LA DÉVOTION A MAK1E
tous, comme ceux qui les avaient précédés, se firent gloire de relever de Marie et se déclarèrent ses serviteurs. La dévotion à Marie, l'exaltation de ses grandeurs et de ses privilèges fut partout un des plus vivants caractères de la réaction catholique qui enfanta le dix-septième siècle.
Les premiers châtres de VOcéanie à Fourrière.
Le premier dimanche d'octohre 1856, la présence de monseigneur Bataillon, évêqùë de l'Océanie centrale, à la réunion de l'Archiconfrérie de Notre-Dame de Fourvière, a ajouté un vif intérêt à cette cérémonie déjà si intéressante par elle-même II était accompagné des trois naturels qu'il a amenés avec lui. Après le chant des litanies, ces jeunes néophytes ont aussi voulu à leur tour payer à Marie un tribut de reconnaissance, et ils ont entonné, dans leur langue, un cantique sur un air bien connu; aussi, à peine eurent-ils fini le premier couplet, que toute l'assemblée, voulant associer son hommage à celui de ces nouveaux frères, a Vepris le refrain avec un élan dont il est difficile de se faire une idée et qui a dû toucher le cœur de notre commune Mère.
l^e chant terminé, Monseigneur est monté en chaire ; et, pendant plus d'une heure, il a vivement intéressé son pieux auditoire par sa touchante simplicité et les faits mêmes qu'il racontait.
« 11 y a vingt ans, disait-il, deux pauvres prêtres, envoyés à six mille lieues de leur pays, au milieu d'un peuple sauvage et cruel, où jamais encore le nom du vrai Dieu ne s'était fait entendre, gravissaient, avant de partir, la sainte colline. Ils venaient suspendre à l'autel de Marie un cœur dans lequel ils avaient renfermé un acte de consécration de leur mission et de leurs personnes.
« Après une traversée de dix mois, ils abordaient sur ces plages inhospitalières vers lesquelles leurs cœurs soupiraient comme vers la patrie. D'abord repoussés de toutes parts, ils finirent par obtenir une misérable cabane, mais dans des îles différentes et à quarante lieues de distance.
« Quatre années après, l'un d'eux recevait la couronne du martyre au moment où il commençait à gagner les âmes à Jésus-Christ. L'autre, moins heureux, revient aujourd'hui apporter son tribut de reconnaissance aux pieds de Notre-Dame de Fourvière. Ah ! combien d'ex-voto n'aurais-je pas aussi à suspendre à ces murailles bénies! »
Et le saint évêque redisait quelques-uns des nombreux dangers qu'il avait courus pendant ses vingt années d'apostolat, et' la protection admirable de Marie, tantôt frappant de terreur et dispersant toute une armée de sauvages qui se précipitait sur les nouveaux chrétiens pour les anéantir, tantôt arrêtant le bras déjà levé pour frapper un coup mortel, tantôt poussant au port un vaisseau prêt à se briser sur les rochers. Puis, après avoir parlé des nombreux et fervents chrétiens de ces îles lointaines, de leur reconnaissance pour les membres de la Propagation de la Foi, qui leur ont envoyé les missionnaires, il a vivement pressé son auditoire de soutenir cette bonne œuvre, sans laquelle les missions, surtout celles de l'Océanie, seraient impossibles.
Départ de saint Louis pour la Palestine.
Le 15 octobre 1245, saint Louis, roi de France, avait entendu, à Notre-Dame de Paris, le légat du Saint-Siège faisant la peinture des maux qu'endurait alors ridumée, et il lui avait semblé entendre, en même temps, la voix de l'au-
guste Vierge, à laquelle était dédiée la royale cathédrale, l'appeler lui-même aux armes pour la délivrance des lieux saints; et, vivement ému, il s'était écrié :« Dieu le veut ! Dieu le veut! Oui, Dieu nous appelle aux armes, courons combattre pour sa cause, et, s'il le faut, mourons pour le rachat du saint Tombeau! » Mais, avant de partir, il voulut encore aller dans la basilique consacrée à Marie se prosterner devant l'autel de cette auguste Vierge, si justement nommée le Secours des chrétiens, afin de la prier d'être favorable à son expédition et de prendre, pendant son absence, son beau royaume de France sous sa protection. Il se rendit donc de Saint-Denis, pieds nus, l'écharpe au cou et le bourdon à la main, à Notre-Dame de Paris, où il entendit dévotement la sainte messe, célébrée par l'archevêque, qui lui donna la communion.
Lorsque, déjà avancé en âge, il entreprit pour la seconde fois le voyage d'outre-mer, il s'y disposa par deux retraites qu'il fit à l'abbaye de Maubuisson, placée sous le haut patronage de Marie.
Des 'prières publiques, auxquelles assistèrent un grand nombre de fidèles, furent faites aussi à Notre-Dame de Paris ; et, le samedi 15 mars 1270, il voulut, comme il l'avait fait pour la première croisade, aller prier Marie dans son sanctuaire. Il s'y rendit, marchant pieds nus et en habit de croisé. Il demeura longtemps prosterné devant l'image de l'auguste Mère de Dieu, la conjurant avec larmes d'être toujours pour lui une Mère pleine de tendresse. C'était son dernier adieu à cette auguste basilique et à son beau pays de France. Prêt à mettre à la voile, et avant de perdre de vue les dernières côtes de la patrie, Louis écrivit aux régents chargés de ses pouvoirs, les conjurant au nom de Monseigneur Jésus-Christ et de sa benoiste Mère, d'avoir bon soin de son menu peuple.
Saint Louis dans la Palestine,
La piété de saint Louis, roi de France, envers Marie l'accompagna dans tous ses voyages. Elle se montra jusque dans les présents qu'il fit aux infidèles; on remarqua parmi ses dons au grand Kan des Tartares, une riche tente ècarlate où était entaillée et enlevée par image V Annonciation de la benoiste Vierge, Mère de Dieu, avec tous les autres poincts de la foi (1).
Entré en vainqueur à Damiette, son premier soin fut d'aller à la grande mosquée qui fut de nouveau convertie en église et dédiée à l'auguste Mère de Dieu.
Il visita aussi le village de Cana, où Marie avait obtenu le premier des miracles de Jésus.
Mais ses émotions les plus vives et ses prières les plus ferventes furent pour la sainte Maison de Marie, transformée en chapelle, et où l'on voit encore marqué par une colonne l'endroit où l'ange Gabriel apparut à la sainte Vierge, en disant : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Dès qu'il aperçut de loin cette auguste de~ meure, il descendit aussitôt de cheval, et, se prosternant à genoux, il salua avec le plus profond respect la Maison de la Reine des vierges. Puis, entré dans l'église, il redoubla ses ferventes prières à Jésus et à Marie.
On approchait alors du jour de l'Annonciation. Le saint Roi, pour s'y préparer, jeûna la veille au pain et à l'eau ; il revêtit du cilice son corps souffrant et amaigri, et le jour de la fête, il fit célébrer la sainte Messe avec une grande pompe, il y reçut la communion avec une tendre piété, voulant recevoir « îe vrai Corps né de la Vierge Marie »
(1) Saint Louis et son siècle.
522 LA DÉVOTION A MABIE.
dans l'endroit même où ce sacré corps avait été formé du plus pur sang de la plus immaculée de toutes les créatures (1).
Notre-Dame des Ermites.
Malgré les dépenses qu'absorbèrent les oculistes à Martin Weidman pour lui rendre la vue qu'il avait perdue par un malheureux accident, il aurait été contraint de consumer le reste de ses jours dans des ténèbres continuelles, si luimême n'eût cherché un moyen que sa confiance rendit efficace. Il se fit conduire à Notre-Dame des Ermites l'an 1600, et déjà, pendant sa route, il s'aperçut de quelques rayons de lumière qu'il put voir dans tout son éclat au moment de son entrée dans la sainte chapelle.
La veille de Pâques 1615, Jean Faulhaber de Horguen, juridiction de Rofvil, fut affligé d'un mal aux yeux si extraordinaire que, dès le moment, il cessa de voir le jour, pendant plus d'un mois ; il trouva sa guérison, qu'il avait vainement cherchée ailleurs, dans un simple vœu à Notre- Dame des Ermites.
Plusieurs autres guérisons miraculeuses.
George Hundversinguer de Siesse, en Souabe, frappé par un éclat d'une pièce d'artillerie qui creva, eut le malheur d'avoir la mâchoire à demi emportée, et par cette blessure se trouva hors d'état de remuer la langue, en 1582. Comme il déplorait son malheur, auquel personne n'avait pu trouver de remède, il lui vint une inspiration d'implorer l'assistance de Marie dans son sanctuaire des Ermites; il le fit
(1) Tursellius, In Hist. D. V. Laurel.
avec un vœu de visiter ce saint lieu, et aussitôt il lui sembla entendre une voix qui le consolait, en lui faisant espérer sa guérison. En effet, quelques jours après, à la surprise de toute la ville, rien ne l'empêcha plus d'user de sa langue.
En 1581;, une enflure venimeuse, qui s'était subitement emparée de la gorge de Mathias Bettlin, ayant déjà gagné le menton et même fermé les lèvres, faisait également craindre que tout le visage en serait attaqué, et que le malade en perdrait la vie. Cependant la guérison de ces maux fut des plus promptes et des plus parfaites, après que Bettlin eut invoqué la bonté delà Mère de Dieu à Notre-Dame des Ermites.
Guillaume Hanckard, sergent de la vîlle de Lucerne, réduit à l'extrémité par une fièvre maligne, recouvra la vie et la santé, en 1596, par l'ardente confiance de sa femme en la bonté de la sainte Vierge miraculeuse des Ermites. Salut des infirmes, ayez pitié de nos infirmités spirituelles!
La cloche miraculeuse de Roc-Amadour-
Dans un petit clocher, au dessus de la chapelle miraculeuse, se voit une cloche (1) qui, elle aussi, est appelée miraculeuse : et d'où vient cette qualification? de la nature même de sa mission. Les autres cloches ont pour mission d'appeler les fidèles au temple : la mission de celle-ci est de publier les miracles de Marie... Quelqu'un est-il sur le point de périr, il invoque Notre-Dame de Roc-Amadour : le secours qu'il implore lui est accordé, et aussitôt la cloche sonne d'elle-même (2) pour annoncer la bonne nouvelle :
(1) Sans corde et sans chaîne.
(2) Au chapitre : Miracles de Roc-Amadour,
ceux qui ont entendu ces sons miraculeux consignent le fait dans les registres du pèlerinage, marquant avec précision le jour et l'heure où la chose a eu lieu : six mois, un an peut-être après, on voit arriver à Roc-Amadour des pèlerins venus de loin, de la Gascogne quelquefois, d'autres fois de la Normandie, de la Bretagne plus souvent : ils racontent, d'une voix émue, que, tel jour, à telle heure, se trouvant dans un danger extrême, sans aucun espoir humain de salut, ils invoquèrent Notre-Dame de Roc-x\madour, qu'à l'instant ils furent secourus, et que maintenant ils viennent remercier leur libératrice dans son sanctuaire béni: leur relation est en parfait accord avec le procèsverbal des archives: c'est bien tel jour et à telle heure que la cloche softna...
Le collège protégé par Marie.
Saint Thomas de Villeneuve revêtit l'habit religieux de l'ordre de Saint-Augustin le jour où la Yierge se présenta au Temple pour se consacrer entièrement au culte du Seigneur. Dès son enfance, Thomas avait choisi la Mère de Dieu pour son avocate ; il reconnaissait tenir de ses mains toutes les grâces qu'il avait reçues, et en espérait toujours de plus grandes encore par son intercession. Il paraît, en effet, que la sainte Vierge bénit toujours ses travaux d'une manière spéciale. Thomas avait fait construire un collège, pour y former aux sciences des enfants pauvres. Zélé serviteur de la sainte Vierge, il voulut qu'on y élevât un oratoire sous l'invocation de Marie présentée au Temple. On lui fit observer que, dans ledit oratoire, il n'avait pas fait préparer de caveaux pour les jeunes gens qui pourraient mourir dans le collège; on lui en fit même des reproches. « Ne vous embarrassez point de cela, répondit Thomas, car
« il n'y en aura pas besoin. » En effet, plus de soixante-dix ans après sa prédiction aucun des enfants élevés dans ce collège n'y était mort. C'est que Marie avait pris sous sa puissante protection l'établissement fondé par son serviteur. (Bolland., 18 septembre.)
Notre-Dame de Beaulieu.
Dans un des plus beaux pays de France, à Beaulieu, non loin de Castelnau, l'antique manoir des ducs de Luynes, sur les bords de la Dordogne, la rivière incomparable, dont le cours a la majesté des fleuves et la limpidité des ruisseaux, qui embellit et féconde tout ce qu'elle touche, il y a une chapelle vénérée dans tous les environs et bien chère à toutes les âmes fidèles ; elle fut bâtie, il y a plusieurs siècles, par un marchand muletier, comme un témoignage de sa gratitude envers Marie, qui en ce lieu avait miraculeusement sauvé sa vie.
C'était le 2 février ; il revenait de l'Auvergne ; un froid très-intense avait durci la surface des eaux; il la crut assez solide pour le porter lui et tous les chevaux qu'il conduisait : il se hasarde ; mais il ne tarde pas à s'apercevoir du danger qui le menace ; la glace trop fragile s'ébranle, les chevaux sont effrayés ; alors il se souvient de Marie, le secours des chrétiens ; il invoque Marie, et promet d'être reconnaissant toute sa vie si elle daigne le sauver du danger. Il avance, la glace se raffermit : il passe heureusement; Celle qu'on n'invoque jamais en vain l'a exaucé, et afin qu'il ne doute pas de sa miséricordieuse intervention, le pont fragile qui l'a soutenu sur les eaux s'écroule tout entier dès qu'il est sur l'autre bord.
Ce que je viens de raconter, il n'y a personne à Beaulieu qui l'ignore : ce fait a passé de bouche en bouche. C'est une
Mb LA DEVOTION A MARIE.
des traditions les plus chères aux habitants; il passera aux générations futures, pour la gloire de Marie.
La chapelle dédiée à Notre-Dame du Port-Bas est un monument qui atteste et la protection de la bonne Yierge et la reconnaissance de celui qui en fut l'objet.
C'est là que les âmes pieuses, les âmes éprouvées vont
souvent demander le secours de la Reine du ciel, de la Mère
' du Sauveur, dire leurs peines et chercher de la consolation.
Miracle en faveur de sainte Clotilde, reine.
Parmi les monuments religieux qu'érigea sainte Clotilde, un des plus célèbres fut une église dédiée à la sainte Vierge non loin de Rouen. Marie montra par un prodige combien l'érection de cet édifice lui était agréable. Ce pays ne produisait pas devinr et cependant les ouvriers employés à la construction de l'église exigeaient qu'on leur en donnât chaque jour une mesure. Tandis que Clotilde cherchait un moyen de satisfaire à la demande qui lui était faite, elle vit tout à coup apparaître près d'elle une fontaine d'une grande beauté et dont les eaux étaient très-saines* Elle fut ensuite avertie en songe que, lorsqu'un ouvrier lui demanderait du vin, elle n'avait qu'à lui faire emplir un verre avec de l'eau de cette fontaine et à le lui donner à boire. Le jour suivant, au moment où la chaleur était le plus accablante, les ouvriers appelèrent la Reine et lui demandèrent du vin. Clotilde fit ce qui lui avait été indiqué. Elle envoya remplir un verre de cette eau et le porta à l'un des ouvriers afin qu'il se rafraîchît. Mais bientôt tous accoururent, car ce que la reine venait d'apporter n'était pas de l'eau, mais du vin, et un vin si délicieux qu'ils disaient n'en avoir jamais goûté de semblable. Les autres personnes qui allaient boire à la fontaine ne s'aperçurent pas de ce
changement miraculeux ; le prodige ne s'opérait que pour les seuls ouvriers de l'église de la sainte Vierge, et il dura usqu'à ce que l'église fut achevée ; après quoi, l'eau reprit son goût naturel.
[Bolland.,Act. desainte Clotilde, ch. m, n° 17,3 juin.)
La sainte tunique de Marie.
La belle église de Notre-Dame de Chartres doit en grande partie sa célébrité dans le monde catholique à la précieuse relique qu'elle a le bonheur de posséder. Ecoutons l'éloquent évêque de Poitiers (1) :
«... Par les ordres de Charles le Chauve, l'une des reliques sacrées de Marie, que l'Occident avait reçues des em-
(1) « 11 y a plus de six cents ans qu'un poëte national le disait à la cour de Philippe-Auguste et de Louis le Chaste : La Vierge , Mère « de Dieu, a révélé, et par ses paroles et par les effets, qu'elle aimait « Chartres de préférence à toutes les cités. Dans de fréquentes a apparitions, ellea^aigné se nommer elle-même Dame de Chartres : « là elle répand des bienfaits sans nombre et des faveurs sans « égales ; là elle a choisi sa demeure et mis en dépôt ses plus riches « reliques*. » J'insiste un moment sur ces dernières paroles.
« En effet, M. F., la célébrité du sanctuaire de Chartres, qui est une des principales gloires de la. France, repose sur un double fondement, procède d'une double origine : je veux dire la crypte mystérieuse, creusée au dessous de ce temple, et le saint vêtement de Marie, déposé dans ce brillant reliquaire. C'est en quelque manière le double germe d'où la basilique entière est éclose ; la double racine sur laquelle le tronc, plusieurs fois mutilé, a toujours puisé une nouvelle sève et repris une végétation plus florissante. Toute l'histoire, toute la vie du monument ne s'expliquant que par ces deux causes, vous me permettrez de vous en dire quelques mots pour l'intelligence du discours.
«c Et pourquoi ne rappellerais-je pas tout d'abord que d'antiques
* Guill. Brito. Philippid. I. 2, Ap. Hùtor. deFr, t. 17, p. 143.
pereurs d'Orient, la tunique intérieure de la très-sainte et très-chaste Mère de Jésus fut apportée à Chartres, où désormais elle partagera avec la Vierge de la grotte la véné-
traditions, consacrées par notre vénérable liturgie, rattachent la fondation de ce temple à des âges qui ont précédé le christianisme ? La peinture chrétienne, dans une des compositions à la fois les plus originales et les plus splendides dont elle ait orné ce monument, a figuré ingénieusement la transition de l'ancienne à la nouvelle alliance par la représentation des quatre grands Prophètes portant sur leurs robustes épaules les quatre Evangélistes. Pourquoi ne voudrais-je pas que, par une réalité analogue, toute cette basilique du Christ et de sa Mère ait ses pieds assis sur la grotte religieuse où nos ancêtres, livrés à un culte mêlé d'erreurs grossières et de vérités altérées, auraient associé au nom de leurs divinités celui de la Vierge qui devait enfanter? Ce thème favori des chroniques chartraines et des muses beauceronnes, puisé à des sources historiques qui sont dignes de respect, se trouve reproduit jusque dans les considérants des ordonnances de nos rois*; mais surtout il a servi d'aliment à la piété des saints ; il se lisait dans les Heures enluminées de nos aïeux , et c'est aux vieux missels manuscrits que l'imprimerie naissante l'emprunta quand elle le transcrivit sur le livre authentique dont cette église se sert pour la célébration du sacrifice**. C'en est assez pour que je ne repousse pas une croyance, à laquelle d'ailleurs l'érudition sacrée et profane, en nous offrant mille autres traditions du même genre, ne peut refuser la possibilité et la vraisemblance.
« Quoi qu'il en soit, depuis les premiers jours du Christianisme jusqu'à la fin du dernier siècle, la No$tre~Dame-de»Soubs-Terre a été le plus célèbre sanctuaire européen de Marie ; et cette longue suite de papes, de rois, de saints, de pontifes, de princes, de pèlerins de tout âge, de tout sexe, de toute condition, que nous verrons affluer à Chartres, s'en iront toujours, avant toutes choses, se prosterner sur le pavé de la sainte grotte. Notre vieil historiographe en donne la vraie raison : « La principale dévotion de toute l'Église chartraine est à cet autel. « Aussi les témoignages de la piété et de la reconnaissance des peuples y abondent. D'innombrables lampes y brûlent la
* Lettres-patentes du roi Jean (août 1356) et de Charles VII (juin 1432).
" Miss, Camot, rnst 435, Miss, edit, an. 1482, p. 107, verso.
ration et les hommages de toute la chrétienté: Est-ce ce vêtement sacré qui est représenté par nos antiques monnaies, et qu'on retrouve dans le blason hiéroglyphique de la cité, ainsi que l'assurent d'illustres numismates ? J'hésiterais à le croire. Mais ce qui est du domaine authentique de l'histoire, c'est la délivrance miraculeuse de la France par ce divin Palladium. Devant la sainte Tunique de Marie, portée au bout d'une lance par l'évêque de Chartres, en guise d'étendard et de drapeau, Rollon, l'invincible Rollon, et ses intrépides bataillons se sentirent terrassés. Défaite glorieuse, s'écrie un personnage presque contemporain, qui apostrophe ainsi le vaincu : « 0 Rollon, vaillant et puissant capitaine, ne rougis pas de cette déroute. Ce n'est pas le Franc qui te met en fuite, ni le Burgonde qui te taille en pièces : Non te Franco fugat, nec te Burgundio cœdit ; c'est la Tunique auguste de la Vierge Mère de Dieu, placée aux mains d'un prélat vénérable (1). » Depuis ce jour, M, F., la sainte Che*
nuit et le jour. La crypte est une forteresse : elle a des hommes d'armes qui la défendent dans les siècles de guerre. La crypte est une hôtellerie ; elle a ses pieuses vierges, pour soigner, durant la neuvaine qui sera suivie de leur guérison, les pèlerins atteints du feu sacré ou du mal des Ardents. Enfin, pour tout dire : il s'y opère incessamment des merveilles sans nombre : Ubi jugiter multa fiunt mirabilia*,
(1) Chartres possède réellement des vêtements de la sainte Vierge, et on cite des miracles sans nombre et des grâces ineffables obtenues par la toute-puissante protection de Notre-Dame de Chartres, dans les calamités privées et publiques. L'histoire et de nombreux monuments attestent que souvent le pays Chartrain, et même la France entière, ont dû leur salut à cette bonne Mère.
Quanta la nature de ces reliques, voici ce qu'en rapporte le marquis de Villeneuve :
« C'estoit (selon un vieux poëme traduit en vers français du temps de saint Louis, en 1262) la camisole qu'elle portoit lors de la saluta-
* Cartul. de S. Pierre de Chartres, t. I, p. 46, note 1. II. 30
mise de Chartres (car il faut bien employer le nom que lui ont donné nos pères) est considérée comme la tutelle de la cité et de la nation ; l'église où elle repose s'appelle désormais, dans le langage mystique des peuplesja chambre, le thalame, le lit de la Vierge ; la châsse qui la contient, faite de bois de cèdre, revêtue d'or pur, est chargée successivement des dons de toutes les générations ; elle est portée solennellement en procession dans tous les temps de calamités publiques ; elle est exposée durant tout le temps devant le grand autel ; elle a ses prêtres chapelains et ses gardiens perpétuels ; nul ne mérite le titre de dévot pèlerin de Notre-Dame, s'il n'a passé sous la châsse, d'où découlent mille grâces de.guérison, s'il ne porte sur lui une image bénite dé la sainte relique : préservatif assuré, bouclier impénétrable, derrière lequel les chevaliers ne craignent ni fer ni acier ; à tel point, est-il observé dans certains discours sur les duels, que celui qui est muni d'un tel
tion angélique. Une veuve, dit Nicéphore, la conserva, puis elle fut enlevée de Palestine vers 46 1, et enfin, en 877, donnée par Charles le Chauve à V Église de Chartres.
«♦ C'est un tissu précieux par le dessin et les ornements ; le fond en est couleur nankin avec des figures blanches, or, violet et bleu.
« Une châsse de bois, ayant aux angles quatre aigles d'or, travaillées, dit-on, par saint Éloi, renfermait la camisole ou tunique. Elle était couverte de lames d'or façonnées en mosaïque, et enrichies de diamants, de rubis, de grenats, d'opales, d'améthystes, d'hyacinthes, d'agates, de nacre et de perles fort précieuses. »
La critique la plus éclairée démontre l'authenticité de cette relique par une possession séculaire et par des preuves qui î.e laissent rien à désirer. L'objection qu'on a* voulu tirer de la pauvreté de Mt»rie n'est pas sérieuse. Certes, si modeste que fût sa condition présente, la fille des rois de Juda pouvait bien posséder un de ces vêtements qui se transmettaient de génération en génération dans toutes les familles anciennes, lors même qu'elles étaient déchues de leur splendeur.
Dudo (De Moribus et actis Normann,) ap# Duchesne, t. II, p. 80.
PÈLERINAGES AUX SANCTUAIRES DE MARIE. 53f
avantage en doit avertir son adversaire, parce que la partie n'est plus égale...
« Il me suffit d'avoir établi que la dévotion à Marie, dans la cité de Chartres, roule pour ainsi dire sur ce double pivot, la sainte grotte et la sainte châsse. Voyons quel édifice est venu s'appuyer sur cette base, voyons quelle couronne les mains de nos pères, ou plutôt les mains de l'univers entier, ont ici tressée à la Reine des cieux : Venez, ô Marie, vous serez couronnée, Veni, coronabtris.
« La voyez-vous de loin cette cathédrale qui domine toute la contrée, qui dédaigne la terre, qui laisse ramper à ses pieds les plus hauts monuments, et dont l'architecture et les dimensions ne semblent correspondre qu'à l'architecture même des cieux et aux dimensions de l'horizon que votre œil embrasse? De quelque distance que vous l'ayez aperçue, imitez la piété de nos pères, et mettez-vous à genoux pour saluer Notre-Dame, Ce nom est le nom même de l'édifice, comme il est le nom de celle à qui l'édifice appartient. Mais approchez. Qui de vous, M. F., a jamais franchi l'entrée principale de ce temple, qui de vous a jamais posé le pied sur le seuil de cette basilique, sans se sentir accablé, ému, transporté, attendri de tant de grandeur, de majesté, d'harmonie, de silence, d'esprit de recueillement et de prière, sans éprouver une impression qui Tait comme sorti de cette sphère terrestre pour le placer sur le seuil de la céleste Jérusalem ? »
Xotre-Dame du Chêne.
Lorsque saint Louis fit proclamer la sixième croisade, un chevalier lorrain, Ancelin de Mailly, s'arrachant des bras de son épouse, s'élança vers cet Orient où ses ancêtres avaient eux aussi vaillamment combattu. Marie de Thesey, la noble
châtelaine, chercha une consolation à l'absence dans les travaux si doux de la charité, et les cœurs souffrants qu'elle soulageait ne l'appelaient que la sainte de Mailly. Souvent elle allait prier au pied d'un chêne consacré à Marie , sa bien-aimée patronne, et déjà célèbre dans la contrée. Quoique bien jeune encore, elle avait fourni comme une longue carrière de vertus. Elle était déjà un fruit mûr pour le ciel, et Marie lui avait préparé sa place auprès d'elle. Une peste cruelle désolait les domaines du sire de Mailly : la châtelaine se dévoua pour soigner les victimes du fléau, et succomba martyre de la charité. Mais la Vierge toute bonne voulut lui donner la consolation de revoir encore une fois un époux qu'elle aimait tendrement. Elle apparut à Ancelin à plusieurs reprises, lui disant de presser son retour. Le noble chevalier, plein de tristes pressentiments, se hâtait de regagner son manoir, lorsqu'arrivé aux pieds du chêne de la Vierge il entendit de nouveau la douce voix de Marie qui lui disait : Pressez-vous , chevalier! Il s'élança à toute bride, traversa la cour déserte du château et monta dans l'appartement de son épouse. Elle était sur son lit, entourée de ses fidèles serviteurs qui pleuraient. Ancelin put recevoir son dernier soupir et Marie expira sur son sein.
Ce chevalier partageait la piété de son épouse ; aussi n'attendit-il plus que le moment où son fils pourrait tenir sa glorieuse épée pour la lui léguer avec ses titres et ses terres, et s'ensevelir dans la solitude. Il fit bâtir sur la hauteur de Chenevé, entre Flin et Mailly, un sanctuaire pour Marie et une maison pour ses enfants, les religieux de Prémontré, et c'est là qu'il fut se consacrer à la Reine du ciel. Le chêne de la Vierge devint encore plus cher à la piété, et les pèlerins s'agenouillèrent plus nombreux sous son ombre séculaire.
L'abbé Begel.
Notre-Dame du Saint-Cordon.
Dernièrement encore, la ville de Valenciennes, désolée par le choléra, a été délivrée de ce fléau par l'intercession de Notre-Dame du Saint-Cordon.
Voici le fait auquel se rattache le vocable de Notre-Dame du Saint-Cordon. C'était en 1008. La peste faisait d'immenses ravages dans la ville de Valenciennes, et tous les remèdes étaient impuissants à ralentir la marche de l'impitoyable fléau, lorsqu'un pieux ermite, auquel la sainte Vierge était apparue, fit dire au comte Baudouin et aux bourgeois qu'ils eussent à jeûner et à se tenir en oraison le 7 septembre, veille de la Nativité de Marie. Or cette même nuit, au moment où tous veillaient et priaient sur les murailles, on vit la Mère de Dieu, revêtue de gloire et suivie d'un nombreux cortège d'anges et de bienheureux, environner la ville d'un certain filet; le lendemain, d'après les injonctions de l'ermite, ces bons habitants renouvelèrent leurs prières et firent une procession à l'entour de leur cité, suivant la route que le filet ou cordon avait marquée. A partir de ce moment, la peste s'éteignit sensiblement; on déposa ensuite le précieux lacet dans une châsse magnifique qui chaque année, le 8 septembre, était portée à la procession commémorative de cette protection miraculeuse, par les confrères du Saint-Cordon. La nouvelle église qui vient d'être bâtie, pour remplacer le bâtiment informe qui en tenait lieu depuis le Concordat, comptera parmi les plus beaux monuments du département du Nord. Parmi les autorités civiles et militaires qui assistaient à la messe pontificale, célébrée par Mgr l'archevêque de Cambrai, on remarquait le maréchal Forey. L'illustre guerrier avait voulu, ainsi que l'a fait entendre du haut de la chaire le R. P. Corail, jésuite de
534 LA DÉVOTION A MABIE.
Toulouse, donner à Notre-Dame du Saint-Cordon quelques trophées de Puebla et quelques guirlandes de Mexico,
La Madone du Bon-Conseil.
Vers le milieu du quinzième siècle, une pieuse dame ayant reçu de la Mère de Dieu Tordre de reconstruire l'église des Augustins où l'on vénérait antiquement une Madone sous le titre de Bon-Conseil, consacra sa fortune à réaliser cette inspiration du Ciel. Elle avait triomphé des embarras que sa famille lui avait suscités. Mais tout à coup l'autorité supérieure lui défendit de poursuivre son œuvre et de recueillir des subsides. Grande fut sa douleur! mais plus grande fut sa confiance.
Or, un samedi (25 avril 1467), pendant qu'on célébrait à Genazzano la fête de saint Marc, au milieu d'un concours immense de peuple, voilà qu'une nuée descend et enveloppe entièrement 1a vieille église, puis s'entr'ouvrant, elle laisse voir sur la muraille qui donnait sur la place publique couverte de monde une brillante image de la sainte Yierge. Des écrivains dignes de foi ajoutent qu'au même moment toutes les cloches s'agitèrent d'elles-mêmes. Le peuple cria au miracle; on disait de toutes parts : t. La bonne Petruccia disait vrai en affirmant qu'une grande dame devait venir. Oh! qu'elle est belle! »
La nouvelle se répand de tout côté; la foule accourt, les miracles se multiplient. Deux pèlerins romains ayant supplié Marie de les accompagner de sa protection, tout à coup une petite nuée enveloppe la Madone, puis se détache et sort de l'église. Les deux pèlerins la suivent passionnément, à travers les monts, les vallées et les eaux, jusqu'aux portes de Rome, où elle s'évanouit. Ils étaient arrivés dans leurs foyers.
La Vierge apparue à Genazzano n'était pas autre qu'une image vénérée à Scutari. Et effectivement, lorsqu'elle se montra à Genazzano, elle avait disparu de Scutari. Le pape Paul II, en apprenant tous ces prodiges, envoya une commission, laquelle constata l'absence de la Madone de Scutari et l'identité des dessins qui restaient encore sûr la muraille, avec la nouvelle Madone de Genazzano. Scutari était aux mains des Turcs; personne ne douta que Marie n'eût voulu se dérober aux profanations des disciples du Coran.
Encore de nos jours la Madone des Pères Augustins est en grande vénération.
La dévotion à Mater admirabilis.
Mater admirabilis est le titre donné à une pieuse composition exécutée en 1844, à fresque et en forme d'essai, sur la muraille d'un vaste corridor du couvent de la Trinité-du- Mont, à Rome.
Cette humble image, peinte dans le silence des cloîtres, n'était destinée, dans le principe, qu'à satisfaire la piété des Religieuses du Sacré-Cœur qui désiraient avoir devant les yeux, pendant leurs heures de travail manuel, le modèle par excellence, la très-sainte Vierge travaillant comme l'une d'elles.
Ce détail explique pourquoi on a représenté Marie, à l'âge de treize ans, occupée à filer dans les parvis du Temple : à ses côtés sa corbeille à ouvrage et son livre entr'ouvert indiquent les laborieuses occupations de cette aimable et immaculée adolescente. Tout recueille, repose et charme près de la fleur des champs, près du lis de la vallée.
Aujourd'hui, le solitaire corridor est une chapelle visitée par tous les pèlerins de la Ville éternelle, et ses parois sont couvertes d'ex-voto. La très-humble Madonnina del giglio
délia Trinità est proclamée par la piété publique Mater admirabilis, et modeste image, répandue par milliers, porte à toute la chrétienté quelques parfums du suave recueillement que l'on respire devant la fresque originale.
Des médailles de toute grandeur sont frappées à son effigie : elle est aussi reproduite en grande gravure, en vitraux, en chromolithographie. Sa Sainteté Pie IX a daigné recevoir la première médaille d'or.
Mais comment celle que semble si bien exprimer ce passage du Cantique des Cantiques : Ego flos campi et lilium convallium, est-elle devenue si célèbre?... Le 20 octobre 1846, Sa Sainteté, visitant la Trinité-du-Mont, daigna prier devant la modeste Madone qui présidait les réunions de la communauté. C'est une dévote pensée, dit Sa Sainteté, d'àvoir représenté la trés-sainte Vierge à un âge où elle semblait être oubliée.
Toute la bénédiction attachée à la fresque de Mater admirabilis est renfermée dans ces paroles, et Marie a prouvé, par des faveurs sans nombre, qu'elle agréait la dévote pensée qui a voulu la faire honorer pendant les années qui ont précédé le mystère de l'Incarnation ; années remplies de mérites, que l'œil de Dieu seul connaît et qui restaient comme un trésor fermé pour les âmes même les plus méditatives. Ainsi, la dévotion aux quinze premières années de la vie de la sainte Vierge, telle est la dévotion à Mater admirabilis.
Dès 1846, des grâces toutes particulières vinrent révéler l'amour de Marie pour sa modeste image, et le signal de ces grâces, ce fut la bénédiction du Pape. M. l'abbé Blanpin, missionnaire dans l'Océanie, recouvra aux pieds de la Madone la voix que depuis six mois il avait perdue à la suite de ces fatigues apostoliques. Dans l'élan de sa reconnaissance, il demanda au Saint-Père la faveur d'offrir l'auguste Victime devant l'image de sa bienfaitrice. Ce fut la première Messe
dite en ce lieu, qui devint dès lors une véritable chapelle.
De 1846 à 1849, des guérisons de corps et d'âmes attirèrent de nombreux visiteurs ; et la sainte Fïleuse du temple de Jérusalem semblait se complaire dans ce concours de fidèles qui venait troubler sa solitude, sans paraître la distraire de sa contemplation devant le lis virginal qui s'incline vers elle.
En 1849, nos troupes françaises n'ayant plus à Rome que le doux loisir d'une paix glorieuse, frappèrent à la porte de tous les monastères de la Ville éternelle. Un grand nombre de soldats vinrent demander aux Religieuses françaises de la Trinité-du-Mont, quelques remèdes pour guérir leurs blessures ou la fièvre causée par la malaria; Mater admirabilis voulut à son tour leur faire don des remèdes qui guérissent les âmes; ils allaient par bandes visiter la chère Madone, et, en descendant, la plupart disaient aux Sœurs portières : « Cette sainte Vierge nous attire; elle nous purifie en la regardant. Vite, ma sœur, procurez-nous un curé pour nous confesser ; il faut en finir! Cette sainte Vierge nous attire ; elle nous donne l'horreur de la vie désordonnée que nous menons... »
Oui, Mater admirabilis convertit à V ordre et à la pureté, et c'est la grâce particulière que toute âme en rapport avec elle reçoit presque instantanément. Elle inspire aussi d'énergiques desseins : que de vocations religieuses se sont décidées à ses pieds I que de protestants sont rentrés dans la voie de l'unité catholique! et enfin, que d'âmes vouées à la perfection ont senti en la regardant l'appel à un détachement plus parfait du créé, pour chercher Dieu dans les régions supérieures!
De nombreux décrets du Saint-Père sont venus successivement confirmer et accroître la dévotion à Mater admirabilis.
En 1849, un premier décret permettait de célébrer la fête de la Mère admirable le 20 octobre, anniversaire de la première visite de S. S. Pie IX à la pieuse Madone. Ce décret enrichit aussi de nombreuses indulgences le petit sanctuaire, qui devint, à partir de cette époque, une chapelle où LL. Em. les Cardinaux, NN. SS. les Evêques et de pieux mission* naires venus de toutes les parties du monde, aiment à offrir le saint sacrifice.
En 1854,unrescrit confirmait l'indulgence Toties quoties, accordée de vive voix par S. S. Pie IX. Trois cents jours à tous les fidèles qui réciteront trois iVve Maria, avec trois fois l'invocation : Mater admirabilis, ora pro nobis, devant l'image de la susdite chapelle.
Enfin, en 1855, Sa Sainteté daigna mettre le sceau à ses faveurs pour Mater admirabilis, en étendant à toute la Société du Sacré-Cœur les indulgences accordées par le Siège apostolique à la chapelle de la Vierge immaculée, érigée sous le titre de Mater admirabilis, avec la seule obligation de donner ce titre à une statue ou à une image de la trèssainte Vierge, si l'on ne pouvait avoir une copie du tableau original. Ce bref, donné à Saint-Pierre de Rome, sous l'anneau du Pêcheur, le 17 mars 1855, a contribué puissamment à l'extension du culte rendu à Rome à Mater admirabilis.
Des diocèses entiers, en Amérique, et de nombreuses chapelles ont désiré avoir part aux mêmes indulgences; et en 1862, la Sacrée-Congrégation des Indulgences a daigné répondre que toutes les requêtes de ce genre faites directement à la dite Congrégation seraient agréées.
Notre-Dame des Victoires.
Parmi les sanctuaires les plus célèbres , consacrés à la sainte Vierge, on doit mentionner l'église de Notre-Dame
des Victoires, à Paris Elle fut élevée, en 1656, par le roi Louis XIII, et dédiée à Notre-Dame des Victoires pour perpétuer le souvenir d'une victoire qu'il venait de remporter. On l'appela aussi l'église des Petits-Pères , parce que les premiers travaux furent exécutés sous la direction d'un religieux de Tordre des Augustins-Déchaussés, le père Leimet. Elle est ornée de sculptures et de peintures. A l'entrée, on remarque une statue en bronze de saint Pierre, modelée sur celle qu'on vénère à Saint-Pierre de Rome , et les fidèles viennent, comme dans la basilique des basiliques, prier en sa présence et lui baiser le pouce. Dans le transept, à droite, se trouve le bel autel consacré à Marie. Il renferme les reliques de sainte Aurélie^ dont le corps en cire est richement décoré. Sur cet autel, s'élève le groupe si vénéré de la sainte Vierge et de son divin Fils, couronnés, aux jours de solennité, des splendides diadèmes en or que Pie IX a envoyés de Rome en 1853. Ces deux couronnes sont en or pur. Sept têtes d'ange supportent les sept pans de la couronne de la sainte Vierge, les écussons portent les armoiries de Pie IX ; le bandeau de la couronne de l'enfant Jésus est surmonté de douze croix en émail rouge avec perles et pierres fines, en souvenir des douze apôtres.
Un riche vitrail représente le vénérable curé des Genettes consacrant sa paroisse à Marie. Ce bon pasteur était désolé lorsqu'il fut mis à la tête de cette paroisse en 1837 : son église était déserte. Poussé alors par une volonté surnaturelle, il la consacra au Cœur de Marie, et fonda, pour la conversion des pécheurs, une confrérie, qui est aujourd'hui archiconfrérie, et étend sur le monde entier son affiliation de prières : cette église est un centre de dévotion et de grâces. Chaque dimanche, les recommandations s'y font solennellement par milliers, et les attestations de conversions sont nombreuses. L'autel de Marie est entouré, par la piété
des fidèles, d'ex-voto et de cierges. Ce sont autant de symboles d'une espérance, d'un vœu, d'une action de grâces qui monte vers le ciel.
La vie de M. le curé des Genettes avait été remplie d'actes admirables de dévouement et de charité; son zèle s'était manifesté dans toutes les occasions et dans les jours les plus difficiles. Il est mort en 1860, entouré de la vénération publique, et avec cette juste et bien vive consolation d'avoir ouvert à un nombre immense de chrétiens un port où ils viennent, sous le drapeau de Marie, se réfugier et trouver le salut et les bénédictions divines tant pour le corps que pour rame., pendant leur passage sur cette terre, et pour l'autre vie.
Plus de trois millions de pèlerins visitent chaque année ce vénérable sanctuaire.
Voici quelques chiffres fournis par le directeur de l'Archiconfrérie.
Année 1803. Année 1864.
Confréries agrégées 268 872
Nouveaux associés inscrits à Paris 7,525 15,649
Messes célébrées par des prêtres étrangers au sanctuaire 4,000 (environ) 4,800 et plus.
Communions 102,000 114,000
Recommandations de prières faites par lettres ou de vive voix 992,968 1 ,060,262
Ex-voto placés sur les murs de l'église 350 415
Cierges brûlés auprès de Fautel de l'Archiconfrérie 225,000 (environ) 240,945.
Nous n'avons pas soumis à un constant calcul la correspondance, mais certainement le chiffre de 6,000 lettres que nous avons accusé Tannée dernière, a été dépassé cette année.
Notre-Dame de Valfleury,
La sainte Vierge se plaît à multiplier les miracles dans son sanctuaire de Valfleury. Nous n'en citerons qu'un, rap- * porté par le père Poiré, dans son ouvrage de la Triple Couronne de Marte. Le père Poiré en a été témoin :
« Un sourd-muet des environs de Saint-Chamond, prosterné au pied de la statue de Notre-Dame, recouvra soudainement l'ouïe et la parole. Dans le premier épanchement de la reconnaissance, il fit vœu d'aller tous les ans, à la Chandeleur, honorer la sainte Vierge dans l'église où il avait été guéri d'une manière si miraculeuse. Plusieurs années s'écoulèrent sans qu'il manquât de remplir son vœu. Mais une année, l'ayant négligé, le mutisme le reprit à l'instant. L'infortuné considéra ce malheur comme le juste châtiment de son infidélité; il accourut à Valfleury pour la réparer, ou du moins pour en implorer le pardon. A peine à genoux, son infirmité disparaît; il peut se servir de sa langue pour remercier et louer sa protectrice. Une autre année, prenant ses affaires pour excuse, il ne se rend point en pèlerinage. L'infirmité se déclare de nouveau, et de même que dans le cas précédent, il en obtient la guérison en donnant satisfaction à la sainte Vierge. »
Cette bonté de la Mère de Dieu , qui s'est manifestée si fréquemment à nos pères, nous en ressentons, nous aussi, tous les jours les salutaires effets.
Grâce à la bienveillance des RR. PP. Lazaristes, à la garde desquels le sanctuaire est confié depuis cent soixante ans ,