INTRODUCTION. XI
qu'aucune d'elles, n'étant obligatoire pour personne, il vous est parfaitement libre de préférer celles qui reviennent à votre goût, fussent-elles de votre crû et de votre invention. Mais est-il vrai que ces petites choses soient méprisables et indignes d'un esprit distingué? Prenez donc garde qu'il s'agit ici d'une dévotion toute filiale, c'est à dire toute d'amour. Est-ce donc que la piété filiale a besoin de si grandes expressions pour se produire! Est-ce que l'amour ne se montre pas aussi bien dans un regard, dans un mot simple et doux, dans un soupir, dans une attention délicate, dans un simple mouvement de la lèvre et du geste, que dans les plus éloquentes protestations.
L'amour anime tout, enchante tout, fait arme et feu de tout. Vous qui souriez quand vous voyez un chrétien baiser une médaille, revêtir un scapulaire, faire brûler un cierge, réciter un chapelet, entreprendre un pèlerinage ; êtes-vous si déshérité que vous n'ayez jamais baisé un portrait, porté ou donné des gages de tendresse, que vous n'ayez entrepris une de ces marches, un de ces pèlerinages du cœur, dont le terme enchantait le chemin; que vous n'ayez enfin jamais connu le culte de la piété filiale, de la reconnaissance, d'une chaude amitié, d'un chaste amour?... Eh bien! ce que vous avez fait pour une affection de la famille et de la nature, c'est ce que nous faisons pour une affection de la grâce et de la religion. Avoir de la dévotion, c'est aimer. Aimer, c'est avoir de la dévotion. On a de la dévotion pour un père, pour une mère, pour un ami, pour un bienfaiteur, pour tout ce qu'on aime d'un noble amour, jusqu'à la disposition continue du sacrifice : ce qu'exprime proprement le beau mot dévotion. Il faut plaindre celui qui n'a de la dévotion pour quoi que ce soit. Il faut envier celui qui a de la dé-