‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 29 sur 35 · W6 LA DÉVOTION A MARIE · texte numérisé non relu

W6 LA DÉVOTION A MARIE

— Ah ! mon Père, reprit la jeune fille, si la vue doit être pour moi une occasion de péché, je vous conjure de me rendre tout à fait aveugle.

— Puisqu'il en est ainsi, ma chère fille (et je vous crois), allons à l'autel de SainNPhilippe, et recommandez-vous à la très-sainte Vierge Marie ; c'est à elle qu'il faut s'adresser quand on veut obtenir de Dieu de pareilles grâces.

La jeune liile, au retour du confessionnal, court à l'autel et dit avec confiance à notre bonne Mère : « Madame, c'est votre grand serviteur, le père Yalfré, qui m'envoie pour que vous me guérissiez. »

Comme elle retournait chez elle, après avoir achevé sa prière; un de ses frères la rencontra et lui dit qu'il pendait à son œil droit une petite peau ; on la retira avec un linge et aussitôt elle recouvra la vue.

[Vie du Bienheureux, par Ribadeneira.)

Qu'elle est bonne, Marie!

En retour de la tendre affection que le Bienheureux Alphonse avait pour Marie, la très-sainte Vierge, de son côté, l'aimait d'un amour de mère.

Un jour qu'il accompagnait un religieux à une habitation placée sur le sommet d'une colline, comme il marchait difficilement et que la montée était rude, il resta un peu en arrière, offrant à Dieu ses fatigues et la sueur dont if était tout trempé. En même temps la très-sainte Vierge lui apparut, et, avec un linge blanc qu'elle tenait à la main, lui essuya le front et le visage comme une mère l'eût pu faire pour son enfant. Elle répandit en même temps une telle vigueur dans tous ses membres, qu'il accomplit le reste du voyage sans être fatigué. Que notre Mère est bonne et que nous sommes ingrats quand nous ne l'aimons pas!

Salut rendu par Marie.

Qui pourrait dire la tendresse de sainte Lidwine pour Marie, et les faveurs dont l'auguste Mère de Dieu se plaisait à combler une âme si dévouée à sa gloire?

Dès son enfance , sa mère lui avait inspiré pour Marie un amour sans bornes, aussi ne manquait-elle pas de saluer avec respect ses images et ses statues; elle allait les visiter souvent, leur portait les petits présents dont elle pouvait disposer. Quand sa mère l'envoyait dans les champs vers son père ou ses frères, elle ne manquait jamais d'entrer dans l'église de la ville, et d'y réciter la Salutation Angélique devant l'autel de la très-sainte Vierge. Sur cet autel était une statue de Marie, dont les habitants de Schiedam avaient fait l'acquisition par suite d'une circonstance extraordinaire. Le sculpteur avait voulu la porter à la foire d'Anvers ; mais le navire sur lequel il s'était embarqué ne put jamais quitter le port, quelques efforts que fissent les matelots.

On finit par soupçonner que la statue pouvait en être la cause; on la redescendit au rivage, et aussitôt les matelots levèrent l'ancre sans difficulté. Le peuple, témoin de ce prodige, s'écria qu'il fallait acheter cette statue qui serait la protectrice de la ville. Le sculpteur la vendit volontiers, et les habitants, pleins de joie, la portèrent en triomphe sur un autel de leur église. Ils établirent une confrérie en son honneur ; chaque soir on avait coutume de venir chanter à ses pieds les litanies ou des cantiques à sa gloire.

Or un jour que la Bienheureuse était revenue des champs plus tard qu'elle ne le faisait ordinairement, sa mère, qui avait eu besoin d'elle, lui en fit des reproches et lui dit : Où avez-vous donc été courir, ma fille?

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— Pardonnez-moi cetle faute, ma mère, lui répondit cette aimable enfant; je suis allée saluer ma belle Dame, et elle m'a rendu mon salut avec un sourire qui m'a causé tant de joie, que je ne pouvais plus la quitter.

La mère, ajoute le P. Bruchman, connaissant la sincérité de Lidwine, demeura muette d'étonnement et se mit à considérer dans son cœur ce que présageait cette marque de tendresse donnée à sa fille par la Reine des Vierges.

Limage miraculeuse de Notre-Dame de la Merci.

Notre-Seigneur avait doué sainte Marie de Cervellon du don de prophétie; elle annonçait souvent à ses compagnes les choses qui devaient arriver, et avertissait les marchands et les matelots des pertes qui les attendaient sur la mer. Elle communiquait souvent avec les anges, principalement avec son ange gardien , et recevait du ciel des lumières extraordinaires. Elle était fréquemment ravie en extase, et on la vit plusieurs fois élevée dans les airs à l'église de la Merci. Une nuit, le Prieur du couvent l'ayant trouvée ainsi élevée de terre devant l'image de Notre-Dame, lui dit, après qu'elle fut revenue à elle : « Comment est-il possible, sœur Marie, qu'une femme de votre qualité et de votre religion se trouve, les portes fermées et de nuit, dans la solitude de cette église? Je veux que vous me disiez la vérité et que vous ne me cachiez ni la cause ni les détails de cet événement. »

La Sainte se troubla en se voyant obligée de faire connaître les faveurs qu'elle recevait du ciel; mais, contrainte par l'obéissance, elle lui raconte que des matelots, sur le point de faire naufrage, avaient^ invoqué Notre-Dame delà Merci; que son image miraculeuse, placée sur le grand autel, avait été enlevée par les anges, et qu'en sa compagnie ils l'avaient

portée en pleine mer; que les flols, reconnaissant leur Souveraine, s'étaient apaisés aussitôt. Alors, en témoignage de ce qu'elle disait , elle pressa les vêtements de Notre-Dame, desquels découla une eau abondante.

— Mais, reprit le Prieur, qui a ouvert et refermé les portes de l'église?

— Ce sont les anges, répondit-elle, qui reportèrent l'image sur l'autel et voulurent que je passasse le reste de la nuit ici en actions de grâces.

Elle se jeta ensuite aux pieds.du Prieur, en lui demandant avec larmes de ne pas révéler ce. prodige. On raconte dans sa Vie plusieurs traits semblables, qui lui ont fait donner par les marins le nom de Marie du Secours. (Ribadeneira.)

Les pieux écoliers.

M. Boudon, grand-arcbidiacre d'Évreux, se distingua dès son enfance par une tendre et sincère dévotion à la Mère de Dieu. A l'âge de douze ou treize ans, ayant été mis en pension cbez un vertueux prêtre de Rouen, son premier soin fut de se lier de cœur et d'affection à ceux des pensionnaires qui lui parurent les plus sages, et de former avec eux une sainte association de prières et de bonnes oeuvres. Tous de concert commencèrent par se mettre sous la protection spéciale de la sainte Vierge. Ils avaient à la maison un petit oratoire, où ils se réunissaient chaque jour pour rendre leurs hommages à cette Reine des anges. Ils disputaient saintement à qui lui donnerait de plus magnifiques éloges. Sa gloire et ses grandeurs étaient l'invariable objet de leurs entretiens pendant les récréations. Ils employaient une partie du peu d'argent qu'ils recevaient de leurs parents à orner ses images et à faire brûler devant elle des parfums. Leur plaisir le plus doux était de visiter les églises

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et les chapelles consacrées au Fils sous l'invocation de la Mère. Quelquefois, les jours de congé, ils quittaient leurs chaussures pour faire ces pieux pèlerinages avec plus de ferveur. D'autres fois ils faisaient retentir les airs de pieux cantiques à sa louange. Ces pratiques extérieures étaient soutenues par cet esprit de foi et d'amour qui en est l'âme# Ils se préparaient aux solennités de cette Reine du ciel et de la terre par des mortifications qui auraient fait honneur à un âge plus avancé. Ils jeûnaient plusieurs jours auparavant; et ce jeûne était quelquefois si rigoureux, qu'un peu de pain et de beurre faisait toute leur nourriture. Une communion fervente était un des premiers exercices de leur dévotion en ces saints jours. Ils souhaitaient avec ardeur et tachaient de procurer, par leurs prières ferventes, que le nom de Marie lut connu des nations qui l'ignorent, et doublement honoré de ceux qui ont le bonheur de le connaître. Ils avaient un livre d'association où tous avaient signé, plusieurs même de leur sang, qu'ils se dévouaient pour toujours à son service. On ne pouvait , sans être vivement touché , voir le zèle de cette aimable jeunesse pour la sainte Vierge, et les pieux excès auxquels l'entraînait quelquefois sa ferveur, paraissaient d'autant plus admirables qu'ils étaient l'ouvrage d'un enfant de douze ans.

Mais que ne peut pas un cœur embrasé d'amour pour la divine Marie! {Vie de M. Boudon, par Collet.)

Préparation aux fêtes de Marie récompensée*

Les fêtes en l'honneur de Marie sont des jours où la Vierge se montre prodigue de ses faveurs. Si nous voulons en profiter, c'est à nous de passer ses fêtes dans la ferveur. Approchons-nous donc des Sacrements et proposons-nous pour modèle quelque vertu de Marie, adaptée au mystère de la fête : par exemple, pour la Conception, la pureté d'intention ; pour la Nativité, le renouvellement de l'esprit, en bannissant la tiédeur ; pour la Présentation, le détachement de la chose à laquelle nous croyons être le plus attachés ; pour l'Annonciation, l'humilité, l'amour du mépris: pour la Visitation, la charité envers le prochain; pour la Purification, l'obéissance à nos supérieurs; enfin, pour l'Assomption, le détachement des choses terrestres et la préparation à la mort. Telle a toujours été la pratique des vrais serviteurs de Marie, et, entre un grand nombre d'autres, de saint Bernardin de Sienne, de sainte Gertrude et de saint Vincent Ferrier. Lorsqu'il arrivait une fête de Marie, les uns redoublaient de prières et vaquaient à l'oraison avec plus de ferveur et plus longtemps que de coutume ; les autres, après un sévère examen de leur conduite passée, fai-

saient une confession générale de leurs fautes, et multipliaient les actes de pénitence : témoin, entre autres, saint Edouard, roi d'Angleterre, et sainte Radegonde, reine de France, qui observaient des jeûnes rigoureux ; Alphonse, roi d'Aragon, qui passait la veille entière de ces fêtes sans prendre aucune nourriture ; la vénérable Françoise de Jésus, qui commençait, dès le 1er août, à se disposer à la solennité de l'Assomption, visitant sept fois par jour l'autel de la Très-Sainle Vierge; Elisabeth de Portugal, qui, à l'occasion de cette même fête, se livrait pendant quarante jours à toute sorte de mortifications et de bonnes œuvres ; saint Ildefonse, l'ardent archevêque de Tolède, qui, de son côté, aurait cru se rendre coupable du plus grand crime, s'il n'eût sanctifié l'approche des jours solennellement consacrés à Marie par un redoublement de piété dans ses exercices de dévotion, par une méditation plus attentive des grandes vertus de Marie, et par un plus vif désir de la servir et de lui plaire. Ah ! que n'auraient-ils pas fait, ces saints illustres, si, au lieu seulement d'un jour de fête en l'honneur de la Mère de Dieu, l'Église les eût invités à la célébrer pendant tout un mois ! Quels transports de reconnaissance eussent éclaté dans leurs cœurs à la pensée que cette glorieuse Vierge eût consenti à se mettre pendant si longtemps plus spécialement en communication avec eux ! Combien auraient-ils craint surtout de se voir peut-être privés de quelqu'une de ses grâces, pour ne pas s'être appliqués d'avance à les mériter!

1. Il faut que cette pratique soit singulièrement agréable à Marie, car elle la récompense toujours de bien des consolations, de bien des faveurs en tout genre. C'est ce que Marie voulut témoigner à sainte Gertrude, ainsi que le rapporte le dixième chapitre des Révélations de cette Sainte. Un jour de l'Assomption, et durant le saint sacrifice de la

messe, la Vierge lui montra un grand nombre de jeunes filles qu'elle abritait avec complaisance sous son riche manteau. « Ce sont là, ma chère fille, dit la Vierge à sainte Gertrude, ce sont là les âmes qui ont apporté le plus de soin pour bien célébrer cette fête. »

2. Le Frère Gérard, un des premiers religieux convers de la congrégation de saint Liguori, avait la plus tendre confiance pour Marie. Plein de sollicitude à l'approche de ses fêtes, que ne lit-il pas dans son couvent pour orner ses autels? Sa dévotion a l'Immaculée Conception était surtout remarquable, et la plus grande partie des images miraculeuses que le Père Pèpe distribuait à Naples passa par ses mains. Il voulait qu'au moins le samedi, et toutes les veilles des fêtes de la très-sainte Vierge, on lui offrît un jeûne ordinaire ; mais pour lui alors il jeûnait au pain et à l'eau et il se donnait la discipline jusqu'au sang. Il célébrait toutes ses neuvaines par une abstinence spéciale, par des macérations et des bonnes œuvres. Lorsqu'il le pouvait, il passait la nuit qui précédait la fête dans l'église, en présence de la très-sainte Marie et de Jésus au très-saint Sacrement.

Marie ne fut pas insensible à tant d'amour. Nous ne connaissons pas toutes les faveurs qu'elle lui accorda ; mais les PP. Petrella, Juvénal et Cajone attestèrent qu'une nuit elle lui apparut dans l'église et l'enrichit de toute sorte de grâces.

La considération des grandeurs de Marie le faisait fondre en amour. Se trouvant un jour à Foggia, dans la maison du prêtre D. Gaétan Sabatelli, entouré d'autres prêtres et de gentilshommes, il se mit à considérer l'amour que nous portent Jésus et Marie, et les droils qu'ils ont tous les deux sur nos cœurs ; il en fut tellement ému qu'il entra en extase et devint semblable à un corps inanimé. Ce ravisse-

ment dura trois heures entières, au grand étonnement de

tous les spectateurs. y

{Mémoires sur la vie et la congrégation de saint Liguori.)

Vision du Bienheureux Rodriguez.

Le Bienheureux Alphonse Rodriguez avait une grande dévotion à l'Immaculée Conception de la sainte Vierge et à son Assomption glorieuse, en souvenir des grâces qu'il avait reçues autrefois dans cette dernière fête. La trèssainte Vierge l'en récompensa en le rendant témoin du triomphe que lui firent les Anges, lors de son entrée dans le ciel. Voici comment le Bienheureux racontait cette vision dans un écftt qu'il composa par ordre de ses supérieurs ; il parle de lui à la troisième personne.

« Après quelques années, dit-il, il lui arriva qu'étant recueilli, le jour de l'Assomption, et considérant la multitude des Anges qui assistaient la très-sainte Vierge, il vit, aussitôt après qu'elle eut expiré, son âme glorieuse portée au ciel par une armée d'esprits célestes, au milieu des chants d'allégresse : les cieux s'ouvrirent et reçurent leur Reine. Ce fut la première fête que firent les Anges à la Mère de Dieu, en l'accompagnant de la terre au ciel.

« A peine la très-sainte Vierge y fut-elle entrée avec sa suite, qu'elle fut reçue en triomphe par une multitude innombrable d'autres esprits célestes, qui attendaient leur Dame et leur Reine. Qui pourrait exprimer leur joie et les fêtes qu'ils firent à la Mère de leur Dieu, à l'Impératrice de tous les anges ? Ces délices du ciel se goûtent et se comprennent mieux avec le pur esprit, quand Dieu les communique à une âme dans quelque ravissement, qu'elles ne peuvent se raconter. Elles sont trop au dessus de tout ce

que nous voyons et sentons; car nous sommes matériels, et elles sont toutes spirituelles.

« La troisième fête, plus solennelle encore que les deux autres, eut lieu quand Notre-Dame fut présentée à la trèssainte Trinité. En ce moment il y eut un tel transport, une joie si vive parmi les heureux citoyens du ciel, qu'ils commencèrent tous ensemble à chanter à la manière des Anges, si supérieure à celle des hommes. Cette personne voyait toute cette fête, elle y était présente, et elle en jouissait. Il n'y a pas d'intelligence humaine qui puisse comprendre ce que ce fut, car les fêtes du ciel n'ont aucune ressemblance avec celles que les hommes font aux rois. Et bien que les Anges fussent innombrables, que le lieu où ils étaient fût immense, et qu'ils fussent très-éloignés les uns des autres, néanmoins on jouissait de toute la fête et on entendait cette musique céleste, comme s'ils eussent été tous réunis sur un seul point. D'un seul coup d'œil cette personne, qui se trouvait parmi ces esprits bienheureux, les voyait tous; elle voyait la fête qu'ils faisaient tous ensemble à leur grande Reine, et celle de chacun en particulier, comme si son âme eût été toute en chacun d'eux et toute en tous, en sorte qu'elle ne perdait rien de ce solennel triomphe de Notre-Dame. Que si un ange seul est capable de faire une musique si suave, qu'elle ravisse l'esprit humain au point de ne pouvoir revenir à lui en plusieurs années, que devait être l'harmonie de tous les citoyens du ciel, dont l'habileté était encore exaltée par l'amour ardent qu'ils portent à leur Reine? C'est une chose si haute et si divine, qu'il n'y a pas de langue sur la terre qui le puisse expliquer. »

Pratiques de saint Robert, roi de France. Les sollicitudes continuelles qu'entraîne naturellement le

gouvernement d'un vaste royaume n'étaient point suffisantes pour ralentir la tendre dévotion du roi Robert pour la Reine des anges. La veille des fêtes de la sainte Yierge, outre un jeûne rigoureux qu'il s'imposait, il passait toute la nuit en oraison, et ne prenait de repos que le jour même de la fête, après avoir communié. Il fit élever, en l'honneur de Marie, la magnifique église delà Vierge de Molesmes, et l'abbaye si célèbre, qui rendit illustre le nom de ce bon roi. Afin de faire aimer- aux grands du royaume Celle qu'il aimait tant lui-même, il institua un ordre militaire de chevalerie, auquel il donna le nom de la Yierge de l'Étoile. Il choisit, pour cet établissement, le jour de la Nativité de la sainte Yierge, en témoignage de la confiance qu'il avait dans la protection de Marie, espérant qu'elle serait toujours une Étoile favorable à la France. Cet Ordre était composé de trente chevaliers, choisis parmi les plus vertueux de la cour ; le roi lui-même en était le chef et le directeur. Tous devaient porter une cape de damas blanc, doublée de soie rouge ; l'habit était du même drap et de la même couleur, et vers le milieu de la poitrine, du côté du cœur, ils portaient une étoile d'or. Leur courage était principalement consacré au service de la Mère de Dieu, et ils étaient obligés de lui offrir chaque jour un certain nombre iïAve Maria, et d'autres prières composées à sa louange,

{Barri, 20 juillet.)

Dévotion de Paul Simi.

Ce pieux serviteur de Marie remplissait, à Lorette, l'office de professeur, et la proximité où il se trouvait de la sainte maison lui fit éprouver un grand désir de propager parmi ses disciples la dévotion envers la sainte Yierge. Pour parvenir à ce but, il eut recours à des inventions admirables.

II avait établi la dévotion des fleurs; c'étaient des actes de vertus exercés en l'honneur de la très-sainte Vierge. Ces fleurs se faisaient avec le plus grand soin dans sa classe même et il les copiait de sa propre main, Il ne se passait aucune fête de la sainte Vierge sans qu'il fit faire par ses élèves une neuvaine fervente pendant laquelle, outre sa méditation particulière, il consacrait encore un quart d'heure à la lecture spirituelle. Pendant ces neuvaines, il distribuait aux plus fervents de ses écoliers de petites chaînes de fer qu'il avait travaillées de ses propres mains. 11 avait composé quelques pratiques qu'il avait intitulées : Manière d'aller au ciel. I. Chaque jour quelque fleur en l'honneur de la très-sainte Vierge. II. Aussitôt qu'on est levé, prendre la ferme résolution de ne*commettre en ce jour aucun péché mortel, et pour cela, demander à Marie sa bénédiction. III. Le samedi, en l'honneur de Marie, s'abstenir même des péchés véniels. En quittant ce sanctuaire, il y laissa eu don un acte généreux qui fut plus agréable à la sainte Vierge que tous les ex-voto d'or et d'argent qui sont accumulés en ce lieu : il sacrifia à Marie la pieuse curiosité qu'il éprouvait de voir le trésor sacré, que plusieurs fois il lui eût été très-facile d'admirer.

{Ménologe de Patrignani, 9 avril.)

Sainte mort de Marie, de Tolède.

Dans le Ménologe de l'Ordre de Cîteaux, on fait mémoire de cette sainte religieuse nommée Marie; elle naquit à Tolède. Elle aimait si ardemment la sainte Vierge, qu'elle désirait autant la mort que les autres tiennent ordinairement à la vie. Quoique jeune encore, elle n'en espérait pas moins voir bientôt ses désirs satisfaits. Un accident imprévu qui lui survint le 14 du mois d'août, l'avertit que Dieu ne tar-

derait pas à réaliser ses espérances. Elle tomba gravement malade; tandis qu'elle gisait sur son lit de douleur, la sainte Vierge lui apparut accompagnée d'une troupe de Bienheureux : et la Sainte lui dit avec effusion de cœur : « Oh! Marie! quelque indigne que j'en sois, faites-moi la grâce de mourir à l'heure même où votre âme a pris son essor vers le ciel. —Je vous ferai cette grâce, répondit la sainte Vierge, et je veux aussi que vous entendiez les cantiques de louanges que les Anges chantèrent à ma glorieuse Assomption. » La Sainte employa ce jour à faire des actes d'amour entre Jésus et Marie pour se disposer à son dernier passage, et elle reçut avec dévotion les sacrements. Puis, entendant sonner l'horloge, elle s'écria avec joie : « C'est à cette heure que la Reine du4ciei fut élevée au dessus des chœurs des Anges : va, esclave, suis ta maîtresse. » En disant ces mots elle expira, et son âme alla accompagner la sainte Vierge dans son glorieux triomphe au ciel.

[Ménologe de l'Ordre de CUeaux,'^ août.)

Dévotion de Bénigne Marie.

Cette pieuse fille de Marie, dont elle portait le nom, se retira dans le monastère de Sainte-Marie du Secours à la ville de Trapani, pour servir avec plus d'ardeur sa sainte protectrice. Chaque jour elle récitait l'office de la Bienheureuse Vierge ainsi que le saint Rosaire; mais aux jours où l'on célébrait quelque fête de Marie, elle ajoutait à ses prières mille Ace Maria qu'elle récitait en se donnant la discipline, ou prosternée le visage contre terre. Pour se guérir de ses nombreuses et douloureuses infirmités, elle n'employait pour remède que l'huile qui brûlait devant l'image de la sainte Vierge du Secours, et après avoir oint avec cette huile la partîe souffrante, elle recouvrait aussitôt la santé.

En l'honneur de la Reine des cieux, elle fit placer dans l'église de son monastère une belle statue de marbre devant laquelle elle célébrait par an trois fêtes solennelles : la première pendant la neuvaine de Noël, la seconde quinze jours avant l'Assomption, et la troisième pendant la neuvaine de la Nativité de Marie. Elle mérita ainsi que le ciel lui accordât plusieurs faveurs particulières. Pendant la célébration d'une des fêtes dont nous venons de parler, en voulant nettoyer la lampe qui brûlait devant l'image de Marie, elle tomba d'une grande hauteur sans que cette chute lui causât le moindre mal. Le jour de la fête de l'Assomption, à laquelle elle s'était préparée par quinze jours du jeûne le plus rigoureux, la sainte Yierge lui apparut et la consola. Elle lui donna plusieurs avertissements nécessaires au salut de son âme, et lui dit en particulier de ne faire aucune pénitence sans la permission de son confesseur.

{Journal des Domin., 23 décernb.)

La cellule du Bienheureux Simon.

Simon, dès son enfance, avait contracté l'habitude de donner à Marie les noms les plus affectueux, tant il avait pour elle de dévotion et d'amour. 11 ne laissait pas passer un jour sans lui offrir le tribut de quelque fervente prière. Étant ensuite entré dans l'Ordre, il redoubla ses pratiques de dévotion. Outre l'office et le chapelet, qu'il récitait chaque jour, il jeûnait souvent en son honneur, particulièrement le samedi. Sur la porte de sa cellule étaient écrits des vers qu'il avait composés lui-même : en voici quelques-uns, ils témoignent de son grand amour pour la sainte Vierge, Mère de Dieu.

Tu quisquis fuem hujus casas habitator, Mémento quod sis Marias matris aruator^

Quod dum fi déliter feceris, securus ad astra meabis. Eximige Matri, Proli quoque gloriam dabis, Et pro scriptore baud dubium ferventer orabis. Hano veneretur omnis qui sorde tenetur, Et emendetur, cœli quoque sede locetur.

« Qui que lu sois qui habites cetle cellule, souviens-toi d'avoir toujours pour Marie l'amour le plus tendre; tu le rendras ainsi digne d'aller au ciel; tu y glorifieras et la Mère et le Fils, et certainement tu prieras pour celui qui trace ces lignes. Que celui qui est souillé par le péché invoque la puissante Reine des anges, et il se rendra digne du royaume des cieux. »

Pour plaire à sa protectrice, Simon conserva toujours intacte la fleur de sa virginité, ce qui lui mérita d'être favorisé de plusieurs visites du ciel. 11 s'efforçait aussi d'imiter l'amour de Marie pour le silence, se souvenant que dans l'Evangile il n'est fait mention que cinq fois des paroles de cette Vierge sainte. (Bolland., 18 juillet.)

Mort touchante d'un serviteur de Marie,

Un Portugais dévot à Marie jeûna tous les samedis au pain et à l'eau en l'honneur de la Mère de Dieu, et prit pour ses patrons auprès d'elle saint Michel et saint Jean TÉvangéliste. Lorsque s# mort approchait, il vit apparaître la Reine du ciel, accompagnée de ces deux Saints qui lui adressaient leurs prières. La sainte Yiergejeta sur son serviteur un regard d'amitié, et répondit à ces Saints : « Non, je ne partirai pas sans conduire avec moi Tàme de mon serviteur. »

Pratique de sainte Julienne de Falconieri.

1. Julienne, après s'être dédiée à la sainte Vierge dans l'ordre des Servites, pensa qu'elle devait consacrer à cette Vierge si bonne au moins un jour de la semaine, et elle choisit le samedi; elle employait tout ce jour à méditer profondément les douleurs de Marie, et jeûnait au pain et à l'eau en son honneur. Elle faisait précéder de la salutation toutes les heures de l'office de la sainte Vierge, et elle les répétait encore à la fin avec le Salve Reglna. On peut dire qu'à Florence* elle passait sa vie à l'église de l'Annonciation, et dans la chapelle de sa famille.

{Bolland., 19 juin.)

2. La vénérable Cécile Portaro, du tiers ordre de Saint- François, était très-dévote envers la sainte Vierge, et, comme la Sainte dont nous venons de parler, le samedi elle ne prenait d'autre nourriture que du pain et de l'eau. Chaque fois qu'elle sortait, elle visitait une image delà sainte Vierge, et se traînait sept fois par terre depuis la porte de l'église jusqu'à l'autel où était la sainte image, marquant avec sa. langue le chemin qu'elle suivait. Elle cherchait à inspirer aux autres sa tendre dévotion pour Marie, mais particulièrement aux enfants ; elle avait toujours grand nombre de chapelets qu'elle leur donnait à condition qu'ils les réciteraient avec dévotion. Le soir qui précéda sa mort, une gracieuse jeune fille vêtue de blanc et entourée de lumière lui apparut et l'exhorta à la patience : cette jeune fille était probablement Marie, la Reine des vierges; elles s'entretinrent longtemps ensemble et récitèrent alternativement des psaumes, des hymnes et enfin le Salve Regina ; lorsque cette prière fut achevée, la sainte Vierge disparut. (Légend. des Francise, 19 juin»)

Les petits pains de saint Nicolas de Tolentin.

Ce saint avait coutume de jeûner chaque samedi au pain et à l'eau en l'honneur de la sainte Vierge. Outre cela, il s'imposait encore beaucoup d'autres jeûnes. Il vint à tomber malade, par suite de ses abstinences ; et le démon ne laissa pas échapper cette occasion de l'engager vivement à abandonner cette vie pénitente. Dans cette circonstance, Nicolas eut recours à Marie et à saint Augustin , afin qu'ils lui découvrissent la volonté de Dieu. Une nuit, la sainte Vierge lui apparut, et lui dit d'aller sur la place, demander en aumône un pain pour l'amour de Jésus-Christ; de le manger détrempé dans l'eau, et qu'il recouvrerait la santé. Nicolas s'étant éveillé, exécuta l'ordre de la sainte Vierge; rapportant le pain qu'il avait reçu en aumône, il le trempa dans l'eau, fit dessus le signe de la croix, et en goûta une parcelle, qui suffit pour le guérir immédiatement.- Ainsi, la sainte Vierge lui fit une double grâce ; car non-seulement elle le guérit, mais encore elle le fit de la manière qui pouvait être la plus agréable à ce pauvre serviteur de Jésus-Christ. De là vint ensuite l'usage de distribuer le pain bénit de saint Nicolas, le jour de sa fête. (Rolland., 10 septembre.)

Le jeûne du samedi récompensé.

Saint Engelbert avait la louable habitude (Surius, 7 nov.) de jeûner tous les mercredis en l'honneur de la très-sainte Vierge. Devenu évêque de Cologne, il ne négligea pas cette pieuse pratique, et comme son amour pour Marie devenait toujours plus vif, deux fois il alla en Flandre visiter un célèbre sanctuaire dédié à la Reine du ciel. D'autres ont coutume de jeûner le samedi en l'honneur de la sainte

Vierge, et on raconte par combien de grâces miraculeuses Marie récompensa ce zèle, même en faveur des pécheurs qui lui étaient dévots. 11 y en eut un (Surius, 7 nov. i, c. 17) qui, bien qu'il jeûnât le samedi, vivait dans le désordre et s'abandonnait souvent au blasphème. Un jour qu'il était dans une hôtellerie avec ses compagnons, il fut demandé par un jeune homme d'un air distingué. Il sortit et l'inconnu lui dit quïl était un ange envoyé par la très-sainte Vierge pour sauver son âme et son corps ; et il lui ordonna de s'éloigner aussitôt de ce lieu, sans lui dire pourquoi. Le jeune homme obéit aux paroles de l'envoyé céleste et quitta ses compagnons. Il n'avait fait que peu de chemin lorsqu'il entendit un grand bruit ; se retournant alors, il vit la maison écroulée et ses amis ensevelis sous les ruines. Que ne dut-il pas faire à ce spectacle? que de grâces n'aura-t-il pas rendues à sa libératrice ? et surtout quels moyens n'aura-t-il pas pris pour changer aussitôt de vie et pour ne pas s'exposer à l'avenir à un danger aussi grand ? Saint Engelbert aimait 4ant la sainte Vierge, nous dit Surius, que, pendant quelques années, il jeûna en son honneur tous les mercredis, et vint deux fois, après sa promotion à l'épiscopat, la visiter dans son sanctuaire de Roc- Amadour. Beatam Virginem Mariant tantum dilexit, ut, per annos aliquot, omnes quartas ferias in ejus honorent jejunaret, et ditabus vicibus postquam facîus est epi~ scopus, limina ejus inRupe Amatoris visitaret. Aussi, par la protection de Marie, il fut le défenseur des affligés, le marteau des tyrans, se montrant à la fois humble et magnanime, digne et affable, ferme et doux : Erat enint defensor afflictorum, et mail eus tyrannorum, magnanimus et humilis, gloriosus et ajfabilis, rigidus et lenis. Et enfin, pour son indéfectible vigueur à soutenir les droits de l'Église, il fut décoré de la gloire du martyre.

Les jeûnes récompensés par Marie.

La reine sainte Elisabeth, touchant à ses derniers moments, avait près de son lit la reine Béatrix, sa belle-fille, qui toujours lui prodiguait des consolations, et s'efforçait par ses soins empressés d'alléger ses souffrances. Elisabeth se tournant subitement vers Béatrix : « Ma fille, lui dit-elle, « cédez vite votre place à la Dame qui vient ici. — Je ne « vois personne, répondit Béatrix. — Comment? reprit « Elisabeth, vous ne voyez pas cette Dame vêtue de blanc, « qui se dirige vers nous? » Béatrix ne voyait rien, mais elle pensa que la personne dont parlait la mourante devait être la Reine des Anges, qui venait fortifier, à son heure dernière, l'une de ses plus dévouées et de ses plus fidèles servantes. .Elisabeth , sentant la mort s'approcher , répéta plusieurs fois, avec des soupirs enflammés : « Marie, mère « de grâce, mère de miséricorde , prétégez-moi contre les « attaques de mon ennemi, et, à l'heure de ma mort, « recevez-moi. » Peu après ses yeux se fermèrent doucement ; elle avait cessé de vivre. Il n'est pas surprenant que la sainte Vierge ait favorisé d'une grâce si spéc aie cette Sainte, qui l'avait servie avec tant de zèle pendant sa vie entière. Elisabeth se préparait toujours à la fête de l'Assomption par un jeûne de quarante jours, pendant lesquels elle ne prenait d'autres aliments que ceux dont il était alors permis d'user pendant le carême. Elle jeûnait au pain et à l'eau les vigiles de toutes les autres fêtes. C'est ainsi que vivait une reine accoutumée dès son enfance aux délices d'une table royale : c'est qu'elle se souvenait de la frugalité qu'avait toujours observée Marie, bien qu'elle descendît de l'illustre famille de David. (Bollandistes, Vie de sainte Elisabeth, 4 juillet.)

Le Vénérable César de Bus.

Ce vénérable fondateur de la congrégation de la Doctrine chrétienne professa toute sa vie une grande dévotion pour la sainte Vierge. 11 l'aimait et la servait avec une fidélité inviolable. Dès ses plus tendres années, il la choisit pour sa Mère, et son affection tendre et respectueuse alla toujours en croissant. Il reconnaissait lui-même qu'après son baptême et son éducation chrétienne au sein de l'Église, c'était la plus grande grâce qu'il eût reçue du ciel.

Cette dévotion précieuse se fortifia beaucoup au collège d'Avignon, où il fit ses études. 11 prit dès lors l'habitude de ne passer aucun jour sans lui adresser quelque hommage particulier et quelques prières. Ce qui vaut encore mieux, il s'attacha à connaître les vertus de Marie et à les prendre pour règles de sa conduite. Ayant été témoin de l'abjuration solennelle que l'on fit faire dans cette ville à deux écoliers convaincus d'hérésie, et de la pénitence qui leur fut imposée, il en fut sensiblement touché, et dans le mouvement d'une sainte frayeur, il tomba spontanément aux pieds de la sainte Vierge, pour mettre son esprit et sa foi sous sa protection.

On sait qu'il mérita la grâce d'une vie plus parfaite pour n'avoir pas rougi d'accompagner le Saint-Sacrement qu'on portait à un malade, et cela devant une nombreuse réunion de jeunes gentilshommes, ses compagnons et ses amis. 11 entra dès lors dans unç voie nouvelle, et la sainte Vierge fut encore son guide et le modèle qu'il s'attacha à reproduire. Quand il eut été revêtu du sacerdoce, elle fut encore son exemplaire dans ses fonctions, son secours dans les tentations, sa consolation dans les peines, et puis la matière la plus ordinaire de ses prédications.

Il lui rendait fidèlement tous les devoirs que lui rendent les simples fidèles. Tous les jours, il récitait le chapelet ; tous les samedis, il jeûnait en son honneur. Les sanctuaires où elle est plus spécialement honorée étaient l'objet de sa prédilection. Il les visitait fréquemment, afin d'obtenir la grâce de marcher dans la voie étroite de la perfection. Il ne laissait passer aucune de ses fêtes sans annoncer publiquement ses louanges et faire ses efforts pour inspirer aux autres les sentiments dont il était animé pour cette tendre Mère. Toutes les fois qu'il traitait quelqu'un de ses mystères, il en faisait comprendre l'esprit, et tâchait d'y faire entrer ses auditeurs. Quand il avait à expliquer un évangile où il était mention d'elle, il s'y arrêtait avec complaisance et s'étudiait à faire remarquer la perfection de ses dispositions et de ses vertus. Il insistait beaucoup sur la parole qu'elle adressa aux époux de Cana, qui avaient eu l'heureuse idée de l'inviter à leur festin. Faites tout ce qu'ÏL vous dira ; voilà , disait-il , l'abrégé de la morale évangélique. Ce devrait être le règlement de toutes les sociétés érigées en l'honneur de Marie. En effet, il sentait profondément que Marie, aussi bien que les autres élus, n'est que pour Jésus- Christ et Jésus-Christ pour Dieu. Yoilà pourquoi il faisait réfléchir sur le Fils toutes les louanges données à Marie.

Austérités de sainte Lutgarde.

Lutgarde était supérieure du monastère de Sainte-Catherine, de l'Ordre de Saint-Benoît,- dans la ville de Tongres, quand , suivant le conseil d'un homme de Dieu, elle se détermina à quitter ce couvent pour entrer dans un autre nommé Aquira, de l'Ordre de Citeaux, dans le Brabant.Les religieuses de Sainte-Catherine firent éclater une telle douleur lorsqu'elles apprirent la résolution qu'avait prise leur

supérieure, que Lutgarde attendrie supplia la sainte Vierge de veiller sur ce monastère. Marie lui apparut et lui promit qu'elle en aurait un soin particulier, tant pour le spirituel que pour le temporel, parce qu'il lui était fort agréable qu'elle entrât dans l'Ordre de Cîteaux qui lui était consacré et qu'elle protégeait d'une manière particulière. Mais lorsqu'on sut la vision qu'avait eue Lutgarde, beaucoup de monastères de Cîteaux voulurent l'avoir pour supérieure, et la Sainte, qui voyait avec peine les nouvelles dignités qui l'attendaient, pria la sainte Vierge de l'en délivrer ; Marie lui apparut de nouveau et lui promit d'exaucer sa prière. En effet, dans l'espace de quarante ans que Lutgarde passa dans ce monastère où l'on parlait français, elle ne put par* venir à demander dans cette langue, même un peu de pain quand elle avait faim. On apprit cela dans les autres monastères, et on la laissa se livrer en paix à ses contemplations. Cependant il s'éleva en France une borrible tempête causée par les révoltes des Albigeois. Marie apparut encore une fois à Lutgarde, mais son visage était triste et elle versait des larmes : elle ordonna à la Sainte de faire pénitence et de jeûner pendant sept ans pour les péchés du monde, afin que son divin Fils détournât de lui sa juste colère. Lutgarde fit ce que lui avait commandé la sainte Vierge, et quoique ses supérieurs l'eussent contrainte à prendre quelque nourriture et qu'elle se fût efforcée d'obéir, elle ne put jamais manger qu'un peu de pain. Lorsque les sept années furent écoulées, on lui commanda de faire pour les pécheurs un nouveau jeûne de sept ans; elle y consentit encore et se contenta pour sa nourriture de chaque jour d'un peu de pain et de quelques herbes. Elle mérita, par cette obéissance, que la très-sainte Vierge lui fît connaître l'heure de sa mort ; elle rendit son âme à Dieu, assistée par sa sainte Mère. (Bolland., 16 juin.)

Combien l'obéissance est agréable à Marie.

Dans le Ménologe de V Ordre de liteaux on fait mémoire, le 24 février, du Bienheureux Dizier, disciple de saint Bernard et dévot serviteur de la Reine du ciel. On raconte, dans la Vie de saint Bernard, que Dizier, à rapproche de la glorieuse Assomption de la sainte Yierge, fut envoyé à la campagne par ses supérieurs pour y avoir soin des troupeaux. Il éprouvait une grande peine de ne pouvoir, la nuit de la fête, assister aux divins offices que les autres moines célébraient en l'honneur de la sainte Yierge ; cependant il n'osa point s'excuser ou ne voulut point manquer à l'obéissance. Cette heureuse nuit arriva : Dizier, qui était à la campagne, entendit le son de la cloche qui appelait les religieux à l'office. Alors il sentit s'allumer dans son cœur un désir si doux de partager le bonheur de ses frères, que, ne pouvant faire davantage, il se mit à genoux, le visage tourné vers' l'église du monastère, et dans cette posture, où il demeura toute la nuit et une partie du lendemain sans éprouver aucune fatigue, il récita sans cesse la Salutation Angélique. Cet amour du fervent religieux fut si agréable à Ja sainte Yierge qu'elle manifesta à saint Bernard la satisfaction qu'elle en éprouvait. Le jour de la fête, saint Bertard publia dans son sermon que, pendant la nuit, Dizier, en gardant ses troupeaux, avait fait de plus sublimes contemplations que les autres moines dans l'église. Tant il est vrai que l'obéissance ne nuit point à la dévotion, et qu'en tout lieu et en tout temps on peut honorer Dieu et sa trèssainte Mère.

Notre-Dame Auxiliatrice.

La tempête qui semblait avoir englouti à jamais les destinées de l'Église et de la foi en France sévit longtemps

après avoir été domptée, comme ces vagues qui prolongent sur les côtes les coups de la tourmente apaisée sur i'Océan. Le culte chrétien, bien que rétabli dans la loi, resta en minorité dans l'opinion. Le pouvoir lui-même, qui avait rappelé la Religion, osa porter une main sacrilège sur son Pontife. Mais cet attentat suscita la foi dans les âmes plus que ne l'avait fait la faveur, et le culte de la Yierge en eut les prémices. Parmi les détresses et les angoisses de sa double captivité. Pie Vil se confia à Marie ; et lors de son définitif rétablissement, dans la conscience intime que cette merveilleuse vicissitude fi événements qui l'avaient ramené aux applaudissements de tout V Univers sur son siège, devait être attribuée à V intercession de la très-sainte Mère de Dieu, dont il avait im$)lorè et fait implorer par tous les fidèles chrétiens le puissant secours, ke saint Fonlife décréta qu'une fête serait instituée en l'honneur de la Vierge, sous la dénomination cTAuxiliatrice des Chrétiens, à la date du 24 mai, anniversaire de son heureuse réintégration dans Rome, en souvenir perpétuel et action de grâces d'un si grand bienfait (1).

Pie VII ne faisait, en instituant cette nouvelle fête, que suivre l'exemple de ses prédécesseurs; il le dit lui-même dans la légende de l'office, en rappelant la conduite de saint Pie V au sujet de la victoire de Lépante. Le culte de Marie s'enrichissait ainsi de ses bienfaits.

De la joie des enfants de Marie, causée par la définition dogmatique de V Immaculée Conception.

Il est difficile, à distance, de se faire une juste idée des transports d'allégresse qui éclatèrent parmi les fidèles,

(1) Légende de l'Office de Notre-Dame Auxiliatrice.

quand ils apprirent que le Vicaire de Jésus-Christ venait d'attacher au diadème de la Reine du ciel son plus beau fleuron.

Nous trouvons dans une notice sur mademoiselle Marguerite Vignes, élève du couvent des Oiseaux, à Paris, des détails pleins d'intérêt sur la touchante solennité qui eut lieu dans cette sainte maison à celte occasion :

« Le monde catholique avait été invité à réunir ses prières pour appeler l'inspiration de l'Esprit saint sur le Souverain Pontife dans la grande décision du dogme de l'Immaculée Conception. Quel cœur chrétien eût pu rester indifférent dans une question qui touchait à la plus chère des gloires de Marie? La maison tout entière priait donc depuis longtemps, mais il y eut redoublement de ferveur et de pieuses pratiques pendant la neuvaine qui précéda le 8 décembre. Les différentes classes, les congréganistes des Enfants de Marie et des Saints-Anges s'imposaient chaque jour des pratiques de vertu, des prières ; on rivalisait à qui contribuerait le plus, selon ses faibles moyens, à la grande décision. Grâce à Marguerite, les vertes (1), durant ces neuf jours, devinrent exemplaires ; elle avait trouvé dans sa piélé un moyen infaillible de stimuler entre toutes certains petits lutins de profession. A la récréation de quatre heures, la statue de Marie, environnée de fleurs et de lumières, devait réunir autour d'elle toutes les élèves de la classe , celles-là seulement exceptées dont la conduite n'aurait pas été irréprochable depuis la veille à pareille heure.

« C'en fut assez pour faire entrer les plus difficiles ellesmêmes de la division dans une voie de sagesse jusqu'alors inouïe. Pas une de celles-ci ne manqua au rendez-vous du-

(1) On désigne les classes par leur ceinture.

rant la neuvaine. Elles se signalèrent même entre toutes. Et il ne faut voir là rien de trop surprenant. Qui ne sait en effet que les enfants les plus énergiques et les plus capables d'un bon vouloir efficace sont précisément celles qui rencontrent à l'entrée de la route le plus de difficultés dans la pratique du bien ?

« Le 8 décembre, aussi, quelle joie rayonnait sur tous les visages! L'allégresse répondait aux efforts faits pour se préparer à cette grande solennité. La communion fut générale, et pour compléter la fête, nous possédions le représentant du Vicaire de Jésus-Christ, Mgr le Nonce: son concours dans ce grand triomphe de Marie avait été sollicité longtemps à l'avance, dès le mois de septembre. Nous voulions être, en ce fameux 8 décembre, aussi rapprochées que possible du centre de la catholicité. Et cependant ce n'était pas assez encore. Que se passe-t-il à Rome maintenant? se demandait-on à toutes les heures. Le cœur et la pensée s'envolaient jusqu'à la ville sainte, jusqu'au cœur du Père et du Pontife par excellence. On s'y tenait uni sans interruption, afin de pouvoir entrer dans sa joie au moment même où sa bouche s'ouvrirait pour définir la dernière des gloires que puisse donner la terre à la Reine du ciel. L'espérance était donc une sorte de certitude, et cependant on attendait avec la plus vive impatience la confirmation d'un pressentiment si fondé. L'heureuse nouvelle arrivée la veille par voie télégraphique ne nous parvint que le 11 décembre au matin ; elle contenait ce peu de mots aussitôt lus à la communauté assemblée :

« Sienne, le 10 décembre 1854.

« Le Pape, officiant à Saint-Pierre, a promulgué après « l'Évangile (à onze heures) le décret attendu.

« L'Immaculée Conception est déclarée foi de l'Église. « et quiconque la. nie est hérétique,

« Deux cents évêques étaient présents. Jamais on ne vit « pareille affluence. Rome était ivre de joie. »

« Chacune des maîtresses prend copie de ces précieuses lignes et apporte à sa classe l'annonce tant désirée.

« Laissons une élève raconter l'accueil fait dans le pensionnat à la bienheureuse nouvelle (1) :

« 11 décembre. — C'est l'étude du matin : le profond silence qui règne dans nos longues salles est tout à coup interrompu par le bruit d'une cloche bien connue , celle qui appelle nos Mères à la communauté. Aussitôt s'échangent des regards interrogateurs qui veulent dire : Pourquoi?... Comment?... Qu'y a-t-il à cette heure inaccoutumée? Je ne jurerais pas que la question n'ait même été articulée en trèsbon français , malgré l'énorme respect que nous portons à la loi du silence. Enfin le moment désiré arrive ; cette fois c'est la classe qui sonne. Les Mères apparaissent souriantes dans les différentes sections , e{ d'un air ravi déroulent un papier. Lecture nous est faite d'une dépêche télégraphique annonçant que Yhnmaculée Conception est promulguée article de foi.

« A cette parole, un cri d'allégresse s'échappe de toutes les bouches, et je dirai aussi de tous les cœurs. Nous voilà folles de joie ; les unes se jettent à genoux et félicitent Marie, les autres s'embrassent en pleurant, quelques-unes ne peuvent prononcer une seule parole. Les bleues (troisième classe) entonnent spontanément le Magnificat.

« A ce chant d'allégresse, les autres classes se précipitent vers les portes qui séparent les différentes salles, ouvrent

(l) La classe supérieure, ou la première classe à son défaut^ tient note des événements remarquables arrivés au pensionnat.

L'article cité est un extrait de ce journal de famille, dans lequel n'entre ni politique, ni science, ni critique littéraire. La feuille est soumise, bien entendu, à la censure de la maîtresse du pensionnat.

les deux battants, et, ainsi réunies, achèvent en chœur le cantique de Marie avec cet accord et cet élan que le cœur seul peut communiquer. Après ce premier hommage rendu à la Vierge immaculée, une voix s'écrie : Allons aux Enfants de Marie. On oublie le froid, on est dans le jardin (1), accostant toutes les religieuses qu'on rencontre par cette acclamation du cœur : Vive Marie Immaculée ! Ce soir-là, la chapelle des congréganistes est ouverte à toutes, car toutes nous sommes les Enfants de Marie, et des cantiques chantés avec l'élan de l'amour et de la reconnaissance essayent de le lui prouver. Une prière silencieuse succède à ces chants, et nous quittons, non sans regret, cette chapelle bénie où se sont opérés déjà bien des miracles. Aujourd'hui même, quelques-unes, sans doute sous le charme d'une pieuse illusion, assurent avoir vu sourire la statue de la bonne Mère.

a Ah ! si l'image vénérée n'a pas donné de marques extérieures de bienveillance, toutes nous avons senti au fond du cœur que Marie, en ce jour à jamais mémorable, souriait à nos vœux. Pendant la matinée la chapelle ne désemplit pas. Si on nous eût écoutées, nous y fussions demeurées toujours. Non, après les saintes joies du beau jour de la première communion, nous n'aurons pas de plus cher souvenir que celui du 11 décembre.

« Nous étions toutes devenues, comme par enchantement, si pieuses, que très-certainement Marie nous faisait sentir son influence. Je n'aurais jamais fini si je voulais tenir compte de tous les dires édifiants de mes compagnes ; mais il en est un qui me sembla si particulier, que j'en veux perpétuer sa mémoire ad majorent Mariée gloriam. « Ma « Mère, disait L*** en pleine leçon d'anglais, j'avais tou-

(1) La chapelle des congréganistes est située au fond du jardin.

« jour regretté de n'avoir pu vivre au siècle de Louis XIV; « mais je ne regrette plus rien, puisque j'ai vu celui de « Pie IX. »

« Après le dîner, toutes voulurent commencer leur récréation par un pèlerinage ; nous partons donc processionnellernent, au chant des cantiques. On revoit la chère chapelle des Enfants de Marie, et l'on se retire le cœur rempli des plus douces émotions. Le matin, un sermon et un beau salut nous avaient été annoncés ; l'un et l'autre dépassèrent encore nos espérances. Le P. de Pontlevoy nous parla de Marie, des transports de sainte allégresse avec lesquels son Immaculée Conception avait été célébrée à Lyon, à Marseille ; de la gloire qui rejaillissait de ce triomphe sur la sainte Église, de ses espérances pour un avenir meilleur ; et chacune de ses paroles retentissait bien avant dans notre âme, car ce jour-là, toutes nous avions, avec le cœur qui aime, les oreilles qui entendent. Nous ne pouvions nous rassasier de prières, de chants. Après le salut, le cantique Vierge sans tache, admirable Marie, est entonné et poursuivi avec une ardeur à faire trembler les vitraux; puis, par la plus heureuse des inspirations, la Mère X*** prononce d'une voix ferme et pénétrée la Consécration de la France au Sacré-Cœur. A ces mots : « 0 Vierge sainte, « nos cœurs sont aussi entre vos mains », l'émotion gagne tous les assistants, et beaucoup achèvent cette solennelle prière par leurs larmes. Ces larmes disaient : « 0 Cœur de « Jésus, ô Cœur de Marie, nous sommes à vous par le vœu « de Louis XIII ; par le cœur du Pioi-Martyr, sauvez la « France, sauvez-nous ! » « T. de la. F. »

« Telle fut parmi les élèves l'expression générale de l'allégresse à l'annonce du décret pontifical. Nous avons dû les décrire comme explication des lignes si pieuses que nous

avons à citer de celte bonne petite Marguerite. Ce fut d'ailleurs à partir de cette grande fête qui renouvela le monde dans l'amour de Marie, que cette enfant fit dans la vertu des progrès plus signalés encore ; aussi toutes ses compagnes les attribuèrent-elles à la manière dont elle s'était préparée à l'Immaculée-Conception.

La fête de r Immaculée-Conception de la sainte Vierge à Lyon (1867).

Quinze ans, a dit un illustre historien, forment une longue période de la vie humaine.

Or, quinze ans se sont écoulés, depuis le jour, de douce mémoire, où le peuple lyonnais rendit pour la première fois, à Marie, ce splendide hommage annuel dont nous venons d'être encore les heureux témoins.

Depuis la merveilleuse soirée du 8 décembre 1852, que d'événements divers se sont succédé, que d'existences ont pris fin, que de bouleversements ont changé les constitutions des peuples et des familles ! La fête de Marie est restée, au milieu de nous, comme une institution inébranlable.

Habituellement favorisée, jusqu'ici, par la douceur de la température et par le calme de l'atmosphère, quelquefois contrariée par les vents ou la brume, cette grande manifestation n'a jamais rencontré d'obstacle invincible.

Cette année, les éléments semblaient conjurés contre nos vœux les plus ardents. Depuis plusieurs jours , la neige tombait à gros flocons, fouettée par de violentes rafales; le matin même, on ne faisait qu'avec hésitation les préparatifs de la fête nocturne. Vers midi, le ciel s'est éclairci ; les rayons du soleil sont venus dorer le blanc manteau qui couvrait nos collines, et, au déclin du jour, grâce à l'intrépide persistance de cent mille mains pieuses, les feux ra-

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