II
de ce régiment profitèrent de cette halte pour aller pieusement visiter le sanctuaire de Marie. Parmi eux, il s'en trouvait peut-être qui s'y rendaient pour accomplir un vœu. .., car bien des vœux ont été faits à Marie pendant la guerre de Crimée:
Dernièrement, un aumônier de l'armée d'Orient citait, dans une des chaires de Cahors, l'exemple d'un officier
a vu, ce qu'il a touché ; et quand quelque détail lui a échappé, il l'avoue avec scrupule et se garde de donner des interprétations. Il est difficile de trouver un témoignage plus grave, plus compétent et plus discret.
Sans doute , le Bienheureux Raymond est rempli de vénération et d'admiration pour sainte Catherine. Les merveilles qu'il a vues n'étaient- elles pas propres à éveiller ses sentiments pour l'Épouse du Seigneur Jésus? Notre-Seigneur, d'ailleurs, en certaines circonstances, avait donné au Bienheureux Raymond les preuves des faveurs qu'il dispensait à Catherine. Comme le théologien hésitait encore néanmoins quelquefois, on sait l'avertissement qu'il en reçut. Un jour que Catherine lui racontait les révélations qu'elle avait eues, l'esprit du docteur se laissait alier au doute, et il se demandait s'il devait ajouter foi à ce qu'elle disait: tout à coup, à la place du visage de Catherine, qui était seule devant lui, il voit une face d'homme qui le regarde avec sévérité et qui le remplit de terreur. « Ce visage était « ovale et montrait la plénitude de la vie; la barbe, peu abondante, « avait la couleur du froment, et toute la physionomie était émet preinte de cette majesté qui révèle la présence de Dieu. Tout épou- « vanté, ajoute le B. Raymond de Capoue, je m'écriai en levant les a mains : -- Oh ! qui me regarde ainsi ? » -Et la voix de Catherine répondit : Celui qui est.
La vision disparut aussitôt . « Mais mon intelligence, dit encore ce l'historien, fut éclairée d'une lumière si abondante, principalement « sur l'objet de notre entretien, que je compris cette parole de Noce tre-Seigneur Jésus- Christ, promettant à ses disciples la venue du te Saint-Esprit : Et quœ ventura sunt annuntiabit vobis. Je puis pau raître insensé et je ne m'en défends pas, si les incré iules le veu- « lent; j'aime mieux passer pour fou que de ne pas rendre témoi- « gnage de la sainteté de Catherine, etc. »
quercinois qui, à l'assaut de la tour Malakoff, fit un vœu à Notre-Dame de Roc-Amadour. Marie eut ce vœu pour agréable; elle protégea celui qui l'avait fait : sur quarantequatre officiers du même régiment, qui prenaient part à Faction, trente-trois furent tués, les autres blessés plus ou moins grièvement, lui-même reçut trois blessures qui, heureusement, ne furent pas dangereuses; et, le lendemain, il envoyait son offrande à Roc-Amadour, en attendant le moment d'y aller lui-même en personne.
Un autre officier quercinois écrivait au curé de sa paroisse, deux jours après îa même bataille : « Mon régiment a été abîmé avant-bier, 8 septembre, à la prise de Sébastopol. J'ai passé huit heures sous le feu le phis atroce qu'on ait jamais vu ; nous avons perdu les quatre cinquièmes de notre monde... Moi, pas une égratignure ! ! ! C'était le 8 septembre, fête de Notre-Dame de Roc-Amadour. Je l'ai implorée le matin et souvent au milieu du feu dans la journée. J'ai promis que ma première visite serait à Notre-Dame de Roc-Amadour en rentrant en France. »
Un nouvel Augustin converti par Marie.
Nous lisons le trait suivant dans un journal religieux dv Paris, en date du 19 décembre 1857.
Un jeune Parisien de bonne famille avait, comme tant d'autres, perdu la foi dans les plaisirs et les excès de tout genre. Délaissé de ses parents, qu'il abreuvait d'amertumes, et, privé bientôt de toutes ressources, il fut admis dans un collège en qualité de professeur; mais sa conduite scandaleuse ne tarda pas à appeler sur lui l'attention de ses supérieurs, qui le chassèrent ignominieusement. Dès lors son libertinage ne connut plus de bornes. Les désordres où il se
plongea l'ayant réduit en peu de jours à la plus affreuse situation, le dégoût, la tristesse, le désespoir s'emparèrent de lui, et il résolut d'aller se noyer.
S'étant donc dirigé vers les bords de la Seine, il se disposait à accomplir son dessein lorsque tout à coup il entend une voix qui crie : « Gare ! Gare ! » C'était la voix de quelques mariniers qui arrangeaient leurs cordages et qu'il n'avait pas aperçus dans le trouble qui l'agitait. Alors il se retire, et, remontant le cours du fleuve, il va chercher un lieu plus solitaire pour se jeter à l'eau librement. Chemin faisant, une pensée frappe tout à coup son esprit : « Dans un quart d'heure, se dit-il, on recueillera par là mon cadavre, et puis on le portera à la Morgue!... Mais mon âme! — mon âme! où sera-t-elle?... » Il s'arrête brusquement, réfléchit quelques minutes., et, revenant sur ses pas, il rentre dans la ville, £t s'engage dans une rue qu'il parcourt dans toute sa longueur sans savoir où il va. Arrivé à l'extrémité de la rue, il lève les yeux et se trouve devant la porte de Notre-Dame des Victoires. Il entre instinctivement dans cette église et va s'asseoir à côté de la chaire, accablé de lassitude et d'émotions douloureuses.
C'était à la tombée de la nuit ; les lampes qui brûlent sans cesse devant la statue miraculeuse de Notre-Dame appellent les regards de l'infortuné jeune homme ; à l'éclat de leur lumière, il aperçoit tout à coup l'image de Marie, et à cette vue, comme il l'a avoué lui-même plus tard, il éprouve quelque chose dans le cœur, mais quelque chose de si étrange, de si saisissant que, se levant à l'instant même, il se précipite vers la porte de l'église et s'enfuit en toute hâte, comme pour échapper aux mains d'un ennemi. Le malheureux fut en proie durant tout le cours de la nuit, à ce sentiment inexprimable de terreur, et comme il ne pouvait s'en expliquer ni le motif, ni l'origine, il résolut de re-
tourner ie lendemain matin à l'église de Notre-Dame des Victoires.
En effet, dès le point du jour, il se dirigea de nouveau vers le pieux sanctuaire, où l'attirait, dit-il, une force invincible. A peine est-il entré, que ses yeux se portent d'euxmêmes vers l'image de Notre-Dame, aux pieds de laquelle était alors agenouillé le vénérable curé, M. Desgenettes. Il s'approche et l'appelle en disant à haute voix : Monsieur le curé ! — - Le saint prêtre se retourne et lui dit : Eh bien ! mon ami. — Ma foi, monsieur, lui répondit-il, j'ignore pourquoi je vous ai appelé. Toujours est-il, croyez-le bien, que ce n'est pas pour me confesser. Le bon curé, l'abordant alors avec douceur répliqua : Mais, mon ami, il n'est pas du tout question de cela ; seulement vous me paraissez bien triste. Qu'avez-vous donc? — Eh ! oui, monsieur, je suis bien triste, en effet, je suis même très-malheureux ! ... Je passai hier devant votre église et j'entrai ; j'ai voulu y revenir ce matin, et, puisque je vous y trouve, il faut que je vous dise mes impressions... C'en était fait, la grâce comptait un triomphe de plus ; la très-sainte Vierge avait arraché pour toujours au désespoir et au crime une âme dont la perte éternelle semblait être assurée.
Le vénérable curé de Notre-Dame des Victoires écoutait le récit que notre jeune libertin lui faisait de ses impressions, lorsque tout à coup il le vit fondre en larmes et tomber à genoux devant lui, en le conjurant de le confesser. A dater de cet heureux instant une transformation complète s'opéra dans ce cœur avili, dans cette nature si profondément dégradée. Le nouveau Saul est devenu, lui aussi, un vase d'élection ; la miséricorde infinie de Dieu l'a appelé au sacerdoce et aux sublimes fonctions de l'apostolat. Prêtre et missionnaire aujourd'hui, celui dont on vient de lire les égarements et l'admirable conversion est allé chercher les tra-
vaux et la gloire du martyre parmi les sauvages qui sont dans les îles lointaines.
Celui qui raconte ce fait l'a recueilli de la bouche même de M. Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires.
Saint Bernard exaucé par Marie.
Saint Bernard, avant de se rendre à Cîteaux, éprouva les fluctuations du doute, l'amertume du fruit de l'arbre de la science quand elle cherche autre chose que Jésus. Pour échapper aux pièges d'un monde dont il était l'orgueil et l'idole par son génie, son éloquence, sa beauté et peut-être aussi par sa vertu, il chercha une distraction dans l'étude, et en savoura les mâles et acres voluptés. Peu à peu d'épaisses ténèbres envahirent son intelligence; son cœur se glaça. Il s'en allait consumant les belles années de sa radieuse jeunesse dans l'incertitude, Je vague, le déchirement, la désolation, sans voir au ciel l'étoile qui devait lui montrer sa route sur la terre. Traversant un jour la campagne, il entra dans une église isolée, et, prosterné dans l'ombre d'un sanctuaire de Marie, il supplia cette Mère du Verbe de prendre en pitié son désespoir. Cette prière ardente et accompagnée de larmes fut entendue : le calme descendit dans cette âme troublée et dévastée, la lumière se fit dans son esprit, une secrète et suave onction dilata son cœur.
Fidélité de saint Henri à visiter Marie.
Quand l'empereur saint Henri entrait dans une ville, sa première visite était toujours pour l'éqlise de la sainte Vierge. Humblement prosterné devant son auguste patronne, il lui rendait les plus affectueux hommages, et lui adressait toutes ses demandes avant d'aller vaquer à ses
affaires. Il eut la consolation, pendant sa vie, de faire construire près de mille églises dont la plupart furent dédiées à la Mère de Dieu et ornées avec une magnificence vraiment royale (1).
La vocation de Thomas Sanchez favorisée par Marie.
Vers la fin du seizième siècle vivait un saint religieux, très-dévoué à Marie ; il était bègue de naissance, et, malgré cette infirmité, qui était un empêchement aux saints ordres et à la vie religieuse, le jeune Thomas ne pouvait néanmoins se défendre contre l'ardent désir d'être prêtre et d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Mille fois il avait éloigné de son cœur cette pensée, et mille fois elle était venue l'assaillir comme le flot qui, soulevé par le vent de l'aquilon, remonte et redescend sans cesse près le rocher du rivage. Nulle part il ne trouvait le repos dont son âme avait grand besoin, et, lorsque tout dans la nature trouvait le calme au milieu de la nuit silencieuse, Sanchez était sans cesse agité et le doux sommeil fuyait ses paupières fatiguées. Souvent il fondait en larmes et priait le Seigneur d'étouffer en lui un désir qu'il était impossible de combler, ou de lui fournir les moyens de vaincre les obstacles qui l'arrêtaient dans ses pieux desseins. Déjà il s'était présenté plusieurs fois à la Compagnie de Jésus, mais en vain ; toujours il en avait été repoussé à cause de son infirmité.
Un jour que, plus désolé que de coutume, il s'était retiré dans sa chambre et baignait son lit de ses larmes, il lu| vint en pensée de recourir pour un miracle à celle qu'on appelle la consolatrice des affligés et la santé des infirmes.
(1) Gonon, Chronique de Marie, p. 133.
C'était une inspiration du ciel et le célèbre pèlerinage de Notre-Dame de la Fontaine de Cordoue lui fournit l'occasion d'exécuter ce pieux projet. îl se lève donc brusquement, et, à travers les ombres de la nuit, sous un ciel d'azur qu'à peine éclairaient les pâles rayons de la lune se levant derrière les montagnes, il s'en va frapper à la porte de Notre-Dame. Tous les pèlerins s'étaient alors retirés, et un morne silence régnait à l'autel de Marie et sous les arceaux du sanctuaire fermé.
Thomas frappe et frappe encore à la porte de la bonne Mère ; mais le sacristain fatigué est endormi d'un profond sommeil et n'ouvre point au dévot de Marie. Thomas alors se jette à genoux sur la dalle froide du vestibule et y prie instamment jusqu'à l'aube du jour; et, quand le soleil ouvre les portes de l'orient et ramène au temple saint la foule des pèlerins, il entre et prend place devant l'autel de celle que la foin'a jamais invoquée en vain. Sa prière fut courte, mais elle monta comme un parfum d'agréable odeur vers le trône de la Mère de Dieu:
« Vierge puissante, ô ma Mère chérie ! s'écria-t-il, prenez pitié de moi ! Non, je ne puis plus vivre dans ces cruelles agitations. Je veux mourir ici si vous ne me rendez l'usage de ma langue. » En disant ces mots il répandit un torrent de larmes.
Une foi si vive et une persévérance si belle furent tellement agréables à la Mère de Dieu qu'il obtint le miracle qu'il avait demandé. Il fut incontinent guéri, et, peu de temps après, il entra dans la Compagnie de Jésus.
Le pieux religieux conserva toute sa vie la reconnaissance pour cette faveur et, toutes les fois qu'il revenait à Cordoue, fût-ce au milieu de la nuit, il allait toujours, avant que d'entrer au collège de la Société, saluer la Vierge, sa divine libératrice, et le lendemain il y retournait pour y ce-
lébrer la sainte messe et y passer le reste de la journée en prières et en actions de grâces.
Après sa mort, arrivée en 1610, on trouva dans sa chambre un petit livre sur lequel étaient écrites ces paroles ; « Que toutes mes affections soient pour Jésus crucifié, pour l'adorable Sacrement de nos autels et pour la Vierge Marie, au service de laquelle je m'appliquerai très-particulièrement. En toutes mes nécessités, j'aurai recours à elle comme à ma mère : de tout ce que je ferai pour le service de Dieu je lui en rendrai grâces, par elle, et par ellemême je lui demanderai pardon de mes fautes: ce sera encore par elle que je prierai Dieu pour ceux qui me feront souffrir. »
C'est ainsi que les âmes dévouées à Marie doivent s'exciter et se prescrire de saintes lois pour l'honorer et la servir dignement.
{Extrait des manuscrits de la Compagnie de Jésus, par Ribadeneira.)
Saint François B orgia.
Saint François de Borgia donna, quelques jours avant sa mort, un beau témoignage de son amour pour Marie et de sa confiance en sa protection. Il arrivait, exténué de travaux et d'austérités, pour mourir dans la Ville éternelle, selon le désir qu'il avait toujours nourri au fond de son cœur. En entrant par la porte Flaminienne, il passa devant une église de Notre-Dame.
Il fit arrêter sa litière et entra dans ce célèbre sanctuaire de Marie. Il y passa une demi-heure les mains jointes, à genoux devant la Madone, priant avec une ferveur d'esprit qui ne se ressentait pas de la faiblesse de son corps. Deux jours après il s'éteignait au milieu de ses frères désolés,
dans la maison professe des Jésuites, avec tous les signes d'une sainteté accomplie. Une joie extraordinaire parut sur son visage. Il fut ravi en extase durant plusieurs heures, et il ne recouvra ses sens que pour dire à Thomas de Borgia, son frère, qu'il venait de recevoir des assurances particulières de son salut, qu'il partait de ce monde avec beaucoup de joie, et que ceux qui l'aimaient véritablement ne devaient pas pleurer sa mort.
Les deux invocations de saint Philippe de Néri.
Saint Philippe de Néri avait deux oraisons jaculatoires qu'il se plaisait à adresser souvent à la Reine des vierges. Voici la première : « Vierge Marie, Mère de Dieu, priez Jésus pour moi. » La seconde consistait en ces deux mots, titres qui rappellent les plus belles prérogatives de Marie : Vierge et Mère. 11 disait que ces deux courtes paroles renfermaient tous les panégyriques de Marie : d'abord, parce qu'elles expriment son nom admirable, et ensuite parce qu'elles énoncent ces deux magnifiques privilèges de Vierge et de Mère, ainsi que le titre incommunicable de Mère de Dieu. Avec ces deux invocations, il avait .composé un chapelet qu'il récitait souvent lui-même avec ses pénitents. Il le portait constamment à la main, et tous ceux qui en faisaient usage en retiraient de grandes grâces surtout pour triompher des tentations contraires à la sainte vertu (1).
Une âme pieuse en proie à de mauvaises pensées étant venue lui demander un remède pour se défaire de ces dangereuses suggestions de l'esprit impur, saint Philippe lui conseilla ce chapelet qui consistait à réciter soixante-trois fois alternativement les deux invocations à Marie. Elle le fit
(1) Vita beati Philip. Neri Florentini,
et bientôt elle recouvra la paix derâmeetle calme de l'imagination.
Miracle de protection.
Voici l'extrait d'un récit tiré de la Gloire de la bienheureuse Marie, composé par Guibert, abbé de Nogent-sous- Coucy. « Ce fait, dit M. Lequeux, étant rapporté dans le plus grand détail par des auteurs contemporains et vivant sur les lieux, nous paraît au dessus de toutes les objections, qui n'ont été soulevées que dans le dernier siècle :
« Une femme du village de Chivy, à environ quatre kilomètres de Laon, avait fait périr son gendre et était d'abord parvenue à dissimuler ce crime énorme : mais le bruit de cet événement étant parvenu au vidame de Laon, cet officier, chargé de rendre la justice au nom del'évêque, sefitexhiber le cadavre; il reconnut les indices d'une mort violente; la malheureuse femme avoua son attentat, et elle fut condamnée à être brûlée vive. Comme on la conduisait au supplice, elle demanda en grâce qu'on lui permît de faire une courte prière dans l'église de Sainte- Marie, ce qu'elle obtint; là, elle fait une humble confession de son crime devant les assistants, attendris la plupart jusqu'aux larmes, et, se prosternant sur le pavé, elle se recommande, avec de grands gémissements, à la sainte Vierge. Sa prière finie, elle se lève, fait le signe de la croix et marche vers l'endroit où l'on avait préparé le bûcher ; c'était sur le penchant de la montagne, près d'une chapelle de Saint-Just (aujourd'hui le cimetière de Laon). Là, on l'introduisit dans une cabane couverte de chaume; on ne lui laissa d'autres vêtements qu'une chemise de lin, et on la lia à un poteau par les pieds et les mains ; puis on remplit la cabane de paille, de roseaux, d'épines
desséchées, et on y mit le feu. Tout cet amas fut bientôt dévoré par les flammes : la femme, avec ses liens, fut seule préservée. Ses ennemis allument un incendie plus violent que le premier. Théodeberte, c'était le nom de cette femme, est encore épargnée ; ses cheveux et ses sourcils même étaient intacts. A cette vue, les parents du jeune homme qu'elle avait fait périr entrent en fureur, lui jettent des pierres pour l'assommer, veulent amasser un nouveau bûcher contre cette infortunée qui leur crie : « Accordez-moi, je vous prie, le « pardon de mon crime : ne voyez-vous pas que la bonne « Vierge, à laquelle je me suis recommandée, veut bien me « couvrir de sa protection ! » On cesse donc de la tourmenter. Le vidame la fait retirer du milieu du feu : elle avait le corps sain : on y remarquait seulement quelques contusions, effet des pierres lancées contre elle. La chemise dont elle était couverte, ses cheveux même, rien n'était endommagé. On la conduisit processionnellement à la cathédrale, décemment vêtue, jusqu'au pied du grand autel, et tous les spectateurs s'unirent à elle pour rendre grâce à Dieu et à la sainte Vierge. Le vidame, au sortir de la cathédrale, conduisit chez lui cette femme à qui il rendit toutes sortes de bons offices avant de la renvoyer à Chivy où elle mourut trois jours après.
Recours de sainte Françoise- Romaine à Marie.
Tandis que Ladislas, roi de Naples, était maître de Rome, l'époux de sainte Françoise-Romaine fut envoyé en exil, comme contraire aux volontés du tyran. Il ne restait à notre Sainte que son fils, et encore chercha-t-on à le lui enlever. Le comte Pierre de Troïa, que Ladislas avait établi gouverneur, ayant besoin de quitter Rome, et craignant une révolte en son absence, voulut prendre avec lui des
otages, et parmi eux le jeune Baptiste, fils de Françoise. Cette rnère désolée forma le projet de cacher son enfant, et de le soustraire ainsi aux recherches des ennemis. Cependant, avant de réaliser son plan, elle alla confier son dessein à son confesseur. Le père Antonillo, éclairé par la Providence, lui ordonna, à sa grande surprise, d'aller elle-même remettre son enfant entre les mains du comte. Accoutumée à l'obéissance, Françoise n'objecta rien: elle alla de suite chercher son fils, le conduisit directement à l'église (¥Jra~ Cœli, où était le quartier général des Napolitains, et là elle le remit aux officiers étrangers. On l'engageait à ne rien négliger pour obtenir les bonnes grâces du commandant, mais la pieuse mère répondit : « Je chercherai une protection là où je suis sûre de n'être pas repoussée. » Et aussitôt elle alla se prosterner au pied de l'autel de la sainte Vierge. Son humble et fervente prière fut bientôt exaucée. Marie prit son fils sous sa sauvegarde, et, pour lui en donner l'assurance, elle fit un miracle, lui laissant voir son image à travers le tabernacle en bois qui la renfermait.
Le comte voulant partir, sortit de l'église avec le jeune Baptiste, et le fit placer sur le cheval d'un de ses lieutenants. Toute la troupe s'étant mise en mouvement, le cheval sur lequel se trouvait l'enfant demeura immobile. ^On essaya, à plusieurs reprises, de le faire avancer, mais tout fut inutile. Baptiste ayant été successivement placé sur d'autres chevaux, tous devenaient également indociles. Alors le gouverneur, effrayé, rendit le jeune enfant à sa mère, renonçant pour toujours à un pareil otage. Ainsi la bonne Vierge récompensait la foi et la piété de notre Sainte (1).
(i) Bollandistes.
Guèrison merveilleuse.
Le vénérable Louis de Grenade nous raconte l'histoire suivante : « A Lisbonne, vivait une dame distinguée par sa naissance, qui, à l'âge de quatorze ans, tomba gravement malade. Lorsqu'on fut convaincu de l'inutilité des secours de l'art, sa nourrice qui l'avait toujours affectionnée d'un amour tout particulier, courut dans l'église la plus rapprochée et pria la Mère de Dieu, au milieu des larmes et des sanglots,, de vouloir bien conserver la vie à sa tendre amie. Sa prière fut exaucée : la sainte Vierge justifia pleinement son titre de santé des infirmes, car la malade eut le bonheur de recouvrer la santé. Néanmoins, une partie de son corps resta paralysée, elle éprouva un violent tremblement au bras gauche. Comme la patiente avait appris de sa nourrice par quel moyen elle avait obtenu sa délivrance, elle se fit porter sur une propriété qu'elle possédait près de Lisbonne, à proximité de l'église d'un couvent consacré à la sainte Yierge, espérant que cette Mère de miséricorde viendrait encore cette fois-ci à son secours. Pendant qu'elle était occupée à prier, elle entendit derrière elle une vieille femme qui, au milieu des soupirs et des sanglots, conjurait la sainte Yierge de conserver la vie à son fils. — Ah ! s'écria la paralytique, tout en continuant sa prière, si j'avais la foi de cette femme, je ne manquerais pas d'être exaucée ; c'est pourquoi, ô la meilleure des mères! je vous prie de m'obtenir une foi vive accompagnée de toutes les autres qualités que doit avoir ma prière pour être exaucée. A peine sa prière fut-elle achevée, qu'elle se sentit comme animée d'une vie nouvelle. Surprise d'avoir éprouvé un changement si subit, elle se leva et se mit à marcher. Qu'on se figure l'admiration de ceux qui l'avaient apportée. Ces
paroles: « 0 miracle! ô prodige! » s'échapèrent à l'instant de toutes les bouches. Bientôt on vit affluer une foule innombrable. Les prêtres du couvent, après un sérieux examen, reconnurent la véracité du fait, et aussitôt on chanta un Te Deum solennel.
Pratiques de piété de M. Olier (1).
Rien de plus édifiant que les pieuses pratiques que M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, mettait en usage pour honorer la très-sainte Vierge. Quoiqu'elles ne soient pas toutes imitables, elles montrent du moins quelles étaient la vivacité et la simplicité de la foi de ce saint prêtre, et combien était tendre la dévotion dont il était animé envers la Reine des Anges. Désirant se dé-* vouer à Marie sans réserve, il lui avait fait vœu de servi-
(1) Citons ici les propres expressions du vénéré M. Olier ; rien ne peut rendre la touchante simplicité de ses paroles :
« Jamais je n'ai osé me servir d'aucune chose, comme d'habits, de livres, de mes revenus, sans en offrir le premier usage à la sainte Vierge. Il y a, je crois, plus de neuf ou dix ans que j'ai toujours eu cette pratique : autrefois je faisais plus, car je n'osais rien entreprendre pour moi sans aller auparavant la prier de me le commander, comme un esclave qui ne dispose de rien par lui-même, ou comme un enfant qui en toutes choses dépend des volontés de sa mère. Ainsi, dans ma jeunesse, lorsque j'avais de nouveaux habillements, j'allais à Notre-Dame me présenter à elle, en la priant de ne pas souffrir que pendant tout le temps qu'ils seraient en mon usage, j'eusse le malheur d'offenser son Fils. 11 m'est bien arrivé quelquefois, je l'avoue, de croire que cette pratique était une puérilité, ou de la regarder comme un trop grand assujettissement, surtout lorsque je faisais réflexion que de tous ceux que je connaissais^ personne ne pratiquait rien de semblable ; mais c'était pour moi une sorte de nécessité, tant il m'en coûtait de résister au mouvement qui m'y portait, et tant ma conscience m'accusait d'mfidélité; lorsque j'avais refusé à la sainte
tude perpétuelle : dès ce moment, se regardant comme son serviteur et son esclave, il porta toujours une petite chaîne pendue à son cou, et il prit l'inviolable résolution de lui offrir tout ce qu'il avait de plus précieux et de ne rien refuser à ceux qui lui demanderaient quelque chose en son nom. Une de ses proches parentes, en se faisant carmélite, lui ayant fait cadeau de plusieurs diamants et objets de grand prix, il les donna aussitôt pour orner plusieurs églises dédiées à la sainte Vierge. Dès qu'il avait quelque chose de beau, il se sentait fortement pressé d'aller lui en faire hommage, et il avouait que, quand il aurait voulu résister à ces mouvements intérieurs, il lui semblait qu'il ne l'aurait pu, tant ils étaient véhéments. « Je ne sais pas, disait-ii, comment on peut refuser quelque chose à cette grande Reine. Je souffre beaucoup lorsque je ne puis rien donnera un pauvre que j'entends nommer la sainte Vierge. » Aussi plus de vingt ans avant sa mort, il s'était fait une loi de ne rien refuser à ceux qui lui demandaient au nom de Marie. C'était dans cet esprit de dépendance universelle que,
Vierge mon tribut ordinaire. J'ai dans mon coeur une preuve que ces petits devoirs lui sont très-agréables, quand ils se font purement pour lui plaire.
« Le premier jour d'octobre, j'allai renouveler le vœu qu'il plaît à Dieu de me permettre de faire tous les ans en ce même jour, de dire le chapelet toute l'année à la gloire de la très- sainte Vierge. M'étant abandonné à l'Esprit-Saint, je commençai de remarquer en moi la suavité de son opération . Je me sentis intérieurement élevé à Dieu ; et je lui offris mon vœu dans l'intention d'honorer tous les jours de l'année, par cette prière, la sainte Vierge comme la Reine des anges.
« Nous sommes trop misérables pour avoir accès auprès de Dieu ; mais dès qu'il nous voit revêtus de son Fils, il nous est favorable. Ainsij quand Jésus nous voit revêtus de sa très-sainte Mère, nous sommes sûrs qu'il nous écoutera. »
[Œuvres complètes de M, Olier, édition de Migne.j
dès sa jeunesse, il avait contracté l'habitude de n'user de rien sans lui avoir demandé son consentement. Lorsqu'il avait un habit, il allait se présenter à la sainte Vierge, en le priant de ne pas souffrir 'que, pendant tout le temps qu'il porterait cet habit, il eût le malheur d'offenser son Fils.
Comme M. Olier avait ses pratiques pour honorer la sainte Vierge en qualité de serviteur et d'esclave, il en avait aussi pour l'honorer comme son enfant. La plus ordinaire était de ne pas sortir de la ville, de la maison ou de sa chambre, et de n'y rentrer jamais sans lui demander sa sainte bénédiction. Tous ses voyages commençaient et finissaient par la visite d'une église ou d'une chapelle de Notre-Dame. Il avoua un jour à une personne de confiance que, lorsqu'il était fidèle à aller recevoir la bénédiction de la sainte Vierge avant de partir pour quelque voyage, il en était bientôt récompensé par une assistance particulière, et que jamais il n'éprouvait aucune disgrâce ; mais que lorsqu'il manquait à ce devoir, il en était bientôt puni par quelque accident (1).
Tout ce qui avait quelque rapport à la sainte Vierge était pour lui un sujet de consolation et répandait la joie dans son âme. Il tâchait, autant qu'il était possible, d'avoir toujours devant lui quelque image de la sainte Vierge, et soit qu'il fût seul ou en compagnie, il ne manquait jamais de saluer respectueusement toutes celles qu'il rencontrait. On a remarqué qu'il passait de préférence par les rues où il y
(1) Voici comment il parle lui-même de cette sainte pratique : « J'ai une pratique inviolable que je ne puis abandonner : c'est qu'en quittant ma chambre, ou lorsque j'y rentre, et même avant que de prendre mon repas, ou de sortir du lieu ou je l'ai pris, il faut que je demande la bénédiction de ma très -sainte Mère, pour laquelle je me sens un cœur d'enfant. Jamais je n'ai osé sortir d'un endroit, ni y arriver, sans lui rendre mes devoirs. J'admire comment tout le monde ne fait pas la même chose.
« Cette bénédiction que je vais recevoir à l'église avant de partir
avait quelque statue de la sainte Vierge pour avoir l'occacasionde lui rendre plus souvent ses devoirs. Tout le temps qu'il avait de libre, après les travaux des missions, était sanctifié par quelque pieux pèlerinage en son honneur. Chaque jour il récitait le chapelet, mais avec tant de goût et de ferveur qu'il y trouvait le plus grand soulagement dans ses peines et une source inépuisable de grâces.
M. Olier ne faisait presque jamais de discours de piété sans dire quelque chose à la louange de Marie. Son âme se dilatait en quelque sorte et entrait dans une espèce de ravissement lorsqu'il trouvait l'occasion de parler d'elle ; aussi avait-il de la peine à s'arrêter. « Quand je parle sur cette matière, disait-il, j'en sors difficilement, tant j'ai de choses à dire. »
Mais de toutes les pratiques par lesquelles il s'efforçait d'honorer la très-sainte Vierge et de lui plaire, aucune ne lui paraissait comparable à l'imitation de ses vertus. Dans le désir de se rendre semblable à elle, il s'appliquait continuellement à l'étude de ses actions et à la méditation de ses mystères (1). « Si nous aimions Marie comme il faut,
pour mes voyages, me réussit tellement, que jamais je n'y éprouve de disgrâce et que tout va heureusement pour moi. Il en est de même de mes autres pratiques de piété : tout ensuite me réussit. Quand j'ai manqué à ces petits devoirs, je suis bientôt puni par quelque accident. Si, au contraire, je m'y rends fidèle, je ne tarde pas à en être récompensé par une assistance toute particulière.
« Je me sentais porté à lever la tête par les rues où je me trouvais, pour découvrir quelques images de Notre-Dame. Je savais presque le nombre de celles qui étaient dans mon chemin à Paris. Si je rencontre ces images, je les salue encore, quoique je ne les voie ou ne les regarde pas. Je sais, pour l'ordinaire, où elles sont, sans qu'il soit nécessaire d'y jeter les yeux ; une sorte d'instinct m'en avertit. » (OEuvres comjdètes de M, Olier.)
(1) Le saint prêtre écrivant à une personne pieuse pour recommander le séminaire à ses prières, lui disait :
disait-il, nous tâcherions sans cesse de nous conformer à ses désirs ; et comme sou désir est de voir honorer son Fils, comme elle voudrait qu'il régnât dans tous les cœurs, nous n'aurions point aussi de pratique plus inviolable que d'aimer son adorable Fils. Sa grande étude regarde l'honneur et la gloire de son Bien-aimé. Elle veut que tous lui obéissent et se soumettent à cette parole qu'elle prononça aux noces de Cana, figure de l'Église et du ciel môme : Faite* tout ce qu'il vous dira; car rien n'exprime mieux le désir dominant de son cœur.
« Sans s'unir au divin Cœur de Jésus pour honorer sa sainte Mère, comment pourrait se contenter un cœur tout brûlant d amour? Que peuvent toutes nos petites dévotions pour honorer une si grande Reine? Tout ce que nous pouvons faire par nous-mêmes n'est-il pas infiniment au dessous de ce qu'elle mérite? C'est donc à Jésus-Christ qu'il faut remonter pour honorer dignement sa très-sainte Mère. » (Vie de M. Olier.)
La confiance en Marie récompensée.
Une des pénitentes du Bienheureux Père Valfré de l'Oratoire avait, depuis treize ans, perdu l'œil droit à la suite d'une fluxion. Sa mère lui conseilla un jour de se recommander au saint religieux.
— Tous croyez, lui dit le Bienheureux, que je vais vous obtenir cette grâce, quand je sais que vous vous en servirez pour offenser Dieu ?
a Vous savez (1655) comment la maison des clercs de Saint-Sulpioe dok être vivifiée, nourrie et abreuvée de la suavité^ de ]a plénitude et de la fécondité de Jésus en Marie. Vous savez que ce qui Ta formée est la diffusion de l'esprit et de la grâce de la très-sainte Vierge. C'est elle aussi qui donnera progrès à la vertu des sujets de cette famille. »