‹ La devotion a Marie en exemples, ou, Excellence des prieres et des pratiques en l'honneur de la tres-Sainte ViergeChapitre 30 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

niméssans cesse ont pu lutter contre les souffles intermittents d'un vent glacial : touchant symbole des combats de la foi, dans les temps orageux où nous vivons.

C'est toujours un moment solennel et ravissant que celui où la grosse cloche de St-Jean , dominant de sa mâle voix les carillons joyeux, annonce, à sept heures, l'ouverture de la fête nocturne. Alors, de tous les points de l'horizon embrasé, les rouges lueurs des flammes de Bengale font pâlir les illuminations; alors s'élancent les rapides fusées, s'élèvent les ballons lumineux; alors se font entendre les harmonieux concerts; alors la foule se presse sur les quais ou les places d'où l'on peut apercevoir la sainte colline, et sanctionne, par ses applaudissements, la devise immuable qui brille au pied de l'image de la Yierge immaculée : Lyon a Marie !

Cette année, les feux allumés sur les hauteurs n'ont pas eu un succès complet. Le clocher de Fourvière et le dôme des Chartreux avaient, néanmoins, revêtu et ont conservé la majeure partie de leur parure habituelle.

La Croix-Rousse, les Brotteaux, les grands établissements de Fourvière et de St-lrénée, placés dans des conditions d'éloignement, où les illuminations intérieures produisent un grand effet, étaient splendides.

Les personnes qui n'avaient jamais été témoins de cette manifestation avaient de la peine à croire qu'elle pût être plus unanime et plus magnifique. La rigueur du froid nuisait un peu à l'animation ; la neige qui , pour la première fois, servait de fond au tableau, lui donnait un nouveau charme ; en même temps, soit à cause de ses propriétés conductrices du son , soit à raison de radoucissement qu'elle apportait au bruit des voitures, elle rendait beaucoup plus puissant que d'habitude l'effet des voix et des instruments. Les chants du Magnificat, du Salve Regina , de Ylnviolata

et d'autres cantiques se faisaient entendre au loin dans le calme de la nuit. Les voix traversant les fleuves se répondaient comme de vivants échos de la grande voix du peuple de Marie.

Lorsque l'œil charmé avait lu toutes les pieuses légendes, inscrites dans les airs, admiré les gracieuses chapelles établies de toutes parts, sur les balcons, au fond des cours, aux fenêtres des entresols; lorsqu'il avait suivi les interminables lignes de feux qui couvraient les maisons, et aperçu avec attendrissement les pauvres lampes suspendues aux mansardes ; lorsque l'oreille avait recueilli les ineffables paroles qui, jetées harmonieusement au milieu de la fête, en donnaient la haute explication ; l'àme se recueillait et chantait intérieurement son cantique d'actions de grâces !

0 mon Dieu ! soyez béni d'avoir permis que je fisse partie de l'une de ces générations innombrables qui, toutes, doivent appeler Bienheureuse la Mère du Sauveur !

0 mon Dieu ! je vois, de mes yeux, l'accomplissement de cette prophétie vieille de dix-huit siècles : Beatam me dicent omnes generationes !

Car ces petites flammes qui brûlent en l'honneur de Celle qui s'est dite Vhumble servante du Seigneur , ne sont pas seulement des flammes matérielles, mais des émanations de cet ardent foyer d'amour que Jésus-Christ est venu allumer sur la terre.

Ces petites flammes représentent autant de nobles cœurs enivrés par les pures délices du banquet eucharistique, touchés de compassion pour les pauvres, dévoués jusqu'à la mort à l'Eglise catholique, apostolique, romaine.

Ces petites flammes représentent autant d'oboles pour le Denier de St-Pierre, pour la Propagation de la Foi, pour les œuvres de charité.

Oh oui, comprenez-le! vous que le froid et la faim font grelotter sur vos grabats ! Cette fêle de la Consolatrice des affligés est aussi la vôtre. Ne soyez point jaloux des parfums répandus sur ses pieds ! En cette soirée bénie, tous les yeux sont mouillés de larmes, et quand les cœurs sont attendris, votre cause est gagnée.

Sachez-le bien aussi, vous qui vous livrez au misérable espoir de déraciner la foi ! C'est un arbre vigoureux et indestructible ; un air vivifiant, qui vient du ciel, lui donne en ce moment une nouvelle sève. Sous l'inspiration de ce souffle divin, Rome a vu son sol fécond arrosé, une fois encore, par le sang des martyrs ; Paris a reçu les dons de Conseil et de Force; Lyon a senti s'accroître son zèle propagateur; la France très-chrétienne a offert son or, son sang et ses prières ; toutes les nations se sont ébranlées pour se rapprocher de leur centre ! En faut-il davantage pour affermir l'espérance de la conversion du monde et du triomphe de l'Eglise ? {Echo de Fourvière.)

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