de cette lampe pour faire des onctions ; et les infirmes recouvraient aussitôt la santé. Les chrétiens ont toujours eu la pieuse coutume de faire brûler des cierges devant l'image de la sainte Vierge, et de même que Marie a récompensé ceux de ses serviteurs qui lui rendaient cet hommage, elle a puni ceux qui en faisaient un objet de mépris, comme cela arriva en Bourgogne. Il y avait dans un village de cette province une belle image de Notre-Dame : pour l'honorer, les habitants convinrent que, chaque soir, l'un d'eux allumerait à ses propres frais une lampe , de manière à ce qu'elle pût s'entretenir jusqu'au lendemain. (Auriem., part. 1, ch. 12.) Lorsqu'un certain nombre d'entre eux eut rempli ce devoir, celui dont le tour arrivait de s'en acquitter, soit avarice, soit ennui, s'y refusa en disant : Cette femme a-t-elle besoin de lumière, ne va-t-elle pas bientôt dormir? A peine eut-il prononcé ces paroles impies qu'il fut frappé d'une cécité incurable; mais ce qu'il y avait de plus merveilleux , c'est que le soir il perdait la vue à l'heure même où l'on devait allumer la lampe, et en demeurait privé jusqu'au lendemain matin ; la sainte Vierge sans doute eut compassion de la pauvreté de cet homme , mais elle voulut en même temps le punir de son sarcasme impie.

Tempête apaisée par un cierge allumé en l'honneur de Marie.

Pendant que l'empereur Charles-Quint assiégeait la ville d'Alger, Tan 1541, il s'éleva une si horrible tempête sur la mer, que l'armée fut sur le point de périr. Dom Pierre Yalez, comte d'Ognate , avait un cierge bénit de la confrérie du Rosaire, qu'il fit allumer en l'honneur de Marie, et aussitôt la tempête cessa. Ce prodige fut suivi d'un autre, le feu brûla la cire sans toucher à l'image de la très-sainte Vierge, qui s'y trouvait représentée, et le cierge dura fort longtemps. En mémoire de cette délivrance miraculeuse , on porta le cierge à l'autel du Rosaire du couvent de la Victoire (1).

Marie protège saint Guy , confesseur.

Ce Saint désirait, dans sa jeunesse, se donner à la vie solitaire, et il arriva pour son bonheur à une petite ville, près de Bruxelles, où on lui montra une église consacrée à la Mère de Dieu ; il y entra pour faire une oraison. Le prêtre , desservant de l'église , l'engagea à s'y établir en qualité de gardien; et Guy, qui ne désirait rien tant que de servir Marie, accepta facilement son offre. Le soin qu'il mettait à entretenir le pavé de l'église, à préparer les cierges et à disposer en bon ordre les vases sacrés, était admirable. Le démon fut jaloux de ce pieux esclavage de Guy envers la sainte Yierge ; à son instigation un marchand persuada au saint de quitter l'église et de se donner au commerce. On prépara donc le navire sur lequel Guy devait

(l) Le Rosier mystique y chap. 8.

s'embarquer, pour aller faire acquisition de nouvelles marchandises. Mais Marie ne permit point que son serviteur tombât dans cette faute. Tout à coup les eaux du fleuve se gonflèrent; le navire demeura engagé dans les sables , et il ne fut plus possible de l'en faire sortir. Guy lui-même essaya de le mettre en mouvement., mais tous ses efforts furent vains, et la rame lui resta attachée à la main. Alors il ouvrit les yeux, reconnut le miracle, retourna à l'église, et confessant avec larmes sa faute à la sainte Yierge , la rame se détacha de sa main et il obtint son pardon. Puis , pour expier son péché, il se consacra à Marie avec un plus ardent amour. Après sa mort , on éleva sur son tombeau une église que Ton dédia à la sainte Yierge.

(Bolland., 12 sept. Vie de saint Guy.)

Miracle de saint Léon, abbé.

Un moine , nommé Jean , cellérier du monastère dont saint Léon était supérieur, vint un jour trouver le Saint et se jeta à ses pieds en lui disant : Mon Père, le travail que vous m'avez imposé est au dessus de mes forces, je ne puis supporter de si grandes fatigues; je vous prie donc de mettre à ma place un autre frère qui puissse mieux s'acquitter de cet emploi. Le Saint, qui pressentait ce qui devait arriver au moine, lui répondit : Persévère, ô mon fils ; dans peu de temps tu seras, contre ton désir, délivré de ces travaux que tu redoutes. Peu de temps après, le religieux fut couvert d'une lèpre horrible qui le rendait un objet de compassion pour tous. Après avoir souffert pendant six mois de cette pénible infirmité, il alla se jeter aux pieds de Léon et lui dit : O mon père! ayez pitié de moi, et délivrez-moi de l'état malheureux où je suis tombé. Léon fut attendri jusqu'aux larmes ; il entra dans l'église , s'agenouilla devant

une image de la sainte Vierge , la serra entre ses bras et demeura longtemps en silence et en prière. Puis il fit venir le religieux, lui fit des onctions sur tout le corps avec l'huile de la lampe qui brûlait devant l'image de Marie et forma sur lui le signe de la croix, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Aussitôt la lèpre disparut, et il fut guéri si parfaitement qu'il ne resta même aucune trace de l'affreuse maladie dont il avait été frappé. (Bolland., 1er mars.)

Bonté de la sainte Vierge envers un esclave maure.

Un gentilhomme de Naples très-dévot à Marie avait placé dans le lieu le plus retiré de sa maison une image de la très-sainte Vierge qu'il honorait d'un culte particulier. Un esclave maure employé à son service depuis quelques années, ayant considéré cette image , la trouva fort belle , et pour lui rendre ses hommages, il prenait sur ses économies afin d'entretenir une lampe qu'il avait le soin d'allumer tous les jours devant l'image au coucher du soleil. Son maître et les autres domestiques l'ayant remarqué, lui adressèrent quelques questions sur «cette pieuse pratique. « Cette image , leur répondit-il, me plaît beaucoup, je la trouve bien touchante, et j'offre de bon cœur mes petits services à cette Dame qu'elle représente, plein de confiance qu'elle m'assistera dans mes besoins. » Toute la ville s'entretenait de la dévotion de cet esclave à l'auguste Mère de Dieu. Un Père de la Compagnie de Jésus en ayant entendu parler , résolut de le voir et de lui persuader de se faire chrétien. Il le visitait souvent et lui parlait de Jésus-Christ, sans jamais pouvoir le décider à embrasser la religion chrétienne. Tout ce qu'il obtint de lui, fut qu'il continuerait de faire sa cour et de rendre ses hommages à cette belle image. Or, le Père jésuite espérait que, pour le récompenser de cette pieuse

pratique , la très-sainte Vierge lui obtiendrait la grâce de la conversion, ce qui en effet ne tarda pas à arriver.

Une nuit , pendant que l'esclave dormait profondément , il fut tout d'un coup réveillé par la voix d'une Dame vénérable qui se présenta à lui. Bien étonné de cette visite, il lui demanda qui elle était, ce qu'elle voulait, et comment elle avait pu entrer dans sa chambre tandis que la porte en était fermée. « Je suis, répondit cette Dame, Marie, la Mère de Dieu, celle à qui vous rendez tant d'honneur tous les jours, en allumant une lampe devant mon image; celui que vous voyez avec moi est Joseph, mon chaste époux; nous sommes entrés pendant que les portes étaient fermées, pour vous montrer que je suis la Reine du ciel et de la terre, et pour vous engager à vous faire chrétien et à prendre au baptême le nom de Joseph. »

L'esclave fut ravi de voir la faveur que lui faisait Marie en daignant le visiter. Cependant, après l'avoir humblement remerciée, il lui dit : « Je vous prie, Madame, de m'ordonner toute autre chose, je suis prêt à vous obéir, mais je ne puis me résoudre à devenir chrétien. » Mais la Mère de Dieu le pressa et lui fit de si vives instances qu'il promit de se rendre à ses désirs et de porter le nom de Joseph. Il ajouta qu'une seule chose lui manquait, c'était la mémoire pour apprendre les longues prières que les chrétiens adressent à Dieu.

La sainte Vierge l'encouragea beaucoup et ouvrit son cœur à la plus douce espérance. Elle lui conseilla de s'adresser au religieux qui l'avait exhorté à se convertir. Lorsqu'elle se retirait, l'esclave la pria de revenir quand il serait triste et affligé pour le consoler; elle le lui promit et disparut.

L'heureux esclave, rempli d'une consolation toute céleste, raconta au Père jésuite tout ce qui s'était passé. Dès qu'il

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fut suffisamment instruit, il reçut le saint baptême avec de grands sentiments religieux et prit le nom de Joseph. Peu de jours après, en proie à la tristesse à cause de quelques affaires domestiques, Joseph eut recours a la Mère de Dieu, et levant les yeux au ciel , il dit , en versant des larmes : « C'est à présent , ma bonne Mère, que j'ai besoin de vos consolations dans l'extrême affliction où je suis plongé. » A l'instant même, Notre-Dame lui apparut et le remplit d'une grande joie par ces seules paroles : « Joseph, souffrez avec patience. »

{Paul de Barri, — Patrignani, — le Rosier mystique.)

Le Phare céleste.

Le jour que Guillaume, comte de Sarbourg, fut fait chevalier, il se consacra à Marie et ordonna que chaque matin sur son autel on allumât un cierge en l'honneur de sa puissante prolectrice. Comme il revenait de la Terre Sainte, le vaisseau qui le portait fut assailli par une tempête si violente que les marins furent obligés de jeter à la mer ce qu'il y, avait à bord, même une petite cuvette qui appartenait a Guillaume et qui renfermait ses bijoux les plus précieux; mais le danger était toujours aussi grand; la nuit était obscure et la tempête sévissait avec la plus grande fureur, lorsque les voyageurs et les matelots aperçurent sur l'un des mâts du vaisseau une femme remarquable par sa majesté et tenant à la main un cierge allumé. A celte vue ils reprirent courage et avec raison. La mer devint tout à coup tranquille, la tempête cessa, et ce cierge que le pieux comte avait offert à Marie leur mérita d'arriver sains et saufs au rivage qu'ils croyaient ne revoir jamais. (Barri, 8 mai.)

Les cierges du Bienheureux Jean Grande (1).

Le Bienheureux Jean Grande, de l'Ordre de Saint-Jean de Dieu, eut le bonheur d'avoir une mère très-pieuse qui jeûnait le mercredi, le vendredi et le samedi. L'enfant retint cette coutume de celle qui lui avait donné le jour ; ces jourslà il ne voulait prendre le sein qu'une seule fois vers midi. Quand il eut un peu grandi, il fut confié aux soins d'un prêtre fort instruit, sacristain de la paroisse; le jeune Grande servait les messes, assistait aux offices, et savait si bien se rendre aimable par son angélique piété, que le recteur projetait de lui confier unechapellenielorsqu'il serait entré dans les ordres. Le soir il restait ordinairement seul dans l'église : alors il allumait les cierges de l'autel de la très-sainte Vierge et y passait de longues heures en prière. Le sacristain le surprit une fois et lui reprocha une dévotion qui devenait trop coûteuse à l'église.

— Mais remarquez, je vous en prie, répondit l'enfant, que les cierges de Notre-Dame brûlent sans se consumer.

Le sacristain voulut s'assurer du fait, et, à son grand étonnement, il constata que le poids des cierges n'avait pas diminué. La très-sainte Yierge montrait par ce prodige combien lui plaisait la dévotion de cet aimable enfant.

(Vie du Bienheureux, par l'abbé E. Daras.)

Vn célèbre pèlerin de Notre-Dame de Chartres.

Le plus dévot et le plus généreux pèlerin du quinzième siècle fut un prince français, tige de la branche royale de

(1) Il a été béatifié par Pie IX, le 13 novembre 1853.

Bourbon-Vendôme, dont est issu Henri IV. « S'étant trouvé en grands périls de sa vie à la guerre, et ensuite dans nne rude prison de neuf ou dix mois, dont il échappa par une protection visible de la sainte Dame de Chartres, à laquelle il s'était voué, il vint, avec un appareil pieusement magnifique, lui rendre ses actions de grâces et s'acquitter de son vœu. Il y arriva le mercredi 31 mai 1413, veille de l'Ascension ; ayant rencontré la procession des Rogations à la porte des Epars, il mit pied à terre, lui et toute sa suite qui était composée de plus de cent chevaliers et écuyers, et escorta ladite procession jusqu'à la cathédrale, où il entendit tout l'office du jour.

« Le lendemain, à l'issue de matines, pour satisfaire au vœu qu'il avait fait, il s'en alla pieds nus jusqu'à l'église, s'agenouilla sur les degrés de la porte royale, tenant en main un grand cierge pesant cinquante livres ; là il déclara, devant les chanoines et le peuple assemblé, de quelle manière, par l'intercession de la sainte Vierge, il avait été délivré des périls de sa vie et dégagé de sa prison. En même temps il supplia l'assistance de vouloir lui aider à remercier dignement ladite glorieuse Vierge Marie. S'étant relevé, il se rendit devant l'image de Notre-Dame, et déclara solennellement que désormais il était devenu et devenait, de sa personne, homme de ladite glorieuse Vierge Marie et de sadite église. :Alors les chanoines chantèrent l'hymne O gloriosa Domina, et le comte de Vendôme offrit le gros cierge qu'il portait, et cent autres petits cierges que tenaient les chevaliers et écuyers de sa suite. Puis, s'étant rendu dans la chambre capitulaire, il raconta aux chanoines comment son frère, Jeacques de Bourbon, fondit tout à coup sur les Vendômois avec une nombreuse armée et le fit prisonnier; comment sous les menaces de mort, il avait fait abandon de ses biens et héritages ; comment il fut délivré miraculeusement

de prison et remis en possession de ses biens, après avoir fait vœu à Notre-Dame de Chartres.

Ce vœu consistait à faire un voyage de dévotion à Chartres et à y faire ériger une chapelle (c'est la chapelle qui est appelée la Chapelle de Vendôme). Le comte exécuta son vœu, fit de riches offrandes au sanctuaire de Notre-Dame, fonda cinq services solennels à dire le lendemain des cinq fêtes de la glorieuse Vierge Marie, à savoir de l'Assomption, de la Nativité, de la Copception, de la Purification et de l'Annonciation de Notre-Dame ; pour lequel service il assigna 65 livres tournois de rente perpétuelle ; et en outre, une messe solennelle tous les ans, en l'honneur de la sainte Vierge, pendant sa vie, laquelle serait convertie en un obit annuel après sa mort (1). »

Dévotion de sainte Chantai à V Immaculée-Conception (2).

On ne saurait se faire une idée de la manière dont sainte Chantai, devenue religieuse, disposait le cœur de ses filles à célébrer les fêtes et les mystères de la très-sainte Vierge. Quand une de ces solennités approchait, et surtout quand elle était venue, on n'entendait dans le monastère que cantiques de jubilation, d'amour et de tendresse à Marie. Mais la vénérable prieure surpassait toutes ses sœurs par l'ardeur de son affection et de ses prières. Elle ne cessait de répéter cette belle invocation : Monstra te esse matrem, ^Montrez que vous êtes notre Mère.

Dans toutes les nécessités publiques ou privées, elle recourait de suite aux chapelets et aux neuvaines à Marie. Elle aimait tant la fête de la Conception de la bienheureuse

(1) Tableau historique du Vendômois.

(2) Marie, Reine des Saints.

Vierge, qu'elle fit son possible pour la faire solenniser partout, et qu'elle alluma un feu de joie, dans la communauté, quand le doyen de Notre-Dame de Nessy eut promis de la célébrer chez lui, et de l'annoncer par le son de la principale cloche du lieu. Pour elle, elle se fit une règle de réciter le chapelet de l'Immaculée-Conception neuf jours après la fête, et elle affirmait qu'elle était prête à donner sa vie pour la défense de cette sublime prérogative de la Vierge fidèle.

Tendresse de saint Jean-Joseph de la Croix pour Marie.

Saint Jean-Joseph de la Croix, franciscain, dès son enfance se distingua par une ardente dévotion à Marie. Il honorait l'auguste Mère de Dieu en jeûnant au pain et à l'eau le samedi et la vigile de ses fêtes. Tous les jours il récitait l'office en son honneur.

Soyez dévots à Marie, disait-il à ses pénitents et aux malades qu'il visitait; recourez à Marie, elle vous consolera, elle vous aidera, elle vous tirera du danger. Un jour que son amour pour cette bonne Mère embrasait son cœur d'une ardeur qu'il ne pouvait plus contenir, il dit à un jeune clerc de son ordre : Appelle-la du doux nom de Mère; dis-lui : Maman, maman, chère mère Marie ; sois-lui bien dévoué, mon fils ; c'est ta mère.

Le plus précieux trésor de sa cellule était un tableau de la très-sainte Vierge qui lui avait été donné par le célèbre peintre Matthéis ; il le regardait souvent et semblait le consulter dans les circonstances difficiles où il se trouvait. On disait que la sainte image lui avait parlé plusieurs fois. Ce qui est certain, c'est qu'un jour une malade à laquelle il l'avait envoyée pour la consoler, ayant voulu la garder malgré le Père, celui-ci la retrouva, en rentrant dans sa cellule, suspendue à sa place ordinaire.

Quelque temps avant sa mort, il dit au frère Michel, son compagnon: Il peut se faire que je sois frappé de mort sans pouvoir parler; voici donc ce que je vous prie de faire en ce cas-là. Je désire que le tableau de la très-sainte Vierge soit placé sur un autel de l'église, et qu'on fasse brûler devant lui des cierges; si l'on en manque, demandez-en à mes pénitentes, elles vous les donneront. Ce tableau fut en effet placé sur l'autel auprès duquel on l'inhuma, et la piété des fidèles y entretint des cierges allumés selon le désir du Saint

Traits édifiants de la vie du Bienheureux Crispino de Viterbe.

Les premières impressions que l'on reçoit dans l'enfance ne s'effacent jamais entièrement, et souvent elles exercent une grande influence sur le reste de la vie. Nous en avons une preuve dans la vie du Bienheureux Crispino de Viterbe, frère-lai des Mineurs Capucins.

Il n'avait encore que cinq ans, lorsque sa pieuse mère le conduisit, le jour de l'Annonciation, à l'église de Notre- Dame délia Quercia, ou du Chêne ; elle se mit à genoux devant l'image miraculeuse qu'on y honore, et après l'avoir consacré à Marie, elle lui dit en lui montrant son image : « Regarde, mon enfant : voilà ta Mère, je te donne à elle en ce moment ; aime-la toujours de tout ton cœur, et honorela comme ta patronne. »

Ces paroles firent une telle impression sur le Bienheureux, que dès lors il ne l'appela plus que sa Mère et sa Dame. Dès qu'il eut l'âge de raison, il jeûna la vigile de ses fêtes, et le samedi il ne prenait que du pain et de l'eau.

Sa pieuse mère lui avait encore appris à recourir à sa puissante protectrice dans tous les dangers : « Mon enfant,

lui disait-elle, il faut, dans le péril, s'écrier : Vierge Marie, venez à mon aide; et elle y viendra. » L'enfant retint cette parole. Un jour qu'il était monté sur un arbre avec ses petits camarades, une branche se cassa, et ils tombèrent sur des pierres ; ils furent très-grièvement blessés, excepté le Bienheureux, qui s'était souvenu d'invoquer Marie.

Une autre fois, un jeune poulain, échappé des écuries du comte Bussi, le renversa dans la rue et le foula aux pieds ; les passants vinrent le relever, croyant le trouver mort : il n'avait aucun mal, et attribuait cette préservation si extraordinaire à la protection de Marie.

Quand il eut dix ans, ses parents le mirent en apprentissage chez un de ses oncles qui était cordonnier. Tous les samedis soir, quand il était content de son travail, cet oncle lui donnait une petite pièce d'argent. Le Bienheureux jeune homme courait au marché, y achetait un bouquet de fleurs : « Donnez-moi les plus belles que vous avez, disaitil au marchand, car c'est pour les offrir à une grande dame. » Il allait ensuite les porter à une statue ou à quelque image de la très-sainte Vierge, et restait toute la matinée du dimanche à servir les messes dans cette église avec une piété angélique.

Un peu plus tard; il entra au couvent. Ce fut un grand chagrin pour ses parents. « Pourquoi pleurez-vous, disait-il à sa mère; ne m'avez-vous pas donné à la très-sainte Vierge dès l'âge de cinq ans? Pouvez-vous reprendre ce que vous lui avez offert? Vous n'avez fait aucune réserve, je ne m'appartiens donc plus. »

Quand il fut profès, on l'envoya au couvent de la Tolfa, où il devint cuisinier; il éleva un autel à la très-sainte Vierge dans la cuisine, et il avait le soin de le garnir toujours de fleurs si fraîches et si odorantes, que l'air en était embaumé. Il aimait à y chanter tous les soirs les litanies

de sa bonne Mère avec deux clercs qui l'aimaient beaucoup. Marie ne tarda pas à récompenser la piété de son serviteur.

Une affreuse épidémie ravagea la Tolfa, pays voisin de la mer ; une dame nommée Gallirna en fut atteinte. Elle avait une grande confiance dans le Frère Crispino, dont elle connaissait la vertu ; elle fit prier le gardien de permettre au Bienheureux de lui faire une visite. Quand le Saint fut entré chez elle, cette dame lui demanda de faire le signe de la croix sur sa tête avec la médaille de son chapelet, qui représentait Y Immaculée Conception ; le Bienheureux le fit, et aussitôt la malade fut guérie.

Il fut envoyé plus tard à Albano. La première chose qu'il fit fut déplacer dans sa cuisine une belle image de la trèssainte Vierge, qu'il orna de fleurs et devant laquelle il aimait à prier. Quand on venait le voir, il conduisait les visiteurs devant cette image; et il leur récitait les belles stances que le Tasse a consacrées à Marie dans sa Jérusalem délivrée. C'était pour lui l'occasion de pieux entretiens, et il ranimait la ferveur de ceux qui l'écoutaient. Un religieux lui reprochait un jour de se servir ainsi des poètes profanes :

— Mon Père, lui répondit le Bienheureux, le poisson ne va pas de lui-même à l'hameçon du pêcheur, il faut qu'il y soit attiré par quelque appât. Nos cilices et nos jeûnes ne sont guère du goût des gens du monde ; ces stances les attirent et leur font écouter le petit discours que j'y ajoute.

Le pape Clément XI aimait à visiter le pauvre frère cuisinier. Il alla un matin entendre la sainte Messe dans son couvent ? il y fit apporter de la cire, ordonnant qu'on ajoutât deux cierges pour la sainte Vierge du Frère Crispino. Ce don avait trait à -une aventure toute récente qu'on lui avait rapportée :

Un seigneur de Brescia avait donné au Bienheureux deux fleurs magnifiques brodées en soie pour son autel. Quelques jeunes gens qui allaient et venaient dans la cuisine volèrent les fleurs, ce qui causa une grande peine au Frère Crispino, à cause du peu de respect que ces jeunes gens témoignaient pour la très-sainte Vierge, à qui ces fleurs étaient destinées. Le Père Damasceni, qui était fort aimé de Clément XI, lui donna peu après deux cierges; le Bienheureux les allume sur son autel, et sort dans le jardin pour cueillir des légumes. Le Père Damasceni fit aussitôt enlever les cierges, en sorte que, quand le Frère rentra, il crut qu'on les lui avait encore volés. Il s'en plaignit à la très-sainte Vierge de la manière la plus touchante et la plus naïve. « Mais comment? lui dit-il avec une familiarité toute filiale ; hier les fleurs, et aujourd'hui les cierges. Mais vraiment, ma Mère, vous êtes trop bonne. Quelque jour, ils vous prendront votre Fils dans les bras et vous n'oserez rien dire. Oui, je vous le dis, je vous le répète et je vous le dirai mille fois, vous êtes si bonne qu'ils finiront par vous enlever votre Fils. »

Le Père Damasceni, qui s'était caché, écoutait ses reproches affectueux, sans que le Bienheureux pût le voir; il rentra dans la cuisine, lui rendit les cierges et le quitta, admirant cette tendresse si vive, si confiante qu'avait le serviteur de Dieu pour Marie. Il en parla sans doute au Pape, qui voulut aussi offrir des cierges à l'autel du Bienheureux; c'est pourquoi, après la messe, il le fit venir, lui donna lui-même les cierges, pour qu'il les fît brûler devant l'image de la très-sainte Vierge, et qu'il la priât de l'assister dans le gouvernement de l'Église, agitée alors par de nombreuses calamités.

Un autre jour que le Pape entendait la messe au couvent, un de ses camériers, Mgr Adriani, fut pris de coliques si

violentes, qu'il fut obligé de quitter l'église. Il était souvent sujet à ces douleurs, dont les médecin n'avaient jamais pu le guérir. 11 rencontre frère Crispino, qui, touché de ses souffrances, le mène à son autel, lui fait prendre une des fleurs offertes à la très-sainte Vierge, et le délivre de son infirmité pour toujours. Le médecin du Pape, ayant appris cette guérison, dit au bon religieux :

— Vos remèdes ont plus de vertu que les nôtres.

— Monseigneur, répondit le Bienheureux, vous êtes un savant médecin, et toute la ville de Rome vous connaît comme tel; mais la très-sainte Vierge est encore plus savante que vous et que tous les médecins du monde.

(Vie du Bienheureux, par le Père Ribadeneira.)

Deux pauvres vieillards préservés de la mort en faisant brûler un petit cierge en l'honneur de Marie (1).

Voici un fait touchant qui vient de se passer en Belgique. Deux pauvres vieillards, le mari et la femme, vivaient à grand'peine dans un misérable petit galetas qu'ils payaient

(l) La dévotion à Marie est par excellence la dévotion des pauvres.

Marie est du peuple. Fille d'un pasteur de Juda, épouse d'un pauvre charpentier, elle enfante dans une crèche. Le fils qu'elle met au monde est un Dieu ; mais un Dieu non-seulement fait homme, mais fait pauvre, pour être le Dieu des pauvres. C'est pour cela que l'humilité et la bassesse de sa servante lui ont valu la grâce d'être sa Mère. Fidèle à cette grâce, elle reste associée à la destinée, de ce Dieu humilié. Pour l'humilier, ce semble, davantage, ce sont des pâtres qui sont les premiers appelés à honorer sa Maternité en adorant l'Enfant qu'elle leur présente. Elle le porte bientôt après au temple, pour l'y consacer par l'humble sacrifice de deux colombes. Elle fuit avec lui en Egypte, dans un pauvre équipage, pour le soustraire à la fureur d'un roi ; et elle ne revient dans la bourgade méprisée de Nazareth que pour l'y faire oublier dans l'obscurité dont elle le couvre

vingt francs par an. Ils se couchaient bien souvent sans souper, et souvent aussi, ces jours-là, leur déjeuner avait consisté en quelques croûtes détrempées dans de l'eau.

Ils n'osaient pas faire connaître leur pauvreté. Ils avaient été à leur aise autrefois. Peu à peu ils avaient tout vendu...

Un jour, c'était un samedi, ils se trouvèrent sans un sou, sans pain, sans aucune nourriture.

La femme était impotente ; le mari, malade et obligé de garder le lit... La journée se passa dans l'angoisse et la nuit survint sans qu'ils eussent rien mangé.

Ils pleuraient et priaient. La journée du dimanche fut encore plus affreuse. Le soir, le besoin fit sortir de chez elle la pauvre percluse. Mais la honte l'arrêta quand il fallut demander; elle revint dans sa chambre plus épuisée, plus découragée qu'auparavant. Il y avait quarante-huit heures qu'ils n'avaient rien pris. La sueur ruisselait sur leurs visages hâves et pâles. « Nous allons mourir, ma pauvre femme, dit le vieillard, Dieu nous abandonne ! »

La pauvre vieille ne répondait point. Quelque temps après, cependant, elle relève la tête, et comme frappée

jusqu'à trente ans. Quand il se manifeste par les prodiges de ses miracles et de sa doctrine, elle disparaît dans la foule du peuple qui le suit et qui l'empêche de l'aborder. Quand il meurt du plus infâme supplice, elle en reçoit toute l'ignominie et en partage toute l'horreur au pied de son échafaud. Enfin, il n'est plus parlé d'elle que pour dire qu'elle était en société avec les Apôtres, pris d'entre le bas peuple, et plus particulièrement dans celle de Jean le batelier.

Que le culte d'une telle femme soit le culte de prédilection du pauvre et de l'humble, on le conçoit; car en elle et par elle c'est la cause du pauvre et de l'humble qui a triomphé dans l'univers. Aussi son chant de triomphe, le Magnificat, est-il le chant libérateur de l'humble contre le superbe, du petit contre le grand, du pauvre contre le riche.

d'une inspiration subite : « Mon ami, s'écrie-t-elle, invoquons la sainte Vierge. Elle est la consolatrice des affligés, et le refuge de ceux qui souffrent. C'est elle qui nous sauvera... Tiens, ajoute-t-elîe, il me reste un petit cierge dans ce tiroir ; faisons-le brûler devant son image ; Marie viendra à notre secours (1). »

Les deux infortunés, ranimés par ce dernier espoir, se lèvent avec peine, et, au milieu des ténèbres de la nuit, ils trouvent le cierge, l'allument et le placent devant une petite statue de la sainte Vierge qui n'avait point trouvé d'acheteurs, parce qu'elle n'avait point de valeur matérielle ; ils se mettent à genoux, et, appuyés l'un sur l'autre, ils appellent à leur aide Celle que jamais, dit- on, on n'invoqua

en vain. Ils pleuraient amèrement — Une ouvrière, qui

demeurait en face, dans la même cour, avait un enfant malade. Elle se lève au milieu de la nuit pour lui donner à boire, et en regardant par sa fenêtre, elle aperçoit de la lumière à la fenêtre des deux pauvres vieillards.

Elle les connaissait un peu, et ils se saluaient toujours quand ils se rencontraient.

« Ces pauvres gens sont-ils donc malades? » se demandât-elle. Et, poussée par je ne sais quel instinct, elle passe ses

(l) Le culte de Marie est le culte populaire par excellence. C'est par le libre concours et l'élan spontané des peuples que lui ont été élevés ses temples les plus fameux ; et, si splendide qu'y soit son culte, il est encore moins fervent que dans ces multitudes d'humbles sanctuaires où la misère l'invoque sous tous les noms qui répondent à ses besoins. Le peuple est toujours le plus empressé auprès de Marie, et ne permet guère aux riches d'en approcher. Il fait autel de tout pour la bonne Vierge. L'umble chaumière voit briller sa douce image, enfumée par la domesticité dont elle console les rigueurs ; le pan d'un mur, le creux d'un chêne, un tertre de gazon, tout ce qu'il y a de plus naïf et de plus humble, suffit pour l'honorer, et n'exprime que mieux la confiance populaire qui l'invoque. Nicolas.

vêlements, prend sa lanterne et monte jusque chez eux.

Elle pousse Ja porte... Quel douloureux spectacle!... Les deux infortunés, haletants, défaits, pouvant à peine se tenir, étaient plutôt affaissés qu'agenouillés devant l'image de la Mère du Sauveur.

Ils avouent leur position.

La charitable voisine court aussitôt leur chercher du bouillon, du pain, quelques autres petites provisions. Elle les embrasse, les console. Le lendemain, elle va avertir le curé et le président de la société de Saint-Vincent de Paul. L'un et l'autre se rendent de suite chez ces malheureux, et tout en leur reprochant affectueusement de ne pas être venus à eux plus tôt, ils leur donnent un secours provisoire, suivi bientôt d'une assistance plus sérieuse.

Pour comble de bénédiction, quelques jours après un petit héritage leur survint d'un parent éloigné, et, désormais à l'abri de la misère, ils racontent à qui veut l'entendre l'assistance vraiment miraculeuse qu'ils ont reçue de la sainte Vierge Marie.

Sans le petit cierge, en effet, ou plutôt sans la confiance en Marie qui leur suggéra la pieuse idée de le brûler devant son image, la bonne voisine ne fût pas venue à leur aide, et ils fussent morts de besoin avant l'arrivée de l'héritage...

j. ai. j.

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